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Sidération de Richard Powers - Actes sud

Coup de cœur d’Élodie, librairie De fil en page:

Robin un enfant différent , ingénu, qui s’inquiète du silence d’une galaxie qui devrait grouiller de civilisations et de la vie qui souffre sur sa propre planète au bord du chaos politique et climatique. Son père, astrobiologiste, fait de son mieux pour le préserver de la violence du monde et palier l’absence de sa mère: il simule d’autres mondes, d’autres formes de vies, ratisse les océans lointains et invente pour nourrir aussi bien les données des télescopes spatiaux que l’imaginaire de son enfant.

Un beau roman questionnant notre place dans le monde et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant.

«Mon fils était un univers de poche dont je n’atteindrai jamais le fond. Chacun de nous est une expérience en soi et nous ne savons même pas ce qu’elle est censée tester

«Un jour nous réapprendrons à nous connecter à ce monde vivant, et l’immobilité sera comme un envol

Chroniques du désordre de Teresa Cremisi - Folio

Émetteur du résumé: François C.

Chroniques du désordre1.Les mots et les maux de notre temps Chaque époque a des mots dont l’usage s’emballe à un moment donné pour des raisons sociales ou politiques. J’ai choisi trois exemples, bien installés depuis le début des années 2000. Respect, Territoire, Diversité.

2.Courageux, généreux, féministe : le prof de l’année Certains humains ne se découragent jamais, ils cherchent des solutions comme ils respirent.

3.L’intendance ne suivra pas On a l’impression d’assister à un désinvestissement progressif de tout ce qui relève d’une démarche « scientifique », ancrée dans une méthode et dans la raison.

4.La revanche du hareng J’ai compris trop tard que les nations sont comme les personnes. On croit que c’est l’intérêt et la raison qui conditionnent leurs vies. Pas du tout, ce sont les passions et les souvenirs du passé. Les rêves aussi.

5.Ton arrière-grand-père, ce salaud On croyait savoir que seules les dictatures (et les mafias) rendaient responsables les individus des agissements de leurs ascendants…Un enfant de nazi n’était pas un nazi ; un gangster ne pouvait pas transmettre les gènes de la malfaisance à ses descendants.

6.Trois mères, un meurtrier Le procès de Vesoul a braqué un réflecteur sur la place essentielle des mères et de la maternité dans l’histoire de ce crime.

7.La valise oubliée Elle s’appelait Margarete Wagner, son amoureux Ignaz Hain…elle avait hurlé et couru longtemps derrière le camion des déportés.

8.Qui a peur pour le Père Noël ? La description des grandes terreurs collectives qui ont induit, à des époques différentes et à des stades de civilisation différent, des comportements humains similaires.

9.Voici venu le temps de l’acédie C’est Thomas d’Aquin qui a décidé que ce sentiment flottant, cette inclination de l’esprit, cet état de paresse triste et épuisée, était l’un des sept péchés capitaux.

10.L’Europe et le sexe des anges Il y a une certaine grandeur d’âme à s’occuper de choses inutiles quand les catastrophes sont aux portes.

11.En avant calme et seule Un conseil à l’inventeur japonais de la tente-isoloir : il faudrait trouver le moyen de l’insonoriser. Un jour le passage au cercueil capitonné se ferait sans effort.

12.Scènes de la vie au temps du Covid Il me tend l’appareil, il a trouvé la cause : mon téléphone a un problème d’identité. Voici le constat : mon smartphone est beaucoup plus intelligent que moi, il évalue mes capacités d’attention et, quand il sait que je ne suis pas loin de lui, il se fait silencieux pour ne pas me déranger.

13.Soupirs d’une féministe dépassée Il doit me manquer une case : je ne comprends toujours pas pourquoi féminiser systématiquement les noms de profession serait une conquête du féminisme, la défaite d’un bastion masculin, la reconnaissance du droit à l’égalité.

14.Soupirs d’une féministe dépassée (suite) Le slogan affirmait péremptoire : MEN ARE TRASH…Là on s’adressait directement au premier sexe. Court, sec, le mot trash n’a pas trente-six significations mais une seule : ordure, déchet, détritus, saleté…donc destiné au camion poubelle sans hésiter et sans tarder.

15.Les batailles du Panthéon Faire entrer ensemble Rimbaud et Verlaine au Panthéon…Personne ne peut aider Emmanuel Macron, qui se retrouve seul devant ce grave et périlleux dilemme…des contorsions acrobatiques dans le but de concilier transgression et raison, postmodernité et ancien régime, culture et art militaire.

16.Le mois le plus cruel C’est septembre le plus cruel des mois. Septembre, le mois du recommencement, celui où les brouillards de l’incertitude auraient dû se dissiper…Le mois cruel est au rendez-vous, mais les brouillards sont de plus en plus intenses.

17.Défense des statistiques (et de Winston Churchill) C’est au citoyen d’apprendre à lire et à comprendre les statistiques, il y va de sa liberté de penser. C’est ainsi qu’il pourra essayer de donner tort à une (authentique) citation de Churchill : « Les hommes trébuchent souvent sur la vérité, mais la plupart se relèvent et passent leur chemin comme si de rien n’était. »

18.Histoire de Jeremy, l’escargot gaucher Je ne trouve pas de morale à cette histoire, mais vous incite à en choisir une selon vos préférences : vous pourrez méditer sur l’excentricité britannique, le dur métier de chercheur, la variété du vivant, les surprises de l’amour.

19.Les faussaires de Dieu Alors que les actes d’héroïsme du consul étaient connus, on ne saura jamais pourquoi les quatre religieux ont, eux, décidé de garder le silence…On ne peut qu’imaginer un pacte entre eux, un pacte d’effacement et d’humilité.

20.Notre pays est nulle part Une greffe improbable mais solide avait pris entre la France et ce morceau de terre aux frontières découpées à la va-vite. Au Liban, la coexistence de communautés différentes semblait possible. Un destin de Suisse d’Orient, atteignable.

21.Eloge de la nouvelle Le roman pourrait être rapproché de l’art de la tapisserie (épisodes fondus dans une histoire vaste, personnages dont on suit les aventures, etc…) alors que la nouvelle ferait au contraire penser à un gant : une pièce sur mesure, qui s’adapte à la main, un objet subtil, fermé, dont toutes les coutures sont nécessaires et ajustées. La surprise, l’humour, l’angoisse, l’amour, l’ennui, le désespoir, la nostalgie, attrapés à la volée dans un court récit, requièrent une architecture fine et rigoureuse.

22.Joséphine de Beauharnais nous a écrit Le nouvel emplacement à Fort-de-France n’a pas suffi à me protéger : en 1991, un commando anonyme a décapité la statue et d’horribles dégoulis de peinture rouge simulant des traces de sang ont été peints sur ce qui restait de mon cou. Les maires, les préfets ont choisi de ne rien faire. Ni remettre une nouvelle tête, ni tout envoyer bazarder, ce que j’aurais de loin préféré.

23.Un sphinx à la Maison-Blanche Mais comme d’autres curieux, j’attends avec impatience les résultats du vote de novembre 2020. Quelle nouvelle grimace inventera Melania Trump si son mari est réélu ? Et s’il perd que fera-t-elle ? Une danse improvisée sur un guéridon, pieds nus et jupe virevoltante ?

24.Mon père, ma mère et mon arrière-grand-oncle Mais les quatre mousquetaires se sentiront toujours égaux et combattront ensemble liés par l’amitié, le goût de l’aventure et l’amour de leur pays. Leurs forces et leurs faiblesses respectives se mélangeront dans un vigoureux compagnonnage. Ils ne penseront pas à nous rabâcher à longueur de pages leurs origines pour nous attendrir, nous séduire ou – peut-être, qui sait- nous intimider.

25.Dilemmes pour les écolos Consommation et gaspillage ; nature et maquillage ; voiture et bilan carbone. L’avenir aura peut-être le visage d’une femme non maquillée, en t-shirt et tongs, sur un vélo unisexe noir. Espérons qu’elle sera souriante.

26.Sic transit gloria mundi J’ajoute avec tristesse que le brouhaha simplificateur sur les crimes perpétrés contre les Noirs fait oublier les tragédies actuelles comme celles des femmes yézidies réduites au plus effarant, au plus atroce des esclavages. Un silence consternant !

27.Hubris, mesure et démesure La défaite, l’exil et la mort mettaient brutalement fin à leur destin : le châtiment, la Némésis tombait alors comme un couperet. Il faut toujours prendre les récits et les métaphores mythologiques au sérieux : c’est ce que nos ancêtres ont inventé de mieux en s’efforçant de trouver un semblant de logique au foutoir de nos existences.

28.La barbe d’Edouard Philippe Vous pensiez que j’étais un chat d’appartement, un chat très éduqué, cultivé, raffiné, un chat sorti de l’ENA ? Eh bien non, je suis un chat de combat. Et peut-être ai-je aussi l’âme canaille d’un chat de gouttière.

29.Une chef comme un autre Un article récent, rédigé par des experts suisses et allemands, constate la faillite relative de la sélection des élites et propose d’introduire de l’aléatoire dans le parcours des carrières. Dans la balance entre risques d’incompétence et dangers de l’hubris, il paraît que nous serions statistiquement gagnants.

30.L’enfant de Suraya L’absurdité, le scandale du terrorisme sont répétitifs et difficiles à décrire. Pour cette raison, le journalisme est grand quand il arrive à porter à la connaissance des faits et des noms avec pudeur et respect.

31.Tu causes, tu causes Les « éléments de langage » sont venus pourrir les premières caractéristiques de l’éloquence : originalité, sincérité et force des arguments. Des expressions stéréotypées envahissent notre vie et servent d’ouvre-boîte universel…Elles ne durent pas très longtemps, remplacées par d’autre dès que l’usage intensif les a flétries.

32.Sortons, sortons L’armée des réformateurs de la planète m’a vite plongée dans un abattement profond…Peut-être, après tout, qu’il sera plus facile de sortir du confinement que d’un groupe WhattsApp.

33.Lettre à Sibeth Ndiaye Mais non, le courage sans prudence n’est rien. Les cimetières sont pleins de courageux imprudents, de téméraires sans discernement, de serviteurs loyaux mais raides dans leurs obéissances.

34.Un vent mauvais En parlant de l’engagement du docteur Samar, un collègue a dit que, depuis le début de l’épidémie, elle « avait essayé d’arrêter le vent avec ses mains ». Ce vent mauvais et analphabète, insensible aux devises et aux mots d’ordre, indifférent aux étendards et aux drapeaux. Ce vent qui n’a pas eu pitié d’elle. Ni du pays qu’elle avait choisi.

35.Pourvu que, pourvu que Mais mon père prenait le soin de rajouter : « Chaque jour, je pensais à ce que j’aurais aimé faire, je faisais et refaisais des listes et je me disais : « pourvu que, quand tout cela sera fini, ces choses soient encore possibles ».

36.Tout change, tout change Toute la réserve des philosophes a été rappelée pour nous convaincre que le moment est venu de repenser notre vie, de la transformer, de l’adapter. Deux options nous sont offertes : le stoïcisme ou l’épicurisme. Choisissez celle qui vous convient mais cous n’échapperez pas au changement « épochal ».

37.Pas de problème, pas de problème Chères autorités, dès que vous dites qu’il n’y aura pas de problème, vous faites peur…On n’y avait pas pensé à la méga-panne d’Internet, et voilà que vous réveillez des doutes. Cette défiance généralisée n’est que la conséquence d’une longue série d’affirmations contradictoires, toujours énoncées avec le même aplomb et touchant tous les sujets…

38.A distance, à distance Mais comme le vice de compliquer les choses est irrépressible chez les humains, s’est ouverte ensuite l’ère pénible des slides, des comex et des mails adressés à cinquante-deux personnes.

39.C’est tous les jours tempête Bienvenue dans notre espace public envahi par la peur, l’indignation, la rage, les cris, les anathèmes, la colère, la vengeance, les peurs, les vociférations, la honte, les trépignements, l’esprit de clan, les tourments subis et infligés. Nous vivons une époque où un affrontement d’idées équilibré, une conversation argumentée paraissent désormais louches et insipides.

40.Un musée a disparu Le Newseum, l’unique musée du monde consacré au journalisme et au traitement de l’information…avait l’ambition de documenter l’histoire contemporaine et d’être aussi la chambre d’écho du bruit du monde…Il disparaît sous la présidence d’un homme qui se fiche complètement de l’influence culturelle de son propre pays. Il croit à tort qu’elle n’a rien à voir avec le bien-être et la richesse.

41.Jouer pour ne pas souffrir On dit qu’il faudrait voyager au loin pour se distraire d’un grand chagrin, ou prier, ou acheter un chien, ou avaler des antidépresseurs. La douleur creuse sa galerie comme une taupe entêtée. Il faut que la taupe se calme et s’endorme pour trouver un peu de répit.

42.Un aérolithe a percuté la planète Culture Si vous avez du goût pour les expressions récurrentes du discours politique, vous serez comblés : ne manquent dans ces pages ni les médiations sectorielles, ni les portails d’information, ni les observatoires de transparence. Et rassurez-vous : on s’occupe aussi du ressenti de paupérisation et on n’oublie pas d’identifier les facteurs d’inégalité afin de les neutraliser.

43.Une journée inoubliable Nous qui chérissons comme un trésor caché le souvenir de moments lointains, nous qui avons -comme tout le monde- en filigrane dans un agenda parallèle et intime un rendez-vous avec des jours qui clignotent en silence. Secrets peut-être, misérables jamais.

44.La fidélité pour tous Une femme enjouée m’a dit : « Oh moi, je ne sais pas dire non quand on me propose quelque chose. Mais dès que j’ai une carte de fidélité, je file acheter ailleurs. J’ai une collection de cartes que je n’utilise jamais. Je mérite la carte de l’infidélité. »

45.Carlos has gone « Les circonstances sont bien peu de chose, le caractère est tout » : la phrase est de Benjamin Constant, elle se révèle très utile dans les périodes troublées de l’existence.

46.Désobéir à sa marionnette Giorgia Meloni est sortie de sa case et les réseaux ne tolèrent pas les pas de côté. Personne n’imagine une marionnette s’appropriant un rôle qui n’est pas le sien. On exige des personnalités publiques qu’elles soient toujours fidèles à leur caricature. Il est insupportable d’avoir les mêmes sentiments que quelqu’un qui n’est pas du même bord…Où va le monde, si l’adversaire vous donne raison ?

47.Casanova à Buenos Aires Il se peut que l’ambassadeur, avant de subtiliser le livre, en ait lu la première page : « Giacomo est tour à tour escroc, séducteur, savant, illusionniste. Il est aussi imposteur et mythomane, fier de ses duperies et poète lucide de ses mensonges. Il cultive l’insouciance et la confusion entre le licite et l’illicite…Il joue tous les rôles par vocation et par bravade. »

48.Sincériser, sincérisation, sincérisable « Nous ce qu’on veut faire, c’est sincériser l’affichage ! » a-t-elle déclaré en présentant un petit bonhomme jaune stylisé. La voie est ouverte : c’est bien parti pour que désormais on « sincérise » les devis, les déclarations, les échéances, les vœux, les promesses… Quant à moi, je vous certifie que cette chronique a franchi toutes les étapes de la sincérisation.

49.D’Artagnan et la retraite rêvée Il y a une étrangeté profonde dans cette inversion des rêves ; on ne rêve plus d’une belle vie intéressante dans laquelle se plonger dès la sortie de l’adolescence…La maturité ne peut être qu’une période fatigante et anxiogène. La seule richesse à protéger dans ce gris monde est celle qui illumine de sa lumière adoucie les dernières années de l’existence.

50.Les étoiles Michelin de l’Unesco Cette passion classificatrice les a conduits à inventer assez récemment une liste du « patrimoine immatériel » à préserver…Elle mélange traditions, langages, rituels, événements festifs, expressions artistiques variées.

51.Lâchez prise ! Bref, on n’arrête pas de courir physiquement et métaphoriquement. Le lâcher-prise, une stratégie, une philosophie disent-ils. De bien grands mots (et des propositions commerciales éhontées) pour signifier que quand on n’y arrive pas, il vaut mieux laisser tomber et penser à autre chose.

52.Chère Voiture, (ou chère automobile, auto, guimbarde, caisse, bagnole…), Chère Voiture, j’aimais beaucoup te conduire, j’aimais te garer avec des créneaux impeccables, j’aimais l’idée de partir sans savoir où j’allais m’arrêter pour dormir, j’aimais écouter de la musique en tenant le volant…Dors encore quelque temps dans ton parking. Je te quitterai le plus tard possible.

53.Les premiers de la classe C’est grâce à Suétone que nous savons que Caligula projetait de nommer consul son cheval préféré, que César « était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris » et que Néron s’est donné la mort en s’exclamant : « Quel artiste périt avec moi ! ». Qu’aurait-il écrit à propos de Trump, Beppe Grillo ou Bolsonaro ?

54.Les sourcils de la Joconde L’aura a quelque chose d’insensé et d’un peu maléfique ; tout chez Léonard de Vinci devient sujet d’interprétation et de recherche.

55.A nos risques et périls Un dense brouillard bureaucratique s’épaissit d’année en année et enveloppe notre vie de tous les jours…des catégories, des normes, des évaluations, des procédures naissent ou se perfectionnent tous les jours, nous cernent de toute part et exigent que l’on se mette en conformité.

56.Comme il vous plaira Le sigle LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) est devenu depuis des années un sigle universel. (N’étant aujourd’hui plus exhaustif, il s’est allongé devenant LGBTQIA : on a ajouté Queer, Intersexes et Asexuels. Dans leurs écrits, des experts prudents -on ne leur donne pas tort- complètent le sigle d’un signe « + ».)

57.Surtout ne souriez pas Mais en général on hésite devant l’association de mots désaccordés, comme s’ils avaient été mélangés avec énergie par un robot mixeur auquel on aurait fait avaler Le Petit Larousse.

58.Charabias en tous genres Molière aurait été comblé : il aurait rencontré des Sganarelle à chaque coin de rue. Un directeur de musée polyphonique et inclusif, un communicant humain et attachant lui auraient inspiré des personnages merveilleux. Seul problème : le public. Il a un peu perdu l’habitude de s’esclaffer.

59.Nous n’avons que deux jours à vivre Mais ces poussées inflammatoires sont révélatrices de ce que pourrait devenir notre pays en cas de crise nationale : ce qui aujourd’hui est une soupe peu ragoûtante se transformerait vite en un cocktail de poisons mortels. « Nous n’avons que deux jours à vivre, ce n’est pas la peine de les passer à ramper sous des coquins méprisables. » Voltaire

60.Le bouquet nouveau est arrivé Koons est toujours aussi intelligent et roué, son compte en banque est de plus en plus solide, il est devenu l’artiste le plus cher de la planète. Et il aura son apothéose parisienne avec l’installation de ses Tulipes de dix mètres de hauteur (un immeuble de deux étages) tout près de la place de la Concorde.

61.Rentrée pascalienne « Ainsi s’écoule toute la vie : on cherche le repos en combattant quelques obstacles et, si on les a surmontés, le repos devient insupportable, par l’ennui qu’il engendre ; il en faut sortir et mendier le tumulte ». Pascal Donc, le message est simple : plongez-vous dans votre rentrée, mais n’oubliez pas de commencer à penser à vos prochaines vacances.

62.Greta et les philosophes Le désarroi de l’individu contraint de prendre parti entre deux choix gênants ou détestables…entre l’apocalypse et la vitupération, entre Cassandre et les lapidateurs, entre l’asphyxie par esprit de sérieux et l’étranglement par rage…Sollers suggérait de lever le bras et d’appeler tout simplement un taxi pour prendre la fuite, physiquement ou métaphoriquement. Stop ! On s’en va ! On n’est plus là ! On ne vous écoute plus ! Taxi !

63.Je suis grétine Les moustiques débarquent à Roissy et s’y sentent aussi bien que sur les rives du Niger ; on organise des funérailles en bonne et due forme pour les glaciers qui disparaissent et, si on veut encore que les grands mammifères sauvages se reproduisent, il faudra pratiquer des PMA obligatoires dans la brousse pour les éléphantes, les lionnes et les girafes. Je suis désolée de le constater et mortifiée de l’avouer : je suis devenue grétine (avec un « g », ou si vous préférez, avec un « c »).

64.Les excentriques et autres animaux L’excentrique n’agit pas contre les bonnes mœurs ou les règles de la vie sociale, il construit un monde à côté qui n’appartient qu’à lui. Un monde fait d’outrances raffinées ou de bizarreries inquiétantes, mais un monde à chaque fois unique et personnel.

65.Dessine-moi un serpent Avec un grand tatouage on est prisonnier de son aigle ou de son serpent jusqu’à la fin de ses jours. C’est certes pratique en cas d’accident d’avion, mais ce n’est sûrement ni le but ni l’explication. Alors je sèche…Seuls les espiègles habitants des îles de la Société qui montraient en riant leurs fesses historiées aux marins du capitaine Cook auraient peut-être une réponse.

66.Entre deux patries Personne n’évoque jamais les trésors de souplesse nécessaires pour marcher sur une ligne de crête inconfortable. C’est au fond comme si on avait deux parents encombrants que l’on ne pourrait jamais laisser tomber pour partir en vacances ; on essaie instinctivement de plaire aux deux et on défend l’un quand l’autre lui envoie une vacherie.

67.La bonne volonté culturelle La définition par Bourdieu de la culture comme enjeu symbolique pour accéder à la classe dominante, sa description des pratiques culturelles et des styles de vie adoptés par la petite bourgeoisie pour s’intégrer à une supposée élite, l’affirmation d’un capital culturel aussi puissant socialement que le capital financier et se superposant à la lutte des classes -tout cela m’apparut comme une grille de lecture lucide et utile de la société occidentale.

68.Snobisme et vulgarité La vulgarité n’est pas la vanité (plutôt inoffensive et ridicule), elle n’est pas la grossièreté (fruste et parfois passagère). Elle porte en elle quelque chose de « décomplexé » et d’agressif. Au fond snobisme et vulgarité sont à l’opposé.

69.La droite, la gauche et la littérature Enfin Marcel Proust aura, au lendemain de sa mort, l’hommage d’un jeune catholique qui s’appelait Mauriac : un texte émouvant, beau et guerrier d’où j’extrais quelques phrases : « Il est mort de ce travail insensé. Voilà donc la leçon terrible qu’il nous laisse : l’art n’est pas une plaisanterie ; il y va de la vie et il y va de bien plus. »

70.C’est une chanson qui nous ressemble C’est pour cela que les choix des invités aux Francofolies ou les nôtres sont des révélateurs de personnalité. Mieux : des révélateurs d’histoires intimes. Tristesse, mélancolie, humour, cocasserie s’expriment, mélangés dans un désordre charmant. A Barbra le dernier mot : Vos plus belles chansons d’amour, c’est vous.

71.Il fait chaud ? On s’en occupe ! La météo a bon dos : elle est presque toujours une aubaine pour les politiques. Il suffit d’annoncer une tempête terrrrrible qui, probable mais non certaine, va déferler sur nos côtes pour occuper l’opinion. Faire baisser le chômage ou endiguer le déficit public sont des tâches ardues, on comprend l’intérêt de s’occuper du temps qu’il fait.

72.Pauvres adultes Pas besoin de calculette pour constater que le déroulé des âges de la vie est complètement déséquilibré par la dilatation de l’adolescence et l’allongement de la vieillesse. L’existence d’une bonne partie de l’humanité finira par ressembler à un hamburger mal fichu : deux tranches de pain de plus en plus épaisses encadrant un steak haché tout fin et sans garniture.

73.Tous au tribunal L’affaiblissement des structures sociales semble avoir débouché sur un individualisme agressif qui, au nom d’une conception plus utilitariste de la démocratie, se lance à la recherche effrénée de responsables-coupables. L’opinion publique est ainsi devenue plus intolérante que ne l’était la monarchie absolue. Je ne suis pas loin de penser qu’aujourd’hui Diderot, Voltaire et Rousseau passeraient leur vie devant les tribunaux.

74.Le théâtre à la barre Le regard de ces chroniqueurs judiciaires distingue et reproduit l’infinie palette du nuancier de notre condition humaine. Ce qu’ils nous racontent dépasse le tribunal, les prévenus, la loi, la justice ; il touche à l’essence même de l’humanité et devient littérature. On en redemande. Pour nos rêves et nos cauchemars.

75.Beaux, propres et parfumés L’inventivité lexicale est aussi au rendez-vous : les étiquettes rivalisent en adjectifs semi-scientifiques. Vous devrez choisir, parmi les nouveaux sérums, le plus redensifiant, réhydratant, revitalisant, repulpant, reliftant, régénérant, relipidant.

76.Lettre à une otage mystérieuse Pourquoi êtes-vous partie à plus de 60 ans ? Partir en Orient ou en Afrique signifiait affronter des dangers considérables, chaque jour on remettait sa vie en jeu, on « posait sa tête sur les genoux des dieux » comme dit un proverbe oriental.

77.Il y a toujours un reporter Une bonne partie des crimes commis aujourd’hui finissent par avoir un travelling les illustrant. C’est parfois le criminel lui-même qui tient la caméra et là on se perd en interrogations. Les reporters sont partout, la réalité on ne sait plus.

78.En situation de perplexité Ce travestissement doucereux tend avec méthode à envelopper la réalité dans un édredon de précautions. Sans les mots, plus d’idées. Sans finesse de l’expression, plus de force de la pensée. Et, à l’inverse, chaque mot est un trésor, une fenêtre de liberté, un fragment d’une mosaïque infinie qu’il faut protéger avec tendresse

79.La police et le perroquet L’espièglerie et l’incomparable don du récit de La Fontaine auraient fait merveille du cas du petit perroquet voyou, muet de désespoir et de solitude, auquel les autorités vont donner la liberté de tomber dans la gueule du premier puma qui passe.

80.La discothèque planétaire Si on veut échapper à la discothèque permanente, il faudra bientôt s’organiser et y mettre le prix. Des experts de l’obscurité et de la tranquillité se sont vite mis au travail : ils repèrent les lieux où l’on pourra regarder les étoiles et dormir ensuite la fenêtre ouverte en écoutant le vent dans les arbres.

81.Arlequins sans frontières La liste est longue de ces success stories de comiques d’avant-scène, d’humoristes, d’acteurs de cabaret, qui se lancent en politique et écrasent leurs concurrents. Cher Carlo Goldoni, Arlequin n’est plus serviteur de deux maîtres, il faut que vous réécriviez votre pièce. Arlequin est libre et conquiert le monde. Il est maintenant chez lui partout.

82.Ce soir pizza et salade Ainsi va le désordre du monde, ainsi vont les paradoxes de l’argent. Il n’y a pas de morale unique à en tirer. Il y en a plusieurs. L’histoire des pizzas livrées à Lagos via Londres aurait enchanté un grand Italien comme Alberto Moravia. C’est lui qui m’a dit un jour : « Au fond être riche est à la portée de toute sorte de gens dans tous les coins de la planète, mais on ne peut juger un homme qu’à partir de ce qu’il fait de sa fortune ».

83.Je ne suis plus un robot Les tests Captcha, qui nous faisaient perdre beaucoup de temps, étaient rigolos : il fallait déchiffrer une série de lettres ou de chiffres brouillés et distordus, comme sortis de vieux parchemins médiévaux. On ratait son coup une fois sur deux, on recommençait avec patience. Il me restait Captcha. Ça aussi, c’est fini.

84.Arsenic et nouvelles dentelles Pour m’aérer un peu, j’ai décidé d’aller voir à quoi ressemble un magasin Etam…A la sortie, on m’a offert en souriant un sac en toile. Avec un message imprimé en gros, noir sur rose : « Oui au sexy, à l’indépendance, à l’optimisme, à la french liberté ». Bon courage.

85.Pensez printemps et lisez bonheur Par un paradoxe que je ne saurais vous expliquer, cette pensée optimiste s’enracine dans un pays où le pourcentage de râleurs dépressifs est le plus élevé. Le printemps a le bon goût de se présenter même quand tout va de travers.

86.Divorce au Pays des merveilles (Brexit) Toute cette histoire tissée d’impréparation, de dramatisation et de confusion nous renvoie à un monde saugrenu et drolatique. Le nonsense anglais a trouvé sa place dans chaque rebondissement de ce tortueux itinéraire.

87.Un amour de smartphone En entrant dans notre intimité, en la construisant, le smartphone est devenu le prolongement de nous-mêmes : il nous réveille, nous informe, nous guide, nous berce et nous rassure.

88.Anonymat, pseudonymat, intérimat, microclimat Donc, Chères Autorités, nous sommes d’accord, réformez Internet si vous en avez la possibilité : dans un monde idéal, il serait bien que chacun réponde de ses paroles et de ses actes. Mais vous ne pourrez rien contre les idiots. Leur nombre est hélas incompressible.

89.L’initialisation du monde J’ai été fascinée, dans ce répertoire proposé par le Sénat, par la prolifération des zones : jugez-en par vous-même : ZAC, ZAD, ZAN, ZDR, ZEE, ZEP (éducation prioritaire, mais aussi environnement protégé), ZES, ZFU, ZIF, ZPE, ZRD, ZRU, ZSP, ZUP (à urbaniser en priorité), ZUS (urbaine sensible…). Vous avez le tournis, n’est-ce pas ? Alors le moment est venu de dire ZUT.

90.Solidarité, charité, fraternité pour 19,90 euros par mois Au nom du bon goût, ne pourrait-on pas éliminer les 90 centimes ? « 19,90 » sonne inévitablement comme une promotion spéciale de H&M ou de Monoprix. Allez ! 20 euros tout ronds pour « veiller sur nos parents », ce serait plus classe.

91.Machisme, misogynie et jolies fesses La misogynie exprime un agacement, un mépris uniforme pour les femmes, leur petite cervelle, leurs fragilités, leurs supposées « hystéries ». Le machisme, au contraire, revendique un certain amour de la femme, celle qui comprend ce dont un homme a besoin, s’occupe de lui avec douceur, admet et valorise sa supériorité. Peut-être aurait-il fallu mettre le selfie-des-fesses de Colombe Schneck sur la façade des Galeries Lafayette ?

92.Lapin de jade est en mission dans l’espace L’idée principale du traité de Sun Tzu, L’Art de la guerre, est qu’il faut contraindre l’ennemi à abandonner la lutte au plus vite…J’ouvre au hasard : « Capable, passez pour incapable ; prêt au combat, ne le laissez pas voir… ; quand vous agissez, feignez l’inactivité ; soyez mystérieux jusqu’à l’inaudible ».

93.Mais où sont les vertus d’antan ? Pendant des siècles, le regard des philosophes sur les émotions était bien différent du nôtre, ils écrivaient des traités pour apprendre à les maîtriser sans les étouffer, les réguler sans les nier…Ils étaient tous d’accord pour trouver qu’un homme libre devait rechercher et s’appuyer sur quatre vertus : prudence, justice, force et tempérance.

94.A nous deux, Paris ! Quand on décide de vivre en France, l’extrême centralisation du pays vous saute aux yeux, elle s’impose comme une évidence aveuglante de l’histoire et de la géographie. Mais un jour revivra peut-être le Paris d’Apollinaire, cette jeune fille trépidante qui s’éveille, « secoue sa longue chevelure/et chante sa belle chanson ». Heureusement, les fantasmes sont souvent à double face.

95.Powerpoint, reporting, process, brainstorming et autres plaisirs Assez tard dans la vie j’ai donc découvert l’idéologie managériale…Pour faire court : une idéologie du bien, professant de protéger et de favoriser l’épanouissement professionnel des travailleurs et, en même temps, de produire du retour sur investissement et des dividendes.

