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Chroniques du désordre de Teresa Cremisi - Folio

Émetteur du résumé: François C.

Chroniques du désordre1.Les mots et les maux de notre temps Chaque époque a des mots dont l’usage s’emballe à un moment donné pour des raisons sociales ou politiques. J’ai choisi trois exemples, bien installés depuis le début des années 2000. Respect, Territoire, Diversité.

2.Courageux, généreux, féministe : le prof de l’année Certains humains ne se découragent jamais, ils cherchent des solutions comme ils respirent.

3.L’intendance ne suivra pas On a l’impression d’assister à un désinvestissement progressif de tout ce qui relève d’une démarche « scientifique », ancrée dans une méthode et dans la raison.

4.La revanche du hareng J’ai compris trop tard que les nations sont comme les personnes. On croit que c’est l’intérêt et la raison qui conditionnent leurs vies. Pas du tout, ce sont les passions et les souvenirs du passé. Les rêves aussi.

5.Ton arrière-grand-père, ce salaud On croyait savoir que seules les dictatures (et les mafias) rendaient responsables les individus des agissements de leurs ascendants…Un enfant de nazi n’était pas un nazi ; un gangster ne pouvait pas transmettre les gènes de la malfaisance à ses descendants.

6.Trois mères, un meurtrier Le procès de Vesoul a braqué un réflecteur sur la place essentielle des mères et de la maternité dans l’histoire de ce crime.

7.La valise oubliée Elle s’appelait Margarete Wagner, son amoureux Ignaz Hain…elle avait hurlé et couru longtemps derrière le camion des déportés.

8.Qui a peur pour le Père Noël ? La description des grandes terreurs collectives qui ont induit, à des époques différentes et à des stades de civilisation différent, des comportements humains similaires.

9.Voici venu le temps de l’acédie C’est Thomas d’Aquin qui a décidé que ce sentiment flottant, cette inclination de l’esprit, cet état de paresse triste et épuisée, était l’un des sept péchés capitaux.

10.L’Europe et le sexe des anges Il y a une certaine grandeur d’âme à s’occuper de choses inutiles quand les catastrophes sont aux portes.

11.En avant calme et seule Un conseil à l’inventeur japonais de la tente-isoloir : il faudrait trouver le moyen de l’insonoriser. Un jour le passage au cercueil capitonné se ferait sans effort.

12.Scènes de la vie au temps du Covid Il me tend l’appareil, il a trouvé la cause : mon téléphone a un problème d’identité. Voici le constat : mon smartphone est beaucoup plus intelligent que moi, il évalue mes capacités d’attention et, quand il sait que je ne suis pas loin de lui, il se fait silencieux pour ne pas me déranger.

13.Soupirs d’une féministe dépassée Il doit me manquer une case : je ne comprends toujours pas pourquoi féminiser systématiquement les noms de profession serait une conquête du féminisme, la défaite d’un bastion masculin, la reconnaissance du droit à l’égalité.

14.Soupirs d’une féministe dépassée (suite) Le slogan affirmait péremptoire : MEN ARE TRASH…Là on s’adressait directement au premier sexe. Court, sec, le mot trash n’a pas trente-six significations mais une seule : ordure, déchet, détritus, saleté…donc destiné au camion poubelle sans hésiter et sans tarder.

15.Les batailles du Panthéon Faire entrer ensemble Rimbaud et Verlaine au Panthéon…Personne ne peut aider Emmanuel Macron, qui se retrouve seul devant ce grave et périlleux dilemme…des contorsions acrobatiques dans le but de concilier transgression et raison, postmodernité et ancien régime, culture et art militaire.

16.Le mois le plus cruel C’est septembre le plus cruel des mois. Septembre, le mois du recommencement, celui où les brouillards de l’incertitude auraient dû se dissiper…Le mois cruel est au rendez-vous, mais les brouillards sont de plus en plus intenses.

17.Défense des statistiques (et de Winston Churchill) C’est au citoyen d’apprendre à lire et à comprendre les statistiques, il y va de sa liberté de penser. C’est ainsi qu’il pourra essayer de donner tort à une (authentique) citation de Churchill : « Les hommes trébuchent souvent sur la vérité, mais la plupart se relèvent et passent leur chemin comme si de rien n’était. »

18.Histoire de Jeremy, l’escargot gaucher Je ne trouve pas de morale à cette histoire, mais vous incite à en choisir une selon vos préférences : vous pourrez méditer sur l’excentricité britannique, le dur métier de chercheur, la variété du vivant, les surprises de l’amour.

