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Verbatims et recommandations...

Activez vos talents, ils peuvent changer le monde de Mathieu Dardaillon - Alisio

Activez vos talents, ils peuvent changer le monde ! Introduction

Partie 1 POURQUOI PRENDRE SA VIE EN MAIN

Ch. 1. Un monde en rupture

  1. Ruptures technologiques: se pose surtout la question du sens, de l’éthique et de la finalité de ces innovations.
  2. Nouvelle donne économique
Ch. 2 Des défts sociétaus sans précédent

  1. Enjeux sociaux: exclusion; replis nationalistes et communautaires; terrorisme; inégalités; accès aux besoins primaires.
  2. Urgence environnementale: réchauffement climatique; épuisement des ressources; pollution; destruction de la biodiversité; préserver le vivant ou le retour du bon sens.
  3. Un monde à réinventer: vers un nouveau modèle de société, l’économie du DONUT (plafond environnemental ; plancher social ; « l’espace sûr et juste pour l’humanité ».
 

Ch. 3 Stop au gâchis de talents

  1. Nous avons tout pour résoudre nos problèmes : L’être humain est capable de répondre à n’importe quel défi auquel il a à faire face ; Talents gâchés : je suis fasciné par des gens talentueux qui font des choses « inutiles ».
  2. Mettre son intelligence au bon endroit : le concept d’ »innovateurs sages ». Navi Radjou définit la sagesse comme « l’application de l’intelligence pour servir une cause noble » ; l’intelligence du cœur ; changer nos priorités. Lorsque nous décidons de priorités et que nous organisons un effort collectif, rien n’est impossible ! (ex. : l’éradication mondialement en cours de la polio).
  3. Les talents de chacun peuvent changer le monde : Chacun a des talents. Nous avons tous un domaine –au moins un- dans lequel nous pouvons faire une grande différence ; Le monde a besoin des talents de chacun.
 

Ch. 4 Changer le monde, c’est possible !

  1. Un mouvement de fond : Un formidable bouillonnement d’initiatives ; Une envie d’agir sans précédent.
  2. Le temps des nouvelles utopies : Créer des « social-fictions » Muhammad Yunus ; Redessiner le système ; Le point de bascule, après les 2,5% d’innovateurs marginaux et les 13,5% de soutiens actifs ; Des cohortes pour changer la donne.
Ch. 5 Le travail, nouveau terrain de jeu ?

La place du travail dans nos vies : 80 000 heures.

  1. Souffrance, perte de sens et désengagement au travail : Les bullshit jobs décrits par Graeber (critère : se demander si les conséquences seraient importantes ou non en cas de disparition de ce métier) ; La prison dorée ; La souffrance éthique désigne la douleur de renier ses valeurs ; Le désengagement au travail ; La double vie des salariés ; Le « carré magique » de l’engagement : sens, reconnaissance, autonomie, relationnel.
  2. La révolution du monde du travail : La crise du quart de vie ; La mode du switch = reconversions –de métier, de statut ou de secteur- de plus en plus fréquentes et de plus en plus tôt/L’émergence des néo-artisans ; le boom des travailleurs indépendants ; la nouvelle tendance des digital nomads ; la vague des slasheurs.
  3. De nouvelles aspirations : Une jeunesse en quête de sens ; Grandes écoles et intérêt général ; L’attractivité croissante de l’E.S.S. ; Une quête de sens intergénérationnelle.
  4. Les carrières à impact : Une autre vision du travail : mettre la question du sens et de l’utilité en numéro 1 ; C’est possible ! ; L’importance du travail : une invitation à repenser sa manière de voir ses 80 000 heures de travail pour en faire un lieu d’épanouissement et d’impact social.
 

Ch. 6 La vie est courte et précieuse

Nous sommes des miracles : La vie est un miracle ; La vie est courte ; Vivre pleinement sa vie ; « Quel usage as-tu fait de ta présence au monde ? »

 

Partie 2 DEMARRER L’EXPLORATION

Ch. 1 Adopter l’état d’esprit des explorateurs

  1. L’état d’esprit des explorateurs Ils conçoivent le travail différemment. Ils sont en quête de sens, d’impact et d’alignement.
  1. L’esprit positif : « Je vais y arriver » ; le sentiment de capacité ; La visualisation créatrice.
  2. L’esprit d’apprentissage : « L’échec est un apprentissage » : L’importance du jeu ; La soif d’apprendre ; L’échec comme opportunité ; La vie comme laboratoire/Toujours porter un carnet sur soi.
  3. La persévérance : « Avancer chaque jour de quelques pas » ; la régularité dans l’effort ; la ténacité (grit).
  4. L’état d’esprit de développement : utiliser le pouvoir du «not yet» je n’y arrive pas encore.
  1. Deux boussoles pour l’exploration
  1. Connaissance de soi : « Connais-toi toi-même »/vision personnelle ; singularité assumée ; écoute de sa voix intérieure.
  2. Compréhension du monde : Curiosité et ouverture d’esprit ; Esprit critique.
  1. Vos règles du jeu : Mes règles d’exploration.
Ch. 2 Le cheminement pour trouver sa mission de vie

  1. A) Découvrir sa mission de vie : Traquer le désalignement ; L’incarner par sa vocation (trois façons de vivre son travail : boulot, carrière, vocation).
  2. B) Le cheminement : points de repère :
  3. a) Le voyage du héros (Joseph Campbell) : 1. Entendre l’appel ; 2. Accepter l’appel ; 3. Franchir le seuil ; 4. Trouver des mentors ; 5. Affronter la difficulté ; 6. Développer de nouvelles ressources ; 7. Réaliser sa mission ; 8. Retourner chez soi.
  4. b) La légende personnelle (Paulo Coelho).
  5. c) Les deep experiences (Arne Naess). Le triptyque expériences profondes, réflexions profondes, engagement profond.
  6. d) Devenir soi (Jacques Attali) : Evénement, pause, renaissance.
  7. e) L’expérience Ticket for Change : Inspiration, introspection, passage à l’action.
  8. f) L’ikigaï : Il se trouve au carrefour de quatre dimensions : ce que j’aime, ce pour quoi je suis bon, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi je peux être rémunéré.
  9. C) Le cheminement proposé dans ce livre: Quatre grandes questions : la passion, l’efficacité, le sens, les besoins primaires.
  10. a) Quatre dimensions : sources d’énergie ; forces ; impact sociétal ; modèle économique.
  11. b) Quatre zones supplémentaires : talents uniques ; terrain de jeu ; aspirations ; compétences.
  12. c) Une seule dimension vous manque et tout est dépeuplé : « Rat racer » ; performeurs à qui il manque le sens ; idéalistes ; sacrifiés (manque de plaisir) ; imposteurs (manque d’efficacité).
Ch. 3 Définir sa propre conception de la réussite

  1. A) C’est quand le bonheur ?
Bronnie Ware « Les cinq regrets des personnes en fin de vie »

  1. B) La vraie richesse
Ma bucket list professionnelle : Que feriez-vous si tout était possible ? Si l’argent n’était pas un problème ? Si vous aviez toutes les compétences nécessaires ? Qu’aimeriez-vous avoir réalisé à la fin de votre vie professionnelle ?

  1. C) Définir sa conception de la vie
Ma métaphore de la vie : le magnifique texte de Mère Teresa. Quelle phrase de ce texte vous touche le plus ?

  1. D) Définir sa conception de la réussite
  2. a) Les personnes qui m’inspirent : Ils, elles me montrent la voie, me donnent envie de donner le meilleur de moi et me prouvent que « oui, c’est possible » !
  3. b) Mes valeurs
  4. c) Mes aspirations professionnelles : argent, sécurité, temps, liberté, reconnaissance, prestige, passion, challenge, apprentissage, impact/sens, l’équipe, les rencontres, fun.
  5. d) Ma définition de la réussite : Quelle est votre définition de la réussite ? Quelle est votre définition de la réussite professionnelle ?
 

  1. E) Prévoir sa réussite : Réussir c’est planifier versus « Life in perpetual beta »/Il est absolument essentiel de se projeter sans pour autant figer le point d’arrivée ni le chemin : »La carte apporte une description, la boussole une direction ».
Mes objectifs de vie : vie professionnelle (mission et carrière ; développement personnel) ; confort et argent ; famille ; vie sociale ; Bien-être (santé et énergie ; loisirs et fun).

 

Ch. 4 Relire son histoire pour inventer son avenir

  1. A) Connecting the dots (Steve Jobs)
  2. B) La ligne de vie : réaliser votre ligne de vie (identifiez les experiences marquantes et les moments clés de votre vie, et placez-les en face des années correspondantes) ; Partagez votre ligne de vie.
 

