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Verbatims et recommandations...

L'économie désirable, sortir du monde thermo-fossile de Pierre Veltz - Seuil

Émetteur du verbatim: François C.

L'économie désirable ; sortir du monde thermo-fossileIntroduction. FACE A L’URGENCE ECOLOGIQUE

. Nous n’avons pas d’autre choix que de composer avec le monde tel qu’il est.

. Une nouvelle grammaire productive se met en place : passage d’une économie des choses vers une économie des usages et des expériences, d’une économie de la possession vers une économie de l’accès, virage engagé du monde manufacturier vers un mode « serviciel ».

. Il est crucial de retrouver une perspective positive, de construire le récit d’une économie désirable.

. Ce qui manque est une boussole et une méthode pour déclencher et structurer les projets : projets locaux et spécifiques, mais aussi et surtout nouvelles « infrastructures » (physiques, normatives, logicielles) permettant d’orienter et de coordonner les investissements privés ou publics atomisés.

Chapitre 1. Efficacité

. Le monde hyper-industriel La réalité dominante est celle d’une industrie mondiale de plus en plus capitalistique, avec des processus de fabrication très automatisés, de plus en plus recentrée géographiquement à proximité des marchés de consommation les plus porteurs. Les services s’industrialisent. Les industriels s’orientent de plus en plus vers des modèles économiques de type « serviciel ». Ils considèrent qu’ils ne vendent plus des objets, mais des solutions, des fonctionnalités, des usages, voire des expériences attachées à ces objets. Un double passage s’opère : celui d’une économie des objets à une économie des usages et des expériences ; celui d’une économie de la propriété à une économie de l’accès.

. Une planète augmentée Derrière toute activité, aussi légère soit-elle en apparence, il y a désormais un « back office » labyrinthique d’objets et de processus dont on a du mal à cerner les limites. Pris parfois comme symbole d’une société de plus en plus dématérialisée, le monde numérique est en réalité très « lourd » en énergie, en matériaux, notamment en métaux rares.

. Dématérialisation La « dématérialisation », entendue comme la réduction du volume de ressources nécessaires pour satisfaire une fonction utile donnée, est au cœur de notre modernité.

. La voie de l’efficacité : 4 pistes principales Une meilleure conception des produits ; L’amélioration des procédés par la limitation des « chutes » et des pertes de matières ; Le recyclage et la réutilisation ; La recherche de matériaux de substitution, plus abondants, moins massifs et moins polluants.

Chapitre 2. Sobriété(s)

. L’effet Jevons Quand on améliore l’efficacité-ressources d’un produit (bien ou service), le prix baisse et rend le bien plus désirable. Résultat : l’augmentation de la consommation annule et dépasse, souvent de très loin, le gain unitaire réalisé. On voit que la seule issue est de combiner la voie de l’efficacité avec celle de la sobriété, i.e. de la réduction ou pluôt de la transformation de la consommation.

. La profondeur technologique Le fait majeur est que la masse d’énergie mobilisée par personne est gigantesque. Dans le monde, elle a été multipliée par 7 depuis les années 1950. Cette « profondeur technologique » invisible est l’une des sources principales de la croissance de l’impact énergétique et matériel.

. Des machines par milliers Lentement mais sûrement, le nombre et la complexité des composants qui constituent nos objets ont explosé. Alors que les effets rebonds sont tirés par la demande, la croissance apparemment incontrôlable de la complexité technique trouve sa source du côté de l’offre.

. Le numérique, cas exemplaire L’augmentation incessante de la profondeur technologique est au cœur de l’univers numérique. Les assistants vocaux sont un cheval de Troie pour ouvrir l’immense marché potentiel des applications permises par l’Internet des objets, i.e. la possibilité donnée à tous nos objets (électrifiés) de produire et d’échanger ds données.

. Economie des usages, économie de l’accès La multiplication des formules de location ou de leasing, pour des temps courts ou longs, ou des formules d’usage collectif minimisant l’immobilisation du véhicule, est frappante…Le numérique joue un rôle essentiel, en favorisant la flexibilité de l’appariement entre offre et demande, en permettant la télémesure et la télégestion de la performance.

. Désirs de sobriété Pour maîtriser l’effet Jevons, il n’y a pas d’autre solution que la « sobriété d’usage » - en clair, la réduction ou plutôt la transformation de la consommation. Pour maîtriser la profondeur technologique, pas d’autre solution que ce que j’ai proposé d’appeler la « sobriété de conception ».

. Le « techno-discernement » Le chemin vers la sobriété de masse reste à inventer…Nous sommes en présence d’un problème qui touche nos valeurs, mais qui est aussi un problème « technique » -hautement systémique- d’organisation de nos sociétés…car les actions des personnes et des groupes sont en interaction étroite avec les cadres proposés par les acteurs publics, les entreprises, les collectivités locales, nationales et supranationales, les normes et les règlements, les dispositifs matériels eux-mêmes.