19.Les faussaires de Dieu Alors que les actes d’héroïsme du consul étaient connus, on ne saura jamais pourquoi les quatre religieux ont, eux, décidé de garder le silence…On ne peut qu’imaginer un pacte entre eux, un pacte d’effacement et d’humilité.

20.Notre pays est nulle part Une greffe improbable mais solide avait pris entre la France et ce morceau de terre aux frontières découpées à la va-vite. Au Liban, la coexistence de communautés différentes semblait possible. Un destin de Suisse d’Orient, atteignable.

21.Eloge de la nouvelle Le roman pourrait être rapproché de l’art de la tapisserie (épisodes fondus dans une histoire vaste, personnages dont on suit les aventures, etc…) alors que la nouvelle ferait au contraire penser à un gant : une pièce sur mesure, qui s’adapte à la main, un objet subtil, fermé, dont toutes les coutures sont nécessaires et ajustées. La surprise, l’humour, l’angoisse, l’amour, l’ennui, le désespoir, la nostalgie, attrapés à la volée dans un court récit, requièrent une architecture fine et rigoureuse.

22.Joséphine de Beauharnais nous a écrit Le nouvel emplacement à Fort-de-France n’a pas suffi à me protéger : en 1991, un commando anonyme a décapité la statue et d’horribles dégoulis de peinture rouge simulant des traces de sang ont été peints sur ce qui restait de mon cou. Les maires, les préfets ont choisi de ne rien faire. Ni remettre une nouvelle tête, ni tout envoyer bazarder, ce que j’aurais de loin préféré.

23.Un sphinx à la Maison-Blanche Mais comme d’autres curieux, j’attends avec impatience les résultats du vote de novembre 2020. Quelle nouvelle grimace inventera Melania Trump si son mari est réélu ? Et s’il perd que fera-t-elle ? Une danse improvisée sur un guéridon, pieds nus et jupe virevoltante ?

24.Mon père, ma mère et mon arrière-grand-oncle Mais les quatre mousquetaires se sentiront toujours égaux et combattront ensemble liés par l’amitié, le goût de l’aventure et l’amour de leur pays. Leurs forces et leurs faiblesses respectives se mélangeront dans un vigoureux compagnonnage. Ils ne penseront pas à nous rabâcher à longueur de pages leurs origines pour nous attendrir, nous séduire ou – peut-être, qui sait- nous intimider.

25.Dilemmes pour les écolos Consommation et gaspillage ; nature et maquillage ; voiture et bilan carbone. L’avenir aura peut-être le visage d’une femme non maquillée, en t-shirt et tongs, sur un vélo unisexe noir. Espérons qu’elle sera souriante.

26.Sic transit gloria mundi J’ajoute avec tristesse que le brouhaha simplificateur sur les crimes perpétrés contre les Noirs fait oublier les tragédies actuelles comme celles des femmes yézidies réduites au plus effarant, au plus atroce des esclavages. Un silence consternant !

27.Hubris, mesure et démesure La défaite, l’exil et la mort mettaient brutalement fin à leur destin : le châtiment, la Némésis tombait alors comme un couperet. Il faut toujours prendre les récits et les métaphores mythologiques au sérieux : c’est ce que nos ancêtres ont inventé de mieux en s’efforçant de trouver un semblant de logique au foutoir de nos existences.

28.La barbe d’Edouard Philippe Vous pensiez que j’étais un chat d’appartement, un chat très éduqué, cultivé, raffiné, un chat sorti de l’ENA ? Eh bien non, je suis un chat de combat. Et peut-être ai-je aussi l’âme canaille d’un chat de gouttière.

29.Une chef comme un autre Un article récent, rédigé par des experts suisses et allemands, constate la faillite relative de la sélection des élites et propose d’introduire de l’aléatoire dans le parcours des carrières. Dans la balance entre risques d’incompétence et dangers de l’hubris, il paraît que nous serions statistiquement gagnants.