96.Toxique, de plus en plus toxique La deuxième place est occupée par une association de mots imprévue : « masculinité toxique ». Loin devant les gaz asphyxiants, les algues vénéneuses, les drogues létales. Nous savions déjà, MeToo nous l’a prouvé, que les hommes sont lâches et matamores, grivois et harceleurs. Il ne leur manquait plus que d’être toxiques.

97.A vos fourchettes, Citoyens ! L’obsession de la nourriture qui s’est emparée de notre société. Une double obsession : d’un côté, la gastronomie avec son langage de plus en plus fleuri et emphatique, de l’autre, la malbouffe et la dramatisation sans fin de ses horreurs.

98.Banksy et les tulipes La Fille au ballon s’est autodétruite à moitié grâce à un mécanisme déclenché à distance, une partie de l’œuvre encore dans le cadre et le reste pendouillant dehors, trois secondes après l’adjudication à un heureux acheteur pour plus de 1,2 millions d’euros.

99.Airbnb et les lettres d’amour Des siècles de civilisation avaient consacré la maison comme lieu intime, sacré. On la chargeait de symboles et de souvenirs…Tout cela apparaît bien désuet lorsqu’il s’agit d’ouvrir grand ses portes à des inconnus qui vont le lendemain se précipiter sur l’application pour en parler. Et même confirmer que vous et votre mari êtes très charmants et formez vraiment un beau couple.

100.Connectez-vous ! Il faudra aussi faire très attention à sa voix et à ses intonations. Il existe des assistants vocaux qui analysent les émotions. Amazon a déposé cette semaine un brevet pour un système qui interprète « la joie, la colère, la tristesse, la peur, le dégoût, l’ennui ou le stress ». Ce n’est pas pour vous consoler ou vous soulager, mais pour vous envoyer des messages adaptés à vos états d’âme.

Dictionnaire amoureux de la géopolitique d'Hubert Védrine - Fayard

Émetteur du résumé: François C.

Dictionnaire amoureux de la géopolitiqueA

Afrique(s) L’avenir des flux migratoires internes ou externes, gérés et maîtrisés ou non, ou la sauvegarde ou non de la biodiversité.

Algérie L’Algérie a un potentiel considérable si elle arrive un jour à transcender son souverainisme accusateur et vengeur.

Altermondialiste En fait, tous les pays émergents rêvent d’entrer enfin dans l’économie de marché.

Anthropocène Pour moi, c’est évident que nous sommes entrés dans une ère qui bouleverse totalement les conditions physiques de la vie (et donc de la survie !) sur la Terre, quel que soit le nom qu’on lui donne.

Arabe (monde) En fait, il n’y a pas d’unité politique du monde arabe contemporain et de ses 380 millions d’habitants, même pas au Maghreb. Le « monde arabe » reste très prisonnier de ses contradictions et dépendant des décisions prises par les autres ou de l’enchaînement aléatoire des stratégies des acteurs régionaux ou extérieurs.

Armements (course aux) Il faut totalement repenser et relancer la maîtrise et le contrôle des armements, voire le désarmement au XXIème siècle.

Asie centrale Ouzbékistan (Tachkent), Kazakhstan (Astana), Kirghizistan (Bichkek), Tadjikistan (Douchanbé).

B Batailles Comprendre comment on impose la paix, on la rétablit, on la maintient, on la protège.

Bretton Woods (Accords de) Sans cette suprématie du dollar, la scandaleuse politique américaine de sanctions extraterritoriales s’effondrerait. Pour l’avenir, la question est : quelles relations entre le dollar, l’euro, le renminbi et le yen ?

Brexit Et puis, à la longue, nous avons oublié Trafalgar, Fachoda, Mers El Kébir.

C Caucase Trois Etats : la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

La fragilité du Caucase est également frappante en Géorgie.

Chinamerica Par ses rejets géants de CO2 (45% des émissions mondiales !), les deux mastodontes sont devenus les premiers responsables de l’aggravation de la crise du climat et de la biodiversité dans le monde, et enferment celui-ci « dans une trajectoire d’aggravation permanente ».

Chine Projet OBOR (Routes de la soie) est devenu l’équivalent à la puissance 10, de la route des Indes ou de la verticale Le Caire/Le Cap de l’Empire britannique, de la transversale Dakar/Djibouti pour la France, du transsibérien pour la Russie.

La Chine impressionne, captive, influence, mais ne séduit pas.

Chine - Russie 25 millions d’habitants au maximum entre l’Oural et Vladivostok.

Churchill, Winston La lumière solaire churchillienne nous parvient encore. Jusqu’à quand ? Et que nous dit-elle ? Qu’il faut s’arcbouter et résister. A quoi et à qui en priorité ?

CNN (Cable News Network) Il existe au moins 110 chaînes d’information continue dans le monde.

Transformation fébrile de toute la sphère publique par l’information continue qui met tout artificiellement sous tension…

Colonisations Cette approche historique, rationnelle, pluraliste, documentée est impossible. Il faut résister, et attendre.

Commission européenne Il faudra pour cela modifier l’ADN des Européens…tels qu’ils sont devenus après 1945, s’imposer à notre allié américain, résister à nos rivaux asiatiques. C’est une nécessité, sinon l’Europe sera écartelée, neutralisée ou effacée.

« Communauté internationale » La nécessité d’une écologisation généralisée qui aille plus vite que la dégradation des conditions de vie sur la planète.

Covid-19 Les aggravations, les accélérations, qui font que plus rien ne sera exactement comme avant.

D Davos Forum pour tous ceux qui prospèrent dans la mondialisation dérégulée et financiarisée.

Diaspora(s) Les Arméniens (aujourd’hui 3 millions en Arménie, 6,5 à l’extérieur), les Grecs (10 millions à l’intérieur, 6,5 à l’extérieur), les Libanais (5,5 millions environ au Liban, entre 4 et 14 millions à l’extérieur selon les décomptes), les Africains (40 millions aux Etats-Unis descendant d’esclaves importés), les Juifs (6,4 millions en Israël, 8 millions en diaspora dont 5,7 millions aux Etats-Unis)…

Diplomatie L’Union européenne « a les mains propres parce qu’elle n’a pas de mains ».

Dissuasion Aujourd’hui, sur les 16 000 ogives nucléaires mondiales, la Russie et les Etats-Unis en ont entre 6 et 7 000. La France, 300…

Dollar Il devient hégémonique du fait de la suprématie économique américaine qui s’accroît et s’étend avec l’américano-globalisation.

E Eau La perspective de la raréfaction de ces eaux du fait du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers est terrifiante…

Ecologisation La vie sur la planète sera compromise si 7, 8, 9, 10 milliards d’habitants vivent (consomment, polluent, surexploitent, déforestent, artificialisent, rejettent des déchets et dégradent) comme les pays plus « développés » ou « mal » développés aujourd’hui.

Reste la démographie (vers 10 milliards !) qui exponentialise tous les risques.

Les Européens doivent se réveiller, et prendre la tête de l’écologisation raisonnable et scientifique. Ils ont beaucoup d’atouts pour cela.

Emergents Seuls les « pays les moins avancés » (PMA) (selon l’ONU, quarante-huit en 2019, dont trente-trois en Afrique) stagnent et continuent à demander de « l’aide ».

Empires Leur sort final fait méditer Toynbee (et nous avec) : « Les grandes civilisations ne sont pas assassinées ; elles se suicident. »

Energie Alors qu’il faudrait d’urgence accélérer les mutations vers les énergies non carbonées, nucléaire inclus, et réduire toutes les autres, les unes après les autres.

En 2017, en France, l’éolien n’atteint même pas 2%, la biomasse 1% et le solaire 0,7%.

Ere numérique Supériorité américaine écrasante, challenge chinois redoutable, résilience des Japonais, capacités d’Israël, notamment offensives, performances russes réelles, risque de déclassement européen partiel si rien n’est fait.

Esclavages L’ONU considère que l’esclavage touche encore aujourd’hui environ 40 millions de personnes, essentiellement en Afrique.

Espions (de papier, de pellicule) Le vrai espionnage est de plus en plus électronique, numérique et cyber, autre terrain d’affrontements entre puissances et entre entreprises.

Etat voyou Bientôt, l’Etat voyou sera celui qui, n’appliquant pas ses engagements écologiques, mettra en danger d’autres êtres humains…Cela va vite venir.

Etats-Unis L’américanisation de la sphère occidentale est évidente.

Europe L’Europe des lois, des décrets, des directives, des réglementations, du fameux « acquis communautaire » de plus en plus lourd et contraignant de procédures. En construction jusqu’où ? jusqu’à quand ? Avec quelles limites ?

Il n’en reste pas moins que 2021 peut être un vrai moment pour l’Union si elle arrive à donner un contenu concret au bel objectif de « souveraineté européenne ».

Europe de l’Est Ces pays se sont voulus « otaniens » avant d’être européens. La sécurité avant tout.

F Fleuves Mais les fleuves qui vont faire l’actualité demain sont ceux qui seront disputés entre voisins, en amont et en aval, pour le partage de leurs eaux.

Francophonie C’est quand la structure, la syntaxe, la grammaire sont attaquées ou délaissées qu’il faut réagir.

G. GAFAM Oui, ils ont changé nos modes de vie. Et, en 2018, Google plus Amazon équivalaient au PIB de la France.

Gaulle, Charles de De Gaulle est comme un roc qui émerge d’un passé embrumé par l’affaiblissement de la transmission historique, salué même par d’anciens soixante-huitards qui l’avaient conspué comme fasciste !

Génocide Au-delà de la condamnation, les génocides du XXème siècle reconnus comme tels (outre la Shoah, les génocides arménien, cambodgien, rwandais et, dans une moindre mesure, en Namibie) font l’objet de travaux d’historiens…

Géographie Elle redevient essentielle.

Géopolitique Elle consiste tout simplement en l’étude des interactions entre la géographie, l’histoire et la politique internationale.

H Hitler, Adolf Quoi qu’il en soit, le XXème siècle aura été celui des plus grands totalitarismes et des plus grands massacres.

Hyperpuissance Les Etats-Unis, même challengés, gardent en propre plusieurs éléments de puissance : la suprématie militaire, la suprématie technologique, les GAFAM, la pratique scandaleuse de sanctionner unilatéralement pays, entreprises ou industries, hors du cadre de l’ONU et sans crainte de représailles ! Le dollar fait la loi.

I Inde Ce qui m’impressionne le plus en Inde : la mondialisation américano-globale ne l’a pas dissoute. Elle est restée en profondeur un monde différent, comme le Japon.

Indo-Pacifique Il s’agit bien d’établir entre toutes les puissances de ces régions (Japon, Vietnam, Australie, Inde, Indonésie) des liens stratégiques, pour résister à toute hégémonie, c’est-à-dire en clair, celle de la Chine.

Infrastructures Maillage essentiel de la globalisation. Manifestation de modernité, de puissance économique, mais aussi de vulnérabilité.

Intelligence artificielle La diffusion de l’IA va-t-elle donner à la puissance qui la maîtrisera le mieux un pouvoir irrattrapable pour supplanter, connaître, affaiblir, voire asservir tous les autres, par une cybersupériorité, une cybersuprématie ?

Irrealpolitik La realpolitik, qui conduit à des compromis, a fait historiquement moins de ravages que l’irréalisme, l’utopisme, le chimérisme, ce que j’appelle l’irrealpolitik, qui peut elle aussi conduire à un fanatisme.

Islam Conduit une importante minorité des 1,8 milliard de musulmans au fondamentalisme, au wahhabisme, au djihadisme, puis, dans quelques rares cas, au terrorisme. Mais les terroristes n’ont pas besoin d’être nombreux pour terroriser.

Israël Israël sera vraiment en sécurité quand les peuples arabes, et pas seulement leurs dirigeants, l’auront reconnu et admis comme voisin.

J Japon Il est aujourd’hui membre du G7, encore la troisième économie mondiale, quoique stagnant depuis des années, et sa population (126 millions) baisse de 0,16% par an.

Justice internationale Plusieurs Etats très importants n’ont pas ratifié la CPI : Etats-Unis, Israël, Russie, Chine, Inde, plusieurs pays arabes.

L Lieux de pouvoir Jamais rassasiée, la transparence boulimique alimente le complotisme au lieu de l’apaiser.

Et si les vrais lieux de pouvoir étaient ailleurs : à la Bourse de New York, dans la Silicon Valley ou à Shenzen, dans les sièges des entreprises mondiales de toutes nationalités, dans les télévisions d’information continue, ou bien partout et nulle part en même temps, dans l’âge de la démocratie d’opinion et des lyncheurs numériques ?

M Migrations Depuis les années 2000, selon l’ONU, environ 190 millions d’hommes et de femmes bougent chaque année, soit 2 à 3% de la population mondiale. « Bouger » ne veut pas dire émigrer. Cela englobe les mouvements à l’intérieur de chaque pays, mais aussi d’un pays à l’autre, voire d’un continent à l’autre.

Mondialisation/démondialisation La mondialisation à marche forcée telle qu’elle a été menée a été trop brutale, trop dérangeante, trop perturbatrice, trop insécurisante culturellement pour la plupart des peuples. Elle a provoqué en retour de puissants réflexes identitaires défensifs.

Multinationales Les multinationales sont devenues une figure clé de la mondialisation dérégulée et, s’agissant des banques et des fonds de toutes sortes, financiarisée.

Mythes Jamais les êtres humains n’ont été autant formés, informés, connectés. Cela les rend-il plus rationnels et raisonnables ? Visiblement non…Les mythes ont de beaux jours devant eux, à commencer par la croyance dans le complot, plus vivace que jamais.

N Nucléaire En bonne logique, la priorité écologique devrait être de réduire d’abord le charbon, ensuite les schistes bitumineux, puis les autres pétroles, plus tard le gaz, et plus tard encore, le nucléaire, dès que les énergies renouvelables seront compétitives et que l’on pourra stocker durablement l’énergie solaire.

O Océans La pression pour exploiter les océans, leur contenu, leur sous-sol, va s’intensifier…Il faut donc absolument compléter Montego Bay…Ce serait une mise en œuvre utile du « multilatéralisme ».

Opinion publique Les populations réagissent à chaud et sont tentées de se passer de représentants. Péril mortel pour la démocratie représentative.

Demain ? Démocratie d’opinion, bateaux ivres ? Qu’en penser, vu de Pékin ?

Ordre mondial Pendant ce temps-là, le monde continue, dans le désordre de la lutte des puissances, une mêlée, une foire d’empoigne et un système économique fou, secoué d’angoisses périodiques.

P Palestine En 2021, il est visible que Benjamin Netanyahou, au pouvoir avec le Likoud et divers alliés extrémistes depuis juin 1996, a réussi à quasiment éteindre tout soutien extérieur à un Etat palestinien.

Passé « Le passé n’est pas mort, a écrit Faulkner dans Requiem pour une nonne en 1951, il n’est même pas passé. »

Populisme La dénonciation du populisme est d’autant plus vaine que ce dernier n’a pas de définition claire.

C’est peut-être LE problème de l’Europe et des autres démocraties aujourd’hui. Et partout où il y a des peuples !

R Réalisme (Realpolitik, irrealpolitik) Le réalisme est une honnêteté intellectuelle : voir les choses comme elles sont. Il s’oppose donc à l’idéalisme (platonicien ou wilsonien), au chimérisme, à la démagogie…Le réalisme de l’analyse n’empêche pas l’idéalisme des ambitions.

Ressources (Compétition pour l’accès aux) A notre époque, dans le cadre de l’économie de marché mondialisée, dérégulée et (trop) financiarisée, la compétition s’est étendue au monde entier et à toutes les ressources : toujours le pétrole et le gaz, mais aussi uranium, métaux précieux, or, lithium, terres rares indispensables aux technologies numériques, terres cultivables, sable, eau potable et, finalement…espace disponible.

Non seulement cela annonce des catastrophes écologiques cumulatives et exponentielles, mais aussi des compétitions de plus en plus dures, et donc des risques accrus d’affrontement.

S Sanctions Au semi-chaos mondial actuel s’ajoute une bataille de sanctions et de prises d’otages croisées.

Sécurité L’aspiration à la sécurité ne peut que croître dans un monde anxiogène, très peuplé, connecté, interdépendant donc multi-dépendant et instable : chaos géopolitique, foire d’empoigne entre puissances, comptes à rebours démographique et écologique, choc et mutation numérique, flux migratoires, risques sanitaires, etc…Il faut répondre à ces demandes de sécurité en les canalisant pour les apaiser.

Shoah L’horreur de la Shoah (comparable à rien d’autre dans l’histoire connue de l’espèce humaine) a donné naissance, au tribunal de Nuremberg, aux concepts de génocide et de crimes contre l’humanité devenus imprescriptibles.

Souveraineté Mais est-on souverain dans le monde dominé par les Etats-Unis et la Chine, leurs GAFAM et BATX, par le dollar, par les sanctions extraterritoriales américaines, etc. ? Certains sont plus souverains que d’autres…Et il y a l’Union européenne : pot au noir, ou levier ?

Stratégie (stratège) Sun Tzu, Clausewitz sont des penseurs stratégiques, Machiavel un stratège politique. Et il y a des grands capitaines qui sont aussi des stratèges : Napoléon.

T Tiers-Monde Le cyclone de la mondialisation redessine la carte des pays : émergents, réémergents, émergés, toujours en voie de développement ou moins avancés (PMA), stagnants ou faillis.

Traités Il faudra d’autres traités commerciaux, technologiques, écologiques et toujours plus de négociations, et donc de négociateurs aguerris.

U Uchronie L’uchronie, ou alternative history, est la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement passé.

URSS Immense continent englouti qui a marqué au fer rouge le XXème siècle, de 1917 à 1991…Pendant ces décennies, l’URSS a été La Mecque pour des dizaines de millions de communistes, de compagnons de route, de progressistes, d’antifascistes dans le monde qui voyaient en elle le berceau de l’homme nouveau et la révolution comme une épreuve régénératrice.

V Valeurs Pour les Occidentaux, puissances installées, mis sur la défensive face aux émergents, leurs valeurs sont universelles, cela ne se discute pas. Tout « relativisme » est scandaleux et prohibé. Mais si l’univers tout entier ne reconnaît pas leurs valeurs comme étant universelles ? Et si la Chine ose prétendre qu’elle a son propre système de valeurs ? Et que dans des démocraties des peuples votent pour des programmes « illibéraux » ? Révoltant ! Incompréhensible ! Pire que cornélien.

Y Yalta Le mythe de Yalta (surtout en France, par dépit de ne pas y être) est celui d’un partage du monde et d’un abandon cynique de l’Europe de l’Est.

La vie des morts de Jean-Marie Laclavetine - Gallimard

Émetteur du résumé: François C.

La vie des mortsCertains voient Jésus ou la Vierge, j’ai vu Porthos, je l’ai senti si proche au moment de sa mort qu’il m’a permis d’approcher ce mystère comme je ne l’avais jamais fait auparavant.

Voilà ce qui rend la littérature supérieure à la vie ordinaire : elle offre des territoires sauvages, inviolés, où l’on se promène dans une solitude enivrante ; mais on y est relié à l’humanité entière, tout peut y être partagé, la solitude y est peuplée, traversée par d’innombrables ruisseaux de vie, ce voyage est sans fin.

Tous ces signes me ramenaient non seulement à notre histoire, mais surtout à la puissance mystérieuse de l’écriture, à ce qu’elle rend possible, à ce qu’elle délivre ou dénoue.

A ceux qui m’ont demandé si la rédaction de ce livre avait apaisé la douleur de la perte, j’ai dû répondre que non, bien au contraire ; tu es plus réelle, plus vivante que tu ne l’étais avant que je n’entame ce travail, et tu me manques d’autant plus aujourd’hui. La littérature, décidément, ne soigne rien. Elle se contente de nous rendre vivants.

Et toi aussi, Annie, tu vis de l’étrange vie des morts, qui s’occupent à relier entre eux les vivants, ceux qui l’ont été, ceux qui le seront.

La littérature est bien cette force silencieuse qui relie, qui se ramifie, favorise la propagation d’un réseau complexe d’émotions, de souvenirs, de savoirs. Elle traverse les frontières géographiques, temporelles ou de classe, elle bondit par-dessus les murs et les mers.

Nous sommes agités de souvenirs qui nous transforment tout en se transformant eux-mêmes. Rien ne dure, tout est mouvant, nous ne retrouverons jamais cet instant précieux de tête-à-tête avec un être aimé qui nous a changé…

Ce que nous perdons dans l’absence de l’autre, ce n’est pas seulement un être cher, c’est un moment de nous-mêmes que nous ne retrouverons jamais.

On écrit avec ça : la colère, l’enfance, les beautés perdues, les beautés à venir, l’émerveillement du présent, la rage du manque, le désir inassouvi, la soif de rencontres, le besoin de tout dévorer.

Je pourrais continuer longtemps à dévider la litanie des coïncidences et des rencontres, des témoignages et des confidences.

Il se demande si le souvenir des grands tremblements de terre qui secouent notre existence n’occulte pas les mini-séismes, les secousses presque imperceptibles qui ébranlent l’édifice sans qu’on y prenne garde et lui impriment peu à peu sa forme.

Entre le moment où le signal est donné, à la faveur d’une banale analyse de sang ou de la découverte d’un grain de beauté bizarre, la vie prend des allures de grand huit, accélérations soudaines, pentes à quarante degrés, tête à l’envers, nausée, et déjà c’est la fin du numéro.

Elle serait là dans nos gestes quotidiens, dans nos pensées infimes, parce que rien ne se perd quand on s’aime comme nous nous aimions, comme elle nous aimait, sans faire d’histoires ni de complications.

Elle expliquait dans l’un d’entre eux que l’idéogramme chinois signifiant « écrire » est formé d’un toit, de deux mains et du signe qui veut dire « changer l’ordre des choses ». Comme ses personnages, Lisa tentait de mettre de l’ordre dans un réel mouvant et insaisissable.

Un tome après l’autre, de 1999 à 2015, Siné a déroulé une sorte de tapisserie de Bayeux à l’usage des malpolis et des sans-dents, un petit précis illustré de la colère sociale et des joies toutes simples.

Où que je regarde, l’amitié est partout, essentielle, vitale, elle forme autour de moi un halo bienfaisant, je lui ai consacré beaucoup d’énergie, d’attention. Guy me disait que l’amitié est comme une plante : on doit lui prodiguer des soins constants, l’arroser quand c’est nécessaire, la préserver du soleil ou de l’ombre sous peine de la voir se flétrir. Elle n’est pas donnée une fois pour toutes, pas plus que l’amour ; comme l’amour, elle est le fruit du travail et de la patience.

Que de souvenirs dans ces lieux, que de moments heureux et profonds…A l’abri du jour et de ses tracas, nous passions là des heures sans minutes, délivrés du temps.

Cela n’a rien de délibéré. Cela vient sans doute d’une méfiance instinctive vis-à-vis des chemins tracés, des corps constitués, des cultures de groupe, des milieux hermétiques organisés autour du seul impératif de la reproduction sociale.

L’Orient est compliqué, il sent le poivre et l’opium, les longues expéditions à dos de chameau, le beurre de yack et la soie onéreuse. L’Ouest, c’est l’immensité vert-bleu, les danses du vent en jupe d’écume, le mystère des Sargasses, le fraîchin odorant, les cirés luisants dans les aubes glaciales, le soleil qui éclate soudain sur une mer d’étain, le pressentiment des naufrages et le rire des pirates, le frémissement des élingues dans des ports jamais tranquilles. C’est dans ce rêve occidental que nous avons grandi.

CITATIONS DANS LE TEXTE : S. de Beauvoir “Il y a des jours si beaux qu’on a envie de briller comme le soleil, c’est-à-dire d’éclabousser la terre avec des mots ; il y a des heures si noires qu’il ne reste plus d’autre espoir que ce cri qu’on voudrait pousser…Sans doute les mots universels, éternels, présence de tous à chacun, sont-ils le seul transcendant que je reconnaisse et qui m’émeuve. Ils vibrent dans ma bouche et par eux je communie avec l’humanité. Ils arrachent à l’instant et sa contingence les larmes, la nuit, la mort même, et les transfigurent.”

Kundera Car, d’emblée, tout est clair : “la vie humaine, en tant que telle, est défaite, la seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu’on appelle la vie est d’essayer de la comprendre.”

L'ami arménien d'Andreï Makine - Grasset

Émetteur du résumé: François C.

L'ami arménienComme si, depuis longtemps, il avait appris ce qui pouvait persister d’essentiel et de sublime au-delà de nos enveloppes charnelles. Comme si, venant parmi nous, il avait gardé en lui le reflet d’un monde infiniment étranger à ce que les hommes vivaient sur cette terre.

La population du Bout comptait bon nombre d’anciens prisonniers, d’aventuriers vieillis et fourbus, de déracinés hagards qui -comme souvent en Sibérie- avaient, pour toute biographie, la seule géographie de leurs errances.

C’était un art commun aux peuples familiers des bannissements et des exodes, forcés de recréer, indéfiniment, leur espace vital -leur patrie transportée dans leurs maigres bagages. Oui, de gravir les tréteaux d’une existence vacillante, d’installer un décor où se joue le drame de leurs exils.

Gulizar était une de ces véritables « filles du Caucase » que chantaient leurs strophes, une nature ardente et hardie.

Après un temps de répit, son mal « arménien » revenait -obstruant ses poumons ou l’atteignant aux articulations et le rendant lent et claudiquant, ou bien, plus fréquemment encore, lui jetant au visage et au corps ces plaques rougeâtres dont nos condisciples n’hésitaient pas à se montrer dégoûtés et moqueurs.

Epoustouflé, je ne parvenais pas à retenir la suite des royaumes qui, sur cette terre antique d’Arménie, se créaient, resplendissaient, s’écroulaient sous les coups de boutoir des envahisseurs.

Le match qui venait de se terminer m’apparut telle la préfiguration de toute une existence, cette guerre d’usure qui ne leur laisserait pas le temps de lever les yeux vers le mouvement des oiseaux éclairés par le soir d’une fin d’été. Je me sentis péniblement muet, ne sachant pas encore que le désir de partager cet instant de beauté était le sens même de la création, l’aspiration véritable des poètes et qui restait le plus souvent incomprise.

Admiration, adoration, coup de foudre, émerveillement, tout cela, dans son abstraction livresque, n’avait aucun rapport avec ce que j’éprouvais. La seule empreinte de ses souliers laissée dans la poussière le long de la voie ferrée abandonnée -cette marque fine et délicatement imprimée- me déplaçait dans un univers où chaque objet espérait recevoir un autre nom.

Je compris que nos vies glissaient tout le temps au bord de l’abîme et que, d’un simple geste, nous pouvions aider l’autre, le retenir d’une chute, le sauver. Presque par jeu, nous étions capables d’être un dieu pour notre prochain.

Bien des années plus tard, j’apprendrais qu’il s’agissait d’un million et demi de personnes anéanties.

L’infériorité que nous éprouvions tous à l’orphelinat nous faisait fantasmer sur les avantages dont les enfants « normaux » pouvaient se prévaloir. Vardan, devenant un sang-mêlé, sans père connu et orphelin de mère, se rapprocha de nous, rompant notre statut de parias et, bien qu’inconsciemment, j’en concevais pour lui une certaine gratitude.

La rapidité avec laquelle ma vie sembla basculer rappelait cet intervalle entre le moment où nous sentons une tasse échapper à nos mains et le bruit d’éclatement.

Un monde régi par une seule règle : la cruauté et le dédain pour la moindre défaillance, une haine bien plus impitoyable que dans les cellules des adultes.

Ainsi, les fous et les poètes échappent-ils parfois à la nasse de cette existence commune, légitimée par nos habitudes, nos peurs, notre incapacité d’aimer.

Non, la vraie leçon était autre : l’invraisemblable rapidité avec laquelle la routine de la vie effaçait les événements qui semblaient d’une si haute importance, les personnes qui, quelques jours auparavant, constituaient la part la plus précieuse de nous-mêmes.

Au milieu des mille souvenirs évanouis et des jours effacés dont mon existence serait faite, la permanence de ces visages d’inconnus ne cesserait de me surprendre.

Je devinais que le seul mystère digne d’être sondé se cachait dans notre capacité à résister à ce flot d’inepties qui nous entraînait loin du passé où nous avions égaré l’essentiel de nous-mêmes.

Et c’est en vieillissant que j’ai pris conscience que je me retrouvais désormais à égalité avec cet enfant et que je vivais comme lui, et comme nous tous, l’épuisement de plus en plus accéléré du risible nombre de jours qui nous séparent de la mort.

Sans s’en rendre pleinement compte, il vivait avec le sentiment de ne plus avoir une minute à perdre en s’engageant dans les jeux de rivalités et de désirs, cette farce humaine qui nous attirait tant. Le peu de jours qui lui restaient à vivre devaient servir à l’essentiel.

Le Pays des Contes- Cris Colfer

Coup de cœur de Camille D. un bébé (NONN!!) stagiaire: Avez-vous déjà voulu rencontrer Boucle d’Or, Le Petit Chaperon Rouge ou encore Blanche neige? Alex et Conner, se retrouvent, par le biais d’un grimoire enchanté, dans un monde où ces personnages de nos contes vivent tous. Mais ce n’est pas comme vous l’imaginez, là-bas, Boucle d’Or est une criminelle recherchée, Blanche Neige dissimule un lourd secret et le Loup ne fait même pas peur au petit Chaperon Rouge! Les frères et sœur n’ont qu’une solution pour quitter cet univers, rassembler huit objets magiques… Une tâche qui aurait été plus aisée si la Méchante Reine n’avait pas dans l’idée de leur mettre des bâtons dans les roues, cette dernière a même l’ambition de les enfermer pour toujours et à jamais dans ce monde qu’ils souhaitent quitter.

Une histoire, qui nous replonge en enfance au milieu des contes de notre jeunesse. Une aventure qui nous fait voir d’une manière nouvelle et moderne tous ces contes qui ont bercé notre enfance. De Blanche-Neige au Petit Chaperon Rouge en passant par Jack et le haricot magique. Tous ces personnages sont là pour nous jouer une histoire nostalgiquement magique.

La rencontre Une philosophie de Charles Pépin - Allary

Émetteur du résumé: François C.

La rencontre, une philosophieI LES SIGNES DE LA RENCONTRE 1.1 Je suis troublé Quand se fissure ma carapace Grâce à la rencontre de Robert, au cœur même du trouble de la rencontre, elle s’est découverte autre et c’est cette autre devenue véritablement elle-même qui l’accompagnera jusqu’au bout.

La rencontre redonne droit de cité au moi profond. D’où ce sentiment si fort, au cœur du trouble qu’elle provoque, d’exister pleinement, d’exister enfin. Le moi profond ne se laisse plus recouvrir par le moi social ; il le déborde soudain. Le trouble indique le chemin parcouru, parfois en un temps record.

1.2 Je te reconnais Quand le hasard ressemble au destin Nous passons nos vies à douter, mais certaines rencontres ont le pouvoir de nous délivrer, parfois d’un seul geste, « le temps d’un battement de paupières ». Que réveillent-elles en nous, qui ne laisse plus de place à l’incertitude ? Que rencontrons-nous alors ?

1.3 Je suis curieux de toi Quand j’ai envie de découvrir ton monde Rencontrer quelqu’un, c’est se trouver projeté au seuil d’un monde nouveau, happé par l’envie de l’explorer ; c’est une invitation au voyage.

