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Verbatims et recommandations...

Tout est calme, seules les imaginations travaillent, Chroniques d'histoire de Emmanuel de Waresquiel - Tallandier

Émetteur du résumé: François C.

Tout est calme, seules les imaginations travaillent : chroniquesL’Histoire ne se répète pas et pourtant elle est toute remplie d’échos, de reflets, de réminiscences et de rumeurs.

« M. Gide, où en sommes-nous avec le temps? » Les réseaux, l’Internet, le téléphone portable, la réalité virtuelle, bientôt l’intelligence artificielle et les objets connectés renforcent et renforceront encore un peu plus ces nouveaux rapports au temps dans lesquels nous vivons.

Deux siècles de laïcité Notre laïcité, faute de se sentir assez forte ou faute d’être comprise, n’existe plus que dans les invectives et les interdits…C’est bien grâce à sa diversité et jusque dans ses contradictions que l’Histoire peut parfois nous éclairer.

Coquillages et crustacés A force de ne pas aimer nos représentants, on en oublie qu’en France, la politique et la gastronomie ont toujours fait bon ménage.

Je préférerai toujours la bonne cuisine aux arrière-cuisines nauséeuses de la délation et de l’envie.

La guerre d’Algérie : un drame français La conscience, c’est ce qui reste lorsque le drame est consommé. Personne ne peut nous la ravir. Certains préfèrent celle des vainqueurs, d’autres celle des vaincus.

Parlez! Parlez! La propension propre aux régimes démocratiques à se muer en machines administratives et à produire, comme on aurait la courante, autant de décrets, de directives, de circulaires au nom de l’utilité sociale quand ce n’est pas par calcul politique.

A la vérité, nous sommes mauvais perdants. La gloire et le panache des mots nous font merveilleusement oublier nos erreurs et tout simplement notre incapacité à agir. Nous avons la défaite glorieuse.

Mon bureau des légendes A force de miroirs, nos vies en viennent à disparaître. Après tout, Narcisse n’y a pas survécu. C’est peut-être à cause de cela que le secret nous fascine tant. Comme si nous voulions nous sauver de l’universelle transparence par l’ombre et les mystères, des vies à double fond, la peau des masques et des légendes.

Le ministère de la Morale Nous voilà à l’ère du révisionnisme à tous les étages, comme autrefois le gaz. Cela ne s’appelle pas officiellement de la censure, cela relève d’un absurde principe moral qu’on voudrait appliquer au nom des « minorités humiliées » jusqu’à notre aptitude à comprendre, jusqu’à notre droit à connaître le passé.

Bonaparte et Monsieur Macron Mais ce qui les sépare sans doute le plus radicalement, c’est le jeu et le poids des opinions, celui des institutions, des administrations, des procédures et des lois, sans même parler de la place de la France dans le monde.

Ecrire une vie La recherche, les questions et l’analyse d’un côté, l’écriture et le récit de l’autre avec ce que cela comporte de choix, d’arbitraire, d’effets de surprise, de vitesse et de lenteur.

Le pari biographique passe autant par l’apprentissage du temps que par le plaisir d’écrire. Il constitue pour l’historien et son lecteur le plus beau des paradoxes.

Une foule de morts La guerre de 1914, elle, aura enseveli avec ses morts une société paysanne et bourgeoise séculaire, aristocratique aussi par certains aspects, et qui n’allait pas lui survivre. Un monde d’avant.

« Comment respirer au milieu de tant de haines? » s’interroge déjà Zweig en 1914. Toute l’histoire du XXème siècle se résume presque à cette question, comme si l’on avait dessiné à l’aveugle et pour plus d’un demi-siècle une vertigineuse diagonale du fou.

Solitude du pouvoir On ne comprend plus rien d’un président qui tour à tour se dérobe et s’expose. On lui prête des pouvoirs d’essence quasi monarchique et, en même temps, puisque, par le suffrage universel, il émane de la souveraineté du peuple, on répugne à le voir exercer le pouvoir en solitaire.

C’est peut-être dans ces moments-là que l’un et l’autre ont su que leur fonction les dépassait absolument, au point qu’ils ne s’appartenaient plus. La transparence et les médias n’y changeront rien. Le style et la manière des uns comme des autres non plus. La solitude demeure.

L’ère du soupçon C’était oublier un peu vite qu’il n’est pas d’Etat, fût-il démocratique, sans ombres et sans silence.

C’est que le soupçon a trouvé de nouvelles raisons de s’épanouir grâce à la multiplication des réseaux sociaux et à la tyrannie grandissante de l’émotion, qui sont autant de pièges auxquels nos démocraties se font prendre.

