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Verbatims et recommandations...

Guerres invisibles, nos prochains défis géopolitiques de Thomas Gomart - Tallandier

Émetteur du verbatim: François C.

Guerres invisibles ; nos prochains défis géopolitiquesPrologue

A l’échelle globale, le modèles de gouvernement, de consommation et de comportement sont mis en concurrence par une transformation intentionnelle, la propagation technologique, et par une transformation non intentionnelle, la dégradation environnementale.

En positif, la pandémie a marqué une étape supplémentaire dans la prise de conscience de l’unité du monde. En négatif, elle a catalysé des tensions latentes, potentiellement explosives.

LE VISIBLE

CONFLITS

Les vingt-quatre types de guerre:

  1. Militaire: guerre nucléaire; guerre biochimique; guerre écologique; guerre spatiale; guerre électronique; guerre de partisans; guerre terroriste.
  2. Supramilitaire: guerre diplomatique; guerre de réseau; guerre du renseignement; guerre psychologique; guerre technologique; guerre de contrebande; guerre de la drogue; guerre virtuelle (dissuasion).
  3. Non militaire: guerre financière; guerre commerciale; guerre des ressources; guerre d’aide économique; guerre règlementaire; guerre de sanctions; guerre médiatique; guerre idéologique.
Causes et conséquences de l’affrontement sino-américain

Les Etats-Unis sont confrontés à quatre défis majeurs requérant des moyens militaires: la montée en puissance de la Chine en Asie-Pacifique; le «Grand Moyen Orient» et les métastases du terrorisme islamiste; les stratégies de puissances comme la Russie, l’Iran et la Corée du Nord pour contester l’ordre en place et, enfin, la dérégulation de l’espace exo-atmosphérique et du cyber, où se jouent des stratégies de contrôle indirect et de disruption.

Sur le plan géostratégique, la configuration de l’espace indopacifique sera l’enjeu décisif des deux prochaines décennies… L’Inde représente la clé de voûte de l’espace indopacifique en raison de son positionnement et de son potentiel.

Cycles stratégiques

L’intervention de 2003 en Irak et la non-intervention de 2013 en Syrie ont fait perdre aux Etats-Unis leur autorité morale, tout en déstabilisant fortement le Moyen-Orient.

La patience stratégique prêtée à la Chine devrait se traduire par un recours à l’»addition-combinaison » et à l’approche « latérale-frontale » jusqu’au moment où la Chine parviendra à inverser durablement des rapports de force en sa faveur.

Les Etats-Unis entendent exploiter deux avantages qui leur resteront propres : leur suprématie militaire qui doit être préservée à tout prix (en particulier grâce à la domination dans l’espace exo-atmosphérique et en haute mer) ; et surtout leur approche globale.

ENVIRONNEMENT

En produisant plus de 45% des émissions mondiales de dioxyde de carbone, les Etats-Unis et la Chine transforment la globalisation «en champ de bataille géoéconomique et écosystémique».

L’ampleur des dégâts

La peur d’un effondrement général provoqué par la combinaison, non maîtrisable, de problèmes environnementaux, énergétiques, climatiques, géopolitiques, sociaux et économiques «qui ont aujourd’hui franchi des points de non-retour».

La Chine entretient une profonde ambivalence de modèle… Elle réussit le tour de force d’être leader dans les énergies vertes… tout en ayant un mix énergétique composé à plus de 80% de pétrole et de charbon.

(l’injustice climatique) Au niveau global, les 10% de la population mondiale les plus riches produisent à eux seuls 50% des émissions totales de GES.

Guerre aux déchets ou guerre des déchets?

Au cours des quinze dernières années ont été produits 57% de la production totale de plastique depuis 1950, avec pour conséquence 5000 milliards de pièces qui flottent à la surface des océans en formant des plaques… Seuls 9% des déchets de plastique sont aujourd’hui recyclés; les 91% restant mettront environ quatre cents ans à se dégrader.

Gagnants et perdants de la transition énergétique

Les politiques énergétiques de la Chine et des Etats-Unis ont intégré différemment trois ruptures technologiques majeures:

  1. Le recours à la fracturation hydraulique autorisant des forages horizontaux pour extraire des gaz et pétrole de schiste.
  2. Le contrôle de l’ensemble de la filière des panneaux solaires (Chine).
  3. Les batteries pour les usages industriels et pour les véhicules individuels.
La Chine veut apparaître comme le leader incontesté des ENR en dominant tous les segments des chaînes de valeur, des mines de terres rares aux algorithmes des smart grids, en passant par les panneaux solaires, les batteries et les véhicules électriques. Ses développements en matière de géo-ingénierie méritent d’être suivis à la loupe.

La géo-ingénierie est insuffisamment intégrée aux réflexions géopolitiques européennes.

COMMERCE

Une part croissante du commerce international est désormais entre les mains d’une thalassocratie illibérale et ambitieuse (Chine). C’est une rupture historique majeure.

Le cadre des échanges

A quatre siècles de distance, les grandes manœuvres en mer de Chine ou celles en Méditerranée orientale autour de Chypre réactualisent le fait , qu’à certains égards, la Chine et la Turquie mènent une politique du fait accompli en exerçant une pression navale continue.

Le contrôle des infrastructures

Qui sera en mesure de sécuriser les routes et espaces maritimes, à part les Etats-Unis et la Chine? Quel rôle pour les Européens?

Avec Trump, les Etats-Unis étaient ouvertement protectionnistes et secrètement libre-échangistes. Avec Xi Jinping, la Chine est ouvertement libre-échangiste et secrètement protectionniste.

INEGALITES

Près de 3,4 milliards d’individus restent confrontés à de grandes difficultés pour satisfaire leurs besoins élémentaires.

La nouvelle donne démographique

  1. La Chine et l’Inde représentent un tiers de la population mondiale.
  2. L’accroissement de celle-ci proviendra d’un nombre limité de pays.
  3. Une forte croissance de la population africaine, où l’âge médian est de 19,7 ans, est attendue au cours des prochaines décennies.
Les pulsations migratoires

A l’horizon 2050, selon l’ONU, les grands pays d’immigration seront les Etats-Unis, l’Allemagne, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Russie; les grands pays d’émigration seront l’Inde, le Bangladesh, la Chine, le Pakistan et l’Indonésie.

Les inégalités comme reflet de la hiérarchisation du monde

Mise en évidence de la « prime de citoyenneté » pour ceux nés aux bons endroits par opposition à la « pénalité de citoyenneté » pour ceux nés au mauvais endroit.

Avec 7% de la population mondiale, l’Europe représente 50% des dépenses sociales mondiales.

L’INVISIBLE

NUMERISER

Les plateformes assument des fonctions régaliennes quand les Etats se transforment en réseaux. Il en résulte une interpénétration des moyens dans une architecture de systèmes décentralisés, certains privés, certains publics, à finalité interne ou externe, qui collectent en continu des données individuelles. Cet enchâssement redistribue la puissance.

La mondialisation continue par la numérisation

Cinq cents milliards d’objets devraient être connectés à l’horizon 2030.

L’intensification des flux de données a entraîné une hausse exponentielle des capacités de stockage externe dans des data centers dont les capacités de traitement sont en constante augmentation.

Rien n’arrête la croissance exponentielle des données dont le volume double tous les deux ans.

L’IA a des répercussions immédiates dans quatre domaines clés de la compétition de puissance 1. Elle amplifie la «course aux talents» à l’échelle globale; 2. Elle accélère la robotisation et l’automatisation des économies industrielles et fait apparaître une géo-robotique autour de cinq pays: la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Allemagne et les Etats-Unis; 3. L’automatisation et l’intelligence à distance vont profondément modifier le salariat, en particulier dans le secteur tertiaire des économies avancées; 4. L’IA requiert des composants et des matériaux clés: les semi-conducteurs.

Puissances numériques et capitalisme de surveillance

(Chine) Sur le plan intérieur, l’objectif vise à construire une plateforme unique réunissant toutes les données concernant un individu.

L’Etat contrôle la totalité des infrastructures de réseau en tenant un carré numérique propre à la Chine: sécurité des réseaux et des données; stabilité sociale garantie par l’autocontrôle des plateformes; «sécurité culturelle», i.e. gestion restrictive des contenus jugés dangereux pour l’identité chinoise; défense d’un écosystème favorable aux innovateurs chinois à l’abri de la concurrence étrangère.

La cybersécurité est devenue un marché crucial où rivalisent des groupes ayant des liens étroits avec leurs autorités publiques.

Les attaquants informatiques poursuivent quatre grands types d’objectifs : l’espionnage, les trafics, la désinformation et le sabotage.

Ces technologies numériques autorisent six grands types d’action -surveillance, censure, harcèlement, attaques cyber, coupures de réseaux et persécutions ciblées-, qui risquent fort d’aboutir à un capitalisme de surveillance… si des garde-fous solides ne sont pas instaurés.

INNOVER

La maîtrise de technologies comme l’IA, l’informatique quantique ou l’hypersonique devrait redistribuer les rapports de force internationaux à l’échelle d’une génération.

La nouvelle course aux armements

Les cinq premières dépenses militaires mondiales sont : les Etats-Unis, très loin devant la Chine, l’Arabie Saoudite, la Russie et l’Inde.

En un demi-siècle, la dépense militaire est passée en Europe de 3%-4% à un peu plus de 1%-1,5% du PIB, soit une réduction sans équivalent historique… Au cours des années 2000, les Européens se sont démonétisés en matière stratégique.

Cette compétition ne se limite pas au réarmement, mais englobe plusieurs dimensions : militaire (réorganisation des forces armées), technologique (recherche de l’innovation), industrielle (modernisation et acquisition des équipements) et politique (volonté d’ouvrir un nouveau cycle).

Le privé au service du militaire ou l’inverse?

La géopolitique du XXIème siècle s’organise de plus en plus autour des données, indispensables à toute activité numérique.

La bataille spatiale a commencé… le New Space se caractérise d’ores et déjà par trois évolutions majeures: le big data, l’impression 3D et les investissements privés.

L’UE doit apprendre à penser et à agir davantage en termes civilitaires si elle veut pouvoir valoriser son innovation par rapport à la Chine et aux Etats-Unis. Mais le souhaite-t-elle vraiment?

DISSIMULER

Le grand jeu

La notion de guerre hybride aide à définir les conflits actuels (Afghanistan, Irak, Ukraine, Syrie, Mali, Libye notamment), qui combinent intimidation stratégique de la part d’Etats disposant d’armes de destruction massive, opérations interarmées impliquant aussi des unités spéciales, des mercenaires et des manœuvres de désinformation à grande échelle.

Les faces cachées de l’économie

Grâce au secret, les pratiques criminelles faussent toute idée de « libre concurrence » entre acteurs économiques, tout en impliquant des acteurs politiques. La loi du silence régit les échanges ; elle permet de conjuguer la main invisible du marché et la main invisible du crime, bien plus efficace.

(mafias) Les activités illégales se concentrent dans cinq marchés prohibés: 1. la contrefaçon; 2. Le trafic d’êtres humains et les migrations clandestines; 3. La criminalité environnementale avec les trafics d’espèces protégées et ceux de déchets; 4. Les trafics d’œuvres d’art; 5. Les trafics d’armes, plus risqués, qui s’observent à plusieurs niveaux… Les trafics de stupéfiants occupent une place à part en raison des profits considérables qu’ils génèrent.

À mesure qu’elle infiltre l’économie légale après avoir pris le contrôle d’un territoire, une mafia se fait moins violente et plus subtilement contraignante en recourant aux intimidations et aux amicales pressions.

A l’épreuve de la transparence

(TIC) Ils transforment les réseaux sociaux en champs d’opérations d’influence ou de désinformation, notamment en période électorale. Appelée à se répandre dans tous les milieux, la multiplication des deepfakes, comme les vidéos truquées de dirigeants politiques, nécessite une vigilance particulière.

CONTRÔLER

Le système bancaire américain irrigue les marchés financiers à travers de multiples canaux, créant les interdépendances, lesquelles peuvent aussi être transformées en leviers de coercition si nécessaire. Globalement, la puissance américaine s’exerce par le contrôle simultané des nœuds névralgiques du système international.

Le dispositif de contrôle

Les institutions internationales jouent un rôle décisif dans la production des règles, des standards et d’une information partagée.

Le secteur financier, cœur du dispositif américain… quatre grands types de marché: celui des taux d’intérêt correspondant aux obligations et prêts entre banques; celui des devises; celui des actions; et celui des matières premières. Sur ces marchés interviennent différents types d’acteurs:1. Les banques centrales; 2. Les banques; 3. Les fonds souverains; 4. Les gestionnaires d’actifs; 5. Les multinationales, qui jouent un rôle moteur dans l’organisation des appareils productifs, des échanges commerciaux et des flux financiers.

Les moyens de contrôle

L’arme du dollar.

L’arme fiscale.

L’arme juridique.

Les Etats-Unis exploitent un système panoptique unique qui leur permet de contrôler la plupart des nœuds névralgiques de la mondialisation.

Epilogue: La France en quête d’une grande stratégie

Depuis 1963, la France a conduit 120 opérations extérieures (opex) sur 17 théâtres différents… Depuis 2012, la France a subi 19 attaques djihadistes (selon les services de police, 32 attaques auraient été déjouées depuis 2017).

Le positionnement diplomatique de notre pays connaît un rendement décroissant au moment où sa sécurité exige des coûts croissants.

Face au cours pris par la mondialisation, nous préférons parler de notre modèle social plutôt que de comprendre les mécanismes d’un capitalisme de plateforme, qui sont devenus les interfaces de la rivalité sino-américaine. Essentiellement inductive, l’approche réaliste repose, à la différence de l’approche rationaliste basée sur des concepts, sur la qualité des observations faites, des informations glanées et des analyses réalisées sur les capacités et les intentions des adversaires, des partenaires et des neutres.