On désire tout un monde, celui qui est associé à l’être rencontré et dont on ne devine d’abord que les reliefs, un monde fait d’habitude, de gestes, d’amis et d’ennemis, d’émotions, de perceptions, de souvenirs…

1.4 J’ai envie de me lancer Quand l’autre me donne des ailes Une rencontre marque parfois aussi la naissance d’un projet…la rencontre crée un désir, ouvre un champ de possibles, il faut s’y engouffrer.

Nous pouvons tous sentir, en rencontrant quelqu’un, que nous allons inventer quelque chose.

Plus tard, lorsque la rencontre aura porté ses fruits, nous nous souviendrons avec émotion de cette excitation initiale, de ce moment où il nous est apparu que tout devenait possible…Nous aurons le cœur plein de la joie d’avoir créé plus grand que soi.

1.5 Je découvre ton point de vue Quand je fais l’expérience de ton altérité Quand cet autre devient mon amour, mon ami, mon partenaire, lorsque je ne peux plus vivre un événement sans le ressentir également à travers lui, alors je sais que je l’ai vraiment rencontré : je fais dans la durée l’expérience de sa différence, de son altérité.

Si l’amour est « construction », c’est en se continuant que la rencontre manifeste toute sa puissance : le véritable émerveillement est moins dans le coup de foudre initial que dans le temps nécessaire pour essayer de « faire le tour de la différence » de l’autre et découvrir, ébloui, qu’il est lui aussi un centre, un sujet, un point d’observation de la richesse du monde.

1.6 J’ai changé Quand l’autre fait de moi quelqu’un d’autre L’expérience de l’altérité finit tôt ou tard par produire des effets : plus encore que découvrir un point de vue, je change à ton contact. J’ai pris une nouvelle voie, modifié quelques-unes de mes habitudes, de mes opinions également, mes goûts ont évolué, et dans certaines situations je ne réagis plus de la même façon -bref j’ai changé. En mieux ou non qu’importe. La preuve la plus tangible que je t’ai rencontré est là : je mène différemment la barque de mon existence.

Telle est la véritable force de la rencontre : une puissance de changement.

1.7 Je me sens responsable de toi Quand l’autre me révèle ma nature morale Le changement provoqué en nous par la rencontre peut être aussi d’ordre moral. Parce que je t’ai rencontré, parce que nous nous sommes retrouvés face à face et que j’ai été touché par ta fragilité, je suis soudain arraché à mon égoïsme naturel ou au moins à mon indifférence ; je me sens responsable d’un autre que moi. Te rencontrer me révèle alors ma nature morale.

1.8 Je suis vivant Quand l’autre me sauve la vie Une de ces personnes de notre entourage que Boris Cyrulnik nomme « tuteurs de résilience » et qui sont capables, par le soin, l’attention ou l’amour qu’elles nous portent, de nous aider à nous relever après un drame.

Le trouble, la curiosité, la reconnaissance et l’envie de se lancer sont les premiers signes de la rencontre en train de se faire. Puis l’expérience de l’altérité, le changement, la responsabilité et le salut sont les signes d’une rencontre se continuant, et produisant ses effets.

II. LES CONDITIONS DE LA RENCONTRE 2.1 Sortir de chez soi Une philosophie de l’action La contingence -ce qui est mais aurait pu ne pas être- s’oppose à l’idée de nécessité, ou de déterminisme -ce qui est et ne pouvait pas ne pas être.

Mais dans un monde contingent, l’action devient un ressort décisif. En me mettant en mouvement, je produis des changements, dont je ne peux mesurer précisément les effets, mais qui influeront sur la chaîne de causalité ; agir reconfigure le monde, rebat les cartes.

Nourrir sa vie intérieure puis s’aventurer à l’extérieur, rentrer en soi puis sortir de chez soi : cette attitude, comme une sorte de pas de deux, favorise les rencontres davantage que l’effort insistant pour entrer en contact avec l’autre.

Nous ne savons pas, avant d’agir, ce que notre action produira dans le monde. Mais nous devons y aller malgré tout ; c’est là toute la beauté de la prise de risque, le sel de l’existence ; c’est l’essence même d’une philosophie de l’action.

Ce mantra « j’y vais-je vois » était une invitation à réunir les deux conditions nécessaires à la survenue d’un événement, à la rencontre : sortir de chez soi, mais aussi être prêt à accueillir ce qui se présente, le bon comme le mauvais. Se lancer, mais moins tendu vers l’objectif que l’esprit ouvert, moins concentré sur le but qu’attentif à tout le reste.

2.2 Ne rien attendre de précis Eloge de la disponibilité D’une certaine manière, moins nos attentes seront précises, plus elles ouvriront le champ de notre vision, de notre rapport au monde et aux autres.

Il avait oublié qu’une rencontre a justement le pouvoir de redistribuer nos attentes, nos désirs, nos idées mêmes des choses et de la vie…savoir que nous pouvons nous tromper sur nos attentes peut nous convaincre de nous ouvrir à ce que nous n’attendons pas.

Le poète peut d’ailleurs être défini comme cet être absolument disponible à l’inattendu, à l’accueil de ce qui vient -mots, idées, images, émotions.

J’accueillais un présent sans rien lui demander d’autre que d’être là, et c’est précisément pour cette raison qu’il a ouvert un avenir.

« Attendus » au sens non d’une attente précise, mais d’une attention pleine, ouverte, partagée, vivante. Une attente oui, mais sans véritable objet.

2.3 Tomber le masque La puissance de la vulnérabilité Avoir confiance, c’est s’élancer malgré le doute, apprendre à accepter et même à embrasser l’incertitude malgré l’appréhension, ne pas chercher à se rassurer en l’évacuant.

Se montrer vulnérable, se mettre « à nu », ne plus avancer masqué, requiert confiance en nous-mêmes et en autrui pour oser dévoiler son intimité à l’inconnu.

III. LA VRAIE VIE EST RENCONTRE 3.1. La rencontre comme propre de l’homme Une lecture anthropologique D’après Aristote, l’homme est un animal inachevé, un être riche de potentialités mais qui restent à accomplir, ses nombreuses dispositions nécessitant une « actualisation ».

Le biologiste néerlandais Louis Bolk caractérisera l’espèce humaine par cette prématuration qu’il appellera « néoténie ».

Suite à la gestation et à la naissance, il nous manque donc encore au bas mot neuf mois pour atteindre une première forme achevée. Nous sommes une espèce de grands prématurés. La cause en est sans doute la bipédie.

3.2. Je te rencontre, donc j’existe Une lecture existentialiste L’existence, c’est être sans cesse jeté « devant » soi, hors de soi. Et la rencontre est cet événement qui, par excellence, me jette devant moi, m’invite à sortir de moi pour m’engager dans l’avenir, dans le monde -pour devenir et non simplement être.

Il serait donc plus juste de dire : exister, c’est dépendre. Et même « aimer dépendre » ; embrasser sans réserve une vie « hors de soi ». Belle leçon de la rencontre, qui est aussi celle de l’amour : notre vérité n’est pas en nous, mais entre nous.

3.3. Rencontrer le mystère Une lecture religieuse « C’est parce qu’il y a un Tu que le Je trouve son sens et vit sa véritable vie », écrit Martin Buber dans Je et Tu.

3.4. Rencontrer son désir Une lecture psychanalytique Nos grandes rencontres nous convoquent doublement : elles nous emportent avec tout notre passé, le font remonter souvent inconsciemment, puis elles nous propulsent vers l’avenir. Elles nous offrent l’opportunité de mieux comprendre notre désir, sa nature toujours composite. Il est en partie le produit de notre passé, en partie l’œuvre de nos rencontres. Il est un héritage, mais également une fondation. Toute véritable rencontre est rencontre de son désir.

3.5. Rencontrer l’autre pour se rencontrer Une lecture dialectique Pour Buber, Freud, Levinas, Sartre, mais aussi Husserl, Merleau-Ponty, Derrida…, c’est au contact de l’autre, tout contre lui, que je peux espérer me découvrir.

Tu m’intéresses parce que tu es autre, et parce qu’à ton contact, je peux devenir autre : comment faire la part des choses ? La vraie vie est ainsi : il est parfois impossible de démêler, au cœur d’une rencontre, la fascination désintéressée pour l’autre et le sentiment que ma vie va changer grâce à lui.

Seuls, nous ne sommes rien, nous ne valons rien, nous ne devenons rien. Mais il suffit que je te rencontre, et tout commence. CITATIONS

R. Char Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes et dans l’orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour nous.

P. Eluard Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.

Génération surdiplômée de Monique Dagnaud et Jean-Laurent Cassely - Odile Jacob

Émetteur du résumé: François C.

Génération surdiplômée ; les 20% qui transforment la FranceIntroduction – Des 1% (les superriches) aux 20% (les superdiplômés). Changer de regard sur la société

Les 20%, épicentre des sociétés développées. La compétition scolaire, une compétition existentielle. Perspectives d’insertion professionnelle, d’aisance matérielle, de qualité de vie riment avec réussite scolaire. Les anywhere et les somewhere : le partage des sociétés entre les diplômés et les autres. Description d’une polarisation des parcours de vie, des comportements et des représentations.

Le niveau éducatif, maître étalon des disparités. Les 20% Le prolétariat culturel (13% de sans diplôme, 10% de CAP et formation professionnelle courte et 32% de juste bacheliers) ; Les formations techniques dites courtes de niveau bac + 2 et les licences représentent 22% des nouvelles générations ; Les masters universitaires ; Les diplômés des « petites grandes écoles » et des écoles post-bac ; Les diplômés des très grandes écoles post-prépa.

Les 20% : une société dans la société Postulat : les 20% forment une minisociété aux traits composites, avec ses gardiens du temple et ses contestataires Pourquoi étudier les 20% ? Les 1% au cœur des représentations politiques. Entre le 1% qui s’envole et la classe moyenne qui s’étiole : l’émergence des 20% Ces classes moyennes supérieures américaines sont plus riches, plus cultivées, plus compétitives, plus minces, plus sportives, plus décontractées que le reste de la société. Elite dirigeante, sous-élite (impact socio-économique) et alter-élite (impact socioculturel) : l’archipel des 20% les plus diplômés.

1. Un jour, tu seras un « talent » Du bon élève au « talent »

Les 20%, le vivier des talents Les talents sont censés concilier une large palette de savoir-être, de savoir-faire et de savoir-paraître, de connaissances et d’aptitudes émotionnelles, de rapidité mentale et d’intuition et, last but not least, d’endurance à l’effort. « Je savais que je voulais faire du conseil depuis l’âge de 11 ans » Maturation précoce, engagement passionné dans un secteur, talent stratégique pour progresser rapidement, pour construire une expertise, souci de se former continuellement et habileté à saisir toutes les occasions de sociabilité, de rebondissement et de prise de risques. La méritocratie idéalisée, et sans illusions Le fait que le classement scolaire soit biaisé par l’appartenance sociale et surtout l’environnement culturel de l’enfant est un secret de polichinelle. Le nouveau gagnant n’est plus nécessairement un premier de la classe Ces jeunes ambitionnent de tout mener de front, ou successivement, d’avoir plusieurs vies, et de conjuguer avec virtuosité réussite monétaire, bien-être personnel et participation au mieux-être de la société. La consécration de l’étudiant globe-trotter En 2019, 10% des élèves des écoles françaises d’ingénieurs et 18% des étudiants des écoles de management débutent leur carrière à l’étranger, majoritairement dans un autre pays européen. Un « talent » ou une qualité purement différentielle Le « talent » peut être défini comme ce gradient de qualité qui est attribué à un individu à travers des comparaisons dépourvues de repères externes absolus. La difficulté de définir le talent vient de ce qu’il est une qualité purement différentielle. Les « talents », démiurges du capitalisme d’innovation En gros, trois filières professionnelles dominent aujourd’hui l’économie du software : les financiers/managers/commerciaux/communicants ; les technologues ; les artistes, notamment les designers.

La psyché du premier de la classe. Ethos des « talents » : une vie à se bonifier et à se choisir Ces itinéraires scolaires façonnés par l’effort, la réflexion stratégique et la capacité à saisir les opportunités forgent une mentalité particulière, « la capacité à être entrepreneur de soi-même » Celle-ci implique une impatience permanente à s’améliorer, à aller de l’avant. L’exigence d’un retour sur investissement De ce marathon, le haut diplômé retire une conviction, celle d’être légitime où qu’il soit, et estime tout naturel de poser ses exigences en matière de contenu et de statut du travail. L’homogamie des couples qui se forment au sein des surdiplômés Depuis le boom de l’enseignement supérieur et son ouverture aux femmes, plus le niveau de diplôme est élevé, plus on se marie, et plus on se marie entre niveaux universitaires équivalents.

L’incubation des « talents ». De la méritocratie à la parentocracy Selon Phillip Brown, l’ère de la parentocracy correspond à la privatisation familiale du système éducatif, et incarne une époque où l’éducation d’un enfant est essentiellement déterminée par le niveau de revenus et les projections de ses parents. La douce matrice éducative des familles privilégiées à l’heure de la globalisation Dans ce système de sélection, le capital culturel de la famille d’origine compte davantage que ses ressources économiques : en témoigne la forte surreprésentation des enfants d’enseignants dans le microcosme des grandes écoles. France/Etats-Unis : la fracture culturelle et la fracture de l’argent Les comportements familiaux de l’aspirational class américaine : parenting intensif dès le premier âge, construction de parcours dans les filières d’excellence, maturation d’un mental tendu vers la confiance en soi et l’éclosion de talents singuliers. Les blessures de la distance culturelle face aux « talents » Ce vaste élan vers l’éducation supérieure accentue le sentiment d’angoisse de l’avenir quand les attentes (symboliques, sociales et financières) contenues dans l’idée de méritocratie scolaire ne sont pas remplies.

2. Les surdiplômés au travail, entre innovation et impact social Elite, sous-élite, alter-élite : une typologie de la classe diplômée

Trois jeunes actifs diplômés, trois salaires, trois choix de vie La plupart des salaires s’étalent entre 3000 et 6000 euros/mois pour ces trentenaires, en fonction de l’âge et de l’ancienneté. Ils figurent déjà dans les 10% les plus riches (on entre dans cette catégorie à partir d’un revenu mensuel de 3 767 euros bruts pour un individu seul). Elite, sous-élite, alter-élite : trois nuances de surdiplômés Capitalisme d’innovation (« nouveaux métiers » et nouvelles structures) : professions du changement économique et technologique pour la sous-élite à impact techno-économique ; professions du changement socioculturel et environnemental pour l’alter-élite à impact socio-culturel. Capitalisme d’organisation (métiers « traditionnels » et bureaucratie : (Petite) bourgeoisie économique traditionnelle pour la sous-élite à impact techno-économique ; (Petite) bourgeoisie culturelle traditionnelle pour l’alter-élite à impact socio-culturel.

Start-upeurs, consultants, écosystème de l’innovation : les nouveaux métiers de la sous-élite. Entrepreneur, le héros de notre temps ? « Ubérisation » et statut d’auto-entrepreneur, d’une part, et essor des petites entreprises innovantes et des consultants, de l’autre, sont les deux faces en miroir d’une même tendance, dont la dynamique séparée renforce les polarisations sociales. Pourtant, l’image idyllique de la petite entreprise est à l’évidence surcotée, car la réalité est contrastée. La start-up : le vertige du milliardaire ou le charme de l’esprit bohème ? La start-up est fondée sur une technologie radicalement nouvelle ou un service innovant. Elle va faire bouger la société, produire de l’inédit, ce qui à sa manière rend à l’auteur du projet sa part de démiurge. Elle est construite avec des valeurs qui sont en premier lieu le sens et le fun. Start-upeurs artisans de solutions technologiques Un espace professionnel prospère autour des start-up, sous l’égide de l’échange d’expériences, des conseils, des études de cas, des préoccupations technologiques, des théories sur le management aux recettes des business models. Autour d’elles s’est organisé un marché fécond pour des experts en tous genres…, au point que l’on peut se demander s’il n’existe pas plus de consultants pour start-upeurs que de start-upeurs. Le master Entrepreneuriat de HEC, fabrique de champions. Parcours type du start-upeur français Ces trois start-upeurs, au moment de se lancer dans l’entrepreneuriat, ont négocié une rupture conventionnelle avec leur employeur précédent et ont bénéficié du dispositif Accre (Aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d’entreprise) dispensé par les Assedic aux chômeurs qui créent leur entreprise. Mais pourquoi donc créer une start-up ? Pondération des motivations des créateurs d’entreprise : a) travailleur indépendant : travailler pour soi ; aller vite ; gagner de l’argent ou en avoir l’espoir. b) start-up : créer quelque chose de nouveau ; avoir un impact sur le monde ; se sentir fier de son image ; côtoyer les élites. c) PME : être maître de son destin ; construire dans la durée ; gagner de l’argent ou en avoir l’espoir ; croire en ce que l’on fait.

L’alter-élite : changer le monde en mode projet. Les nouveaux entrepreneurs sociaux, ou l’innovation solidaire en bandoulière Ces nouveaux entrepreneurs se concentrent sur une finalité solidaire, sociale, environnementale à laquelle ils appliquent les méthodes de l’innovation, amenant dans l’ancien monde de la solidarité et de l’associatif un état d’esprit entrepreneurial.

Les alter-consultants et les nouveaux intermédiaires culturels Ces « communautés », « plateformes », « réseaux », « collectifs » oeuvrent en mode projet, en petites équipes agiles et elles innovent autant par leurs positionnements que par leur fonctionnement interne. Leurs fondateurs sont des millenials, pour la plupart diplômés d’écoles d’ingénieurs et de commerce, tout comme l’écrasante majorité de leurs salariés.

Une génération en recherche de sens…et de process Responsabilité sociale et environnementale, quête de sens des organisations, innovation produit, événementiel alternatif d’entreprise, méthodes innovantes de travail collaboratif… : domaines dans lesquels les alter-consultants et les nouveaux intermédiaires culturels exercent leurs talents.

Tiers-lieux, coworking, fablabs : les lieux de travail de l’alter-élite En étudiant certains de ces nouveaux bureaux qui accueillent free-lances, consultants, petites structures, on découvre une autre branche de l’alter-élite, celle des créateurs de tiers-lieux.

Un cas d’étude : Yes We Camp, entrepreneur de vivre-ensemble Depuis 2013, Yes We Camp met en place des processus de transformation d’espaces définis en microterritoires ouverts, généreux et créatifs. Selon le contexte, ces lieux empruntent les qualités de ce que peuvent être un parc, une école, un centre de soins, un fablab, une place publique ou une plage. Derrière le succès de Yes We Camp, un entrepreneur de la solidarité.

3. Lieux, modes et styles de vie : les choix des 20% Le grand tri français : une géographie des 20%

Les anywhere de la société française sont principalement les enfants des baby-boomers des classes moyennes et supérieures de province. Les nouveaux diplômés de la génération montante correspondent donc plutôt à la catégorie des anywhere, ces individus mobiles géographiquement et socialement selon la terminologie de David Goodhart. 136 000 ingénieurs français travaillent à l’étranger, dont près de 79 000 en Europe, près de 25 000 en Amérique du Nord et environ 17 000 en Asie. Paris et les métropoles TGV : une géographie des 20% Paris, la ville où les 20% pourraient devenir les 80% : une « ville superstar » qui concentre l’essentiel des entreprises innovantes, des compétences et des capitaux nécessaires à leur développement…L’agglomération parisienne regroupe 1,2 million d’emplois de l’économie de la connaissance (sur un total de 2,8 millions de salariés de celle-ci en France). Le XIème arrondissement de Paris ou la vi(ll)e rêvée des diplômés : culture Fooding et tendance healthy, ainsi qu’innombrables espaces de coworking et coffee shops où chaque client est muni d’un MacBook. Le XIème est une sorte de maître étalon de ces quartiers et arrondissements au cœur des richesses immatérielles : bons emplois, bonnes écoles, bons restaurants, haute qualité de vie. Villes d’ »open space » ou villes « qualité de vie » : le dilemme des 20%. Un modèle alternatif : la déconnexion entre le lieu de travail et le lieu de vie.

Culture, consommation et styles de vie : entre bien-vivre et alter-consommation Un marché et une culture de premiers de la classe L’humoriste qui passe à l’antenne est de nos jours plus fréquemment diplômé d’école de commerce ou agrégé ès lettres qu’ancien préposé à l’accueil ou standardiste de Radio France. Humour, culture, alimentation, sport : il existe une version bac + 5 d’à peu près tout. Les nouveaux yuppies ou les métamorphoses de la bourgeoisie française The Socialite Family (site d’une boutique de décoration et de design parisienne) : éloge du bien-vivre et miroir des couches cultivées. Entre bien-être et bien-vivre : le style de vie des nouveaux yuppies. Bien-être : le sport et la discipline au centre de la vie des diplômés. L’alimentation entre bien vivre et bien-être. Décroissance, alter-consommation : l’alter-élite ou la politisation des modes de vie L’alter-élite, une aristocratie de l’alter-consommation. Du flexitarisme au « modèle amish » : jusqu’où va l’alter-consommation des diplômés ? Réduction de la consommation de viande ; utilisation de couches lavables ; achat de vêtements éthiques…Chez la nouvelle bourgeoisie, le confort et l’esthétique priment : le minimalisme chic l’emportera sur le dénuement, la mode éthique sur Emmaüs, le bio sur le jardin potager, le design DIY sur la récup’ et Naturalia sur l’Amap.

4. Les 20% et la politique : le changement sans le peuple ? La démocratie des surdiplômés

La politique, c’est notre affaire L’intérêt pour la politique via les moyens d’information suit la courbe ascendante des diplômes et s’intensifie clairement à partir de bac + 5 (48%), connaissant même un net infléchissement à la hausse pour les individus passés par une classe préparatoire (54%). Les hauts diplômés peuvent-ils à eux seuls gouverner un pays ? Le diplôme n’apparaît pas comme le paramètre décisif de l’efficacité de l’action politique, alors que bien d’autres qualités demandent d’être mobilisées. La sous-élite se pense-t-elle comme une élite ? Un imaginaire élitaire les anime : le souhait d’avoir un impact sur la société, …le désir de participer à l’architecture de l’avenir, mais, pour presque tous, sans pénétrer dans la machinerie du pouvoir. Leur ambition concerne plutôt l’influence culturelle, par l’engagement associatif, par l’exemplarité des choix de mode de vie et par la participation à des innovations sociales ou technologiques. Les couleurs politiques des 20% : du rose pâle aux mille nuances de vert Ce qui frappe, c’est la force des corrélations : plus on a suivi des études longues, plus on est polarisé vers la gauche et vers le mouvement écologique.

Les 20% sont-ils (encore) l’avant-garde du changement culturel ? Alliés des 1%, avant-garde des luttes ou échappée solitaire : les 20% au cœur des représentations politiques Thèse de la convergence des élites : bloc élitaire (élite dirigeante et catégories supérieures) vs bloc populaire (classes moyennes et populaires) ; Thèse de la convergence des luttes (élite dirigeante -les 1%-) vs catégories supérieures, classes moyennes et populaires ; Thèse de l’archipel diplômé, soutenant l’hypothèse d’élites multiples et parfois opposées sur le plan politique (« double libéralisme » vs écologie et « populisme de gauche »).

Les 20% : quel ruissellement culturel ?

La superbe perdue de la Silicon Valley Aux USA, l’image sémillante de la nouvelle élite à la fois milliardaire et anticonformiste, « riche et hip », s’est assombrie, tout comme l’évangélisme technologique émanant des mêmes milieux.

L’alter-élite et le peuple : la divergence des imaginaires L’alter-élite semble de plus en plus acquise à l’idée d’une transition du modèle de production et de consommation de masse. Au même moment, les franges basses de la classe moyenne voient s’éloigner le compromis hérité des Trente Glorieuses, celui d’une intégration par le travail, la consommation et les loisirs. Le risque est que la divergence des imaginaires et des sens vers lesquels chacun se tourne aboutisse à une situation d’éclatement des socles de référence.

Changer le monde…ou changer son propre monde ? La France ne peut se résumer à l’affrontement entre une minorité éclairée, même élargie à un cinquième de sa population, totalement enfermée dans sa propre version du monde, et la masse de celles et ceux qui sont distanciés par la rapidité des transformations à venir. Nous ne ressemblons pas encore au modèle américain. Mais la menace existe.

L’échappée belle des 20% sous la bannière de l’écologie Pris entre l’opportunité de réinventer leur propre trajectoire, par choix ou par contrainte, et celle de s’engager professionnellement et personnellement dans les nouveaux territoires du développement durable et des questions sanitaires, les 20% sont destinés à donner la boussole de la transition écologique. Restant, une fois encore, les premiers ?

Le prophète et la pandémie de Gilles Kepel - Gallimard

Émetteur du résumé: François C.

 

 

Le prophète et la pandémie ; du Moyen-Orient au jihadisme d'atmosphèreExorde L’an 2020 : la pandémie, le pétrole et le Prophète . La réislamisation de Sainte-Sophie Ce geste hautement symbolique, enterrant la laïcité kémaliste et exhumant le califat ottoman, se déroule le jour du 97ème anniversaire du traité de Lausanne…Le coup de force de Sainte-Sophie, tout en pourfendant la laïcité, vise du même coup de yatagan à éradiquer la domination saoudienne sur l’islam sunnite, qu’avait assurée la richesse faramineuse de la plus puissante des dynasties de l’or noir.

La pandémie y porte au paroxysme les contradictions que le gouvernement nationalo-islamiste turc cherche à surmonter par la surenchère militaro-religieuse.

. Le processus d’Astana L’expression désigne le partenariat régional créé entre la Russie, la Turquie et l’Iran (en associé mineur)…Ces trois puissances ont pour objectif commun de profiter du désengagement de Donald Trump du Moyen-Orient pour marginaliser les Etats occidentaux démocratiques, au premier chef l’Europe pourtant riveraine et mitoyenne.

. Le paradoxe libyen Accord du 27/11/2019 entre le gouvernement libyen d’accord national dirigé par Fayez el-Sarraj et Erdogan : 1. Délimitation d’une zone économique exclusive turco-libyenne en Méditerranée ; 2. Soutien militaire d’Ankara à Tripoli (la troupe est faite de rebelles syriens islamistes, devenus les mercenaires d’Ankara en Libye). Eté 2020 : allégeance de Malte à la Turquie, qui par sa présence militaire en Tripolitaine dispose désormais des moyens de contrôler les appareillages de boat people. En contrepartie, La Valette peut fournir à Ankara les pistes qui permettraient à ses avions de contrôler le ciel libyen.

. Apocalypse à Beyrouth Ce cataclysme advient dans un contexte où le pays du Cèdre connaît les pires drames de son siècle d’existence…entre invasions israéliennes et implantations palestiniennes, guerre civile, occupation syrienne, pour finir en tutelle iranienne par Hezbollah interposé. Une corruption endémique et la déliquescence de l’ensemble des services publics…un tiers des quatre millions de Libanais vivent avec moins de 4 dollars par jour…la livre s’effondre.

I. La fracturation du Golfe . Du Grand Jeu au Monopoly : axe fréro-chiite contre entente d’Abraham Cette normalisation (accord entre les Emirats arabes unis et Israël) dessine le Grand Jeu en cours qui place en son centre le devenir des conflits syrien, libyen, voire yéménite, et s’emploie à en anticiper les conséquences en restructurant les rapports de force dans l’ensemble de la région Moyen-Orient Méditerranée.

L’ »accord d’Abraham » (13 août 2020) fait de l’Etat juif la charnière d’une entente opposée à l’axe tripartite fréro-chiite, qui s’est structuré durant la deuxième décennie du XXIème siècle entre Turquie, Qatar et Iran.

. Effets induits et effets pervers de l’entente d’Abraham L’une des clefs de cette stratégie de bascule est l’Irak, libéré de Saddam Hussein à la suite de l’intervention militaire américaine déclenchée en mars 2003, et ultérieurement vassalisée par Téhéran.

Les engagements américains manifestent avec force la volonté d’aider l’Irak à s’émanciper de la suzeraineté iranienne – et de le positionner dans le sillage de l’entente d’Abraham.

Mais le basculement, après celui de l’Irak, de la Syrie et du Liban hors de l’emprise iranienne représenterait une débâcle géostratégique pour le régime de Téhéran qui verrait sapé son principal moyen de chantage sur le système international, à savoir sa capacité militaire de nuisance envers l’Etat juif.

. Les puissances globales au chevet de Mare Nostrum Dans l’affrontement qui s’installe entre axe fréro-chiite d’un côté et accord d’Abraham de l’autre, deux alliances aux frontières évolutives et aux obligations mutuelles informelles, les puissances globales -les Etats-Unis, l’UE, la Russie et la Chine – s’efforcent plus ou moins de ménager la chèvre et le chou en fonction de leurs intérêts propres, évitant un engagement univoque qui pourrait déboucher par voie de suite sur un conflit mondial.

. Le grand bond en avant chinois Pour Pékin, désormais engagé dans une compétition planétaire exacerbée contre Washington, la conclusion avec Téhéran en 2020 d‘accords léonins afin de faire de l’Iran une tête de pont des « nouvelles routes de la soie » au Moyen-Orient s’inscrit dans une logique similaire à son implantation à Djibouti – et en Ethiopie. Mais elle heurte de front également les ambitions d’un puissant acteur régional, Abou Dhabi, avec lequel le conflit dans la corne de l’Afrique joue de la sorte un rôle précurseur…Mohammed Ben Zayed dispose, après la conclusion de l’entente abrahamique, d’un très fort soutien d’Israël et des Etats-Unis.

. Le rancissement du croissant chiite L’assassinat le 3 janvier 2020 de Qassem Solaymani…représente un important tournant, et a mis à mal la stratégie expansionniste de la République islamique jusqu’aux confins méditerranéens (Syrie et Liban).

Retraits tactiques de la République islamique dans deux relais cruciaux du croissant chiite (Irak et Liban).

Téhéran, aux abois, joue sur sa capacité de nuisance - et celle-ci ne saurait être sous-estimée.

. De l’énergie fossile à l’hydrogène vert : la voie étroite de l’Arabie saoudite Le projet futuriste de la ville intelligente Neom -située aux frontières nord-ouest du territoire saoudien à proximité de la Jordanie, de l’Egypte et d’Israël, et bénéficiant de son propre statut juridique…D’une superficie d’environ 25 000 km2, elle a vocation, en tirant parti d’une exposition exceptionnelle au soleil et au vent, à transformer la pétromonarchie, grâce aux énergies combinées solaire et éolienne à très bas coût de revient, en géant mondial de l’hydrogène vert à l’horizon 2025.

. Yémen :la guerre sans issue Au choléra et à la diphtérie s’est ajoutée la Covid-19, qui se répand à une vitesse rapide due à la promiscuité, l’absence d’infrastructures sanitaires et de masques, dans un pays où les hôpitaux ont été la cible de multiples bombardements. 80% environ de la population dépend d’une forme ou d’une autre d’aide humanitaire pour survivre.

Champ de bataille par procuration entre les champions des deux alliances régionales qui se sont cristallisées au Moyen-Orient et en Méditerranée, le Yémen a vocation à demeurer une zone de conflit à moyenne puis basse intensité entre celles-ci, jusqu’à ce que l’une d’entre elles fasse basculer en sa faveur le rapport de forces.

. Qatar : la résilience de l’émirat gazier Le blocus du Qatar (juin 2017) -entraver par asphyxie économique le principal financier des Frères musulmans à travers la région et dans le monde- a constitué en rétrospective l’un des principaux signes annonciateurs de la ligne de faille qui courait entre ces deux camps au Moyen-Orient.

(Coupe du monde de football 2022) Le couronnement triomphal du Qatar attendu à l’occasion de cet événement mondialisé risque ainsi de se transformer en l’acmé de cette maladie caractéristique des pétromonarchies du Golfe, l’hubris.