Mélancolie des ronds-points Il y en a près de 50 000 en France…Six fois plus qu’en Allemagne, dix fois plus qu’aux Etats-Unis.

Tout cela respire la mélancolie du vide et de l’inanité. Après tout, les ronds-points sont des no man’s land contrariants où l’on ne fait que passer.

Bref, à eux seuls, les ronds-points dont on a beaucoup entendu parler ces temps-ci sont un symptôme de notre schizophrénie. Ils coûtent cher, ils défigurent le pays et on se surprendrait presque à y voir une métaphore de la France qui tourne en rond.

Du jaune et de quelques autres couleurs A chaque époque, à chaque régime, à chaque révolte ses couleurs. Très bien. Seulement, depuis deux cents ans, la liberté, l’égalité et la fraternité ont bon dos. Je ne sais pas quelle est la couleur de la patience mais on devrait en trouver une. La République a des airs de vieille dame grise. C’est Apollinaire qui a raison : « Comme la vie est lente / Et comme l’Espérance est violente. »

Nos princes ont un visage Des portraits qui nous en disent aussi beaucoup sur la nature du pouvoir monarchique et sur ses légitimités. C’est moins l’homme que sa fonction qui est représentée ici. Les regalia -le sceptre, la main de justice et la couronne- représentent les trois pouvoirs : l’exécutif, le législatif et le judiciaire, confiés par Dieu au roi, qui caractérisent l’unicité de son commandement mais aussi son pouvoir thaumaturgique, son devoir de guide et de protecteur.

En grève ! Il n’y a pas d’autres pays que le nôtre où la politique s’est faite aussi souvent dans la rue et se mesure encore aujourd’hui à la longueur de ses cortèges.

Ce « pays-ci », comme on le disait de la cour sous l’Ancien Régime, demeurera longtemps le pays des songes. Exaltés, contradictoires, meurtris. Et, parfois, ce sont les songes qui l’emportent.

Les extrêmes se touchent En tout cas les deux côtés ont un ennemi commun : le centre modéré, progressiste, social libéral et européen. Décidément, « les extrêmes se touchent ».

En 1783 déjà, la noblesse d’un côté, la bourgeoisie de l’autre, tout à leur haine de ce qu’on appelait alors le « despotisme ministériel », avaient été jusqu’à oublier leurs différences en une improbable alliance qui avait conduit tout droit à la révolution.

Délit de fuite Il y aura désormais le Ghosn de la vie et celui de la légende.

Si Le Comte de Monte-Cristo est si réussi, c’est parce que Alexandre Dumas a su inventer Edmond Dantès quelque part entre le sommeil éternel de la prison et le rêve éveillé de la liberté, entre l’ombre et la lumière, le complot et sa résolution.

Les « mots de la tribu » A force de nous complaire en groupe dans les mêmes idées, les mêmes certitudes, nous finirons par perdre le sens de l’altérité et le goût de la contradiction. Les autres, c’est nous-même, dans une spirale sans fin d’autisme et d’enfermement.

Le rire est toujours salutaire. Il est notre politesse du désespoir. Ceux qui le pratiquent savent dire le pire pour mieux conjurer nos peurs. Nous en aurions bien besoin en ce moment. Ionesco le remarquait déjà après la guerre : « Où il n’y a pas d’humour, il y a des camps de concentration. »

Voir et rêver le monde Il n’y a pas de peur ni de morts dans les atlas, seulement du silence et des signes. J’ai toujours été fasciné par les cartes. Elles racontent une histoire et disent des choses oubliées. Ce sont des objets magiques qui permettent en quelques centimètres carrés de voir le monde et de le posséder.

La forêt, la gauche, la droite On ne dit pas assez que les forêts françaises ont doublé de surface depuis cent cinquante ans.

La France comptait 15 000 scieries en 1960, 1500 aujourd’hui. Il nous faut donc mieux produire. C’est là que le bât blesse.

Ce qui reste est toujours ce qui nous échappe, la forêt des songes, des présages et des sortilèges, celle du temps aboli, « la cité des arbres », « le grand large des bois », comme dirait Gracq. La seule chose qui compte vraiment.

Un voyage en Provence Je donnerais bien la moitié de ma vie pour voyager comme autrefois. L’excitation des départs, le plaisir de l’arrachement, les chemins de traverse, les hasards et la surprise ne font plus partie de nos vies.

La lenteur des voyages, les hasards, l’étrangeté ont toujours été pour moi synonymes de sensualité et d’heures abandonnées.

Les plus beaux voyages sont les voyages imaginaires.