Partie 3 TROUVER SA VOIE

Ch. 1 Identifiez ce que vous aimez (vos sources d’énergie)

  1. A) L’énergie, la quête du graal: suivre son énergie ; à l’écoute de la passion ; à la recherche du flow.
  2. B) Etes vous spécialiste ou multipotentialiste ? Ces derniers ont trois principaux super-pouvoirs :la synthèse des idées ; l’apprentissage rapide ; l’adaptabilité.
  3. C) Identifier ce qui vous fait vibrer: 1. Les activités 2. Les expériences 3. Les sujets 4. Les personnes 5. L’environnement.
  4. D) Transformer ces envies en action: Keep, stop, start ; démarrer un play project Ne cessez jamais d’explorer ; Compilez vos découvertes.
Ch. 2 Identifier ce en quoi vous êtes bon (vos forces)

Qu’est-ce que vous savez (très) bien faire ? Sur quoi pouvez-vous vous appuyer pour exceller ?

  1. A) Les différentes intelligences: Les huit formes d’intelligence (Howard Gardner) ; L’importance particulière de l’intelligence émotionnelle (Daniel Goleman). Ses cinq compétences : conscience de soi, maîtrise de soi, motivation interne, empathie, aptitudes humaines.
  2. B) Identifiez ce en quoi vous êtes bon ? Identifier ses talents 2. Identifier ses compétences 3. Identifier ses connaissances 4. Identifier ses réseaux.
Ch. 3 Identifier vos talents uniques :

  1. A) Identifier ses talents uniques: Trouver son élément = »point de rencontre entre nos talents et nos passions » ; Misez sur vos forces naturelles.
La matrice des forces : talents révélés ; compétences acquises : potentiels ; faiblesses.

Identifier ses talents uniques.

  1. B) Affiner son rôle dans une équipe et un projet: Les huit profils d’entrepreneurs (méthodologie Wealth Dynamics) : le Créateur ; la Vedette ; le Supporter ; le Négociateur ; le Marchand ; l’Accumulateur ; le Maître ; le Mécanicien.
Les huit profils d’équipiers : l’Explorateur ; le Planificateur ; l’Energiseur ; le Connecteur ; l’Expert ; l’Optimisateur ; le Producteur ; le Coach.

  1. C) Fais ce que toi seul peux faire: Tout ça…au service de quoi ?
Ch. 4 Quel acteur de changement sommeille en vous ?

  1. A) Tous acteurs !
  2. Les entrepreneurs à impact ;
  3. Les intrapreneurs à impact ;
  4. Les dirigeants à impact ;
  5. Les contributeurs à impact ;
  6. Les free-lances à impact.
« Chacun sa voie, chacun son chemin »

  1. B) Identifier son profil d’acteur de changement (leader/follower ; grande ou petite structure).
. Ch. 5 Définir l’impact que vous voulez avoir (votre impact sociétal)

De quoi le monde a-t-il besoin ? A quoi aimeriez-vous contribuer ?

  1. A) L’impact sociétal, qu’est-ce que c’est ? Deux dimensions : la finalité que l’on poursuit ; la manière dont nous faisons les choses.
  2. B) Les enjeux de société: Les objectifs de développement durable ; De quoi le monde a-t-il besoin ?
  3. C) A la recherche du déclic. L’engagement peut partir d’une injustice ; d’une inspiration ; d’un levier d’action.
  4. D) Définir l’impact que vous voulez avoir
  5. Définir son enjeu de société : trouver sa cause ; définir et comprendre son problème ;
  6. S’appuyer sur l’existant ;
  7. Définir son idéal ;
  8. Identifier ses leviers d’action ;
  9. Définir ses pistes d’actions concrètes.
  10. E) Maximiser son impact
  11. Mesurer son impact ;
  12. Affiner sa stratégie d’impact H1 : Business as usual ; H2-: Changement incrémental ; H2+ : Changement transformationnel ; H3 : nouveau paradigme.
  13. F) L’équilibre, afin d’éviter l’épuisement pour la cause.
. Ch. 6 Identifier ce pour quoi vous pouvez être rémunéré (votre modèle économique)

La clé pour transformer votre mission en profession est de faire des choses qui vous plaisent, dans lesquelles vous êtes excellents, qui ont une vraie utilité sociale ET pour lesquelles des personnes sont prêtes à payer.

  1. A) Le modèle économique des organisations à impact
  2. Une grande diversité de modèles ;
  3. Les particularités des organisations à impact ;
  4. Développer le modèle économique de son organisation à impact : se poser cinq grandes questions : A qui – Quoi – Comment – Combien – Pourquoi.
  5. B) Construire son modèle économique personnel
  6. La réalité du marché ;
  7. Chiffrer ses besoins financiers ;
  8. Clarifier son modèle économique personnel.
  9. C) Trouver son premier client
  10. D) De l’idée à l’action: mes besoins, mes pistes, mes premiers pas.
 

. Ch. 7 Découvrir votre mission de vie

  1. A) Laisser la place à l’intuition
  2. B) Faire émerger sa mission
  3. C) Etre en mission vs avoir une mission: C’est le fait d’embarquer dans une mission qui est essentiel
 

Partie 4 SE METTRE EN MOUVEMENT

. Ch. 1 Construire votre parcours à impact

  1. A) Développer une stratégie de carrière à impact: trouver son pourquoi ; définir son comment ; affiner son quoi
  2. B) Faire les bons choix:
  3. Définir ses critères de choix ;
  4. Lister les options ;
  5. Evaluer les options ;
  6. Décidez !
. Ch. 2 Passer à l’action !

  1. Adoptez le bon état d’esprit : Comment pourrais-je… ? ;
  2. Démarrez maintenant ! Découpez votre projet en étapes, et ces étapes en tâches ;
  3. Approfondissez vos connaissances ;
  4. Entourez-vous : Créez votre dream team : l’instigateur ; le fan ; l’avocat du diable ; le superviseur ; le connecteur ; l’exemple/modèle ;
  5. Trouvez vos méthodes de travail ;
  6. Créez des opportunités ;
  7. Gérez votre transition : grand saut ou effet ciseau ;
  8. Faites le bilan régulièrement ;
  9. Créez un cercle vertueux ;
  10. Faites (vous) confiance.
 . Ch. 3 «Ils changent le monde»: témoignages d’acteurs de changement’

 Conclusion

. Réenchanter le monde

. L’engagement a un pouvoir extraordinaire

. Redessiner sa vie

. Trouver ses talents est le voyage d’une vie

 « Je vous souhaite un très bel envol!

Le monde est votre terrain de jeu.

Et souvenez-vous toujours: vos talents peuvent changer le monde !

*

Émetteur du florilège : François C

 

Meurtre pour redémption de Karine Giebel - Pocket

Meurtres pour rédemption Le conseil de Maryline:

 

Marianne, vingt ans. Les barreaux comme seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière. Indomptable, incontrôlable, Marianne se dresse contre la haine, la brutalité et les humiliations quotidiennes. Aucun espoir de fuir cet enfer, ou seulement en rêve, grâce à la drogue, aux livres, au roulis des trains qui emporte l'esprit au-delà des grilles. Grâce à l'amitié et à la passion qui portent la lumière au cœur des ténèbres.  

Pourtant, un jour, une porte s'ouvre. Une chance de liberté. Mais le prix à payer est terrifiant pour Marianne qui n'aspire qu'à la rédemption.  

Orange

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Le jour de la rentrée scolaire, Naho reçoit une étrange lettre écrite… par elle-même depuis le futur ! La femme souhaite aider la jeune fille qu’elle était à ne pas commettre les mêmes erreurs, et lui adresse une longue liste de directives, notamment concernant le nouvel élève de la classe…

Un manga original et touchant où l’amitié tente de vaincre la fatalité.

Série finie en 6 tomes

Coup de cœur d’Élodie, libraire à De fil en page.

L’AFFOLEMENT DU MONDE -10 enjeux géopolitiques de Thomas GOMART - Ed. Tallandier

L'affolement du monde ; 10 leçons de géopolitique 1. La Chine à la conquête de la première place mondiale

À mes yeux, la Chine est aujourd’hui dans une situation paradoxale: une forte introversion intérieure que reflètent le durcissement du régime et sa volonté étroite de contrôle social et une forte extraversion extérieure, qui s’observe dans le projet BRI (Belt and Road Initiative) ou sa diplomatie publique. En réalité, la Chine est en train de réaliser un pivotement stratégique entre une posture continentale et une posture navale… Ce changement fondamental est indispensable à ses ambitions de puissance globale. Même graduel, il ne peut se faire sans une prise de risque élevée.