Une grande stratégie correspond pour un Etat à la capacité de construire un projet de puissance… Servant de boussole, elle comporte un volet invisible, les intentions véritables, et un volet visible, les priorités affichées… Elle correspond à une mise en cohérence de l’ensemble des moyens pour éviter la guerre, tout en disposant des ressorts moraux et matériels pour la gagner, si elle advenait.

Il n’existe ni fortune ni virtù sans lucidité.

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L'économie désirable, sortir du monde thermo-fossile de Pierre Veltz - Seuil

Émetteur du verbatim: François C.

L'économie désirable ; sortir du monde thermo-fossileIntroduction. FACE A L’URGENCE ECOLOGIQUE

. Nous n’avons pas d’autre choix que de composer avec le monde tel qu’il est.

. Une nouvelle grammaire productive se met en place : passage d’une économie des choses vers une économie des usages et des expériences, d’une économie de la possession vers une économie de l’accès, virage engagé du monde manufacturier vers un mode « serviciel ».

. Il est crucial de retrouver une perspective positive, de construire le récit d’une économie désirable.

. Ce qui manque est une boussole et une méthode pour déclencher et structurer les projets : projets locaux et spécifiques, mais aussi et surtout nouvelles « infrastructures » (physiques, normatives, logicielles) permettant d’orienter et de coordonner les investissements privés ou publics atomisés.

Chapitre 1. Efficacité

. Le monde hyper-industriel La réalité dominante est celle d’une industrie mondiale de plus en plus capitalistique, avec des processus de fabrication très automatisés, de plus en plus recentrée géographiquement à proximité des marchés de consommation les plus porteurs. Les services s’industrialisent. Les industriels s’orientent de plus en plus vers des modèles économiques de type « serviciel ». Ils considèrent qu’ils ne vendent plus des objets, mais des solutions, des fonctionnalités, des usages, voire des expériences attachées à ces objets. Un double passage s’opère : celui d’une économie des objets à une économie des usages et des expériences ; celui d’une économie de la propriété à une économie de l’accès.

. Une planète augmentée Derrière toute activité, aussi légère soit-elle en apparence, il y a désormais un « back office » labyrinthique d’objets et de processus dont on a du mal à cerner les limites. Pris parfois comme symbole d’une société de plus en plus dématérialisée, le monde numérique est en réalité très « lourd » en énergie, en matériaux, notamment en métaux rares.

. Dématérialisation La « dématérialisation », entendue comme la réduction du volume de ressources nécessaires pour satisfaire une fonction utile donnée, est au cœur de notre modernité.

. La voie de l’efficacité : 4 pistes principales Une meilleure conception des produits ; L’amélioration des procédés par la limitation des « chutes » et des pertes de matières ; Le recyclage et la réutilisation ; La recherche de matériaux de substitution, plus abondants, moins massifs et moins polluants.

Chapitre 2. Sobriété(s)

. L’effet Jevons Quand on améliore l’efficacité-ressources d’un produit (bien ou service), le prix baisse et rend le bien plus désirable. Résultat : l’augmentation de la consommation annule et dépasse, souvent de très loin, le gain unitaire réalisé. On voit que la seule issue est de combiner la voie de l’efficacité avec celle de la sobriété, i.e. de la réduction ou pluôt de la transformation de la consommation.

. La profondeur technologique Le fait majeur est que la masse d’énergie mobilisée par personne est gigantesque. Dans le monde, elle a été multipliée par 7 depuis les années 1950. Cette « profondeur technologique » invisible est l’une des sources principales de la croissance de l’impact énergétique et matériel.

. Des machines par milliers Lentement mais sûrement, le nombre et la complexité des composants qui constituent nos objets ont explosé. Alors que les effets rebonds sont tirés par la demande, la croissance apparemment incontrôlable de la complexité technique trouve sa source du côté de l’offre.

. Le numérique, cas exemplaire L’augmentation incessante de la profondeur technologique est au cœur de l’univers numérique. Les assistants vocaux sont un cheval de Troie pour ouvrir l’immense marché potentiel des applications permises par l’Internet des objets, i.e. la possibilité donnée à tous nos objets (électrifiés) de produire et d’échanger ds données.

. Economie des usages, économie de l’accès La multiplication des formules de location ou de leasing, pour des temps courts ou longs, ou des formules d’usage collectif minimisant l’immobilisation du véhicule, est frappante…Le numérique joue un rôle essentiel, en favorisant la flexibilité de l’appariement entre offre et demande, en permettant la télémesure et la télégestion de la performance.

. Désirs de sobriété Pour maîtriser l’effet Jevons, il n’y a pas d’autre solution que la « sobriété d’usage » - en clair, la réduction ou plutôt la transformation de la consommation. Pour maîtriser la profondeur technologique, pas d’autre solution que ce que j’ai proposé d’appeler la « sobriété de conception ».

. Le « techno-discernement » Le chemin vers la sobriété de masse reste à inventer…Nous sommes en présence d’un problème qui touche nos valeurs, mais qui est aussi un problème « technique » -hautement systémique- d’organisation de nos sociétés…car les actions des personnes et des groupes sont en interaction étroite avec les cadres proposés par les acteurs publics, les entreprises, les collectivités locales, nationales et supranationales, les normes et les règlements, les dispositifs matériels eux-mêmes.

Chapitre 3. Une économie humano-centrée

. L’économie de l’individu On observe la montée spectaculaire des dépenses liées à la santé, au bien-être, à l’alimentation « qualitative », au divertissement, à la sécurité, à la mobilité et à l’éducation. Ces dépenses ont un point commun. Elles concernent l’individu, son corps, ses émotions, son intelligence.

. Un changement global L’économie humano-centrée constitue une piste privilégiée pour bâtir une économie à la fois plus riche en valeurs positives pour les personnes, plus coopérative et plus écologique, plus économe en ressources matérielles et énergétiques. L’économie des données est au cœur de ces ambivalences. La numérisation de la santé et du corps, par exemple, se prête aussi bien à des avancées majeures de la médecine qu’aux projets les plus inquiétants de Big Brother.

. L’économie de l’individu est collective Ce versant collectif de l’économie humano-centrée reste très largement à construire. Il recèle un immense potentiel de création de valeur, d’activités et d’emplois. Le numérique, exploitant les merveilles de la connectivité et du partage des données, trouve ici un champ d’application privilégié. C’est le territoire, à des échelles variées, qui va constituer le référentiel pertinent pour concevoir et exploiter les nouvelles solutions…Individus, systèmes/liens, territoires : tel est le triangle autour duquel nous devons repenser notre base productive.

. Santé : de grandes marges de progrès Etrangement, nous avons du mal à voir la santé comme une source directe de création de valeur, un facteur de développement autant social qu’économique et technologique.Il y a de sérieuses marges de progrès dans la structuration des relations entre tous les acteurs (ville et hôpital, public et privé, soin et prévention, recherche et clinique).

. La santé comme base hyper-industrielle Au niveau mondial, la convergence entre les sciences de la vie et les sciences de l’ingénieur est probablement, avec les questions environnementales, le moteur le plus puissant d’innovations pour les décennies à venir. Imagerie, visualisation, robotique, bio-informatique, nouveaux matériaux, biomimétisme, biologie de synthèse…sont parmi ces champs de recherche nouveaux. Peu de territoires regardent la santé comme un élément à part entière de leur base productive, matrice de développement social, économique et technologique.

. Une trajectoire pour la France et l’Europe La santé, l’éducation, la sécurité et l’alimentation sont aujourd’hui des cibles privilégiées des grandes plateformes américaines et chinoises. A nous de savoir si nous voulons reconquérir une position européenne qui soit autre que suiviste et dominée. L’enjeu est fondamentalement social et politique. Il est de reconnaître à sa vraie valeur l’immense constellation des emplois du lien, de les développer comme le nouveau socle de l’économie.

Chapitre 4. Le salut par le local ?

Notre pays, comme ses voisins, fourmille d’initiatives mariant l’écologie, le numérique, l’économie sociale et solidaire et l’économie marchande ordinaire, le high tech et le low tech.

. Relocaliser l’industrie La question est celle de la maîtrise des grandes chaînes de valeur mondialisées…celle des excès de cette globalisation et de son avenir. Elle a trois grandes dimensions : écologique, industrielle et géopolitique.

. Une mondialisation modérée et régulée Aux schémas de division internationale du travail à l’ancienne se substitue ceux de territoires multifonctionnels, regroupant des pôles de conception, de réalisation et de test, avec une grande diversité d’acteurs, et connectés en réseau (territoires-laboratoires).

. Interdépendances Une vision simpliste et romantique de la relocalisation massive, voire d’une forme d’autarcie, n’est pas réaliste…L’échelle pertinente est l’Europe. Même à cette échelle, des dépendances majeures subsistent, en microélectronique par exemple. Ce sont ces déficits stratégiques partagés qu’il faut combler en priorité.

. Une nouvelle phase de la globalisation Les échanges se sont nettement « régionalisés » autour de trois grands pôles : la Factory Asie, la Factory Europe, autour du hub allemand, et la Factory nord-américaine. Il y aura moins de grandes usines, mais des tissus de petites ou très petites unités, mêlant conception, prototypage, fabrication, customisation pour les clients et services spécialisés.

. L’énergie au cœur de la reterritorialisation Les énergéticiens parlent des 3D : décarbonation, digitalisation, décentralisation.

. La préférence pour la proximité L’enjeu de la proximité est social et sociologique avant tout. Il est de recréer du lien concret dans cet univers devenu abstrait et impersonnel.

Chapitre 5. Proximités et interdépendances

. Une révolte contre l’abstraction Dans le nouveau contexte de mondialisation, les territoires locaux, loin d’être disqualifiés, pouvaient au contraire renforcer leur rôle, parce qu’ils apportaient toutes sortes de ressources cruciales pour la compétitivité dans un monde ouvert : confiance entre les acteurs, compétences localement enracinées, capital social. (retour au « faire ») Dans ce retour au proche transparaît une nostalgie des communautés d’action concrètes, du plaisir de faire ensemble autrement qu’à travers la connectivité numérique.

. Oublier les métropoles ? Un scénario possible est que les urbains les plus connectés seront de plus en plus nomades, profitant des formes de flexibilité offertes par la télé-activité. Les émissions de GES sont fortement corrélées au niveau de revenu. Les ménages du premier décile sont en France à l’origine de 30% des émissions.

. Choix urbains et mobilités Les grandes périphéries des villes ont connu l’éparpillement incontrôlé des lotissements dans de petites communes. En conséquence, la mobilité automobile contrainte a explosé. La voiture est la première source d’émission de GES en France (environ 16%)…Le problème est celui des nappes suburbaines, proches ou lointaines, et des zones rurales peu denses.

. Modèles distribués Nous dépendons les uns des autres à un degré dont nous n’avons plus conscience…Le nouveau localisme, si on le débarrasse de ses branches régressives et identitaires, est un excellent terreau pour retisser nos liens quotidiens et inventer de nouvelles pratiques…Mais n’oublions pas que nos sociétés reposent sur un tissage serré de contrats de solidarité dont l’échelle devrait être élargie, à l’échelle européenne au moins, plutôt que rétractée sur une multitude d’entités locales ou micro-locales.

Chapitre 6. Fiscalité, finance et technologie

. La taxe carbone : mythe ou solution miracle ? Bricolée, trop faible pour peser vraiment : la taxe carbone à la française n’est pas une exception. Il n’y avait, en 2018, aucune taxe carbone en Allemagne, en Chine, aux Etats-Unis, en Inde et en Russie, pays qui ont les émissions les plus importantes.

. Désinvestir des secteurs thermo-fossiles Un consensus émerge progressivement sur le fait qu’un désinvestissement massif dans les industries fossiles (charbon, pétrole, gaz) est inexorable à terme.

. L’investissement écologique A ce jour, la «finance verte » stricto sensu (les obligations vertes) reste un segment marginal de la finance de marché. Les flux de financements, publics ou privés, orientés vers la transition écologique restent timides.

. La politique de la couleur Un investissement peut être plus ou moins vert selon le contexte dans lequel il est déployé…La question importante n’est pas celle de l’intitulé de l’investissement, mais de la pertinence systémique des projets.

. Retrouver une boussole La question de fond est : pour quels projets ? Quels projets cohérents à l’échelle des villes ou des régions ? Quel projet d’ensemble à l’échelle européenne et nationale ?

. La technologie : Schumpeter et Janeway Le modèle de Janeway s’organise autour d’un triangle : une base d’initiative publique, hors critère de retour sur investissement, à partir d’un Etat attaché à une mission (mission driven State) ; des financements spéculatifs qui explorent, par essais et erreurs, les univers du possible en surfant sur les infrastructures publiques, au prix de bulles successives, gaspilleuses mais nécessaires ; une intégration progressive des nouveautés par les marchés traditionnels…Sans l’Etat, le cercle vertueux ne s’enclenche pas.

