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Verbatims et recommandations...

QUOI QU’IL EN COÛT€! de François LENGLET Albin Michel 2020

Émetteur du verbatim: François C.

L’épidémie : machine à avancer le temps

Elle nous conduit de façon tortueuse et douloureuse vers une toute autre organisation.

Au-delà du gigantesque accident Covid, et de façon bien plus durable et profonde, la puissance publique est en train de se réinstaller au cœur de l’économie.

Trump, Brexit, et Gilets jaunes sont trois expressions différentes d’une même frustration, grossie et déformée par l’irruption du virus.

Entre 2009 et 2012, la dette publique française avait augmenté de trente points de PIB, passant de 60% à 90% de la richesse nationale. Cette fois-ci, il n’aura fallu que trois mois pour faire grossir nos engagements du même montant faramineux.

Le virus a littéralement asséché le sud de l’Europe, l’Italie et l’Espagne, faisant fuir le capital qui s’est réfugié dans les Etats du Nord, l’Allemagne au premier chef, révélant et aggravant les formidables différences de compétitivité entre les deux moitiés de la zone euro qui menacent de la faire éclater.

Les leçons du passé sont pourtant sans appel : il n’y a pas d’issue paisible à l’hyper-endettement. Pour une raison toute simple : on ne sait pas faire disparaître la dette sans détruire en même temps du capital. Si une créance est annulée, il y a forcément une victime quelque part, celui qui a prêté.

L’argent magique

En mai dernier, l’OCDE estimait que les pays membres de l’organisation s’étaient chargés de 15 000 milliards d’euros de dette avec la crise sanitaire et le coût du confinement. Ce qui fait passer l’endettement moyen de 109% à 137% du PIB. L’épidémie aura donc coûté 12 000 euros de dette par habitant en trois mois.

Une incroyable détérioration des finances publiques. Qui se double d’une montée de la dette privée, tant celle des entreprises que celle des ménages. Le tout financé par la planche à billets, actionnée sans relâche par les grandes banques centrales de la planète.

Au passage, il faut pointer ici l’extraordinaire fragilité du système monétaire international. Tout repose sur la crédibilité des banques centrales. La valeur de l’argent, i.e. celle du travail et de l’épargne, la propriété, l’ordre social, repose sur un simple acte de foi en une poignée d’institutions : la FED aux Etats-Unis, la BCE, à Francfort, pour l’euro, la Banque de Chine, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon.

La certitude qu’ont les investisseurs privés de pouvoir revendre ces titres à la FED quand ils le souhaitent fait qu’ils financent l’Etat américain sans barguigner. Au premier semestre 2020, Trump a ainsi levé 3 000 milliards de dollars. Deux fois plus que sur la totalité de l’année dernière. Et le déficit des USA en 2020 pourrait atteindre 3 800 milliards de dollars, soit 19% du PIB.

Les banques centrale ne se comportent pas comme des investisseurs, qui sélectionnent les valeurs les plus rentables ou les plus solides, mais comme l’assureur en dernier ressort de toute l’économie, qui se substitue à la demande pour maintenir hors de l’eau un appareil productif fragilisé.

On mesure ici à quel point d’absurdité l’économie mondiale en est arrivée. Percluse par les dettes, elle ne peut plus marcher sans antidouleurs. Et le seul qui marche est fabriqué par les banques centrales.

C’est ici le remède -l’argent facile, pour éviter la faillite- qui se trouve être aussi la cause de la crise d’après – l’excès de dette. A chaque fois la secousse est plus forte et demande une dose plus importante pour être calmée. Un cercle vicieux que personne ne sait interrompre, et qui nous met à la merci de krachs de plus en plus dévastateurs.

Les entreprises qui ne survivraient pas sans ces conditions exceptionnelles se multiplient. Ce qui compromet l’émergence de leurs concurrents, plus modestes, plus productifs et moins chers…Ces « zombies », les entreprises mort-vivantes, pourraient représenter jusqu’à 12% des entreprises cotés dans les 14 principales économies mondiales.

La valeur d’une dette n’est jamais fixe, même si elle a été contractée à taux zéro. Elle fluctue en fonction de l’environnement économique, et en particulier de la hausse des prix et de la croissance de l’activité. Deux paramètres qui déterminent les capacités de remboursement.