  1. Un monde au bord de l’asphyxie

. L’enjeu du réchauffement climatique

. La lente diversification des mix énergétiques

. La gouvernance de l’énergie ne cesse de se complexifier

. Les principaux producteurs: Arabie Saoudite, Russie et États-Unis

. Les principaux consommateurs: Union européenne, Chine et Inde

Des liens dialectiques existent entre le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité et les pollutions qui, à la différence d’autres menaces, ont d’ores et déjà des conséquences irréversibles sur nos modes de vie. Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif extrêmement ambitieux au regard des efforts consentis depuis l’accord de Paris, une course de vitesse est engagée dans laquelle bon nombre de gouvernements et d’acteurs industriels piétinent.

  1. Les inconnues de la puissance américaine

Les États-Unis doivent faire face aux éléments suivants: une désindustrialisation liée à la mondialisation, une violente accentuation des inégalités sociales, une forte dépendance aux capitaux étrangers, un niveau élevé d’endettement, une montée en puissance de la Chine et une érosion du système dollar. En dépit des aléas conjoncturels, ils disposent toujours d’un incomparable pouvoir structurel, c’est-à-dire d’une capacité inégalée d’exporter leurs problèmes et d’imposer leurs préférences.

  1. La lutte pour le contrôle des espaces communs : mer, air, spatial et numérique

Il faut apprendre à penser les espaces communs à la fois dans des logiques de coopération et de confrontation. Deux phénomènes sont actuellement à l’œuvre: la volonté des États-Unis d’exercer une forte primauté dans le domaine spatial ; celle de la Chine d’investir massivement dans les infrastructures portuaires. Les Européens ne sont absents ni de l’un ni de l’autre, mais agissent avec des moyens beaucoup plus limités et sans vision d’ensemble intégrée. La maîtrise des espaces communs passera de plus en plus par celle de l’intelligence artificielle… qui invite à réfléchir sur la nature de la relation homme-machine, et ses conséquences sur l’espace-temps. 

  1. La résurgence de la Russie

Le positionnement international de la Russie est marqué par son héritage impérial et son passé soviétique. Sa trajectoire politique et économique a toujours été appréciée en fonction de celle de l’Europe occidentale, vis-à-vis de laquelle elle accuse un retard de développement séculaire… Or, la Russie conçoit avant tout son rapport au monde à travers l’exercice de la puissance. C’est pourquoi elle cherche à déplacer la compétition avec l’Occident sur d’autres terrains que le seul champ économique.

L’objectif poursuivi par Moscou de découplage entre l’Europe occidentale et les États-Unis demeure. Il s’agit, d’une part, d’éviter une pression stratégique sur ses flancs ouest et sud et, de l’autre, d’évincer les États-Unis d’Europe pour rétablir un concert européen lui permettant de bénéficier des rapports de force bilatéraux… La Russie voit toujours l’OTAN comme la principale menace, mais les inflexions de ses doctrines nucléaire et conventionnelle indiquent qu’elle se préoccupe d’ores et déjà des menaces sur ses flancs orientaux. À cette heure, il est difficile de savoir si la Russie a implicitement abdiqué en faveur de la Chine, de manière à négocier une place favorable dans le nouvel ordre international que Pékin cherche à instituer, ou si elle pense toujours être en mesure de maintenir une complète indépendance stratégique vis-à-vis de l’empire du Milieu. 

  1. Les bruits de guerre se rapprochent

Indicateurs de l’état du contexte géostratégique, les dépenses militaires mondiales ont connu une forte diminution entre 1987 et 1996 –point bas- avant de connaître une augmentation progressive, qui s’accélère depuis 2015. Avec 1739 milliards de dollars, la dépense militaire mondiale a atteint en 2017 son niveau le plus élevé depuis la fin de la guerre froide.

. Nouvelle course aux armements

. Permanence du  cadre interétatique

. Accélération des armes de prolifération

. Crise du modèle occidental

. Le piège du terrorisme

Les principaux pays émergents, au premier rang desquels figure la Chine, entendent modifier les rapports stratégiques en leur faveur en poursuivant des logiques parfaitement classiques de puissance dans une forme de mimétisme avec celles suivies par les puissances occidentales.

Quels que soient leurs avatars et leurs causes, les affrontements au sein de la population entre groupes ou entre un groupe et des forces conventionnelles persisteront. C’est pourquoi il convient de penser simultanément les possibilités de conflits interétatiques et intra-étatiques, et leurs liens réciproques.

  1. L’Europe déboussolée

Les enseignements à tirer de l’histoire européenne sont tellement innombrables qu’ils en deviennent presque illisibles. Phénomène peu visible mais décisif, la diminution des dépenses militaires. L’appartenance à l’OTAN sonne pour nombre de ses membres comme un renoncement à l’effort de défense ; ils s’en remettent à un principe de sécurité collective en limitant au maximum leur contribution.

. Euro, migrants et Brexit

. Splendeurs et misères de l’intégration européenne

. L’autonomie stratégique est-elle possible?

L’affolement du monde est perceptible en Europe plus qu’ailleurs. C’est sans doute parce que les élites et les opinions européennes partagent l’impression de ne plus maîtriser leur destin. L’Europe a imposé son rythme au monde avant d’être foudroyée par les deux guerres mondiales…Aujourd’hui, ses atouts mais aussi son organisation et son identité sont directement menacés par la combinaison de plusieurs forces. L’accentuation de l’interdépendance économique s’accompagne d’un retour de la violence politique et d’une évolution des équilibres globaux en sa défaveur.

  1. La guerre commerciale est déclarée

Deux traits de la mondialisation produisent de puissants effets géoéconomiques. Le premier est l’hégémonie persistante du dollar comme monnaie internationale de référence, ce qui confère aux États-Unis un «privilège exorbitant»… Le second est l’intégration de plus en plus poussée de l’appareil productif mondial à travers des chaînes globales de valeur (CGV).

Face aux comportements des États-Unis, de la Chine et de la Russie, ses trois principaux partenaires commerciaux, l’UE devrait d’urgence réapprendre non seulement à penser mais aussi à agir en termes géopolitiques et géoéconomiques… Comprendre que les leviers de la politique économique sont potentiellement des instruments de conduite de guerre.

8% du patrimoine financier mondial est localisé dans les paradis fiscaux. En outre, 40% des profits des multinationales sont déclarés dans des pays à fiscalité faible ou nulle.

À cette dualité économique (pays matures à faible croissance et, de l’autre, des pays émergents à forte croissance) s’ajoute désormais une dualité de nature politique entre un capitalisme d’inspiration démocratique au sens où il respecte encore la séparation des pouvoirs et un capitalisme d’inspiration autoritaire au sens où la propriété privée n’est jamais totalement garantie.

  1. De la Méditerranée au Moyen-Orient, multiplication des dangers

Cette mer intérieure s’étend d’ouest en est sur 4 000 kilomètres, du sud au nord sur quelques centaines de kilomètres, compte 12 000 kilomètres de littoraux et relie l’Europe, l’Asie et l’Afrique… C’est aujourd’hui un espace maritime congestionné où s’entrelacent échanges commerciaux, flux migratoires et rivalités navales.

La tumeur irako-syrienne irradie au-delà du Levant. Ses métastases se propagent par de multiples canaux et soulèvent deux questions principales. La première concerne l’influence exercée par la Russie, l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui ont modifié les rapports de force au cours des dernières années… La seconde question porte sur le degré d’unité de l’Europe et du monde arabe ou, pour le dire autrement, sur la manière dont le rapport à l’islam est susceptible de diviser les Européens et, inversement, le rapport à l’Europe le monde musulman.

De nombreuses tensions géopolitiques entre voisins émaillent l’espace méditerranéen et contribuent à son instabilité chronique: Israéliens et Palestiniens, Serbes et Bosniaques, Turcs et Kurdes, Catalans et Castillans, Turcs et Grecs, Algériens et Marocains. Présenté comme un «ensemble antagonique», il se compose d’une trentaine de pays de taille variable… pays travaillés, entre eux, par des relations conflictuelles ou, en leur sein, par des revendications sociales menaçant leur stabilité.

Daech a désigné les «judéo-croisés» pour ennemis, comme si les croisades du Moyen Âge n’avaient jamais cessé, et continue à propager une vision apocalyptique des relations avec l’Europe. Les défaites militaires récentes de Daech ne signifient pas la disparition de son idéologie mortifère. Il faut bien la connaître pour la combattre efficacement, en particulier en Europe.

