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Verbatims et recommandations...

L’ERE DES NOUVEAUX TITANS - Le capitalisme en apesanteur de Charles-Edouard BOUEE en collaboration avec François ROCHE - ed Bernard GRASSET

Émetteur du verbatim : François C.

Première partie LES TITANS 

Le mythe

Les titans modernes, ou la fusion du capital et des mathématiques

Le capitalisme du XXIème siècle consacre la nouvelle ère des Titans : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, leurs équivalents et concurrents chinois que sont les Baidu, Alibaba ou Tencent.

Le capitalisme financier a fait le lit des Titans technologiques et économiques. Aucun rêve n’est plus inaccessible dans un monde où l’argent est tellement abondant qu’il ne coûte presque rien, voire coûte à ceux qui le conservent.

Cette certitude que l’argent ne manquera jamais, qu’il se trouvera toujours des capitaux prêts à s’investir dans des projets risqués mais potentiellement très rémunérateurs, explique en partie la création de ces Titans technologiques.

Ces Titans ont créé leurs propres créatures : les machines. Cet entrelacs de super-ordinateurs, de serveurs, de logiciels d’intelligence artificielle, d’objets connectés, de réseaux, de crypto-monnaies, de blockchains est en train de devenir une créature monstrueuse, aux innombrables ramifications, qui régit l’ensemble des activités humaines.

Prenez ces trois ingrédients : une révolution monétaire qui libère les moyens d’action du capitalisme ; une révolution technologique qui accélère le temps au point que le cerveau humain peine à s’y adapter ; une révolution sociale qui éloigne de plus en plus ceux qui profitent des deux premières et ceux qui les subissent…En agitant le tout, on provoque un changement de modèle, la création d’un monde nouveau où toutes les règles anciennes deviennent obsolètes.

(Titans géopolitiques) Les nouveaux Titans ont aussi investi le champ politique dont ils abolissent les codes.

Ces dirigeants (Trump, B. Johnson, Xi Jinping, Poutine, Erdogan, Bolsonaro, Kim Jong-Un…) ont été élus sur les peurs des citoyens exclus du capitalisme et des technologies. Ils se vivent, à leur échelle, comme des Titans politiques, non soumis aux lois couramment admises auparavant, parce qu’ils ont compris, mieux que d’autres, le parti à tirer du déchirement du monde…Leurs agissements récents montrent qu’ils souhaitent renouer avec un monde dominé par la loi du plus fort.

Dans l’univers des Titans, les faibles sont condamnés à disparaître, qu’il s’agisse d’entreprises ou de nations. Il n’y a plus de place non plus pour les « moyens ».

C’est la fin du temps long, la dictature du court terme se répand, l’ère du « tout, tout de suite » s’impose. Tout ce qui pourrait freiner cette accélération est combattu, au nom de l’obtention de résultats.

« The best of times, the worst of times »

Ils témoignent surtout des interrogations de tout être humain sur l’extraordinaire polarisation du monde dans tous les domaines…Le « meilleur » et le « pire » reflètent les injonctions paradoxales auxquelles nous sommes soumis et qui conduisent le cerveau humain à la folie, tout comme elles bloquent le fonctionnement d’un ordinateur.

En 2018, quatre habitants de la planète sur dix en âge de travailler étaient en dehors du monde de l’emploi (25% des hommes, 52% des femmes) et cette proportion a augmenté depuis vingt ans, en dépit de l’accroissement de la richesse mondiale.

Depuis 2007, les 1% les plus fortunés détiennent 50% de la richesse privée mondiale.

Entre 2000 et 2020, il s’est probablement fait plus de découvertes que dans toute l’histoire de l’humanité.

Facebook compte aujourd’hui 1,79 milliard d’abonnés actifs chaque jour.

Aucune étude sérieuse n’avait anticipé que les grandes entreprises de technologies allaient s’assurer une telle emprise sur les activités humaines. Tout simplement parce que ce phénomène n’a pas d’équivalent dans l’histoire.

Il y a fort à parier que la reconnaissance faciale devienne la technologie reine en matière de surveillance des populations, d’identification des individus à risque, mais aussi de contrôle des allées et venues des uns et des autres.

Une étude réalisée en 2018 portant sur 33 000 personnes dans 28 pays différents montre que 63% des personnes interrogées estiment n’avoir plus les moyens de faire la différence entre une fake news et un vrai travail de journaliste.

40 millions d’êtres humains sont aujourd’hui concernés par les formes modernes de l’esclavage, dont 25 millions au titre du travail forcé et environ 20 millions par le biais de mariages forcés. Et selon l’Unicef, 168 millions d’enfants entre 5 et 14 ans seraient obligés de travailler.

