Boutique en ligne

A Livr'Ouvert

171b bd Voltaire, 75011 Paris Latitute/longitude: 46.75984 1.738281

Tél: 09.52.65.38.67

Du lundi au samedi de 10h à 19h

Mail: contact@alivrouvert.fr

Verbatims et recommandations...

Le serpent majuscule de Pierre Lemaître - Albim Michel (roman noir)

 Coup de cœur de notre ancienne collègue Élodie, qui travaille à la librairie de fil en page:

Mathilde, la soixantaine, est une petite dame qui se fond dans la masse. Pourtant, sous ses airs de mamie un peu bougonne se cache une tueuse redoutable qui exécute ses missions sans un accro. Mais voilà qu’avec l’âge sa mémoire lui joue des tours, ce qui, combiné à une gâchette un peu facile, n’est pas sans faire d’innocentes victimes…

Un roman noir drôle et savoureux sur les traces d’une vieille dame aussi attachante que déjantée.

Acheter

LA TECHNIQUE DES ÉTINCELLES - 80 clés pour rebondir en période de changement de Vanessa CAHIERRE et Nadège FOUGERAS - Ed. de La Martinière

Émetteur du résumé: François C.

Ch. 1 FAIRE CONFIANCE À NOS ÉMOTIONS ET NOS BESOINS POUR GUIDER NOS ACTIONS

  1. Mettre des mots sur ce que nous ressentons
  2. Apprendre à décrypter nos besoins derrière nos émotions
  3. Doper nos émotions positives
  4. Accepter de vivre nos émotions négatives
  5. Veiller à équilibrer nos émotions positives et nos émotions négatives

Ma bulle d’énergies positives: Le pouvoir incroyable des odeurs

 

Ch. 2 DÉBRANCHER! ALTERNER CONNEXION ET DÉCONNEXION

  1. L’importance d’alterner connexion et déconnexion
  2. Pourquoi est-ce si important de privilégier des phases de récupération?
  3. La méthode Vittoz: émissivité et réceptivité
  4. Comment développer sa réceptivité, se connecter à ses cinq sens?

Ma bulle sensorielle: Comment la créer?

 

Ch. 3 BOOSTER SON ÉNERGIE PHYSIQUE

  1. Notre corps est notre meilleur allié
  2. Notre corps nous parle et nous envoie des signaux
  3. Booster notre D.O.S.E. ou comment stimuler les hormones du bonheur
  4. Trouver la bonne activité physique.
  5. Bien se nourrir : un esprit sain dans un corps sain
  6. Capitaliser sur le sommeil

Ma bulle d’énergie corporelle: Se créer des routines

 

Ch. 4 GOÛTER À LA SÉRÉNITE DE VIVRE LE MOMENT PRÉSENT

  1. Être dans le moment présent
  2. Les bienfaits de la méditation
  3. Les pratiques formelles
  4. Les pratiques informelles
  5. Le pouvoir magique des synchronicités

Ma bulle de rituels zen: Vivre l’instant présent

 

Ch. 5 L’ART DE CULTIVER DES RELATIONS POSITIVES

  1. Comment cultiver les relations positives?
  2. Communiquer avec authenticité
  3. S’inspirer des expériences des autres
  4. Puiser de l’énergie dans les émotions partagées

Ma bulle de partage: Planifier et créer de bons moments avec notre entourage

 

Ch. 6 S’EXERCER A LA GRATITUDE ET CONTRIBUER À UN MONDE MEILLEUR

  1. Qu’est-ce que la gratitude ?
  2. Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on pratique la gratitude?
  3. Comment pratiquer la gratitude dans notre quotidien?
  4. Retrouver la joie d’être généreux. L’acte gratuit
  5. Simplifier son espace. Être plutôt qu’avoir

Ma bulle de gratitude: Envers moi, envers les autres, envers le monde

 

Ch. 7 ET SI LE CHANGEMENT NOUS PERMETTAIT DE NOUS RÉALISER?

  1. Donner du sens à nos actions
  2. Démultiplier son énergie avec le flow
  3. Goûter aux bienfaits de «l’optimalisme»
  4. Concentrer son énergie sur l’essentiel
  5. Ouvrir le champ des possibles grâce à la créativité
  6. Se fixer des objectifs pour soutenir nos efforts
  7. Célébrer tous ses succès, même les plus petits

Ma bulle d’étincelles

 

 

*

CITATIONS :

 Ben-Shahar La différence essentielle entre le perfectionniste et l’optimaliste est que le premier refuse essentiellement la réalité tandis que le second l’accepte.

 Cabral Bienheureux est celui qui sait que partager une douleur revient à la diviser et que partager une joie revient à la multiplier.

 Chopra Au centre du mouvement et du chaos, restez calme intérieurement.

 Dürkheim Il y a deux façons de grandir, la souffrance et l’émerveillement.

Goethe Voyage avec deux sacs. L’un pour donner, l’autre pour recevoir.

Harrus-Révidi Avant d’être pensé, le monde qui nous entoure est vu, senti, entendu, charnellement vécu.

St. Jobs La créativité, c’est seulement mettre les choses en connexion. Quand vous demandez à des gens créatifs comment ils ont fait telle ou telle chose, ils se sentent un peu coupables parce qu’ils n’ont pas vraiment fait quelque chose. Ils ont juste vu quelque chose. ça leur a semblé évident après-coup. C’est parce qu’ils ont été capables de connecter des expériences et de les synthétiser sous une nouvelle forme.

CG Jung L’homme mérite qu’il se soucie de lui-même car il porte dans son âme les germes de son devenir.

Lacroix La vie est une alternance de mouvements et de repos. Tantôt nous tendons le ressort de notre être. Tantôt, au contraire, nous sommes dans la détente de notre être. Cette pulsation de l’activité et du lâcher-prise, la vita activa et la vita contemplativa, rythme le cours de l’existence.

Je suis responsable de mes paroles, de l’impact psychologique de mes paroles.

Le Breton Être à l’écoute de soi tout court, sentir sa présence au monde et s’en émerveiller. Voilà qui nourrit le sentiment que vivre est une chance.

Fr. Lenoir L’une des clés essentielles d’une « vie bonne » réside dans le non-attachement aux objets.

Monbourquette Si on ne pardonne pas, on ne peut pas être dans l’instant présent. On s’accroche au passé et on se condamne à rater son présent. Et en plus, on bloque son avenir.

Odoul Le langage du corps est un langage qui ne ment pas, qui est précis et direct.

Pivot La rêverie vagabonde est nécessaire à une bonne hygiène de vie, à l’équilibre de l’homme dans la bourrasque quotidienne.

Ricard Plus je ressens, dans la journée, dans la vie, des émotions positives, de l’affection, de l’admiration, de la compassion, du bien-être, de la joie, de l’élévation, moins il y aura de l’espace pour l’apparition, l’expansion et la flambée des émotions douloureuses, destructrices et négatives.

Salomé Sachant que tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime, il est souhaitable de favoriser l’expression au-delà de l’émotion ou du retentissement. Cette pratique permettra d’éviter quelques somatisations, du stress et de l’angoisse.

Sénèque Être heureux, c’est apprendre à choisir. (…) Bien vivre, c’est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités.

Soulages Si l’on sait qu’on ne sait pas, si l’on est attentif à ce que l’on ne connaît pas, si l’on guette ce qui apparaît comme inconnu, c’est alors qu’une découverte est possible.

Thich Nhat Hanh Vivre en pleine conscience, ralentir son pas et goûter chaque seconde et chaque respiration, cela suffit.

Vittoz La concentration est la faculté de pouvoir fixer sa pensée sur un point donné, de suivre le développement d’une idée sans se laisser distraire, simplement de pouvoir s’abstraire dans un travail quelconque.

St. Zweig La pause, elle aussi, fait partie de la musique.

 

 

* Acheter

Leçon d'un siècle de vie d'Edgar Morin - Denoël

Émetteur du verbatim: François.C 

Leçons d'un siècle de vie1. L’IDENTITE UNE ET MULTIPLE Je suis un Tout pour moi, tout en n’étant quasi rien pour le Tout. Je suis un humain parmi huit milliards, je suis un individu singulier et quelconque, différent et semblable aux autres. Je suis le produit d’événements et de rencontres improbables, aléatoires, ambivalentes, surprenantes, inattendues. Et en même temps je suis Moi, individu concret, doté d’une machine hypercomplexe auto-éco-organisatrice qu’est mon organisme, machine non triviale, capable de répondre à l’inattendu et de créer de l’inattendu. Le cerveau donne à chacun l’esprit et l’âme, invisibles au neuroscientifique qui analyse le cerveau, mais émergeant en chaque humain dans sa relation avec autrui et le monde.

Chacun d’entre nous est un microcosme, portant à l’intérieur de l’unité irréductible de son Moi-Je, souvent inconsciemment, les multiples Touts dont il fait partie au sein du grand Tout. Ces multiples Touts sont constitués de la diversité de nos ascendances familiales et de nos appartenances sociales.

Le refus d’une identité monolithique ou réductrice, la conscience de l’unité/multiplicité (unitas multiplex) de l’identité sont des nécessités d’hygiène mentale pour améliorer les relations humaines.

2. L’IMPREVU ET L’INCERTAIN De ma chance de vivre est venue la suprême malchance, le malheur de perdre ma mère à l’âge de dix ans…Et du malheur initial, qui n’a cessé d’être malheur, sont venus les grands bonheurs de ma vie.

Le hasard, c’est évidemment l’imprévisible… L’imprévisibilité demeure dans l’irruption de l’inattendu, accident ou création. Bref, je crois qu’on ne saura jamais si le hasard est vraiment du hasard.

Chance et malchance vont ainsi se succéder, liées à l’imprévu, pour ne pas dire au hasard.

Je pourrais continuer avec chance et malchance, malheur et bonheur, puisque le malheur de la mort de mon épouse Edwige a été suivi un an plus tard de la rencontre très improbable, par un extrême hasard, avec Sabah, qui me donne la vie.

La vie, pour tout être humain, est dès la naissance imprévisible, nul ne sachant ce qu’il adviendra de sa vie affective, de sa santé, de son travail, de ses choix politiques, de sa durée de vie, de l’heure de sa mort.

Nous avons beau nous croire armés de certitudes et de programmes, nous devons apprendre que toute vie est une navigation dans un océan d’incertitudes à travers quelques îles ou archipels de certitudes où nous ravitailler.

Ici je veux souligner qu’une des grandes leçons de ma vie est de cesser de croire en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur. Sans cesse, tout en étant discontinues, les irruptions soudaines de l’imprévu viennent bousculer ou transformer, parfois de façon heureuse parfois de façon malheureuse, notre vie individuelle, notre vie de citoyen, la vie de notre nation, la vie de l’humanité.