Mers adjacentes: La mer Noire, la mer Caspienne et la mer Rouge constituent, en effet, l’environnement immédiat de trois puissances particulièrement actives dans la région depuis 2015: la Russie, l’Iran et l’Arabie Saoudite.

L’ensemble de la rive sud de la Méditerranée est concernée par l’évolution des structures étatiques. À des degrés divers, les «printemps arabes» ont révélé leurs fragilités internes et l’inadaptation de leurs institutions à la structure des sociétés. Ce sont «des régimes durs pour des États faibles» qui se révèlent incapables d’exercer d’autres fonctions que la sécurité et d’exister autrement que par le contrôle social étroit ou la répression de leurs propres populations.

  1. Les migrations et le choc des identités

La mondialisation entraîne une compartimentation des espaces mondiaux avec de fortes disparités de traitement entre migrants selon leur origine ou leur pouvoir d’achat…Les flux migratoires révèlent une hiérarchie des pays en fonction de leur attractivité et de leur capacité à accueillir ou à sélectionner les migrants. Toute circulation humaine se traduit par un contact avec l’altérité dont dépend l’affirmation d’une identité.

Sur les 31 pays ayant le plus faible PIB par tête dans le monde, 27 se situent au sud du Sahara. Le continent africain est aussi miné par de multiples conflits.

Une zone sensible: la bande sahélo-saharienne (BSS)… Le Sahel est fréquemment présenté comme une «bombe démographique» dans la mesure où l’émigration sahélienne pourrait concerner 40 millions de personnes d’ici la fin du siècle.

. Le débat sur l’identité et l’origine des conflits

. Sécularisation du politique et résurgence du religieux

. Des disparités démographiques préoccupantes

. Les migrations s’intensifient

. La sécurité alimentaire n’est jamais complètement garantie

La mondialisation se traduit par une accentuation vertigineuse des inégalités entre les pays et au sein des pays. 1% des plus riches de la planète possèdent 43% de la richesse mondiale, alors que les 50% les plus pauvres n’en détiennent que 1%. Cette inégalité globale s’observe principalement en Afrique et en Asie du Sud où vit principalement le «milliard d’en bas», i.e. les personnes vivant avec moins de 1,90 dollar par jour.

 

Epilogue. La France affolée?

Le mouvement des «gilets jaunes» met à nu le profond clivage entre les gagnants et les perdants de la mondialisation.

Il ne fait guère de doute, à mes yeux, que nous sommes confrontés à une dégradation rapide de notre environnement stratégique et à une crise sociale aiguë. Nous ne sommes préparés ni à la première, ni à la seconde, et encore moins à la simultanéité des deux.

Commençons par accepter les réalités d’une mondialisation qui se caractérise par des logiques complexes de transaction et de cogestion, une nouvelle répartition de la puissance et la diffusion des technologies de l’information et de la communication. Trois traits principaux la dessinent aujourd’hui: une accentuation des inégalités, une dégradation de l’environnement et une capacité illimitée de mise en réseau des individus comme des groupes, qui relient et segmentent à la fois.

. La France ne doit pas subordonner sa stratégie internationale à la lutte contre le djihadisme.

. La France doit repenser ses relations avec les trois grands (États-Unis, Chine et Russie).

. La France, force motrice de l’autonomie stratégique européenne.

. La France doit ouvrir un débat sur le sens de la mondialisation.

*

Émetteur du verbatim : François C

 

Femme sur écoute d'Hervé Jourdain - Pocket

Femme sur écoute Le conseil de Marylin:  

Strip-teaseuse et escort girl, Manon Legendre ne mène qu’une bataille, celle de son avenir. Son plan: racheter une boutique sur les Champs-Elysées et par la même occasion, sa respectabilité. Mais ça, c’était avant qu’on pirate sa vie. Lola Rivière, quant à elle, est de l’autre côté de la barrière. Experte en cybercriminalité, elle vient de rejoindre une équipe de flics aguerris tout juste délogés du légendaire 36 quai des Orfèvres pour un nouveau cadre aseptisé. Sans connexion apparente, les deux femmes vont pourtant se rencontrer et naviguer dans les méandres de la cybersécurité, des écoutes et du jeu médiatique. Le plus dangereux prédateur n’est pas forcément celui qu’on croit…

 

La vie comme elle vient d Anne-Laure Bondoux - École des loisirs

Vie comme elle vient (la) Mado et Patty sont deux sœurs que tout oppose et qui ne se supportent pas. Pourtant, à la mort de leur parent dans un accident de voiture, Patti demande la tutelle de sa cadette, et elles sont bien obligées d’apprendre à vivre ensemble et à se consoler à tour de rôle. Au moindre faux pas, Mado est placée dans un foyer jusqu’à sa majorité, or elles n’ont désormais plus qu’une envie : rester ensemble. Plus de huit mois après l’accident, c’est le brevet, les grandes vacances, juillet à Paris, puis enfin août à la campagne, rien que toutes les deux pour la première fois. Toutes les deux, ou presque… car Patty est enceinte et ce n’est pas le dernier de ses mensonges.

En commençant ma lecture j’avais quelques a priori : 1) C’est écrit par Anne-Laure Bondoux, génial !!! 2) Bon ça a l’air un peu cliché quand même… Les deux se sont confirmés : j’ai adoré, et oui c’est cliché ! L’histoire initiale l’est en tous cas : les parents meurent, les sœurs sont radicalement différentes mais s’aiment quand même, l’une très forte en classe et timide, très responsable, l’autre serveuse dans un bar, inconsciente, adore le verni à ongles, et pour couronner le tout un bébé annonce sa venue au monde trop tard pour l’avortement. Bref, la liste est longue parce que quand on y réfléchit deux secondes rien n’est vraisemblable, rien n’arriverait dans la vraie vie… et pourtant le titre est bien La vie comme elle vient. Et ça explique peut-être tout : l’enchainement des circonstances est rarissime mais tout peut arriver, et il faut prendre les événements comme ils viennent, les uns après les autres et sans réfléchir. L’histoire est surement clichée mais au final ça n’a aucune importance, on suit les aventures de Mado et Patty avec d’autant plus de plaisir, parce que ça ne nous arrivera sans doute jamais, et heureusement !

Si j’ai finalement dévoré ce livre, c’est sans doute parce que j’ai tout de suite adoré Mado : c’est à travers ses yeux qu’on entre dans cette histoire abracadabrantesque, mais elle reste un personnage très vrai malgré les circonstances. Elle a des hauts et des bas, est responsable mais en a marre d’avoir trop les pieds sur terre, admire sa sœur et la déteste en même temps, s’énerve et s’en veut après. Paradoxalement c’est un personnage auquel je me suis très facilement identifié malgré tout ce qui lui arrive : certaines de ses réactions, ou de ses réflexions peuvent paraître toutes bêtes mais révèlent souvent ce que les gens n’acceptent pas, n’osent pas dire de peur d’être jugé. Lorsqu’elle raconte son retour au collège après l’accident c’est fait avec beaucoup de finesse, et de justesse aussi peut-être…

« Je me suis alors aperçue que j’allais passer mon temps à me surveiller pour être conforme à ce qu’on attendait de moi : je devais avoir l’air triste et abattue, point à la ligne. (…) Mes copines aussi se contrôlaient : il ne fallait pas rire, pas me bousculer, pas me parler de choses tristes, ni de choses gaies, éviter de prononcer les mots tabous comme « papa », maman » et même « voiture »… (…) Elles n’ont pas vraiment voulu me mettre sur la touche. J’étais sur la touche. »

Même si les deux sœurs ont des personnalités un peu exagérées, leur relation est ambiguë et tout sauf linéaire. Elle s’aiment et se détestent en même temps, se consolent et s’engueulent, se serrent les coudes malgré elles.

« – Moi ? Je te filais des compl… – Mado est si vive, si intelligente, si curieuse, si réfléchie ! récite-t-elle en clownant les profs. Tu crois pas que ça fout les boules d’entendre ça en permanence ? (…) – Toi aussi, tu me donnes des complexes, dis-je à mi-voix »

En conclusion, j’ai adoré La vie comme elle vient parce que les personnages sont géniaux et attachants, réalistes au milieu de leurs comportements incohérents au possible !

80 ANS, UN CERTAIN ÂGE de Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER - Ed. Albin Michel

80 ans, un certain âgePhilosopher, c’est-à-dire penser son existence, c’est apprendre à bien la vivre jusqu’à la fin. Alors, allons-y!