. Où sont les Etats ? La Chine, à ce jour, fait la course en tête. Dès 2010, l’investissement de la Chine dans les énergies propres était supérieur de 50% à celui des Etats-Unis…Aujourd’hui, la Chine est le leader mondial dans les investissements industriels pour les énergies renouvelables et son système de start-up vertes est impressionnant. En toute hypothèse, l’idée que les Etats européens et l’Union pourraient se contenter d’encourager les start-up et les entrepreneurs, sans infrastructures majeures et sans feuille de route globale, n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

Conclusion. L’ETAT ET LA BIFURCATION ECOLOGIQUE

Ni les marchés financiers, ni le darwinisme de la technologie, ni la multiplication de projets verts à l’échelle des villes ne sont aujourd’hui capables d’embarquer nos économies et nos sociétés dans un véritable changement de modèle…Les Etats doivent reprendre la main : développer des programmes de recherche publics à la hauteur des défis ; fixer des perspectives stratégiques cohérentes, par exemple en matière énergétique ; mettre en place les grandes infrastructures physiques et normatives ; et bien sûr veiller à l’équilibre entre objectifs sociaux et économiques, et à l’accompagnement social des mutations. A l’heure où il y a tant à faire pour éradiquer les maladies, créer des villes respirables, renouveler l’agriculture et garder notre Terre habitable. Sur la boutique

Changeons de voie Les leçons du Coronavirus d'Edgar Morin - Denoël

Émetteur du verbatim: François C.

Préambule CENT ANS DE VICISSITUDES

Introduction

L’avenir imprévisible est en gestation aujourd’hui. Souhaitons que ce soit pour une régénération de la politique, pour une protection de la planète et pour une humanisation de la société : il est temps de changer de Voie.

I- LES 15 LECONS DU CORONAVIRU9782207161876

1.1 Leçon sur nos viesChangeons de voie ;  les leçcons du coronavirus

L’amour et l’amitié pour notre épanouissement individuel, la communauté et la solidarité de nos Je dans des nous.

1.2 Leçon sur la condition humaine

L’extrême puissance de la technoscience n’abolit pas l’infirmité humaine devant la douleur et devant la mort.

Nous sommes des joueurs/joués, des possédants/possédés, des puissants/débiles.

1.3 Leçon sur l’incertitude de nos vies

Toute vie est une aventure incertaine…Nous connaîtrons sans doute, avec le virus et les

crises qui suivront, plus d’incertitudes qu’auparavant et nous devrons nous aguerrir pour apprendre à vivre avec.

1.4 Leçon sur notre rapport à la mort

Ce vide nous rappelle cruellement que la mort d’un être aimé nécessite son accompagnement jusqu’à l’enterrement ou la crémation.

1.5 Leçon sur notre civilisation

En réformant de force durant ce confinement notre mode de consommation, nous avons naturellement préféré l’essentiel à l’inutile, la qualité à la quantité, le durable au jetable.

1.6 Leçon sur le réveil des solidarités

En fait, les solidarités étaient endormies en chacun et se sont réveillées dans l’épreuve vécue en commun.

1.7 Leçon sur l’inégalité sociale dans le confinement

Le confinement a été un miroir grossissant des inégalités sociales…La pandémie a accentué dramatiquement les inégalités socio-spatiales.

1.8 Leçon sur la diversité des situations et de la gestion de l’épidémie dans le monde

1.9 Leçon sur la nature d’une crise

Une crise…se manifeste par la défaillance des régulations d’un système qui, pour maintenir sa stabilité, inhibe ou refoule les déviances (feed-back négatif). Pendant la crise, ces déviances qui cessent d’être refoulées et se propagent (feed-back positif) deviennent des tendances actives qui, si elles se développent, menacent de dérégler et de bloquer le système en crise.

1.10 Leçon sur la science et sur la médecine

Les théories de la science sont biodégradables sous l’effet de découvertes nouvelles…Ce sont des déviants depuis Copernic, en passant par Darwin, Pasteur, Einstein, Crick et Watson, qui font progresser les sciences.

1.11 Une crise de l’intelligence

L’énorme trou noir dans notre esprit, qui nous rend invisibles les complexités du réel.

Il nous faut un mode de connaissance et de pensée capable de répondre aux défis des complexités et des incertitudes.

Prévoir l’éventualité de l’imprévu.

Principe d’urgence/principe de prudence, que choisir en moment de crise ?

1.12 Leçon sur les carences de pensée et d’action politique

De fait, le dogme néolibéral aggrave terriblement les inégalités sociales et donne un gigantesque pouvoir aux puissances financières.

C’est ce vide de la pensée politique qui a permis d’éluder toute recherche d’une voie de salut politico-écologique-sociale-civilisationnelle.

1.13 Leçon sur les délocalisations et la dépendance nationale

Plus amplement, la mondialisation doit comporter son antagoniste la démondialisation pour sauver les terroirs, territoires ou nations menacés dans leur espace vital.

1.14 Leçon sur la crise de l’Europe

Sous le choc de l’épidémie, l’U.E. s’est brisée en morceaux nationaux…La France et l’Allemagne se sont montrées peu solidaires alors que l’Italie, puis l’Espagne étaient en pleine détresse sanitaire.

1.15. Leçon sur la planète en crise

La mondialisation doit plus que jamais être régulée et contrôlée par une altermondialisation et se combiner avec des démondialisations en matière sanitaire et alimentaire

II. LES DEFIS DE L’APRES-CORONA

2.1 Le défi existentiel

Un nouveau rapport au temps.

Faire durer les nouvelles solidarités.

2.2 Le défi de la crise politique

Que restera-t-il des aspirations réformatrices et transformatrices ?

Sortir du néolibéralisme, réformer l’Etat.

2.3 Le défi d’une mondialisation en crise

2.4 Le défi de la crise de la démocratie

La crise du virus aggravera-t-elle ou contribuera-t-elle à relever le défi démocratique ?

Il est à craindre que les dispositifs de traçage installés pendant la pandémie non seulement se maintiennent, mais s’amplifient par le recours systématique à la géolocalisation, au pistage par smartphone, à la vidéosurveilance, aux détections par algorithmes, à l’intelligence artificielle.

2.5 Le défi du numérique

Le digital, Internet, l’intelligence artificielle sont des moyens qui tendent à se transformer en fins ou à être au service de pouvoirs contrôleurs et incontrôlés.

2.6 Le défi écologique

2.7 Le défi de la crise économique

Trouverons-nous les principes d’une économie fondée sur un new deal de relance écologique et de réforme sociale qui ferait régresser l’hypercapitalisme et diminuerait les inégalités ?

2.8 Le défi des incertitudes

Les conflits armés, plus ou moins atténués par la crise du coronavirus, s’exacerberont-ils ? Y aura-t-il au contraire un élan international salutaire de coopération ?

2.9 Le danger d’une grande régression

. Régressions intellectuelles et morales.

. Régressions de la démocratie. Si la régression continue, il me semble inévitable que les Etats néo-autoritaires deviennent néototalitaires.

. Régressions bellicistes. Le nombre grandissant d’Etats possédant l’arme nucléaire et le développement de sa production rendront son utilisation de moins en moins improbable.

. Le spectre de la Mort plane sur l’humanité. Nous ne savons pas si la continuation des processus régressifs provoquera une barbarie planétaire, si elle favorisera la constitution d’Etats néototalitaires ou si elle déclenchera des résistances et sous quelles formes.

III. CHANGER DE VOIE

3.1. Une politique de la nation

. Conjuguer mondialisation et démondialisation ;

. Conjuguer croissance (de l’économie des besoins essentiels) et décroissance (réduction de l’économie du frivole et de l’illusoire) ;

. Conjuguer développement et enveloppement (fait référence à la communauté et la solidarité) ;

. Réforme de l’Etat : humanisation par débureaucratisation et déparasitage ;

. Refoulement progressif du pouvoir des oligarchies économiques ;

. Réforme de l’entreprise ;

. Réforme de la démocratie : la participation citoyenne ;

. Le green deal ;

. Réforme de la pensée réformatrice ;

. Réduction des inégalités ;

. Politique de solidarité ;

. Vérité sociologique de solidarité/responsabilité…L’éthique personnelle de responsabilité/solidarité des individus est aussi une éthique sociale qui entretient et développe une société de liberté.

3.2. Une politique de civilisation

Deux menaces : l’une vient de la dégradation écologique des milieux de vie ; l’autre vient de la dégradation sociologique des qualités de vie.

Une politique de civilisation comporterait une action persévérante contre les « intoxications » de civilisation. Elle inciterait, contre les dilapidations, aux recyclages et aux réparations, elle rejetterait le jetable.

Il s’agit de répondre aux dégradations et déshumanisations de la politique de l’Etat, de la démocratie, de la société, de la civilisation, de la pensée, par une pensée et une action vouées à leur régénération et leur humanisation.

3.3. Une politique de l’humanité

Elle comporterait le souci de sauvegarder indissolublement l’unité et la diversité humaine.

Ne pourrait-on songer dans l’immédiat à la formation d’un Conseil mondial des consciences constitué de personnalités laïques et religieuses, ayant chacune une autorité morale ou spirituelle et le souci primordial du destin de l’humanité ?

Protection et droits des migrants.

Protection des peuples premiers.

3.4. Une politique de la Terre

. Une politique mondiale de l’eau doit être envisagée.

. Politique mondiale des énergies propres et de traitement des déchets.

. La prise de conscience de la communauté du destin terrestre entre la Nature vivante et l’aventure humaine doit devenir un événement majeur de notre temps : nous devons nous sentir solidaires de cette planète où notre vie est liée à son existence.

3.5. Pour un humanisme régénéré

L’homme est à la fois sapiens et demens, faber et mythologicus, economicus et ludens, c’est-à-dire Homo complexus.

Nous pouvons dégager les impératifs de la réforme personnelle :

Principes d’espérance :
  1. Le surgissement de l’improbable ;
  2. L’humanité possède en elle des vertus génératrices/régénératrices ;
  3. La chance suprême est inséparable du risque suprême ;
  4. L’aspiration millénaire de l’humanité à une autre vie et à un autre monde.
L’espoir n’est pas certitude, il porte la conscience des dangers et des menaces, mais il nous fait prendre parti et faire pari.

Conclusion

Je sais que, dans l’aventure du cosmos, l’humanité est de façon nouvelle sujet et objet de la relation inextricable entre d’une part ce qui unit (Eros) et d’autre part ce qui oppose (Polémos) ainsi que ce qui détruit (Thanatos). Le parti d’Eros est lui-même incertain, car il peut s’aveugler, et il demande de l’intelligence, encore de l’intelligence, comme de l’amour, encore de l’amour.

 

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Start-up Mania la French tech à l'épreuve des faits de Michel Turin - Calmann Levy

Émetteur du verbatim: François C.

Start-up mania ; la french tech à l'épreuve des faitsChapitre 1 -  Si on n’a pas créé une start-up à 30 ans, c’est qu’on a raté sa vie

La création de start-up est, chez les jeunes diplômés des écoles de commerce et des écoles d’ingénieur, la seule trajectoire professionnelle qui aujourd’hui vaille. C’est celle qui procure le statut social le plus prestigieux. Que l’activité de la start-up représente une avancée technologique révolutionnaire bouleversant nos habitudes de vie ou qu’elle ne constitue qu’un énième gadget numérique allongeant la liste interminable des applications inutiles ne change rien à l’affaire. L’important, c’est de créer sa start-up.

Chapitre 2 -  Les enfants du digital

Les start-uppers appartiennent à la première génération née dans un environnement numérique, avec lequel ils sont familiarisés depuis leur plus tendre enfance. Ils sont réputés être parfaitement à l’aise avec les ordinateurs, les téléphones portables, Internet. L’iPhone, Facebook ou Linkedin n’existaient pas il y a seulement une vingtaine d’années. Google émergeait à peine.

Les enfants du digital ont leurs propres marques appelées les digital native vertical brands (DNVB)…Ces dernières mettent en scène un marketing digital intelligent reposant sur la personnalité du créateur ou de la créatrice de la marque. Le storytelling est la clé de tout : il s’agit de faire rêver les consommateurs et d’apporter un supplément d’âme.

Les millennials seraient davantage « digital naïves » que digital natives. Ils sont beaucoup moins familiers des techniques numériques qu’on ne le croit.

Chapitre 3 -  La grande récré

Les acteurs de la French Tech miment la plupart du temps les codes de la Silicon Valley sans trop savoir pourquoi. Beaucoup de start-up n’ont pas la moindre culture d’entreprise. Elles se contentent de singer les codes des GAFA ou ceux qu’elles leur prêtent. La foi de nouveaux convertis qui les anime produit des résultats étonnants.

Les toboggans, les hamacs, les poufs Fatboy, les baby-foot, les tables de ping-pong et les distributeurs de fraises Tagada sont les éléments de confort incontournables de toute start-up qui se respecte.

Le modèle économique de la start-up, si on peut parler de modèle économique, est fondé sur la croyance selon laquelle avoir une bonne idée, la bonne équipe, le bon produit ou le bon service peut révolutionner le monde. Le messianisme en est la figure de base.

Les start-ups ont massivement recours à des stagiaires qui ne sont pas payés, ou très peu. La plupart des salariés sont en CDD.

Chapitre 4 -  Le mythe de la licorne

Les licornes sont des start-ups dont la valorisation dépasse le milliard de dollars.

Les économies de fonctionnalité consistent à louer plutôt qu’acheter, et à partager des biens existants mal utilisés plutôt que d’en fabriquer d’autres…La digitalisation du monde a donné à ce modèle une ampleur extraordinaire. Mais il est difficile de dire qu’il s’agit de business models extrêmement disruptifs. Innovation et start-up sont loin d’être synonymes.

La vie des licornes n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Les licornes d’aujourd’hui ne seront pas forcément les licornes de demain…Après avoir dominé le monde, IBM et Microsoft ont cédé leur rang de maîtres de l’univers technologique à Nokia et à Orange, avant que ces derniers n’aient été, eux-mêmes, détrônés par Apple et Google.

Chapitre 5 -  Destination Death Valley

L’aptitude des start-ups à survivre est très faible…80% d’entre elles sont appelées à échouer dans les deux premières années de leur existence.