II. Le Très-Proche-Orient L’expansionnisme de M. Erdogan a interpellé en direct le consensus au parfum munichois de Bruxelles…Les alliances et les ruptures sont soumises en cet automne 2020 à d’incessantes recompositions qui s’accélèrent au gré de la désagrégation du monde multilatéral.

. Populisme islamiste et splendide isolement d’Erdogan En dépit des rodomontades populistes, le gouvernement turc ne peut se permettre un bras de fer contre une Europe qui serait unie et déterminée, dont il est tributaire infiniment plus qu’elle ne dépend de lui.

La coloration spécifique de la politique turque contemporaine qui adjoint cette touche « eurasiste », anti-occidentale et hostile à l’Union européenne à la teinte islamiste dominante, issue des Frères musulmans.

. L’eurasisme, d’Ankara à Moscou (Poutine) D’un côté, son culte de la « terre » l’a rapproché de l’extrême droite européenne. De l’autre, elle a agrégé à sa souche panslaviste de manière croissante une composante « turco-islamique », très opportune pour offrir un cadre inclusif à celles des républiques musulmanes qui restaient dans le giron russe, du Tatarstan à la Tchétchénie, ou maintenir le lien avec celles qui étaient devenues indépendantes, comme l’Ouzbékistan ou l’Azerbaïdjan.

. Entre islamisme et irrédentisme Mais l’équation turque se modifie dans la foulée du putsch manqué de juillet 2016 : l’augmentation de la dose de nationalisme « eurasien » dans la coalition gouvernementale, la méfiance envers Washington soupçonné d’avoir encouragé les conjurés, le rapprochement avec Moscou rebattent les cartes au sud de la frontière (Syrie).

. La réactivation de Hamas Alors qu’en Syrie, Turcs et Iraniens parrainent deux camps ennemis, ils communient dans le patronage du mouvement palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza.

La coordination entre Ankara, Doha et Téhéran par Hezbollah interposé, afin de mettre en orbite le chef du mouvement islamiste palestinien, s’inscrit au cœur de la stratégie de l’axe fréro-chiite face à l’entente abrahamique.

Gaza. Cette enclave côtière de 365 km2 où s’entassent deux millions d’habitants, dont la moitié est âgée de moins de quinze ans, où le taux de fécondité atteint 4,24 enfants par femme et celui du chômage moyen 53%.

L’indépendance de facto de Gaza a érigé ce quasi-Etat en relais par excellence de la stratégie iranienne du croissant chiite.

. Immixtion de Qatar et contradictions d’Israël Ces contradictions qui paraissent défier la logique s’expliquent par le problème insoluble auquel l’Etat hébreu est confronté dans l’enclave côtière palestinienne, en instance permanente de déflagration sociale.

Il est remarquable que les deux rivaux qu’oppose le blocus de Qatar, Doha et Abou Dhabi, se retrouvent en partenaires respectifs de Gaza cerné par l’Etat juif et de ce dernier.

. L’Etat juif entre impasse palestinienne et boulevard arabe La formalisation des relations diplomatiques et le développement des liens économiques entre Israël et les Emirats advient alors même que la situation politique intérieure israélienne connaît une double crise (perspective d’investigations policières contre M. Netanyahou et incapacité -septembre 2020- du gouvernement à faire face à la pandémie de la Covid-19).

. Le surpoids égyptien L’an 2020 est celui où l’Egypte franchit le seuil des 100 millions d’habitants.

Cela a fait de l’Egypte sous la houlette du maréchal Sissi l’un des régimes les plus répressifs du Proche-Orient, en miroir de celui de M. Erdogan (si l’on exclut la Syrie en guerre civile).

. Le Caire dans l’entente d’Abraham La rente militaire venant du Golfe, qui s’inscrit dans le réseau d’alliance de l’entente d’Abraham, permet à celle-ci de s’appuyer sur une armée d’un demi-million de soldats, beaucoup plus nombreuse que celle des pétromonarchies.

. Le contrôle du Nil Ce n’est plus à l’embouchure du fleuve que se joue le conflit, mais à ses sources…L’Ethiopie a entrepris en juillet 2020 le remplissage de son « Grand Barrage de la Renaissance ». Avec un réservoir de 80 milliards de m3 localisé sur le Nil bleu, près de la frontière soudanaise, il est destiné à réguler les crues et à fournir le pays et ses voisins en électricité grâce à la plus grande centrale du continent noir.

III. De l’Afrique du Nord aux banlieues de l’Europe . La Libye entre marteau turc et enclume égyptienne Le Gouvernement d’accord national basé à Tripoli et les Forces armées arabes libyennes de Benghazi (maréchal Haftar).

La ligne de front s’établit à la fin du printemps 2020 dans les environs de Syrte.

L’exploitation rationnelle des immenses réserves de pétrole aurait dû donner à la Libye la prospérité d’une pétromonarchie du golfe Persique. La logique rentière couplée à la dictature erratique de Kadhafi puis aux immenses appétits qu’a ouverts la guerre civile depuis 2011 en ont assuré au contraire la plongée dans une spirale infinie de malheur.

La stabilisation de la Libye et le départ de l’armée turque sont également un enjeu majeur pour l’Union européenne, confrontée à des flux migratoires récurrents en provenance des embarcadères de Tripolitaine.

. Le dilemme migratoire : entre humanitarisme et terrorisme Le nouveau « pacte migratoire européen » (23 septembre 2020)…converge avec la proposition d’Amnesty International en faisant du sauvetage en mer une « obligation légale » et un « devoir moral » à la charge des Etats littoraux.

L’immigration a-t-elle pour aboutissement une intégration culturelle dans les pays d’accueil dont les nouveaux arrivants ont vocation à partager les valeurs, ou au contraire certains de ceux-ci font-ils peser le risque d’un « séparatisme islamiste » ?

. “La misère de la France est un paradis pour nous” La Tunisie est louée à l’unisson pour constituer le seul Etat où le printemps arabe de 2011 a abouti à l’institution d’une véritable démocratie - alors que les cinq autres pays concernés ont basculé dans une guerre civile décennale (la Syrie, le Yémen et la Libye voisine) ou une restauration de l’autoritarisme (l’Egypte et Bahreïn)…L’indéniable progrès des libertés publiques est remis en question par une organisation socio-économique dysfonctionnelle marquée par un népotisme et une corruption qui en constituent le socle profond et dont la rémanence est facilitée par ces libertés mêmes.

. Yetnahawou ga’a ! (Qu’on les extirpe tous !) La crise des hydrocarbures frappe en effet plus durement en Algérie que chez les autres producteurs à cause d’une population comptant 44 millions de bouches à nourrir, qui a quadruplé depuis l’indépendance en 1962…Le secteur représente 97% des exportations, 2/3 des revenus de l’Etat et 1/3 du produit national brut.

Dans cette situation très préoccupante, les privilèges de l’armée apparaissent d’autant plus exorbitants : avec 28% du budget, et 6% du PIB, elle se classe deuxième du monde en valeur relative, derrière l’Arabie saoudite et devant Israël.

Les jeunes algériens se filment souvent sur les embarcations en chantant Nrouhou ga’a (« nous partons tous ») – abandonnant le pays car, comme le dit cette autre rengaine dialectale : Blastak machi fi l’Algérie (tu n’as pas ta place en Algérie).

. Retour aux Banlieues de l’islam L’usage du terme « islamophobie » a pour objet d’incriminer et de prohiber toute critique du dogme islamique en soi, et notamment de l’interprétation qu’en font les Frères musulmans, les salafistes voire les jihadistes. La stratégie de victimisation a été notamment portée au paroxysme par le CCIF pour retourner la charge de la preuve contre la société française lorsque des crimes ou attaques jihadistes étaient commis.

. Le jihadisme d’atmosphère On est passé du jihad réticulaire dont Daesh représentait l’aboutissement, à un jihadisme d’atmosphère, dont le crime de Conflans fournit le paradigme.

L’idéologie déchirant le tissu social afin de séparer « croyants » et « mécréants », « salafiste » d’un côté et « infidèle »…catégories figées qui commencent par fulminer l’anathème de l’exclusion, au moyen d’un « séparatisme » doctrinaire qui déshumanise l’ennemi désigné et interdit de faire société avec lui jusqu’à ce qu’il se soumette ou soit mis à mort.

Ce triple assassinat de Nice…établit un lien préoccupant entre les dynamiques issues de l’Afrique du Nord - pauvreté portée au paroxysme par la Covid-19 et effondrement des cours du baril, déréliction de l’ordre politique, émigration clandestine, prégnance d’une idéologie islamiste radicalisée par la doctrine salafiste de « l’alliance et la rupture » - et celles qui touchent la cohésion sociale et culturelle de l’Europe.

Epilogue Jihadisme d’atmosphère et séparatisme islamiste au miroir géopolitique . Le retour du jihad à Vienne L’attentat de Vienne du 2 novembre. Cette ville joue plus globalement, dans la Weltanschauung islamiste, un rôle cardinal…Vienne constituait le verrou à l’invasion et l’islamisation du reste du continent, après les Balkans…Dans la mémoire islamique turque, le traumatisme de l’échec à Vienne est aussi tragique qu’est exaltée la prise de Constantinople en 1453.

Des contenus explicites sont mis en ligne sur les réseaux sociaux par des « entrepreneurs de colère », selon l’expression de Bernard Rougier, et deviendront le déclencheur de comportements qui permettent le déport de l’univers virtuel dans le monde réel – sans que la frontière entre l’un et l’autre soit bien claire.

. Témérité et limitations de M. Erdogan Le maître d’Ankara est en conflit, à la fin de 2020, avec presque tous ses voisins et partenaires, sa seule marge de manœuvre consistant à ne pas nourrir l’ensemble de ses inimitiés simultanément, mais à les utiliser les unes contre les autres à tour de rôle, dans une forme de fuite en avant d’autant plus malaisée à gérer que la situation économico-sociale de la Turquie, otage de ces multiples aventures, ne cesse de se dégrader.

. Faillite des études arabes et impéritie occidentale face à l’islamisme La France a chèrement payé son incapacité à communiquer en arabe, et la politique à courte vue faisant vertu de l’ignorance de cet idiome dans la certitude qu’il fallait tenir éloignés les arabisants de toute contribution aux politiques publiques sur le sujet du « séparatisme islamiste ».

Le problème posé à nos sociétés par le terrorisme jihadiste et le terreau du séparatisme islamiste dont il se nourrit est assez grave et complexe pour que ni la sottise ni l’ignorance ne concourent à sa résolution. Tout au contraire, elles l’alimentent. Mais nul n’est prophète en son pays.

Petites victoires Et si la transformation du monde commençait par vous ? de Philippe Silberzahn - Diateino

Émetteur du résumé: François C.

Petites victoires ; et si la transformation du monde commençait par vous ?Le changement est avant tout social, au sens où il se construit avec d’autres personnes. Les entrepreneurs créent de nouveaux marchés, de nouveaux produits et de nouvelles organisations qui changent le monde en partant de ce qu’ils ont sous la main, en misant seulement ce qu’ils peuvent perdre, en s’associant avec des parties prenantes, et en créant le monde qu’ils veulent, pas celui qui est prédit par d’autres.

Deux principes fondamentaux des petites victoires : elles doivent partir de la réalité qu’elles veulent changer, et donc l’accepter, et elles doivent être coconstruites avec des parties prenantes qui s’engagent en ce sens.

« Viser grand » : les limites d’un modèle mental dominant

. Les limites à « agir grand » : rationalité limitée et problèmes complexes

. Rationalité limitée : étant donné ces limites, que pouvons-nous faire ?

. Problèmes complexes : Un système complexe est constitué d’un grand nombre de sous-systèmes en interaction qui nous empêchent de prévoir son évolution et le comportement de ses acteurs par une analyse préalable.

 . Les croyances erronées qui nous amènent à « viser grand »

  1. La taille des moyens mis en œuvre doit correspondre à l’ampleur des problèmes ;
  2. Il faut une vision pour résoudre un grand problème ;
  3. Résoudre un problème complexe est une question de volonté ;
  4. L’ampleur perçue d’un problème est facteur de mobilisation pour le résoudre ;
  5. La capacité de résolution d’un problème est liée à la position hiérarchique ;
  6. Le changement, c’est faire table rase du passé.
Petites victoires

. Qu’est-ce qu’une petite victoire ?

  1. Elle constitue un résultat tangible. C’est une modification réelle d’une situation qui se traduit dans les faits.
  2. Elle constitue un résultat complet. Le résultat doit avoir une cohérence ; il doit être abouti.
  3. Elle constitue un résultat mis en œuvre de façon collective.
  4. Elle constitue un résultat d’importance modérée.
 . Intérêt d’une petite victoire

Elle réduit l’importance de l’enjeu et le risque pris par son initiateur. Elle réduit les exigences nécessaires pour l’accomplir et elle augmente le niveau de compétence perçu.

Une petite victoire est une initiative miniature qui teste des théories implicites sur la résistance et les opportunités.

 . Petite victoire et opposition

Après chaque victoire, vous avez plus d’ennemis, et toutes choses égales par ailleurs, plus la victoire est grande, plus vos ennemis sont puissants, nombreux et déterminés.

 . Dynamique des petites victoires

Une petite victoire représente un acquis sur lequel on peut capitaliser pour préparer la petite victoire suivante. Les petites victoires sont comme des pierres qu’on empile pour construire un mur.

 Partir de la réalité

. La matière première : les modèles mentaux

Le travail de transformation d’une organisation doit commencer par une remise en question des modèles mentaux qui président à son fonctionnement : croyances, hypothèses, bonnes pratiques, traditions, i.e. tout ce qui concourt à former la vision du monde ou de leur environnement qu’ont les collaborateurs et l’organisation dans son ensemble.

. Agir sur les conflits

Un conflit est simplement une rencontre d’éléments, de sentiments et d’objectifs contraires qui s’opposent. Les conflits peuvent être destructeurs, mais ils peuvent être aussi créatifs.

. Faire avec ce que vous avez

Trois ressources dont vous disposez : 1. Vous-même ; 2. Ce que vous connaissez ; 3. Les gens que vous connaissez et sur lesquels vous allez vous appuyer pour avancer.

. Du grand problème à la petite victoire

Il s’agit d’identifier une ligne où les choses se connectent puis d’agir par petites victoires le long de cette ligne. Celle-ci sera toujours propre au problème posé.

 . Identifier des liens de propagation : quasi-décomposabilité

Ce qui caractérise un système quasi décomposable est donc que si tout interagit avec tout au sein du système, il est néanmoins possible d’isoler certaines parties homogènes qui interagissent faiblement avec le reste. Ainsi isolées, elles peuvent avoir une taille suffisamment réduite pour être l’objet d’une action humaine par petites victoires.

 Coconstruire les petites victoires

Qu’on veuille changer une entreprise, une profession, une administration ou un pays, il s’agit toujours d’un processus social d’intéressement dans lequel ce qu’on développe est l’intérêt des acteurs concernés à faire de la transformation une réussite.

. Articuler l’action individuelle et l’action collective

Lorsque le réseau des parties prenantes intéressées à la réussite de notre projet se développe, on construit une coalition qui pèse de plus en plus, sur des bases solides, car résultant d’actions concrètes.

L’un des intérêts d’ »agir petit » est en effet que l’on obtient plus facilement l’accord des parties prenantes qui ne partagent pas nécessairement vos objectifs généraux : vous visez le plus grand dénominateur commun.

 . Déjouer la rationalisation de l’impuissance

Comme activiste, votre premier travail est donc de redonner aux individus autour de vous le sentiment qu’ils peuvent vraiment faire quelque chose, et obtenir une petite victoire est le meilleur moyen pour y arriver.

Une petite victoire donne le sentiment que le progrès est possible, ce qui augmente la confiance et la motivation pour rechercher d’autres victoires, déplaçant le lieu de contrôle vers l’intérieur.

 . Intéressement et conflits

C’est d’autant plus important que l’on fait plus attention à ce qu’on peut perdre qu’à ce qu’on peut gagner, pour une raison simple : la perte est certaine, massive, immédiate, tandis que le gain est incertain, faible et éloigné dans le temps.

 . Identifier les parties prenantes

Il faut donc voir le réseau des parties prenantes comme un objet en évolution constante en fonction de vos résultats. Ce réseau, qui est votre matière première, doit faire l’objet d’un travail de gestion explicite : recrutement de nouvelles parties prenantes, renforcement des soutiens, neutralisation des oppositions.

 Tactique : allumer le feu

. Critères à respecter pour les victoires visées

Quatre critères pour viser une petite victoire : il faut que le résultat visé soit spécifique, réalisable, immédiat et relié à l’intention générale.

 Les occasions de petites victoires

La question est de prendre conscience qu’un modèle n’est jamais une vérité universelle. Cette prise de conscience permet alors de tester le modèle et de l’ajuster, et c’est là que se construit la petite victoire.

 . Rester dans l’expérience des parties prenantes

Envisager des actions en dehors de l’expérience des parties prenantes est une source d’échec. Cela arrive très souvent lorsqu’un activiste impatient décide une action-choc.

En bref, quand il n’y a pas d’expérience commune, il faut la créer.

 . Les petites victoires sont avant tout humaines

L’ampleur du résultat importe moins que le fait de l’atteindre à deux. En tant qu’activiste, votre stratégie est sociale. Votre véritable cible n’est pas tant le résultat que la création de la relation.

 . Identifier les volontaires

Votre objectif : constituer une société semi-secrète de volontaires qui partagent les mêmes modèles mentaux, et de l’animer pour permettre son développement en dégageant les obstacles sur son passage.

 . Conduire des Post Mortem

Toute initiative, qu’elle se solde en petite victoire ou petit échec, doit faire l’objet d’une analyse de retour d’expérience ou post mortem.

 Stratégique : petite victoire deviendra grande

. Small is big

Le changement disruptif est donc non linéaire, i.e. qu’il commence par une période d’incubation parfois très longue sans effet visible suivie d’une période dans laquelle les effets se cumulent et ont un impact massif.

 . On ne gagne pas forcément en misant gros

Ils deviennent grands par une série de petites victoires qu’ils consolident.

 . Eviter le feu de paille : définir un principe directeur

Le principe directeur est discriminant : il sert à dire non à certaines initiatives, si intéressantes soient-elles par ailleurs. Il sert à économiser l’énergie de l’activiste, mais surtout à donner une cohérence aux initiatives, à les relier entre elles.

 . De la petite victoire à la grande solution : interdépendances

Nous avons proposé qu’au lieu de penser « problème découpé en sous-problèmes de plus petite taille », comme le suggère la pensée analytique, un problème soit plutôt abordé sous l’angle des interdépendances entres ses différents composants, et que l’identification de ces interdépendances soit faite à la lumière des modèles mentaux sous-jacents.

Le système garde une identité globale, mais s’appuie sur un ensemble de sous-systèmes plus ou moins autonomes (aspect local), mais jamais totalement séparés (aspect global).

 Vous comme activiste

. La tragédie d’Ignace Semmelweis

Son échec est aussi celui de son propre modèle mental, qui consiste à penser qu’il suffit d’avoir raison pour que les autres changent d’avis, et qu’il suffit d’avoir les preuves pour les convaincre. C’est la tragédie de la plupart des activistes.

 . Qui êtes-vous ?

L’organisation a besoin d’acteurs qui exposent, testent et ajustent les modèles mentaux en s’incluant dans l’équation, avec humilité, mais aussi avec détermination.

Cinq principes qui peuvent vous guider :

  1. Ne divisez pas le monde en deux ;
  2. Pariez sur la sincérité des autres ;
  3. Examinez le contexte ;
  4. Intégrez-vous à l’équation ; prenez vos responsabilités et demandez-vous ce que vous pouvez faire au lieu d’attribuer la faute à une personne absente ;
  5. Refuser de choisir un camp est le premier pas de l’activiste pour reformuler la question et donner une chance au compromis.
. La posture de l’activiste : colibri ou sanglier ?

En tant qu’activiste, ne soyez pas un colibri ; ne faites pas votre part : inventez-la en fonction de qui vous êtes.

La question de fond pour tout activiste : que puis-je faire à mon niveau, avec ce que j’ai sous la main, susceptible d’avoir un vrai impact ?

 . Deux points de posture

  1. Le choix des actions, qui doivent avoir un impact.
  2. Il s’agit, pour un activiste qui ne veut pas être toxique pour son environnement, d’être au clair sur ses motivations et ses valeurs.
 . Quelle équipe ?

L’apport de l’équipe est de relier la petite victoire à l’ensemble, car sinon celle-ci resterait locale et sans effet réel. L’ensemble est défini par un ou plusieurs principes directeurs, ainsi que par les modèles mentaux de l’organisation : les modèles actuels et les modèles cibles.

 Petites victoires et transformation : conflits et modèles mentaux

. Modèles mentaux et prise de décision

Une façon très efficace d’aborder la transformation est de voir qu’une collectivité, quelle qu’elle soit, est définie par un ensemble de modèles mentaux et que ce sont ces modèles qui constituent le blocage.

 . Priorités

Plus précisément, les modèles mentaux déterminent ce qui va être important et ce qui va être moins important, i.e. qu’ils vont déterminer les priorités des collaborateurs…Voir le management comme une définition de priorités permet d’expliquer des phénomènes difficilement compréhensibles tels que l’échec face à l’innovation de rupture ou la difficulté de se transformer malgré un objectif très clair.

 . Immunité au changement

En fait le comportement le plus général est de se satisfaire d’une situation acceptable, même si elle n’est pas optimale.

Il faut toujours commencer par identifier et par célébrer ce qui a fait la réussite de votre organisation. Une fois cela fait, on pourra identifier les cas où les modes de fonctionnement peuvent être un obstacle à l’innovation…C’est une approche que nous appelons META : Modèles mentaux – Exposer – Tester – Ajuster. C’est l’essence même de l’idée de petite victoire.

 Gérez votre risque

. Ne célébrez pas l’échec

Les entrepreneurs ne célèbrent pas l’échec pour la simple raison qu’ils ont réduit le risque et le coût de celui-ci au point qu’il n’ait plus grande importance. Ce qu’il faut célébrer n’est donc pas l’échec, mais l’action mesurée et prudente ; c’est le principe même des petites victoires.

 N’adoptez pas une vision romantique

Les principes de contrôle de risque évoqués ici peuvent se résumer ainsi : ne faire que des choses que vous savez faire avec les moyens dont vous disposez, réduire l’ambition de chaque initiative jusqu’au point où la réussite est très probable et où le coût de l’échec est acceptable, et cocréer celle-ci avec une ou plusieurs parties prenantes, chacune misant de façon à ce que la perte soit acceptable pour elle-même, afin de pouvoir recommencer en cas d’échec.

 . Petite victoire ne doit pas forcément devenir grande

Réfléchissez bien à l’intérêt de pousser votre série de petites victoires à un niveau plus élevé.

 . Risque d’impatience des dirigeants

Avoir un plan permet de leur donner le change, a minima. Le rôle politique de l’équipe est d’acheter du temps par tous les moyens pour laisser les petites victoires commencer à produire leurs effets.

Le « monde d’après » ou la bataille des modèles mentaux

. Changement et identité

Le changement disruptif remet en question l’identité des individus et du collectif…Plus le changement est important, plus cette remise en cause est profonde, et plus les individus vont essayer de s’en protéger.

 . L’enjeu : échapper aux modèles tout faits

Chacun avance dans « l’après » en restant bien au pied de son propre lampadaire intellectuel. Alors qu’une crise devrait être l’occasion de revoir ses modèles mentaux, elle est souvent plutôt l’occasion pour chacun de les renforcer et de compter ses troupes.

 . Renforcement des modèles mentaux face à la crise

Dans cette situation, l’approche par petites victoires permet de faire naître des alternatives locales qui seront prêtes à devenir globales lorsque les actuels modèles dominants ne seront plus défendables.

 . Contrôler la narration avec les modèles mentaux

Outre la gestion de l’événement lui-même, la clé dans une période de rupture va donc consister à gagner la bataille de la narration, celle des modèles mentaux, pour faire accepter le sens que l’on va donner à l’événement.

Petites victoires et grands changements

. Trois critiques de l’approche par petites victoires

  1. Une approche limitée dans son impact ?
L’approche incrémentale peut conduire à un grand changement à deux conditions : d’une part, elle doit reposer sur le changement des modèles mentaux ; d’autre part, elle doit être guidée par un principe directeur (modèle mental cible, qui permet de relier les petites victoires à une intention générale).
  1. Une approche contre-indiquée en situation de rupture ?
Le principe même de l’approche par petites victoires est de produire des résultats tangibles dès sa mise en œuvre. L’approche est donc beaucoup plus robuste.
  1. Un biais d’action hostile à l’analyse ?
L’essence de l’approche par petites victoires est l’interaction, i.e. une action avec des parties prenantes engagées, et non l’analyse…Procéder par petites victoires est le meilleur moyen de vraiment résoudre ces problèmes.

 . Les petites victoires permettent de résoudre le dilemme de l’innovateur

Le choix de l’innovateur est entre compromettre son activité actuelle, un risque certain, massif et de court terme, et compromettre son futur marché, un risque moins certain, de moindre importance et d’horizon plus éloigné.

En substance, la rupture correspond à des modèles mentaux alternatifs qui sont toujours considérés comme mineurs au début. D’où l’intérêt de loger l’activité de rupture dans une petite structure et de lui laisser le temps de grandir.

 . Les petites victoires, une stratégie complémentaire à d’autres approches

La stratégie des petites victoires est une stratégie additive ou complémentaire. Elle n’empêche pas les grands projets par ailleurs.

Conclusion

Le changement est coconstruit. Il vient du pouvoir, et le pouvoir vient de l’organisation. En tant qu’activiste, vous devez vous organiser pour créer une coalition autour de vos modèles mentaux alternatifs, et vous le faites par une série de petites victoires que vous déterminez en cours de route selon l’évolution de la situation.

C’est une petite victoire, mais elle est à votre portée, et c’est par elle qu’il faut commencer.

 

Tout est calme, seules les imaginations travaillent, Chroniques d'histoire de Emmanuel de Waresquiel - Tallandier

Émetteur du résumé: François C.

Tout est calme, seules les imaginations travaillent : chroniquesL’Histoire ne se répète pas et pourtant elle est toute remplie d’échos, de reflets, de réminiscences et de rumeurs.

« M. Gide, où en sommes-nous avec le temps? » Les réseaux, l’Internet, le téléphone portable, la réalité virtuelle, bientôt l’intelligence artificielle et les objets connectés renforcent et renforceront encore un peu plus ces nouveaux rapports au temps dans lesquels nous vivons.

Deux siècles de laïcité Notre laïcité, faute de se sentir assez forte ou faute d’être comprise, n’existe plus que dans les invectives et les interdits…C’est bien grâce à sa diversité et jusque dans ses contradictions que l’Histoire peut parfois nous éclairer.

Coquillages et crustacés A force de ne pas aimer nos représentants, on en oublie qu’en France, la politique et la gastronomie ont toujours fait bon ménage.

Je préférerai toujours la bonne cuisine aux arrière-cuisines nauséeuses de la délation et de l’envie.

La guerre d’Algérie : un drame français La conscience, c’est ce qui reste lorsque le drame est consommé. Personne ne peut nous la ravir. Certains préfèrent celle des vainqueurs, d’autres celle des vaincus.

Parlez! Parlez! La propension propre aux régimes démocratiques à se muer en machines administratives et à produire, comme on aurait la courante, autant de décrets, de directives, de circulaires au nom de l’utilité sociale quand ce n’est pas par calcul politique.

A la vérité, nous sommes mauvais perdants. La gloire et le panache des mots nous font merveilleusement oublier nos erreurs et tout simplement notre incapacité à agir. Nous avons la défaite glorieuse.

Mon bureau des légendes A force de miroirs, nos vies en viennent à disparaître. Après tout, Narcisse n’y a pas survécu. C’est peut-être à cause de cela que le secret nous fascine tant. Comme si nous voulions nous sauver de l’universelle transparence par l’ombre et les mystères, des vies à double fond, la peau des masques et des légendes.

Le ministère de la Morale Nous voilà à l’ère du révisionnisme à tous les étages, comme autrefois le gaz. Cela ne s’appelle pas officiellement de la censure, cela relève d’un absurde principe moral qu’on voudrait appliquer au nom des « minorités humiliées » jusqu’à notre aptitude à comprendre, jusqu’à notre droit à connaître le passé.

Bonaparte et Monsieur Macron Mais ce qui les sépare sans doute le plus radicalement, c’est le jeu et le poids des opinions, celui des institutions, des administrations, des procédures et des lois, sans même parler de la place de la France dans le monde.

Ecrire une vie La recherche, les questions et l’analyse d’un côté, l’écriture et le récit de l’autre avec ce que cela comporte de choix, d’arbitraire, d’effets de surprise, de vitesse et de lenteur.

Le pari biographique passe autant par l’apprentissage du temps que par le plaisir d’écrire. Il constitue pour l’historien et son lecteur le plus beau des paradoxes.

Une foule de morts La guerre de 1914, elle, aura enseveli avec ses morts une société paysanne et bourgeoise séculaire, aristocratique aussi par certains aspects, et qui n’allait pas lui survivre. Un monde d’avant.

« Comment respirer au milieu de tant de haines? » s’interroge déjà Zweig en 1914. Toute l’histoire du XXème siècle se résume presque à cette question, comme si l’on avait dessiné à l’aveugle et pour plus d’un demi-siècle une vertigineuse diagonale du fou.

Solitude du pouvoir On ne comprend plus rien d’un président qui tour à tour se dérobe et s’expose. On lui prête des pouvoirs d’essence quasi monarchique et, en même temps, puisque, par le suffrage universel, il émane de la souveraineté du peuple, on répugne à le voir exercer le pouvoir en solitaire.

C’est peut-être dans ces moments-là que l’un et l’autre ont su que leur fonction les dépassait absolument, au point qu’ils ne s’appartenaient plus. La transparence et les médias n’y changeront rien. Le style et la manière des uns comme des autres non plus. La solitude demeure.

L’ère du soupçon C’était oublier un peu vite qu’il n’est pas d’Etat, fût-il démocratique, sans ombres et sans silence.

C’est que le soupçon a trouvé de nouvelles raisons de s’épanouir grâce à la multiplication des réseaux sociaux et à la tyrannie grandissante de l’émotion, qui sont autant de pièges auxquels nos démocraties se font prendre.

Mélancolie des ronds-points Il y en a près de 50 000 en France…Six fois plus qu’en Allemagne, dix fois plus qu’aux Etats-Unis.

Tout cela respire la mélancolie du vide et de l’inanité. Après tout, les ronds-points sont des no man’s land contrariants où l’on ne fait que passer.

Bref, à eux seuls, les ronds-points dont on a beaucoup entendu parler ces temps-ci sont un symptôme de notre schizophrénie. Ils coûtent cher, ils défigurent le pays et on se surprendrait presque à y voir une métaphore de la France qui tourne en rond.

Du jaune et de quelques autres couleurs A chaque époque, à chaque régime, à chaque révolte ses couleurs. Très bien. Seulement, depuis deux cents ans, la liberté, l’égalité et la fraternité ont bon dos. Je ne sais pas quelle est la couleur de la patience mais on devrait en trouver une. La République a des airs de vieille dame grise. C’est Apollinaire qui a raison : « Comme la vie est lente / Et comme l’Espérance est violente. »

Nos princes ont un visage Des portraits qui nous en disent aussi beaucoup sur la nature du pouvoir monarchique et sur ses légitimités. C’est moins l’homme que sa fonction qui est représentée ici. Les regalia -le sceptre, la main de justice et la couronne- représentent les trois pouvoirs : l’exécutif, le législatif et le judiciaire, confiés par Dieu au roi, qui caractérisent l’unicité de son commandement mais aussi son pouvoir thaumaturgique, son devoir de guide et de protecteur.

