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Reste à ta place...! de Sébastien Le Fol - Albin Michel

Émetteur du résumé: François C.

Loin de bloquer leurs ardeurs, le mépris a exacerbé leur envie de réussir. Il a été leur moteur. Ce n’est pas le moindre des paradoxes du système français : la défiance ne peut être vaincue que par une confiance exceptionnelle en soi. On ne fait tomber ses citadelles qu’au prix d’une agilité et d’une résilience hors norme.

Chateaubriand a résumé avec brio l’histoire de l’aristocratie : l’âge des supériorités a laissé place à l’âge des privilèges, puis à l’âge des vanités. Le sang a juste changé de couleur. Il n’est plus bleu. Mais il irrigue encore nos veines de mille façons différentes.

C’est dans l’adversité que l’on juge des ressources d’un pays. Le corset qui enserre la France nous a privés du plus précieux des anticorps : notre intelligence collective.

Ainsi est né l’esprit de chicane français. On se compare sans cesse. On s’épie, on se jauge et on se jalouse. Un protocole invisible s’immisce dans chaque conversation. Vous rencontrez pour la première fois une personne et elle vous réclame immanquablement vos diplômes avant de s’enquérir de vos origines.

Le modèle français si infantilisant, tellement contraignant, a produit à son insu un formidable système D. En France, on s’épanouit dans l’école buissonnière, les chemins de traverse, les bars clandestins, et dans un autre registre, l’émeute. Cette dernière s’est imposée comme notre sport national. Nous y excellons.

Notre modèle de réussite est si étroit, classique et dissuasif que beaucoup de Français taisent leurs aspirations et renoncent à leurs ambitions. Par crainte de s’entendre dire : « Reste à ta place. »

« Les gens « intelligents » ont pris trop de pouvoir »…Sous la plume de David Goodhart, les «gens intelligents » désignent la nouvelle élite cognitive formée dans les meilleures écoles. Ils se sont arrogé le monopole du mérite. Les autres, moins instruits, travaillant avec leur main et leur cœur, se sentent méprisés. Leurs aptitudes ne sont pas reconnues et les emplois qu’ils occupent sont dévalorisés.

Entre imposture et autodénigrement, le système français prétendument méritocratique assassine chaque jour des milliers de génies en herbe. Au nom d’une vision rabougrie, sectaire et conformiste de la réussite, nous décrétons que des tas de jeunes n’ont aucune chance de devenir Mozart.

« C’est encore un règlement pondu dans un bureau à Paris par un énarque » est l’une des phrases que l’on entend le plus dans les cafés et les fêtes de famille…Les Français se sentent méprisés par ces énarques, nommés et non élus, qui n’ont aucune idée de la manière dont ils vivent.

Seuls 30% des cadres des soixante plus grandes entreprises françaises sont des femmes, alors qu’elles représentent près de la moitié de la population active.

1,1 million de personnes disent avoir été victimes d’au moins une atteinte à caractère raciste, antisémite ou xénophobe en 2019, selon une étude de l’Insee et de l’Ined. Les actes racistes ont augmenté de 38% depuis 2018, selon les chiffres du Service central du renseignement territorial. Cette augmentation est de 27% pour les actes antisémites, 54% pour les actes anti-musulmans et de 130% pour tous les autres actes racistes.

Nous devons multiplier les options méritocratiques plutôt que de les restreindre. Un diplôme ne devrait pas être un titre de noblesse. Le mérite est une affaire de talent et d’opportunités ; il ne s’agit en aucun cas d’une rente viagère conférée à un âge où l’on n’a encore rien entrepris. Le pantouflage qui permet à l’énarque de vagabonder dans le privé, certain de retrouver son corps d’origine en cas d’échec, en est l’illustration la plus frappante.

Ces accidents de vie les ont forgés. Au lieu de les abattre, ils les ont révélés à eux-mêmes. L’échec est fécond. Ces épreuves-là, fondatrices, leur ont beaucoup plus appris sur la vie que celles de l’école. Ils en ont tiré une force extraordinaire : cette « envie d’avoir envie », comme l’appelle Johnny Halliday dans une de ses chansons célèbres.

La France a un problème avec l’échec. Elle n’en comprend pas les vertus…ceux qui échouent sont souvent méprisés dans notre pays. Alors qu’ils devraient être considérés. Leur échec est fécond pour eux-mêmes, mais surtout pour la collectivité.

Si on n’a ni diplôme ni réseau à présenter, on vient forcément de nulle part.

Je pense profondément qu’il n’y a pas d’ascension sociale possible sans qu’un « premier de cordée » vous fasse la courte échelle. Le mur à gravir est trop haut. On a besoin de quelqu’un pour nous hisser au sommet, nous grandir.

Société de statuts, la France cultive le ressentiment et la jalousie niveleuse, maladive.

La chercheuse et entrepreneuse Aurélie Jean déplore que nous ne donnions pas leur chance aux outsiders, « à ceux qui pensent différemment, à ceux qui ne suivent pas le parcours scolaire royal ».

La Révolution française a beau avoir aboli la société d’ordre héritée du Moyen Âge, ceux-ci subsistent encore dans l’imaginaire.

Ce que la vie ne vous donne pas à la naissance, vous devez le conquérir par l’obstination, le travail. Une porte se ferme ? Passez par la fenêtre, la cave, le toit…C’est valable en politique, mais pas seulement.

Bureaucrates, managers, universitaires, intellectuels, publicitaires : ils se sont tous donné le mot pour devenir inintelligibles…Ils apparaissent comme les producteurs d’une fracture sociale qu’ils sont censés réduire. La chasse aux expressions absconses est devenue un sport national.

De manière générale, l’amateur éclairé est regardé avec suspicion par les arbitres des élégances intellectuelles. C’est le diplôme qui valide le savoir. Et l’ordre des « sachants » qui distingue le bon grain élitaire de l’ivraie populiste.

La France est gagnée par certaines obsessions des campus et des médias américains : l’intersectionnalité, l’indigénisme, le racialisme…Cette vision réductrice de l’homme, qui l’enferme dans une identité, est bien la nouvelle forme du mépris. Un mépris sophistiqué, drapé dans la générosité et la défense des victimes.

Un bon « premier de cordée » ne compte pas sur ses seuls neurones pour parvenir au sommet avec toute son équipe. Il « emprunte le cerveau » des « seconds de cordée ». S’il les méprise trop, la corde se tendra et la cordée dévissera…

La liberté et la responsabilité restent les meilleurs remèdes pour dompter le mépris.

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