30.L’enfant de Suraya L’absurdité, le scandale du terrorisme sont répétitifs et difficiles à décrire. Pour cette raison, le journalisme est grand quand il arrive à porter à la connaissance des faits et des noms avec pudeur et respect.

31.Tu causes, tu causes Les « éléments de langage » sont venus pourrir les premières caractéristiques de l’éloquence : originalité, sincérité et force des arguments. Des expressions stéréotypées envahissent notre vie et servent d’ouvre-boîte universel…Elles ne durent pas très longtemps, remplacées par d’autre dès que l’usage intensif les a flétries.

32.Sortons, sortons L’armée des réformateurs de la planète m’a vite plongée dans un abattement profond…Peut-être, après tout, qu’il sera plus facile de sortir du confinement que d’un groupe WhattsApp.

33.Lettre à Sibeth Ndiaye Mais non, le courage sans prudence n’est rien. Les cimetières sont pleins de courageux imprudents, de téméraires sans discernement, de serviteurs loyaux mais raides dans leurs obéissances.

34.Un vent mauvais En parlant de l’engagement du docteur Samar, un collègue a dit que, depuis le début de l’épidémie, elle « avait essayé d’arrêter le vent avec ses mains ». Ce vent mauvais et analphabète, insensible aux devises et aux mots d’ordre, indifférent aux étendards et aux drapeaux. Ce vent qui n’a pas eu pitié d’elle. Ni du pays qu’elle avait choisi.

35.Pourvu que, pourvu que Mais mon père prenait le soin de rajouter : « Chaque jour, je pensais à ce que j’aurais aimé faire, je faisais et refaisais des listes et je me disais : « pourvu que, quand tout cela sera fini, ces choses soient encore possibles ».

36.Tout change, tout change Toute la réserve des philosophes a été rappelée pour nous convaincre que le moment est venu de repenser notre vie, de la transformer, de l’adapter. Deux options nous sont offertes : le stoïcisme ou l’épicurisme. Choisissez celle qui vous convient mais cous n’échapperez pas au changement « épochal ».

37.Pas de problème, pas de problème Chères autorités, dès que vous dites qu’il n’y aura pas de problème, vous faites peur…On n’y avait pas pensé à la méga-panne d’Internet, et voilà que vous réveillez des doutes. Cette défiance généralisée n’est que la conséquence d’une longue série d’affirmations contradictoires, toujours énoncées avec le même aplomb et touchant tous les sujets…

38.A distance, à distance Mais comme le vice de compliquer les choses est irrépressible chez les humains, s’est ouverte ensuite l’ère pénible des slides, des comex et des mails adressés à cinquante-deux personnes.

39.C’est tous les jours tempête Bienvenue dans notre espace public envahi par la peur, l’indignation, la rage, les cris, les anathèmes, la colère, la vengeance, les peurs, les vociférations, la honte, les trépignements, l’esprit de clan, les tourments subis et infligés. Nous vivons une époque où un affrontement d’idées équilibré, une conversation argumentée paraissent désormais louches et insipides.

40.Un musée a disparu Le Newseum, l’unique musée du monde consacré au journalisme et au traitement de l’information…avait l’ambition de documenter l’histoire contemporaine et d’être aussi la chambre d’écho du bruit du monde…Il disparaît sous la présidence d’un homme qui se fiche complètement de l’influence culturelle de son propre pays. Il croit à tort qu’elle n’a rien à voir avec le bien-être et la richesse.

41.Jouer pour ne pas souffrir On dit qu’il faudrait voyager au loin pour se distraire d’un grand chagrin, ou prier, ou acheter un chien, ou avaler des antidépresseurs. La douleur creuse sa galerie comme une taupe entêtée. Il faut que la taupe se calme et s’endorme pour trouver un peu de répit.

42.Un aérolithe a percuté la planète Culture Si vous avez du goût pour les expressions récurrentes du discours politique, vous serez comblés : ne manquent dans ces pages ni les médiations sectorielles, ni les portails d’information, ni les observatoires de transparence. Et rassurez-vous : on s’occupe aussi du ressenti de paupérisation et on n’oublie pas d’identifier les facteurs d’inégalité afin de les neutraliser.