En grève ! Il n’y a pas d’autres pays que le nôtre où la politique s’est faite aussi souvent dans la rue et se mesure encore aujourd’hui à la longueur de ses cortèges.

Ce « pays-ci », comme on le disait de la cour sous l’Ancien Régime, demeurera longtemps le pays des songes. Exaltés, contradictoires, meurtris. Et, parfois, ce sont les songes qui l’emportent.

Les extrêmes se touchent En tout cas les deux côtés ont un ennemi commun : le centre modéré, progressiste, social libéral et européen. Décidément, « les extrêmes se touchent ».

En 1783 déjà, la noblesse d’un côté, la bourgeoisie de l’autre, tout à leur haine de ce qu’on appelait alors le « despotisme ministériel », avaient été jusqu’à oublier leurs différences en une improbable alliance qui avait conduit tout droit à la révolution.

Délit de fuite Il y aura désormais le Ghosn de la vie et celui de la légende.

Si Le Comte de Monte-Cristo est si réussi, c’est parce que Alexandre Dumas a su inventer Edmond Dantès quelque part entre le sommeil éternel de la prison et le rêve éveillé de la liberté, entre l’ombre et la lumière, le complot et sa résolution.

Les « mots de la tribu » A force de nous complaire en groupe dans les mêmes idées, les mêmes certitudes, nous finirons par perdre le sens de l’altérité et le goût de la contradiction. Les autres, c’est nous-même, dans une spirale sans fin d’autisme et d’enfermement.

Le rire est toujours salutaire. Il est notre politesse du désespoir. Ceux qui le pratiquent savent dire le pire pour mieux conjurer nos peurs. Nous en aurions bien besoin en ce moment. Ionesco le remarquait déjà après la guerre : « Où il n’y a pas d’humour, il y a des camps de concentration. »

Voir et rêver le monde Il n’y a pas de peur ni de morts dans les atlas, seulement du silence et des signes. J’ai toujours été fasciné par les cartes. Elles racontent une histoire et disent des choses oubliées. Ce sont des objets magiques qui permettent en quelques centimètres carrés de voir le monde et de le posséder.

La forêt, la gauche, la droite On ne dit pas assez que les forêts françaises ont doublé de surface depuis cent cinquante ans.

La France comptait 15 000 scieries en 1960, 1500 aujourd’hui. Il nous faut donc mieux produire. C’est là que le bât blesse.

Ce qui reste est toujours ce qui nous échappe, la forêt des songes, des présages et des sortilèges, celle du temps aboli, « la cité des arbres », « le grand large des bois », comme dirait Gracq. La seule chose qui compte vraiment.

Un voyage en Provence Je donnerais bien la moitié de ma vie pour voyager comme autrefois. L’excitation des départs, le plaisir de l’arrachement, les chemins de traverse, les hasards et la surprise ne font plus partie de nos vies.

La lenteur des voyages, les hasards, l’étrangeté ont toujours été pour moi synonymes de sensualité et d’heures abandonnées.

Les plus beaux voyages sont les voyages imaginaires.

Le juge, le censeur et les indics Ce qui différencie le signalement de la dénonciation et la dénonciation de la délation n’a bien souvent que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette et cette épaisseur-là tient tout entière dans notre jugement.

Le problème c’est que toutes nos grandes crises politiques ont charrié avec elles leur lot de haines, d’idéologies, de rancunes et de jalousies.

J’ai toujours eu de l’affection pour ceux qui aux plus détestables moments de notre histoire ont eu le courage de se lever contre la « vertu » surveillante.

Vous avez dit Brexit? Je comprends pourtant les Anglais et je me surprendrais presque à devenir proche d’eux lorsque j’observe de l’autre côté de la Manche, mon pays des gilets jaunes, des normes, de la peur, des blocages et des râleries, tout ce à quoi ils échappent en partie.

Deux cathédrales Notre capitale est pleine de monuments qui nous rappellent nos guerres et nos divisions…Notre-Dame de Paris est le contraire de tout cela. Tout s’est passé dans notre histoire comme si nous avions voulu déposer à ses portes nos haines et nos rancunes.

La bêtise et la négligence ordinaire font parfois plus de ravages que toutes les haines du monde.

Une paix pour rien? Et de Gaulle d’évoquer lui-même « cette flamme d’ambition nationale, ranimée sous la cendre au souffle de la tempête », avant d’interroger sans transition, en visionnaire inspiré, la tragédie de la paix : « Comment la maintenir ardente quand le vent sera tombé? »

Vieux papiers, vieilles affiches Aujourd’hui, nous avons le verre, l’acier, les panneaux JCDecaux et l’affichage électronique sans invention ni superflu. Toutes ces choses anciennes du siècle passé n’existent plus. Elles ont le charme fragile des traces et du temps. Peut-être les aimons-nous parce qu’elles tapissent encore le fond de nos souvenirs.

Le plaisir de l’archive inédite Ouvrir un carton d’archives, défaire le lien de soie ou la ficelle qui tient ensemble la liasse des documents que l’on va lire, tout cela a quelque chose à la fois du rite d’initiation et de l’opération alchimique.

La séparation d’avec le temps, l’amnésie, l’oubli ont des allures de morgue et de charnier.

Champion du monde Heureusement, il nous reste en France les parfums, les vins et la cuisine. Ah! La cuisine! Elle survivra, j’en suis sûr, à tous les virus. Depuis que la gastronomie française a été inscrite par l’Unesco (en 2010) au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, nous ne nous sentons plus d’aise, comme disait La Fontaine de son corbeau.

La France des angles morts Ce genre de moments tient à peu de chose : une porte qu’on ouvre, la pénombre, l’inattention, le choc et la surprise. Quand parfois l’Histoire rencontre la vie, dans la confusion de ses traces et la conviction que dès lors nos questions ne seront plus les mêmes.

Nos « 18 juin » Il y a des dates comme cela, où les événements se télescopent et se bousculent comme s’ils avaient choisi d’advenir le même jour. Le 18 juin est de celles-là, tel un aimant qui attirerait à lui depuis des siècles le meilleur et le pire de nos vieilles querelles.

« L’Histoire, c’est la rencontre d’une volonté et d’un événement », disait encore de Gaulle. Nous savons bien qu’elle est beaucoup plus que cela, mais parfois, à certaines dates, en faisant de nous les héritiers de ce que nous avons de plus précieux et dont nous nous souvenons à peine : la résistance et la liberté, elle prend des allures de parabole : « Qu’as-tu fait de tes talents? »

L’adieu au cavalier Il y aura toujours des « dernières fois ». Il y aura toujours des écuyers noirs à cheval pour hanter nos souvenirs. Je les salue en cavalier. « Calme, en avant, droit. »

La dette et nous (Italie et France) Nous ne partageons pas seulement avec nos amis italiens ce que nous avons de bien : la littérature, les arts et la peinture. Nous sommes si proches que nous avons aussi les mêmes défauts : une certaine désinvolture vis-à-vis de l’argent public et une capacité non moins certaine à nous endetter sans nous en soucier plus que de raison.

Molière parmi nous Les Tartuffe, les Harpagon, les Alceste, les Jourdain sont toujours là. On les croise matin et soir.

Molière est certainement un bon sujet de biographie, mais c’est surtout lui le biographe, et parmi le meilleurs.

Les îles de mon enfance Les métamorphoses ont leurs lieux et ces lieux ont une histoire. L’eau entoure à nouveau le Mont, mais qui se souvient encore des treize longs siècles de résistance de ce rocher héraldique posé tout droit sur la mer? Le temps, comme nos démons, change si souvent de visage!

La République, le pardon et l’oubli Nos démocraties essoufflées, mal protégées des nouveaux pouvoirs théocratiques, de plus en plus interrogées et malmenées par les réseaux sociaux, sont en crise…Nous avons oublié que si, depuis deux cents ans, nous sommes arrivés à résoudre certains de nos conflits, c’est par les voies difficiles et délicates de l’oubli. L’amnistie nous a longtemps tenu lieu d’absolution.

Nos cousins italiens Les Italiens nous doivent peut-être un peu, nous leur devons infiniment plus. Cela tient à l’air qu’ils respirent, à leur facilité d’être avec les autres, au besoin qu’ils ont de vous rendre heureux, au phrasé et au son de leurs voix. Sans eux, nous ne serions pas tout à fait ce que nous sommes. Cela n’a pas d’âge. C’est peut-être cela, la civilisation.

Qui sont les traîtres? Voyez Talleyrand On n’a pas compris que, toute sa vie, Talleyrand a essayé de faire en sorte que la machine de l’Etat verse le plus doucement possible. On n’a pas compris non plus qu’il a œuvré pour sa grandeur une fois passées les crises, mais avec des méthodes et un état d’esprit hérités de l’Ancien Régime, parfaitement étrangers aux hommes du XIXème siècle et, ce faisant, du XXème siècle. La modération, le compromis, la négociation en lieu et place de l’affrontement, la temporisation et, au bout du compte, si cela se révèle vraiment nécessaire, le double jeu.

Virus Quand la mort approche, la littérature n’est jamais loin. Nous n’en sommes plus là, nos victimes sont moins nombreuses, et pourtant les épidémies sont aux hommes ce que l’Histoire est à la folie. La médecine n’y peut rien et la raison s’en fiche. On avait peur en 1348. On aura peur quand cela recommencera.

Une épidémie de mots Avec ça, vous êtes prévenus, nous sommes en guerre. Bref, lavez-vous les mains de toute cette bouillie pour les chats si vous le voulez. Mais franchement, si vous n’avez pas envie de vomir, c’est que vous êtes contaminés.

C’est la rentrée! Notre ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a des airs de général en chef obsédé par le vertige de la défaite et du déclassement. Il n’est plus question que de plans « ultra-volontaristes » contre le décrochage scolaire, d’« aides personnalisées » et « d’évaluations » obligatoires.

Un roi sans divertissement Mais après quarante ans de règne et une abdication (en 2014, en faveur de son fils), le vieux monarque « émérite » Juan Carlos est nu, terrassé par son inconstance et sa cupidité. Peut-être, au fond, avait-il fini par s’ennuyer d’être roi. Les démocraties veulent bien qu’on les sauve. Elles ne tolèrent plus les écarts.

Rêverie dans une librairie Je poussais la porte d’une librairie comme d’autres seraient entrés dans une chapelle. C’était pour moi un acte de foi et presque une communion. Ce l’est encore aujourd’hui.

Fractures françaises Il faut passer par l’histoire si l’on veut saisir toute la complexité des fractures qui nous habitent, jusqu’à nous traverser individuellement de part en part.

Les paradoxes de 1789 sont innombrables : entre les intérêts et la vertu, l’ombre et la lumière, la transparence et le secret, le centre et la périphérie, la rue et la représentation. Ce qui n’est pas visible nous atteint souvent plus que ce qui l’est. Et ce qui est invisible appartient à l’Histoire. Un préfet de la Restauration a tout dit de cela dans l’un de ses rapports en 1821, alors qu’il évoquait Napoléon et sa légende : « Tout est calme. Seules les imaginations travaillent. »

Où sont nos années folles? Les grandes crises ont toujours été suivies de bouleversements sociaux. Elles font des perdants et des gagnants, des pauvres et des riches, ceux qui rattrapent le temps perdu et ceux qui restent au bord du chemin. Elles changent les mœurs et les mentalités.

Le grand vide des périodes d’après-guerre, leur absence de sens, le malaise d’une génération entière ont toujours senti le soufre et le fagot.

L’automne, ma saison mentale Si les saisons avaient une couleur politique, je mettrais volontiers le printemps à gauche et l’automne à droite. Pas la droite du progrès, celle des écrivains, des minutes de sable et des souvenirs. L’automne a toujours eu pour eux des airs d’apocalypse et de fin du monde.

Les héros romantiques meurent presque toujours en automne. C’est la saison des défaites, le chant du cygne des vaincus.

S’il restait aujourd’hui un lieu pour les poètes, ce serait en automne.

L'économie de demain, les 25 grandes tendances du XXIe siècle de Bastien Drut-De Boeck Supérieur (Actualités)

Émetteur du résumé: François C.

L'économie de demain ; les 25 grandes tendances du XXIe siècle1- La population vieillit 42 ans et demi : âge médian des Européens en 2020.

2- La population mondiale croît de moins en moins vite Elle pourrait atteindre son pic en 2064.

3- La croissance économique est plus faible La croissance et quatre « vents contraires » : la démographie, l’éducation, les inégalités et la dette publique.

4- Les taux d’intérêt sont durablement bas

5- Le coût du changement climatique augmente rapidement En 2100, le PIB par habitant sera in fine inférieur de 23% à ce qu’il aurait été sans changement climatique.

6- La transition énergétique commence 26,9% : part des énergies renouvelables dans la génération d’électricité au niveau mondial en 2019.

7- La biodiversité est en danger 25% : part des espèces animales et végétales connues qui sont menacées.

8- Le plastique envahit la Terre 9% : part des 8300 millions de tonnes de plastique vierge produit sur la période 1950 – 2015 qui a été recyclée.

9- La mondialisation s’essouffle 2008 : année où le commerce international a atteint son plus haut niveau.

10- La mondialisation est contestée Cela amène et amènera de plus en plus au rejet d’accords commerciaux, ou à leur renégociation.

11- Les migrations sont plus nombreuses 272 millions ; nombre de migrants internationaux dans le monde en 2019.

12- L’urbanisation se poursuit 55,7% : part de la population mondiale vivant dans les zones urbaines en 2019 (39,3% en 1980).

13- Les inégalités ont augmenté dans les pays riches Fin 2019, la moitié de la population américaine la plus pauvre ne détenait que 1,4% du patrimoine total des Américain. Les 1% les plus riches détenaient à eux seuls 32,7% du patrimoine total.

14- Les inégalités ont reculé au niveau mondial 9,2% : part de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 dollar par jour en 2017. Elle était de 43% en 1980.

15- Le concept de revenu universel émerge lentement

16- Les employés ont perdu de leur pouvoir de négociation 9% : taux de syndicalisation en France en 2018 ; il était de 23% en 1975.

17- Les compétences recherchées changent rapidement 80 millions d’Européens dont les compétences ne sont pas en phase avec leurs emplois (OCDE)/la formation tout au long de la vie pour remédier à l’obsolescence des compétences.

18- La dette est de plus en plus élevée 124% : ratio dette sur PIB des pays développés pris dans leur ensemble en 2020.

19- Les banques centrales « monétisent » la dette publique 1850 milliards d’euros : montant de titres que l’Eurosystème a annoncé qu’il pourrait acheter d’ici mars 2022.

20- La monnaie se digitalise L’ “euro numérique” pour la zone euro.

21- Le dollar, hégémonique, est sans concurrent 61% : part des réserves de change mondiales libellées en dollars en 2019, alors que les USA ne représentaient que 15% du PIB mondial.

22- La digitalisation s’accélère 2 heures et 12 minutes : temps moyen passé chaque jour par les Français sur Internet en 2019.

23- Les géants du numérique sont en position de quasi-monopole Les systèmes d’exploitation Android et iOS sont présents, à eux deux, sur plus de 99% des smartphones dans le monde.

24- La lutte contre l’évasion fiscale se met en place 500 à 600 milliards de dollars : manque à gagner pour les gouvernements chaque année.

25- La finance responsable prend son essor 258 milliards de dollars : montant d’obligations vertes émises au niveau mondial en 2019.

Le serpent majuscule de Pierre Lemaître - Albim Michel (roman noir)

 Coup de cœur de notre ancienne collègue Élodie, qui travaille à la librairie de fil en page:

Mathilde, la soixantaine, est une petite dame qui se fond dans la masse. Pourtant, sous ses airs de mamie un peu bougonne se cache une tueuse redoutable qui exécute ses missions sans un accro. Mais voilà qu’avec l’âge sa mémoire lui joue des tours, ce qui, combiné à une gâchette un peu facile, n’est pas sans faire d’innocentes victimes…

Un roman noir drôle et savoureux sur les traces d’une vieille dame aussi attachante que déjantée.

LA TECHNIQUE DES ÉTINCELLES - 80 clés pour rebondir en période de changement de Vanessa CAHIERRE et Nadège FOUGERAS - Ed. de La Martinière

Émetteur du résumé: François C.

Ch. 1 FAIRE CONFIANCE À NOS ÉMOTIONS ET NOS BESOINS POUR GUIDER NOS ACTIONS

  1. Mettre des mots sur ce que nous ressentons
  2. Apprendre à décrypter nos besoins derrière nos émotions
  3. Doper nos émotions positives
  4. Accepter de vivre nos émotions négatives
  5. Veiller à équilibrer nos émotions positives et nos émotions négatives

Ma bulle d’énergies positives: Le pouvoir incroyable des odeurs

 

Ch. 2 DÉBRANCHER! ALTERNER CONNEXION ET DÉCONNEXION

  1. L’importance d’alterner connexion et déconnexion
  2. Pourquoi est-ce si important de privilégier des phases de récupération?
  3. La méthode Vittoz: émissivité et réceptivité
  4. Comment développer sa réceptivité, se connecter à ses cinq sens?

Ma bulle sensorielle: Comment la créer?

 

Ch. 3 BOOSTER SON ÉNERGIE PHYSIQUE

  1. Notre corps est notre meilleur allié
  2. Notre corps nous parle et nous envoie des signaux
  3. Booster notre D.O.S.E. ou comment stimuler les hormones du bonheur
  4. Trouver la bonne activité physique.
  5. Bien se nourrir : un esprit sain dans un corps sain
  6. Capitaliser sur le sommeil

Ma bulle d’énergie corporelle: Se créer des routines

 

Ch. 4 GOÛTER À LA SÉRÉNITE DE VIVRE LE MOMENT PRÉSENT

  1. Être dans le moment présent
  2. Les bienfaits de la méditation
  3. Les pratiques formelles
  4. Les pratiques informelles
  5. Le pouvoir magique des synchronicités

Ma bulle de rituels zen: Vivre l’instant présent

 

Ch. 5 L’ART DE CULTIVER DES RELATIONS POSITIVES

  1. Comment cultiver les relations positives?
  2. Communiquer avec authenticité
  3. S’inspirer des expériences des autres
  4. Puiser de l’énergie dans les émotions partagées

Ma bulle de partage: Planifier et créer de bons moments avec notre entourage

 

Ch. 6 S’EXERCER A LA GRATITUDE ET CONTRIBUER À UN MONDE MEILLEUR

  1. Qu’est-ce que la gratitude ?
  2. Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on pratique la gratitude?
  3. Comment pratiquer la gratitude dans notre quotidien?
  4. Retrouver la joie d’être généreux. L’acte gratuit
  5. Simplifier son espace. Être plutôt qu’avoir

Ma bulle de gratitude: Envers moi, envers les autres, envers le monde

 

Ch. 7 ET SI LE CHANGEMENT NOUS PERMETTAIT DE NOUS RÉALISER?

  1. Donner du sens à nos actions
  2. Démultiplier son énergie avec le flow
  3. Goûter aux bienfaits de «l’optimalisme»
  4. Concentrer son énergie sur l’essentiel
  5. Ouvrir le champ des possibles grâce à la créativité
  6. Se fixer des objectifs pour soutenir nos efforts
  7. Célébrer tous ses succès, même les plus petits

Ma bulle d’étincelles

 

 

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CITATIONS :

 Ben-Shahar La différence essentielle entre le perfectionniste et l’optimaliste est que le premier refuse essentiellement la réalité tandis que le second l’accepte.

 Cabral Bienheureux est celui qui sait que partager une douleur revient à la diviser et que partager une joie revient à la multiplier.

 Chopra Au centre du mouvement et du chaos, restez calme intérieurement.

 Dürkheim Il y a deux façons de grandir, la souffrance et l’émerveillement.

Goethe Voyage avec deux sacs. L’un pour donner, l’autre pour recevoir.

Harrus-Révidi Avant d’être pensé, le monde qui nous entoure est vu, senti, entendu, charnellement vécu.

St. Jobs La créativité, c’est seulement mettre les choses en connexion. Quand vous demandez à des gens créatifs comment ils ont fait telle ou telle chose, ils se sentent un peu coupables parce qu’ils n’ont pas vraiment fait quelque chose. Ils ont juste vu quelque chose. ça leur a semblé évident après-coup. C’est parce qu’ils ont été capables de connecter des expériences et de les synthétiser sous une nouvelle forme.

CG Jung L’homme mérite qu’il se soucie de lui-même car il porte dans son âme les germes de son devenir.

Lacroix La vie est une alternance de mouvements et de repos. Tantôt nous tendons le ressort de notre être. Tantôt, au contraire, nous sommes dans la détente de notre être. Cette pulsation de l’activité et du lâcher-prise, la vita activa et la vita contemplativa, rythme le cours de l’existence.

Je suis responsable de mes paroles, de l’impact psychologique de mes paroles.

Le Breton Être à l’écoute de soi tout court, sentir sa présence au monde et s’en émerveiller. Voilà qui nourrit le sentiment que vivre est une chance.

Fr. Lenoir L’une des clés essentielles d’une « vie bonne » réside dans le non-attachement aux objets.

Monbourquette Si on ne pardonne pas, on ne peut pas être dans l’instant présent. On s’accroche au passé et on se condamne à rater son présent. Et en plus, on bloque son avenir.

Odoul Le langage du corps est un langage qui ne ment pas, qui est précis et direct.

Pivot La rêverie vagabonde est nécessaire à une bonne hygiène de vie, à l’équilibre de l’homme dans la bourrasque quotidienne.

Ricard Plus je ressens, dans la journée, dans la vie, des émotions positives, de l’affection, de l’admiration, de la compassion, du bien-être, de la joie, de l’élévation, moins il y aura de l’espace pour l’apparition, l’expansion et la flambée des émotions douloureuses, destructrices et négatives.

Salomé Sachant que tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime, il est souhaitable de favoriser l’expression au-delà de l’émotion ou du retentissement. Cette pratique permettra d’éviter quelques somatisations, du stress et de l’angoisse.

Sénèque Être heureux, c’est apprendre à choisir. (…) Bien vivre, c’est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités.

Soulages Si l’on sait qu’on ne sait pas, si l’on est attentif à ce que l’on ne connaît pas, si l’on guette ce qui apparaît comme inconnu, c’est alors qu’une découverte est possible.

Thich Nhat Hanh Vivre en pleine conscience, ralentir son pas et goûter chaque seconde et chaque respiration, cela suffit.

Vittoz La concentration est la faculté de pouvoir fixer sa pensée sur un point donné, de suivre le développement d’une idée sans se laisser distraire, simplement de pouvoir s’abstraire dans un travail quelconque.

St. Zweig La pause, elle aussi, fait partie de la musique.

 

 

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Leçon d'un siècle de vie d'Edgar Morin - Denoël

Émetteur du verbatim: François.C 

Leçons d'un siècle de vie1. L’IDENTITE UNE ET MULTIPLE Je suis un Tout pour moi, tout en n’étant quasi rien pour le Tout. Je suis un humain parmi huit milliards, je suis un individu singulier et quelconque, différent et semblable aux autres. Je suis le produit d’événements et de rencontres improbables, aléatoires, ambivalentes, surprenantes, inattendues. Et en même temps je suis Moi, individu concret, doté d’une machine hypercomplexe auto-éco-organisatrice qu’est mon organisme, machine non triviale, capable de répondre à l’inattendu et de créer de l’inattendu. Le cerveau donne à chacun l’esprit et l’âme, invisibles au neuroscientifique qui analyse le cerveau, mais émergeant en chaque humain dans sa relation avec autrui et le monde.

Chacun d’entre nous est un microcosme, portant à l’intérieur de l’unité irréductible de son Moi-Je, souvent inconsciemment, les multiples Touts dont il fait partie au sein du grand Tout. Ces multiples Touts sont constitués de la diversité de nos ascendances familiales et de nos appartenances sociales.

Le refus d’une identité monolithique ou réductrice, la conscience de l’unité/multiplicité (unitas multiplex) de l’identité sont des nécessités d’hygiène mentale pour améliorer les relations humaines.

2. L’IMPREVU ET L’INCERTAIN De ma chance de vivre est venue la suprême malchance, le malheur de perdre ma mère à l’âge de dix ans…Et du malheur initial, qui n’a cessé d’être malheur, sont venus les grands bonheurs de ma vie.

Le hasard, c’est évidemment l’imprévisible… L’imprévisibilité demeure dans l’irruption de l’inattendu, accident ou création. Bref, je crois qu’on ne saura jamais si le hasard est vraiment du hasard.

Chance et malchance vont ainsi se succéder, liées à l’imprévu, pour ne pas dire au hasard.

Je pourrais continuer avec chance et malchance, malheur et bonheur, puisque le malheur de la mort de mon épouse Edwige a été suivi un an plus tard de la rencontre très improbable, par un extrême hasard, avec Sabah, qui me donne la vie.

La vie, pour tout être humain, est dès la naissance imprévisible, nul ne sachant ce qu’il adviendra de sa vie affective, de sa santé, de son travail, de ses choix politiques, de sa durée de vie, de l’heure de sa mort.

Nous avons beau nous croire armés de certitudes et de programmes, nous devons apprendre que toute vie est une navigation dans un océan d’incertitudes à travers quelques îles ou archipels de certitudes où nous ravitailler.

Ici je veux souligner qu’une des grandes leçons de ma vie est de cesser de croire en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur. Sans cesse, tout en étant discontinues, les irruptions soudaines de l’imprévu viennent bousculer ou transformer, parfois de façon heureuse parfois de façon malheureuse, notre vie individuelle, notre vie de citoyen, la vie de notre nation, la vie de l’humanité.

Toute vie est incertaine, elle rencontre sans cesse l’imprévu. La malchance peut devenir chance et la chance peut devenir malchance. L’adversité peut apporter des bienfaits ; le malheur peut susciter du bonheur.

3. SAVOIR VIVRE De fait, l’aspiration à se réaliser incividuellement tout en étant lié à une communauté et/ou à autrui présente un antagonisme interne potentiel et peut créer de difficiles problèmes, mais elle demeure une aspiration humaine fondamentale.

L’état poétique donne le sentiment du bonheur, le bonheur a en lui-même la qualité poétique. Et, pour moi, l’état poétique est sous-jacent à tout bonheur, il est au cœur de tous les bonheurs, fugitifs ou durables.

Cela pour dire que la poésie commence avec la vie ; elle éclot dès qu’apparaît ce que nous nommons « joie de vivre »…

Je veux surtout évoquer ce que j’ai appelé les extases de l’histoire, moments extraordinaires, rares et fugitifs, d’émancipation, de liberté, de fraternité, comme le fut pour moi et tant d’autres la libération de Paris.

C’est dire que l’état véritablement poétique, celui qui s’épanouit, ne saurait être fermé. Il nourrit sa poésie de l’ouverture, ouverture à autrui, ouverture au monde, ouverture à la vie, ouverture à l’humanité.

Le Savoir Vivre associe l’aspration à la « vraie vie », le besoin de réaliser ses aspirations personnelles dans la relation permanente entre le Je et le Nous, la qualité poétique de la vie, la satisfaction du désir de reconnaissance.

4. LA COMPLEXITE HUMAINE Je découvrais que le mythe, la religion, les idéologies, constituent une réalité humaine et sociale aussi importante que les processus économiques et les conflits de classes, ce qui me fit abandonner la conception marxiste rationalisant l’histoire humaine à partir de l’infrastructure économique.

Aussi vivre est-il un art incertain et difficile où tout ce qui est passion, pour ne pas succomber à l’égarement, doit être surveillé par la raison, où toute raison doit être animée par une passion, à commencer par la passion de connaître.

Les relations entre sapiens, demens, faber, mythologicus, oeconomicus, ludens et liber peuvent être en chaque individu flexibles et changeantes…Les relations entre rationalité/passion/délire/foi/mythe/religion sont en chacun permutables, instables et modifiables. L’humain n’est ni bon ni mauvais, il est complexe et versatile.

Cette complexité individuelle est un des trois termes de la trinité complexe individu/société/espèce qui définit l’humain…Dans cette trinité humaine comme dans la Sainte Trinité, chacun des termes est à la fois générateur des autres et généré par les autres.

5. MES EXPERIENCES POLITIQUES : DANS LE TORRENT DU SIECLE Sans doute la conscience d’être issu d’un peuple maudit durant un millénaire, entretenue par la virulence de l’antisémitisme des années 1930 – 1940 fortifia en moi la compassion pour tous les maudits, vaincus, asservis, colonisés. Mais j’ai toujours voulu me situer au niveau universaliste de l’humanisme.

Quelles leçons tirer de cette expérience? Celle de l’inconscience somnambulique propre aux époques précédant et préparant les désastres historiques. Celle des conséquences énormes des erreurs, aveuglements, illusions des dirigeants et des populations. Celle de l’incapacité générale de saisir le caractère nouveau des totalitarismes…

Au XXIème siècle, il est d’autant plus important de comprendre la capacité d’Etats à esclavagiser et à domestiquer les esprits qu’il se forme actuellement tous les éléments d’un néototalitarisme dont le premier modèle s’est installé dans l’immense Chine.

Je tire de ces années la leçon qu’une progression économique et technique peut comporter une régression politique et civilisationnelle, ce qui à mes yeux est de plus en plus patent au XXIème siècle.

Enfin la pandémie du Covid, suscitant une crise planétaire multidimensionnelle, devient un élément nouveau de précarité, d’incertitude et d’angoisse.

6. MES EXPERIENCES POLITIQUES : LES NOUVEAUX PERILS Dès mon livre Terre-Patrie, j’étais conscient du fait que la mondialisation techno-économique avait créé une communauté de destin entre tous les humains dans le déferlement économique planétaire, la dégradation de la biosphère, les périls dus à la multiplication des armes nucléaires.

Une des plus grandes leçons de mes expériences, c’est que le retour de la barbarie est toujours possible. Aucun acquis historique n’est irréversible.

Je prévois la possibilité du pire, voire sa probabilité, mais le pire n’est pas sûr, l’improbable est lui aussi possible, tout comme l’imprévisible.

L’humanisme régénéré se fonde sur la reconnaissance de la complexité humaine et la plénitude des droits à tous les humains quels que soient leur origine, sexe ou âge. Il puise aux sources de l’éthique qui sont solidarité et responsabilité.

Ce qui m’est apparu de plus en plus nettement avec le temps, c’est que dans l’univers physique et biologique, les forces d’association et d’union se combinent avec celles de dispersion et de destruction…Cette dialectique peut être symbolisée dans l’histoire humaine par la relation indissoluble entre Eros, Polémos et Thanatos. Il me semble bien que Thanatos soit le vainqueur final, mais il est évident pour moi que, quoi qu’il arrive, notre vie ne peut avoir de sens qu’en prenant le parti d’Eros.

7. L’ERREUR DE SOUS-ESTIMER L’ERREUR Le risque d’erreur et d’illusion est permanent dans toute vie humaine, personnelle, sociale, historique, dans toute décision et action, voire dans toute abstention, et il peut conduire à des désastres.

Je regrette donc mes erreurs et ne les regrette pas, car elles m’ont donné l’expérience de vivre dans un univers religieux absolutiste qui, comme toute religion, a eu ses saints, ses martyrs et ses bourreaux. Un monde qui rend halluciné, dégrade et détruit les meilleurs. Mon séjour de six ans en Stalinie m’a éduqué sur les puissances de l’illusion, de l’erreur et du mensonge historique.

