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Verbatims et recommandations...

L'île de tous les vices de Jean-Gabriel Fredet - Albin Michel

L'île de tous les vices ; sexe, pouvoir et impunité ; révélations sur l'affaire EpsteinÉmetteur du verbatim: François C.

Epstein est l’archétype glaçant du prédateur des temps modernes : un homme, des appuis, un réseau.

Dans le grand branle-bas libéral-libertaire de la fin du XXème siècle, nous découvrons une Amérique duale: entreprenante, dynamique, mais aussi élitiste, prédatrice, travaillée par des passions mauvaises qui vont bientôt faire le lit d’une ploutocratie sans foi ni loi.

Chapitre 1 L’île du diable

Sur Little Saint James (confetti des îles Vierges américaines acheté par Jeffrey Epstein en 1998), le sexe est partout.

Qu’ils soient financiers, scientifiques, politiques, grands patrons ou avocats, l’île aux nymphettes n’accueille que des hommes d’influence.

C’est plutôt la version hard du jardin d’Eden, doté, derrière les apparences BCBG et le vernis des jeux érotiques, d’un gigantesque lupanar avec pornographie soft ou hard selon les moments.

Après un séjour sur Saint Jeff, l’invité devient complice, débiteur du maître des lieux. Chacun «doit» quelque chose à cet homme charmant, prévenant, qui a su flatter son vice caché et en conserve une trace.

Chapitre 2 Trente ans d’impunité

Comment ce prédateur a-t-il pu monter et organiser pendant trente ans un trafic sexuel quasi industriel de jeunes femmes, sans être jamais sérieusement inquiété par la justice?

L’ascension et la chute de Jeffrey Epstein racontent la fin d’une utopie, celle de l’Amérique que nous fantasmions : ouverte, généreuse, bienveillante, à l’écoute des victimes. Justice à deux vitesses et triomphe de l’argent, violence des rapports humains, puritanisme de façade mais laisser-faire pour les criminels sexuels, mécénat en sautoir mais obligation de retour sur investissement quand bien même il est philanthropique, presse paresseuse ou indifférente, dévoiement des élites, persuadées d’être au-dessus des lois et ne respectant que la leur : c’est à la lumière de cette nouvelle donne que se lit le scandale XXL.

Chapitre 3 Un suicide…assisté?

A 7 h 36, ce 10 août 2019, le financier Jeffrey Epstein (66 ans), accusé de trafic sexuel et de viols sur mineures et incarcéré dans un centre fédéral de haute sécurité, est déclaré mort.

Le scénario du meurtre suppose des complicités et des collusions au plus haut niveau. Entre le personnel de la prison et le milieu du crime. Entre le milieu et le monde politico-financier. Une double alliance dont la révélation pourrait ébranler les bases de la société.

Chapitre 4 Crimes sans châtiment

Deux poids, deux mesures. Quatre ans : c’est la durée de l’instruction des crimes sexuels imputés à Jeffrey Epstein entre 2003 et 2005. Soixante-huit minutes: c’est le temps qu’il a fallu au tribunal de Palm Beach pour débouter la trentaine d’adolescentes, la plupart mineures au moment des faits, séduites puis violées, brutalisées, parfois esclavagisées, et les renvoyer à une détresse superbement ignorée par la justice.

C’est oublier aussi la philosophie sous-jacente, dans un pays où l’argent est roi. Pas de délit, pas de crime même, que l’argent ne puisse finalement étouffer, voire effacer. Le pretium doloris, le prix de la douleur, la réparation financière sont évalués et calculés au trébuchet des actions et des demandes reconventionnelles.

Influencer, dissuader, déstabiliser : de ce point de vue, la défense mise sur pied par le prédateur aux poches profondes est un modèle… Avec Epstein, rarement instruction aura donné lieu à autant de coups bas, coups tordus, coups fourrés.

Selon Kessler, ces sextapes montrent les ébats de « quelques-unes des personnalités les plus riches et les plus puissantes du monde », avec parfois des viols. S’il dit vrai, ces documents peuvent donner une des clés de la fortune d’Epstein : un chantage à grande échelle sur des V.I.P. des affaires, de la science, de la politique et même d’une cour royale.