Mylène Aboukrat « Créer une start-up, c’est très concrètement avoir neuf chances sur dix de finir dans le mur. »

Les dix raisons les plus fréquentes pour lesquelles les start-ups échouent : l’absence de marché ; le manque de cash ; la mésentente dans l’équipe ; l’action des concurrents ; une mauvaise politique de prix ; des produits de mauvaise qualité ; l’absence de business model ; un mauvais marketing ; le mépris du client ; un mauvais timing pour le lancement des produits.

C’est dans le secteur du financement participatif que le taux de mortalité a été le plus élevé. La moitié des fintechs ont été purement et simplement rayées de la carte en 2018.

En réalité, l’écosystème est le théâtre d’un darwinisme impitoyable…Les cimetières de start-ups, eux, celui de la Death Valley comme les autres, sont pleins de start-ups qui n’étaient pas irremplaçables.

Chapitre 6 -  Vive la start-up nation ! Vive la France !

Emmanuel Macron est en immersion complète dans l’écosystème des start-ups.

La domination de la Tech américaine est écrasante. La Californie, lieu de résidence habituel des grandes entreprises de la Tech américaine, se classe par le PIB, la richesse produite, au sixième rang dans le monde devant la France.

L’Etat hébreu est la terre promise des start-ups. Ce pays de 8,7 millions d’habitants, créé il y a une soixantaine d’années, entouré d’ennemis, en état de guerre permanent depuis sa naissance et sans ressources naturelles, possède davantage de start-ups que le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée ou le Canada.

Les fondateurs de start-ups en France vendent leurs entreprises beaucoup trop tôt. La plupart des bébés techno ne deviendront jamais des PME ou des ETI.

L’économie numérique française reste un nain à l’échelle mondiale, alors même que la frénésie générée par la start-up nation frise parfois le ridicule.

Chapitre 7 -  On voit des start-ups partout, sauf dans les statistiques économiques

La couverture médiatique et les célébrations officielles par l’appareil d’Etat auquel l’ensemble de l’écosystème a droit sont complètement disproportionnées par rapport à son poids total dans l’économie nationale.

Selon une étude de l’Insee, publiée en 2016, en France, sur les 10 000 start-ups recensées ces cinq dernières années, 90% n’ont pas franchi le cap des cinq ans.

Toutes catégories confondues, de la grande entreprise (au nombre de 292) à la TPE (3 865 510), en passant par les ETI (5 776) et les PME (135 056), le pays comptait alors un peu plus de 4 millions d’entreprises.

L’économie numérique ne représente qu’un petit 5,5% du PIB, i.e. de la valeur de tous les biens et services produits en France sur une année.

Les fonds levés par les start-ups se sont montés à 3,2 milliards d’euros en 2018…La même année, les crédits bancaires représentaient, d’après la Banque de France, des encours de 1 017,9 milliards d’euros, et les financements de marché des encours de 603,4 milliards d’euros.

Les start-ups ne réalisent en moyenne que 91 000 euros de chiffre d’affaires et ne comptent que 7 employés.

Chapitre 8 -  Le CAC 40 saisi par la start-upisation

Les start-ups sont devenues l’opium du Cac 40. Les grands groupes n’arrêtent pas de jeter des passerelles entre les deux mondes…Ils siphonnent l’innovation dans les petites structures pour piloter leur propre transformation.

Il n’est pas sûr que les collaborateurs hébergés dans des bureaux partagés s’épanouissent dans des configurations ne faisant pas le moindre cas de la nature profonde de l’être humain, pour laquelle la notion de territoire occupe une place prépondérante.

Chapitre 9 -  Money, money, money

Les levées de fonds se sont élevées en France à 2,5 milliards d’euros en 2017. Elles ont tourné autour de 4 milliards en 2018.

Le capital n’a non seulement jamais été aussi abondant, mais il n’a jamais été aussi bon marché…Quand les taux d’intérêt sont très bas, cela ne coûte rien de s’endetter.

Principales étapes (levées de fonds) :

. phase d’amorçage : les fondateurs, la famille et les amis ;

. apport de capitaux quand les start-ups commencent à avoir des besoins de financement importants : les business angels ;

. levées de fonds les plus impressionnantes : les fonds de capital-risque ;

. (Etat) Les avances remboursables, les prêts à taux zéro, le crédit d’impôt recherche, les aides aux projets collaboratifs des pôles de compétitivité, les aides à l’emploi, les aides des régions, les aides à l’innovation et à la création d’entreprise.

BPI France a contribué à hauteur de 1,2 milliard d’euros au financement de l’innovation en 2018.

« L’écosystème des start-ups est atteint d’une douce folie. Celle qui consiste à valoriser plutôt qu’à rentabiliser » Sarah Aizenman

Chapitre 10 -  Au bonheur des marchands de pelles et de pioches

Le fantasme de la start-up est le terreau (très) fertile des prestataires de services qui courtisent en rangs serrés les primo-entrepreneurs.

La start-upisation accélérée du tissu économique français s’est traduite par l’apparition d’un métier entièrement nouveau, celui de leveur de fonds. Ce métier très rémunérateur consiste à accompagner une start-up pour l’aider à décrocher les financements dont elle a besoin, à tous les stades de son existence.

Les incubateurs et les accélérateurs, dans lesquels les start-ups passent quelques mois entourées par des mentors, sont les vendeurs de pelles et de pioches emblématiques de l’écosystème.

Toutes catégories confondues, l’écosystème a à sa disposition 11 000 structures d’accompagnement -depuis les incubateurs créés spécialement pour l’occasion jusqu’aux chambres de commerce et d’industrie en passant par les accélérateurs ouverts par les grands groupes ou les pépinières d’entreprises ouvertes à l’initiative des collectivités locales.

Les promoteurs commercialisant des espaces de coworking ne sont pas les derniers vendeurs de pelles et de pioches de l’écosystème. Au contraire. Ce sont ceux qui, jusque-là, ont su tirer le meilleur parti de l’exploitation des modes de vie inédits auxquels sacrifie l’écosystème.

Les équipements des espaces affichent tous les signes extérieurs de la branchitude version start-up : wifi, fibre très haut débit, visioconférence, TV 4K connectées ou murs d’écran, stylos, feutres Neuland et craies, pauses gourmandes, paperboards, Post-it A1-A5, piano, guitare, murs inscriptibles, trois micros, logiciels collaboratifs, frigo libre-service, trois écrans digitaux et tactiles, chargeurs de téléphone, café et thé, Apple TV, Instashow ou Clickshare.

Chapitre 11 -  Vous avez aimé la bulle Internet ? Vous allez adorer la bulle start-up !

Les investissements dans les start-ups américaines n’ont jamais été aussi élevés depuis le boom des dot-com au début des années 2000…L’industrie du capital-investissement, apporteur de capitaux privilégié des start-ups, est de l’avis général en haut de cycle.

Les valorisations des start-ups sont stratosphériques, alors que bon nombre d’entre elles perdent des millions d’euros par an, quand ce n’est pas davantage.

Le facteur déclenchant du krach des start-ups pourrait être la déroute d’une grande entreprise de technologie aux Etats-Unis ou ailleurs.

Comme à l’époque de la bulle Internet, une grande majorité des start-ups est sous perfusion. Quand le flux de capitaux se tarira, l’hécatombe sera terrible.

Après avoir eu des carnets de bal à faire rêver -et elles ont fait rêver-, les start-ups risquent, elles aussi, de bientôt faire tapisserie.

Conclusion

La French Tech n’embraye pas sur le reste de l’économie. Elle n’a pas d’effet d’entraînement. La Tech est trop souvent le miroir aux alouettes d’aujourd’hui. Elle nous laissera une incroyable saga faite d’épisodes tour à tour touchants, brillants, risibles, rocambolesques, déroutants, talentueux ou bousculants. Mais l’illusion d’optique aura joué à plein.

 

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La nouvelle guerre des étoiles de Vincent Coquaz et Ismaël Halissat

Émetteur du verbatim: François C.

La nouvelle guerre des étoilesPourquoi note-t-on ? D’où vient ce mouvement de fond ? Quelles sont les véritables conséquences pour les notés et pour les noteurs ? Les notes sont-elles aussi neutres et objectives qu’elles le paraissent ? En tant que citoyen, peut-on s’opposer à un tel système ?

1. L’épouvantail chinois

Le point de départ du crédit social chinois est de faire en sorte que les lois et les décisions de justice soient respectées.

Le projet de crédit social…porte évidemment en lui les germes de potentielles pratiques totalitaires très inquiétantes. Mais aujourd’hui, à l’échelle du pays, il n’existe pas de système de notation punitif, connecté et généralisé, que ce soit d’origine gouvernementale ou privée.

En termes de capitalisme de la surveillance, la Chine va sûrement progresser rapidement, mais pour l’instant les Etats-Unis ont plusieurs longueurs d’avance.

2. Depuis 1540, noter pour classer

La solution retenue par les jésuites pour y parvenir ? La compétition permanente et acharnée entre élèves. Les notes sont nées.

Et même si on se pose la question, de toute façon la note est notre langue commune. C’est même la définition du fait social : quelque chose qui s’impose collectivement à nous et dont on ne peut s’émanciper.

3. Les autres étoiles de la restauration

TripAdvisor ne demande pas l’avis des restaurateurs quand il s’agit d’être recensé ou non sur son site. Xavier Denamur…a entamé une procédure judiciaire afin de retirer ses cinq établissements de TripAdvisor quand la plupart de ses concurrents se battent pour y figurer en bonne place.

Dès 2014, l’entreprise australienne Dimmi permettait aux restaurateurs de noter les clients sur la nature de la commande, le montant du pourboire, le temps passé à table ou même le physique de la personne.

Les restaurateurs sont nombreux à appeler de leurs vœux une notation généralisée des clients…Ils pourraient dès lors choisir les clients les plus rentables.

4. Dans la fabrique à fausses notes

Ces trois femmes sont en quelque sorte grossistes en faux commentaires Amazon.

Il ne fait aucun doute que des milliers de faux commentaires et de fausses notes sont déposés chaque jour sur Amazon grâce à ces méthodes frauduleuses. Malgré 20 ans d’expérience, la plate-forme américaine passe à côté.

Si les vendeurs se donnent autant de mal pour obtenir de bonnes notes ou faire supprimer les mauvaises, c’est parce que la note moyenne est l’indicateur déterminant utilisé par les consommateurs pour faire leur choix d’achat en ligne.

Sous un vernis d’authenticité, plusieurs indices incitent à douter qu’il s’agisse de vrais tests, indépendants et rigoureux, qui permettraient de se faire une idée de la qualité du produit.

Dans les faits, le but semble surtout d’inonder les sites marchands et les plates-formes de notes et de commentaires positifs.

5. Le travail à coups d’étoiles

De 1 à 5, de 1 à 4 ou de 0 à 10. Par petites touches, la notation par le consommateur s’est immiscée dans l’industrie des services…Ce système de notation par les clients qui se généralise dans les entreprises françaises a souvent, en bout de chaîne, une conséquence financière ou disciplinaire pour les salariés.

Au fur et à mesure de notre enquête, une question à propos des salariés demeurait : d’où vient cette passion des entreprises pour la notation ? Et pourquoi les formulaires de satisfaction de ces entreprises, d’Orange à SFR en passant par Darty ou Citroën, étaient-ils si semblables ?

6. NPS, le règne du « Bullshit »

Trois lettres pour Net Promoter Score. En français : score net de promoteurs…Dans ce système, défiant toute logique mathématique, un 0 équivaut donc à un 6. Un résultat global est calculé en soustrayant le nombre des promoteurs à celui des détracteurs. D’où l’appellation « score de promoteurs net ».

Dans la foulée de ette première démonstration, le Net Promoter Score va être breveté, décliné, avec toute une série de produits annexes.

7. 360 degrés de notes

Comme pour le client, plusieurs entreprises demandent désormais aux salariés de noter leurs collègues ou leurs supérieurs hiérarchiques.

 (Ernst & Young) Chaque consultant est désormais évalué par « toutes les personnes avec lesquelles il travaille » de façon anonyme : « Son manager. Ses pairs. L’équipe encadrée par le manager. L’assistante. »

 Une autre entreprise, décidément accro à la notation, a totalement intégré le « feed back permanent » à son quotidien : Amazon.

8. Du privé au public

Les données collectées sont regroupées sur le site resultats-services-publics.fr lancé en juin 2019. Parmi les administrations concernées, on retrouve déjà les données des organismes de Sécurité sociale chargées de la famille, de la vieillesse, de la maladie…Mais aussi de Pôle Emploi, des forces de sécurité, des préfectures ou encore des tribunaux.

9. Le chantier de la santé

Cette invasion de la notation touche également la médecine de ville. Et ce n’est pas l’Etat qui est à la manœuvre cette fois, mais un acteur privé incontournable : Google.

 Les étoiles Google sont sûrement ce qui se fait de pire en matière de notation en ligne : modération minimale, aucune vérification d’identité ou de la réalité de la prestation (n’importe qui peut commenter, même sans avoir jamais rencontré le médecin en question) dans l’anonymat le plus total. Un Far West de la notation.

10. Souriez, vous êtes (secrètement) notés

Grâce à un algorithme opaque, Dift propose d’attribuer un score de fiabilité sur une échelle de 1 à 100 à tous les utilisateurs d’Internet, en analysant jusqu’à « 16 000 signaux et données personnelles ». Selon l’entreprise, l’objectif est de déterminer si vous êtes un client ordinaire, un dangereux arnaqueur ou encore un robot…

Experian, une multinationale basée en Irlande et spécialiste de l’analyse de données, a développé un produit nommé « Mosaic ». Cet outil permet la segmentation de la quasi-totalité des consommateurs français.