Toute vie est incertaine, elle rencontre sans cesse l’imprévu. La malchance peut devenir chance et la chance peut devenir malchance. L’adversité peut apporter des bienfaits ; le malheur peut susciter du bonheur.

3. SAVOIR VIVRE De fait, l’aspiration à se réaliser incividuellement tout en étant lié à une communauté et/ou à autrui présente un antagonisme interne potentiel et peut créer de difficiles problèmes, mais elle demeure une aspiration humaine fondamentale.

L’état poétique donne le sentiment du bonheur, le bonheur a en lui-même la qualité poétique. Et, pour moi, l’état poétique est sous-jacent à tout bonheur, il est au cœur de tous les bonheurs, fugitifs ou durables.

Cela pour dire que la poésie commence avec la vie ; elle éclot dès qu’apparaît ce que nous nommons « joie de vivre »…

Je veux surtout évoquer ce que j’ai appelé les extases de l’histoire, moments extraordinaires, rares et fugitifs, d’émancipation, de liberté, de fraternité, comme le fut pour moi et tant d’autres la libération de Paris.

C’est dire que l’état véritablement poétique, celui qui s’épanouit, ne saurait être fermé. Il nourrit sa poésie de l’ouverture, ouverture à autrui, ouverture au monde, ouverture à la vie, ouverture à l’humanité.

Le Savoir Vivre associe l’aspration à la « vraie vie », le besoin de réaliser ses aspirations personnelles dans la relation permanente entre le Je et le Nous, la qualité poétique de la vie, la satisfaction du désir de reconnaissance.

4. LA COMPLEXITE HUMAINE Je découvrais que le mythe, la religion, les idéologies, constituent une réalité humaine et sociale aussi importante que les processus économiques et les conflits de classes, ce qui me fit abandonner la conception marxiste rationalisant l’histoire humaine à partir de l’infrastructure économique.

Aussi vivre est-il un art incertain et difficile où tout ce qui est passion, pour ne pas succomber à l’égarement, doit être surveillé par la raison, où toute raison doit être animée par une passion, à commencer par la passion de connaître.

Les relations entre sapiens, demens, faber, mythologicus, oeconomicus, ludens et liber peuvent être en chaque individu flexibles et changeantes…Les relations entre rationalité/passion/délire/foi/mythe/religion sont en chacun permutables, instables et modifiables. L’humain n’est ni bon ni mauvais, il est complexe et versatile.

Cette complexité individuelle est un des trois termes de la trinité complexe individu/société/espèce qui définit l’humain…Dans cette trinité humaine comme dans la Sainte Trinité, chacun des termes est à la fois générateur des autres et généré par les autres.

5. MES EXPERIENCES POLITIQUES : DANS LE TORRENT DU SIECLE Sans doute la conscience d’être issu d’un peuple maudit durant un millénaire, entretenue par la virulence de l’antisémitisme des années 1930 – 1940 fortifia en moi la compassion pour tous les maudits, vaincus, asservis, colonisés. Mais j’ai toujours voulu me situer au niveau universaliste de l’humanisme.

Quelles leçons tirer de cette expérience? Celle de l’inconscience somnambulique propre aux époques précédant et préparant les désastres historiques. Celle des conséquences énormes des erreurs, aveuglements, illusions des dirigeants et des populations. Celle de l’incapacité générale de saisir le caractère nouveau des totalitarismes…

Au XXIème siècle, il est d’autant plus important de comprendre la capacité d’Etats à esclavagiser et à domestiquer les esprits qu’il se forme actuellement tous les éléments d’un néototalitarisme dont le premier modèle s’est installé dans l’immense Chine.

Je tire de ces années la leçon qu’une progression économique et technique peut comporter une régression politique et civilisationnelle, ce qui à mes yeux est de plus en plus patent au XXIème siècle.

Enfin la pandémie du Covid, suscitant une crise planétaire multidimensionnelle, devient un élément nouveau de précarité, d’incertitude et d’angoisse.

6. MES EXPERIENCES POLITIQUES : LES NOUVEAUX PERILS Dès mon livre Terre-Patrie, j’étais conscient du fait que la mondialisation techno-économique avait créé une communauté de destin entre tous les humains dans le déferlement économique planétaire, la dégradation de la biosphère, les périls dus à la multiplication des armes nucléaires.

Une des plus grandes leçons de mes expériences, c’est que le retour de la barbarie est toujours possible. Aucun acquis historique n’est irréversible.

Je prévois la possibilité du pire, voire sa probabilité, mais le pire n’est pas sûr, l’improbable est lui aussi possible, tout comme l’imprévisible.

L’humanisme régénéré se fonde sur la reconnaissance de la complexité humaine et la plénitude des droits à tous les humains quels que soient leur origine, sexe ou âge. Il puise aux sources de l’éthique qui sont solidarité et responsabilité.

Ce qui m’est apparu de plus en plus nettement avec le temps, c’est que dans l’univers physique et biologique, les forces d’association et d’union se combinent avec celles de dispersion et de destruction…Cette dialectique peut être symbolisée dans l’histoire humaine par la relation indissoluble entre Eros, Polémos et Thanatos. Il me semble bien que Thanatos soit le vainqueur final, mais il est évident pour moi que, quoi qu’il arrive, notre vie ne peut avoir de sens qu’en prenant le parti d’Eros.

7. L’ERREUR DE SOUS-ESTIMER L’ERREUR Le risque d’erreur et d’illusion est permanent dans toute vie humaine, personnelle, sociale, historique, dans toute décision et action, voire dans toute abstention, et il peut conduire à des désastres.

Je regrette donc mes erreurs et ne les regrette pas, car elles m’ont donné l’expérience de vivre dans un univers religieux absolutiste qui, comme toute religion, a eu ses saints, ses martyrs et ses bourreaux. Un monde qui rend halluciné, dégrade et détruit les meilleurs. Mon séjour de six ans en Stalinie m’a éduqué sur les puissances de l’illusion, de l’erreur et du mensonge historique.

La connaissance ne se construit pas sans un risque d’erreur. Mais l’erreur joue un rôle positif quand elle est reconnue, analysée et dépassée. « L’esprit scientifique se constitue sur un ensemble d’erreurs rectifiées », écrivait Bachelard.

Des millions de personnes crurent que la révolution culturelle chinoise était une grande étape du progrès communiste, alors que c’était une folle hécatombe, faisant des millions de victimes.

L’expérience m’a démontré que le danger d’être mal informé est très grand quand on ne dispose ni de plusieurs sources ni d’avis différents sur un même événement. Ce sont ces deux pluralités qui peuvent nous permettre de nous faire une opinion, et souvent -pas toujours- d’éviter des erreurs.

Il est important, dans un monde en constante transformation, de faire tous les dix ans une révision de sa vision du monde…L’histoire humaine est relativement intelligible a posteriori mais toujours imprévisible a priori.

Il faut savoir plus généralement que l’occultation des complexités, i.e. des relations indissolubles entre des composants différents relevant de disciplines compartimentées, conduit à l’erreur.

Chaque vie est une aventure incertaine. On peut se tromper dans ses choix : amicaux, amoureux, professionnels, médicaux, politiques. Le spectre de l’erreur nous suit pas à pas.

CREDO Chacun porte en soi le double impératif complémentaire du Je et du Nous, de l’individualisme et du communautarisme, de l’égoïsme et de l’altruisme. La conscience de ce double impératif s’est profondément enracinée dans mon esprit au fil des années. Elle m’a toujours poussé à entretenir et à fortifier la capacité d’amour et d’émerveillement en même temps que la résistance obstinée à la cruauté du monde.

Ma leçon ultime, fruit conjoint de toutes mes expériences, est dans ce cercle vertueux où coopèrent la raison ouverte et la bienveillance aimante.

*

 

L'ouragan sanitaire,comment sortir de la pandémie du Covid-19 et préparer l'avenir? - Odile Jacob

Émetteur du verbatim: François C.

L'ouragan sanitaire : comment sortir définitivement de la pandémie du Covid-19 et préparer l'avenirLes épidémies, loin d’être à oublier, doivent aujourd’hui être considérées, à la fois, comme des catastrophes naturelles réclamant anticipation et préparation, pour ne pas trop subir, et comme des accidents technologiques invitant à réfléchir au développement des activités humaines et à les infléchir.

Première partie L’HOMME FACE AUX PANDEMIES : UN COMBAT DE SISYPHE Ch. 1 Brève histoire d’une longue lutte . Peste, marins et marchands Mai 1720 : la peste se propagea, décimant la moitié de la populaion de Marseille, puis touchant toute la Provence, causant la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

. Choléra, machines à vapeur et politiques de santé publique Trouvant leur origine dans le delta du Gange, les épidémies de choléra se succédèrent en Europe, en 1832-1834, 1848, 1853-1854, 1865, 1884, puis 1892.

. La lutte sanitaire, ciment des relations internationales Le début du XXème siècle vit le couronnement des efforts de la diplomatie internationale face au risque épidémique…Les agents infectieux responsables de la peste et du choléra étaient reconnus comme tels. Les mécanismes de la contagion étaient identifiés et il devenait possible d’agir en conséquence.

. Le XXème siècle : mondialisation des crises et des remèdes L’accomplissement international le plus spectaculaire sous l’égide de l’OMS (créée en 1948) fut sans conteste l’éradication de la variole grâce à la vaccination.

Ch. 2 La vague épidémique contemporaine : l’élaboration d’une réponse internationale systématique . Les ambitions contrariées de la fin du XXème siècle Ces maladies (poliomyélite ; syndrome d’immunodéficience acquise (sida) ; encéphalopathie spongiforme bovine) ont des caractéristiques communes : l’absence de réservoir animal de l’agent infectieux ; un diagnostic aisé ; un moyen d’éradication (vaccin, médicament) simple et peu coûteux.

. Le renforcement de l’OMS et la crise du SRAS . L’évolution du Règlement sanitaire international : réduction de la liste des maladies sous surveillance de six à quatre, puis trois : la peste, le choléra et la fièvre jaune.

. L’épidémie de SRAS de 2003 fut la démonstration éclatante de ce à quoi le monde devait mieux se préparer pour prévenir l’impact sanitaire, social et économique d’une pandémie liée à un agent infectieux émergent.

. La révision du règlement sanitaire international en mai 2005 par les 194 Etats membres.

