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Verbatims et recommandations...

LA PRESSE EST UN COMBAT DE RUE d'Eric FOTTORINO - Ed. L’Aube

Émetteur du florilège: François C.

Le risque réel que tout implose, que notre monde de papier ne soit bientôt plus qu’une chimère.

Nous avons forgé une proposition simple : ralentir pour réfléchir, prendre du plaisir à lire, accepter que nous sommes plus intelligents à plusieurs, car la vérité est complexe et offre rarement un seul visage, donc un seul point de vue.

Jivarisée, l’information bascule dans la caricature ou l’à-peu-près. Le journalisme revisité par les nouvelles technologies est devenu cela : remplir les espaces, combler des vides (avec aussi des infos creuses), boucher des trous, au risque du bégaiement, des redondances, au risque aussi du racolage…et de la montée de l’insignifiance.

Le 1 n’était pas un journal « contre », mais un journal « pour », pour l’ouverture d’esprit, pour le partage des savoirs et le mélange des points de vue, pour la poésie et pour les sciences dures, pour la littérature et l’économie.

La révolution numérique n’a pas seulement fusionné l’écrit avec l’écran, le son et l’image. Elle a bouleversé la manière de percevoir le réel comme s’il n’existait que sous forme virtuelle, dématérialisée, détachée du terrain, dans une hystérie permanente liée à un système de distribution addictive et aléatoire de récompenses.

Si le papier a sérieusement chuté, c’est que ses contenus se sont détériorés, appauvris, anecdotisés, peoplisés.

Combattre l’inertie, le silence, l’à-quoi-bon, la résignation à voir ces petits foyers de démocratie s’éteindre les uns après les autres. Un kiosque qui ferme à Paris vous oblige à marcher un peu plus loin.

Le combat de rue consiste à préserver un choix réel pour les lecteurs exigeants qui, tout en restant connectés, souhaitent garder des moments de lectures variées privilégiant le fond, l’attention, la concentration, susceptibles de les aider à comprendre la société et le monde qui les entoure.

Ce sont ces espaces de la rue qu’il faut réinvestir en faisant du bruit, i.e. en les animant, je devrais dire «en les réanimant».

C’est chaque fois, sous des formes différentes, une même petite musique qui revient : besoin de sens, de profondeur, de plaisir de lire, de savoir qui parle, de se voir proposer des contenus permettant de ralentir et de réfléchir…d’être des acteurs de la société, d’avoir prise sur son fonctionnement et ses dysfonctionnements en étant vraiment informés, et non vaguement au courant de ce qui se mouline dans la machine médiatique devenue folle par ses excès de vitesse, de simplification et parfois de racolage.

L’ensemble du secteur est le lieu d’une incroyable consanguinité et d’une évidente indifférence au concept même de « conflit d’intérêts ». La distribution de la presse est un monde clos et discret, où l’on peut être, simultanément, éditeur, client de Presstalis, administrateur de Presstalis, actionnaire de Presstalis…

Cruellement balzacien par plus d’un aspect, ce dossier exhibe au grand jour les illusions perdues d’une distribution équitable et transparente de la presse. Idéal oublié, en lieu et place de quoi Presstalis offre un spectaculaire panorama sur le gouffre que peuvent en toute impunité creuser, quand elles se conjuguent, l’inadaptation de stratégies, l’irresponsabilité de dirigeants, l’impuissance d’autorités dites « de régulation » et l’ignorance ou la cécité volontaire de pouvoirs publics qui ont si longtemps laissé faire.

Les oligarques entre les mains desquels désormais reposent presque tous les grands titres sont uniquement dans des logiques court-termistes, et non dans une réflexion sur la préservation d’un monde de mots et d’idées, écosystème de longue date réputé pour sa fragilité…Plus rapide, moins chère, moins libre, voici la presse que veulent ses nouveaux propriétaires, qui sont aussi ses bourreaux.

Ici comme ailleurs, informer, c’est lutter, résister, combattre. Sans préjugés ni partis pris. Sans répit non plus. Il en va de la paix sociale et, sans aucun doute, de la paix du monde.

Croyant partager le monde grâce à des connexions toujours plus vastes et puissantes, nous sommes au contraire atrophiés, relégués dans un monde clos qui ne nous offre plus que ce que nous aimons. Facebook ne veut surtout pas nous contrarier. Il nous calcule, au sens probabiliste du terme, pour satisfaire nos désirs, allant même jusqu’à les anticiper…Ce confort absolu, ou cette panne organisée de la pensée, c’est ce que nous renvoie l’univers de Facebook.

La nature des fake news : il s’agit d’informations mensongères, fabriquées par des individus, des mouvements ou des puissances étrangères. Une fois le message conçu, il est propulsé simultanément dans le grand bouillon numérique par des comptes malveillants –relayés par d’autres comptes automatisés- pour surfer sur la grande vague du buzz.

Les démocraties sont ébranlées au nom d’une liberté d’expression débridée par des machines sans garde-fous. Mark Zuckerberg, contraint d’employer plus de 35 000 modérateurs de contenus, doit presque chaque jour se justifier, sans pour l’instant convaincre.

Mais il y a une autre caractéristique : l’émotion l’emporte sur les faits. Une fake news fonctionne par la rencontre entre cette émotion et les réseaux qui nous enferment à l’intérieur de bulles cognitives autoalimentées par le jeu des algorithmes.

L’avenir proche pour l’information va être pire avant d’être mieux. Demain, les technologies permettront de créer des vidéos totalement fausses de catastrophes qui apparaîtront absolument vraies pour des millions de gens. On recréera des événements avec des personnages vivants…Les fake news constituent un danger majeur pour la démocratie. C’est un des phénomènes les plus disruptifs qui soient arrivés à nos sociétés.

Facebook est foncièrement toxique et avilissant. Ce réseau détruit massivement les relations sociales, en particulier chez les jeunes. Il est anti-social : il court-circuite et parasite les relations sociales en les télécommandant.

Les algorithmes fonctionnent sur la base du renforcement comportemental des individus et des groupes. Plus on renforce un comportement, plus on peut le calculer, plus il est prévisible. On devient des marionnettes numériques. On croit tirer les fils, on est tiré par eux.

La fragmentation et le cloisonnement qui dominent le paysage médiatique sont in fine extrêmement pervers : les consommateurs d’information s’attachent à des médias qui pensent ce qu’ils pensent.

Enivrez-vous des mots et des images qui dessinent notre époque, la rendent passionnante, étonnante, et pas seulement effrayante ou lassante. A nous, journalistes, d’être fidèles à cette vision d’Italo Calvino pour qui un monde nouveau naissait chaque matin…Il nous reste à réinventer les journaux de demain pour continuer, pour résister. Quel plus beau défi ? Innover est notre seule assurance-vie possible. Repenser des formats, renouveler les regards, resacraliser des objets de presse qu’on a envie de lire, puis de garder, des journaux modernes, beaux et inspirants…qui accompagnent nos existences à la manière de passeurs nous guidant d’une rive à l’autre, d’hier à demain.

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