La prolifération de ces emplois sous-qualifiés, mal protégés et peu rémunérés participe aussi de la fragmentation du monde du travail, favorisée justement par ce capitalisme avancé.

La peur du déclassement social…participe de ce sentiment d’apesanteur dans lequel se trouvent beaucoup de salariés incertains de leur avenir et qui voient le fossé se creuser entre ceux qui participent du « système » et ceux qui, faute de formation suffisante, seront condamnés à vivre en marge dans une précarité grandissante.

De nouvelles contraintes surgissent de toutes parts : s’adapter au temps accéléré, rejoindre la catégorie des « vainqueurs » et y rester, vivre sous surveillance, produire des « résultats » dans tous les domaines, accepter le risque des disruptions professionnelles, répondre aux angoisses des jeunes générations sur leur avenir et sur celui de la planète, dans un contexte où les Titans sont maîtres du jeu et imposent leurs lois.

La tentation de la virtualité et des paradis artificiels…Aujourd’hui, les humains ont à leur disposition un vaste choix de produits opiacés, au sens propre comme au sens figuré.

La crise du Covid-19 a encore accentué la « Netflix addiction »…La tendance est à ce que les experts appellent la « gamification ». Tout doit être un jeu, ou construit comme un jeu, les relations dans l’entreprise, les interactions sociales, et même les rapports amoureux.

Prises une à une, toutes ces informations recouvrent une anomalie, un danger, un non-sens isolé. Mais lorsqu’on les agrège, le monde apparaît comme une constellation de menaces. Immense richesse pour certains, pauvreté insupportable pour d’autres ; mépris de la nature et de l’environnement chez certains dont la mission serait de les protéger ; surpuissance d’acteurs économiques qui se prennent pour des Etats ; militarisation à outrance de la planète et de l’espace ; menaces à peine voilées de recours à l’arme nucléaire ; réchauffement inéluctable des températures, avec son cortège annoncé de catastrophes naturelles et humanitaires ; exploitation toujours à marche forcée du sous-sol ; appauvrissement des ressources naturelles alors que la population mondiale ne cesse d’augmenter.

Le Covid-10 est-il un déluge moderne de nature à faire émerger un monde meilleur ? Ou au contraire, le signe avant-coureur de désastres encore plus radicaux ?…En quelques mois, et en accéléré, nous avons expérimenté le monde qui vient.

Deuxième partie LE PANGOLIN

L’Année du Rat de métal (Chine)

Hélas, en fait d’opulence et de renouveau, c’est la dépression et le retour en arrière que le Rat de métal a apportés au monde.

Partout, le creusement des inégalités au cours des années précédentes s’est révélé dans toute sa crudité, concernant notamment l’accès aux soins, les couvertures sociales squelettiques ou tout simplement inexistantes dans certains pays.

Cette épidémie Covid-19 a jeté une lumière crue sur le fait que nous, les humains, étions le maillon faible de la machine économique et financière mondialisée.

Biais cognitifs et « monde d’après »

La récession économique réplique par son ampleur et sa soudaineté la crise des années 30. Elle se traduit par une augmentation du chômage, une aggravation des déficits publics et de la dette des Etats.

(Biais) Confirmation d’hypothèse (préférer les éléments qui confirment une hypothèse plutôt que ceux qui l’infirment) ; l’illusion des séries (percevoir à tort des coïncidences dans les données du hasard) ; le biais de disponibilité (ne pas chercher d’autres informations que celles qui sont immédiatement disponibles) ; le sophisme générique (tendance à juger le contenu en fonction du contenant, le message en fonction du messager, le fond suivant la forme) ; le biais d’optimisme (faire preuve d’optimisme disproportionné ou irréaliste).

Si la lecture de la crise est distordue par ces biais cognitifs, les leçons à en tirer le sont tout autant par le biais de la centrifugation. Nos croyances sont plus têtues que les faits…Bref, beaucoup de convictions « d’avant » n’ont pas été ébranlées par la crise, elles retrouvent une nouvelle vie pour « l’après » et l’on retrouve les mêmes lignes de force, les mêmes contradictions qui s’affrontaient avant le coronavirus, alors même que cette crise laisse béantes un certain nombre d’interrogations sur les leçons que, sur le moyen terme, le monde va en tirer.

Le capitalisme contaminé par le virus ou en apesanteur ?

L’économie est le monde des flux perpétuels. Les hommes, les capitaux, les produits, les informations circulent en permanence.

Les difficultés auxquelles ont été confrontés les travailleurs « indépendants », tout au long de la crise, ont révélé le vrai prix de cette indépendance lorsque rien ou presque ne vient les protéger en cas de perte durable de leur activité.