Ch. 3 La concertation sanitaire internationale à l’épreuve des virus émergents . Le virus H5N1 : un accélérateur de la préparation aux risques pandémiques . La grippe aviaire due au virus H5N1 (2004-2005)

. La prise de conscience du risque de pandémie grippale…(2006)

. Le monde se prépare à une pandémie…Le fait est que la chronique des années 2005 à 2009 fut dominée par l’effort d’élaboration d’un plan de préparation et de lutte contre une pandémie grippale.

. Un exemple de préparation : le plan « pandémie grippale » de la France…décrivant les actions à conduire aux phases d’émergence, d’installation, d’accentuation puis de régression d’une pandémie grippale, enfin d’éventuelles répliques (mai 2005).

. Les vicissitudes de la préparation mondiale au risque de pandémie grippale . L’Indonésie fait le choix de l’unilatéralisme.

. Les Cassandre que nous n’avons pas crues…Il y aurait pourtant une place pour une génération de lanceurs d’alerte, dont la charge serait de préserver la mémoire de chaque type de catastrophe ? En effet, le travail d’usure, exercé par l’oubli, atténue peu à peu le signal fort du caractère récurrent de ces fléaux, qui perd alors sa valeur annonciatrice d’un malheur analogue et prochain.

. L’état de la préparation française en 2009…La France n’était pas fin prête, mais elle était préparée !

. Le piège du virus H1N1 . La pandémie de H1N1, mladie inattendue (début 2009)

. Heurs et malheurs de la vaccination…Le faible taux de couverture vaccinale n’était pas propre à la France.

. Le H1N1, épreuve du feu pour la concertation sanitaire internationale…La crise épidémique est un risque permanent et majeur, tout de soudaineté, d’effet de surprise, de contrainte temporelle, d’incertitude, de suspense, de débordement, d’effets multiples sanitaires, économiques et sociaux, et d’aptitude à faire peur.

. La vague des virus émergents des années 2010, un avertissement mal entendu . L’épidémie de MERS au Proche-Orient (2012).

. L’émergence du virus Ebola en Afrique de l’Ouest (2013)…La diffusion du virus hors du continent africain se révéla limitée.

. L’épidémie du virus Zika en Amérique (2015).

. L’étrange abandon de la préparation française au risque pandémique…Interruption de la mise à jour du plan pandémie grippale à partir de 2011.

2ème partie UN DESASTRE ANNONCE : LA PANDEMIE DE COVID-19 Ch. 4 L’ouragan sanitaire . La genèse d’un cataclysme : un désordre soudain . Le mystère des origines…Ces études génétiques ne permettent pas d’éliminer la possibilité qu’un SARS-CoV-2, qui serait apparu chez des animaux de laboratoire, ait pu être dispersé accidentellement dans l’environnement à partir d’un laboratoire de recherche.

. Les prémices de la pandémie…Non seulement une épidémie nouvelle était en train de naître, mais elle avait un potentiel d’extension et de dommage considérable.

. Branle-bas de combat à l’OMS…(22 janvier) L’avis consensuel trouvé fut qu’il était un peu tôt pour qualifier l’événement d’urgence de santé publique de portée internationale. (30 janvier) L’avis consensuel du Comité fut qu’il s’agissait d’une urgence de santé publique de portée internationale.

. Un système de soins sous le choc . Le Covid-19 : une maladie nouvelle…L’objectif du virus est clair : entrer pour utiliser les outils métaboliques de la cellule et s’y répliquer, avant de ressortir en grand nombre de cette cellule, puis, par exemple via la toux ou la contamination des mains, contaminer un autre être humain et pouvoir, là encore, s’y répliquer.

. Des hôpitaux submergés.

. La contagion, une désorganisation anthropologique…En vue de la maîtrise d’une épidémie, la remise en ordre passe par la prévention de la contagion. Elle est l’objectif clé. Elle impose des mesures contraignantes.

. Le poids socio-économique de la pandémie…Virus de la pandémie, mais aussi de la décroissance, de la baisse de la demande, de la faillite et du chômage, virus de la démondialisation et, dans de nombreux pays, de la pauvreté et de l’inégalité sociale…

. Raison gardée, malgré l’angoisse et les biais cognitifs…Le désordre pandémique est fait de peur et de mensonges, mais le couple ordre-désordre fait émerger des personnages originaux, tout de transgression, d’ambivalence, de marginalité, de recours au bricolage : les maîtres du désordre…Ils prospèrent aux confins du « rassurisme », du complotisme et du charlatanisme.

. Le scientifique, le sceptique et le chamane.

. Carambolage sur la scène internationale…Le virus SATS-CoV-2 causa une pandémie parce qu’il s’appuya sur tous les vecteurs propres à la mondialisation : l’attractivité d’une ville « au cœur des chaînes de valeur globale », telle que Wuhan, le pouvoir de déplacement international et de rassemblement que possèdent, notamment, le tourisme, le sport, la culture et la religion.

Dans ce carambolage international…l’OMS, leader, guide technique, source d’information et coordinateur de multiples actions face à la pandémie, se retrouva en position de cible, sinon de bouc émissaire.

Ch. 5 Au cœur de la tempête, garder le cap . L’adaptation dans l’urgence des soins hospitaliers Parmi ces progrès dans la prise en charge des détresses respiratoires aiguës, certains sans doute comptèrent plus que d’autres : l’utilisation des corticoïdes chez les malades les plus graves ; le renoncement à des médicaments inefficaces et non dénués d’effets secondaires dangereux ; un recours mieux ajusté et plus restrictif à la ventilation artificielle, qui expose à ses complications propres…

. L’état d’urgence sanitaire au risque du désastre économique Deux grands objectifs des gouvernements : limiter, autant que possible, la transmission du coronavirus entre les êtres humains ; réduire les conséquences économiques, sociales et humaines liées à la pandémie.

. Limiter la transmission du virus : au cœur de la stratégie de l’exécutif . Les nouveaux gestes pour l’hygiène et le port du masque.

. La redécouverte du confinement…Dans l’ensemble, les décisions de confinement prises dans le monde firent appel à des réflexes anciens, propres à des sociétés démunies d’autres moyens d’actions, et au mimétisme. Elles furent facilitées par la circulation de l’information, qui fut plus rapide que la trajectoire de l’épidémie.

. La mission Castex sur le déconfinement…Le confinement ayant été une entreprise inédite, le déconfinement était donc une innovation, il était souhaitable de l’aborder avec méthode et circonspection.

. Les fluctuations du confinement…Deux spectres rôdaient autour des décideurs : celui de l’hécatombe observée en mars et avril 2020 ; celui de la justice qui avait été mise, dès mars, sur le sentier de la recherche de responsabilités.

. Le bouclier vaccinal, une stratégie globale d’immunisation . Une concurrence mondiale dans le développement vaccinal…La vitesse observée en 2020 résulta d’importants autres facteurs d’accélération : les progrès des méthodes de génétique moléculaire ; les connaissances acquises sur les précédents coronavirus ; les travaux préparatoires déjà engagés sur de nouvelles façons de faire des vaccins ; l’argent public coulant à flots ; l’engagement des participants aux essais cliniques ; la disposition des agences de régulation à bien évaluer, mais vite ; les équipes fournies de chercheurs et techniciens, du secteur public comme du secteur privé ; le nombre inhabituellement élevé d’entreprises engagées dans le développement de vaccins ; enfin, une grande volonté collective.

. Variants : les feintes du virus…A chacune des innombrables réplications du coronavirus au sein des cellules humaines infectées, le génome du virus est traduit, puis synthétisé et utilisé pour la génération de nouvelles particules virales.

. Les défis du déploiement mondial de la vaccination…Au niveau mondial, trois caractéristiques propres à cette vaccination contre le SARS-CoV-2 dominaient : la mise à disposition progressive et en ordre dispersé de vaccins de différents types ; une feuille de route pour la priorisation de la vaccination mettant en avant, notamment, les personnes âgées ou à la santé fragilisée ; un esprit de justice distributive, largement affiché, mais aussi entamé par de fortes tensions géopolitiques…

3ème partie BATIR UN MONDE PLUS RESILIENT FACE A UN RISQUE PERMANENT Ch. 6 Evaluer les causes et les conséquences de la crise . Tristes anniversaires En deux temps trois mouvements, cette pandémie est devenue l’événement qui aura dominé l’année 2020.

. Un lourd bilan sanitaire, économique et social Aux conséquences sanitaires s’est ajouté un impact économique et social massif, dont les effets majeurs sont des faillites, des dettes, des arrêts d’activité, du chômage et le rejet de dizaines de millions de pesonnes dans la pauvreté.

. Regarder nos erreurs en face (France) : une planification stratégique n’ayant pas été mise à jour depuis près de dix ans ; l’absence d’exercice récent sur ce thème, qui aurait permis de réunir et de souder les équipes interministérielles destinées à gérer la crise, en s’entraînant notamment à bien préparer et articuler les expertises sur l’évaluation du risque, et la communication sur le risque et sa gestion ; la pénurie de masques, interdisant de réduire le risque, notamment pour les soignants, et fragilisant la confiance en la communication des pouvoirs publics.

. L’évaluation indépendante de la crise Ces commissions d’enquête, d’évaluation, de revue ou d’examen affichent en général deux intentions : celle d’évaluer de façon indépendante ; celle de ne pas se positionner, comme le fait un tribunal, en recherche de responsabilité.

Ch. 7 Sortir du désordre et rebâtir nos systèmes de préparation aux grands risques sanitaires Envisager le monde d’après…implique de se pencher sur les scénarios d’évolution possible de l’épidémie, sur les leçons que l’on aura su tirer du phénomène pandémique, et sur les conséquences qui en résulteront.

. La fin de la pandémie . A quelle date ? Les épidémiologistes sont à la peine, car les hypothèses et les paramètres sont nombreux lorsque la question porte sur un horizon éloigné dans le temps et dont la portée est vaste puisque d’ampleur mondiale.

. Et sous quelle forme ? Pas de cessez-le-feu, ni d’armistice avec les épidémies !…Sauf à mettre au point un vaccin universel efficace contre de nombreuses, sinon toutes les formes de coronavirus, cette évolutivité génétique pourrait imposer une vaccination itérative avec un vaccin adapté au nouveau variant émergent, si celui-ci menaçait d’une évolution épidémique.

. Coordonner nos efforts à l’échelle mondiale, européenne et française . Les premières analyses menées par l’OMS Messages clés : le constat d’une insuffisante préparation du monde au risque pandémique et des moyens limités mis à la disposition de l’OMS ; la suggestion que la digitalisation de l’information serve à améliorer le système d’alerte pandémique ; la nécessité que l’accès mondial aux vaccins ne soit pas handicapé par d’étroits intérêts nationaux ou économiques ; et l’espoir que la pandémie de Covid 19 serve de leçon pour catalyser une réelle prise de conscience vis-à-vis du risque pandémique.