Bien d’autres entreprises « ont développé des technologies permettant de noter la « valeur » d’une personne en utilisant des informations comme son historique de navigation, de recherche, sa localisation, mais aussi l’utilisation de certaines applications mobiles, son historique d’achat en ligne ou ses amis sur les réseaux sociaux » développe le chercheur autrichien Wolfie Christl, spécialiste de la protection des données personnelles.

« De façon très conservatrice, le calcul algorithmique reconduit l’ordre social en ajoutant ses propres verdicts aux inégalités et aux discriminations de la société : les mal notés seront mal servis et leur note en deviendra plus mauvaise encore. » Dominique Cardon

Epilogue SABOTAGE

Tout système de notation est problématique parce qu’il enfonce les mauvais et les médiocres, alors qu’on pourrait considérer qu’il faut aider ceux qui en ont le plus besoin. C’est un système fait pour désigner les moins bons.

Cette idée de démocratisation par la note est pourtant fallacieuse. Concernant les avis en ligne, toutes les études montrent la « très inégale participation des internautes » : une toute petite fraction des consommateurs note, quand la grande majorité consomme passivement. Fatalement, ceux qui commentent ne sont pas représentatifs de la population.

La notation en ligne a surtout pris une importance démesurée : nous avons accepté que des systèmes opaques ordonnent des pans entiers de notre vie. Les algorithmes utilisent la note pour connaître nos goûts et nos dégoûts, pour classer et trier ce que l’on voit, ce que l’on achète. La facilité avec laquelle ces notes peuvent être manipulées, par des personnes malintentionnées ou par ses concepteurs mêmes qui peuvent modifier critères et pondération à leur guise, devrait nous amener à prendre de la distance.

De toute évidence, cette nouvelle guerre des étoiles ne fait que commencer.

 

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Reset Quel nouveau monde pour demain ? de Marc Touati - Bookelis

Émetteur du verbatim: François C.

ÉPISODE I : Une récession historique

1. Que savons-nous vraiment ?

Tôt ou tard, il faudra payer la facture…avec, au bout du chemin, des risques élevés d’instabilité sociale et sociétale.

Faire des prévisions sur la base des fondamentaux économiques est presque devenu impossible. Pour la bonne et simple raison que tous nos repères ont disparu et que tout devient envisageable.

2. La plus grave récession depuis le krach de 1929.

Le PIB de la zone euro a chuté de 12,1% au deuxième trimestre 2020, enregistrant un glissement annuel de – 15%, qui est évidemment un plus bas historique.

3. Après le plongeon, une reprise en V est-elle possible ?

4. Pas de retour à la normale avant 2025…

. la fin du confinement sera très progressive ;

. de nombreux secteurs d’activité continueront de souffrir fortement et durablement (tourisme, hôtellerie, restauration, transports aériens, aéronautique, automobile, l’événementiel, ou encore le luxe) ;

. le nombre d’entreprises en faillite risque d’être considérable ;

. les taux d’intérêt des obligations d’Etat devraient augmenter significativement ;

. les Etats et les banques centrales ayant déjà utilisé toutes leurs cartouches…n’auront guère de marges de manœuvre pour relancer massivement la machine par la suite ;

. plus la chute est importante, plus la remontée est difficile.

Le redressement de l’économie hexagonale sera particulièrement lent et chaotique…En d’autres termes, nous risquons désormais de payer des décennies d’erreurs stratégiques et de déni de réalité.

5. Etats-Unis, Europe, Chine : Qui sera le grand perdant de la crise ?

Déjà empêtré dans une dette publique bien plus extravagante que celle de la Chine, le bloc USA-Europe risque alors de très vite déposer les armes.

Dans la mesure où l’U.E. est tout sauf unie, il est fort probable que cette dernière soit, comme d’habitude depuis 25 ans, le « dindon de la farce »…En outre, dans la mesure où l’Italie, la Grèce, voire l’Espagne et la France étaient déjà en situation de quasi-faillite avant le drame du Coronavirus, que vont-ils devenir au cours des prochaines années, avec des dettes publiques de plus de 150%, voire 200% du PIB.

6. Chine : le grand bond en arrière ?

Les pays émergents sont bien devenus les nouveaux « maîtres du monde » économique et financier. A leur tête, un leader sans égal ne cesse de surprendre par son dynamisme et sa résistance : la Chine.

La Chine ne veut plus se contenter d’être le leader du monde émergent, elle veut aussi dominer l’ensemble de la planète, tant d’un point de vue économique que financier ou encore politique et militaire.

7. Les pays émergents en danger.

Les pays émergents entrent dans un cercle pernicieux effroyable : chute de l’activité mondiale, écroulement des commandes en provenance du reste du monde, assèchement des financements internationaux, effondrement de l’investissement, flambée du chômage, appauvrissement global de l’ensemble de la société, malnutrition, aggravation de la crise sanitaire…

Sur les trente pays les plus pauvres du monde (selon ce critère du PIB par habitant), vingt-cinq sont africains.

EPISODE II : Le nouveau monde sera-t-il meilleur que l’ancien ?

8. Vers la fin de la mondialisation ?

A l’image de la décroissance, la supression du libre-échange n’a aucun sens économique, si ce n’est le désordre social et sociétal.

Oui, la mondialisation doit être repensée, mieux encadrée et certainement freinée pour éviter les excès passés. Dans ce cadre, elle sera améliorée, moins débridée, avec des règles plus claires et généralisées à l’ensemble des pays de la planète. Et ce, en particulier en matière sanitaire, fiscale, mais aussi démocratique.

9. Quid de la relocalisation ?

Ces 115 miliards d’achats stratégiques -actuellement importés- englobent 58 catégories de produits appartenant à cinq secteurs : la santé/pharmaceutique, l’agroalimentaire, l’électronique…et les industries de transformation des matières premières et d’emballage.

La clé de la réussite de l’après-crise réside dans la capacité de la France et de ses entreprises à devenir leaders dans les technologies et les industries du futur.

10. Doit-on craindre le retour de la forte inflation ?

Les risques d’avènement d’une forte inflation et a fortiori à deux chiffres sont extrêmement faibles, voire inexistants…Pour au moins six raisons :

Le vrai danger réside dans la flambée des prix des actions, des obligations ou encore de l’immobilier.

11. La décroissance, non ! La croissance écologique oui !

Sans croissance, il n’y a pas d’emploi…Autrement dit, si la révolution verte doit passer par la décroissance, le chômage et la crise sociale, il y a clairement un problème de durabilité et tout simplement de faisabilité. D’ailleurs, n’oublions pas que dans l’expression « dévelopement durable », il y a « développement ».

12. La fin du roi pétrole…

Ne l’oublions jamais : le véritable moyen de freiner l’augmentation excessive des cours des matières premières réside principalement dans la capacité à innover et à engager le monde dans une double révolution technologique : celle des NTE (Nouvelles Technologies de l’Energie) et celle des NTA (Nouvelles Technologies de l’Agro-alimentaire).

13. Secteurs d’activité : quelques gagnants et beaucoup de perdants.

Les espaces numériques dédiés aux conférences vidéos et webinaires en tous genres ont de très beaux jours devant eux.

Les réactions en chaîne de la pandémie doivent donc vraiment être prises au sérieux : tourisme en chute libre, effondrement du trafic aérien, descente aux enfers des compagnies aériennes, aéroports à l’arrêt ou presque, consommation énergétique en berne, constructeurs aéronautiques en grande difficulté…

Autres perdants de la crise : toutes les industries de l’événementiel, des spectacles, du cinéma, des parcs d’attraction, mais aussi de l’automobile, de la mode, du luxe ou encore de l’immobilier de bureau.

14. GAFAM : trop puissantes, donc trop dangereuses ?

Déjà excessivement puissantes avant cette crise, les entreprises du numérique ont renforcé leur domination qui est d’ailleurs devenue hégémonique.

Au total, la « valeur » boursière des 5 Gafam atteint la « modique somme » de 6818 milliards de dollars, soit 663 milliards de plus que le PIB de la France et de l’Allemagne réunies.

Plus globalement, les Gafam restent particulièrement menacées par toute une série de catastrophes potentielles : encadrement réglementaire contraignant, lois antitrust, cyberattaques…sans oublier leur exposition à la remontée des taux d’intérêt des crédits et à la récession économique…En d’autres termes : Oui à la révolution technologique, non à l’aveuglement.

ÉPISODE III : Une nouvelle Europe?

15. Plan européen : pour 750 milliards t’as plus rien!

Après cet accord à l’arraché, la plus grande prudence doit rester de mise. Et ce, pour au moins six raisons :

  1. Les 750 milliards d’euros promis ne représentent que 5,7% du PIB de l’U.E. ;
  2. Même si, par miracle, ce plan est renouvelé chaque année, cela signifiera que le budget européen sera d’environ 7% du PIB de l’Union, contre un budget fédéral qui représente plus de 20% du budget américain ;
  3. La ratification de ce plan a montré que l’U.E. était loin d’être un havre de coopération et d’entente ;
  4. Les concessions accordées pendant ce sommet sous haute tension risquent de laisser des traces pour les futures décisions européennes ;
  5. Tant que l’U.E. et la zone euro ne seront pas dotées d’une véritable gouvernance économique efficace tant en matière de croissance que de sérieux budgétaire, la crise ne pourra prendre fin ;
  6. Le financement de ces mesures.
En conclusion, si la gouvernance de l’U.E. et a fortiori celle de la zone euro ne sont pas améliorées, les 750 milliards d’euros annoncés ne serviront pas à grand-chose et finiront même par coûter très cher.

16. Le Covid-19 détruira-t-il la zone euro à 19?

La zone euro est, elle aussi, devenue une « bulle », i.e. un fossé entre ses promesses et ses réalisations, constituant par là même une « machine à crises ».

Basée sur des fondations bancales, l’UEM n’a jamais été terminée. En effet, cette dernière ne sera crédible que lorsqu’elle sera devenue une « zone monétaire optimale », i.e. parfaitement unifiée à tous points de vue, comme les Etats-Unis d’Amérique par exemple.

L’UEM telle que nous la connaissons aujourd’hui aura disparu d’ici 2030. Cela signifiera l’avènement d’une zone monétaire plus restreinte, avec une vraie intégration, une véritable union fédérale, des règles strictes et une entraide à toute épreuve.

17. Et si l’euro disparaissait ?

Si la sortie de la zone euro est tout à fait possible, il faut savoir qu’elle se traduirait forcément par une récession aggravée et durable, par une crise sociale sans précédent, mais aussi des guerres civiles, voire un conflit militaire. Bref, l’Europe et le monde s’engageraient dans un « trou noir »

18. Vers une Europe à quatre vitesses…

  1. a) une « zone euro premium », uniquement avec les pays qui respectent les règles d’harmonisation des conditions fiscales et règlementaires, le tout étant consolidé par un budget fédéral et une union politique ;
  2. b) une « zone euro basique » : pays souhaitant garder la monnaie unique, mais n’étant pas encore capables de remplir tous les critères d’adhésion à la « zone euro premium » ;
  3. c) une zone de libre-échange, mais sans monnaie commune ;
  4. d) pays géographiquement européens ne souhaitant pas faire partie de l’U.E., avec néanmoins des relations économiques et commerciales privilégiées, tels que la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni.
19. La France en état d’urgence durable…

La France se paie le luxe d’entretenir des dépenses publiques pharaoniques avec pour seuls résultats : une croissance molle, un chômage élevé, un accroissement des inégalités sociales et de la pauvreté.

Avec plus de 9,3 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, un revenu médian de 1735 euros par mois et une augmentation des inégalités, la France apparaît particulièrement menacée par une crise sociale de grande envergure.

EPISODE IV : Quid des politiques économiques ?

20. Les banques centrales coincées dans leur propre piège.

Les banques centrales ont entraîné le monde dans une dangereuse « trappe à liquidités », se caractérisant par quatre composantes principales : des taux monétaires proches de zéro, une abondance de liquidités, mais une inflation modeste et une croissance économique faible, voire une situation de déflation-récession.

Les récentes décisions et déclarations (depuis un an jusqu’à dernièrement) montrent qu’ils ne semblent pas savoir où ils vont et surtout là où ils veulent nous mener.

21. Covid-19 et dépenses publiques : liaisons dangereuses…

De 2000 à 2019, le poids des dépenses publiques dans le PIB français est passé de 51% à plus de 56%. A titre de comparaison, celui de l’Allemagne a diminué de 48% à 44%.

La France est aussi numéro un mondial des dépenses sociales qui représentent 31,2% de son PIB, contre 25% en Allemagne et une moyenne de 20% pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

En d’autres termes, le drame de la France n’est pas le manque de dépenses publiques, mais la faible efficacité de ces dernières.

22. Relances budgétaires pharaoniques : qui va payer ?

Déjà extrêmement élevées avant la pandémie, les dettes publiques vont encore exploser au cours des prochains mois. De plus, dans la mesure où le PIB baisse fortement, cela signifie que les ratios dette publique/PIB vont mécaniquement atteindre des niveaux démentiels d’ici la fin 2020 : 260% au Japon, 205% en Grèce, 170% en Italie, 125% en France et 110% pour l’ensemble de l’UEM.

23. Et le financement des retraites dans tout ça ?

La durée de vie moyenne à la retraite est actuellement d’environ 22 ans, contre 2 ans dans les années 1950, 10 dans les années 1980 et 15 ans dans les années 1990.

Plus de 320 milliards d’euros, soit environ 14% du PIB, sont consacrés chaque année en France au financement des retraites, contre 10% en Allemagne et une moyenne de 7,5% pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

Si la question du financement des retraites n’est pas résolue au plus vite, la dette publique française flambera encore nettement.