Pas d’inflation qui permette d’ «euthanasier le rentier», comme le disait Keynes. Pas davantage de croissance, qui aurait permis de gonfler les revenus. Et des impôts déjà très élevés, qu’on ne peut majorer sans faire plonger encore plus bas l’économie…Voilà l’équation.

Cette furie de la dépense aura évidemment une fin regrettable…Elle a toujours la même issue. Une ruine qui peut prendre deux formes différentes. La première est le krach, la perte de confiance brutale et généralisée qui fait vendre tous les titres financiers…L’autre route n’est guère plus réjouissante : une forte inflation, causée progressivement par la méfiance qu’inspirerait la création de flots d’argent déversés dans l’économie.

Il n’y a pas de suppression de la dette accumulée sans destruction parallèle et symétrique de l’épargne, quelles qu’en soient les modalités…La destruction de l’épargne, c’est aussi celle de l’ordre social et de la démocratie…Le déclencheur sera, comme toujours, un événement contingent, imprévisible, insignifiant en lui-même, qui provoquera l’enchaînement. Ce sera le grain de sable qui fait s’effondrer la pyramide de milliards de grains accumulés peu à peu…Ce peut être l’action ou la déclaration d’un responsable politique, la faillite d’un acteur financier, l’apparition d’un nouveau virus, l’embrasement d’un conflit régional.

Les métamorphoses de tripalium (poussée numérique) Un mouvement qui va se traduire par une baisse du temps de travail humain, une augmentation des salaires, mais aussi par d’importantes destructions d’emplois.

2020 sera l’année du commerce en ligne…et de l’effondrement des ventes dans les magasins physiques…Selon le cabinet Mc Kinsey, un tiers des enseignes physiques pourraient disparaître dans les années qui viennent…Moins de vendeurs, plus de livreurs. Moins de magasins, plus d’entrepôts.

(Gafa) En réalité, ils sont devenus aussi vitaux pour l’économie, grâce aux savoir-faire qu’ils possèdent, aux réseaux qu’ils gèrent et aux informations qu’ils en retirent pour les vendre que le rail et la route au XIXème siècle.

Quatre salariés sur dix, pendant le confinement, ont ainsi exercé à distance leur activité professionnelle, de façon dématérialisée. A l’échelle du monde, ce sont plusieurs centaines de millions de personnes qui ont délocalisé leur lieu de travail pendant plusiurs semaines (suppression des transports) Une, deux, voire trois heures de temps libre éveillé se sont libérées dans nos programmes quotidiens pour la vie personnelle. Sans perte de salaire.

En réalité, la crise sanitaire a obligé les entreprises à tirer le bénéfice maximal des technologies disponibles, ce qu’elles n’avaient pas fait dans les conditions d’activité normales, à cause de l’inertie naturelle des organisations humaines, qui peinent toujours à se transformer…De façon silencieuse, une gigantesque poussée de productivité s’est donc produite dans nos économies avec la très large utilisation des technologies au printemps 2020, dont nous allons voir les dividendes.

Revanche des villes moyennes…Demande de transports qui devrait chuter durablement… Robotisation des emplois dans la livraison à domicile, l’agriculture, le nettoyage et la désinfection…

La seule vraie question de la révolution numérique qui s’est amplifiée en 2020, c’est la répartition des dividendes et des sacrifices. Dans ce cadre, nul doute que la question du revenu universel ne revienne dans les débats politiques, car c’est une forme de redistribution.

«Souveraineté, j’écris ton nom»

Depuis la grande crise de 2009, l’heure est donc à fustiger le libéralisme qui fait progresser les inégalités, qui a soufflé la bulle financière et rendu l’économie vulnérable aux krachs. Insensiblement, le monde se referme donc, et comme toujours, ce sont les pays anglo-saxons qui donnent le ton.. Ils avaient été en pointe pour initier la grande révolution libérale des années 1980, ils le sont encore pour le rétablissement des frontières, avec Trump et avec le Brexit.