. La coopération sanitaire européenne ranimée…Il fallut attendre le 11 février 2021 pour que soit créée la Health Emergency Preparedness and Response Authority (HERA).

. La France au défi de la préparation au risque pandémique…Le défaut d’anticipation, de préparation et de gestion fut manifeste. Notre pays était mal préparé et mal équipé face à une telle pandémie…La planification stratégique, le développement et la disponibilité des moyens d’action, la gestion de crise et la coordination de la recherche clinique étaient les faiblesses les plus critiques.

.Quelques préconisations à l’échelle nationale Dans le monde entier, les chercheurs déplorent que leur travail de recherche soit handicapé par la lourdeur croissante des tâches administratives. En France, cette lourdeur est aggravée de façon massive par la complexité institutionnelle, qui s’est installée au fil des décennies.

. Et des écueils à connaître pour ne pas s’y échouer A ce jour, trois pièges sont identifiables : l’oubli, qui fut à l’œuvre au décours de la pandémie grippale due au virus H1N1 en 2009 ; le détournement idéologique ; et la compétition internationale qui, appuyée sur le nationalisme, met en péril la lutte contre des agents infectieux, qui ne connaissent pas les frontières.

Si l’accès aux vaccins contre SARS-C est d’une inégalité criante entre les pays développés et les pays à faible revenu, il sera difficile de plaider plus tard pour que ces pays démunis se dotent des capacités d’épidémiologie et des laboratoires de biologie permettant de mettre en place, pour le bien du monde entier, un système d’alerte sanitaire plus performant.

Conclusion Seul l’esprit d’anticipation et de préparation, appuyé sur le développement des sciences, des techniques et des nouvelles organisations, pouvait permettre d’atténuer cette brutalité et d’adoucir l’impact de l’événement.

En ce début avril 2021, le mot conclusion est sans doute prématuré, s’il n’est pas déplacé.

 

 

 

Acheter

Le désert des couleurs d'Aurélie Wellenstein - Scrineo

Coup de cœur de notre ancienne collègue Élodie, qui travaille à la librairie de fil en page:

Depuis des siècles, le monde est recouvert d’un immense désert multicolore qui vole les souvenirs de quiconque s’y aventure. Réfugiés au cœur d’un ancien volcan, les hommes sont menacés par la progression des dunes et envoient deux des leurs en quête d’un paradis légendaire. Kabalrai accompagne sa demi-sœur, chargé de veiller sur ses souvenirs et de les recueillir quand le désert les lui arrachera, dépositaire de ses souvenirs, de ses joies comme de ses plus sombres secrets.

Une aventure qui les conduit à dépasser leurs limites aussi bien dans leur lutte contre les éléments que dans celle, plus retorse, contre l’amnésie: qu’est-ce qui constitue notre identité et que sommes-nous sans nos souvenirs?

Acheter

Apocalypse cognitive de Gérald Bronner - Puf

Apocalypse cognitive Émetteur du verbatim: François C.

La situation inédite dont nous sommes les témoins est donc celle de la rencontre de notre cerveau ancestral avec la concurrence généralisée des objets de contemplation mentale, associée à une libération inconnue jusqu’alors du temps de cerveau disponible… Ce temps de cerveau libéré, qu’allons-nous en faire?

Première partie: LE PLUS PRÉCIEUX DE TOUS LES TRÉSORS

. Les êtres humains libérés

Aujourd’hui, en France, le temps de travail représente 11% du temps éveillé sur toute une vie alors qu’il représentait 48% de ce temps en 1800!

Chaque Français bénéficierait ainsi de l’équivalent de près de quatre cents esclaves énergétiques tandis qu’en moyenne, chaque humain aurait l’équivalent de deux cents de ces esclaves à son service!

. Une autre histoire de l’humanité

Homo sapiens, i.e. l’être humain tel que nous le connaissons aujourd’hui, est apparu il y a environ 300 000 ans.

Au cours des trois derniers siècles, toutes les étapes ont été franchies qui ont conduit l’humanité du stade de la soumission à son environnement à celui de la domination.

. 11 mai 1997

L’attention pour cette revanche entre Kasparov et Deep Blue fut mondiale… La bataille s’acheva sur la défaite historique du champion des humains contre celui des machines.

. La guerre éclair des ordinateurs

(loi de Moore) En raison du caractère géométrique du développement de cette technologie, nous avons du mal à anticiper mentalement l’étendue de son arborescence. Une chose est certaine: elle prolonge le grand mouvement d’externalisation de tous nos gestes par les machines entamé par la première révolution industrielle.

. Externalisation

Ce ne sont d’ailleurs pas tant des métiers qui vont disparaître qu’un type de tâches exécutées par les humains. Quelles sont-elles? Endurance, précision, mémoire, gestion de ressources financières, maintenance des technologies, lecture, calcul, contrôle qualité, coordination, monitoring, etc. En somme, toutes les tâches qui ont un caractère répétitif et peuvent être algorithmisées.

Les intelligences artificielles sont des prothèses pour l’humanité, des prothèses essentielles compte tenu des handicaps physiques et cognitifs qui caractérisent notre espèce, mais pas beaucoup plus.

. Un trésor inestimable

Il y a de plus en plus de temps de cerveau disponible… il représente environ cinq heures quotidiennes.

Les sociétés modernes sont caractérisées par une augmentation géométrique du temps de cerveau disponible.

. Jusqu’ici, tout va bien

Entre 1881 et aujourd’hui, l’espérance de scolarisation a plus que doublé, passant de huit ans à plus de dix-huit ans de nos jours.

. A dormir debout

Les Français adultes dorment désormais 6 h 42 par nuit les jours de semaine, soit moins que les 7 heures préconisées pour une bonne récupération.

Les perturbations du sommeil entraînent celles des capacités d’apprentissage et d’une façon générale de nos compétences et de nos potentialités intellectuelles dans notre vie de tous les jours.

L’omniprésence des équipements de loisirs: télévision, tablette, smartphone, ordinateur, sollicite de façon de plus en plus envahissante et addictive notre temps de cerveau disponible, et en particulier celui des adolescents.

L’empire de ces sollicitations cognitives s’est progressivement étendu, au point qu’on a créé un néologisme pour désigner cette peur de rater quelque chose : la Fomo (fear of missing out).

. Lorsque tu regardes ton écran, ton écran te regarde

Les écrans… sont devenus des monstres attentionnels. Ils dévorent notre temps de cerveau disponible plus que n’importe quel autre objet présent dans notre univers.

La citadelle de notre disponibilité mentale est donc poreuse, elle fuit même de toute part.

Ces limites de notre cerveau permettent d’évaluer la valeur de ce trésor si précieux pour l’humanité mais aussi la façon dont nous risquons d’en user… Allons-nous… flamber ce capital attentionnel au casino de l’attention?

Deuxième partie : TANT DE CERVEAUX DISPONIBLES!

. Un « effet cocktail » mondial

Depuis 2013, la masse d’informations disponibles double tous les deux ans… Autre proportion frappante: 90% des informations disponibles dans le monde ont été rédigées dans les deux dernières années.

. Cacher ce sein…

Entre toutes les informations capables de capturer notre attention dans le brouhaha informationnel qu’est devenu notre monde contemporain, la sexualité est une très bonne candidate.

Ces vidéos pornographiques sont celles qui sont le plus consommées sur Internet. On dénombre des dizaines de milliers de sites qui diffusent massivement ce type de films. Plus d’un tiers de vidéos regardées chaque jour sont des produits pornographiques.

. La peur au ventre

L’information qui prétend nous alerter d’un danger nous attire irrésistiblement. Or, celle-ci est produite en quantité industrielle dans le monde contemporain.

Les arguments de la peur sont beaucup plus aisés à produire et rapides à diffuser que ceux qui permettent de renouer les fils d’une confiance si nécessaire à la vie démocratique.

Cette cacophonie cognitive nous fait prendre encore un autre risque : celui de la paralysie de l’action… La peur s’est donc emparée d’une partie de ce précieux trésor qu’est notre disponibilité mentale. Elle nous tient au ventre et plonge notre esprit dans des ensembles de données partielles et trompeuses qui font de nous des hypocondriaques permanents et nous font regarder vers l’avenir avec, comme seul horizon parfois, la terreur et la crainte d’une fin du monde prochaine.

. La lutte des clashs

Les coalitions sociales et les mécanismes affiliatifs sont profondément inscrits dans notre nature.

De même que le sexe et la peur, la colère sera donc un bon support émotionnel pour conférer une certaine vitalité à un produit cognitif.

(Anonymat) Un sondage réalisé aux USA indique qu’un quart des internautes intervient sur des forums ou sur les réseaux sociaux sous une fausse identité.

L’indignation est un feu et les réseaux sociaux sont comme de l’essence.

L’hyper-conséquentialisme nous met en examen de façon permanente.

Cette sensibilité exacerbée du marché cognitif à la conflictualité crée des attitudes opportunistes, i.e. une tentation pour certains acteurs de jouer de la culture du conflit pour se faire remarquer.

Cette lutte des clashs est donc surtout celle des rendez-vous manqués. De longs moments de vide, mais qui offrent l’avantage, pour chacun des protagonistes, de raconter sa propre histoire.

Dans les espaces sociaux que sont les forums, la demande de conflictualité peut devenir hyperbolique par accoutumance, conduire ainsi à une perte de sens moral ordinaire, accentuant l’intensité des agressions numériques.

. Self sévices

Le destin d’un grand nombre de lieux de la planète a été modifié parce que le paysage qu’ils offrent est devenu viral sur les réseaux sociaux.

Il y a dans notre nature profonde une disposition à la compétition généralisée pour attirer l’attention de nos congénères… Notre niveau de satisfaction est donc directement dépendant de processus de comparaison ininterrompue dans notre vie sociale.

La passion pour la micro-notoriété s’est répandue le long des canaux des réseaux sociaux et, avec elle, son cortège de frustrations.

Révélation

59% des personnes qui partagent des articles sur les réseaux sociaux n’ont lu que les titres et rien de leurs contenus.

Le monde contemporain, tel qu’il se dévoile par la dérégulation du marché cognitif, offre une révélation fondamentale -i.e. une apocalypsis- pour comprendre notre situation et ce qu’il risque de nous arriver.

Cette appétence, dont nous avons vu certains des aspects les plus saillants: sexualité, conflictualité, peur, incomplétude cognitive, informations égocentrées, est comme du sucre pour notre cerveau.

Prendre ou ne pas prendre conscience que l’utilisation de notre trésor attentionnel est la question la plus politique et la plus déterminante qui soit.