La connaissance ne se construit pas sans un risque d’erreur. Mais l’erreur joue un rôle positif quand elle est reconnue, analysée et dépassée. « L’esprit scientifique se constitue sur un ensemble d’erreurs rectifiées », écrivait Bachelard.

Des millions de personnes crurent que la révolution culturelle chinoise était une grande étape du progrès communiste, alors que c’était une folle hécatombe, faisant des millions de victimes.

L’expérience m’a démontré que le danger d’être mal informé est très grand quand on ne dispose ni de plusieurs sources ni d’avis différents sur un même événement. Ce sont ces deux pluralités qui peuvent nous permettre de nous faire une opinion, et souvent -pas toujours- d’éviter des erreurs.

Il est important, dans un monde en constante transformation, de faire tous les dix ans une révision de sa vision du monde…L’histoire humaine est relativement intelligible a posteriori mais toujours imprévisible a priori.

Il faut savoir plus généralement que l’occultation des complexités, i.e. des relations indissolubles entre des composants différents relevant de disciplines compartimentées, conduit à l’erreur.

Chaque vie est une aventure incertaine. On peut se tromper dans ses choix : amicaux, amoureux, professionnels, médicaux, politiques. Le spectre de l’erreur nous suit pas à pas.

CREDO Chacun porte en soi le double impératif complémentaire du Je et du Nous, de l’individualisme et du communautarisme, de l’égoïsme et de l’altruisme. La conscience de ce double impératif s’est profondément enracinée dans mon esprit au fil des années. Elle m’a toujours poussé à entretenir et à fortifier la capacité d’amour et d’émerveillement en même temps que la résistance obstinée à la cruauté du monde.

Ma leçon ultime, fruit conjoint de toutes mes expériences, est dans ce cercle vertueux où coopèrent la raison ouverte et la bienveillance aimante.

*

 

L'ouragan sanitaire,comment sortir de la pandémie du Covid-19 et préparer l'avenir? - Odile Jacob

Émetteur du verbatim: François C.

L'ouragan sanitaire : comment sortir définitivement de la pandémie du Covid-19 et préparer l'avenirLes épidémies, loin d’être à oublier, doivent aujourd’hui être considérées, à la fois, comme des catastrophes naturelles réclamant anticipation et préparation, pour ne pas trop subir, et comme des accidents technologiques invitant à réfléchir au développement des activités humaines et à les infléchir.

Première partie L’HOMME FACE AUX PANDEMIES : UN COMBAT DE SISYPHE Ch. 1 Brève histoire d’une longue lutte . Peste, marins et marchands Mai 1720 : la peste se propagea, décimant la moitié de la populaion de Marseille, puis touchant toute la Provence, causant la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

. Choléra, machines à vapeur et politiques de santé publique Trouvant leur origine dans le delta du Gange, les épidémies de choléra se succédèrent en Europe, en 1832-1834, 1848, 1853-1854, 1865, 1884, puis 1892.

. La lutte sanitaire, ciment des relations internationales Le début du XXème siècle vit le couronnement des efforts de la diplomatie internationale face au risque épidémique…Les agents infectieux responsables de la peste et du choléra étaient reconnus comme tels. Les mécanismes de la contagion étaient identifiés et il devenait possible d’agir en conséquence.

. Le XXème siècle : mondialisation des crises et des remèdes L’accomplissement international le plus spectaculaire sous l’égide de l’OMS (créée en 1948) fut sans conteste l’éradication de la variole grâce à la vaccination.

Ch. 2 La vague épidémique contemporaine : l’élaboration d’une réponse internationale systématique . Les ambitions contrariées de la fin du XXème siècle Ces maladies (poliomyélite ; syndrome d’immunodéficience acquise (sida) ; encéphalopathie spongiforme bovine) ont des caractéristiques communes : l’absence de réservoir animal de l’agent infectieux ; un diagnostic aisé ; un moyen d’éradication (vaccin, médicament) simple et peu coûteux.

. Le renforcement de l’OMS et la crise du SRAS . L’évolution du Règlement sanitaire international : réduction de la liste des maladies sous surveillance de six à quatre, puis trois : la peste, le choléra et la fièvre jaune.

. L’épidémie de SRAS de 2003 fut la démonstration éclatante de ce à quoi le monde devait mieux se préparer pour prévenir l’impact sanitaire, social et économique d’une pandémie liée à un agent infectieux émergent.

. La révision du règlement sanitaire international en mai 2005 par les 194 Etats membres.

Ch. 3 La concertation sanitaire internationale à l’épreuve des virus émergents . Le virus H5N1 : un accélérateur de la préparation aux risques pandémiques . La grippe aviaire due au virus H5N1 (2004-2005)

. La prise de conscience du risque de pandémie grippale…(2006)

. Le monde se prépare à une pandémie…Le fait est que la chronique des années 2005 à 2009 fut dominée par l’effort d’élaboration d’un plan de préparation et de lutte contre une pandémie grippale.

. Un exemple de préparation : le plan « pandémie grippale » de la France…décrivant les actions à conduire aux phases d’émergence, d’installation, d’accentuation puis de régression d’une pandémie grippale, enfin d’éventuelles répliques (mai 2005).

. Les vicissitudes de la préparation mondiale au risque de pandémie grippale . L’Indonésie fait le choix de l’unilatéralisme.

. Les Cassandre que nous n’avons pas crues…Il y aurait pourtant une place pour une génération de lanceurs d’alerte, dont la charge serait de préserver la mémoire de chaque type de catastrophe ? En effet, le travail d’usure, exercé par l’oubli, atténue peu à peu le signal fort du caractère récurrent de ces fléaux, qui perd alors sa valeur annonciatrice d’un malheur analogue et prochain.

. L’état de la préparation française en 2009…La France n’était pas fin prête, mais elle était préparée !

. Le piège du virus H1N1 . La pandémie de H1N1, mladie inattendue (début 2009)

. Heurs et malheurs de la vaccination…Le faible taux de couverture vaccinale n’était pas propre à la France.

. Le H1N1, épreuve du feu pour la concertation sanitaire internationale…La crise épidémique est un risque permanent et majeur, tout de soudaineté, d’effet de surprise, de contrainte temporelle, d’incertitude, de suspense, de débordement, d’effets multiples sanitaires, économiques et sociaux, et d’aptitude à faire peur.

. La vague des virus émergents des années 2010, un avertissement mal entendu . L’épidémie de MERS au Proche-Orient (2012).

. L’émergence du virus Ebola en Afrique de l’Ouest (2013)…La diffusion du virus hors du continent africain se révéla limitée.

. L’épidémie du virus Zika en Amérique (2015).

. L’étrange abandon de la préparation française au risque pandémique…Interruption de la mise à jour du plan pandémie grippale à partir de 2011.

2ème partie UN DESASTRE ANNONCE : LA PANDEMIE DE COVID-19 Ch. 4 L’ouragan sanitaire . La genèse d’un cataclysme : un désordre soudain . Le mystère des origines…Ces études génétiques ne permettent pas d’éliminer la possibilité qu’un SARS-CoV-2, qui serait apparu chez des animaux de laboratoire, ait pu être dispersé accidentellement dans l’environnement à partir d’un laboratoire de recherche.

. Les prémices de la pandémie…Non seulement une épidémie nouvelle était en train de naître, mais elle avait un potentiel d’extension et de dommage considérable.

. Branle-bas de combat à l’OMS…(22 janvier) L’avis consensuel trouvé fut qu’il était un peu tôt pour qualifier l’événement d’urgence de santé publique de portée internationale. (30 janvier) L’avis consensuel du Comité fut qu’il s’agissait d’une urgence de santé publique de portée internationale.

. Un système de soins sous le choc . Le Covid-19 : une maladie nouvelle…L’objectif du virus est clair : entrer pour utiliser les outils métaboliques de la cellule et s’y répliquer, avant de ressortir en grand nombre de cette cellule, puis, par exemple via la toux ou la contamination des mains, contaminer un autre être humain et pouvoir, là encore, s’y répliquer.

. Des hôpitaux submergés.

. La contagion, une désorganisation anthropologique…En vue de la maîtrise d’une épidémie, la remise en ordre passe par la prévention de la contagion. Elle est l’objectif clé. Elle impose des mesures contraignantes.

. Le poids socio-économique de la pandémie…Virus de la pandémie, mais aussi de la décroissance, de la baisse de la demande, de la faillite et du chômage, virus de la démondialisation et, dans de nombreux pays, de la pauvreté et de l’inégalité sociale…

. Raison gardée, malgré l’angoisse et les biais cognitifs…Le désordre pandémique est fait de peur et de mensonges, mais le couple ordre-désordre fait émerger des personnages originaux, tout de transgression, d’ambivalence, de marginalité, de recours au bricolage : les maîtres du désordre…Ils prospèrent aux confins du « rassurisme », du complotisme et du charlatanisme.

. Le scientifique, le sceptique et le chamane.

. Carambolage sur la scène internationale…Le virus SATS-CoV-2 causa une pandémie parce qu’il s’appuya sur tous les vecteurs propres à la mondialisation : l’attractivité d’une ville « au cœur des chaînes de valeur globale », telle que Wuhan, le pouvoir de déplacement international et de rassemblement que possèdent, notamment, le tourisme, le sport, la culture et la religion.

Dans ce carambolage international…l’OMS, leader, guide technique, source d’information et coordinateur de multiples actions face à la pandémie, se retrouva en position de cible, sinon de bouc émissaire.

Ch. 5 Au cœur de la tempête, garder le cap . L’adaptation dans l’urgence des soins hospitaliers Parmi ces progrès dans la prise en charge des détresses respiratoires aiguës, certains sans doute comptèrent plus que d’autres : l’utilisation des corticoïdes chez les malades les plus graves ; le renoncement à des médicaments inefficaces et non dénués d’effets secondaires dangereux ; un recours mieux ajusté et plus restrictif à la ventilation artificielle, qui expose à ses complications propres…

. L’état d’urgence sanitaire au risque du désastre économique Deux grands objectifs des gouvernements : limiter, autant que possible, la transmission du coronavirus entre les êtres humains ; réduire les conséquences économiques, sociales et humaines liées à la pandémie.

. Limiter la transmission du virus : au cœur de la stratégie de l’exécutif . Les nouveaux gestes pour l’hygiène et le port du masque.

. La redécouverte du confinement…Dans l’ensemble, les décisions de confinement prises dans le monde firent appel à des réflexes anciens, propres à des sociétés démunies d’autres moyens d’actions, et au mimétisme. Elles furent facilitées par la circulation de l’information, qui fut plus rapide que la trajectoire de l’épidémie.

. La mission Castex sur le déconfinement…Le confinement ayant été une entreprise inédite, le déconfinement était donc une innovation, il était souhaitable de l’aborder avec méthode et circonspection.

. Les fluctuations du confinement…Deux spectres rôdaient autour des décideurs : celui de l’hécatombe observée en mars et avril 2020 ; celui de la justice qui avait été mise, dès mars, sur le sentier de la recherche de responsabilités.

. Le bouclier vaccinal, une stratégie globale d’immunisation . Une concurrence mondiale dans le développement vaccinal…La vitesse observée en 2020 résulta d’importants autres facteurs d’accélération : les progrès des méthodes de génétique moléculaire ; les connaissances acquises sur les précédents coronavirus ; les travaux préparatoires déjà engagés sur de nouvelles façons de faire des vaccins ; l’argent public coulant à flots ; l’engagement des participants aux essais cliniques ; la disposition des agences de régulation à bien évaluer, mais vite ; les équipes fournies de chercheurs et techniciens, du secteur public comme du secteur privé ; le nombre inhabituellement élevé d’entreprises engagées dans le développement de vaccins ; enfin, une grande volonté collective.

. Variants : les feintes du virus…A chacune des innombrables réplications du coronavirus au sein des cellules humaines infectées, le génome du virus est traduit, puis synthétisé et utilisé pour la génération de nouvelles particules virales.

. Les défis du déploiement mondial de la vaccination…Au niveau mondial, trois caractéristiques propres à cette vaccination contre le SARS-CoV-2 dominaient : la mise à disposition progressive et en ordre dispersé de vaccins de différents types ; une feuille de route pour la priorisation de la vaccination mettant en avant, notamment, les personnes âgées ou à la santé fragilisée ; un esprit de justice distributive, largement affiché, mais aussi entamé par de fortes tensions géopolitiques…

3ème partie BATIR UN MONDE PLUS RESILIENT FACE A UN RISQUE PERMANENT Ch. 6 Evaluer les causes et les conséquences de la crise . Tristes anniversaires En deux temps trois mouvements, cette pandémie est devenue l’événement qui aura dominé l’année 2020.

. Un lourd bilan sanitaire, économique et social Aux conséquences sanitaires s’est ajouté un impact économique et social massif, dont les effets majeurs sont des faillites, des dettes, des arrêts d’activité, du chômage et le rejet de dizaines de millions de pesonnes dans la pauvreté.

. Regarder nos erreurs en face (France) : une planification stratégique n’ayant pas été mise à jour depuis près de dix ans ; l’absence d’exercice récent sur ce thème, qui aurait permis de réunir et de souder les équipes interministérielles destinées à gérer la crise, en s’entraînant notamment à bien préparer et articuler les expertises sur l’évaluation du risque, et la communication sur le risque et sa gestion ; la pénurie de masques, interdisant de réduire le risque, notamment pour les soignants, et fragilisant la confiance en la communication des pouvoirs publics.

. L’évaluation indépendante de la crise Ces commissions d’enquête, d’évaluation, de revue ou d’examen affichent en général deux intentions : celle d’évaluer de façon indépendante ; celle de ne pas se positionner, comme le fait un tribunal, en recherche de responsabilité.

Ch. 7 Sortir du désordre et rebâtir nos systèmes de préparation aux grands risques sanitaires Envisager le monde d’après…implique de se pencher sur les scénarios d’évolution possible de l’épidémie, sur les leçons que l’on aura su tirer du phénomène pandémique, et sur les conséquences qui en résulteront.

. La fin de la pandémie . A quelle date ? Les épidémiologistes sont à la peine, car les hypothèses et les paramètres sont nombreux lorsque la question porte sur un horizon éloigné dans le temps et dont la portée est vaste puisque d’ampleur mondiale.

. Et sous quelle forme ? Pas de cessez-le-feu, ni d’armistice avec les épidémies !…Sauf à mettre au point un vaccin universel efficace contre de nombreuses, sinon toutes les formes de coronavirus, cette évolutivité génétique pourrait imposer une vaccination itérative avec un vaccin adapté au nouveau variant émergent, si celui-ci menaçait d’une évolution épidémique.

. Coordonner nos efforts à l’échelle mondiale, européenne et française . Les premières analyses menées par l’OMS Messages clés : le constat d’une insuffisante préparation du monde au risque pandémique et des moyens limités mis à la disposition de l’OMS ; la suggestion que la digitalisation de l’information serve à améliorer le système d’alerte pandémique ; la nécessité que l’accès mondial aux vaccins ne soit pas handicapé par d’étroits intérêts nationaux ou économiques ; et l’espoir que la pandémie de Covid 19 serve de leçon pour catalyser une réelle prise de conscience vis-à-vis du risque pandémique.

. La coopération sanitaire européenne ranimée…Il fallut attendre le 11 février 2021 pour que soit créée la Health Emergency Preparedness and Response Authority (HERA).

. La France au défi de la préparation au risque pandémique…Le défaut d’anticipation, de préparation et de gestion fut manifeste. Notre pays était mal préparé et mal équipé face à une telle pandémie…La planification stratégique, le développement et la disponibilité des moyens d’action, la gestion de crise et la coordination de la recherche clinique étaient les faiblesses les plus critiques.

.Quelques préconisations à l’échelle nationale Dans le monde entier, les chercheurs déplorent que leur travail de recherche soit handicapé par la lourdeur croissante des tâches administratives. En France, cette lourdeur est aggravée de façon massive par la complexité institutionnelle, qui s’est installée au fil des décennies.

. Et des écueils à connaître pour ne pas s’y échouer A ce jour, trois pièges sont identifiables : l’oubli, qui fut à l’œuvre au décours de la pandémie grippale due au virus H1N1 en 2009 ; le détournement idéologique ; et la compétition internationale qui, appuyée sur le nationalisme, met en péril la lutte contre des agents infectieux, qui ne connaissent pas les frontières.

Si l’accès aux vaccins contre SARS-C est d’une inégalité criante entre les pays développés et les pays à faible revenu, il sera difficile de plaider plus tard pour que ces pays démunis se dotent des capacités d’épidémiologie et des laboratoires de biologie permettant de mettre en place, pour le bien du monde entier, un système d’alerte sanitaire plus performant.

Conclusion Seul l’esprit d’anticipation et de préparation, appuyé sur le développement des sciences, des techniques et des nouvelles organisations, pouvait permettre d’atténuer cette brutalité et d’adoucir l’impact de l’événement.

En ce début avril 2021, le mot conclusion est sans doute prématuré, s’il n’est pas déplacé.

 

 

 

Le désert des couleurs d'Aurélie Wellenstein - Scrineo

Coup de cœur de notre ancienne collègue Élodie, qui travaille à la librairie de fil en page:

Depuis des siècles, le monde est recouvert d’un immense désert multicolore qui vole les souvenirs de quiconque s’y aventure. Réfugiés au cœur d’un ancien volcan, les hommes sont menacés par la progression des dunes et envoient deux des leurs en quête d’un paradis légendaire. Kabalrai accompagne sa demi-sœur, chargé de veiller sur ses souvenirs et de les recueillir quand le désert les lui arrachera, dépositaire de ses souvenirs, de ses joies comme de ses plus sombres secrets.

Une aventure qui les conduit à dépasser leurs limites aussi bien dans leur lutte contre les éléments que dans celle, plus retorse, contre l’amnésie: qu’est-ce qui constitue notre identité et que sommes-nous sans nos souvenirs?

Apocalypse cognitive de Gérald Bronner - Puf

Apocalypse cognitive Émetteur du verbatim: François C.

La situation inédite dont nous sommes les témoins est donc celle de la rencontre de notre cerveau ancestral avec la concurrence généralisée des objets de contemplation mentale, associée à une libération inconnue jusqu’alors du temps de cerveau disponible… Ce temps de cerveau libéré, qu’allons-nous en faire?

Première partie: LE PLUS PRÉCIEUX DE TOUS LES TRÉSORS

. Les êtres humains libérés

Aujourd’hui, en France, le temps de travail représente 11% du temps éveillé sur toute une vie alors qu’il représentait 48% de ce temps en 1800!

Chaque Français bénéficierait ainsi de l’équivalent de près de quatre cents esclaves énergétiques tandis qu’en moyenne, chaque humain aurait l’équivalent de deux cents de ces esclaves à son service!

. Une autre histoire de l’humanité

Homo sapiens, i.e. l’être humain tel que nous le connaissons aujourd’hui, est apparu il y a environ 300 000 ans.

Au cours des trois derniers siècles, toutes les étapes ont été franchies qui ont conduit l’humanité du stade de la soumission à son environnement à celui de la domination.

. 11 mai 1997

L’attention pour cette revanche entre Kasparov et Deep Blue fut mondiale… La bataille s’acheva sur la défaite historique du champion des humains contre celui des machines.

. La guerre éclair des ordinateurs

(loi de Moore) En raison du caractère géométrique du développement de cette technologie, nous avons du mal à anticiper mentalement l’étendue de son arborescence. Une chose est certaine: elle prolonge le grand mouvement d’externalisation de tous nos gestes par les machines entamé par la première révolution industrielle.

. Externalisation

Ce ne sont d’ailleurs pas tant des métiers qui vont disparaître qu’un type de tâches exécutées par les humains. Quelles sont-elles? Endurance, précision, mémoire, gestion de ressources financières, maintenance des technologies, lecture, calcul, contrôle qualité, coordination, monitoring, etc. En somme, toutes les tâches qui ont un caractère répétitif et peuvent être algorithmisées.

Les intelligences artificielles sont des prothèses pour l’humanité, des prothèses essentielles compte tenu des handicaps physiques et cognitifs qui caractérisent notre espèce, mais pas beaucoup plus.

. Un trésor inestimable

Il y a de plus en plus de temps de cerveau disponible… il représente environ cinq heures quotidiennes.

Les sociétés modernes sont caractérisées par une augmentation géométrique du temps de cerveau disponible.

. Jusqu’ici, tout va bien

Entre 1881 et aujourd’hui, l’espérance de scolarisation a plus que doublé, passant de huit ans à plus de dix-huit ans de nos jours.

. A dormir debout

Les Français adultes dorment désormais 6 h 42 par nuit les jours de semaine, soit moins que les 7 heures préconisées pour une bonne récupération.

Les perturbations du sommeil entraînent celles des capacités d’apprentissage et d’une façon générale de nos compétences et de nos potentialités intellectuelles dans notre vie de tous les jours.

L’omniprésence des équipements de loisirs: télévision, tablette, smartphone, ordinateur, sollicite de façon de plus en plus envahissante et addictive notre temps de cerveau disponible, et en particulier celui des adolescents.

L’empire de ces sollicitations cognitives s’est progressivement étendu, au point qu’on a créé un néologisme pour désigner cette peur de rater quelque chose : la Fomo (fear of missing out).

. Lorsque tu regardes ton écran, ton écran te regarde

Les écrans… sont devenus des monstres attentionnels. Ils dévorent notre temps de cerveau disponible plus que n’importe quel autre objet présent dans notre univers.

La citadelle de notre disponibilité mentale est donc poreuse, elle fuit même de toute part.

Ces limites de notre cerveau permettent d’évaluer la valeur de ce trésor si précieux pour l’humanité mais aussi la façon dont nous risquons d’en user… Allons-nous… flamber ce capital attentionnel au casino de l’attention?

Deuxième partie : TANT DE CERVEAUX DISPONIBLES!

. Un « effet cocktail » mondial

Depuis 2013, la masse d’informations disponibles double tous les deux ans… Autre proportion frappante: 90% des informations disponibles dans le monde ont été rédigées dans les deux dernières années.

. Cacher ce sein…

Entre toutes les informations capables de capturer notre attention dans le brouhaha informationnel qu’est devenu notre monde contemporain, la sexualité est une très bonne candidate.

Ces vidéos pornographiques sont celles qui sont le plus consommées sur Internet. On dénombre des dizaines de milliers de sites qui diffusent massivement ce type de films. Plus d’un tiers de vidéos regardées chaque jour sont des produits pornographiques.

. La peur au ventre

L’information qui prétend nous alerter d’un danger nous attire irrésistiblement. Or, celle-ci est produite en quantité industrielle dans le monde contemporain.

Les arguments de la peur sont beaucup plus aisés à produire et rapides à diffuser que ceux qui permettent de renouer les fils d’une confiance si nécessaire à la vie démocratique.

Cette cacophonie cognitive nous fait prendre encore un autre risque : celui de la paralysie de l’action… La peur s’est donc emparée d’une partie de ce précieux trésor qu’est notre disponibilité mentale. Elle nous tient au ventre et plonge notre esprit dans des ensembles de données partielles et trompeuses qui font de nous des hypocondriaques permanents et nous font regarder vers l’avenir avec, comme seul horizon parfois, la terreur et la crainte d’une fin du monde prochaine.

. La lutte des clashs

Les coalitions sociales et les mécanismes affiliatifs sont profondément inscrits dans notre nature.

De même que le sexe et la peur, la colère sera donc un bon support émotionnel pour conférer une certaine vitalité à un produit cognitif.

(Anonymat) Un sondage réalisé aux USA indique qu’un quart des internautes intervient sur des forums ou sur les réseaux sociaux sous une fausse identité.

L’indignation est un feu et les réseaux sociaux sont comme de l’essence.

L’hyper-conséquentialisme nous met en examen de façon permanente.

Cette sensibilité exacerbée du marché cognitif à la conflictualité crée des attitudes opportunistes, i.e. une tentation pour certains acteurs de jouer de la culture du conflit pour se faire remarquer.

Cette lutte des clashs est donc surtout celle des rendez-vous manqués. De longs moments de vide, mais qui offrent l’avantage, pour chacun des protagonistes, de raconter sa propre histoire.

Dans les espaces sociaux que sont les forums, la demande de conflictualité peut devenir hyperbolique par accoutumance, conduire ainsi à une perte de sens moral ordinaire, accentuant l’intensité des agressions numériques.

. Self sévices

Le destin d’un grand nombre de lieux de la planète a été modifié parce que le paysage qu’ils offrent est devenu viral sur les réseaux sociaux.

Il y a dans notre nature profonde une disposition à la compétition généralisée pour attirer l’attention de nos congénères… Notre niveau de satisfaction est donc directement dépendant de processus de comparaison ininterrompue dans notre vie sociale.

La passion pour la micro-notoriété s’est répandue le long des canaux des réseaux sociaux et, avec elle, son cortège de frustrations.

Révélation

59% des personnes qui partagent des articles sur les réseaux sociaux n’ont lu que les titres et rien de leurs contenus.

Le monde contemporain, tel qu’il se dévoile par la dérégulation du marché cognitif, offre une révélation fondamentale -i.e. une apocalypsis- pour comprendre notre situation et ce qu’il risque de nous arriver.

Cette appétence, dont nous avons vu certains des aspects les plus saillants: sexualité, conflictualité, peur, incomplétude cognitive, informations égocentrées, est comme du sucre pour notre cerveau.

Prendre ou ne pas prendre conscience que l’utilisation de notre trésor attentionnel est la question la plus politique et la plus déterminante qui soit.

Éditorialiser le monde

Editorialiser le monde, i.e. focaliser son attention sur tel élément du réel plutôt que tel autre, proposer un ordre d’importance entre ces éléments: lier ces éléments en leur donnant un sens narratif et éventuellement les interpréter en fonction de la catégorie du bien et du mal, est une dimension incontournable de tout discours sur le monde.

Le fait est que les médias conventionnels ont développé massivement une culture du clic pour survivre… On constate que le marché cognitif est animé par des effets de concentration d’attention brefs, soudains et gigantesques.

La vérité ne se défend pas toute seule

La crédulité propose une éditorialisation du monde permettant de relier les faits par des récits favorisant les pentes intuitives et parfois douteuses de notre esprit… le faux se diffuse plus vite, plus largement et plus profondément que le vrai.

L’affirmation envahissante de la crédulité parachève l’apocalypse cognitive que nous connaissons et qui est, encore une fois, la révélation simple et fondamentale de ce que nous sommes et que nous avons souvent cherché à nier.

Troisième partie: L’AVENIR NE DURE PAS SI LONGTEMPS

Prendre ses désirs pour des réalités est compréhensible, il s’agit précisément d’un invariant cognitif de l’espèce mais cela ne nous protège que provisoirement de la sanction du réel.

. Le goût des nôtres

L’offre télévisuelle a ainsi longtemps été drastiquement régulée. Dès lors que la pression étatique s’est relâchée, on a observé ce que l’on observe toujours: un dévoilement de nos appétits les plus immédiats.

Partout, l’éditorialisation de l’information est contaminée par l’anticipation de la demande dès lors que la pression concurrentielle augmente: moins de traitement de fond, plus de divertissements, mise en scène de conflit de personnalités avec la convocation d’éditorialistes aux positions tranchées et opposées.

La peopolisation du monde politique constitue bien l’une des facettes de l’apocalypse cognitive.

Ce qui impose un produit cognitif… ce n’est pas la qualité de son contenu, c’est qu’il réponde à un certain nombre d’attentes constantes et immédiates de notre esprit… Ce n’est pas la qualité de l’information qui lui assure une bonne diffusion mais plutôt la satisfaction cognitive qu’elle procure.

. L’homme dénaturé

La sphère économique s’est emparée des biens culturels pour en faire des produits de marché.

L’idée selon laquelle la concentration capitalistique qui caractérise le milieu médiatique serait la preuve de la subordination des journalistes à ceux qui possèdent les entreprises dans lesquelles ils travaillent est séduisante, mais faible.

. Le prix à payer

Cette sanction du réel, toutes les utopies en ont fait les frais.

Les échecs de ces utopies concrètes sont très nombreux et lorsqu’on examine sereinement les arguments de ceux qui les ont vécues, ils se ressemblent toujours.

. Mensonge privé, vérité publique

Les individus sont souvent des acteurs stratégiques qui tentent de concilier leurs intérêts matériels et symboliques. Ils affichent parfois dans le discours une vertu qu’ils malmènent au jour le jour…pour le dire plus crûment : en France, les gens affirment adorer Arte mais regardent TF1.

. Les néo-populismes

La démagogie cognitive est le processus intellectuel idéal pour conduire un individu de la frustration au populisme.

L’idée est de se servir des réseaux sociaux pour parler directement au « peuple » et enjamber les intermédiaires traditionnels qu’étaient les partis, les syndicats ou encore les médias… Cette volonté de faire disparaître les intermédiaires et la régulation donne sa toute-puissance à la démagogie cognitive.

. La bataille des récits

De la nature des récits qui s’imposeront à nos esprits dépendra la façon dont nous userons du plus précieux de tous les trésors, notre temps de cerveau disponible.

Conclusion: LA LUTTE FINALE

En fluidifiant les relations entre l’offre et la demande, la dérégulation du marché cognitif nous abandonne à des boucles addictives profondément enracinées dans notre nature. Et nous ne sommes peut-être qu’au début du processus.

Devrons-nous nous satisfaire de ce que le temps de cerveau libéré par l’externalisation des tâches algorithmiques soit préempté par les plaisirs offerts d’un monde alternatif et chimérique?

La situation d’apocalypse cognitive correspond logiquement au moment où les systèmes sociaux les plus libres promeuvent la désintermédiation sociale.. Ce faisant, elle voit se reporter par un simple effet de transition les carences individuelles au niveau collectif. La tentation du court-termisme, par exemple, qui pèse si bien sur notre cerveau, peut facilement devenir une caractéristique de la décision collective. Plus symptomatique encore est l’aveuglement fréquent aux conséquences secondaires de nos actions.

Seules les institutions qui savent capitaliser sur leurs erreurs parviennent à survivre et à progresser. C’est vrai aussi pour les entreprises, puisque celles qui se montrent obnubilées par leurs résultats trimestriels connaissent un taux de croissance à long terme beaucoup plus faible que celles qui ont des stratégies de plus long terme.

Nous sommes cependant la seule espèce à être capable de penser notre destin avec une telle profondeur temporelle, la seule à pouvoir prendre en compte les conséquences primaires et secondaires de nos actions. Il nous reste seulement à réaliser toute notre potentialité.

*

L'île de tous les vices de Jean-Gabriel Fredet - Albin Michel

L'île de tous les vices ; sexe, pouvoir et impunité ; révélations sur l'affaire EpsteinÉmetteur du verbatim: François C.

Epstein est l’archétype glaçant du prédateur des temps modernes : un homme, des appuis, un réseau.

Dans le grand branle-bas libéral-libertaire de la fin du XXème siècle, nous découvrons une Amérique duale: entreprenante, dynamique, mais aussi élitiste, prédatrice, travaillée par des passions mauvaises qui vont bientôt faire le lit d’une ploutocratie sans foi ni loi.

Chapitre 1 L’île du diable

Sur Little Saint James (confetti des îles Vierges américaines acheté par Jeffrey Epstein en 1998), le sexe est partout.

Qu’ils soient financiers, scientifiques, politiques, grands patrons ou avocats, l’île aux nymphettes n’accueille que des hommes d’influence.

C’est plutôt la version hard du jardin d’Eden, doté, derrière les apparences BCBG et le vernis des jeux érotiques, d’un gigantesque lupanar avec pornographie soft ou hard selon les moments.