43.Une journée inoubliable Nous qui chérissons comme un trésor caché le souvenir de moments lointains, nous qui avons -comme tout le monde- en filigrane dans un agenda parallèle et intime un rendez-vous avec des jours qui clignotent en silence. Secrets peut-être, misérables jamais.

44.La fidélité pour tous Une femme enjouée m’a dit : « Oh moi, je ne sais pas dire non quand on me propose quelque chose. Mais dès que j’ai une carte de fidélité, je file acheter ailleurs. J’ai une collection de cartes que je n’utilise jamais. Je mérite la carte de l’infidélité. »

45.Carlos has gone « Les circonstances sont bien peu de chose, le caractère est tout » : la phrase est de Benjamin Constant, elle se révèle très utile dans les périodes troublées de l’existence.

46.Désobéir à sa marionnette Giorgia Meloni est sortie de sa case et les réseaux ne tolèrent pas les pas de côté. Personne n’imagine une marionnette s’appropriant un rôle qui n’est pas le sien. On exige des personnalités publiques qu’elles soient toujours fidèles à leur caricature. Il est insupportable d’avoir les mêmes sentiments que quelqu’un qui n’est pas du même bord…Où va le monde, si l’adversaire vous donne raison ?

47.Casanova à Buenos Aires Il se peut que l’ambassadeur, avant de subtiliser le livre, en ait lu la première page : « Giacomo est tour à tour escroc, séducteur, savant, illusionniste. Il est aussi imposteur et mythomane, fier de ses duperies et poète lucide de ses mensonges. Il cultive l’insouciance et la confusion entre le licite et l’illicite…Il joue tous les rôles par vocation et par bravade. »

48.Sincériser, sincérisation, sincérisable « Nous ce qu’on veut faire, c’est sincériser l’affichage ! » a-t-elle déclaré en présentant un petit bonhomme jaune stylisé. La voie est ouverte : c’est bien parti pour que désormais on « sincérise » les devis, les déclarations, les échéances, les vœux, les promesses… Quant à moi, je vous certifie que cette chronique a franchi toutes les étapes de la sincérisation.

49.D’Artagnan et la retraite rêvée Il y a une étrangeté profonde dans cette inversion des rêves ; on ne rêve plus d’une belle vie intéressante dans laquelle se plonger dès la sortie de l’adolescence…La maturité ne peut être qu’une période fatigante et anxiogène. La seule richesse à protéger dans ce gris monde est celle qui illumine de sa lumière adoucie les dernières années de l’existence.

50.Les étoiles Michelin de l’Unesco Cette passion classificatrice les a conduits à inventer assez récemment une liste du « patrimoine immatériel » à préserver…Elle mélange traditions, langages, rituels, événements festifs, expressions artistiques variées.

51.Lâchez prise ! Bref, on n’arrête pas de courir physiquement et métaphoriquement. Le lâcher-prise, une stratégie, une philosophie disent-ils. De bien grands mots (et des propositions commerciales éhontées) pour signifier que quand on n’y arrive pas, il vaut mieux laisser tomber et penser à autre chose.

52.Chère Voiture, (ou chère automobile, auto, guimbarde, caisse, bagnole…), Chère Voiture, j’aimais beaucoup te conduire, j’aimais te garer avec des créneaux impeccables, j’aimais l’idée de partir sans savoir où j’allais m’arrêter pour dormir, j’aimais écouter de la musique en tenant le volant…Dors encore quelque temps dans ton parking. Je te quitterai le plus tard possible.

53.Les premiers de la classe C’est grâce à Suétone que nous savons que Caligula projetait de nommer consul son cheval préféré, que César « était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris » et que Néron s’est donné la mort en s’exclamant : « Quel artiste périt avec moi ! ». Qu’aurait-il écrit à propos de Trump, Beppe Grillo ou Bolsonaro ?

54.Les sourcils de la Joconde L’aura a quelque chose d’insensé et d’un peu maléfique ; tout chez Léonard de Vinci devient sujet d’interprétation et de recherche.

55.A nos risques et périls Un dense brouillard bureaucratique s’épaissit d’année en année et enveloppe notre vie de tous les jours…des catégories, des normes, des évaluations, des procédures naissent ou se perfectionnent tous les jours, nous cernent de toute part et exigent que l’on se mette en conformité.