Le juge, le censeur et les indics Ce qui différencie le signalement de la dénonciation et la dénonciation de la délation n’a bien souvent que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette et cette épaisseur-là tient tout entière dans notre jugement.

Le problème c’est que toutes nos grandes crises politiques ont charrié avec elles leur lot de haines, d’idéologies, de rancunes et de jalousies.

J’ai toujours eu de l’affection pour ceux qui aux plus détestables moments de notre histoire ont eu le courage de se lever contre la « vertu » surveillante.

Vous avez dit Brexit? Je comprends pourtant les Anglais et je me surprendrais presque à devenir proche d’eux lorsque j’observe de l’autre côté de la Manche, mon pays des gilets jaunes, des normes, de la peur, des blocages et des râleries, tout ce à quoi ils échappent en partie.

Deux cathédrales Notre capitale est pleine de monuments qui nous rappellent nos guerres et nos divisions…Notre-Dame de Paris est le contraire de tout cela. Tout s’est passé dans notre histoire comme si nous avions voulu déposer à ses portes nos haines et nos rancunes.

La bêtise et la négligence ordinaire font parfois plus de ravages que toutes les haines du monde.

Une paix pour rien? Et de Gaulle d’évoquer lui-même « cette flamme d’ambition nationale, ranimée sous la cendre au souffle de la tempête », avant d’interroger sans transition, en visionnaire inspiré, la tragédie de la paix : « Comment la maintenir ardente quand le vent sera tombé? »

Vieux papiers, vieilles affiches Aujourd’hui, nous avons le verre, l’acier, les panneaux JCDecaux et l’affichage électronique sans invention ni superflu. Toutes ces choses anciennes du siècle passé n’existent plus. Elles ont le charme fragile des traces et du temps. Peut-être les aimons-nous parce qu’elles tapissent encore le fond de nos souvenirs.

Le plaisir de l’archive inédite Ouvrir un carton d’archives, défaire le lien de soie ou la ficelle qui tient ensemble la liasse des documents que l’on va lire, tout cela a quelque chose à la fois du rite d’initiation et de l’opération alchimique.

La séparation d’avec le temps, l’amnésie, l’oubli ont des allures de morgue et de charnier.

Champion du monde Heureusement, il nous reste en France les parfums, les vins et la cuisine. Ah! La cuisine! Elle survivra, j’en suis sûr, à tous les virus. Depuis que la gastronomie française a été inscrite par l’Unesco (en 2010) au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, nous ne nous sentons plus d’aise, comme disait La Fontaine de son corbeau.

La France des angles morts Ce genre de moments tient à peu de chose : une porte qu’on ouvre, la pénombre, l’inattention, le choc et la surprise. Quand parfois l’Histoire rencontre la vie, dans la confusion de ses traces et la conviction que dès lors nos questions ne seront plus les mêmes.

Nos « 18 juin » Il y a des dates comme cela, où les événements se télescopent et se bousculent comme s’ils avaient choisi d’advenir le même jour. Le 18 juin est de celles-là, tel un aimant qui attirerait à lui depuis des siècles le meilleur et le pire de nos vieilles querelles.

« L’Histoire, c’est la rencontre d’une volonté et d’un événement », disait encore de Gaulle. Nous savons bien qu’elle est beaucoup plus que cela, mais parfois, à certaines dates, en faisant de nous les héritiers de ce que nous avons de plus précieux et dont nous nous souvenons à peine : la résistance et la liberté, elle prend des allures de parabole : « Qu’as-tu fait de tes talents? »

L’adieu au cavalier Il y aura toujours des « dernières fois ». Il y aura toujours des écuyers noirs à cheval pour hanter nos souvenirs. Je les salue en cavalier. « Calme, en avant, droit. »

La dette et nous (Italie et France) Nous ne partageons pas seulement avec nos amis italiens ce que nous avons de bien : la littérature, les arts et la peinture. Nous sommes si proches que nous avons aussi les mêmes défauts : une certaine désinvolture vis-à-vis de l’argent public et une capacité non moins certaine à nous endetter sans nous en soucier plus que de raison.

Molière parmi nous Les Tartuffe, les Harpagon, les Alceste, les Jourdain sont toujours là. On les croise matin et soir.

Molière est certainement un bon sujet de biographie, mais c’est surtout lui le biographe, et parmi le meilleurs.

Les îles de mon enfance Les métamorphoses ont leurs lieux et ces lieux ont une histoire. L’eau entoure à nouveau le Mont, mais qui se souvient encore des treize longs siècles de résistance de ce rocher héraldique posé tout droit sur la mer? Le temps, comme nos démons, change si souvent de visage!