Après un séjour sur Saint Jeff, l’invité devient complice, débiteur du maître des lieux. Chacun «doit» quelque chose à cet homme charmant, prévenant, qui a su flatter son vice caché et en conserve une trace.

Chapitre 2 Trente ans d’impunité

Comment ce prédateur a-t-il pu monter et organiser pendant trente ans un trafic sexuel quasi industriel de jeunes femmes, sans être jamais sérieusement inquiété par la justice?

L’ascension et la chute de Jeffrey Epstein racontent la fin d’une utopie, celle de l’Amérique que nous fantasmions : ouverte, généreuse, bienveillante, à l’écoute des victimes. Justice à deux vitesses et triomphe de l’argent, violence des rapports humains, puritanisme de façade mais laisser-faire pour les criminels sexuels, mécénat en sautoir mais obligation de retour sur investissement quand bien même il est philanthropique, presse paresseuse ou indifférente, dévoiement des élites, persuadées d’être au-dessus des lois et ne respectant que la leur : c’est à la lumière de cette nouvelle donne que se lit le scandale XXL.

Chapitre 3 Un suicide…assisté?

A 7 h 36, ce 10 août 2019, le financier Jeffrey Epstein (66 ans), accusé de trafic sexuel et de viols sur mineures et incarcéré dans un centre fédéral de haute sécurité, est déclaré mort.

Le scénario du meurtre suppose des complicités et des collusions au plus haut niveau. Entre le personnel de la prison et le milieu du crime. Entre le milieu et le monde politico-financier. Une double alliance dont la révélation pourrait ébranler les bases de la société.

Chapitre 4 Crimes sans châtiment

Deux poids, deux mesures. Quatre ans : c’est la durée de l’instruction des crimes sexuels imputés à Jeffrey Epstein entre 2003 et 2005. Soixante-huit minutes: c’est le temps qu’il a fallu au tribunal de Palm Beach pour débouter la trentaine d’adolescentes, la plupart mineures au moment des faits, séduites puis violées, brutalisées, parfois esclavagisées, et les renvoyer à une détresse superbement ignorée par la justice.

C’est oublier aussi la philosophie sous-jacente, dans un pays où l’argent est roi. Pas de délit, pas de crime même, que l’argent ne puisse finalement étouffer, voire effacer. Le pretium doloris, le prix de la douleur, la réparation financière sont évalués et calculés au trébuchet des actions et des demandes reconventionnelles.

Influencer, dissuader, déstabiliser : de ce point de vue, la défense mise sur pied par le prédateur aux poches profondes est un modèle… Avec Epstein, rarement instruction aura donné lieu à autant de coups bas, coups tordus, coups fourrés.

Selon Kessler, ces sextapes montrent les ébats de « quelques-unes des personnalités les plus riches et les plus puissantes du monde », avec parfois des viols. S’il dit vrai, ces documents peuvent donner une des clés de la fortune d’Epstein : un chantage à grande échelle sur des V.I.P. des affaires, de la science, de la politique et même d’une cour royale.

Chapitre 5 Un p’tit gars de Brooklyn

Qui est-il? Sans aucun doute un criminel sexuel, trafiquant de chair humaine au goût prononcé pour les filles à peine pubères. Un sociopathe, dénué de tout sentiment de culpabilité, indifférent aux autres, aux normes sociales comme aux normes culturelles. Mais en même temps, enfoui sous les (multiples) marottes d’un jouisseur compulsif, un austère, un spartiate.

Dans une époque de libéralisme extrême, darwinienne, où la loi du plus fort -présumé le meilleur parce que devenu le plus riche- s’impose, Epstein le libertaire, renard dans un poulailler, vit comme il l’entend, fait ce qui lui plaît et ne rend de comptes à personne… l’homme s’est installé dans une marginalité de luxe.

Jeffrey Epstein est un homme de son temps. Gonflés à la testostérone d’un culot sans bornes, ses succès racontent la financiarisation de l’Amérique et l’irrésistible ascension de la ploutocratie.

Chapitre 6 High society

Observer, influencer, racketter : le schéma de la conquête reste immuable.

Riche, doté d’un incroyable réseau d’amis, d’obligés ou de relations d’affaires, Epstein va devenir, pendant les deux décennies suivantes, une figure de cette élite new-yorkaise qui ne croit qu’à ses propres valeurs et ne respecte que ses propres règles.

Une lecture attentive des noms du carnet noir permet de distinguer trois catégories: les personnes d’influence, à séduire et à choyer ; les vieux complices, et, famille à part, les personnalités scientifiques, dont la proximité doit conférer à Epstein respectabilité et légitimité.

En l’espace de trois décennies, la « nation indispensable » dont parlait Madeleine Albright a basculé dans une ploutocratie où les déviances sexuelles n’ont plus rien à voir avec la « luxure » mise en scène par Hugh Hefner, le fondateur de Playboy… La pornographie n’est plus représentée : elle se vit en direct.

Chapitre 7 Le mécène introuvable

On connaît le prédateur. On oublie l’illusionniste. Comment, sans aucune formation, a-t-il pu tromper des sommités scientifiques, détourner leurs recherches au profit de ses lubies personnelles et abuser Harvard, l’université la plus célèbre du monde?

Mensonge, usurpation, imposture, comment expliquer cette triple violation des règles d’une des plus prestigieuses institutions des Etats-Unis?

Du côté des bénéficiaires, comme du côté du « donateur », le scandale Epstein projette une ombre sur le fonctionnement d’institutions et de procédures réputées exemplaires.

Passager clandestin de l’Ivy League, voyageur sans bagage du monde de la science, faux savant des sciences cognitives mais vrai faussaire et virtuose du contournement, Epstein n’a jamais cessé de cultiver des vies parallèles.

Chapitre 8 Le grand chantage

L’origine de son implication active dans la cause d’Israël est confuse. On sait seulement que c’est Shimon Peres qui a présenté Epstein à Ehud Barak au début des années 1980. Bonne recrue. Goût du secret, opérant toujours à la limite de la légalité, l’ami américain a tout pour devenir compagnon de route, supplétif puis auxiliaire actif du renseignement, une communauté brassant intérêts publics et privés, idéal et trafic d’influence, ventes d’armes et règlements de comptes.

Marginal, audacieux au-delà de tout, funambule de l’extrême, habité de ce sentiment d’invulnérabilité que confèrent de puissants protecteurs, l’homme a toutes les qualités d’un agent double ou triple.

Chapitre 9 Lady Ghislaine

Pendant plus de quinze ans, la fille du propriétaire du Mirror et du New York Daily News, passée de girlfriend à exécutrice des basses œuvres, a partagé la vie, les dérives, les chantages, les secrets du prédateur. Son mauvais génie? Peut-être en partie. Gardienne en tout cas des secrets d’un des pires scandales que l’Amérique ait connus.

Ghislaine ou l’amour fou, compulsif, addictif, autorisant tous les excès, toutes les débauches? ou seulement surintendante des plaisirs? Probablement les deux, au moins au début… Cumulant les rôles de rabatteuse, d’instructrice et de dresseuse des recrues, elle aurait été la pierre angulaire du système organisé sur deux continents.

Chapitre 10 Duo infernal

Leslie Wexner et Jean-Luc Brunel sont, chacun à leur façon, associés à ce qui fera la sinistre réputation de leur ami avant de signer sa perte… L’un et l’autre sont des subversifs, on dit aujourd’hui des «disrupteurs». Ils comprennent avant les autres. Et, captant les courants, savent les chevaucher, quitte à casser les codes. Avec l’obsession de devenir riches.

Entre en scène Jean-Luc Brunel, le sulfureux agent de mannequins… Sexe, drogue, fric et rock’n’roll: le business devient «un repaire de maquereaux et de prostituées».

Une machine bien huilée, capable de repérer, transférer, «distribuer» des adolescentes vers les Etats-Unis, sans éveiller les soupçons des autorités.

Chapitre 11 Expédition africaine

C’est tout le paradoxe de ce voyage en Afrique avec Bill Clinton: ni sexe ni orgie. Pourtant, sa large médiatisation servira de révélateur, non seulement des penchants d’Epstein, mais aussi du «deep state apparatus» - cet appareil d’Etat «profond» auquel appartient Clinton – qui prône une morale dont il lui arrive de s’affranchir allègrement.

Cette vision noire d’une haute société débauchée trouve d’autant plus d’échos que plusieurs responsables démocrates figuraient dans le petit carnet noir. Tous pouvaient donc avoir intérêt à son silence. L’accusation renforce l’idée d’un establishment corrompu, convaincu de pouvoir s’adonner à ses vices en toute impunité.

Chapitre 12 A terrific guy

Dans une caste qui ignore la division entre démocrates et républicains, se croit supérieure, pratique l’entre-soi, s’adonne impunément à ses vices secrets et cultive la défense de ses pairs, un autre satrape, Donald Trump, figure en bonne place.

La liste des «contacts sexuels non désirés» et des «comportements inappropriés» est longue comme un jour sans pain. Soixante-dix femmes, pas moins, l’accusent de les avoir tripotées, agressées, et parfois violées, selon l’enquête «Les femmes du président et la fabrication d’un prédateur», des journalistes américaines Barry Levine et Monique El-Faizy.

Puérile, sordide, obscène, cette macabre comptabilité? Sauf qu’elle témoigne de la capacité de nuisance d’Epstein, plus dangereux encore mort que vivant. Le spectre du prédateur, adulé puis redouté par la haute société américaine, hante le pays, menaçant notamment la réputation de deux de ses présidents.

Chapitre 13 Andrew, prince déchu

Son «trophée», Son Altesse Royale le prince Andrew Albert Christian Edward, duc d’York, deuxième fils de la reine Elizabeth II, est à terre. Face aux caméras de la BBC, finies, les parties fines et l’amitié partagées: le troisième personnage dans l’ordre de succession au trône britannique a l’air d’un lapin pris dans les phares d’une voiture… En novembre 2019, à 59 ans, Andrew, père de deux filles de 31 et 29 ans, est carbonisé. Premier membre de la famille royale à subir un tel déshonneur, il est formellement déchargé de toute fonction officielle.

Il sera protégé par la reine Elizabeth II pendant neuf ans, jusqu’au 16 novembre 2019 où il sera finalement dénoncé pour sa vie dissolue, ses liens avec des potentats étrangers peu recommandables et, surtout, son amitié avec un milliardaire américain dépravé et expert en trafic d’influence…Sa chute finale ? Il ne la devra qu’à lui-même. A sa volonté de « laver son honneur » face à l’acharnement de Virginia Roberts Giuffre et aux convocations de la justice américaine, actionnée par le FBI.

Chapitre 14 La poursuite impitoyable

Le message d’Edwards, l’avocat des premières victimes, aux défenseurs du prédateur est clair : la guerre sera totale. Ni compromis, ni armistice.

Avocats d’Epstein trop sûrs d’eux, victimes regroupées en associations et décidées à aller jusqu’au bout, opinion mobilisée par le mouvement MeToo: à sa façon, chacun des acteurs du drame va obliger finalement le FBI, l’agence de police judiciaire à l’échelon fédéral, à arrêter Epstein. Et à le déférer devant le tribunal de New York, en juillet 2019.

En s’imposant à lui-même la peine capitale, Epstein va finalement échapper à la justice, et emporter ses secrets… dans la tombe?

Saurons-nous un jour ce qui lui est arrivé? Comme un soleil noir, son fantôme continue à planer sur cette Amérique duale, écartelée entre son aspiration à la sagesse et à la décence et sa propension au chaos, au drame et à la violence.

 

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Sur la route des hommes sans nom de Bernard-Henri Lévy - Grasset

Sur la route des hommes sans nomÉmetteur du verbatim: François C.

L’entreprise qui consiste à aller saisir, à leur pointe de flamme, les guerres quand elles sont confuses, les souffrances quand elles sont impardonnables et les fugitifs détails témoignant d’un destin promis à l’insignifiance…

CE QUE JE CROIS

Ch. 1. Qu’est-ce que c’est, dégueulasse?

J’ai eu la chance, en effet, de naître d’un père deux fois héroïque.

Je n’aurais rien fait de cela si je n’avais eu, vivant au-dedans de moi, ce sentiment, ce point de lumière, cette conscience intime et transcendantale, ce réflexe dont je viens d’esquisser la généalogie.

Mais avec une dose d’espérance, une nostalgie de la fraternité et une foi dans la capacité des hommes, sinon à changer le monde, du moins à l’empêcher de se défaire, qui me viennent de cette intime et ancienne alchimie.

Ch. 2. S’il n’en reste qu’un

Je pense au cosmopolitisme -mais à condition d’inclure dans le « cosmos » les bannis de la « polis », ses étrangers, ses laissés-pour-compte, les incomptés, les infréquentables et infréquentés, les hors enceinte sacrée de la ville et, depuis qu’elle a supplanté la ville, de la nation et de l’Etat.

J’observe que la plus injuste des injustices, la mère de toutes les autres, c’est, plus que jamais, la contingence d’une naissance sous une latitude plutôt que sous une autre, dans un lieu clément de la planète plutôt que dans une de ses zones de malédiction.

Ch. 3. L’art de la fugue

(voyages) C’est la circonstance, par excellence, où l’on se déprend de soi, où l’on s’allège de son importance et où l’on a une chance, une petite chance, de s’étrangéiser et de devenir un peu un autre.

C’est cette puissance du voyage comme art du décentrement de soi, du déclassement et de la transformation du monde en un espace offert, non seulement au travail de la pensée, mais aux gestes et aux actes du corps.

Ch. 4. Autoportrait de l’aventurier

Je ne suis pas journaliste puisque mon parti pris est inverse et que je ne pars jamais en reportage sans avoir la ferme intention d’intervenir dans ce que je verrai et de toucher à ce que je montrerai.

Mais je suis assez juif pour savoir que, même si le cœur des rois est entre les mains de Dieu, l’homme est dit associé dans l’œuvre de la Création et que cette dimension de participation fait qu’un Juif ne se sent jamais délesté du monde, mais au contraire, investi de lui.

Ch. 5. La mort, comme le soleil ?

Je sais, oui, qu’il arrive que la Bête déclare la guerre à l’Esprit, la barbarie à la beauté du monde, et il n’y a pas d’autre choix, alors, que de relever le défi et, de toutes ses forces, d’arracher leur couronne aux Héliogabale à front bas.

Je vois dans cette répudiation du courage un mépris des vies minuscules, les vraies, celles qui sont trop petites pour avoir une histoire, une archive, un visage sur nos écrans de smartphone ou une place dans un roman de Louis Guilloux.

Et puis je crois enfin qu’une vie n’est une vie et ne fait de nous des humains accomplis que si elle est un peu plus que la vie et s’ordonne à une idée, un idéal, un principe, des valeurs qui la transcendent et la hissent au-dessus de soi.

J’ai aussi trouvé, il y a cinquante ans, il y a vingt ans, il y a cent jours, peu importe, de belles histoires de résistance, de lutte, de bonté, d’abnégation, dont je ne me suis pas remis non plus et d’internationalisme.

CE QUE J’AI VU

Ch. 1. SOS Chrétiens, au Nigeria

Les Fulanis, c’est la sauvagerie de Boko Haram étendue à tous les mécréants -chrétiens et musulmans- du Nigeria et au-delà, du Tchad, du Niger et du Cameroun…

Et ce rêve d’un Etat islamique ressuscité sur les cadavres des animistes, des chrétiens et des musulmans qui résistent à la radicalisation a fait des émules jusqu’ici.

Ch. 2. Justice pour les Kurdes!

Ces guerrières sont mariées avec le Rojava comme des moniales avec le Christ. Ni séduction ni passion : le puritanisme laïque d’un peuple d’Antigones qui veille sur ses 11 000 morts de la guerre contre Daech et, désormais, contre Erdogan.

Et ce mélange d’horizontalité et de génie spartiate, d’esprit libertaire et de discipline révolutionnaire, de communalisme écologique et d’internationalisme, c’est, insiste-t-elle, le pilier du Rojava et l’âme de sa résistance.

La nation kurde a payé trop cher son endurance et son rêve invaincu d’un Kurdistan indépendant, libre et sans frontières. Rendons-lui justice. Il est temps.

Ch. 3. Dans les tranchées de la guerre en Ukraine

(Marioupol) Eh bien les séparatistes, faute de la soumettre, l’ont mise sous blocus et sont en train de l’asphyxier.

Et, quant à nous, Occidentaux insoucieux, cette guerre oubliée d’Ukraine, sa tragédie au goutte-à-goutte et, de ce côté-ci des 500 kilomètres du front, ces braves qui, deux heures avant minuit, continuent de monter la garde, devraient être notre remords.

Ch. 4. Fin du monde à Mogadiscio

La ville, cannibale, mangeuse de morts et de vivants, est rendue, comme si de rien n’était, à son halètement comateux.

Et j’arrive au bout de cette enquête avec le sentiment que c’est l’ordre chebab qui, après vingt ans d’une guerre inutile, règne toujours sur la Somalie.

Ch. 5. Les damnés du Bangladesh

Leçon de courage de ces Rohingyas qui ont tout perdu, fors leur dignité. Mais leçon d’humanité des Bengalais qui n’ont rien mais trouvent la force de le partager, ce rien, avec les 900 000 hôtes de ce purgatoire de vivants.

S’il y a bien un endroit au monde où menace la catastrophe climatique, c’est ici. Le Bangladesh est un pays delta. C’est une terre aux sept cents rivières dont certaines sont nées, comme le Gange et le Brahmapoutre, dans tout le sous-continent et se sont donné rendez-vous ici, comme pour mieux se jeter dans le golfe du Bengale.

Et puis ce valeureux Bangladesh, qui est en première ligne de la bataille planétaire contre l’islamisme, la pauvreté, le chaos migratoire et les cataclysmes écologiques, a, comme si cela ne suffisait pas, une dernière guerre à livrer -sanitaire. Il est, depuis toujours, une terre de fièvres, diarrhées, maladies respiratoires et cutanées, causées par la destruction de l’air et des sols.

Ch. 6. Retour à Lesbos

L’une des îles grecques les plus belles, les plus chargées d’histoire et de légende -et, aujourd’hui, capitale européenne de la douleur.

A l’heure où le reste de l’Europe fait assaut d’hygiénisme, Moria est ce lieu d’infection, de corruption, de fétidité. Anus mundi.

Et c’est que, malgré le dénuement, malgré la peur, malgré le sentiment d’être abandonnés des dieux, des Grecs et du monde, malgré les graffitis si tristes où l’on peut lire « nous ne sommes pas des animaux » ou « Europe, pourquoi nous as-tu abandonnés ? », il reste, entre ces frères humains que rien ni personne n’est parvenu à déshumaniser, les gestes de solidarité qui font que la vie continue.

Ch. 7. Une embuscade en Libye

J’ai vu des villes martyres en Libye.

Je n’ai même vu que cela, à l’époque de cette guerre de libération dans laquelle j’ai placé tant d’espoir et où chaque jour, ou presque, amenait la découverte d’un charnier insoupçonné.

La Libye est à la croisée de ses chemins. Nous aussi. Mais prenons-y garde. C’est ici, sur ces rivages, que se joue, pour partie, le futur de la Méditerranée et de l’Europe.

Ch. 8. En Afghanistan, avec le dernier des Massoud

Massoud le Second serait-il un nouveau Cavalier décidé à mettre en échec des seigneurs de la guerre qui ne sont plus, face au péril taliban, que les épaves d’eux-mêmes ? Se pourrait-il que, dans ce dernier affrontement où se joue notre destin, il y ait là un protagoniste, au moins un, pour dire non à l’obscurantisme, à la loi des massacres et à l’esprit de démission ? Je l’espère.

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Le livre des deux chemins de Jodi Picoult - Actes Sud

Coup de cœur d’Élodie, notre amie libraire: Rescapée d’un accident d’avion, Dawn part sur un coup de tête en Égypte, sur le lieu de fouilles où elle avait travaillé, étudiante. De retour à Boston, elle essaie de reprendre le cours de son ancienne vie, retrouve son mari, sa fille, son travail d’accompagnatrice de fin de vie. Rien n’a changé, c’est toujours la même routine. Vraiment?

Un roman passionnant qui distille égyptologie et physique quantique en interrogeant sur les choix qui orientent notre vie et les différents destins que nous aurions pu connaître.

Les anciens égyptiens pensaient que le chaos était le premier ingrédient indispensable de l’univers. Il pouvait tout balayer sur son passage, mais c’était aussi l’endroit où l’on pouvait repartir de zéro.”

 

L’ECONOMIE DE LA VIE de Jacques ATTALI - Fayard

L'économie de la vie ; se préparer à ce qui vient Émetteur du verbatim: François C.

Comme les précédentes pandémies majeures de l’histoire, celle d’aujourd’hui est d’abord un accélérateur d’évolutions déjà en germe. D’évolutions désastreuses. D’évolutions positives.

Comme pendant une guerre, les vainqueurs seront ceux qui auront eu les premiers le courage et les armes. Et pour avoir l’un et les autres, il faudra une mobilisation sans faille autour d’un projet nouveau, radical ; que je nommerai ici « l’économie de la vie ».

Ch. 1 QUAND LA VIE NE COMPTAIT PAS

Plus généralement, une épidémie, laisse entendre la Loi juive, vise à pousser les hommes à sortir de leur confort, pour accélérer l’avènement de l’ère messianique. L’épidémie porte donc à la fois l’idée de culpabilité, de rédemption et d’espérance.

La peste (1347 à 1352) s’éloigne…elle renverse donc le monde féodal, concentre la fortune entre les mains d’une poignée de survivant, fait surgir une bourgeoisie marchande, et rend possible l’ascension de nouvelle élites, dont la famille Médicis.

(Grippe espagnole) Au total, cette épidémie fait entre 50 et 120 millions de morts, soit entre 3% et 6% des 1,8 milliards d’habitants de la planète.

Les pandémies se multiplient : 40 épidémies de choléra sont signalées chaque année à l’OMS. La fièvre jaune tue encore jusqu’à 30 000 personnes par an ; 450 000 meurent de la malaria. Depuis 1970, plus de 1500 nouveaux agents infectieux pathogènes ont été découverts, dont 70% d’origine animale.

Ch. 2 UNE PANDEMIE PAS COMME LES AUTRES

Quand la mort reste intime, prévisible, on la tolère ; quand elle rôde dans les rues, et peut atteindre tout le monde, à des moments imprévisibles, elle devient intolérable.

Le malheur a donc voulu que ce soit dans une dictature, la Chine, que tout commence ; une dictature qui camoufle la réalité, à elle-même d’abord, puis aux autres.

(Chine) Un pouvoir qui n’a pas su organiser à temps, i.e. depuis début décembre, la distribution de masques, les tests et l’isolement des contaminés et de leurs proches.

Depuis vingt ans déjà, l’égoïsme, la courte vue, la fermeture aux autres l’emportaient ; le monde était en excès de tout ; trop de futilité ; trop d’égoïsme ; trop de déloyauté ; trop de précarité. Trop de fortunes. Trop de misère. Des bulles insupportables. Une situation climatique de plus en plus catastrophique. Des gaspillages infinis…Trop peu de sens de l’essentiel. Trop peu de prise en compte de l’intérêt des générations futures.

Enfin, et peut-être surtout, ce qui explique tout le reste, des sociétés qui ne se respectent pas : plus de 45% de la population mondiale n’a pas accès à des services d’hygiène efficaces ; plus de 40% des gens n’ont pas de moyens de se laver les mains chez eux ; plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des toilettes.

La bonne décision en Europe, jusqu’à fin février ou encore tout début mars, eût été de se lancer dans la production massive de masques, de tests et de moyens de suivre les relations des contaminés, comme on l’a fait en Corée.

Choix lamentable. Erreur tragique : le coût de la production, à temps, de masques et de tests aurait été le dix millième de ce que va coûter la dépression provoquée dans le monde par le confinement.

Derrière ce chaos se joue une formidable bataille planétaire, où chacun tente d’avoir pour soi le maximum de personnel, d’équipements, de respirateurs, de masques et de tests. Or la production mondiale est très insuffisante.

Ch. 3 UNE ECONOMIE MONDIALE EN SUSPENS

Une crise d’une ampleur incommensurable, dont peu de gens ont encore compris l’extrême gravité et les multiples facettes…Si on ne prépare pas en même temps les changements radicaux que cette crise exige, cela ne fera que maintenir un instant le réel en suspens. Avant un grand plongeon. Un très grand plongeon.

Une société de la solitude s’installe ; une société où beaucoup de gens sont comme en prison volontairement ; une société où les jeunes sont contraints de ne pas travailler pour que les vieux, qui ne travaillent pas, survivent. Une société de décroissance dans la solitude, dont les conséquences sociales, économiques, culturelles, politiques et écologiques sont et seront gigantesques.

En Europe, 60 millions d’emplois sont menacés, soit un emploi sur quatre…Au total, selon l’OIT, la gestion catastrophique de l’épidémie va détruire 200 millions d’emplois et réduire le revenu d’au moins deux milliards de personnes.

Dans l’ensemble, en trois mois –mars à mai-, près de 10 000 milliards de dollars, soit au total environ 10% du PIB mondial, sont engagés dans cette bataille. En conséquence, les déficits des Etats vont dépasser 10% du PIB dans de très nombreux pays, dont la France, l’Espagne et l’Italie. Et atteindre même 20% aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, la dette publique est soutenable, aussi longtemps que le taux de croissance nominal, en tenant compte de l’inflation, est supérieur au taux d’intérêt. Or, la croissance n’est plus là…

Si on continue comme ça, à un moment encore indécidable, cela entraînera une crise financière d’une ampleur infinie, qui emportera d’abord les petites entreprises, puis certaines grandes entreprises que les financiers et les Etats ne pourront plus tenir à bout de bras. Aucun Etat ne pourra nationaliser toutes ses entreprises.

S’aggravera aussi la précarité de ceux qui ne sont protégés par aucun statut et qui dépendent, pour vivre, de leurs clients ou de leurs employeurs. Le chômage, la faillite personnelle, la perte du logement, la faim même, toucheront partout dans le monde, même en Europe, d’innombrables familles, y compris dans la classe moyenne, dont la plupart ne sont absolument pas conscientes des menaces qui les guettent.

Ch. 4 LA POLITIQUE, A LA VIE, A LA MORT

Avec cette pandémie s’amorce une très grave crise politique, sociale, morale et idéologique, plus encore qu’économique.

Je pense que la crise va accélérer une évolution dans laquelle les Etats-Unis et la Chine seront tous deux affaiblis, vers un monde sans maître…Un monde où l’Europe retrouve toute sa chance d’être libre, puissante et prospère.

Le modèle politique chinois, autoritaire et censuré, n’est pas tenable à terme…aucune nation n’a jamais été une superpuissance durable sans laisser s’exprimer des points de vue dissidents à l’intérieur de son élite.

Ces deux superpuissances affaiblies –USA et Chine- seront particulièrement dangereuses. Un conflit très vif, pas seulement économique, peut les opposer. Une guerre est même possible. Pas nécessairement volontaire. Pas nécessairement directement entre elles. Le moindre incident en mer de Chine ou dans le golfe Persique pourrait la déclencher.

Cet affaiblissement des nations, même des plus puissantes, devrait accélérer le processus de prise de pouvoir des très grandes entreprises…L’équivalent chinois des GAFAM se dote des mêmes pouvoirs. Avec plus encore de puissance de calcul, de connaissance en intelligence artificielle et en champ d’action, en raison de la taille du marché chinois. Pour l’instant, il reste au service du parti communiste et de l’Etat.

Et pourtant, les défis qui viennent devant nous sont justement liés à ce que produisent ces firmes : l’artificialisation du monde.

La décroissance n’est donc pas la solution à la maîtrise du réchauffement climatique. Il faut non pas décroître, mais produire autrement. Et autre chose.

D’autres dangers menacent la planète : la destruction de la mer, l’agriculture intensive, la remise en cause de la biodiversité, la misère, la faim, l’absence d’éducation, en particulier pour les filles, les violences faites aux plus fragiles. Et tant d’autres.

Ch. 5 TIRER LE MEILLEUR PARTI DU PIRE

La pandémie nous apprend l’interdépendance de toutes les vies.

Aux Etats-Unis, on a calculé que 60% des emplois pourront être exercés à domicile. L’essentiel des services, dans les pays disposant d’un bon réseau numérique, pourront être rendus à distance. Une grande partie des réunions, conférences, colloques, se tiendront de façon virtuelle.

L’entreprise devra justifier qu’elle protège ses collaborateurs, ses clients, son environnement, qu’elle se prépare aux crises futures, au moins autant qu’elle veille aux intérêts de ses actionnaires ; plus généralement, que ses activités sont conformes aux intérêts des générations futures. Elle devra donc devenir ce qu’on commence à nommer une « entreprise positive ».

En France, un petit nombre d’associations (moins de 15%, surtout dans le domaine social) ont des salariés ; plus précisément, 163 400 d’entre elles emploient 1,8 million de salariés, soit presque 10% des employés du secteur privé ; et il faut y ajouter les 80 000 jeunes en service civique et les 12 millions de bénévoles.

La crise a conduit à un développement gigantesque du commerce en ligne…on a vu, et on verra se développer des moyens d’achat virtuel très personnalisés, avec un vendeur virtuel attitré pour chaque client dans chaque magasin.

L’essentiel est d’être protégé : chacun voudra l’être de plus en plus, comme personne, consommateur, producteur, citoyen.

La surveillance a toujours été au cœur du pouvoir. La surveillance digitale de l’état de santé de chacun peut être un outil de dictature ou de liberté.

Ch. 6 L’ECONOMIE DE LA VIE

Vient une évidence : il faut remettre en cause très profondément nos modes d’organisation, de consommation et de production.

La moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à des services de santé essentiels. Plus encore n’ont pas accès à une protection sociale adéquate pour la financer. De très nombreuses pandémies ne sont pas sous contrôle ; de très nombreuses maladies sont encore mal comprises et incurables.

Un programme mondial de développement de l’hygiène devrait également être mis en place. Il faudra améliorer les marchés de gros, les réseaux de gestion des eaux usées et le recyclage des produits d’hygiène, aujourd’hui trop souvent en plastique à usage unique.

L’élevage industriel, le confinement des animaux et l’absence d’hygiène dans les abattoirs et les marchés favorisent le développement de bactéries multirésistantes.

En particulier, en Europe, une nouvelle politique agricole commune devrait faire de la santé des sols, du partage de la valeur ajoutée et de la fin du gaspillage alimentaire des priorités absolues.

Les très grands magasins et les centres commerciaux perdront beaucoup de leur raison d’être ; ils devront, pour certains, se reconvertir. C’est un des plus grands défis des années à venir.

On aura besoin partout de beaucoup plus de professeurs, mieux formés tout au long de leur vie, et mieux rémunérés…L’éducation devra être permanente, pratique, concrète. Plus personne ne devra ignorer le digital, l’écologie, le social.

Cette économie regroupe toutes les entreprises qui, d’une façon ou d’une autre, de près ou de loin, se donnent pour mission de permettre à chacun de vivre bien.

Les secteurs concernés sont très nombreux : la santé, la prévention, l’hygiène, le sport, la culture, les infrastructures urbaines, le logement, l’alimentation, l’agriculture, la protection des territoires, mais aussi : le fonctionnement de la démocratie, la sécurité, la défense, la gestion des déchets, le recyclage, la distribution d’eau, l’énergie propre, l’écologie et la protection de la biodiversité, l’éducation, la recherche, l’innovation, le numérique, le commerce, la logistique, les transports de marchandises, les transports publics, l’information et les médias, l’assurance, l’épargne et le crédit.