56.Comme il vous plaira Le sigle LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) est devenu depuis des années un sigle universel. (N’étant aujourd’hui plus exhaustif, il s’est allongé devenant LGBTQIA : on a ajouté Queer, Intersexes et Asexuels. Dans leurs écrits, des experts prudents -on ne leur donne pas tort- complètent le sigle d’un signe « + ».)

57.Surtout ne souriez pas Mais en général on hésite devant l’association de mots désaccordés, comme s’ils avaient été mélangés avec énergie par un robot mixeur auquel on aurait fait avaler Le Petit Larousse.

58.Charabias en tous genres Molière aurait été comblé : il aurait rencontré des Sganarelle à chaque coin de rue. Un directeur de musée polyphonique et inclusif, un communicant humain et attachant lui auraient inspiré des personnages merveilleux. Seul problème : le public. Il a un peu perdu l’habitude de s’esclaffer.

59.Nous n’avons que deux jours à vivre Mais ces poussées inflammatoires sont révélatrices de ce que pourrait devenir notre pays en cas de crise nationale : ce qui aujourd’hui est une soupe peu ragoûtante se transformerait vite en un cocktail de poisons mortels. « Nous n’avons que deux jours à vivre, ce n’est pas la peine de les passer à ramper sous des coquins méprisables. » Voltaire

60.Le bouquet nouveau est arrivé Koons est toujours aussi intelligent et roué, son compte en banque est de plus en plus solide, il est devenu l’artiste le plus cher de la planète. Et il aura son apothéose parisienne avec l’installation de ses Tulipes de dix mètres de hauteur (un immeuble de deux étages) tout près de la place de la Concorde.

61.Rentrée pascalienne « Ainsi s’écoule toute la vie : on cherche le repos en combattant quelques obstacles et, si on les a surmontés, le repos devient insupportable, par l’ennui qu’il engendre ; il en faut sortir et mendier le tumulte ». Pascal Donc, le message est simple : plongez-vous dans votre rentrée, mais n’oubliez pas de commencer à penser à vos prochaines vacances.

62.Greta et les philosophes Le désarroi de l’individu contraint de prendre parti entre deux choix gênants ou détestables…entre l’apocalypse et la vitupération, entre Cassandre et les lapidateurs, entre l’asphyxie par esprit de sérieux et l’étranglement par rage…Sollers suggérait de lever le bras et d’appeler tout simplement un taxi pour prendre la fuite, physiquement ou métaphoriquement. Stop ! On s’en va ! On n’est plus là ! On ne vous écoute plus ! Taxi !

63.Je suis grétine Les moustiques débarquent à Roissy et s’y sentent aussi bien que sur les rives du Niger ; on organise des funérailles en bonne et due forme pour les glaciers qui disparaissent et, si on veut encore que les grands mammifères sauvages se reproduisent, il faudra pratiquer des PMA obligatoires dans la brousse pour les éléphantes, les lionnes et les girafes. Je suis désolée de le constater et mortifiée de l’avouer : je suis devenue grétine (avec un « g », ou si vous préférez, avec un « c »).

64.Les excentriques et autres animaux L’excentrique n’agit pas contre les bonnes mœurs ou les règles de la vie sociale, il construit un monde à côté qui n’appartient qu’à lui. Un monde fait d’outrances raffinées ou de bizarreries inquiétantes, mais un monde à chaque fois unique et personnel.

65.Dessine-moi un serpent Avec un grand tatouage on est prisonnier de son aigle ou de son serpent jusqu’à la fin de ses jours. C’est certes pratique en cas d’accident d’avion, mais ce n’est sûrement ni le but ni l’explication. Alors je sèche…Seuls les espiègles habitants des îles de la Société qui montraient en riant leurs fesses historiées aux marins du capitaine Cook auraient peut-être une réponse.

66.Entre deux patries Personne n’évoque jamais les trésors de souplesse nécessaires pour marcher sur une ligne de crête inconfortable. C’est au fond comme si on avait deux parents encombrants que l’on ne pourrait jamais laisser tomber pour partir en vacances ; on essaie instinctivement de plaire aux deux et on défend l’un quand l’autre lui envoie une vacherie.