Chapitre 3. Une économie humano-centrée

. L’économie de l’individu On observe la montée spectaculaire des dépenses liées à la santé, au bien-être, à l’alimentation « qualitative », au divertissement, à la sécurité, à la mobilité et à l’éducation. Ces dépenses ont un point commun. Elles concernent l’individu, son corps, ses émotions, son intelligence.

. Un changement global L’économie humano-centrée constitue une piste privilégiée pour bâtir une économie à la fois plus riche en valeurs positives pour les personnes, plus coopérative et plus écologique, plus économe en ressources matérielles et énergétiques. L’économie des données est au cœur de ces ambivalences. La numérisation de la santé et du corps, par exemple, se prête aussi bien à des avancées majeures de la médecine qu’aux projets les plus inquiétants de Big Brother.

. L’économie de l’individu est collective Ce versant collectif de l’économie humano-centrée reste très largement à construire. Il recèle un immense potentiel de création de valeur, d’activités et d’emplois. Le numérique, exploitant les merveilles de la connectivité et du partage des données, trouve ici un champ d’application privilégié. C’est le territoire, à des échelles variées, qui va constituer le référentiel pertinent pour concevoir et exploiter les nouvelles solutions…Individus, systèmes/liens, territoires : tel est le triangle autour duquel nous devons repenser notre base productive.

. Santé : de grandes marges de progrès Etrangement, nous avons du mal à voir la santé comme une source directe de création de valeur, un facteur de développement autant social qu’économique et technologique.Il y a de sérieuses marges de progrès dans la structuration des relations entre tous les acteurs (ville et hôpital, public et privé, soin et prévention, recherche et clinique).

. La santé comme base hyper-industrielle Au niveau mondial, la convergence entre les sciences de la vie et les sciences de l’ingénieur est probablement, avec les questions environnementales, le moteur le plus puissant d’innovations pour les décennies à venir. Imagerie, visualisation, robotique, bio-informatique, nouveaux matériaux, biomimétisme, biologie de synthèse…sont parmi ces champs de recherche nouveaux. Peu de territoires regardent la santé comme un élément à part entière de leur base productive, matrice de développement social, économique et technologique.

. Une trajectoire pour la France et l’Europe La santé, l’éducation, la sécurité et l’alimentation sont aujourd’hui des cibles privilégiées des grandes plateformes américaines et chinoises. A nous de savoir si nous voulons reconquérir une position européenne qui soit autre que suiviste et dominée. L’enjeu est fondamentalement social et politique. Il est de reconnaître à sa vraie valeur l’immense constellation des emplois du lien, de les développer comme le nouveau socle de l’économie.

Chapitre 4. Le salut par le local ?

Notre pays, comme ses voisins, fourmille d’initiatives mariant l’écologie, le numérique, l’économie sociale et solidaire et l’économie marchande ordinaire, le high tech et le low tech.

. Relocaliser l’industrie La question est celle de la maîtrise des grandes chaînes de valeur mondialisées…celle des excès de cette globalisation et de son avenir. Elle a trois grandes dimensions : écologique, industrielle et géopolitique.

. Une mondialisation modérée et régulée Aux schémas de division internationale du travail à l’ancienne se substitue ceux de territoires multifonctionnels, regroupant des pôles de conception, de réalisation et de test, avec une grande diversité d’acteurs, et connectés en réseau (territoires-laboratoires).

. Interdépendances Une vision simpliste et romantique de la relocalisation massive, voire d’une forme d’autarcie, n’est pas réaliste…L’échelle pertinente est l’Europe. Même à cette échelle, des dépendances majeures subsistent, en microélectronique par exemple. Ce sont ces déficits stratégiques partagés qu’il faut combler en priorité.

. Une nouvelle phase de la globalisation Les échanges se sont nettement « régionalisés » autour de trois grands pôles : la Factory Asie, la Factory Europe, autour du hub allemand, et la Factory nord-américaine. Il y aura moins de grandes usines, mais des tissus de petites ou très petites unités, mêlant conception, prototypage, fabrication, customisation pour les clients et services spécialisés.

. L’énergie au cœur de la reterritorialisation Les énergéticiens parlent des 3D : décarbonation, digitalisation, décentralisation.

. La préférence pour la proximité L’enjeu de la proximité est social et sociologique avant tout. Il est de recréer du lien concret dans cet univers devenu abstrait et impersonnel.