C’est fini. L’Etat et la nation reprennent du terrain. Ils veulent prévaloir sur les intérêts purement économiques. Et les multinationales devront s’y soumettre…La fragmentation de l’économie-monde est en marche.

En clair, c’est la quasi-gratuité de la santé en France qui explique en partie les pénuries, via le contrôle draconien des prix par l’Etat. Et qui encourage les délocalisations d’usines de médicaments…

Plus l’Etat taxe, plus il est obligé de compenser avec des plans, programmes et actions ponctuelles. Et plus il dépense avec ces programmes, plus il est obligé de prélever… Un cercle vicieux.

(France) Depuis trente ans, l’argent prélevé avec les impôts les plus élevés de la planète ou presque, les nôtres, ne sert plus majoritairement ni à investir ni à entretenir les services publics. Il est redistribué à la population, massivement, sous la forme d’allocations innombrables. Au point que ces transferts représentaient, avant même la crise sanitaire, plus du tiers du revenu des ménages, pensions comprises.

L’ère de la divergence

(Covid 19) Même si l’on tient compte du nombre d’habitants dans les différents pays, la performance de Séoul est remarquable. Tout comme celle de Taïwan, celle du Japon, celle de Singapour.

Les mêmes disparités ont frappé l’Europe, de façon plus mystérieuse. Le Vieux Continent est coupé depuis toujours en deux moitiés. Au nord les partisans de la rigueur budgétaire et monétaire, adeptes du compromis social. Au sud, des laxistes impénitents en matière de dépense publique, dévaluationnistes à peine repentis, incapables de faire s’accorder syndicats et patronat…

Depuis le 1er janvier 1999, date de la mise en œuvre de l’Union monétaire, le PIB italien n’a progressé que de 9,5%. Trois fois moins que celui de la France et l’Allemagne. Cinq fois moins que celui de l’Espagne.

Dans une démocratie, il doit évidemment y avoir équivalence entre le périmètre de la levée de l’impôt, celui de la dépense publique et celui de la responsabilité politique. Ce n’est pas le cas dans la zone euro.

L’Allemagne est la grande bénéficiaire, sur le plan commercial, du marché unique européen. Elle y réalise près des deux tiers de ses exportations, soit 800 milliards d’euros annuels. Et la monnaie unique lui garantit que ses partenaires ne dévalueront plus. Sans obstacle tarifaire, réglementaire et monétaire, les artères commerciales du marché unique sont comme des autoroutes gratuites pour les exportations de l’industrie allemande.

N’oublions pas que nous sommes en Europe, et que celle-ci est incapable de faire simple. L’Europe est tout aussi incapable de faire vite.

Derrière la récession elle-même, en effet, c’est la divergence qui menace, à cause des différences de morsures qu’a effectuées l’épidémie dans le tissu productif…L’euro renforce les forts et affaiblit les faibles…Tel est l’incroyable bilan de vingt ans d’Union monétaire : l’Europe passe de crise en crise, et lors de chacune des secousses, le Sud et le Nord s’éloignent davantage l’un de l’autre, alors que l’euro était supposé accentuer la convergence.

La France n’a évité le sort dramatique de l‘Italie qu’au prix de sa dérive budgétaire. Sans pour autant parvenir à préserver son industrie.

Le futur de la zone euro devrait donc rester marqué par une croissance très inégale, la persistance du risque de crise financière et des explosions sociales ou politiques dans les pays du Sud, à cause du ressentiment légitime que suscite le marasme économique.

La BCE et ses tombereaux de milliards créés par la planche à billets sont devenus le soutien indispensable sans lequel l’Union monétaire exploserait sous la pression de la spéculation.

Le virus nous rappelle une fois encore la faiblesse intrinsèque de notre Union monétaire. Face à une crise, ne pas disposer de sa propre monnaie est un lourd handicap, qui ne peut être compensé que par une solidarité massive des autres pays. Mais cette solidarité n’est pas praticable sans mutualisation de la responsabilité politique : la fédération.

(Grèce) L’euro a à la fois créé le problème et proscrit la solution (dévaluation de la drachme)… Le choix collectif a donc été de privilégier la valeur du capital au détriment de la croissance et de l’emploi.