67.La bonne volonté culturelle La définition par Bourdieu de la culture comme enjeu symbolique pour accéder à la classe dominante, sa description des pratiques culturelles et des styles de vie adoptés par la petite bourgeoisie pour s’intégrer à une supposée élite, l’affirmation d’un capital culturel aussi puissant socialement que le capital financier et se superposant à la lutte des classes -tout cela m’apparut comme une grille de lecture lucide et utile de la société occidentale.

68.Snobisme et vulgarité La vulgarité n’est pas la vanité (plutôt inoffensive et ridicule), elle n’est pas la grossièreté (fruste et parfois passagère). Elle porte en elle quelque chose de « décomplexé » et d’agressif. Au fond snobisme et vulgarité sont à l’opposé.

69.La droite, la gauche et la littérature Enfin Marcel Proust aura, au lendemain de sa mort, l’hommage d’un jeune catholique qui s’appelait Mauriac : un texte émouvant, beau et guerrier d’où j’extrais quelques phrases : « Il est mort de ce travail insensé. Voilà donc la leçon terrible qu’il nous laisse : l’art n’est pas une plaisanterie ; il y va de la vie et il y va de bien plus. »

70.C’est une chanson qui nous ressemble C’est pour cela que les choix des invités aux Francofolies ou les nôtres sont des révélateurs de personnalité. Mieux : des révélateurs d’histoires intimes. Tristesse, mélancolie, humour, cocasserie s’expriment, mélangés dans un désordre charmant. A Barbra le dernier mot : Vos plus belles chansons d’amour, c’est vous.

71.Il fait chaud ? On s’en occupe ! La météo a bon dos : elle est presque toujours une aubaine pour les politiques. Il suffit d’annoncer une tempête terrrrrible qui, probable mais non certaine, va déferler sur nos côtes pour occuper l’opinion. Faire baisser le chômage ou endiguer le déficit public sont des tâches ardues, on comprend l’intérêt de s’occuper du temps qu’il fait.

72.Pauvres adultes Pas besoin de calculette pour constater que le déroulé des âges de la vie est complètement déséquilibré par la dilatation de l’adolescence et l’allongement de la vieillesse. L’existence d’une bonne partie de l’humanité finira par ressembler à un hamburger mal fichu : deux tranches de pain de plus en plus épaisses encadrant un steak haché tout fin et sans garniture.

73.Tous au tribunal L’affaiblissement des structures sociales semble avoir débouché sur un individualisme agressif qui, au nom d’une conception plus utilitariste de la démocratie, se lance à la recherche effrénée de responsables-coupables. L’opinion publique est ainsi devenue plus intolérante que ne l’était la monarchie absolue. Je ne suis pas loin de penser qu’aujourd’hui Diderot, Voltaire et Rousseau passeraient leur vie devant les tribunaux.

74.Le théâtre à la barre Le regard de ces chroniqueurs judiciaires distingue et reproduit l’infinie palette du nuancier de notre condition humaine. Ce qu’ils nous racontent dépasse le tribunal, les prévenus, la loi, la justice ; il touche à l’essence même de l’humanité et devient littérature. On en redemande. Pour nos rêves et nos cauchemars.

75.Beaux, propres et parfumés L’inventivité lexicale est aussi au rendez-vous : les étiquettes rivalisent en adjectifs semi-scientifiques. Vous devrez choisir, parmi les nouveaux sérums, le plus redensifiant, réhydratant, revitalisant, repulpant, reliftant, régénérant, relipidant.

76.Lettre à une otage mystérieuse Pourquoi êtes-vous partie à plus de 60 ans ? Partir en Orient ou en Afrique signifiait affronter des dangers considérables, chaque jour on remettait sa vie en jeu, on « posait sa tête sur les genoux des dieux » comme dit un proverbe oriental.

77.Il y a toujours un reporter Une bonne partie des crimes commis aujourd’hui finissent par avoir un travelling les illustrant. C’est parfois le criminel lui-même qui tient la caméra et là on se perd en interrogations. Les reporters sont partout, la réalité on ne sait plus.