Chapitre 5. Proximités et interdépendances

. Une révolte contre l’abstraction Dans le nouveau contexte de mondialisation, les territoires locaux, loin d’être disqualifiés, pouvaient au contraire renforcer leur rôle, parce qu’ils apportaient toutes sortes de ressources cruciales pour la compétitivité dans un monde ouvert : confiance entre les acteurs, compétences localement enracinées, capital social. (retour au « faire ») Dans ce retour au proche transparaît une nostalgie des communautés d’action concrètes, du plaisir de faire ensemble autrement qu’à travers la connectivité numérique.

. Oublier les métropoles ? Un scénario possible est que les urbains les plus connectés seront de plus en plus nomades, profitant des formes de flexibilité offertes par la télé-activité. Les émissions de GES sont fortement corrélées au niveau de revenu. Les ménages du premier décile sont en France à l’origine de 30% des émissions.

. Choix urbains et mobilités Les grandes périphéries des villes ont connu l’éparpillement incontrôlé des lotissements dans de petites communes. En conséquence, la mobilité automobile contrainte a explosé. La voiture est la première source d’émission de GES en France (environ 16%)…Le problème est celui des nappes suburbaines, proches ou lointaines, et des zones rurales peu denses.

. Modèles distribués Nous dépendons les uns des autres à un degré dont nous n’avons plus conscience…Le nouveau localisme, si on le débarrasse de ses branches régressives et identitaires, est un excellent terreau pour retisser nos liens quotidiens et inventer de nouvelles pratiques…Mais n’oublions pas que nos sociétés reposent sur un tissage serré de contrats de solidarité dont l’échelle devrait être élargie, à l’échelle européenne au moins, plutôt que rétractée sur une multitude d’entités locales ou micro-locales.

Chapitre 6. Fiscalité, finance et technologie

. La taxe carbone : mythe ou solution miracle ? Bricolée, trop faible pour peser vraiment : la taxe carbone à la française n’est pas une exception. Il n’y avait, en 2018, aucune taxe carbone en Allemagne, en Chine, aux Etats-Unis, en Inde et en Russie, pays qui ont les émissions les plus importantes.

. Désinvestir des secteurs thermo-fossiles Un consensus émerge progressivement sur le fait qu’un désinvestissement massif dans les industries fossiles (charbon, pétrole, gaz) est inexorable à terme.

. L’investissement écologique A ce jour, la «finance verte » stricto sensu (les obligations vertes) reste un segment marginal de la finance de marché. Les flux de financements, publics ou privés, orientés vers la transition écologique restent timides.

. La politique de la couleur Un investissement peut être plus ou moins vert selon le contexte dans lequel il est déployé…La question importante n’est pas celle de l’intitulé de l’investissement, mais de la pertinence systémique des projets.

. Retrouver une boussole La question de fond est : pour quels projets ? Quels projets cohérents à l’échelle des villes ou des régions ? Quel projet d’ensemble à l’échelle européenne et nationale ?

. La technologie : Schumpeter et Janeway Le modèle de Janeway s’organise autour d’un triangle : une base d’initiative publique, hors critère de retour sur investissement, à partir d’un Etat attaché à une mission (mission driven State) ; des financements spéculatifs qui explorent, par essais et erreurs, les univers du possible en surfant sur les infrastructures publiques, au prix de bulles successives, gaspilleuses mais nécessaires ; une intégration progressive des nouveautés par les marchés traditionnels…Sans l’Etat, le cercle vertueux ne s’enclenche pas.

. Où sont les Etats ? La Chine, à ce jour, fait la course en tête. Dès 2010, l’investissement de la Chine dans les énergies propres était supérieur de 50% à celui des Etats-Unis…Aujourd’hui, la Chine est le leader mondial dans les investissements industriels pour les énergies renouvelables et son système de start-up vertes est impressionnant. En toute hypothèse, l’idée que les Etats européens et l’Union pourraient se contenter d’encourager les start-up et les entrepreneurs, sans infrastructures majeures et sans feuille de route globale, n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

Conclusion. L’ETAT ET LA BIFURCATION ECOLOGIQUE

Ni les marchés financiers, ni le darwinisme de la technologie, ni la multiplication de projets verts à l’échelle des villes ne sont aujourd’hui capables d’embarquer nos économies et nos sociétés dans un véritable changement de modèle…Les Etats doivent reprendre la main : développer des programmes de recherche publics à la hauteur des défis ; fixer des perspectives stratégiques cohérentes, par exemple en matière énergétique ; mettre en place les grandes infrastructures physiques et normatives ; et bien sûr veiller à l’équilibre entre objectifs sociaux et économiques, et à l’accompagnement social des mutations. A l’heure où il y a tant à faire pour éradiquer les maladies, créer des villes respirables, renouveler l’agriculture et garder notre Terre habitable. Sur la boutique