Éditorialiser le monde

Editorialiser le monde, i.e. focaliser son attention sur tel élément du réel plutôt que tel autre, proposer un ordre d’importance entre ces éléments: lier ces éléments en leur donnant un sens narratif et éventuellement les interpréter en fonction de la catégorie du bien et du mal, est une dimension incontournable de tout discours sur le monde.

Le fait est que les médias conventionnels ont développé massivement une culture du clic pour survivre… On constate que le marché cognitif est animé par des effets de concentration d’attention brefs, soudains et gigantesques.

La vérité ne se défend pas toute seule

La crédulité propose une éditorialisation du monde permettant de relier les faits par des récits favorisant les pentes intuitives et parfois douteuses de notre esprit… le faux se diffuse plus vite, plus largement et plus profondément que le vrai.

L’affirmation envahissante de la crédulité parachève l’apocalypse cognitive que nous connaissons et qui est, encore une fois, la révélation simple et fondamentale de ce que nous sommes et que nous avons souvent cherché à nier.

Troisième partie: L’AVENIR NE DURE PAS SI LONGTEMPS

Prendre ses désirs pour des réalités est compréhensible, il s’agit précisément d’un invariant cognitif de l’espèce mais cela ne nous protège que provisoirement de la sanction du réel.

. Le goût des nôtres

L’offre télévisuelle a ainsi longtemps été drastiquement régulée. Dès lors que la pression étatique s’est relâchée, on a observé ce que l’on observe toujours: un dévoilement de nos appétits les plus immédiats.

Partout, l’éditorialisation de l’information est contaminée par l’anticipation de la demande dès lors que la pression concurrentielle augmente: moins de traitement de fond, plus de divertissements, mise en scène de conflit de personnalités avec la convocation d’éditorialistes aux positions tranchées et opposées.

La peopolisation du monde politique constitue bien l’une des facettes de l’apocalypse cognitive.

Ce qui impose un produit cognitif… ce n’est pas la qualité de son contenu, c’est qu’il réponde à un certain nombre d’attentes constantes et immédiates de notre esprit… Ce n’est pas la qualité de l’information qui lui assure une bonne diffusion mais plutôt la satisfaction cognitive qu’elle procure.

. L’homme dénaturé

La sphère économique s’est emparée des biens culturels pour en faire des produits de marché.

L’idée selon laquelle la concentration capitalistique qui caractérise le milieu médiatique serait la preuve de la subordination des journalistes à ceux qui possèdent les entreprises dans lesquelles ils travaillent est séduisante, mais faible.

. Le prix à payer

Cette sanction du réel, toutes les utopies en ont fait les frais.

Les échecs de ces utopies concrètes sont très nombreux et lorsqu’on examine sereinement les arguments de ceux qui les ont vécues, ils se ressemblent toujours.

. Mensonge privé, vérité publique

Les individus sont souvent des acteurs stratégiques qui tentent de concilier leurs intérêts matériels et symboliques. Ils affichent parfois dans le discours une vertu qu’ils malmènent au jour le jour…pour le dire plus crûment : en France, les gens affirment adorer Arte mais regardent TF1.

. Les néo-populismes

La démagogie cognitive est le processus intellectuel idéal pour conduire un individu de la frustration au populisme.

L’idée est de se servir des réseaux sociaux pour parler directement au « peuple » et enjamber les intermédiaires traditionnels qu’étaient les partis, les syndicats ou encore les médias… Cette volonté de faire disparaître les intermédiaires et la régulation donne sa toute-puissance à la démagogie cognitive.

. La bataille des récits

De la nature des récits qui s’imposeront à nos esprits dépendra la façon dont nous userons du plus précieux de tous les trésors, notre temps de cerveau disponible.

Conclusion: LA LUTTE FINALE

En fluidifiant les relations entre l’offre et la demande, la dérégulation du marché cognitif nous abandonne à des boucles addictives profondément enracinées dans notre nature. Et nous ne sommes peut-être qu’au début du processus.

Devrons-nous nous satisfaire de ce que le temps de cerveau libéré par l’externalisation des tâches algorithmiques soit préempté par les plaisirs offerts d’un monde alternatif et chimérique?

La situation d’apocalypse cognitive correspond logiquement au moment où les systèmes sociaux les plus libres promeuvent la désintermédiation sociale.. Ce faisant, elle voit se reporter par un simple effet de transition les carences individuelles au niveau collectif. La tentation du court-termisme, par exemple, qui pèse si bien sur notre cerveau, peut facilement devenir une caractéristique de la décision collective. Plus symptomatique encore est l’aveuglement fréquent aux conséquences secondaires de nos actions.

Seules les institutions qui savent capitaliser sur leurs erreurs parviennent à survivre et à progresser. C’est vrai aussi pour les entreprises, puisque celles qui se montrent obnubilées par leurs résultats trimestriels connaissent un taux de croissance à long terme beaucoup plus faible que celles qui ont des stratégies de plus long terme.

Nous sommes cependant la seule espèce à être capable de penser notre destin avec une telle profondeur temporelle, la seule à pouvoir prendre en compte les conséquences primaires et secondaires de nos actions. Il nous reste seulement à réaliser toute notre potentialité.

* Acheter

L'île de tous les vices de Jean-Gabriel Fredet - Albin Michel

L'île de tous les vices ; sexe, pouvoir et impunité ; révélations sur l'affaire EpsteinÉmetteur du verbatim: François C.

Epstein est l’archétype glaçant du prédateur des temps modernes : un homme, des appuis, un réseau.

Dans le grand branle-bas libéral-libertaire de la fin du XXème siècle, nous découvrons une Amérique duale: entreprenante, dynamique, mais aussi élitiste, prédatrice, travaillée par des passions mauvaises qui vont bientôt faire le lit d’une ploutocratie sans foi ni loi.

Chapitre 1 L’île du diable

Sur Little Saint James (confetti des îles Vierges américaines acheté par Jeffrey Epstein en 1998), le sexe est partout.

Qu’ils soient financiers, scientifiques, politiques, grands patrons ou avocats, l’île aux nymphettes n’accueille que des hommes d’influence.

C’est plutôt la version hard du jardin d’Eden, doté, derrière les apparences BCBG et le vernis des jeux érotiques, d’un gigantesque lupanar avec pornographie soft ou hard selon les moments.

Après un séjour sur Saint Jeff, l’invité devient complice, débiteur du maître des lieux. Chacun «doit» quelque chose à cet homme charmant, prévenant, qui a su flatter son vice caché et en conserve une trace.

Chapitre 2 Trente ans d’impunité

Comment ce prédateur a-t-il pu monter et organiser pendant trente ans un trafic sexuel quasi industriel de jeunes femmes, sans être jamais sérieusement inquiété par la justice?

L’ascension et la chute de Jeffrey Epstein racontent la fin d’une utopie, celle de l’Amérique que nous fantasmions : ouverte, généreuse, bienveillante, à l’écoute des victimes. Justice à deux vitesses et triomphe de l’argent, violence des rapports humains, puritanisme de façade mais laisser-faire pour les criminels sexuels, mécénat en sautoir mais obligation de retour sur investissement quand bien même il est philanthropique, presse paresseuse ou indifférente, dévoiement des élites, persuadées d’être au-dessus des lois et ne respectant que la leur : c’est à la lumière de cette nouvelle donne que se lit le scandale XXL.

Chapitre 3 Un suicide…assisté?

A 7 h 36, ce 10 août 2019, le financier Jeffrey Epstein (66 ans), accusé de trafic sexuel et de viols sur mineures et incarcéré dans un centre fédéral de haute sécurité, est déclaré mort.

Le scénario du meurtre suppose des complicités et des collusions au plus haut niveau. Entre le personnel de la prison et le milieu du crime. Entre le milieu et le monde politico-financier. Une double alliance dont la révélation pourrait ébranler les bases de la société.

Chapitre 4 Crimes sans châtiment

Deux poids, deux mesures. Quatre ans : c’est la durée de l’instruction des crimes sexuels imputés à Jeffrey Epstein entre 2003 et 2005. Soixante-huit minutes: c’est le temps qu’il a fallu au tribunal de Palm Beach pour débouter la trentaine d’adolescentes, la plupart mineures au moment des faits, séduites puis violées, brutalisées, parfois esclavagisées, et les renvoyer à une détresse superbement ignorée par la justice.

C’est oublier aussi la philosophie sous-jacente, dans un pays où l’argent est roi. Pas de délit, pas de crime même, que l’argent ne puisse finalement étouffer, voire effacer. Le pretium doloris, le prix de la douleur, la réparation financière sont évalués et calculés au trébuchet des actions et des demandes reconventionnelles.

Influencer, dissuader, déstabiliser : de ce point de vue, la défense mise sur pied par le prédateur aux poches profondes est un modèle… Avec Epstein, rarement instruction aura donné lieu à autant de coups bas, coups tordus, coups fourrés.

Selon Kessler, ces sextapes montrent les ébats de « quelques-unes des personnalités les plus riches et les plus puissantes du monde », avec parfois des viols. S’il dit vrai, ces documents peuvent donner une des clés de la fortune d’Epstein : un chantage à grande échelle sur des V.I.P. des affaires, de la science, de la politique et même d’une cour royale.

Chapitre 5 Un p’tit gars de Brooklyn

Qui est-il? Sans aucun doute un criminel sexuel, trafiquant de chair humaine au goût prononcé pour les filles à peine pubères. Un sociopathe, dénué de tout sentiment de culpabilité, indifférent aux autres, aux normes sociales comme aux normes culturelles. Mais en même temps, enfoui sous les (multiples) marottes d’un jouisseur compulsif, un austère, un spartiate.

Dans une époque de libéralisme extrême, darwinienne, où la loi du plus fort -présumé le meilleur parce que devenu le plus riche- s’impose, Epstein le libertaire, renard dans un poulailler, vit comme il l’entend, fait ce qui lui plaît et ne rend de comptes à personne… l’homme s’est installé dans une marginalité de luxe.

Jeffrey Epstein est un homme de son temps. Gonflés à la testostérone d’un culot sans bornes, ses succès racontent la financiarisation de l’Amérique et l’irrésistible ascension de la ploutocratie.

Chapitre 6 High society

Observer, influencer, racketter : le schéma de la conquête reste immuable.

Riche, doté d’un incroyable réseau d’amis, d’obligés ou de relations d’affaires, Epstein va devenir, pendant les deux décennies suivantes, une figure de cette élite new-yorkaise qui ne croit qu’à ses propres valeurs et ne respecte que ses propres règles.

