L'amour de Marguerite Duras - Folio (roman poche)
Coup de cœur de Muriel : après avoir lu ce roman, j’ai eu l’impression d’avoir voyagé au cœur d’un tableau peint par Marguerite Duras, laissant libre cours à toutes les interprétations possibles. Échoués sur une station balnéaire au nom entêtant de S. Thala, deux hommes et une femme errent comme des âmes en peine et semblent fuir le souvenir d’un amour douloureux, voire destructeur. Ils forment un triangle amoureux et semblent s’être échappés d’un roman du “cycle indien”, écrit par Marguerite Duras. Qui est cette femme ? Une émanation probable de Lol Valérie Stein enfermée dans le drame de S. Thala, son drame à elle, qui lui coûtera sa santé mentale. Tous les éléments picturaux réunis sont dignes d’un tableau de maître. Que de formes géométriques au sens propre comme au figuré ! Un triangle qui ne se brise jamais, une maison à la forme d’un rectangle gris, un quadrilatère de lumière et un rectangle de soleil qui reviennent en boucle. Et que dire de ce blanc qui s’invite partout, pour finalement s’imposer et qui tolère à peine de timides intrusions de couleurs ! En effet, le regard bleu de l’homme qui marche, la ville bleue et la surface de la mer éclairée de rose font vraiment pâle figure comparés à l’imposant éclatement de blanc des mouettes de la mer, de la blanche capitale, des murs et des façades des maisons et de la mer qui s’ourle.
Je suis très sensible à ce mouvement de lumière qui est, à mon sens, le reflet des humeurs changeantes de la mer de S. Thala. En effet, cette lumière est tantôt intense, lumineuse ou arrêtée. Quant à son éclat, c’est une lumière d’or, la lumière solaire d’un S. Thala désert quand elle n’est pas une lumière électrique obscure. J’ai vécu l’amour comme une expérience immersive, à l’allure d’un songe durassien, celui d’une nuit d’été. Cependant, une disponibilité d’âme totale et inconditionnelle est la seule exigence requise pour l’accueillir, tout simplement!