78.En situation de perplexité Ce travestissement doucereux tend avec méthode à envelopper la réalité dans un édredon de précautions. Sans les mots, plus d’idées. Sans finesse de l’expression, plus de force de la pensée. Et, à l’inverse, chaque mot est un trésor, une fenêtre de liberté, un fragment d’une mosaïque infinie qu’il faut protéger avec tendresse

79.La police et le perroquet L’espièglerie et l’incomparable don du récit de La Fontaine auraient fait merveille du cas du petit perroquet voyou, muet de désespoir et de solitude, auquel les autorités vont donner la liberté de tomber dans la gueule du premier puma qui passe.

80.La discothèque planétaire Si on veut échapper à la discothèque permanente, il faudra bientôt s’organiser et y mettre le prix. Des experts de l’obscurité et de la tranquillité se sont vite mis au travail : ils repèrent les lieux où l’on pourra regarder les étoiles et dormir ensuite la fenêtre ouverte en écoutant le vent dans les arbres.

81.Arlequins sans frontières La liste est longue de ces success stories de comiques d’avant-scène, d’humoristes, d’acteurs de cabaret, qui se lancent en politique et écrasent leurs concurrents. Cher Carlo Goldoni, Arlequin n’est plus serviteur de deux maîtres, il faut que vous réécriviez votre pièce. Arlequin est libre et conquiert le monde. Il est maintenant chez lui partout.

82.Ce soir pizza et salade Ainsi va le désordre du monde, ainsi vont les paradoxes de l’argent. Il n’y a pas de morale unique à en tirer. Il y en a plusieurs. L’histoire des pizzas livrées à Lagos via Londres aurait enchanté un grand Italien comme Alberto Moravia. C’est lui qui m’a dit un jour : « Au fond être riche est à la portée de toute sorte de gens dans tous les coins de la planète, mais on ne peut juger un homme qu’à partir de ce qu’il fait de sa fortune ».

83.Je ne suis plus un robot Les tests Captcha, qui nous faisaient perdre beaucoup de temps, étaient rigolos : il fallait déchiffrer une série de lettres ou de chiffres brouillés et distordus, comme sortis de vieux parchemins médiévaux. On ratait son coup une fois sur deux, on recommençait avec patience. Il me restait Captcha. Ça aussi, c’est fini.

84.Arsenic et nouvelles dentelles Pour m’aérer un peu, j’ai décidé d’aller voir à quoi ressemble un magasin Etam…A la sortie, on m’a offert en souriant un sac en toile. Avec un message imprimé en gros, noir sur rose : « Oui au sexy, à l’indépendance, à l’optimisme, à la french liberté ». Bon courage.

85.Pensez printemps et lisez bonheur Par un paradoxe que je ne saurais vous expliquer, cette pensée optimiste s’enracine dans un pays où le pourcentage de râleurs dépressifs est le plus élevé. Le printemps a le bon goût de se présenter même quand tout va de travers.

86.Divorce au Pays des merveilles (Brexit) Toute cette histoire tissée d’impréparation, de dramatisation et de confusion nous renvoie à un monde saugrenu et drolatique. Le nonsense anglais a trouvé sa place dans chaque rebondissement de ce tortueux itinéraire.

87.Un amour de smartphone En entrant dans notre intimité, en la construisant, le smartphone est devenu le prolongement de nous-mêmes : il nous réveille, nous informe, nous guide, nous berce et nous rassure.

88.Anonymat, pseudonymat, intérimat, microclimat Donc, Chères Autorités, nous sommes d’accord, réformez Internet si vous en avez la possibilité : dans un monde idéal, il serait bien que chacun réponde de ses paroles et de ses actes. Mais vous ne pourrez rien contre les idiots. Leur nombre est hélas incompressible.

89.L’initialisation du monde J’ai été fascinée, dans ce répertoire proposé par le Sénat, par la prolifération des zones : jugez-en par vous-même : ZAC, ZAD, ZAN, ZDR, ZEE, ZEP (éducation prioritaire, mais aussi environnement protégé), ZES, ZFU, ZIF, ZPE, ZRD, ZRU, ZSP, ZUP (à urbaniser en priorité), ZUS (urbaine sensible…). Vous avez le tournis, n’est-ce pas ? Alors le moment est venu de dire ZUT.