Chapitre 5 Un p’tit gars de Brooklyn

Qui est-il? Sans aucun doute un criminel sexuel, trafiquant de chair humaine au goût prononcé pour les filles à peine pubères. Un sociopathe, dénué de tout sentiment de culpabilité, indifférent aux autres, aux normes sociales comme aux normes culturelles. Mais en même temps, enfoui sous les (multiples) marottes d’un jouisseur compulsif, un austère, un spartiate.

Dans une époque de libéralisme extrême, darwinienne, où la loi du plus fort -présumé le meilleur parce que devenu le plus riche- s’impose, Epstein le libertaire, renard dans un poulailler, vit comme il l’entend, fait ce qui lui plaît et ne rend de comptes à personne… l’homme s’est installé dans une marginalité de luxe.

Jeffrey Epstein est un homme de son temps. Gonflés à la testostérone d’un culot sans bornes, ses succès racontent la financiarisation de l’Amérique et l’irrésistible ascension de la ploutocratie.

Chapitre 6 High society

Observer, influencer, racketter : le schéma de la conquête reste immuable.

Riche, doté d’un incroyable réseau d’amis, d’obligés ou de relations d’affaires, Epstein va devenir, pendant les deux décennies suivantes, une figure de cette élite new-yorkaise qui ne croit qu’à ses propres valeurs et ne respecte que ses propres règles.

Une lecture attentive des noms du carnet noir permet de distinguer trois catégories: les personnes d’influence, à séduire et à choyer ; les vieux complices, et, famille à part, les personnalités scientifiques, dont la proximité doit conférer à Epstein respectabilité et légitimité.

En l’espace de trois décennies, la « nation indispensable » dont parlait Madeleine Albright a basculé dans une ploutocratie où les déviances sexuelles n’ont plus rien à voir avec la « luxure » mise en scène par Hugh Hefner, le fondateur de Playboy… La pornographie n’est plus représentée : elle se vit en direct.

Chapitre 7 Le mécène introuvable

On connaît le prédateur. On oublie l’illusionniste. Comment, sans aucune formation, a-t-il pu tromper des sommités scientifiques, détourner leurs recherches au profit de ses lubies personnelles et abuser Harvard, l’université la plus célèbre du monde?

Mensonge, usurpation, imposture, comment expliquer cette triple violation des règles d’une des plus prestigieuses institutions des Etats-Unis?

Du côté des bénéficiaires, comme du côté du « donateur », le scandale Epstein projette une ombre sur le fonctionnement d’institutions et de procédures réputées exemplaires.

Passager clandestin de l’Ivy League, voyageur sans bagage du monde de la science, faux savant des sciences cognitives mais vrai faussaire et virtuose du contournement, Epstein n’a jamais cessé de cultiver des vies parallèles.

Chapitre 8 Le grand chantage

L’origine de son implication active dans la cause d’Israël est confuse. On sait seulement que c’est Shimon Peres qui a présenté Epstein à Ehud Barak au début des années 1980. Bonne recrue. Goût du secret, opérant toujours à la limite de la légalité, l’ami américain a tout pour devenir compagnon de route, supplétif puis auxiliaire actif du renseignement, une communauté brassant intérêts publics et privés, idéal et trafic d’influence, ventes d’armes et règlements de comptes.

Marginal, audacieux au-delà de tout, funambule de l’extrême, habité de ce sentiment d’invulnérabilité que confèrent de puissants protecteurs, l’homme a toutes les qualités d’un agent double ou triple.

Chapitre 9 Lady Ghislaine

Pendant plus de quinze ans, la fille du propriétaire du Mirror et du New York Daily News, passée de girlfriend à exécutrice des basses œuvres, a partagé la vie, les dérives, les chantages, les secrets du prédateur. Son mauvais génie? Peut-être en partie. Gardienne en tout cas des secrets d’un des pires scandales que l’Amérique ait connus.

Ghislaine ou l’amour fou, compulsif, addictif, autorisant tous les excès, toutes les débauches? ou seulement surintendante des plaisirs? Probablement les deux, au moins au début… Cumulant les rôles de rabatteuse, d’instructrice et de dresseuse des recrues, elle aurait été la pierre angulaire du système organisé sur deux continents.

Chapitre 10 Duo infernal

Leslie Wexner et Jean-Luc Brunel sont, chacun à leur façon, associés à ce qui fera la sinistre réputation de leur ami avant de signer sa perte… L’un et l’autre sont des subversifs, on dit aujourd’hui des «disrupteurs». Ils comprennent avant les autres. Et, captant les courants, savent les chevaucher, quitte à casser les codes. Avec l’obsession de devenir riches.

