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Les dents de la Maire, souffrances d'un piéton de Paris de Benoît Duteurtre - Ed. Fayard

Les dents de la maire ; souffrances d'un piéton de Paris

 

Émetteur du verbatim: François C.

Est-ce parce que derrière les discours, les promesses, les perspectives radieuses, mille choses se dégradent autour de moi, changeant la nature de la vie parisienne et tout ce que j’aimais dans cette ville?

Il me semblait toutefois entrevoir aussi… une fâcheuse ignorance des plaisirs disparus qui enchantaient autrefois les promeneurs: comme cette libre déambulation sur un sentier, cette marche pleine de surprises et de découvertes qui ne vise pas, contrairement au ride, à procurer un bénéfice physique immédiat, encore qu’elle puisse y contribuer; bref, cette joie de la promenade qui n’est ni un commerce ni un sport, mais une façon toujours renouvelée de découvrir le monde.

Aujourd’hui, sur ces mêmes quais, l’embouteillage est permanent. Dimanche comme semaine, été comme hiver, la paix des bords de Seine n’est plus qu’un souvenir.

Ce n’était rien, toutefois, en comparaison du vent de folie qui allait s’abattre après l’élection d’Anne Hidalgo. Car celle-ci, pressée de montrer qu’elle pouvait dépasser son prédécesseur en matière de lutte contre la pollution, allait enchaîner les mesures impulsives et brutales, avec une sévérité accrue consistant à ignorer purement et simplement les nécessités quotidiennes.

Ce n’est là toutefois qu’un aspect du pourrissement urbain. Car les décisions de la mairie ont également pour conséquence une forte aggravation des nuisances sonores.

Ne pouvait-on d’ailleurs imaginer d’autres solutions? Une portion de voie sur berge permettant de réduire la circulation en ville; un réel contrôle du stationnement et des couloirs d’autobus; un calendrier de travaux supervisés par la mairie et tenant compte de la vie quotidienne; une offre renforcée de transports en commun; un véritable réseau de navettes fluviales desservant Paris dans les deux sens pour le prix d’un ticket de métro… Autant de mesures mises en œuvre avec finesse, parallèlement à l’essor de voitures moins polluantes et à certaines restrictions de circulation.

Il n’empêche que Paris, durant toute cette mandature, se sera montré aussi tolérant pour le développement de l’autobus à impériale charriant les touristes d’un quartier à l’autre, que sévère vis-à-vis du simple citoyen circulant pour les impératifs de sa vie quotidienne.

Rien n’arrête Hidalgo, méprisante pour l’adversaire. Rien ne saurait ébranler cette supposée femme de gauche drapée dans ses bonnes intentions et radicale dans l’exécution de ses projets.

Ce que je vois partout est une ville bruyante, polluée, sale, et violente comme jamais.

Elle soulignera ainsi, une fois encore, combien le concept d’écologie, vu par l’actuelle municipalité, et étranger à cette domestication subtile des éléments naturels qui caractérisait l’urbanisme parisien, ses rues, ses arbres, ses jardins et ses fontaines.

Ce chauffeur de taxi partage, comme toute sa corporation, ma détestation de cette femme qui rend Paris invivable et surtout incirculable.

Anne Hidalgo aime les grandes entreprises et leurs puissants patrons; elle n’a rien contre l’économie de marché, mais elle marque l’évolution de la gauche vers les combats « sociétaux »: droits des femmes, des LGBT, des migrants et primauté des circulations douces.

Mais la politique événementielle soumet chacun, toujours davantage, au rythme d’une capitale de province où l’on se déplace à vélo, où l’on fait du bruit le vendredi soir, des courses le samedi et du jogging le dimanche dans des quartiers fermés à la circulation.

On retrouve ainsi la même obstination à faire de cette ville un terrain de grands projets, de politique et de propagande -au détriment de cette «douceur de vivre» qu’on prête encore, de loin, à la capitale française et qu’elle pourrait entretenir comme un trésor.

Paris a besoin d’un maire aux ambitions limitées, attaché à sa ville et à son caractère plutôt qu’au sauvetage de l’humanité entière.

On sait pourtant comment le sport est devenu, surtout, ce monstre qui conjugue toutes les tares de l’époque: un divertissement orchestré par les marques, une parade de l’argent et de la vulgarité, une arène des comportements grégaires, et l’unique expression tolérée d’un nationalisme bien plus primaire que celui qu’on dénonce dans le champ politique.

L’avenir radieux et la «circulation douce» qu’on nous promet s’éloigneront toujours davantage, cependant que les chantiers nécessaires pour y parvenir se multiplieront: aménagement des voies, trous innombrables, marteaux-piqueurs, véhicules de secours bloqués, sirènes hurlantes et autres nuisances qui devraient s’aggraver au moins jusqu’à 2024.

Ville propagande se voyant désormais comme un instrument de communication au service de la vertu… Une vertu en accord avec cette époque où chacun doit montrer qu’il défend la planète, la transparence, le mouvement, la fête, les droits de l’homme et, simultanément, combat les stéréotypes de genre, le nationalisme, le populisme, etc.

Elle nous le rappelle à chaque occasion, par les invités qu’elle honore ou par le choix des actions municipales : le mouvement, c’est bien, l’immobilisme, c’est mal; l’ouverture, c’est bien, la fermeture, c’est mal ; l’Europe, c’est bien, la France, c’est mal (d’ailleurs la langue française est sexiste, l’écriture inclusive, c’est mieux); le vélo, c’est bien, la voiture, c’est mal; les plantes sauvages, c’est bien, les grilles autour des troncs d’arbre, c’est mal, etc. Toutes ses actions, ses décisions, ses proclamations peuvent se lire peu ou prou à la lumière de cette grille de lecture qui plane sur la ville.

 

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