24. Sortie de crise : c’est quoi le bon plan ?

Un plan de relance efficace est celui qui inscrit la France dans une dynamique d’investissement et d’innovation sur le long terme. Cinq mesures à prendre d’urgence pour sauver la France :

  1. Baisser la pression fiscale pour tous, les entreprises et les ménages ;
  2. Optimiser la dépense publique en réduisant considérablement les dépenses de fonctionnement ;
  3. Réduire d’au moins 15% les charges qui pèsent sur les salaires ;
  4. Moderniser le marché du travail ;
  5. Favoriser le financement des entreprises et de l’innovation.
EPISODE V : Marchés financiers : vers moins d’éxubérance ?

25. Les bulles explosent en même temps.

Nous avons commencé à assister au pire des scénarios, en l’occurrence celui du dégonflement de toutes les bulles « en même temps ».

26. Taux d’intérêt de crédits : une remontée inévitable.

Grâce à la cocaïne, puis à la morphine distribuées à profusion par la BCE, les taux d’intérêt des obligations d’Etat n’ont cessé de baisser.

Aujourd’hui, si les primes de risque liées à l’inflation et à l’activité économique sont faibles, celles des déficits publics et de la crédibilité des Etats sont de plus en plus élevées…Il faut se rendre à l’évidence : l’ère des taux d’intérêt excessivement bas va bientôt se terminer.

27. Les marchés boursiers anémiés pour longtemps.

Si la planète tombe en récession, les résultats des entreprises seront négatifs, affectant mécaniquement les valorisations boursières.

Même si une reprise se produit grâce aux soutiens monétaires et budgétaires pharaoniques mondiaux, il faudra de nombreuses années avant de retrouver le niveau du PIB de la fin 2019.

La récession ne fait que commencer…et nous n’avons encore aucune idée précise de l’ampleur des faillites et de la crise sociale à venir. En d’autres termes, les incertitudes sont fortes et la volatilité va rester très élevée.

28. Vers une nouvelle crise bancaire ?

Le système bancaire et financier de la zone euro reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses (600 milliards d’euros fin 2019, dont environ 140 milliards pour les seules banques françaises) qui pourrait voir le jour dans les prochains mois.

Les banques européennes restent fortement menacées par une récession historique, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat.

La probabilité d’une nouvelle crise bancaire majeure demeure plus qu’élevée.

29. Bitcoin : quitte ou double ?

Combien vaut une monnaie qui est basée sur le néant, qui n’est contrôlée par aucune autorité et qui ne dispose d’aucune assurance contre la faillite ?

Une même constante avec les conseillers en investissement en fausses cryptomonnaies : tous les « épargnants » perdent et le créateur de l’arnaque se régale jusqu’à ce que la police l’arrête ou la mafia le « neutralise ».

30. L’immobilier prendra aussi le bouillon.

Au final, les fondamentaux du marché immobilier sont clairs : des prix trop élevés, un resserrement des conditions de crédits, une baisse de la demande et une augmentation de l’offre…J’anticipe une baisse de l’ordre de 20% des prix immobiliers en moyenne sur le territoire français au cours des deux prochaines années. Ensuite, une fois la correction passée, les prix remonteront progressivement.

EPISODE VI : Comment se protéger face à la crise ?

31. Notre épargne est-elle en danger ?

Depuis janvier 2016, les comptes des clients dotés de plus de 100 000 euros de dépôts pourront être prélevés pour contribuer au sauvetage de leur banque, en cas de besoin.

En France et en Europe, les dépôts bancaires ne sont garantis qu’à hauteur de 100 000 euros par personne et par banque…Cependant, l’Etat ne pourra pas puiser dans les livrets A et les contrats d’assurance-vie.

32. Il est l’or de se réveiller…

Pour simplifier, l’or n’est une « valeur refuge » que face à trois dangers majeurs : l’hyperinflation, une récession mondiale et un krach boursier et/ou obligataire international.

Attention, dès qu’il dépassera significativement les 2000 dollars l’once, l’or commencera à devenir trop cher et entrera dans une bulle, il faudra donc éviter d’en acheter.

33. Comment sortir de la crise par le haut ?

En fait, seuls les pays disposant de réserves de changes conséquentes (notamment les pays asiatiques) et/ou d’une marge de manœuvre budgétaire appréciable (principalement l’Allemagne) ont de quoi affronter cette nouvelle crise.

Si nous continuons de broyer du noir, si des pays comme la France refusent de réformer en profondeur leur économie, si les gouvernements de la zone euro ne réussissent pas à se mettre d’accord pour unir leurs forces, si les partenaires sociaux refusent de s’entendre, alors, la zone euro et la France seront les grandes perdantes de cette crise.

34. Quel nouveau monde pour demain ?

La décroissance se traduit immanquablement par des faillites d’entreprises, des destructions d’emplois, du chômage de masse, une augmentation de la pauvreté, voire de la malnutrition, en particulier dans les pays émergents, sans oublier une aggravation des inégalités.

L’écologie doit passer par l’économie au travers des innovations et des progrès technologiques…Plutôt que de rêver à un monde sans avion et sans voiture, il serait ainsi plus efficace de rêver à un monde avec des voitures et des avions propres (électriques ou hydrogènes), des usines peu ou pas polluantes, un développement des nouvelles technologies de l’énergie et de l’agro-alimentaire, mais aussi avec des services à la personne plus performants…

En conclusion, un nouveau monde moins extravagant, plus sûr, plus démocratique, tout en étant plus moderne et plus égalitaire est encore possible. Il suffirait que les dirigeants de la planète aient le courage d’en poser les fondations au plus vite.

La réalité est en train de dépasser les fictions les plus folles…Nous devons tout faire pour que cette réinitialisation (reset) mondiale soit aussi un « upgrade », i.e une amélioration de notre système économique, financier, social et sociétal.

 

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Vivre ! dans un monde imprévisible de Frédéric Lenoir - Fayard

Émetteur du verbatim: François C.

Vivre ! dans un monde imprévisibleI. SE SENTIR EN SECURITE

On peut globalement affirmer que lorsque nos besoins de sécurité sont satisfaits on peut davantage se concentrer sur nos besoins de croissance, lesquels nous apportent les joies les plus profondes: joie de l’amour qui s’épanouit, de nos réalisations professionnelles qui nous permettent de nous accomplir et d’être reconnus, joies créatives, intellectuelles et spirituelles de notre esprit qui progresse…

II. ENTRER EN RESILIENCE

On peut schématiquement évoquer trois étapes principales après le traumatisme: la résistance, l’adaptation et la croissance.

Une personnalité qui est allée jusqu’au bout du processus de résilience ne s’est pas contentée de reconnaître son traumatisme et de faire le dos rond. Elle a su chercher en elle les ressources nécessaires pour se développer et faire de ce choc un tremplin pour grandir.

Toute crise (personnelle ou collective) doit nous conduire à faire des choix et à saisir les nouvelles opportunités qui s’offrent à nous.

III. S’ADAPTER

La doctrine du « non-agir », au cœur de la pensée taoïste, ne stipule pas qu’il faut rester passif, mais qu’il faut savoir lâcher prise et agir au moment opportun.

Montaigne ou les sages taoïstes nous disent que pour vivre bien il faut savoir s’adapter au mouvement permanent et imprévisible de la vie.

Tenons compte de toutes ces évolutions pour repartir d’un bon pied, dans une bonne direction, afin de nous reconstruire en restant dans le mouvement et la fluidité.

IV. CULTIVER LE PLAISIR ET LES EMOTIONS POSITIVES

Le rôle capital des neuromédiateurs (dopamine, sérotonine, acétylcholine, GABA) dans notre équilibre émotionnel.

On ne peut quitter une émotion ou un sentiment de peur, de tristesse, de colère, une dépression, qu’en mobilisant une autre émotion ou sentiment positif : du plaisir, de la gratitude, de l’amour, de la joie.

V. RALENTIR ET SAVOURER L’INSTANT

Montaigne insiste dans ses Essais sur la nécessité de prendre conscience et de savourer les moments heureux de l’existence et d’en jouir pleinement dans l’instant, sans autre souci: « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors. »

Cette pratique de la méditation a évidemment aussi un profond impact spirituel. En développant un silence et un espace intérieur, elle renforce notre esprit, le rend plus disponible aux intuitions, plus ouvert au discernement, davantage capable de distanciation et de détachement.

VI. RESSERRER LES LIENS

Lorsque nous sommes affectés par un trauma, les liens socio-affectifs sont en effet essentiels pour se reconstruire, pour rebondir, pour retrouver la confiance nécessaire afin d’avancer dans la vie.

VII. DONNER DU SENS

Les principaux choix que nous avons à faire dans notre existence sont ceux de la juste orientation de nos désirs.

Frankl a su donner un sens à son existence, malgré l’horreur et l’absurde… Ce qu’il nous enseigne, c’est que celui qui a un « pourquoi » peut vivre avec n’importe quel « comment ».

Toute crise offre des opportunités de changer, de réorienter sa vie, de revoir son échelle de valeurs, d’aller vers l’essentiel.

VIII. DEVENIR LIBRES

Notre plus bel acte de liberté intérieure sera même de savoir utiliser une blessure, une contrainte, une maladie, un échec, un traumatisme de vie pour mobiliser nos ressources intérieures et grandir.

Nous ne naissons pas libres: nous le devenons.

IX. APPRIVOISER LA MORT

Vivre avec l’idée que nous mourrons tous un jour et que la mort fait partie intégrante de la vie…

Si le sage n’a pas peur de la mort, c’est qu’il est dans une profonde acceptation de la vie et de ses lois : la naissance, la croissance, le déclin, la mort.

C’est notre finitude qui peut nous inciter à vivre pleinement chaque instant comme une opportunité de joie, de plaisir, de prise de conscience, de connaissance, de croissance, d’amour partagé.

X. AGIR ET CONSENTIR

L’éthique stoïcienne vise à nous rendre conscients de notre responsabilité envers tout ce qui dépend de nous et conscients qu’il ne sert à rien de se laisser contrarier par ce qui ne dépend pas de nous.

Il relève aussi de notre responsabilité de vivre au mieux avec cette pandémie et ses conséquences, en cultivant nos émotions positives, en nous adaptant, en resserrant nos liens avec les autres, en essayant de saisir de nouvelles opportunités qui s’offrent à nous, et en acceptant, le plus joyeusement possible, ce que nous ne pouvons pas changer.

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LA HAINE EN LIGNE de David DOUCET- Albin Michel

Émetteur du verbatim: François C.

Combien de personnes avaient été humiliées publiquement et condamnées sur la seule foi des médias sociaux? Quels sont les rouages de ces nouveaux mécanismes d’ostracisme en ligne? Comment remonter la pente lorsque votre nom est devenu une injure et que taper votre patronyme sur un moteur de recherche suffit à refroidir le plus téméraire des employeurs? Et enfin, où trouver la force de surmonter cette épreuve quand l’image que vous renvoie Google est un supplice?

  1. Le tribunal des réseaux sociaux

Sur les «autoroutes de l’information», il n’existe pas de meilleur carburant que l’énergie émotionnelle. C’est la loi d’Internet, ce qui choque ou énerve aura plus de chances d’être entendu que ce qui interroge ou pousse à la réflexion.

Les délateurs se retrouvent investis d’une magistrature totale recouvrant à la fois le rôle de l’accusateur, du juge et du bourreau sans aucun égard pour la culpabilité effective, la recherche de preuves, l’étude du contexte ou l’importance du contradictoire… C’est le bruit et la fureur qui règnent sur Internet.

De la notation à la délation, la frontière est parfois ténue… La société numérique a toujours été régie par une forme de surveillance mutuelle.

(Cancel culture) L’objectif est de décrédibiliser et de démonétiser la parole publique de celui ou celle qui était jusqu’ici reconnu(e). Dans les faits, cette volonté de traumatiser les coupables vire souvent au cyberharcèlement… Une fois la personne annulée, l’effacement de l’espace public peut être prompt et brutal.

«Je remarque que la plupart des phénomènes de cancel culture sont fondés sur des accusations morales et non pas sur des faits.» Brett Easton Ellis

C’est une constante, la culture de l’annulation obère la complexité du réel. Le pré-récit de culpabilité balaie notre vigilance rationnelle.

Nous créons maintenant une société de surveillance où la façon la plus intelligente de survivre est de redevenir sans voix.

2.Une vie sociale à haut risque

Du jour au lendemain, Mennel Ibtissem bascule dans un trou noir médiatique.

Combien de personnes peuvent assumer sans rougir leurs écrits et maladresses adolescentes? Une génération entière a fait ses premiers pas sur le web et vit sous la menace de voir ressurgir un passé qui ne s’effacera jamais.

Le plus grand conflit générationnel depuis des décennies, celui qui oppose la «génération parents», qui protège son intimité jusqu’à l’obsession, à la seconde, celle des «transparents» qui ont été radiographiés avant même d’être nés, puis filmés et pris en photo par leurs parents pendant toute leur enfance.

Rien ne ressemble plus à un tweet d’il y a dix ans qu’un tweet posté la veille. Ils sont d’autant plus facilement manipulables… En France, cette chasse aux vieux messages est tellement rodée qu’elle fait partie intégrante des stratégies des activistes en ligne, qu’ils soient de droite ou de gauche. Passer en revue les réseaux de quelqu’un est même devenu le moyen le plus facile de le détruire.

Sur Twitter, on a tendance à oublier qu’il y a de vraies gens derrière les avatars: cf «l’affaire Mehdi Meklat»

Le moyen le plus rapide pour se débarrasser d’un salarié.

(ProPR Consulting): start-up qui s’est taillé une petite réputation dans le nettoyage sur les réseaux sociaux.

