Les larmes d'une reine de G.W. Gortner
Coup de cœur de Sophie S.: La reine Jeanne Ière de Castille, rebaptisée «Jeanne la Folle» par l’Histoire, était-elle vraiment folle? C’est la question à laquelle l’écrivain G.W. Gortner tente de répondre à travers cet ouvrage.
Fin XVIe siècle, Fernando et Isabel, dits «les rois Catholiques», règnent sur l’Espagne réunifiée après avoir chassé les Maures. Afin de consolider leur royaume, ils s’allient au Saint-Empire romain germanique en mariant leur troisième enfant, Jeanne, au futur héritier de l’empire Habsbourgeois, Philippe le Beau. Cette alliance politique devient un mariage d’amour puisque ces derniers tombent follement amoureux l’un de l’autre au premier regard, et que Jeanne accouche rapidement de leur premier enfant.
Mais tout bascule lorsque le malheur emporte l’un après l’autre, les héritiers de la couronne d’Espagne, et que Jeanne devient reine du jour au lendemain. Ce funeste coup du sort éveille les vifs appétits de conquête, tant venant de l’extérieur qu’au sein même de la famille royale. Elle découvre alors que son bonheur conjugal ne reposait que sur du sable et que toute morale s’effondre face aux ambitions de grandeur des hommes.
Ses réactions sont-elles disproportionnées vis-à-vis des trahisons successives qu’elle essuie de son époux, de son père adoré, puis de son fils, le futur Charles Quint? In fine, son obstination à se battre pour ses droits et pour la vérité la conduit à son enfermement. Elle passe ainsi ses 46 dernières années à regarder depuis la fenêtre de sa tour, le ravage de la patrie qu’elle chérit tant, l’Espagne.
En se basant sur des faits historiques, l’auteur propose un nouvel éclairage sur la vie de Jeanne sans en cacher son parti pris: Jeanne Ière de Castille était reine et forte, puis on l’a sacrifiée deux fois : une première fois sur l’autel de l’hybris et une deuxième fois sur l’autel de la misogynie. Une lecture qui remet sur la table le débat de la place des femmes dans l’écriture de l’Histoire par la gente masculine.