LE TEMPS

1978 Le quadra «Le temps file entre les doigts comme une corde folle, et les frustrations commencent à s’accumuler.»

2018 L’octo «Je vais bientôt mourir et, comme disait le tant regretté Pierre Desproges, je fais quoi en attendant?»

Désormais, je pense ma vie comme une collection d’instants rares. Ayant renoncé aux grands projets, je peux me permettre ce que s’interdisait l’homme d’action: vivre au jour le jour pour y trouver la saveur d’exister.

Longtemps le souci du temps a pris le pas sur la qualité de mon vécu. Je suis en train d’inverser ces priorités et je trouve ça succulent.

LA FAMILLE

1978 Le quadra «On a souvent décrit les Servan-Schreiber comme un clan, voire une mafia.»

2018 L’octo «Une famille est un pacte existentiel. On y naît, on y vit, on y meurt en compagnie d’autres avec lesquels on a un peu ou beaucoup en commun.»

Octo, je suis à même d’apprécier la continuité avec la famille du Quadra. Instruit par l’exemple de mes parents, j’ai compris que pour que la famille dure, il faut favoriser les contacts entre ceux d’une même génération. L’idéal est que nos enfants et petits-enfants n’aient nul besoin de moi pour se réunir et faire preuve de solidarité en cas de besoin. Constatant que c’est pour la troisième génération ce qui est en train de se tisser entre eux, je souris intérieurement. Les valeurs communes ont donc bien été transmises.

LE COUPLE

1978 Le quadra «Dès que nous cessions de communiquer, l’envie de vivre semblait nous quitter.»

2018 L’octo «Un mois après notre rencontre Perla a déposé ses valises chez moi (où nous sommes encore).»

Et puis, chemin faisant, le vieux couple est voué à devenir un couple de vieux. Sur ce chapitre qui s’ouvre pour nous, ni les témoignages ni les observations ne sont nombreux, car auparavant on mourait trop jeune pour vivre de longues épousailles. Au point que vieillir ensemble passe encore pour un projet imprévu et risqué.

LES ENFANTS

1978 Le quadra «C’est probablement pour nous faire faire la folie de les mettre au monde que les petits enfants ont les yeux si brillants et des rires ensoleillés.»

2018 L’octo «Aucun des miens n’est drogué, gravement malade, en dépression chronique, incapable de trouver un emploi, en prison, ni fâché avec moi.»

LES AUTRES

1978 Le quadra «Chaque année passée depuis ma jeunesse m’a mieux fait admettre que je vous ressemble et que vous m’êtes nécessaires.»

Adulte, j’ai appris que chaque nation mettait un point d’honneur à dépenser cinq fois plus pour perfectionner son armement que pour aider les affamés du tiers monde.

2018 L’octo «Rares sont les liens indéfectibles. On peut partager le même lit des années, puis ne plus se voir, même sans fâcheries.»

J’ai appris que c’est dans ma relation aux autres que j’existe le plus complètement. Parce qu’elle me définit, me précise. Qui est sûr d’exister, au-delà de ses sens, si ce n’est en relation, en connexion avec ce qui n’est pas soi? Le besoin de l’autre est l’expression permanente de mon incomplétude.

Les autres sont pour moi des sources d’émotions, de stimulations, de désirs parfois, bref, de vie. Parce qu’ils sont mes semblables, ils me complètent ; parce qu’ils sont différents, ils m’enrichissent.

LE JOURNALISME

1978 Le quadra «Si je devais travailler aujourd’hui avec la personne que j’étais à vingt-trois ans, j’aurais du mal à la supporter.»

Aussi ai-je favorisé, dans les huit ou dix titres que j’ai dirigés, des qualités sans panache mais essentielles, comme la clarté, la précision, la couverture de l’actualité, la rigueur dans le contrôle des faits, l’élégance de la présentation et, surtout, l’honnêteté intellectuelle.

2018 L’octo «Je me suis trouvé, vers la soixantaine, confronté à une technologie de rupture devant laquelle mon expérience n’était plus adaptée.»

Ne suis-je pas né avant la télévision, le cinéma en couleurs, les antibiotiques, le droit de vote des femmes, la décolonisation, le rideau de fer sur l’Europe, la bombe atomique, la sécurité sociale, les voyages aériens, etc.? Et surtout longtemps avant la communication électronique qui est en train de remodeler les rapports entre les Terriens.

LA POLITIQUE

1978 Le quadra «Avec la politique on connaissait l’orgasme de l’élection, les délices de la renommée et une autojustification à toute épreuve.»

Il m’a fallu du temps pour comprendre que le but dominant de la politique n’est pas de résoudre au mieux et au plus vite les problèmes d’un peuple, mais de conquérir le pouvoir, et de s’y maintenir.

2018 L’octo «Une vision plus réaliste de la politique se résume pour moi à cette formule célèbre outre-Atlantique: It’s a dirty job, but someone has got to do it.»

Je n’en suis pas moins convaincu qu’il reste à la politique une mission majeure, et pour longtemps : la défense des droits de l’homme, qui sont à nouveau l’objet d’attaques et de remises en question sans précédent.

LE BUSINESS

1978 Le quadra «Aussi arrivai-je à la conclusion que si je réussissais ce que j’entreprenais, c’est que ça ne devait pas être très calé.»

Lorsque je considère mon activité… dans le monde du business, je ne me pose que trois questions: «Est-ce intéressant? Est-ce difficile? Est-ce moral?»

2018 L’octo «J’étais probablement trop intellectuel pour me contenter de faire fonctionner des entreprises, mais pas assez pour devenir un penseur établi.»

Peut-être suis-je incapable de croire que mes descendants puissent vivre dans une prospérité sans transcendance, mais pléthorique en divertissements pascaliens.

L’ESTABLISHMENT

1978 Le quadra «Qui donc a décidé de m’accepter et me l’a fait savoir? Tout simplement les secrétaires.»

L’origine des membres de l’establishment peut changer, leur durée, en fonction, se restreindre, le régime politique se transformer, leurs petites manies évoluer, mais le seul jeu qui les intéresse restera immuable : la loterie du pouvoir.

2018 L’octo «Me voici donc émérite ou honoraire dans des fonctions dont j’ai été si longtemps titulaire, la définition courtoise du has been.»

Autres pratiques salutaires: devenir très gentil, convivial, souriant, empathique, prévenant, serviable, drôle et reconnaissant. Car, dépouillé d’éminence sociale, il est crucial de faire ce qu’il faut pour que les autres vous trouvent de bonne compagnie.

LA DISTANCIATION

1978 Le quadra «Ma motivation, c’est l’envie de vivre, faite de curiosités, de désirs, de projets, de fantasmes, de sensations, de besoins.»

Si l’on veut accomplir, construire, réaliser quoi que ce soit, il ne faut pas abuser de la distanciation qui, à haute dose, rend sceptique, blasé, désabusé.

2018 L’octo «Mieux vaut reconnaître d’emblée qu’une vie ne peut être qu’une symphonie inachevée.»

Les sages taoïstes nous ont appris à nous garder de porter un jugement rapide sur ce qui se produit, puisqu’il est impossible alors d’en prévoir toutes les conséquences. Seule la distanciation temporelle révèle après coup la vraie portée d’un contretemps, comme d’une aubaine. Il n’est pas rare qu’avec les années, nos jugements s’inversent.

LA FORME PHYSIQUE

1978 Le quadra «Préférer la victoire sur soi-même à une assiette de profiteroles au chocolat, n’est-ce pas gravir un échelon vers la transcendance?»

J’ai fait le choix de me ménager pour donner à mon cerveau de meilleures chances de rester irrigué, à mon cœur de ne pas s’encrasser, à mes jambes de me porter, à mes yeux de percevoir la lumière.

2018 L’octo «Les quatre grands prédateurs de la Faucheuse, cancer, infarctus, AVC, Alzheimer, frappent au hasard. Il y a des semaines où, pour voir des amis, je navigue d’un hôpital à l’autre.»

Moi non plus je ne peux pas changer de carrosserie, je dois m’arranger avec ce dont je dispose.

LE MASCULIN

1978 Le quadra «Non seulement je trouve mes filles aussi futées que jolies, mais j’ai le sentiment d’avoir investi dans le parti qui monte.»

Parce que l’éducation des mâles, leur culture ne les ont pas préparés à vivre une sexualité fondée sur l’échange, le respect et la réciprocité.

2018 L’octo «J’ai d’autant mieux reconnu et apprécié ma part féminine qu’elle s’accompagnait d’une hétérosexualité inconditionnelle.»

Mon attitude à l’égard des femmes, je me la suis formulée en constatant ce qui est bénéfique dans le couple: à l’horizontale, animalité joyeuse ; à la verticale, respect, souvent admiratif.