C’est aussi vers cette économie de la vie qu’il faut réorienter les entreprises des autres secteurs, qui, aujourd’hui, attendent, en vain à mon sens, le retour chimérique de leurs marchés à l’identique : les entreprises automobiles, aéronautiques, de la machine-outil, celles de la mode, de la chimie, du plastique, de l’énergie carbonée, du luxe, du tourisme, ne reverront pas leurs marchés antérieurs.

Le tourisme représente plus de 330 millions d’emplois au niveau mondial et pèse plus de 10% du PIB mondial…Il faudra admettre qu’une destination touristique n’est viable et durable économiquement que si elle l’est écologiquement, culturellement et socialement.

En particulier, la protection de la diversité fait partie de l’économie de la vie. Elle est essentielle pour endiguer la propagation des épidémies : la déforestation et la réduction du territoire des espèces sauvages augmentent en effet les risques de propagation des maladies. Des mécanismes juridiques, liés à l’aménagement des territoires, devront permettre la préservation de la biodiversité, un traitement digne des animaux, le développement concret de l’agriculture biologique et la lutte contre l’artificialisation des sols.

Ch. 7 ET APRES ?

Bien des métiers n’auront plus de raison d’être et des dizaines de millions de gens, brutalement jetés au chômage, devront se réinventer.

Il faudra non seulement tirer les leçons du passé et être prêt au retour du même, mais aussi être prêt à l’inattendu, à l’inconnu.

Chaque nouveau confinement serait un nouveau choc économique, social et politique qui viendrait ajouter de nouveaux malheurs aux tragédies actuelles.

Il faut se préparer à de futurs désastres écologiques…On sait tout de la croissance à craindre des déchets, du recul des récifs de coraux, de la disparition de la diversité ; on sait que, au rythme actuel, en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans l’eau.

Bien des analystes montrent que le seul réchauffement climatique pourrait conduire à une baisse de 3% du PIB mondial dès 2030.

De la même manière que la température augmente lentement, sans qu’on s’en rende compte, le totalitarisme avancera continûment, parfois sans dictateur, sans rupture de régime, sans annonce particulière, servi par des hommes politiques qui se croiront encore des démocrates et qui ne le seront plus.

Conclusion POUR UNE DEMOCRATIE DE COMBAT

Continuer comme ça, c’est faire le jeu des dictatures, qui se préparent à l’avenir : la Chine vient d’annoncer le lancement d’un programme centré sur sept secteurs habilement choisis : la 5G, Internet, les transports rapides entre villes, les centres de données, l’intelligence artificielle, l’énergie de haut voltage, les stations de recharge des véhicules électriques. Des secteurs permettant de renforcer la surveillance du peuple et de se passer du pétrole importé.

Il faut comprendre qu’il serait intolérable de faire subir, par notre faute, aux enfants d’aujourd’hui, une pandémie à 10 ans, une dictature à 20 ans et un désastre climatique à 30 ans.

Soixante-dix ans de drogue ultralibérale ont tué toute volonté et tout moyen pour l’Etat d’agir fermement et de vouloir un projet…Et pourtant, il est temps de passer de l’économie de la survie à l’économie de la vie. Il est temps de passer d’une démocratie à l’abandon à une démocratie de combat.

Penser après, c’est penser large, c’est penser à la vie et à la condition humaine. C’est penser vraiment à ce que nous voulons faire de notre vie, si brève, si fragile, si pleine de surprises. Si rare aussi.

C’est penser à la vie des autres, à celle de l’humanité et du vivant.

Y penser, non dans la peur de mourir, mais dans la jubilation de vivre. De vivre chaque instant, gaîment…Dans la gratitude à l’égard de ceux qui rendent possible l’avenir et la volonté de créer un monde où ces catastrophes, sans doute inévitables, seraient si bien préparées qu’on n’aurait pas à s’en inquiéter, ni avant, ni pendant. Pour nous. Pour nos enfants, nos petits-enfants ; et les petits-enfants de nos petits-enfants.

Tant de belles choses, des choses exaltantes, les attendent, si, aujourd’hui, nous prenons soin d’eux.

 

 

*

COMMENT JE SUIS DEVENU MOI-MÊME d'Irvin D. YALOM - Livre de Poche

Comment je suis devenu moi-même Émetteur du florilège: François C.

La naissance de l’empathie

L’explosion soudaine de cet abcès primitif, cette poche scellée de culpabilité, vieille de soixante-treize ans.

En quête d’un mentor

Ce fantasme de reconnaissance et de délivrance traîne en moi sous différentes formes.

Je veux qu’elle parte

Cette nuit-là, j’ai vu mon père frôler la mort, subi comme jamais encore auparavant la rage de ma mère, et pris la décision auto-protectrice de fermer la porte sur elle. Je devais quitter cette famille. Pendant les deux ou trois années qui suivirent, je lui ai à peine parlé : nous vivions comme des étrangers sous le même toit.

Je vois son visage : jamais apaisé, jamais souriant, jamais heureux.

Retour au point de départ

Il y a eu tant de non-dits entre mes parents et moi. Des faits dont nous n’avons jamais discuté concernant notre vie commune, la tension et la tristesse de notre famille, leur monde et le mien.

Je me rappelle lui avoir demandé s’il croyait en Dieu. « Après la Shoah, m’a-t-il répondu, comment peut-on croire en Dieu ? »

La bibliothèque de A à Z

Avec le recul, j’éprouve de la tendresse pour ce gamin solitaire, effrayé et résolu, une sorte d’admiration respectueuse pour la façon dont il a tracé sa route, en se formant souvent au hasard, sans encouragements, modèles ni guides.

La guerre de religion

Tu es pris entre deux mondes : tu ne connais ni ne respectes l’ancien monde, et tu n’aperçois pas la porte qui t’ouvrira l’accès au nouveau. Ce qui suscite beaucoup d’angoisse. Tu auras besoin d’une longue psychothérapie pour t’aider à en sortir.

Un garçon joueur

Renoncer au tennis, au jogging et à la plongée sous-marine est une chose, renoncer au poker en est une autre. Les trois premiers sont des exercices plutôt solitaires, le poker est une activité sociale : mes partenaires, des types charmants, me manquent beaucoup.

Une brève histoire de colère

Je persiste à croire que ma difficulté à traiter des crises ouvertes de colère, mon refus de la confrontation, même de débats un peu chauds, ma répugnance à accepter des postes administratifs impliquant confrontations et disputes, tout cela aurait été différent si mon père et William ne m’avaient extirpé de la bagarre cette nuit-là, il y a si longtemps.

La table rouge

Et puis un jour, j’avais quatorze ans, ma mère m’a appris, presque par inadvertance, qu’elle avait acheté une maison et que nous allions déménager très prochainement.

Le regard de ma mère est tombé sur une table de jeu néo-baroque, avec dessus de cuir rouge criard et quatre sièges assortis.

Marilyn

Ce fut elle, mon mentor ! Mon inconscient a saisi que cette jeune personne était l’être unique susceptible d’assumer la tâche de me civiliser et de m’élever au-dessus de moi-même.

J’ai toujours eu conscience de la formidable chance qu’a constitué la présence de Marilyn à mes côtés depuis ma quinzième année. Elle a élevé mon esprit, soutenu mon ambition, elle m’a offert un modèle de grâce, de générosité, entraîné dans une vie dédiée à la réflexion.

A l’université

J’habitais chez mes parents et m’imposais une routine féroce : apprentissage, mémorisation, expériences en laboratoire, des nuits passées à préparer les examens, le tout sept jours sur sept.

J’épouse Marilyn

J’avais épousé la femme que j’aimais, j’avais été admis en fac de médecine où tout marchait bien ; mais, en réalité, je n’étais jamais à mon aise, doutant toujours de moi, sans arriver à saisir l’origine de cette anxiété, soupçonnant une blessure profonde remontant à mes jeunes années, et avec l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être aussi méritant que les autres.

Mon premier patient

L’internat : le mystérieux docteur Blackwood

A la fin de mon année d’internat, j’avais endossé l’identité d’un médecin et me sentais maintenant suffisamment à l’aise pour affronter la majorité des cas. L’année n’en avait pas moins été rude, avec de longues heures de travail, peu de sommeil et de nombreuses nuits blanches.

Les années John Hopkins

Comme un adolescent, j’étais grisé par la vitesse, je me sentais absolument invulnérable. Ce n’est que bien plus tard que l’étendue de mon insouciance et de ma stupidité m’est apparue.

Je me suis dit à plusieurs reprises, ce qui n’est pas très aimable, que la chose principale que j’ai apprise de mon analyse, c’est ce qu’un psychanalyste ne doit pas faire.

Dès le départ, je me suis enthousiasmé pour cette méthode de thérapie de groupe : elle offre aux participants une formidable opportunité de donner et de recevoir des informations sur leur moi social. Elle leur permet d’explorer et d’exprimer des parties de leur personnalité, un comportement dont leurs pairs leur renvoient le reflet.

Les travaux de Sullivan m’ont néanmoins aidé à comprendre que la plupart de nos patients tombent dans le désespoir parce qu’ils sont incapables d’établir et de maintenir des relations personnelles enrichissantes. J’en ai conclu que la thérapie de groupe constituait l’arène idéale où pouvoir explorer et corriger des modes inadaptés de relations aux autres.

Maintenant, je crois comprendre pourquoi John Whitehorn m’a fait venir alors qu’il était à l’article de la mort. Il devait voir en moi celui qui poursuivrait son œuvre. Je contemple sa photo accrochée au mur au-dessus de mon bureau, et j’essaie de saisir son regard. J’espère qu’il a été réconforté à la pensée que, à travers moi, il continuera de marquer l’avenir.

Affecté au paradis

En 1960, Hawaï était encore d’une beauté étonnante et authentique.

Impressionné par la personnalité de David Hamburg, je voulais participer à son entreprise. Je comprenais enfin que ce que je désirais vraiment, c’était une vie d’enseignant et de chercheur.

Toucher terre

Durant les quinze années suivantes à Stanford, j’ai continué de prospecter le domaine de la thérapie de groupe, comme clinicien, enseignant, chercheur et auteur de manuels scolaires.

Bien que des confrères aient critiqué cette méthode, je n’ai pas d’exemple en tête qui prouverait que le fait de partager mes pensées et mes sentiments avec mes patients ne les ait pas aidés.

Encore aujourd’hui, après un demi-siècle de pratique, j’attends avec impatience chaque nouvelle séance, qu’elle soit individuelle ou en groupe, et les résultats qui s’ensuivront. Si cet appétit me manque, si l’approche de la séance me laisse indifférent, j’imagine que le patient doit éprouver les mêmes sentiments et je m’efforce d’en comprendre la raison et de la corriger.

Mon père mourut comme il avait vécu, sans bruit et discrètement. Et je n’ai pas cessé de regretter de l’avoir si mal connu.

Une année à Londres

J’ai dû inventer ma méthode, qui consista à puiser autant que possible dans mes trois sources principales : mes notes de lecture des cours que j’avais donnés aux résidents l’année précédente, les centaines de résumés de mes thérapies que j’avais rédigés et offert aux membres des groupes, et la littérature sur la recherche en thérapie de groupe.

Je me sentais émancipé, libre d’écrire pour un public totalement différent : des praticiens s’efforçant d’apprendre comment venir en aide à leurs patients.

La vie brève et agitée des groupes de parole

Théorie et pratique de la psychothérapie de groupe a connu aussitôt un grand succès et figura bientôt comme manuel d’enseignement dans la majorité des programmes de formation en psychothérapie, aux Etats-Unis, puis dans d’autres pays.

Séjour à Vienne

Quand j’ai entrepris d’écrire Psychologie existentielle, j’ai relu de bout en bout Découvrir un sens à sa vie, et compris plus que jamais l’importance des contributions de Frankl, originales et fondamentales, à notre domaine.

Chaque jour on s’en rapproche ou Dans le secret des miroirs

Cela me serre toujours le cœur de retrouver d’anciens carnets de rendez-vous pleins de noms à moitié oubliés de patients avec qui j’ai vécu des expériences si profondes. Tant de gens, tant de moments précieux ! Que leur est-il arrivé ? Mes nombreux classeurs, mes montagnes de cassettes m’évoquent souvent un vaste cimetière : des vies compressées dans des dossiers bien nets, des voix piégées sur bandes magnétiques qui rejouent éternellement leur tragédie. Vivre avec ces monuments m’emplit d’un sentiment aigu d’éphémère.

Oxford et les monnaies enchantées de M. Sfica

« Je ne veux rien. Je ne crains rien. Je suis libre. » Ces mots de Kazantzakis m’ont fait frissonner quand je les ai lus sur sa tombe.

Une semaine plus tard, nous avons reçu le verdict : toutes les pièces étaient fausses sauf les monnaies romaines achetées chez le vieux juif dans son sous-sol ! Ainsi a commencé une vie d’aventures en Grèce.

Thérapie existentielle

Comme le disait un membre du groupe : « Quel dommage d’avoir dû attendre que mon corps soit rongé par le cancer pour apprendre l’art de vivre. » Cette phrase, inscrite à jamais dans mon esprit, m’aida à façonner ma pratique de la thérapie existentielle que j’exprime souvent ainsi : « Si la réalité de la mort peut nous détruire, l’idée de la mort peut nous sauver. » Ainsi parvenons-nous à la prise de conscience que, puisque nous n’avons qu’une seule fois la chance de vivre, nous devrions vivre pleinement et finir avec le moins de regrets possible.

La confrontation avec la mort aux côtés de Rollo May

Adolescent, j’avais appliqué cette tirade de Macbeth à tous les grands personnages qui peuplaient ma vie, qui s’agitaient et se pavanaient et avaient fait l’histoire de mon monde, et qui depuis étaient tous retombés en poussière. Tout disparaît, vraiment tout. Nous ne disposons que d’un instant de soleil, un instant précieux et béni.

Mort, liberté, isolement et absence de sens

Dans chacune des quatre parties du livre -mort, liberté, isolement, absence de sens- j’ai cité mes sources, décrit mes observations cliniques, nommé les philosophes et les écrivains dont je me suis inspiré.

De la thérapie de groupe en milieu hospitalier à la vie parisienne

J’ai choisi d’approfondir ma connaissance de la pensée existentielle et de poursuivre mon éducation philosophique en étudiant la pensée orientale, sur laquelle j’étais d’une ignorance incommensurable.

La route des Indes

Regardez bien la tête de Ganesh, dit-elle. Chaque trait porte un message. La grosse tête nous dit de penser en grand, les longues oreilles nous disent de bien écouter, les petits yeux de bien se concentrer. Et puis, encore une chose, la petite bouche nous dit de moins parler, ce qui fait que je me demande si je ne suis pas en train de trop parler.

Le voyage en Inde m’offrit ma première initiation en profondeur à la culture asiatique. Il ne devait pas être le dernier.

Japon, Chine, Bali et le Bourreau de l’amour

Presque imperceptiblement, une histoire prenait corps et se développait à une telle vitesse qu’il fallait que je l’écrive toutes affaires cessantes. Sans savoir, au début, où elle allait me mener. Un peu comme un spectateur, je la regardais s’enraciner puis faire des pousses qui bientôt s’entrecroiseraient.

Et Nietzsche a pleuré

A la parution, un court article dans le New York Times qualifia Et Nietzsche a pleuré de « petit roman soporifique ». Ce fut la critique la plus négative. Elle fut suivie d’une quantité d’articles, très élogieux, dans divers journaux et magazines, quelques mois plus tard.

Mensonges sur le divan</p

En matière de littérature psychiatrique professionnelle, j’ai beaucoup écrit sur l’importance de l’interrelation en thérapie. La force agissante n’est pas d’origine intellectuelle, ce n’est ni de l’interprétation ni de la catharsis, c’est la rencontre authentique entre deux personnes.

Momma et le sens de la vie ou La Malédiction du chat hongrois

Toute ma vie j’ai cherché à m’échapper de mon passé -le ghetto, l’épicerie- mais se pourrait-il que je n’aie échappé ni à mon passé ni à ma mère ?

J’ai choisi de travailler avec des patients en train de mourir, dans l’espoir qu’ils me rapprochent de l’essence tragique de la vie. Cela s’est effectivement produit et je suis retourné trois ans en thérapie.

Devenir grec

Je ne cesserai de m’émerveiller de m’être vu attribuer le statut de Grec d’honneur.

L’art de la thérapie

Ce livre, je l’ai conçu comme une opposition à la pratique cognitivo-comportementale, rapide, obéissant à des protocoles, obéissant aux pressions d’ordre économique, et un moyen de combattre la confiance excessive des psychiatres en l’efficacité des médicaments. Ce combat se poursuit encore maintenant, malgré les preuves indéniables fournies par la recherche que la réussite d’une psychothérapie repose sur la qualité de la relation entre le patient et son thérapeute, son intensité, sa chaleur, sa sincérité.

Deux ans avec Schopenhauer

Je confesse avoir été si fasciné par l’œuvre, la vie et la psyché de Schopenhauer que je ne pouvais laisser passer l’occasion de spéculer sur ce qui avait forgé un tel caractère. Ni résister à l’envie d’explorer les voies qui avaient fait de lui un ancêtre de Freud et préparé le terrain de la psychothérapie.

Le jardin d’Epicure : Regarder le soleil en face

J’imaginais un livre de huit ou neuf chapitres, chacun commençant par le même paragraphe : le cauchemar, le réveil, la quête du soulagement. Pourtant, chaque chapitre se situerait dans un siècle différent !

Imaginez un rayon lumineux aussi fin qu’un rayon laser se mouvant inexorablement le long de l’immense règle du temps. Tout ce que le rayon a dépassé disparaît dans les ténèbres du passé ; tout ce qu’il devra éclairer se cache dans les ténèbres de ce qui n’est pas encore. Seul ce qu’il illumine est vivant et conscient. La chance fait que je suis vivant ici et maintenant : cette pensée me réconforte en permanence.

Dernières œuvres

J’ai emprunté le titre à l’une des méditations de Marc Aurèle : « Nous sommes tous les créatures d’un jour : que l’on soit celui qui se souvient ou celui dont on se souvient. »

Beurk ! La textothérapie

Récemment, j’ai tellement insisté sur la nécessité pour le thérapeute de respecter la relation empathique entre lui et son patient que j’ai constaté un résultat paradoxal : pratiquée par des analystes bien formés, la méthode de la textothérapie peut offrir une relation plus personnelle que le face-à-face avec un praticien appliquant à la lettre un manuel.

Ma vie en groupes

J’ai découvert le pouvoir fortifiant de réunions régulières entre intimes ; nous y trouvons la camaraderie, une supervision, un apprentissage postdoctoral, de l’enrichissement personnel et une médiation en cas de crise.

De l’idéalisation

Je ne prends donc pas cette adulation au sérieux. Tout ce que je peux faire, c’est être le meilleur thérapeute possible. Me rappeler que je suis un personnage idéalisé et que nous tous, les êtres humains, nous avons besoin d’un aîné, un savant, un sage aux cheveux blancs. Si j’ai été choisi pour occuper cette place, je l’accepte avec bonheur. Il faut bien que quelqu’un le fasse.

L’apprenti vieillard

Chacun d’entre nous crée, souvent sans le savoir, des cercles concentriques d’influence qui peuvent toucher les gens pendant des années, voire des générations. L’effet agit à la manière dont se propagent les ondulations d’un étang qui, devenues invisibles, continuent néanmoins d’exister à un niveau nanométrique.

*

CE SERA MIEUX APRES… Sauf si on est trop cons! de Philippe BLOCH - Ed Ventana

Ce sera mieux après... sauf si on est trop cons ! Émetteur du verbatim: François C.

L’Histoire avec un grand H s’écrit souvent sans que personne n’ait rien vu venir. Et c’est pourtant dans ces moments-là que se révèlent les vrais leaders qui y inscrivent leur nom pour l’éternité.

Afin que tout ce que nous venons de vivre ne l’ait pas été pour rien, il nous faut réfléchir et réévaluer la relation que nous entretenons avec plusieurs thèmes majeurs. La mort en premier lieu. Mais aussi le principe de précaution. Le temps. L’ennui. La consommation. Notre cadre de vie. L’adaptabilité. La mondialisation. L’Europe. L’information. La liberté. Le profit. La volonté. L’unité.

L’essentiel sera à chaque fois de parvenir au meilleur équilibre possible entre des solutions souvent opposées.

1. Mortalité ordinaire vs Mortalité extraordinaire

A partir de combien de décès par jour redevient-il acceptable de privilégier l’économie plutôt que la santé ? Aurait-il mieux valu choisir la sélection naturelle via l’immunité collective, seule réelle solution en l’absence de vaccins ou de traitements, plutôt que la surprotection de tous ?

2. Peur et Précaution vs Raison et Audace

S’il ne doit rester qu’un seul principe, ce doit être celui de la raison et de l’action plutôt que celui de l’inertie et de la peur. Les risques sont inhérents à la recherche scientifique, comme à toute activité humaine. Mais ne trahissons pas la mémoire de celles et ceux qui en ont pris pour nous depuis des siècles, et ont ainsi rendu notre vie infiniment plus supportable. Réapprenons le plaisir qu’il y a à plonger dans l’inconnu, et remplaçons dans notre Constitution l’obsession sécuritaire par la poursuite du bonheur figurant dans la Déclaration d’indépendance américaine.

3. Courir après le temps vs Le temps retrouvé

Quel sera l’impact de ce ralentissement sur notre société de l’immédiateté et du presse-bouton ? Sommes-nous pour autant devenus plus sages en quelques semaines, et serons-nous guéris durablement de nos excès post-confinement ? Rien ne le garantit. Et pourtant, n’est-il pas temps de ralentir pour de bon ? Avons-nous suffisamment réfléchi à la façon dont nous voulons occuper dorénavant le temps de vie trop court qui nous est offert sur cette planète, afin d’en faire le meilleur usage possible ?…La lenteur pourrait-elle devenir un art de vivre ? Avons-nous choisi l’essentiel sur quoi nous voulons désormais nous concentrer ?…Savoir privilégier les sujets qui méritent vraiment que nous y passions du temps utile pourrait bien devenir l’une des clés de notre renouveau.

4. Ennui vs Projet

L’ennui use, alors que les rêves, les projets, les passions n’ont jamais fatigué personne.

Quiconque est incapable de faire des projets, ou arrête de les croire réalisables, se condamne à vivre sans passion. Une vie sans eux, petits ou grands, ne mérite pas d’être vécue.

Quand l’environnement est contraignant et l’avenir incertain, ce qui compte est bien de se lancer, de se fixer un cap puis de faire preuve d’audace, cette attitude qui peut tout changer.

Dans ce monde instable et sans destination que vient de révéler cette crise, quel sera notre projet partagé ? Serons-nous capables d’en imaginer un ou plusieurs susceptibles de tous nous réunir autour de valeurs communes redécouvertes ou renforcées à cette occasion ?

5. Décroissance vs Une autre croissance

Plus que de décroissance et ses inévitables dommages collatéraux sur l’économie, c’est bien d’une autre croissance dont nous avons besoin, et que le « monde d’après » pourrait inventer. Une croissance plus réfléchie, plus raisonnable, plus redistributive et moins consommatrice de ressources.

Nous demander si l’essentiel ne pourrait pas être l’attention que l’on porte aux autres et le temps qu’on leur consacre…Apprendre à reconnaître ce qui est rare et précieux, à savoir le temps et la santé, et à les distinguer de ce qui ne l’est pas, sera assurément l’une des leçons essentielles de cette expérience salutaire.

6. Vie d’avant vs Vie d’après

Ce repos forcé va en outre nous obliger à réfléchir à l’intérêt de l’ubiquité et du mouvement permanent qui rythme nos vies et nous contraint à d’innombrables déplacements, sans que leur utilité soit toujours démontrée.

Mais pourquoi n’arrêterions-nous pas notre bougeotte permanente, et ne réapprendrions-nous pas à nous poser un peu là où nous nous sentons bien ? A la campagne ou ailleurs. Accélérer vs ralentir ? That is the new question.

7. Anticiper vs S’adapter

Il faut réfléchir dès maintenant à la façon dont nous pourrions gérer autrement tous les risques qu’entraînera une nouvelle catastrophe, et utiliser au maximum les possibilités qu’offrent le numérique et la data. Et quand j’écris catastrophe, je pense naturellement aux risques de toute nature, qu’ils soient environnementaux, alimentaires, terroristes ou de type NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques et Chimiques). Les oublier aujourd’hui, au prétexte que nous venons de vivre une crise d’origine purement sanitaire, serait une erreur tragique.

Partons du principe que si l’on n’a pas conscience que le pire est vraisemblable, alors il deviendra certain. Imaginons très vite tous les scénarios les plus sombres et les plus probables, et réunissons des groupes de personnalités aux visions différentes pour confronter leurs idées et imaginer des solutions de rupture.

8. Mondialisation vs Proximité

Il va falloir dessiner une nouvelle géographie de la mondialisation financière, industrielle et numérique en tenant compte de l’intérêt croisé du citoyen client, salarié et contribuable que nous sommes tous devenus.

Pour survivre à son armée de détracteurs et éviter le retour à l’âge de pierre, la mondialisation va désormais devoir être celle de l’intelligence, et être essentiellement mesurée à notre capacité à agir de façon globale, concertée et redistributive. En matière économique, bien sûr, mais aussi sanitaire, alimentaire et environnementale.

9. Moins d’Europe vs Une autre Europe

Santé, migrations, environnement, terrorisme, cyberdélinquance, etc. dans une économie post-Corona qui restera mondialisée qu’on le veuille ou non, un grand nombre de problèmes globaux ne peuvent plus trouver de solutions à l’intérieur des seules frontières nationales.

Commençons par fixer comme priorité à nos voisins de construire une souveraineté sanitaire, incluant l’augmentation de nos capacités industrielles locales à la pointe de la technologie et du digital.

Espérons que l’U.E. rejettera le repli nationaliste, autoritaire et populiste et qu’elle fera le choix de la responsabilité, de la solidarité et d’une nouvelle espérance collective…C’est un projet formidable pour elle, et pour nous une chance à ne pas laisser passer.

10. Fake news vs Real news

Le risque de se tourner vers une consultation plus massive encore des réseaux sociaux de toutes sortes, et leur infini réservoir d’infox, de rumeurs, de deep fakes (hypertrucage, ou synthèse d’images basées sur l’intelligence artificielle), de théories complotistes et de justice expéditive.

En alimentant la défiance à l’égard de tous ceux qui incarnent l’autorité, le pouvoir ou la richesse, ceux qui propagent volontairement de fausses informations sèment la confusion et ajoutent à l’anxiété ambiante.

11. Orwell et Etat de droit vs Vie privée et Liberté

« Notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos propres existences », disait Alexandre Soljenitsyne. Sur ce sujet comme sur tant d’autres qui nous attendent, les choix seront difficiles et demanderont du courage. Nous ne pouvons pas renoncer a priori à bénéficier des possibilités qu’offre la data pour éviter qu’une prochaine épidémie entraîne le même désastre humain et économique. Mais nous ne pouvons pas non plus laisser entre les mains de dirigeants peu scrupuleux la possibilité de mettre en place une société de surveillance totalitaire et d’agir en toute liberté dans tous les domaines.

12. Profit vs People

Il est temps de repenser la place des Seniors dans notre société et de remettre l’altruisme, l’empathie et la bienveillance au cœur de nos valeurs.

Roosevelt « Le bonheur se trouve dans la joie de l’accomplissement, dans l’excitation de l’effort créateur. La joie, stimulation morale du travail, ne doit plus être oubliée dans la folle course aux profits évanescents. Ces jours sombres, mes amis, vaudront tout ce qu’ils nous coûtent s’ils nous enseignent que notre véritable destinée n’est pas d’être secourus, mais de nous secourir nous-mêmes, de secourir nos semblables. »

13. Découragement vs Réinvention

Ce cataclysme a aussi révélé l’ingéniosité des entrepreneurs pour trouver des solutions inédites et leur permettre de poursuivre leurs activités pendant le confinement, malgré l’adversité et la multiplication des obstacles. Mise en réseaux, basculement vers le télétravail, digitalisation accélérée des métiers, adaptation immédiate de leur organisation et de leur process à des contraintes inhabituelles, protection de leurs salariés, communication rassurante auprès de leurs clients et de leurs partenaires, ajustement rapide de leurs offres, ajout éclair de nouvelles fonctionnalités sur leurs outils numériques, création d’applications en mode hackathon, etc.

Je suis convaincu que l’époque qui s’ouvre est idéale pour lancer des projets innovants de toute nature. L’essentiel sera que tous ceux qui auront eu la force de surmonter l’épreuve de cette reconstruction n’oublient pas ceux qui seront restés sur le bord de la route, et mettent tout en œuvre pour les aider à remonter sur le bateau dès qu’ils le pourront.

14. Ressentiment vs Unité

L’After Corona ne sera qu’un champ de ruines, si l’unité ne l’emporte pas sur la défiance. Et si nous oublions le moment venu de rendre un véritable hommage à ces héros d’un combat que nous aurions perdu sans eux.

Pour réussir l’After Corona, jamais l’esprit d’unité et la cohésion sociale n’auront été aussi nécessaires. Sans confiance, rien ne sera possible. Il va donc falloir retrouver rapidement le sens du collectif, si nous voulons faire disparaître les séquelles de ces traumatismes qui vont durer longtemps.

Conclusion Mieux avant vs Mieux après si…

Comme sur bien d’autres sujets à trancher, la difficulté va être de trouver le moins mauvais équilibre possible entre centralisation inefficace et néolibéralisme mondialiste destructeur. Entre liberté et sécurité. Entre responsabilité et contrainte.

Parce que nous sommes tous les entrepreneurs de nos vies, tout est désormais entre nos mains. Nous avons le pouvoir de changer. De revoir la hiérarchie de nos valeurs. Dans un climat de suspicion général, nous avons avant tout besoin de tolérance, d’empathie et de confiance. En l’avenir. Envers les autres. En l’Etat. Mais surtout envers nous-mêmes.

 

 

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La sirène, le marchand et la courtisane de Imogen Hermes Gowar - Belfond

La sirène, le marchand et la courtisane Coup de cœur de Stéphanie, une amie libraire: Un soir de septembre 1785, on frappe à la porte du logis du marchand Hancock. Sur le seuil, le capitaine d’un de ses navires. L’homme dit avoir vendu son bateau pour un trésor : une créature fabuleuse, pêchée en mer de Chine. Une sirène. Entre effroi et fascination, le Tout-Londres se presse pour voir la chimère. Et ce trésor va permettre à Mr Hancock d’entrer dans un monde de faste et de mondanités qui lui était jusqu’ici inaccessible. Lors d’une de ces fêtes somptueuses, il fait la connaissance d’Angelica Neal, la femme la plus désirable qu’il ait jamais vue… et courtisane de grand talent. Entre le timide marchand et la belle scandaleuse se noue une relation complexe, qui va les précipiter l’un et l’autre dans une spirale dangereuse. Car les pouvoirs de la sirène ne sont pas que légende. Aveuglés par l’orgueil et la convoitise, tous ceux qui s’en approchent pourraient bien basculer dans la folie…

J’ai beaucoup aimé découvrir ce roman. Le Londres du XVIIIème siècle et les différentes classes de la société sont subtilement misent en lumière : domestiques, marchand, nobles, courtisanes… Chacun a une voix propre et des combats différents. La question de la liberté des femmes (quelque soit leur condition) est très présente et j’ai beaucoup aimé. À travers l’apparition de cette sirène c’est le destin de chacun des personnages qui va évoluer entre admiration qui vire à l’obsession, l’envie de s’élever et de sortir de sa condition tout cela jusqu’au drame. En bref un très bon roman historique, bien documenté et passionnant !