Rien, rien de rien ne peut s’oublier. Et pour cause, les humiliations en ligne sont gravées au fer rouge comme au temps de la Grèce antique. Le sceau de l’infamie est sans cesse rappelé par Google pour ceux qui en sont frappés.

  1. Une honte contagieuse

Julie Graziani fait partie de la longue liste des cloués au pilori en ligne. Aux États-Unis, on parle de online shaming pour désigner cette propension qu’ont les internautes à couvrir de honte la personne qui s’est rendue coupable d’un comportement déviant ou immoral.

L’humiliation publique est d’autant plus dévastatrice qu’Internet fait exploser toutes les contraintes géographiques ou temporelles qui limitaient ce châtiment.

L’humiliation en ligne impose une situation orwellienne où le refoulement et la possibilité de se cacher n’existent plus. Téléporté dans un état de transparence totale, le sujet voit ses mécanismes de défense ébranlés… Google se révèle aussi comme un terrible agent de destitution narcissique.

La honte est un révélateur de la fragilité humaine de chacun… Un lynchage en ligne renvoie souvent la personne qui en est victime à ses failles ou blessures intérieures.

  1. L’engrenage médiatique

Sur Internet, le paysage médiatique s’est uniformisé. Le bâtonnage, i.e. la reprise remaniée d’une info parue ailleurs, est devenu la règle. 64% de ce qui est diffusé sur la Toile ne serait qu’un copié-collé pur et simple de contenus publiés ailleurs.

La course aux clics a remplacé la course aux scoops.

La  Twitter-dépendane ».

Le contrôle social imposé par les communautés militantes de Twitter est aujourd’hui largement sous-estimé.

On a littéralement flingué Philippe Caubère… Il n’y a plus aucun respect de la présomption d’innocence, encore moins du temps judiciaire.

Sur Internet, le train du buzz ne passe qu’une fois et l’écho d’une réhabilitation judiciaire ne recouvre jamais le crépitement initial des accusations.

Sur la Toile, nous vivons quotidiennement les obsèques de la nuance. Le gris est une couleur en voie de disparition. Pour se distinguer sur ce marché marqué par une infobésité galopante, il n’y a guère de place pour les hypothèses décalées, les titres pondérés ou les positions médianes.

Les fausses nouvelles se propagent six fois plus vite que les vraies.

  1. Google n’oublie rien

Amandine n’a commis aucun méfait, elle a juste eu le malheur de diffuser une chanson sur Internet (vidéo improvisée il y a douze ans). Pire qu’un casier judiciaire, elle doit vivre avec un casier Google. Il suffit de taper son prénom pour que le moteur de recherche le plus consulté au monde suggère une profusion d’articles et de vidéos ironiques.

Qui peut encore nier que les résultats brassés par le plus puissant des moteurs de recherche équivalent à une forme de notation sociale déguisée? Dans nos sociétés occidentales pourtant forgées par une culture chrétienne, l’oubli et le pardon sont en voie d’extinction.

  1. Vivre ou survivre

La capacité à surmonter un traumatisme dépend souvent d’un phénomène interpersonnel, celui de pouvoir s’appuyer sur ceux que Boris Cyrulnik désigne sous l’expression «tuteurs de résilience».

(Traumatisme) Ces individus ont alors le sentiment de se connecter à leur personnalité profonde. L’épreuve les a poussés à se remettre en question et à s’interroger sur eux-mêmes.

Survivre à un lynchage en ligne relève souvent d’un parcours sinusoïdal, tant l’impact psycho-traumatique demeure fort et durable.

On dénombre autant de chemins de résilience que l’on compte d’êtres humains.

La population des adolescents est particulièrement vulnérable aux violences en ligne, puisqu’elle est en pleine construction identitaire et affective.

Nous n’en sommes qu’aux prémices de nos vies connectées et tout le monde peut participer à ce changement de paradigme afin que le spectre de la mort sociale qui plane aujourd’hui au-dessus des réseaux se dissipe et que le web redevienne le formidable outil de conversation qu’il était à ses débuts.

 

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QUOI QU’IL EN COÛT€! de François LENGLET Albin Michel 2020

Émetteur du verbatim: François C.

L’épidémie : machine à avancer le temps

Elle nous conduit de façon tortueuse et douloureuse vers une toute autre organisation.

Au-delà du gigantesque accident Covid, et de façon bien plus durable et profonde, la puissance publique est en train de se réinstaller au cœur de l’économie.

Trump, Brexit, et Gilets jaunes sont trois expressions différentes d’une même frustration, grossie et déformée par l’irruption du virus.

Entre 2009 et 2012, la dette publique française avait augmenté de trente points de PIB, passant de 60% à 90% de la richesse nationale. Cette fois-ci, il n’aura fallu que trois mois pour faire grossir nos engagements du même montant faramineux.

Le virus a littéralement asséché le sud de l’Europe, l’Italie et l’Espagne, faisant fuir le capital qui s’est réfugié dans les Etats du Nord, l’Allemagne au premier chef, révélant et aggravant les formidables différences de compétitivité entre les deux moitiés de la zone euro qui menacent de la faire éclater.

Les leçons du passé sont pourtant sans appel : il n’y a pas d’issue paisible à l’hyper-endettement. Pour une raison toute simple : on ne sait pas faire disparaître la dette sans détruire en même temps du capital. Si une créance est annulée, il y a forcément une victime quelque part, celui qui a prêté.

L’argent magique

En mai dernier, l’OCDE estimait que les pays membres de l’organisation s’étaient chargés de 15 000 milliards d’euros de dette avec la crise sanitaire et le coût du confinement. Ce qui fait passer l’endettement moyen de 109% à 137% du PIB. L’épidémie aura donc coûté 12 000 euros de dette par habitant en trois mois.

Une incroyable détérioration des finances publiques. Qui se double d’une montée de la dette privée, tant celle des entreprises que celle des ménages. Le tout financé par la planche à billets, actionnée sans relâche par les grandes banques centrales de la planète.

Au passage, il faut pointer ici l’extraordinaire fragilité du système monétaire international. Tout repose sur la crédibilité des banques centrales. La valeur de l’argent, i.e. celle du travail et de l’épargne, la propriété, l’ordre social, repose sur un simple acte de foi en une poignée d’institutions : la FED aux Etats-Unis, la BCE, à Francfort, pour l’euro, la Banque de Chine, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon.

La certitude qu’ont les investisseurs privés de pouvoir revendre ces titres à la FED quand ils le souhaitent fait qu’ils financent l’Etat américain sans barguigner. Au premier semestre 2020, Trump a ainsi levé 3 000 milliards de dollars. Deux fois plus que sur la totalité de l’année dernière. Et le déficit des USA en 2020 pourrait atteindre 3 800 milliards de dollars, soit 19% du PIB.

Les banques centrale ne se comportent pas comme des investisseurs, qui sélectionnent les valeurs les plus rentables ou les plus solides, mais comme l’assureur en dernier ressort de toute l’économie, qui se substitue à la demande pour maintenir hors de l’eau un appareil productif fragilisé.

On mesure ici à quel point d’absurdité l’économie mondiale en est arrivée. Percluse par les dettes, elle ne peut plus marcher sans antidouleurs. Et le seul qui marche est fabriqué par les banques centrales.

C’est ici le remède -l’argent facile, pour éviter la faillite- qui se trouve être aussi la cause de la crise d’après – l’excès de dette. A chaque fois la secousse est plus forte et demande une dose plus importante pour être calmée. Un cercle vicieux que personne ne sait interrompre, et qui nous met à la merci de krachs de plus en plus dévastateurs.

Les entreprises qui ne survivraient pas sans ces conditions exceptionnelles se multiplient. Ce qui compromet l’émergence de leurs concurrents, plus modestes, plus productifs et moins chers…Ces « zombies », les entreprises mort-vivantes, pourraient représenter jusqu’à 12% des entreprises cotés dans les 14 principales économies mondiales.

La valeur d’une dette n’est jamais fixe, même si elle a été contractée à taux zéro. Elle fluctue en fonction de l’environnement économique, et en particulier de la hausse des prix et de la croissance de l’activité. Deux paramètres qui déterminent les capacités de remboursement.

Pas d’inflation qui permette d’ «euthanasier le rentier», comme le disait Keynes. Pas davantage de croissance, qui aurait permis de gonfler les revenus. Et des impôts déjà très élevés, qu’on ne peut majorer sans faire plonger encore plus bas l’économie…Voilà l’équation.

Cette furie de la dépense aura évidemment une fin regrettable…Elle a toujours la même issue. Une ruine qui peut prendre deux formes différentes. La première est le krach, la perte de confiance brutale et généralisée qui fait vendre tous les titres financiers…L’autre route n’est guère plus réjouissante : une forte inflation, causée progressivement par la méfiance qu’inspirerait la création de flots d’argent déversés dans l’économie.

Il n’y a pas de suppression de la dette accumulée sans destruction parallèle et symétrique de l’épargne, quelles qu’en soient les modalités…La destruction de l’épargne, c’est aussi celle de l’ordre social et de la démocratie…Le déclencheur sera, comme toujours, un événement contingent, imprévisible, insignifiant en lui-même, qui provoquera l’enchaînement. Ce sera le grain de sable qui fait s’effondrer la pyramide de milliards de grains accumulés peu à peu…Ce peut être l’action ou la déclaration d’un responsable politique, la faillite d’un acteur financier, l’apparition d’un nouveau virus, l’embrasement d’un conflit régional.

Les métamorphoses de tripalium (poussée numérique) Un mouvement qui va se traduire par une baisse du temps de travail humain, une augmentation des salaires, mais aussi par d’importantes destructions d’emplois.

2020 sera l’année du commerce en ligne…et de l’effondrement des ventes dans les magasins physiques…Selon le cabinet Mc Kinsey, un tiers des enseignes physiques pourraient disparaître dans les années qui viennent…Moins de vendeurs, plus de livreurs. Moins de magasins, plus d’entrepôts.

(Gafa) En réalité, ils sont devenus aussi vitaux pour l’économie, grâce aux savoir-faire qu’ils possèdent, aux réseaux qu’ils gèrent et aux informations qu’ils en retirent pour les vendre que le rail et la route au XIXème siècle.

Quatre salariés sur dix, pendant le confinement, ont ainsi exercé à distance leur activité professionnelle, de façon dématérialisée. A l’échelle du monde, ce sont plusieurs centaines de millions de personnes qui ont délocalisé leur lieu de travail pendant plusiurs semaines (suppression des transports) Une, deux, voire trois heures de temps libre éveillé se sont libérées dans nos programmes quotidiens pour la vie personnelle. Sans perte de salaire.

En réalité, la crise sanitaire a obligé les entreprises à tirer le bénéfice maximal des technologies disponibles, ce qu’elles n’avaient pas fait dans les conditions d’activité normales, à cause de l’inertie naturelle des organisations humaines, qui peinent toujours à se transformer…De façon silencieuse, une gigantesque poussée de productivité s’est donc produite dans nos économies avec la très large utilisation des technologies au printemps 2020, dont nous allons voir les dividendes.

Revanche des villes moyennes…Demande de transports qui devrait chuter durablement… Robotisation des emplois dans la livraison à domicile, l’agriculture, le nettoyage et la désinfection…

La seule vraie question de la révolution numérique qui s’est amplifiée en 2020, c’est la répartition des dividendes et des sacrifices. Dans ce cadre, nul doute que la question du revenu universel ne revienne dans les débats politiques, car c’est une forme de redistribution.

«Souveraineté, j’écris ton nom»

Depuis la grande crise de 2009, l’heure est donc à fustiger le libéralisme qui fait progresser les inégalités, qui a soufflé la bulle financière et rendu l’économie vulnérable aux krachs. Insensiblement, le monde se referme donc, et comme toujours, ce sont les pays anglo-saxons qui donnent le ton.. Ils avaient été en pointe pour initier la grande révolution libérale des années 1980, ils le sont encore pour le rétablissement des frontières, avec Trump et avec le Brexit.

C’est fini. L’Etat et la nation reprennent du terrain. Ils veulent prévaloir sur les intérêts purement économiques. Et les multinationales devront s’y soumettre…La fragmentation de l’économie-monde est en marche.

En clair, c’est la quasi-gratuité de la santé en France qui explique en partie les pénuries, via le contrôle draconien des prix par l’Etat. Et qui encourage les délocalisations d’usines de médicaments…

Plus l’Etat taxe, plus il est obligé de compenser avec des plans, programmes et actions ponctuelles. Et plus il dépense avec ces programmes, plus il est obligé de prélever… Un cercle vicieux.

(France) Depuis trente ans, l’argent prélevé avec les impôts les plus élevés de la planète ou presque, les nôtres, ne sert plus majoritairement ni à investir ni à entretenir les services publics. Il est redistribué à la population, massivement, sous la forme d’allocations innombrables. Au point que ces transferts représentaient, avant même la crise sanitaire, plus du tiers du revenu des ménages, pensions comprises.

L’ère de la divergence

(Covid 19) Même si l’on tient compte du nombre d’habitants dans les différents pays, la performance de Séoul est remarquable. Tout comme celle de Taïwan, celle du Japon, celle de Singapour.

Les mêmes disparités ont frappé l’Europe, de façon plus mystérieuse. Le Vieux Continent est coupé depuis toujours en deux moitiés. Au nord les partisans de la rigueur budgétaire et monétaire, adeptes du compromis social. Au sud, des laxistes impénitents en matière de dépense publique, dévaluationnistes à peine repentis, incapables de faire s’accorder syndicats et patronat…

Depuis le 1er janvier 1999, date de la mise en œuvre de l’Union monétaire, le PIB italien n’a progressé que de 9,5%. Trois fois moins que celui de la France et l’Allemagne. Cinq fois moins que celui de l’Espagne.