 LA MORT

1978 Le quadra «Soudain, la mort saute sur la scène, claque des doigts: «Voilà ce que je fais de tout ça!» Message reçu, pour de bon.»

Vers trente-cinq ans, j’ai vu pour la première fois ma vie comme une fin de vacances. Mon premier coup de vieux.

2018 L’octo «Agnostique, je fais donc une sorte de pari de Pascal inversé: pour ne pas m’illusionner, je préfère penser qu’il n’y aura rien après ma mort et agir en conséquence.»

Selon les jours c’est pile ou face. Je peux ressentir que ma vie n’a aucun sens puisque je vais disparaître sans avoir compris le jeu. Et le lendemain c’est parce que je me sens mortel que chaque instant vécu m’est source de félicité.

 LA VIE

1978 Le quadra «Je n’avais pas d’estime pour ceux qui dormaient tard, parlaient beaucoup trop ou, plus simplement, rentraient chez eux à dix-huit heures pile pour retrouver leur femme et leurs gosses.»

 Principal responsable de mon conditionnement psychologique, j’apprends à minimiser ce qui me nuit et à favoriser ce qui m’est bénéfique.

2018 L’octo «Graduellement se dessine non plus ce que j’aurais pu ou aimer être, mais ce que j’ai été. Ça et pas davantage. Le rendez-vous décisif avec soi-même: tout ça pour ça?»

 Les années sont un filtre qui élimine le fantastique, l’illusoire, l’inaccessible, l’inutile…Des pans entiers de possibles disparaissent du fait que mon corps devient moins fort, moins agile, moins dynamique. Moins ardent aussi et c’est tant mieux. Des désirs moindres valorisent d’autant ceux qui demeurent et paraissent plus authentiques.

 L’AVENIR

1978 Le quadra «On ne peut pas s’émerveiller chaque fois qu’on allume l’électricité, qu’on décroche son téléphone ou qu’on monte dans sa voiture.»

 S’il me faut donc encore sauter de mon lit quatorze mille six cents fois, que vais-je trouver en me levant ainsi chaque matin?

2018 L’octo «Mon interrogation majeure sur notre époque se situe au niveau des valeurs. La seule qui reste universelle: le culte de l’argent, celui d’un veau d’or 2.0.»

 Le principal problème éthique sera de plus en plus l’accroissement vertigineux des inégalités eu égard aux fortunes colossales détenues par 1% de la population.

Épilogue : DE MON VIVANT

Un octogénaire, ça apprend à se faire plaisir avec trois fois rien.

*

Émetteur du verbatim : François C

LA CHALEUR DU CŒUR EMPÈCHE NOS CORPS DE ROUILLER - Vieillir sans être vieux de Marie de HENNEZEL - Ed. Robert Laffont

La châleur du coeur empêche nos corps de rouiller ; vieillir sans être vieux L’abbé Pierre disait qu’il faut toujours garder les deux yeux ouverts, un œil ouvert sur la misère du monde pour la combattre, un œil ouvert sur la beauté ineffable, pour rendre grâce.

Vieillissez, ne vous opposez pas au réel, mais n’empêchez pas la vie d’accomplir son œuvre désirante, de faire jaillir du neuf, du nouveau, jusqu’à votre dernier souffle.

Au Danemark, 60% des plus de soixante-cinq ans travaillent.

La proportion de personnes âgées vivant seules est trois fois plus forte aujourd’hui qu’en 1962. 31% des personnes de plus de 65 ans souffrent d’être « trop seuls », et quatre femmes sur 5 âgées de plus de 75 ans vivent seules.

Nous allons vieillir plus longtemps, mais mieux. Encore nous faudra-t-il construire une image plus positive de cet âge de la vie, affronter nos peurs pour les dépasser, élaborer une vraie politique de prévention de la mauvaise vieillesse. Enfin, il nous appartiendra de lutter contre le déni du vieillissement et de la mort en «travaillant» à vieillir.

Comment tirer le meilleur usage de notre longévité pour accomplir cette ultime tâche, vieillir? Car il ne s’agit pas tant d’allonger une vie qui serait étouffante pour les autres, étouffante pour soi-même, que de trouver les clés d’une jeunesse intérieure donnant au temps qui reste à vivre toute sa lumière.

En Orient, on ne montre pas les corps mais les visages qui, bien que burinés par le temps, expriment la plénitude. Il cite les visages magnifiques des vieux sadous en Inde, la lumière des icônes. Ces dernières parlent d’un corps profond et pas seulement d’un corps apparent et corruptible. Elles enseignent qu’il est possible d’expérimenter un corps de lumière, double ontologique du corps physique.

Dans certains quartiers de New York se mettent en place des «cercles des aînés» pour permettre à ceux qui souffrent de se sentir inutiles et seuls de transmettre aux générations plus jeunes un savoir sur la vie.

Ils rêvent d’être des vieillards rayonnants, «rassasiés de jours», comme il est écrit dans la Bible, heureux d’avoir mené à bien cette aventure qu’est la vie, heureux de terminer leurs jours paisiblement et de porter sur le monde ce regard de bienveillance que l’on acquiert lorsque l’on n’a plus rien à perdre, à prouver, à défendre.

La vieillesse trouve ainsi son sens dans l’accomplissement d’une vie. Elle représente à la fois le couronnement d’une vie, son achèvement, mais aussi l’espace psycho-spirituel propice à son ultime résolution, car ce qui n’a pas été accompli en son temps, dans le passé, se trouve toujours déposé en elle, en attente d’être réalisé.

Une vie accomplie est une vie apaisée. C’est pourquoi il est si important de mettre de l’ordre dans sa vie avant de quitter la scène du monde, de faire le bilan.

Jacqueline Kelen distingue la solitude triste, souffrante des personnes âgées, abandonnées, oubliées, mises à l’écart, qui serait plus exactement un isolement, de la solitude «belle et courageuse, riche et rayonnante, que pratiquèrent tant de sages, d’artistes, de saints et de philosophes».

Insistant sur cette expression magnifique: la «fécondité du temps», Robert Misrahi affirme que, contre toutes les apparences, la personne âgée peut rester désirante, dans un élan vital, un vouloir-vivre, même quand l’avenir se dérobe. La vieillesse peut être une ouverture et non pas une fermeture.

Enseigner aux vieux que la vieillesse n’est pas un naufrage mais l’occasion d’une véritable renaissance. Misrahi imagine cette rééducation à trois niveaux. Celui de la créativité, de la joie et de la sérénité face à la mort.

Quel que soit l’état dans lequel nous vieillirons, quel que soit le lieu, cette énergie du cœur, si nous l’entretenons, est capable de nous transformer et de transformer notre regard sur le monde.

* *

Cocteau J’aime vieillir, l’âge apporte un calme, un équilibre, une altitude. L’amitié, le travail tiennent toute leur place.

  1. Decour C’est bien le moment de nous souvenir de l’amour. Avons-nous assez aimé? Avons-nous passé plusieurs heures par jour à nous émerveiller des autres hommes, à être heureux ensemble, à sentir le prix du contact, le poids et la valeur des mains, des yeux, des corps? Savons-nous encore bien nous consacrer à la tendresse? Il est temps, avant de disparaître dans le tremblement d’une terre sans espoir, d’être tout entier et définitivement amour, tendresse, amitié, parce qu’il n’y a pas autre chose. Il faut jurer de ne plus songer qu’à aimer, aimer, ouvrir l’âme et les mains, regarder avec le meilleur de nos yeux, serrer ce que l’on aime contre soi, marcher sans angoisse en rayonnant de tendresse.
  2. Hesse Etre vieux représente une tâche aussi belle et sacrée que celle d’être jeune.
  3. Kelen Le fond de l’être est joie, légèreté, fraîcheur, mais il fallait désencombrer la source, quitter les oripeaux, abandonner le «vieil homme», ses souffrances et ses certitudes.
  4. Misrahi Le désir n’est pas, comme on le dit trop souvent, le règne de l’impossible. Il est au contraire un dynamisme visant la joie et la relation à l’autre comme reconnaissance réciproque. Si l’essence de l’homme est le désir, alors la poursuite de la joie est sa vocation.
  5. Silesius A. Chacun a en lui l’image de ce qu’il doit devenir. Tant qu’il ne l’a pas réalisé, son bonheur n’est pas parfait.
  6. Spinoza La jouissance du présent ne cesse d’étoffer le temps.

