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Une autre vie est possible de Jean-Claude Guillebaud - Pocket

Une autre vie est possible Émetteur du verbatim: François C.

L’espérance a beaucoup à voir avec le petit matin. Ou le mois d’avril. L’idée d’un commencement, d’une remise en route, d’une infatigable renaissance. L’appétit de l’avenir et l’énergie du matin sont vraiment le propre de l’homme. Nous sommes mus par le besoin d’un «en-avant» déterminé.

Si l’espérance concerne l’avenir, elle se vit au présent, un présent qu’elle éclaire et enrichit.

Espérer, c’est refuser de s’en remettre à la fatalité.

Quand je me remémore ces années-là, c’est l’énergie des humains, l’opiniâtreté de leur espérance, l’ardeur de leurs recommencements qui me viennent en tête. Je pourrais mettre des noms propres sur tous ces êtres que j’ai vus s’accrocher à l’avenir, avec cette infatigable volonté qui leur permettait de rester debout dans le désastre.

Chaque fois, en tous pays et en toutes circonstances, j’ai trouvé des hommes et des femmes qui n’acceptaient ni de capituler ni de désespérer. Au milieu des pires saloperies humaines perdurent leurs contraires: entraide, détermination, vitalité, projets, courage, douceur…

Un ébranlement ambigu du principe espérance.

Composantes de l’optimisme européen (avant la guerre de 14-18): le «nous», l’attachement à la raison, l’aspiration égalitaire, la solidarité agissante, le volontarisme historique, le respect du droit, l’humanisme démocratique,… Tout le viatique de l’esprit européen était à la fin du XXème siècle devenu équivoque, discutable, critiquable, compromis.

La Grande Guerre fut la matrice, la cellule souche de ce siècle ensanglanté… Une série d’emboîtements se succédèrent, comme autant de répliques du séisme initial… Au terme symbolique du XXème siècle, toutes les «valeurs» dont se prévalait l’Europe se retrouvèrent corrompues, tordues, salies, déconsidérées.

  1. Aspiration à l’égalité versus «projet inégalitaire».
  2. Volonté de construire l’Histoire au lieu de la subir.
  3. Économie (marché jugé plus «raisonnable» que la politique, toujours soupçonnée de démagogie).

Le trou béant creusé dans le siècle par la Shoah peut s’interpréter comme une contrefaçon démoniaque du TIKKOUN OLAM: réparer le monde en le débarrassant d’un des peuples qui l’habitent!

Les «trente piteuses» le furent surtout en matière d’idées, de vision du monde, de détermination et d’espérance.

Selon la nouvelle vulgate néolibérale, l’avenir ne sera plus «construit» par les citoyens mais «produit» par le marché et la fameuse RDTS.

Ramené à lui-même et cadenassé sur sa finitude, le présent devient un champ clos. Y prévalent les corporatismes inquiets, les frilosités communautaires, les doléances, le chacun-pour-soi et le cynisme impitoyable.

L’avenir en mémoire vive!

Dans le désordre, dans l’excès, dans l’imprévisibilité, quelque chose de notre futur est en gestation, qui s’exprime en une toute petite phrase: Un autre monde est possible.

Un monde commun, avec ses repères, ses récits fondateurs, son ordre symbolique, ses croyances et son habitus, est peu à peu englouti. Et nous sommes ses naufragés.

Représentations collectives (Durkheim): l’ensemble des convictions librement choisies et partagées qui permettent de solidifier une cohésion sociale.

Ce que nous prenons pour des effondrements, ce ne sont que des métamorphoses.

  1. Décentrement du monde.
  2. Mondialisation ou globalisation/repasser à l’économie de marché le licol de la démocratie.
  3. La révolution génétique.
  4. La révolution numérique ou informatique.
  5. La révolution écologique.

Le sixième continent est en expansion permanente car chaque jour voit s’ajouter sur le web des millions de «sites» nouveaux qui sont autant de provinces. Ce continent virtuel est partout et nulle part… Il est encore une jungle qui abrite le meilleur et le pire, tout le savoir du monde et toute la saloperie humaine.

L’Europe est maintenant un grand cadavre à la renverse.

Dans l’aventure, nos activités et nos professions subissent une métamorphose. Elles changent de statut, de règles et de sens. La culture devient «connaissance» ; la finance devient un orage magnétique permanent qui fait circuler des milliards de milliards de dollars «virtuels» d’un bout à l’autre de la planète ; les réseaux sociaux bousculent les hiérarchies et les pouvoirs, alors même que la démocratie à l’ancienne, affaiblie, demeure prisonnière des anciens territoires.

*

La désespérance n’est pas mieux fondée que l’espérance. Elle n’est ni plus sagace, ni plus stoïquement lucide. Elle participe plutôt, osons le dire, d’une manière de lâcheté. En effet, pour une communauté comme pour un individu, l’espérance n’est pas seulement reçue, elle est décidée. En nous souvenant des grands «optimistes» de jadis qui ont été capables de faire bouger l’Histoire, il nous incombe aujourd’hui d’être aussi joyeux et aussi déterminés qu’ils l’étaient eux-mêmes.

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