Dans une démocratie, il doit évidemment y avoir équivalence entre le périmètre de la levée de l’impôt, celui de la dépense publique et celui de la responsabilité politique. Ce n’est pas le cas dans la zone euro.

L’Allemagne est la grande bénéficiaire, sur le plan commercial, du marché unique européen. Elle y réalise près des deux tiers de ses exportations, soit 800 milliards d’euros annuels. Et la monnaie unique lui garantit que ses partenaires ne dévalueront plus. Sans obstacle tarifaire, réglementaire et monétaire, les artères commerciales du marché unique sont comme des autoroutes gratuites pour les exportations de l’industrie allemande.

N’oublions pas que nous sommes en Europe, et que celle-ci est incapable de faire simple. L’Europe est tout aussi incapable de faire vite.

Derrière la récession elle-même, en effet, c’est la divergence qui menace, à cause des différences de morsures qu’a effectuées l’épidémie dans le tissu productif…L’euro renforce les forts et affaiblit les faibles…Tel est l’incroyable bilan de vingt ans d’Union monétaire : l’Europe passe de crise en crise, et lors de chacune des secousses, le Sud et le Nord s’éloignent davantage l’un de l’autre, alors que l’euro était supposé accentuer la convergence.

La France n’a évité le sort dramatique de l‘Italie qu’au prix de sa dérive budgétaire. Sans pour autant parvenir à préserver son industrie.

Le futur de la zone euro devrait donc rester marqué par une croissance très inégale, la persistance du risque de crise financière et des explosions sociales ou politiques dans les pays du Sud, à cause du ressentiment légitime que suscite le marasme économique.

La BCE et ses tombereaux de milliards créés par la planche à billets sont devenus le soutien indispensable sans lequel l’Union monétaire exploserait sous la pression de la spéculation.

Le virus nous rappelle une fois encore la faiblesse intrinsèque de notre Union monétaire. Face à une crise, ne pas disposer de sa propre monnaie est un lourd handicap, qui ne peut être compensé que par une solidarité massive des autres pays. Mais cette solidarité n’est pas praticable sans mutualisation de la responsabilité politique : la fédération.

(Grèce) L’euro a à la fois créé le problème et proscrit la solution (dévaluation de la drachme)… Le choix collectif a donc été de privilégier la valeur du capital au détriment de la croissance et de l’emploi.

Ce scénario de dépendance et de déclin acceptés n’est pas le plus optimiste. Et peut-être vaut-il mieux souhaiter que l’édifice fragile de l’Union monétaire soit mis à terre par une crise financière ou politique.

Bismarck en mer de Chine

On voit les Chinois partout : dans le cyberespace, en Arctique, en Afrique, dans nos infrastructures vitales de télécommunications. La Chine émergente et pacifique avait transformé l’économie mondiale à son profit, grâce à l’ouverture de son marché qui avait déclenché une poussée de la mondialisation. Au contraire, la Chine du présenr, émergée et belliqueuse, va provoquer un reflux de cette mondialisation.

Alors que Pékin ne concède officiellement que 4 000 morts, l’Europe et l’Amérique en auront chacune bien plus de 100 000. Avec ces chiffres élevés, l’une et l’autre auront trahi la faiblesse de leurs Etats, incapables de s’organiser face à l’urgence sanitaire, la médiocrité de leurs équipements et la lourdeur de leurs processus de décision. La démocratie, ça ne marche pas, voilà ce que pensent les Chinois.

Commerce, technologie, finance, l’éonomie mondiale est donc en train de se scinder en deux sphères d’influence, en conflit l’une avec l’autre…Une nouvelle frontière: le Pacifique, qui n’a jamais porté si mal son nom. La mondialisation va évidemment en subir les conséquences, avec la réorganisation des chaînes de production et d’approvisionnement mondiales. Comment faire fabriquer en Chine des composants essentiels dans la pharmacie ou l’électronique dans un tel climat d’hostilité?

La Chine de 2020 illusrte à nouveau cette constante de la géopolitique, qui contraint les périodes de « doux commerce » à ne rester que des parenthèses, scandées par le retour de l’affrontement entre les puissances.

(Berlin 1880) À la fin du XIXème siècle, comme de nos jours, il s’agissait de la compétition entre deux modèles économiques, le système libéral anglais et l’étatisme autoritaire allemand.

(Pékin 2020) Compétition avec les USA pour le réseau téléphonique 5G, mais aussi sur le plan financier, tout aussi stratégique que le commerce et la technologie…Autre champ de bataille : la construction d’infrastructures pour consolider l’influence internationale (nouvelles routes de la soie).

En un mot, devant le conflit du début du siècle Chine – USA, l’Europe est comme à l’habitude désarmée et divisée.

Demain

A chaque cycle son régime de croissance, marqué par un modèle idéologique, une morale et des valeurs.

Une autre génération prend à la fois le relais et le contrepied de celle qui l’a précédée, récusant la liberté pour exalter le besoin de protection, l’ordre et le respect de la nature.

La forte croissance des inégalités de la fin de la période libérale, qui s’est accompagnée d’une concentration extrême du revenu et du patrimoine, touche peut-être à sa fin. Mouvements sociaux, révolutions, transformation de l’offre politique, autant de secousses vraisemblables dans les années qui viennent.

Qui seront les gagnants et les perdants de la période?… Le grand perdant devrait être le gagnant des cinquante dernières années : l’épargnant et le détenteur de capital.

Demain, il faudra mobiliser la Lune, Mars, qui sait, pour suppléer aux garanties affaiblies des Etats vermoulus. Ou bien inventer quelque nouvelle technique, titrisation d’hypothétiques dividendes futurs ou dette perpétuelle. Quel que soit le nom et l’artifice, il s’agira du bon vieux schéma de Ponzi ou de Madoff, l’arnaque la plus vieille du monde.

La destruction du capital est le prix à payer pour effacer la dette. Car dette et épargne ne sont jamais que deux mots pour désigner le même actif, la même transaction, vu tantôt du côté de l’emprunteur, tantôt du côté du prêteur.

L’économie va profondément changer, avec le retour des frontières et de l’Etat, au détriment du marché, tant pour la production de biens que pour la finance. L’offre politique va elle aussi se transformer pour mieux répondre aux attentes du moment.

La mauvaise nouvelle, c’est que ces crises de transformation durent une vingtaine d’années. La bonne, c’est que nous en avons déjà fait plus de la moitié. Et que le virus a fait tourner plus vite les aiguilles du cadran.

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CELUI QUI NE COMBAT PAS A DÉJÀ PERDU de Thierry MARX - Flammarion

Émetteur du florilège: François C.

Pour moi, une vie réussie est à angle droit. Solitaire est la ligne verticale, le sens de l’engagement, le sens de l’honneur ET solidaire, le souci des autres, l’altruisme… c’est l’horizontalité.

Dans ma vie, j’ai appris à me relever souvent. Et aujourd’hui, il nous faut tous le faire. Parce qu’on n’a jamais vu un match de boxe gagné par le public.

Ce que j’ai appris et aimé dans les sports de combat, c’est qu’on ne gagne pas parce qu’on est meilleur, mais parce qu’on ne peut pas perdre. On ne recherche pas la récompense mais l’accomplissement.

Ma seconde découverte a été la fraternité. Une communauté d’hommes qui, dans la pratique, s’entraidaient dans un seul but: l’excellence. Des ouvriers, et fiers de l’être… Nous étions protecteurs les uns envers les autres et critiques, puisque l’échange nous permettait de progresser.

«Il n’y a que la mort qui est irréversible.» Tant que je pouvais affronter physiquement les choses, je pouvais m’en sortir… Chaque fois qu’il m’arrivait un coup dur, je me sauvais par le sport.

Dans cette classe d’éclopés de la scolarité, chacun avait un projet. Et nous nous encouragions, communiquant aux autres l’énergie de se dépasser. Je me retrouvais dans les mêmes dispositions que chez les Compagnons du devoir. La même fraternité. Dans la vie, beaucoup de choses sont déplaisantes. Si on s’y arrête, elles deviennent toxiques. Il faut les laisser filer ; en faire rapidement son deuil. C’est l’art de la coupe: le tameshigiri.

Ces grands chefs cuisiniers ont en commun de venir du dur. Ils ont fait des apprentissages à quatorze ans, ils arrivaient d’une extraction modeste en général. Ils ont appris très tôt ce qu’était le travail.

À l’école Robuchon, nous apprenions une forme de spiritualité proche de ce que l’on m’a enseigné à l’université de judo de Tenri, au Japon: le shuhari, dont le sens pourrait être «Observe et tais-toi. Apprends et comprends. Comprends et innove.»

Comme les moines du mont Koyasan, je crois que les gens disparaissent physiquement mais restent là comme des éléments de la nature.

Je n’ai jamais cessé de méditer depuis. J’y trouve le moyen de mettre de la distance entre mes émotions et mes actions. Je me pose, je fais le point comme un photographe règle son objectif, j’analyse et je repars. Si je ne le fais pas, je réfléchis moins bien. J’ai pu construire un management efficace: dur avec les faits - les faits sont les faits, ils ne sont pas négociables - et bienveillant avec les gens, bienveillant avec moi-même.

Dans ce monde qui est souvent un miroir aux alouettes, la méditation me permet de fixer une ligne de conduite. Humble quand on est fort et fort quand on est faible.

Je sais que la lumière passe, repasse et s’éteint de temps en temps…Un peu comme l’Ankou, l’ange de la mort en Bretagne qui rôde, donne des frissons et puis un jour s’arrête. Le principal combat est peut-être de ne pas oublier qu’un jour tout va s’arrêter et qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser ses ambitions.

J’ai pris conscience qu’exercer ce métier de cuisinier sans avoir son propre style était une forme d’abandon de poste, un manque de courage, que c’était même plutôt vain. J’ai réalisé qu’il me faudrait prendre des risques, particulièrement de découvrir qui j’étais vraiment.

J’ai vérifié mille fois qu’innover était un combat violent. Il y a des moments d’abattement, l’impression que l’univers se ligue contre toi pour te remettre la tête dans l’eau.

C’est aussi pour cela que j’aime tant le Japon. Dans ce pays, il n’y a pas d’opposition entre innovation et tradition. Seul compte le caractère durable des choses.

Il m’a transmis le virus de la curiosité. Depuis, je suis sans cesse à la recherche de rencontres, de livres et de personnes qui pourraient me mettre en défaut sur mes convictions ou m’apprendre un peu plus. L’attractivité ne pouvait pas être que dans l’enjeu d’obtenir des étoiles ou des macarons, il fallait aussi que les collaborateurs ressentent le plaisir de travailler et d’évoluer ensemble.

Les faits ne sont pas négociables. Je me suis fixé une ligne de conduite: être dur avec les faits et bienveillant avec les gens. Cela m’a permis d’éviter de chercher des coupables.

Il faut savoir regarder devant soi. Ne pas se poser la question, ne pas prévoir, c’est ne pas regarder la ligne d’horizon. Et qu’est-ce qu’être vivant sinon regarder la ligne d’horizon?

J’ai fait le tour des prisons en Europe. J’ai à chaque fois vérifié que pour s’en sortir, un prisonnier avait besoin d’un projet en dehors des murs. Ou sinon, c’est une loterie macabre qui dépend de qui vous attend à la sortie.

Nous apprenons aux élèves le geste, le feu et le temps… Les gamins retrouvent quarante recettes en un instant sur leur téléphone. L‘essentiel de l’enseignement est devenu… le geste.

Petit à petit nous avons trouvé notre rythme et notre devise, un acronyme assez bateau: RER pour Rigueur, Engagement, Régularité. Rigueur: trouver le projet. Engagement: lâcher la main du passé. Régularité: être présent pendant les onze semaines sans aucune absence ni retard.

Je préfère l’altruisme à la bienveillance. L’altruisme, c’est aider l’autre à s’épanouir, c’est voir en l’autre un potentiel, un talent.

Le pourquoi est essentiel pour une société mais aussi pour un individu qui veut aborder le monde du travail en homme libre. Pourquoi dois-je me lever le matin?

Aider les gens, c’est d’abord les remettre en situation d’entrer dans le combat. Leur montrer qu’ils peuvent remonter sur le ring. Je ne suis pas obligé de rester dépendant d’une aumône.

Ce que j’aime avec Cuisine mode d’emploi(s), c’est voir que personne n’est assigné à l’échec.

La confiance ne s’écrit pas. On l’acquiert dans l’action. Dans les prises de judo, dans le sport, il n’y a plus de couleurs, il n’y a que le mouvement

Redonner de son expérience à des jeunes est une respiration formidable. Je l’ai vu avec Cuisine mode d’emploi(s) où les anciens sont venus nous aider.

Je me suis donné dix ans sur chacune de mes entreprises pour avoir le meilleur impact social et environnemental possible.

Le combat intéressant est moins dans la réussite individuelle que dans l’urgence collective d’améliorer notre rapport à l’alimentation.

Dans ce même cours, un bon produit se définissait comme : local, durable, repère (marque qui envoie un message sur l’environnement), recyclable et « self-suffisant ». Être self-suffisant consiste à entretenir le produit que l’on a acheté.

Dans un même lieu, je veux rassembler la culture de la terre, la culture du savoir-faire et la culture de l’esprit.

Je veux faire un lieu culturel pour tous les mangeurs. La cuisine, c’est de la culture, de l’échange, du partage. La gastronomie, c’est la culture. Et ce lieu que j’imagine à Paris doit brasser des artisans, des artistes, des agriculteurs, des peintres, des photographes…

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