Une lecture attentive des noms du carnet noir permet de distinguer trois catégories: les personnes d’influence, à séduire et à choyer ; les vieux complices, et, famille à part, les personnalités scientifiques, dont la proximité doit conférer à Epstein respectabilité et légitimité.

En l’espace de trois décennies, la « nation indispensable » dont parlait Madeleine Albright a basculé dans une ploutocratie où les déviances sexuelles n’ont plus rien à voir avec la « luxure » mise en scène par Hugh Hefner, le fondateur de Playboy… La pornographie n’est plus représentée : elle se vit en direct.

Chapitre 7 Le mécène introuvable

On connaît le prédateur. On oublie l’illusionniste. Comment, sans aucune formation, a-t-il pu tromper des sommités scientifiques, détourner leurs recherches au profit de ses lubies personnelles et abuser Harvard, l’université la plus célèbre du monde?

Mensonge, usurpation, imposture, comment expliquer cette triple violation des règles d’une des plus prestigieuses institutions des Etats-Unis?

Du côté des bénéficiaires, comme du côté du « donateur », le scandale Epstein projette une ombre sur le fonctionnement d’institutions et de procédures réputées exemplaires.

Passager clandestin de l’Ivy League, voyageur sans bagage du monde de la science, faux savant des sciences cognitives mais vrai faussaire et virtuose du contournement, Epstein n’a jamais cessé de cultiver des vies parallèles.

Chapitre 8 Le grand chantage

L’origine de son implication active dans la cause d’Israël est confuse. On sait seulement que c’est Shimon Peres qui a présenté Epstein à Ehud Barak au début des années 1980. Bonne recrue. Goût du secret, opérant toujours à la limite de la légalité, l’ami américain a tout pour devenir compagnon de route, supplétif puis auxiliaire actif du renseignement, une communauté brassant intérêts publics et privés, idéal et trafic d’influence, ventes d’armes et règlements de comptes.

Marginal, audacieux au-delà de tout, funambule de l’extrême, habité de ce sentiment d’invulnérabilité que confèrent de puissants protecteurs, l’homme a toutes les qualités d’un agent double ou triple.

Chapitre 9 Lady Ghislaine

Pendant plus de quinze ans, la fille du propriétaire du Mirror et du New York Daily News, passée de girlfriend à exécutrice des basses œuvres, a partagé la vie, les dérives, les chantages, les secrets du prédateur. Son mauvais génie? Peut-être en partie. Gardienne en tout cas des secrets d’un des pires scandales que l’Amérique ait connus.

Ghislaine ou l’amour fou, compulsif, addictif, autorisant tous les excès, toutes les débauches? ou seulement surintendante des plaisirs? Probablement les deux, au moins au début… Cumulant les rôles de rabatteuse, d’instructrice et de dresseuse des recrues, elle aurait été la pierre angulaire du système organisé sur deux continents.

Chapitre 10 Duo infernal

Leslie Wexner et Jean-Luc Brunel sont, chacun à leur façon, associés à ce qui fera la sinistre réputation de leur ami avant de signer sa perte… L’un et l’autre sont des subversifs, on dit aujourd’hui des «disrupteurs». Ils comprennent avant les autres. Et, captant les courants, savent les chevaucher, quitte à casser les codes. Avec l’obsession de devenir riches.

Entre en scène Jean-Luc Brunel, le sulfureux agent de mannequins… Sexe, drogue, fric et rock’n’roll: le business devient «un repaire de maquereaux et de prostituées».

Une machine bien huilée, capable de repérer, transférer, «distribuer» des adolescentes vers les Etats-Unis, sans éveiller les soupçons des autorités.

Chapitre 11 Expédition africaine

C’est tout le paradoxe de ce voyage en Afrique avec Bill Clinton: ni sexe ni orgie. Pourtant, sa large médiatisation servira de révélateur, non seulement des penchants d’Epstein, mais aussi du «deep state apparatus» - cet appareil d’Etat «profond» auquel appartient Clinton – qui prône une morale dont il lui arrive de s’affranchir allègrement.

Cette vision noire d’une haute société débauchée trouve d’autant plus d’échos que plusieurs responsables démocrates figuraient dans le petit carnet noir. Tous pouvaient donc avoir intérêt à son silence. L’accusation renforce l’idée d’un establishment corrompu, convaincu de pouvoir s’adonner à ses vices en toute impunité.

Chapitre 12 A terrific guy

Dans une caste qui ignore la division entre démocrates et républicains, se croit supérieure, pratique l’entre-soi, s’adonne impunément à ses vices secrets et cultive la défense de ses pairs, un autre satrape, Donald Trump, figure en bonne place.

La liste des «contacts sexuels non désirés» et des «comportements inappropriés» est longue comme un jour sans pain. Soixante-dix femmes, pas moins, l’accusent de les avoir tripotées, agressées, et parfois violées, selon l’enquête «Les femmes du président et la fabrication d’un prédateur», des journalistes américaines Barry Levine et Monique El-Faizy.

Puérile, sordide, obscène, cette macabre comptabilité? Sauf qu’elle témoigne de la capacité de nuisance d’Epstein, plus dangereux encore mort que vivant. Le spectre du prédateur, adulé puis redouté par la haute société américaine, hante le pays, menaçant notamment la réputation de deux de ses présidents.

Chapitre 13 Andrew, prince déchu

Son «trophée», Son Altesse Royale le prince Andrew Albert Christian Edward, duc d’York, deuxième fils de la reine Elizabeth II, est à terre. Face aux caméras de la BBC, finies, les parties fines et l’amitié partagées: le troisième personnage dans l’ordre de succession au trône britannique a l’air d’un lapin pris dans les phares d’une voiture… En novembre 2019, à 59 ans, Andrew, père de deux filles de 31 et 29 ans, est carbonisé. Premier membre de la famille royale à subir un tel déshonneur, il est formellement déchargé de toute fonction officielle.

Il sera protégé par la reine Elizabeth II pendant neuf ans, jusqu’au 16 novembre 2019 où il sera finalement dénoncé pour sa vie dissolue, ses liens avec des potentats étrangers peu recommandables et, surtout, son amitié avec un milliardaire américain dépravé et expert en trafic d’influence…Sa chute finale ? Il ne la devra qu’à lui-même. A sa volonté de « laver son honneur » face à l’acharnement de Virginia Roberts Giuffre et aux convocations de la justice américaine, actionnée par le FBI.

Chapitre 14 La poursuite impitoyable

Le message d’Edwards, l’avocat des premières victimes, aux défenseurs du prédateur est clair : la guerre sera totale. Ni compromis, ni armistice.

Avocats d’Epstein trop sûrs d’eux, victimes regroupées en associations et décidées à aller jusqu’au bout, opinion mobilisée par le mouvement MeToo: à sa façon, chacun des acteurs du drame va obliger finalement le FBI, l’agence de police judiciaire à l’échelon fédéral, à arrêter Epstein. Et à le déférer devant le tribunal de New York, en juillet 2019.

En s’imposant à lui-même la peine capitale, Epstein va finalement échapper à la justice, et emporter ses secrets… dans la tombe?

Saurons-nous un jour ce qui lui est arrivé? Comme un soleil noir, son fantôme continue à planer sur cette Amérique duale, écartelée entre son aspiration à la sagesse et à la décence et sa propension au chaos, au drame et à la violence.

 

*

 

 

 

Acheter

Sur la route des hommes sans nom de Bernard-Henri Lévy - Grasset

Sur la route des hommes sans nomÉmetteur du verbatim: François C.

L’entreprise qui consiste à aller saisir, à leur pointe de flamme, les guerres quand elles sont confuses, les souffrances quand elles sont impardonnables et les fugitifs détails témoignant d’un destin promis à l’insignifiance…

CE QUE JE CROIS

Ch. 1. Qu’est-ce que c’est, dégueulasse?

J’ai eu la chance, en effet, de naître d’un père deux fois héroïque.

Je n’aurais rien fait de cela si je n’avais eu, vivant au-dedans de moi, ce sentiment, ce point de lumière, cette conscience intime et transcendantale, ce réflexe dont je viens d’esquisser la généalogie.

Mais avec une dose d’espérance, une nostalgie de la fraternité et une foi dans la capacité des hommes, sinon à changer le monde, du moins à l’empêcher de se défaire, qui me viennent de cette intime et ancienne alchimie.

Ch. 2. S’il n’en reste qu’un

Je pense au cosmopolitisme -mais à condition d’inclure dans le « cosmos » les bannis de la « polis », ses étrangers, ses laissés-pour-compte, les incomptés, les infréquentables et infréquentés, les hors enceinte sacrée de la ville et, depuis qu’elle a supplanté la ville, de la nation et de l’Etat.

J’observe que la plus injuste des injustices, la mère de toutes les autres, c’est, plus que jamais, la contingence d’une naissance sous une latitude plutôt que sous une autre, dans un lieu clément de la planète plutôt que dans une de ses zones de malédiction.

Ch. 3. L’art de la fugue

(voyages) C’est la circonstance, par excellence, où l’on se déprend de soi, où l’on s’allège de son importance et où l’on a une chance, une petite chance, de s’étrangéiser et de devenir un peu un autre.

C’est cette puissance du voyage comme art du décentrement de soi, du déclassement et de la transformation du monde en un espace offert, non seulement au travail de la pensée, mais aux gestes et aux actes du corps.

Ch. 4. Autoportrait de l’aventurier

Je ne suis pas journaliste puisque mon parti pris est inverse et que je ne pars jamais en reportage sans avoir la ferme intention d’intervenir dans ce que je verrai et de toucher à ce que je montrerai.

Mais je suis assez juif pour savoir que, même si le cœur des rois est entre les mains de Dieu, l’homme est dit associé dans l’œuvre de la Création et que cette dimension de participation fait qu’un Juif ne se sent jamais délesté du monde, mais au contraire, investi de lui.

Ch. 5. La mort, comme le soleil ?

Je sais, oui, qu’il arrive que la Bête déclare la guerre à l’Esprit, la barbarie à la beauté du monde, et il n’y a pas d’autre choix, alors, que de relever le défi et, de toutes ses forces, d’arracher leur couronne aux Héliogabale à front bas.

Je vois dans cette répudiation du courage un mépris des vies minuscules, les vraies, celles qui sont trop petites pour avoir une histoire, une archive, un visage sur nos écrans de smartphone ou une place dans un roman de Louis Guilloux.

Et puis je crois enfin qu’une vie n’est une vie et ne fait de nous des humains accomplis que si elle est un peu plus que la vie et s’ordonne à une idée, un idéal, un principe, des valeurs qui la transcendent et la hissent au-dessus de soi.