90.Solidarité, charité, fraternité pour 19,90 euros par mois Au nom du bon goût, ne pourrait-on pas éliminer les 90 centimes ? « 19,90 » sonne inévitablement comme une promotion spéciale de H&M ou de Monoprix. Allez ! 20 euros tout ronds pour « veiller sur nos parents », ce serait plus classe.

91.Machisme, misogynie et jolies fesses La misogynie exprime un agacement, un mépris uniforme pour les femmes, leur petite cervelle, leurs fragilités, leurs supposées « hystéries ». Le machisme, au contraire, revendique un certain amour de la femme, celle qui comprend ce dont un homme a besoin, s’occupe de lui avec douceur, admet et valorise sa supériorité. Peut-être aurait-il fallu mettre le selfie-des-fesses de Colombe Schneck sur la façade des Galeries Lafayette ?

92.Lapin de jade est en mission dans l’espace L’idée principale du traité de Sun Tzu, L’Art de la guerre, est qu’il faut contraindre l’ennemi à abandonner la lutte au plus vite…J’ouvre au hasard : « Capable, passez pour incapable ; prêt au combat, ne le laissez pas voir… ; quand vous agissez, feignez l’inactivité ; soyez mystérieux jusqu’à l’inaudible ».

93.Mais où sont les vertus d’antan ? Pendant des siècles, le regard des philosophes sur les émotions était bien différent du nôtre, ils écrivaient des traités pour apprendre à les maîtriser sans les étouffer, les réguler sans les nier…Ils étaient tous d’accord pour trouver qu’un homme libre devait rechercher et s’appuyer sur quatre vertus : prudence, justice, force et tempérance.

94.A nous deux, Paris ! Quand on décide de vivre en France, l’extrême centralisation du pays vous saute aux yeux, elle s’impose comme une évidence aveuglante de l’histoire et de la géographie. Mais un jour revivra peut-être le Paris d’Apollinaire, cette jeune fille trépidante qui s’éveille, « secoue sa longue chevelure/et chante sa belle chanson ». Heureusement, les fantasmes sont souvent à double face.

95.Powerpoint, reporting, process, brainstorming et autres plaisirs Assez tard dans la vie j’ai donc découvert l’idéologie managériale…Pour faire court : une idéologie du bien, professant de protéger et de favoriser l’épanouissement professionnel des travailleurs et, en même temps, de produire du retour sur investissement et des dividendes.

96.Toxique, de plus en plus toxique La deuxième place est occupée par une association de mots imprévue : « masculinité toxique ». Loin devant les gaz asphyxiants, les algues vénéneuses, les drogues létales. Nous savions déjà, MeToo nous l’a prouvé, que les hommes sont lâches et matamores, grivois et harceleurs. Il ne leur manquait plus que d’être toxiques.

97.A vos fourchettes, Citoyens ! L’obsession de la nourriture qui s’est emparée de notre société. Une double obsession : d’un côté, la gastronomie avec son langage de plus en plus fleuri et emphatique, de l’autre, la malbouffe et la dramatisation sans fin de ses horreurs.

98.Banksy et les tulipes La Fille au ballon s’est autodétruite à moitié grâce à un mécanisme déclenché à distance, une partie de l’œuvre encore dans le cadre et le reste pendouillant dehors, trois secondes après l’adjudication à un heureux acheteur pour plus de 1,2 millions d’euros.

99.Airbnb et les lettres d’amour Des siècles de civilisation avaient consacré la maison comme lieu intime, sacré. On la chargeait de symboles et de souvenirs…Tout cela apparaît bien désuet lorsqu’il s’agit d’ouvrir grand ses portes à des inconnus qui vont le lendemain se précipiter sur l’application pour en parler. Et même confirmer que vous et votre mari êtes très charmants et formez vraiment un beau couple.

100.Connectez-vous ! Il faudra aussi faire très attention à sa voix et à ses intonations. Il existe des assistants vocaux qui analysent les émotions. Amazon a déposé cette semaine un brevet pour un système qui interprète « la joie, la colère, la tristesse, la peur, le dégoût, l’ennui ou le stress ». Ce n’est pas pour vous consoler ou vous soulager, mais pour vous envoyer des messages adaptés à vos états d’âme.

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