*

Émetteur du florilège : François C

LA VALLEE DU NÉANT de Jean-Claude CARRIÈRE - Ed. Odile Jacob 2018

La vallée du néant Mais la mort est nécessaire, nous ne pourrions en aucune façon nous passer d’elle, car elle contribue à tendre, à densifier, à illuminer et même à glorifier –par moments- notre existence brève, à la présenter comme un joyau dans le plus bel écrin possible.

Le «mouvant» n’est pas ce qui se meut, ce qui bouge ou change de place. Ce n’est pas la matière elle-même, qu’elle soit visible ou invisible. C’est une qualité fondamentale, une nécessité, une force obscure qui se cache au fond de chaque être et même sans doute de chaque chose, une force à laquelle nous pouvons donner des noms divers –entropie, évolution, usure, dégradation, poussée, passage, histoire, décadence, vieillissement, dégringolade-, mais qui demeure, de génération en génération, et quels que soient les philosophes et les savants, totalement impénétrable à notre pensée.

Notre intelligence, comme notre sensibilité, comme notre mémoire et notre imagination sont des muscles. Comme tous les muscles, ils ont besoin d’un entraînement quotidien. Sinon nos facultés, se sentant négligées, s’étiolent et, finalement, découragées, déçues, peut-être dépitées…nous abandonnent au bord du torrent, notre regard fixé sur l’eau qui va –qui va sans nous.

Le monde et moi, nous nous éloignons l’un de l’autre, nous nous séparons peu à peu. Une façon de me dire à mi-voix, de me faire comprendre, que bientôt je devrai le quitter.

Nous ne sommes que ce qui bouge, que ce qui s’effrite et qui s’use. Nous sommes tous guettés par la disparition. Nous sommes ce qui fait, et ce qui se défait.

Plus ou moins conscients de ce danger, nous nous efforçons, souvent mais pas toujours, de lutter contre ce morcellement incessant, contre cette dislocation insistante, nous tentons de nous fortifier, dans tous les domaines, de nous réunir, de nous serrer les mains et les coudes, mais ici encore l’immobile, le stable, le durable nous apparaissent comme des idéaux toujours inaccessibles, presque des rêveries de passage.

Le mouvant, le flot, est une réalité profonde, mystérieuse, impérieuse, dont les sources nous sont inconnues, mais dont la force est sans pareille. L’immobilité reste un concept.

Tout ce que nous construisons, tout ce que nous bâtissons s’effrite, s’écoule et disparaît enfin. Aller du rien au rien, ou plutôt du néant au néant, c’est tout le chemin de l’existence, quels que soient le peuple et l’époque.

Toutes les heures blessent, la dernière tue. Mais justement, comment reconnaître la dernière? Qui nous préviendra? Une cloche sonnera-t-elle, quand nous en viendrons au dernier tour?

Toutes nos actions, toutes nos émotions, toutes nos entreprises sont suspendues à l’approche de ce moment-là. Aussi passons-nous le plus clair de notre vie à dresser des barricades souvent risibles –une idéologie, une religion, des colifichets, des rituels, ou une armée de médecins, de guérisseurs, de mercenaires, d’astrologues, de soldats en pierre ou en terre cuite comme les empereurs chinois- pour nous rassurer, pour chasser (en surface) nos craintes, pour proclamer au reste du monde que nous avons trouvé la fermeté, le bastion dur, celui que les siècles n’ébranleront plus.

En réalité, toutes ces valeurs, toutes ces idées,…toutes ces ambitions grandioses ont été emportées par le flot, ou par la vague, l’une après l’autre, conduites à une série d’échouages, et souvent de naufrages. Elles ne reviendront jamais, car les fleuves ne remontent vers leur source que dans les plus sombres prophéties.

Le monde s’écroule sous nos yeux, et, du même coup, notre espérance du monde dévale la pente, remous après cascade et tourbillon.

Banal à dire : le Temps est le grand enfonceur, le grand vainqueur de l’histoire. Et sans doute le seul vainqueur. Il ne la conduit pas –ne sachant où il va, ni dans quelle intention- mais il la contient et la manipule, il est le lit dans lequel l’Univers se couche…Il peut même faire exploser des étoiles.

Parfois-avec notre consentement et même nos encouragements- il ronge en silence, sans nous en avertir, pareil à une armée de taupes, et l’écroulement final est une surprise pour tous.

Litanie de la misère moderne, images et paroles de la désolation, dans une planète épuisée, où les comportements les plus archaïques se réveillent, ou même la Terre est impitoyable, ou même l’instinct de survie disparaît.

On dit qu’une dizaine, peut-être une douzaine de milliards de planètes ressemblant de près ou de loin à la nôtre sont dispersées dans notre seule galaxie. Et nous comptons cent cinquante ou deux cents milliards de galaxies.

Je regarde avec une sorte de calme avidité tous ces objets, tous ces visages et tous ces paysages qui disparaîtront avec moi. Ainsi, je vis dans mon oubli, déjà, je me traîne encore un peu parmi mes fantômes, qui sont plus vrais que moi, au fond, car ils me survivront.

Mettons côte à côte une image de ce Bouddha bien nourri, calme et contemplatif, mourant à quatre-vingts ans couché sur le côté droit, la tête posée sur un coussin, paisible devant l’entrée du nirvana, et une image du crucifié, souffrant et saignant. Ce sont deux formes exactement opposées, peut-être les deux versants de la condition humaine.

Hurlant comme un vivant.

Choisissons donc la vie, même la plus dure, si le néant doit être cette torture, éternelle en plus. La terreur que j’éprouve en pensant à mon cercueil -et moi bloqué dans ce coffre, lucide, paralysé, et pour toujours- rend désirable, et même inestimable, la vie la plus sombre, la plus difficilement supportable.

Et jusqu’à la fin.

La vie, toute vie, comme une éducation perpétuelle, et forcément inachevée.

Luis Bunuel disait à peu près la même chose. Ce qui le chagrinait, c’était de partir « au beau milieu du feuilleton ». Mais il s’agit d’un feuilleton sans fin. Et il le savait. À quoi bon attendre la suite?

Le Mahâbhârata disait, à ce propos: «Chaque jour la mort frappe autour de nous, et nous vivons comme si nous étions des vivants immortels. La voilà, la grande merveille !»

Une merveille qui s’appelle l’oubli, la distraction, l’inconscience, le bruit, le mouvement, autrement dit le divertissement.

Devenir une brume, un vent léger, quitter doucement toute conscience de la Terre, s’effacer peu à peu dans l’espace et se laisser emporter un jour, sans savoir où, dans les espaces : tout le contraire de la société apparemment solide, lourde, métallique et plastique où nous vivons, où nous ne songeons qu’à retarder la fin, et même –nous y viendrons un jour, croyons-nous- à ne jamais mourir.

Si nous renonçons au monde, comment pourrons-nous en parler?

De toute manière, il est assuré, et depuis longtemps, que le plaisir est un art. Qu’il peut l’être en tout cas. D’abord, il faut être doué, réceptif, curieux, avide même , instruit parfois, après quoi le désir et la méthode s’apprennent et se développent, selon les goûts et attirances de chacun.

Lire et voir, jusqu’au bout, jusqu’à l’entrée de cette vallée fatidique. S’intéresser. Ne pas partir idiot, surtout. Apprendre à faire quelque chose, et à le faire du mieux possible.

Ne pas perdre une seule occasion. Rester aux aguets, même encore aujourd’hui, dans cette promenade. Savoir, apprendre, découvrir chaque jour quelque chose sur le monde, ou sur les autres vivants, ou sur nous –mêmes, ou même sur les choses que nous jugeons « inanimées ».

Entre le ciel et nous, des messagers multiples ont voyagé, porteurs de grâces ou de malédictions, des anges, mais aussi des génies, des djinns, des apsaras et même des « esprits », et Mercure avec des ailes aux chevilles, et Iris assise sur son arc-en-ciel, et Zeus sous des déguisements divers, et tant d’autres comme la Vierge Marie à Lourdes, à Fatima et autres lieux. Cela constitue une longue liste d’intermédiaires. Avec aussi des taureaux, des scorpions géants, des centaures, des goules, des génies, des dragons, des voix sans corps, des créatures indécises.

Aux dernières nouvelles, l’Univers compterait de cent cinquante à deux cents milliards de galaxies, chaque galaxie se composant de cent à cent cinquante milliards de systèmes solaires.

Cette Terre précieuse que le cosmos a lentement formée pour nous et qui nous a été donnée, que nous avons mis des millions d’années à apprivoiser, à connaître, à cultiver et à aimer, nous devrions aujourd’hui mettre toutes nos forces à la préserver d’abord et si possible à l’embellir. Et nous faisons tout le contraire. Nous la creusons, nous la déchirons, nous la cassons, nous en aspirons toute la matière, nous l’étouffons sous nos déchets, nous l’empoisonnons, comme si nous voulions lui faire rendre gorge.