Entre en scène Jean-Luc Brunel, le sulfureux agent de mannequins… Sexe, drogue, fric et rock’n’roll: le business devient «un repaire de maquereaux et de prostituées».

Une machine bien huilée, capable de repérer, transférer, «distribuer» des adolescentes vers les Etats-Unis, sans éveiller les soupçons des autorités.

Chapitre 11 Expédition africaine

C’est tout le paradoxe de ce voyage en Afrique avec Bill Clinton: ni sexe ni orgie. Pourtant, sa large médiatisation servira de révélateur, non seulement des penchants d’Epstein, mais aussi du «deep state apparatus» - cet appareil d’Etat «profond» auquel appartient Clinton – qui prône une morale dont il lui arrive de s’affranchir allègrement.

Cette vision noire d’une haute société débauchée trouve d’autant plus d’échos que plusieurs responsables démocrates figuraient dans le petit carnet noir. Tous pouvaient donc avoir intérêt à son silence. L’accusation renforce l’idée d’un establishment corrompu, convaincu de pouvoir s’adonner à ses vices en toute impunité.

Chapitre 12 A terrific guy

Dans une caste qui ignore la division entre démocrates et républicains, se croit supérieure, pratique l’entre-soi, s’adonne impunément à ses vices secrets et cultive la défense de ses pairs, un autre satrape, Donald Trump, figure en bonne place.

La liste des «contacts sexuels non désirés» et des «comportements inappropriés» est longue comme un jour sans pain. Soixante-dix femmes, pas moins, l’accusent de les avoir tripotées, agressées, et parfois violées, selon l’enquête «Les femmes du président et la fabrication d’un prédateur», des journalistes américaines Barry Levine et Monique El-Faizy.

Puérile, sordide, obscène, cette macabre comptabilité? Sauf qu’elle témoigne de la capacité de nuisance d’Epstein, plus dangereux encore mort que vivant. Le spectre du prédateur, adulé puis redouté par la haute société américaine, hante le pays, menaçant notamment la réputation de deux de ses présidents.

Chapitre 13 Andrew, prince déchu

Son «trophée», Son Altesse Royale le prince Andrew Albert Christian Edward, duc d’York, deuxième fils de la reine Elizabeth II, est à terre. Face aux caméras de la BBC, finies, les parties fines et l’amitié partagées: le troisième personnage dans l’ordre de succession au trône britannique a l’air d’un lapin pris dans les phares d’une voiture… En novembre 2019, à 59 ans, Andrew, père de deux filles de 31 et 29 ans, est carbonisé. Premier membre de la famille royale à subir un tel déshonneur, il est formellement déchargé de toute fonction officielle.

Il sera protégé par la reine Elizabeth II pendant neuf ans, jusqu’au 16 novembre 2019 où il sera finalement dénoncé pour sa vie dissolue, ses liens avec des potentats étrangers peu recommandables et, surtout, son amitié avec un milliardaire américain dépravé et expert en trafic d’influence…Sa chute finale ? Il ne la devra qu’à lui-même. A sa volonté de « laver son honneur » face à l’acharnement de Virginia Roberts Giuffre et aux convocations de la justice américaine, actionnée par le FBI.

Chapitre 14 La poursuite impitoyable

Le message d’Edwards, l’avocat des premières victimes, aux défenseurs du prédateur est clair : la guerre sera totale. Ni compromis, ni armistice.

Avocats d’Epstein trop sûrs d’eux, victimes regroupées en associations et décidées à aller jusqu’au bout, opinion mobilisée par le mouvement MeToo: à sa façon, chacun des acteurs du drame va obliger finalement le FBI, l’agence de police judiciaire à l’échelon fédéral, à arrêter Epstein. Et à le déférer devant le tribunal de New York, en juillet 2019.

En s’imposant à lui-même la peine capitale, Epstein va finalement échapper à la justice, et emporter ses secrets… dans la tombe?

Saurons-nous un jour ce qui lui est arrivé? Comme un soleil noir, son fantôme continue à planer sur cette Amérique duale, écartelée entre son aspiration à la sagesse et à la décence et sa propension au chaos, au drame et à la violence.

 

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