J’ai aussi trouvé, il y a cinquante ans, il y a vingt ans, il y a cent jours, peu importe, de belles histoires de résistance, de lutte, de bonté, d’abnégation, dont je ne me suis pas remis non plus et d’internationalisme.

CE QUE J’AI VU

Ch. 1. SOS Chrétiens, au Nigeria

Les Fulanis, c’est la sauvagerie de Boko Haram étendue à tous les mécréants -chrétiens et musulmans- du Nigeria et au-delà, du Tchad, du Niger et du Cameroun…

Et ce rêve d’un Etat islamique ressuscité sur les cadavres des animistes, des chrétiens et des musulmans qui résistent à la radicalisation a fait des émules jusqu’ici.

Ch. 2. Justice pour les Kurdes!

Ces guerrières sont mariées avec le Rojava comme des moniales avec le Christ. Ni séduction ni passion : le puritanisme laïque d’un peuple d’Antigones qui veille sur ses 11 000 morts de la guerre contre Daech et, désormais, contre Erdogan.

Et ce mélange d’horizontalité et de génie spartiate, d’esprit libertaire et de discipline révolutionnaire, de communalisme écologique et d’internationalisme, c’est, insiste-t-elle, le pilier du Rojava et l’âme de sa résistance.

La nation kurde a payé trop cher son endurance et son rêve invaincu d’un Kurdistan indépendant, libre et sans frontières. Rendons-lui justice. Il est temps.

Ch. 3. Dans les tranchées de la guerre en Ukraine

(Marioupol) Eh bien les séparatistes, faute de la soumettre, l’ont mise sous blocus et sont en train de l’asphyxier.

Et, quant à nous, Occidentaux insoucieux, cette guerre oubliée d’Ukraine, sa tragédie au goutte-à-goutte et, de ce côté-ci des 500 kilomètres du front, ces braves qui, deux heures avant minuit, continuent de monter la garde, devraient être notre remords.

Ch. 4. Fin du monde à Mogadiscio

La ville, cannibale, mangeuse de morts et de vivants, est rendue, comme si de rien n’était, à son halètement comateux.

Et j’arrive au bout de cette enquête avec le sentiment que c’est l’ordre chebab qui, après vingt ans d’une guerre inutile, règne toujours sur la Somalie.

Ch. 5. Les damnés du Bangladesh

Leçon de courage de ces Rohingyas qui ont tout perdu, fors leur dignité. Mais leçon d’humanité des Bengalais qui n’ont rien mais trouvent la force de le partager, ce rien, avec les 900 000 hôtes de ce purgatoire de vivants.

S’il y a bien un endroit au monde où menace la catastrophe climatique, c’est ici. Le Bangladesh est un pays delta. C’est une terre aux sept cents rivières dont certaines sont nées, comme le Gange et le Brahmapoutre, dans tout le sous-continent et se sont donné rendez-vous ici, comme pour mieux se jeter dans le golfe du Bengale.

Et puis ce valeureux Bangladesh, qui est en première ligne de la bataille planétaire contre l’islamisme, la pauvreté, le chaos migratoire et les cataclysmes écologiques, a, comme si cela ne suffisait pas, une dernière guerre à livrer -sanitaire. Il est, depuis toujours, une terre de fièvres, diarrhées, maladies respiratoires et cutanées, causées par la destruction de l’air et des sols.

Ch. 6. Retour à Lesbos

L’une des îles grecques les plus belles, les plus chargées d’histoire et de légende -et, aujourd’hui, capitale européenne de la douleur.

A l’heure où le reste de l’Europe fait assaut d’hygiénisme, Moria est ce lieu d’infection, de corruption, de fétidité. Anus mundi.

Et c’est que, malgré le dénuement, malgré la peur, malgré le sentiment d’être abandonnés des dieux, des Grecs et du monde, malgré les graffitis si tristes où l’on peut lire « nous ne sommes pas des animaux » ou « Europe, pourquoi nous as-tu abandonnés ? », il reste, entre ces frères humains que rien ni personne n’est parvenu à déshumaniser, les gestes de solidarité qui font que la vie continue.

Ch. 7. Une embuscade en Libye

J’ai vu des villes martyres en Libye.

Je n’ai même vu que cela, à l’époque de cette guerre de libération dans laquelle j’ai placé tant d’espoir et où chaque jour, ou presque, amenait la découverte d’un charnier insoupçonné.

La Libye est à la croisée de ses chemins. Nous aussi. Mais prenons-y garde. C’est ici, sur ces rivages, que se joue, pour partie, le futur de la Méditerranée et de l’Europe.

Ch. 8. En Afghanistan, avec le dernier des Massoud

Massoud le Second serait-il un nouveau Cavalier décidé à mettre en échec des seigneurs de la guerre qui ne sont plus, face au péril taliban, que les épaves d’eux-mêmes ? Se pourrait-il que, dans ce dernier affrontement où se joue notre destin, il y ait là un protagoniste, au moins un, pour dire non à l’obscurantisme, à la loi des massacres et à l’esprit de démission ? Je l’espère.

*

  Acheter

Le livre des deux chemins de Jodi Picoult - Actes Sud

Coup de cœur d’Élodie, notre amie libraire: Rescapée d’un accident d’avion, Dawn part sur un coup de tête en Égypte, sur le lieu de fouilles où elle avait travaillé, étudiante. De retour à Boston, elle essaie de reprendre le cours de son ancienne vie, retrouve son mari, sa fille, son travail d’accompagnatrice de fin de vie. Rien n’a changé, c’est toujours la même routine. Vraiment?

Un roman passionnant qui distille égyptologie et physique quantique en interrogeant sur les choix qui orientent notre vie et les différents destins que nous aurions pu connaître.

Les anciens égyptiens pensaient que le chaos était le premier ingrédient indispensable de l’univers. Il pouvait tout balayer sur son passage, mais c’était aussi l’endroit où l’on pouvait repartir de zéro.”

 

Acheter

L’ECONOMIE DE LA VIE de Jacques ATTALI - Fayard

L'économie de la vie ; se préparer à ce qui vient Émetteur du verbatim: François C.

Comme les précédentes pandémies majeures de l’histoire, celle d’aujourd’hui est d’abord un accélérateur d’évolutions déjà en germe. D’évolutions désastreuses. D’évolutions positives.

Comme pendant une guerre, les vainqueurs seront ceux qui auront eu les premiers le courage et les armes. Et pour avoir l’un et les autres, il faudra une mobilisation sans faille autour d’un projet nouveau, radical ; que je nommerai ici « l’économie de la vie ».

Ch. 1 QUAND LA VIE NE COMPTAIT PAS

Plus généralement, une épidémie, laisse entendre la Loi juive, vise à pousser les hommes à sortir de leur confort, pour accélérer l’avènement de l’ère messianique. L’épidémie porte donc à la fois l’idée de culpabilité, de rédemption et d’espérance.

La peste (1347 à 1352) s’éloigne…elle renverse donc le monde féodal, concentre la fortune entre les mains d’une poignée de survivant, fait surgir une bourgeoisie marchande, et rend possible l’ascension de nouvelle élites, dont la famille Médicis.

(Grippe espagnole) Au total, cette épidémie fait entre 50 et 120 millions de morts, soit entre 3% et 6% des 1,8 milliards d’habitants de la planète.

Les pandémies se multiplient : 40 épidémies de choléra sont signalées chaque année à l’OMS. La fièvre jaune tue encore jusqu’à 30 000 personnes par an ; 450 000 meurent de la malaria. Depuis 1970, plus de 1500 nouveaux agents infectieux pathogènes ont été découverts, dont 70% d’origine animale.

Ch. 2 UNE PANDEMIE PAS COMME LES AUTRES

Quand la mort reste intime, prévisible, on la tolère ; quand elle rôde dans les rues, et peut atteindre tout le monde, à des moments imprévisibles, elle devient intolérable.

Le malheur a donc voulu que ce soit dans une dictature, la Chine, que tout commence ; une dictature qui camoufle la réalité, à elle-même d’abord, puis aux autres.

(Chine) Un pouvoir qui n’a pas su organiser à temps, i.e. depuis début décembre, la distribution de masques, les tests et l’isolement des contaminés et de leurs proches.

Depuis vingt ans déjà, l’égoïsme, la courte vue, la fermeture aux autres l’emportaient ; le monde était en excès de tout ; trop de futilité ; trop d’égoïsme ; trop de déloyauté ; trop de précarité. Trop de fortunes. Trop de misère. Des bulles insupportables. Une situation climatique de plus en plus catastrophique. Des gaspillages infinis…Trop peu de sens de l’essentiel. Trop peu de prise en compte de l’intérêt des générations futures.

Enfin, et peut-être surtout, ce qui explique tout le reste, des sociétés qui ne se respectent pas : plus de 45% de la population mondiale n’a pas accès à des services d’hygiène efficaces ; plus de 40% des gens n’ont pas de moyens de se laver les mains chez eux ; plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des toilettes.

La bonne décision en Europe, jusqu’à fin février ou encore tout début mars, eût été de se lancer dans la production massive de masques, de tests et de moyens de suivre les relations des contaminés, comme on l’a fait en Corée.

Choix lamentable. Erreur tragique : le coût de la production, à temps, de masques et de tests aurait été le dix millième de ce que va coûter la dépression provoquée dans le monde par le confinement.

Derrière ce chaos se joue une formidable bataille planétaire, où chacun tente d’avoir pour soi le maximum de personnel, d’équipements, de respirateurs, de masques et de tests. Or la production mondiale est très insuffisante.

Ch. 3 UNE ECONOMIE MONDIALE EN SUSPENS

Une crise d’une ampleur incommensurable, dont peu de gens ont encore compris l’extrême gravité et les multiples facettes…Si on ne prépare pas en même temps les changements radicaux que cette crise exige, cela ne fera que maintenir un instant le réel en suspens. Avant un grand plongeon. Un très grand plongeon.

Une société de la solitude s’installe ; une société où beaucoup de gens sont comme en prison volontairement ; une société où les jeunes sont contraints de ne pas travailler pour que les vieux, qui ne travaillent pas, survivent. Une société de décroissance dans la solitude, dont les conséquences sociales, économiques, culturelles, politiques et écologiques sont et seront gigantesques.

En Europe, 60 millions d’emplois sont menacés, soit un emploi sur quatre…Au total, selon l’OIT, la gestion catastrophique de l’épidémie va détruire 200 millions d’emplois et réduire le revenu d’au moins deux milliards de personnes.