Ce scénario de dépendance et de déclin acceptés n’est pas le plus optimiste. Et peut-être vaut-il mieux souhaiter que l’édifice fragile de l’Union monétaire soit mis à terre par une crise financière ou politique.

Bismarck en mer de Chine

On voit les Chinois partout : dans le cyberespace, en Arctique, en Afrique, dans nos infrastructures vitales de télécommunications. La Chine émergente et pacifique avait transformé l’économie mondiale à son profit, grâce à l’ouverture de son marché qui avait déclenché une poussée de la mondialisation. Au contraire, la Chine du présenr, émergée et belliqueuse, va provoquer un reflux de cette mondialisation.

Alors que Pékin ne concède officiellement que 4 000 morts, l’Europe et l’Amérique en auront chacune bien plus de 100 000. Avec ces chiffres élevés, l’une et l’autre auront trahi la faiblesse de leurs Etats, incapables de s’organiser face à l’urgence sanitaire, la médiocrité de leurs équipements et la lourdeur de leurs processus de décision. La démocratie, ça ne marche pas, voilà ce que pensent les Chinois.

Commerce, technologie, finance, l’éonomie mondiale est donc en train de se scinder en deux sphères d’influence, en conflit l’une avec l’autre…Une nouvelle frontière: le Pacifique, qui n’a jamais porté si mal son nom. La mondialisation va évidemment en subir les conséquences, avec la réorganisation des chaînes de production et d’approvisionnement mondiales. Comment faire fabriquer en Chine des composants essentiels dans la pharmacie ou l’électronique dans un tel climat d’hostilité?

La Chine de 2020 illusrte à nouveau cette constante de la géopolitique, qui contraint les périodes de « doux commerce » à ne rester que des parenthèses, scandées par le retour de l’affrontement entre les puissances.

(Berlin 1880) À la fin du XIXème siècle, comme de nos jours, il s’agissait de la compétition entre deux modèles économiques, le système libéral anglais et l’étatisme autoritaire allemand.

(Pékin 2020) Compétition avec les USA pour le réseau téléphonique 5G, mais aussi sur le plan financier, tout aussi stratégique que le commerce et la technologie…Autre champ de bataille : la construction d’infrastructures pour consolider l’influence internationale (nouvelles routes de la soie).

En un mot, devant le conflit du début du siècle Chine – USA, l’Europe est comme à l’habitude désarmée et divisée.

Demain

A chaque cycle son régime de croissance, marqué par un modèle idéologique, une morale et des valeurs.

Une autre génération prend à la fois le relais et le contrepied de celle qui l’a précédée, récusant la liberté pour exalter le besoin de protection, l’ordre et le respect de la nature.

La forte croissance des inégalités de la fin de la période libérale, qui s’est accompagnée d’une concentration extrême du revenu et du patrimoine, touche peut-être à sa fin. Mouvements sociaux, révolutions, transformation de l’offre politique, autant de secousses vraisemblables dans les années qui viennent.

Qui seront les gagnants et les perdants de la période?… Le grand perdant devrait être le gagnant des cinquante dernières années : l’épargnant et le détenteur de capital.

Demain, il faudra mobiliser la Lune, Mars, qui sait, pour suppléer aux garanties affaiblies des Etats vermoulus. Ou bien inventer quelque nouvelle technique, titrisation d’hypothétiques dividendes futurs ou dette perpétuelle. Quel que soit le nom et l’artifice, il s’agira du bon vieux schéma de Ponzi ou de Madoff, l’arnaque la plus vieille du monde.

La destruction du capital est le prix à payer pour effacer la dette. Car dette et épargne ne sont jamais que deux mots pour désigner le même actif, la même transaction, vu tantôt du côté de l’emprunteur, tantôt du côté du prêteur.

L’économie va profondément changer, avec le retour des frontières et de l’Etat, au détriment du marché, tant pour la production de biens que pour la finance. L’offre politique va elle aussi se transformer pour mieux répondre aux attentes du moment.

La mauvaise nouvelle, c’est que ces crises de transformation durent une vingtaine d’années. La bonne, c’est que nous en avons déjà fait plus de la moitié. Et que le virus a fait tourner plus vite les aiguilles du cadran.

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