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Verbatims et recommandations...

LA HAINE EN LIGNE de David DOUCET- Albin Michel

Émetteur du verbatim: François C.

Combien de personnes avaient été humiliées publiquement et condamnées sur la seule foi des médias sociaux? Quels sont les rouages de ces nouveaux mécanismes d’ostracisme en ligne? Comment remonter la pente lorsque votre nom est devenu une injure et que taper votre patronyme sur un moteur de recherche suffit à refroidir le plus téméraire des employeurs? Et enfin, où trouver la force de surmonter cette épreuve quand l’image que vous renvoie Google est un supplice?

  1. Le tribunal des réseaux sociaux

Sur les «autoroutes de l’information», il n’existe pas de meilleur carburant que l’énergie émotionnelle. C’est la loi d’Internet, ce qui choque ou énerve aura plus de chances d’être entendu que ce qui interroge ou pousse à la réflexion.

Les délateurs se retrouvent investis d’une magistrature totale recouvrant à la fois le rôle de l’accusateur, du juge et du bourreau sans aucun égard pour la culpabilité effective, la recherche de preuves, l’étude du contexte ou l’importance du contradictoire… C’est le bruit et la fureur qui règnent sur Internet.

De la notation à la délation, la frontière est parfois ténue… La société numérique a toujours été régie par une forme de surveillance mutuelle.

(Cancel culture) L’objectif est de décrédibiliser et de démonétiser la parole publique de celui ou celle qui était jusqu’ici reconnu(e). Dans les faits, cette volonté de traumatiser les coupables vire souvent au cyberharcèlement… Une fois la personne annulée, l’effacement de l’espace public peut être prompt et brutal.

«Je remarque que la plupart des phénomènes de cancel culture sont fondés sur des accusations morales et non pas sur des faits.» Brett Easton Ellis

C’est une constante, la culture de l’annulation obère la complexité du réel. Le pré-récit de culpabilité balaie notre vigilance rationnelle.

Nous créons maintenant une société de surveillance où la façon la plus intelligente de survivre est de redevenir sans voix.

2.Une vie sociale à haut risque

Du jour au lendemain, Mennel Ibtissem bascule dans un trou noir médiatique.

Combien de personnes peuvent assumer sans rougir leurs écrits et maladresses adolescentes? Une génération entière a fait ses premiers pas sur le web et vit sous la menace de voir ressurgir un passé qui ne s’effacera jamais.

Le plus grand conflit générationnel depuis des décennies, celui qui oppose la «génération parents», qui protège son intimité jusqu’à l’obsession, à la seconde, celle des «transparents» qui ont été radiographiés avant même d’être nés, puis filmés et pris en photo par leurs parents pendant toute leur enfance.

Rien ne ressemble plus à un tweet d’il y a dix ans qu’un tweet posté la veille. Ils sont d’autant plus facilement manipulables… En France, cette chasse aux vieux messages est tellement rodée qu’elle fait partie intégrante des stratégies des activistes en ligne, qu’ils soient de droite ou de gauche. Passer en revue les réseaux de quelqu’un est même devenu le moyen le plus facile de le détruire.

Sur Twitter, on a tendance à oublier qu’il y a de vraies gens derrière les avatars: cf «l’affaire Mehdi Meklat»

Le moyen le plus rapide pour se débarrasser d’un salarié.

(ProPR Consulting): start-up qui s’est taillé une petite réputation dans le nettoyage sur les réseaux sociaux.

Rien, rien de rien ne peut s’oublier. Et pour cause, les humiliations en ligne sont gravées au fer rouge comme au temps de la Grèce antique. Le sceau de l’infamie est sans cesse rappelé par Google pour ceux qui en sont frappés.

  1. Une honte contagieuse

Julie Graziani fait partie de la longue liste des cloués au pilori en ligne. Aux États-Unis, on parle de online shaming pour désigner cette propension qu’ont les internautes à couvrir de honte la personne qui s’est rendue coupable d’un comportement déviant ou immoral.

L’humiliation publique est d’autant plus dévastatrice qu’Internet fait exploser toutes les contraintes géographiques ou temporelles qui limitaient ce châtiment.

L’humiliation en ligne impose une situation orwellienne où le refoulement et la possibilité de se cacher n’existent plus. Téléporté dans un état de transparence totale, le sujet voit ses mécanismes de défense ébranlés… Google se révèle aussi comme un terrible agent de destitution narcissique.

La honte est un révélateur de la fragilité humaine de chacun… Un lynchage en ligne renvoie souvent la personne qui en est victime à ses failles ou blessures intérieures.

  1. L’engrenage médiatique

Sur Internet, le paysage médiatique s’est uniformisé. Le bâtonnage, i.e. la reprise remaniée d’une info parue ailleurs, est devenu la règle. 64% de ce qui est diffusé sur la Toile ne serait qu’un copié-collé pur et simple de contenus publiés ailleurs.

La course aux clics a remplacé la course aux scoops.

La  Twitter-dépendane ».

Le contrôle social imposé par les communautés militantes de Twitter est aujourd’hui largement sous-estimé.

On a littéralement flingué Philippe Caubère… Il n’y a plus aucun respect de la présomption d’innocence, encore moins du temps judiciaire.

Sur Internet, le train du buzz ne passe qu’une fois et l’écho d’une réhabilitation judiciaire ne recouvre jamais le crépitement initial des accusations.

Sur la Toile, nous vivons quotidiennement les obsèques de la nuance. Le gris est une couleur en voie de disparition. Pour se distinguer sur ce marché marqué par une infobésité galopante, il n’y a guère de place pour les hypothèses décalées, les titres pondérés ou les positions médianes.

Les fausses nouvelles se propagent six fois plus vite que les vraies.

  1. Google n’oublie rien

Amandine n’a commis aucun méfait, elle a juste eu le malheur de diffuser une chanson sur Internet (vidéo improvisée il y a douze ans). Pire qu’un casier judiciaire, elle doit vivre avec un casier Google. Il suffit de taper son prénom pour que le moteur de recherche le plus consulté au monde suggère une profusion d’articles et de vidéos ironiques.

Qui peut encore nier que les résultats brassés par le plus puissant des moteurs de recherche équivalent à une forme de notation sociale déguisée? Dans nos sociétés occidentales pourtant forgées par une culture chrétienne, l’oubli et le pardon sont en voie d’extinction.

  1. Vivre ou survivre

La capacité à surmonter un traumatisme dépend souvent d’un phénomène interpersonnel, celui de pouvoir s’appuyer sur ceux que Boris Cyrulnik désigne sous l’expression «tuteurs de résilience».

(Traumatisme) Ces individus ont alors le sentiment de se connecter à leur personnalité profonde. L’épreuve les a poussés à se remettre en question et à s’interroger sur eux-mêmes.

Survivre à un lynchage en ligne relève souvent d’un parcours sinusoïdal, tant l’impact psycho-traumatique demeure fort et durable.

On dénombre autant de chemins de résilience que l’on compte d’êtres humains.

La population des adolescents est particulièrement vulnérable aux violences en ligne, puisqu’elle est en pleine construction identitaire et affective.

Nous n’en sommes qu’aux prémices de nos vies connectées et tout le monde peut participer à ce changement de paradigme afin que le spectre de la mort sociale qui plane aujourd’hui au-dessus des réseaux se dissipe et que le web redevienne le formidable outil de conversation qu’il était à ses débuts.

 

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