Quant à l’Univers, il ne s’en apercevra même pas. Une planète de plus ou de moins, sur des centaines de milliards, qui prendra le temps de faire le compte?

En Inde, rien n’est jamais assuré. Tout est courbe et tout est question. Telle chose peut être à la fois ceci et cela, hier et aujourd’hui, ici et là-bas, moi ou un autre.

Nous avons édifié au fil des siècles, nous et d’autres, un au-delà fantasmagorique –parfois pittoresque, toujours anthropomorphique, où des peintres et poètes se sont amusés à inventer supplice après supplice, plainte après plainte-, et là se rassemblent toutes nos peurs, et quelques-unes de nos espérances.

Ainsi, toute une partie du monde s’efface à chaque instant, emportée par le flot qui n’arrête jamais.

L’esprit est notre remords nocturne, traînant dans tous les fossés de la nuit. Il est une partie de notre honte, de notre chagrin, ou de notre insatisfaction profonde, que le vent porte ici et là, selon les saisons. Il est cette partie de nous que nous avons oubliée en route, ou que nous avons mal dirigée, ou que même nous avons étouffée dès notre jeunesse, et poussée à se séparer de nous, à nous fuir. Il est notre voix persistante et indiscutable, notre présence ici-bas qui s’éteint. Il est aussi notre reproche.

Et je me disais que j’aurais pu mourir sans voir ça ; et même que j’aurais pu ne pas naître, rester à jamais dans l’ignorance, qui est la marque même du néant.

Car je suis ignorant du monde, du monde presque tout entier. Si je me réjouis d’avoir connu le spectacle que nous propose le Yémen, combien d’autres images, dans les milliards de planètes qui se déplacent dans l’infini, aurai-je manqué de voir ?

La beauté n’est pas la sagesse. L’indifférence non plus. Elles en sont même, peut-être, le contraire. Loin de tour fatalisme, de toute abdication, la beauté exige de l’ardeur et de l’enthousiasme, de l’audace, quelquefois même du scandale, du remue-ménage, de la bagarre et du parti pris. Elle nous pique les reins, elle est bruyante, elle excite plus qu’elle ne calme.

Elle ne laisse pas «indifférent».

Il ne faut certainement pas négliger les progrès de la «stupidité artificielle». Ils sont constants, réguliers et par moments assez remarquables.

Ce qui se communique aujourd’hui sur les réseaux sociaux, le big data, les fake news, les like, le chaos médiocre de Facebook et des informations souvent improbables transmises par emojis : la disparition progressive et programmée de l’individu, la déraison incontrôlable, l’instabilité souhaitée du réel. Tout peut inquiéter, à chaque instant.

Et puisqu’il a été dit-souvent-que la mort est le sel, l’épice de la vie, qu’elle en fait le charme et la joie, comment imaginer une existence sans déclin, sans épilogue, sans un lourd rideau qui tombe à la fin?

Pourquoi nous priver de nos alarmes, de notre «crainte de la mort» et du bonheur, chaque matin, de nous réveiller vivants?

Soixante-quinze pour cent des espèces vivant sur notre planète disparaissent, en ce moment, sous nos yeux. Nous n’y prêtons aucune attention, sans paraître même nous douter que nous faisons précisément partie des espèces en danger de mort.

De là-haut, vous regarderez une dernière fois votre passé, en silence, tous les moments particuliers de votre existence, et ceux ou celles qui furent vos parents, vos amis, vos enfants peut-être.

La dernière vallée, où vous reconnaissez les autres. Un précipité de vie juste avant la mort.

Je pense une dernière fois au Japonais dans son torrent et je reste assis, vide d’esprit, là où je me trouve. Tout autour, le jour descend sur les collines, le crépuscule rôde, le vent s’apaise lentement, j’entends s’approcher les premiers oiseaux de la nuit. On pourrait croire qu’ils m’appellent. Je décide, au moins pour quelques minutes, de cesser de vieillir. Je ralentis ma vie, presque jusqu’à l’arrêt, je détends mes muscles, mes nerfs, je freine le mouvement de mon cœur, de mon sang. J’essaie de chasser toute pensée insistante, de maintenir mes yeux mi-clos, d’oublier toutes choses, et d’hier et d’aujourd’hui. Je respire en cachette.

Et le Temps passe.

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Émetteur du florilège : François C

Ici Londres, de Judith Kerr 

Anna, une émigrée Allemande, vit à Londres depuis son exil forcé. Contrainte de vivre dans une pension séparée de ses parents et de travailler comme secrétaire pour gagner de l’argent, la guerre naissante ne fait qu’empirer sa situation. Son frère Max, brillant élève de Cambridge, se fait arrêter et Anna tente de survivre au Blitz avec ses parents qui peinent à trouver du travail à cause de leur nationalité. Heureusement, ses cours de dessin arrivent à lui donner espoir et à lui faire rêver d’une vie d’artiste libre plus paisible…

Ici Londres est en fait un deuxième tome, après Quand Hitler s’empara du lapin rose. Je ne l’ai pas lu mais ça ne m’a finalement pas du tout gênée : les deux tomes sont plus ou moins indépendants.

résumé de l’éditeur : Classique incontournable de la littérature anglaise, Quand Hitler s’empara du lapin rose raconte l’histoire d’Anna, une jeune allemande de neuf ans, qui vit à Berlin avec ses parents et son grand frère Max. Elle aime dessiner, écrire des poèmes, les visites au zoo avec son oncle Julius. Brusquement tout change. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’exilent pour le rejoindre en Suisse. C’est le début d’une vie de réfugiés. D’abord Zurich, puis Paris, et enfin Londres. Avec chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.Ce périple plein d’angoisse et d’imprévus est ensoleillé par la cohésion de cette famille qui fait front, ensemble, célébrant leur bonheur d’être libre. Cette histoire, c’est celle de Judith Kerr. Elle signe avec Quand Hitler s’empara du lapin rose un roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l’exil  et de la montée du nazisme à travers les yeux d’une enfant.

S’il s’agit donc d’une autobiographie, elle est écrite à la troisième personne, chose plutôt originale ! En tous cas, qu’il soit fictif ou non, je me suis beaucoup attachée au personnage d’Anna. Elle est ici âgée d’une quinzaine d’années, après une enfance en Allemagne puis en exil, et la guerre prend le pas sur son adolescence. En effet, elle a très vite de grandes responsabilités : trouver un emploi pour subvenir à ses besoins et prendre soin de ses parents. Son père, un célèbre écrivain allemand, ne sait pas parler anglais et se sent couper du monde dans ce pays où ses œuvres ne sont pas reconnues, tandis que sa mère s’inquiète, autant pour Max que pour les dépenses de la famille. Anna arrive tout de même à prendre un peu de recul et à s’évader de son univers dur et triste grâce à ses cours de dessin. Elle redevient alors une adolescente comme les autres, insouciante et pleine de rêves et d’ambition. Anna décrit ses sentiments naturellement, sans détours et évoque parfois des situations compliquées, entre culpabilité et regret. Sa relation avec ses parents est parfois ambiguë : elle a conscience de tout ce qu’ils ont fait pour elle, essaye de prendre ses distances mais s’attriste de leur réaction…

« Mais elle ne pouvait pas oublier complètement, et elle savait bien que Mutti ne le pouvait pas, elle non plus. Il y avait entre elles une défiance qui n’existait pas avant cela. Une part d’elle-même s’en attristait. Une autre part, dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence, une part secrète et inflexible, accueillait cette prise de distance. » p.299

Anna se pose des questions sur leur départ d’Allemagne et leur intégration en Angleterre : son père se sentait sans nul doute mieux là-bas mais, quant à elle, son nouveau pays commence à lui plaire…

L’histoire est captivante et on suit la vie quotidienne d’Anna ; quelques rebondissements viennent la ponctuer de retournements de situation surprenants et plusieurs intrigues s’entremêlent pour former un mélange parfois difficile à démêler ! Pour conclure, la fin de l’histoire est pleine d’espoir… Et il suffit de lire la biographie de l’auteure pour confirmer ses attentes !

En bref, Ici Londres est une très belle histoire vraie qui raconte l’intégration d’une jeune allemande en Angleterre en temps de guerre. Il ne me reste plus qu’à lire le premier tome : avec un nom comme ça difficile de résister, ma curiosité est piquée !

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Émettrice: Mademoiselle Jeanne