Le capitalisme s’est donc plutôt bien tiré d’affaire. Certes, cette crise laissera des traces, mais elles ne feront que suivre les règles d’airain du système : les puissants s’en tirent mieux que les faibles, les entreprises riches de cash sont mieux armées que les autres, les « leaders » l’emportent encore davantage sur les « moyens ».

Le capitalisme est sorti toujours plus fort de toutes les crises qu’il a traversées. Celle de 2008 en offre un parfait exemple.

L’aspiration à ce que les entreprises se dotent d’une « raison d’être » …se heurte à l’accélération du système capitaliste dans son entier, qui fait que la puissance technologique et la performance financière seront demain, plus que jamais, la condition de la pérennité des entreprises.

La circulation des capitaux, les investissements, les technologies, les entreprises, l’intelligence se mondialisent et créent même un nouveau continent cherchant à échapper aux lourdeurs du monde « physique », celui des hommes et de la nature.

Le capitalisme n’est pas un système fermé sur lui-même, il est au contraire ouvert en permanence sur le monde, il se renouvelle sans cesse et à un rythme qui s’accélère, il nous fait croire qu’il peut se réformer de lui-même. Il est comme la peau et les cellules qui se renouvellent tous les jours. Il s’accélère et se régénère encore plus vite qu’avant, comme en état d’apesanteur. Et le coronavirus n’y a rien changé, tout au contraire.

Le monde de demain comme si nous y étions déjà

. Les Titans technologiques ne sont que des robots sans compassion.

. La liberté individuelle est devenue une valeur relative.

. Aux Etats-Unis, le théâtre d’une opposition farouche entre la virilité (Trump) et la compassion (Biden).

. En Chine, la volonté confirmée de maîtriser son destin…Elle sort de cette crise renforcée sur le plan technologique, plus que jamais polarisée entre l’ultra-capitalisme et l’ultra-communisme.

. La Russie a voulu faire au mieux, elle a fait comme d’habitude.

. L’avenir du travail localisé est désormais compté.

. Le revenu universel a vu le jour…La digitalisation des services dans l’industrie financière, la grande distribution, l’industrie va provoquer la disparition de millions d’emplois dans le monde.

. Le présent a moins de valeur que le futur.

. La prise de conscience brutale de la « possibilité » de la mort.

. L’épuisement idéologique et religieux est en marche.

Conclusion UN DLUGE ANNONCÉ OU LA RENAISSANCE

Le coronavirus s’est déclenché dans un climat mondial délétère, certains diraient même de décadence…Les formes de l’art ou de la vie semblent épuisées ; toutes les étapes du progrès paraissent avoir été atteintes ; les institutions fonctionnent avec peine ; la répétition et la frustration gagnent les esprits ; l’ennui et la fatigue deviennent des forces historiques.

Notre civilisation est hantée par la résignation. Elle n’a plus d’espace où se projeter. Elle se condamne à la répétition…Nos sociétés, pourtant riches et puissantes, ont cessé d’avancer sur les plans politique, économique, culturel et intellectuel.

Cette révélation du confinement peut se résumer en quatre questions : Que voulons-nous apprendre dans notre vie (quoi, comment et où) et pour quoi faire ? Comment pouvons-nous vivre pleinement notre vie au présent et dans le futur ? Quelle part devons-nous laisser à l’amour dans notre vie ? Et enfin, que voulons-nous laisser derrière nous après notre mort ?

Le monde se fracture de façon tellement profonde que l’on croit de moins en moins dans la possibilité d’en rassembler les morceaux.

Si déluge il doit y avoir, il ne sera pas cette fois administré par Zeus ou Dieu. Il le sera par l’action des humains eux-mêmes, du fait de leur irrationalité, de leurs peurs, de leur passivité ou de leur appétence pour la destruction de « l’autre ». Dans ce monde de Titans, c’est des hommes que doit venir la solution, de leur volonté de partager, de construire, de faire le bien, d’œuvrer à un monde meilleur…Tant que subsisteront les appétits de conquête, de destruction, de domination et de surveillance, l’humanité est condamnée à une lente décadence de ses valeurs humaines, culturelles et intellectuelles.

Le paradoxe de Stockdale : Pendant la guerre du Vietnam, les prisonniers les plus optimistes sont ceux qui n’ont pas survécu. Persuadés qu’ils allaient être libérés sous peu, et constatant que cela n’arrivait pas, ils se sont découragés plus vite et ont perdu l’énergie dont ils avaient besoin pour tenir. Ceux qui s’en sont sortis n’étaient pas défaitistes pour autant. Ils étaient persuadés, au fond d’eux-mêmes, qu’ils en réchapperaient. Mais ils regardaient en face les épreuves qui les attendaient, sans chercher à se rassurer. Ce qui leur a permis de les traverser. D’où le paradoxe : il fallait être convaincu de s’en sortir, tout en ayant le courage de s’affronter à la brutale réalité.

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