Dans l’ensemble, en trois mois –mars à mai-, près de 10 000 milliards de dollars, soit au total environ 10% du PIB mondial, sont engagés dans cette bataille. En conséquence, les déficits des Etats vont dépasser 10% du PIB dans de très nombreux pays, dont la France, l’Espagne et l’Italie. Et atteindre même 20% aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, la dette publique est soutenable, aussi longtemps que le taux de croissance nominal, en tenant compte de l’inflation, est supérieur au taux d’intérêt. Or, la croissance n’est plus là…

Si on continue comme ça, à un moment encore indécidable, cela entraînera une crise financière d’une ampleur infinie, qui emportera d’abord les petites entreprises, puis certaines grandes entreprises que les financiers et les Etats ne pourront plus tenir à bout de bras. Aucun Etat ne pourra nationaliser toutes ses entreprises.

S’aggravera aussi la précarité de ceux qui ne sont protégés par aucun statut et qui dépendent, pour vivre, de leurs clients ou de leurs employeurs. Le chômage, la faillite personnelle, la perte du logement, la faim même, toucheront partout dans le monde, même en Europe, d’innombrables familles, y compris dans la classe moyenne, dont la plupart ne sont absolument pas conscientes des menaces qui les guettent.

Ch. 4 LA POLITIQUE, A LA VIE, A LA MORT

Avec cette pandémie s’amorce une très grave crise politique, sociale, morale et idéologique, plus encore qu’économique.

Je pense que la crise va accélérer une évolution dans laquelle les Etats-Unis et la Chine seront tous deux affaiblis, vers un monde sans maître…Un monde où l’Europe retrouve toute sa chance d’être libre, puissante et prospère.

Le modèle politique chinois, autoritaire et censuré, n’est pas tenable à terme…aucune nation n’a jamais été une superpuissance durable sans laisser s’exprimer des points de vue dissidents à l’intérieur de son élite.

Ces deux superpuissances affaiblies –USA et Chine- seront particulièrement dangereuses. Un conflit très vif, pas seulement économique, peut les opposer. Une guerre est même possible. Pas nécessairement volontaire. Pas nécessairement directement entre elles. Le moindre incident en mer de Chine ou dans le golfe Persique pourrait la déclencher.

Cet affaiblissement des nations, même des plus puissantes, devrait accélérer le processus de prise de pouvoir des très grandes entreprises…L’équivalent chinois des GAFAM se dote des mêmes pouvoirs. Avec plus encore de puissance de calcul, de connaissance en intelligence artificielle et en champ d’action, en raison de la taille du marché chinois. Pour l’instant, il reste au service du parti communiste et de l’Etat.

Et pourtant, les défis qui viennent devant nous sont justement liés à ce que produisent ces firmes : l’artificialisation du monde.

La décroissance n’est donc pas la solution à la maîtrise du réchauffement climatique. Il faut non pas décroître, mais produire autrement. Et autre chose.

D’autres dangers menacent la planète : la destruction de la mer, l’agriculture intensive, la remise en cause de la biodiversité, la misère, la faim, l’absence d’éducation, en particulier pour les filles, les violences faites aux plus fragiles. Et tant d’autres.

Ch. 5 TIRER LE MEILLEUR PARTI DU PIRE

La pandémie nous apprend l’interdépendance de toutes les vies.

Aux Etats-Unis, on a calculé que 60% des emplois pourront être exercés à domicile. L’essentiel des services, dans les pays disposant d’un bon réseau numérique, pourront être rendus à distance. Une grande partie des réunions, conférences, colloques, se tiendront de façon virtuelle.

L’entreprise devra justifier qu’elle protège ses collaborateurs, ses clients, son environnement, qu’elle se prépare aux crises futures, au moins autant qu’elle veille aux intérêts de ses actionnaires ; plus généralement, que ses activités sont conformes aux intérêts des générations futures. Elle devra donc devenir ce qu’on commence à nommer une « entreprise positive ».

En France, un petit nombre d’associations (moins de 15%, surtout dans le domaine social) ont des salariés ; plus précisément, 163 400 d’entre elles emploient 1,8 million de salariés, soit presque 10% des employés du secteur privé ; et il faut y ajouter les 80 000 jeunes en service civique et les 12 millions de bénévoles.

La crise a conduit à un développement gigantesque du commerce en ligne…on a vu, et on verra se développer des moyens d’achat virtuel très personnalisés, avec un vendeur virtuel attitré pour chaque client dans chaque magasin.

L’essentiel est d’être protégé : chacun voudra l’être de plus en plus, comme personne, consommateur, producteur, citoyen.

La surveillance a toujours été au cœur du pouvoir. La surveillance digitale de l’état de santé de chacun peut être un outil de dictature ou de liberté.

Ch. 6 L’ECONOMIE DE LA VIE

Vient une évidence : il faut remettre en cause très profondément nos modes d’organisation, de consommation et de production.

La moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à des services de santé essentiels. Plus encore n’ont pas accès à une protection sociale adéquate pour la financer. De très nombreuses pandémies ne sont pas sous contrôle ; de très nombreuses maladies sont encore mal comprises et incurables.

Un programme mondial de développement de l’hygiène devrait également être mis en place. Il faudra améliorer les marchés de gros, les réseaux de gestion des eaux usées et le recyclage des produits d’hygiène, aujourd’hui trop souvent en plastique à usage unique.

L’élevage industriel, le confinement des animaux et l’absence d’hygiène dans les abattoirs et les marchés favorisent le développement de bactéries multirésistantes.

En particulier, en Europe, une nouvelle politique agricole commune devrait faire de la santé des sols, du partage de la valeur ajoutée et de la fin du gaspillage alimentaire des priorités absolues.

Les très grands magasins et les centres commerciaux perdront beaucoup de leur raison d’être ; ils devront, pour certains, se reconvertir. C’est un des plus grands défis des années à venir.

On aura besoin partout de beaucoup plus de professeurs, mieux formés tout au long de leur vie, et mieux rémunérés…L’éducation devra être permanente, pratique, concrète. Plus personne ne devra ignorer le digital, l’écologie, le social.

Cette économie regroupe toutes les entreprises qui, d’une façon ou d’une autre, de près ou de loin, se donnent pour mission de permettre à chacun de vivre bien.

Les secteurs concernés sont très nombreux : la santé, la prévention, l’hygiène, le sport, la culture, les infrastructures urbaines, le logement, l’alimentation, l’agriculture, la protection des territoires, mais aussi : le fonctionnement de la démocratie, la sécurité, la défense, la gestion des déchets, le recyclage, la distribution d’eau, l’énergie propre, l’écologie et la protection de la biodiversité, l’éducation, la recherche, l’innovation, le numérique, le commerce, la logistique, les transports de marchandises, les transports publics, l’information et les médias, l’assurance, l’épargne et le crédit.

C’est aussi vers cette économie de la vie qu’il faut réorienter les entreprises des autres secteurs, qui, aujourd’hui, attendent, en vain à mon sens, le retour chimérique de leurs marchés à l’identique : les entreprises automobiles, aéronautiques, de la machine-outil, celles de la mode, de la chimie, du plastique, de l’énergie carbonée, du luxe, du tourisme, ne reverront pas leurs marchés antérieurs.

Le tourisme représente plus de 330 millions d’emplois au niveau mondial et pèse plus de 10% du PIB mondial…Il faudra admettre qu’une destination touristique n’est viable et durable économiquement que si elle l’est écologiquement, culturellement et socialement.

En particulier, la protection de la diversité fait partie de l’économie de la vie. Elle est essentielle pour endiguer la propagation des épidémies : la déforestation et la réduction du territoire des espèces sauvages augmentent en effet les risques de propagation des maladies. Des mécanismes juridiques, liés à l’aménagement des territoires, devront permettre la préservation de la biodiversité, un traitement digne des animaux, le développement concret de l’agriculture biologique et la lutte contre l’artificialisation des sols.

Ch. 7 ET APRES ?

Bien des métiers n’auront plus de raison d’être et des dizaines de millions de gens, brutalement jetés au chômage, devront se réinventer.

Il faudra non seulement tirer les leçons du passé et être prêt au retour du même, mais aussi être prêt à l’inattendu, à l’inconnu.

Chaque nouveau confinement serait un nouveau choc économique, social et politique qui viendrait ajouter de nouveaux malheurs aux tragédies actuelles.

Il faut se préparer à de futurs désastres écologiques…On sait tout de la croissance à craindre des déchets, du recul des récifs de coraux, de la disparition de la diversité ; on sait que, au rythme actuel, en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans l’eau.

Bien des analystes montrent que le seul réchauffement climatique pourrait conduire à une baisse de 3% du PIB mondial dès 2030.

De la même manière que la température augmente lentement, sans qu’on s’en rende compte, le totalitarisme avancera continûment, parfois sans dictateur, sans rupture de régime, sans annonce particulière, servi par des hommes politiques qui se croiront encore des démocrates et qui ne le seront plus.

Conclusion POUR UNE DEMOCRATIE DE COMBAT

Continuer comme ça, c’est faire le jeu des dictatures, qui se préparent à l’avenir : la Chine vient d’annoncer le lancement d’un programme centré sur sept secteurs habilement choisis : la 5G, Internet, les transports rapides entre villes, les centres de données, l’intelligence artificielle, l’énergie de haut voltage, les stations de recharge des véhicules électriques. Des secteurs permettant de renforcer la surveillance du peuple et de se passer du pétrole importé.

Il faut comprendre qu’il serait intolérable de faire subir, par notre faute, aux enfants d’aujourd’hui, une pandémie à 10 ans, une dictature à 20 ans et un désastre climatique à 30 ans.

Soixante-dix ans de drogue ultralibérale ont tué toute volonté et tout moyen pour l’Etat d’agir fermement et de vouloir un projet…Et pourtant, il est temps de passer de l’économie de la survie à l’économie de la vie. Il est temps de passer d’une démocratie à l’abandon à une démocratie de combat.

Penser après, c’est penser large, c’est penser à la vie et à la condition humaine. C’est penser vraiment à ce que nous voulons faire de notre vie, si brève, si fragile, si pleine de surprises. Si rare aussi.

C’est penser à la vie des autres, à celle de l’humanité et du vivant.

Y penser, non dans la peur de mourir, mais dans la jubilation de vivre. De vivre chaque instant, gaîment…Dans la gratitude à l’égard de ceux qui rendent possible l’avenir et la volonté de créer un monde où ces catastrophes, sans doute inévitables, seraient si bien préparées qu’on n’aurait pas à s’en inquiéter, ni avant, ni pendant. Pour nous. Pour nos enfants, nos petits-enfants ; et les petits-enfants de nos petits-enfants.

Tant de belles choses, des choses exaltantes, les attendent, si, aujourd’hui, nous prenons soin d’eux.

 

 

* Acheter