La République, le pardon et l’oubli Nos démocraties essoufflées, mal protégées des nouveaux pouvoirs théocratiques, de plus en plus interrogées et malmenées par les réseaux sociaux, sont en crise…Nous avons oublié que si, depuis deux cents ans, nous sommes arrivés à résoudre certains de nos conflits, c’est par les voies difficiles et délicates de l’oubli. L’amnistie nous a longtemps tenu lieu d’absolution.

Nos cousins italiens Les Italiens nous doivent peut-être un peu, nous leur devons infiniment plus. Cela tient à l’air qu’ils respirent, à leur facilité d’être avec les autres, au besoin qu’ils ont de vous rendre heureux, au phrasé et au son de leurs voix. Sans eux, nous ne serions pas tout à fait ce que nous sommes. Cela n’a pas d’âge. C’est peut-être cela, la civilisation.

Qui sont les traîtres? Voyez Talleyrand On n’a pas compris que, toute sa vie, Talleyrand a essayé de faire en sorte que la machine de l’Etat verse le plus doucement possible. On n’a pas compris non plus qu’il a œuvré pour sa grandeur une fois passées les crises, mais avec des méthodes et un état d’esprit hérités de l’Ancien Régime, parfaitement étrangers aux hommes du XIXème siècle et, ce faisant, du XXème siècle. La modération, le compromis, la négociation en lieu et place de l’affrontement, la temporisation et, au bout du compte, si cela se révèle vraiment nécessaire, le double jeu.

Virus Quand la mort approche, la littérature n’est jamais loin. Nous n’en sommes plus là, nos victimes sont moins nombreuses, et pourtant les épidémies sont aux hommes ce que l’Histoire est à la folie. La médecine n’y peut rien et la raison s’en fiche. On avait peur en 1348. On aura peur quand cela recommencera.

Une épidémie de mots Avec ça, vous êtes prévenus, nous sommes en guerre. Bref, lavez-vous les mains de toute cette bouillie pour les chats si vous le voulez. Mais franchement, si vous n’avez pas envie de vomir, c’est que vous êtes contaminés.

C’est la rentrée! Notre ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a des airs de général en chef obsédé par le vertige de la défaite et du déclassement. Il n’est plus question que de plans « ultra-volontaristes » contre le décrochage scolaire, d’« aides personnalisées » et « d’évaluations » obligatoires.

Un roi sans divertissement Mais après quarante ans de règne et une abdication (en 2014, en faveur de son fils), le vieux monarque « émérite » Juan Carlos est nu, terrassé par son inconstance et sa cupidité. Peut-être, au fond, avait-il fini par s’ennuyer d’être roi. Les démocraties veulent bien qu’on les sauve. Elles ne tolèrent plus les écarts.

Rêverie dans une librairie Je poussais la porte d’une librairie comme d’autres seraient entrés dans une chapelle. C’était pour moi un acte de foi et presque une communion. Ce l’est encore aujourd’hui.

Fractures françaises Il faut passer par l’histoire si l’on veut saisir toute la complexité des fractures qui nous habitent, jusqu’à nous traverser individuellement de part en part.

Les paradoxes de 1789 sont innombrables : entre les intérêts et la vertu, l’ombre et la lumière, la transparence et le secret, le centre et la périphérie, la rue et la représentation. Ce qui n’est pas visible nous atteint souvent plus que ce qui l’est. Et ce qui est invisible appartient à l’Histoire. Un préfet de la Restauration a tout dit de cela dans l’un de ses rapports en 1821, alors qu’il évoquait Napoléon et sa légende : « Tout est calme. Seules les imaginations travaillent. »

Où sont nos années folles? Les grandes crises ont toujours été suivies de bouleversements sociaux. Elles font des perdants et des gagnants, des pauvres et des riches, ceux qui rattrapent le temps perdu et ceux qui restent au bord du chemin. Elles changent les mœurs et les mentalités.

Le grand vide des périodes d’après-guerre, leur absence de sens, le malaise d’une génération entière ont toujours senti le soufre et le fagot.

L’automne, ma saison mentale Si les saisons avaient une couleur politique, je mettrais volontiers le printemps à gauche et l’automne à droite. Pas la droite du progrès, celle des écrivains, des minutes de sable et des souvenirs. L’automne a toujours eu pour eux des airs d’apocalypse et de fin du monde.

Les héros romantiques meurent presque toujours en automne. C’est la saison des défaites, le chant du cygne des vaincus.

S’il restait aujourd’hui un lieu pour les poètes, ce serait en automne.