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Verbatims et recommandations...

L’ALERTE DEMOCRATIQUE de Nicolas BAVEREZ - Ed. de L’Observatoire

L'alerte démocratique Émetteur du verbatim : François C.

Ch. 1 Quand le populisme avance masqué

À la suite de quatre décennies d’un interminable déclin, la France cumule en effet tous les risques ; stagnation économique et chômage de masse ; paupérisation des classes moyennes ; fracture sociale et territoriale ; désarroi identitaire ; montée de la violence et de l’insécurité ; délégitimation des institutions et de la classe politique.

Il existe désormais plusieurs peuples et plusieurs catégories de territoires qui n’ont plus rien en commun: la France des métropoles intégrée dans la mondialisation ; la France protégée qui dépend de la dépense publique et en vit de plus en plus mal ; la France périphérique des exclus, qui regroupe les ghettos urbains, les régions désindustrialisées et une majorité du monde rural ; la France de l’anomie ou de la violence, qu’elle soit terroriste ou de droit commun.

La dépense publique continue à dépasser 56% du PIB tandis que les impôts, prélèvements et taxes s’élèvent à 53% du PIB… La nature de la dépense publique est par ailleurs de plus en plus déséquilibrée, puisque l’ascension des transferts sociaux (34% du PIB) va de pair avec la paupérisation de l’État régalien, dont le rôle est vital pour le maintien de la paix civile et la défense de la souveraineté dans une période de remontée de la violence et des risques stratégiques.

Dans l’ordre politique, la paupérisation des Français, l’éclatement de la société, la montée de l’insécurité et le blocage de la Vème République, conjuguant autoritarisme et impuissance, ont entraîné le retour en force du nationalisme, du protectionnisme et de la xénophobie, sur fond de dénonciation du capitalisme mondialisé, de peur des migrants et de l’islam.

La France n’est pas une île préservée de la tempête qui ravage les démocraties. Le populisme y est chez lui. Il a contribué à dissoudre la République en transformant la nation en une myriade de communautés, de corporations et de groupes d’intérêts n’ayant plus de lien entre eux. Il s’attaque maintenant à la liberté sous toutes ses formes.

Ch. 2 La tentation du renoncement

La démocratie est un miracle politique instable et précaire. Elle ne peut se maintenir que par un effort permanent des dirigeants et des citoyens… Elle meurt de l’intérieur quand les citoyens arbitrent en faveur de l’autoritarisme contre la liberté, du désengagement contre la nation, de la violence contre le débat public, de la peur contre la raison, du mensonge contre les faits.

Face à l’emprise d’un État gigantesque et ligoté par sa complexité et sa démesure, la société française reste désarmée. Dans cet archipel éclaté qu’elle est devenue, de plus en plus nombreux sont les communautés, les groupes, les corporations ou les entités économiques qui font sécession.

Il existe aujourd’hui 900 zones de non-droit sur le territoire national qui vivent de l’économie parallèle et des transferts de l’État providence, et où l’autorité publique a disparu, remplacée par la loi des gangs et du fondamentalisme islamique.

La fiscalité française est la plus lourde, la plus progressive et la plus redistributive du monde développé… La solidarité ne manque pas de moyens puisqu’elle absorbe 34% du PIB… Son expansion s’est effectuée au détriment de l’Etat régalien -police, justice, défense et diplomatie-, qui ne se voit affecter que 2,8% du PIB.

Tout ce qui réfléchit et qui raisonne, tout ce qui instruit et qui cherche, tout ce qui tempère et qui modère est réputé défendre les intérêts d’une oligarchie honnie. Tout ce qui s’indigne et qui proteste, tout ce qui met en scène les émotions et la colère brute, tout ce qui casse et qui violente est censé exprimer une «urgence citoyenne» au service d’un peuple édifié pour les besoins de la cause… Nous avons laissé la peur et le mensonge gangrener notre société.

Ch. 3 Le peuple contre la liberté

À l’égal des totalitarismes du XXème siècle, les populismes entendent créer un nouveau type de régime politique qui a vocation à se substituer à la démocratie et non pas à la gouverner autrement.

La crise mondiale de la démocratie est la plus sérieuse depuis les années 1930, car le populisme, comme les idéologies totalitaires, pervertit ses valeurs… Il promeut des solutions simples aux problèmes complexes, qui passent par la désignation de boucs émissaires, notamment les étrangers et les migrants, mais aussi les riches et les banques, les élus ou l’Union européenne. Au nom de l’urgence, qu’elle soit nationale ou sociale, technologique ou écologique, elle assume le recours à la tyrannie d’un homme fort entre les mains duquel les citoyens remettent tous les pouvoirs.

La colère des peuples dans laquelle s’enracine le populisme renvoie à quatre séries de causes systémiques: la rupture du contrat économique et social qui sous-tendait la démocratie ; le désarroi culturel et identitaire ; la montée de l’insécurité et de la violence ; la défiance envers les institutions et les dirigeants politiques, nourrie par la conviction de leur impuissance face à la décomposition interne comme aux menaces émanant des démocratures et du djihadisme.

À long terme, les populistes ne laisseront effectivement que des décombres. Leurs promesses se révèlent systématiquement fausses, car le pouvoir absolu, s’il supprime effectivement la liberté, ne produit à terme que la pauvreté et l’anomie, l’oppression et le désespoir.

Aujourd’hui, comme dans les années 1930, une course de vitesse est lancée entre la capacité des démocraties à désarmer le populisme en se réinventant et les ambitions de puissance des régimes politiques se fixant pour objectif de les détruire. Son issue est incertaine et sera tranchée au sein des nations libres, suivant que leurs citoyens s’abandonneront aux passions collectives, à la séduction de la démagogie et à la tentation autoritaire, ou bien se ressaisiront pour réaffirmer leur ancrage dans la raison et leur choix de la liberté.

Ch. 4 Les guerres du droit

L’État de droit est une condition nécessaire à la liberté politique, mais aussi l’instrument d’une politique de puissance poursuivie par d’autres moyens. Les États-Unis, pour l’avoir compris depuis longtemps, utilisent toutes les ressources du mercantilisme juridique et fiscal.

Le massacre de Tian’anmen n’a pas été un accident, mais la pierre d’angle d’un modèle original, combinant développement économique à marche forcée et stabilité politique d’une part, hyper-nationalisme et négation de la liberté d’autre part.

Sous la mondialisation de l’économie et l’interconnexion des hommes et des sociétés, le système géopolitique a ainsi éclaté en pôles dont les institutions, mais aussi les cultures et les valeurs sont irréductiblement divergentes, voire antagonistes pour ce qui est du respect du droit et des libertés individuelles.

Outre les États-Unis et la Chine, le renouveau impérial, antagoniste de l’État de droit, se trouve également au principe de la Russie de Vladimir Poutine, de la Turquie de Recep Erdogan ou de la république islamique d’Iran.

Internet s’est développé en dehors du droit en engendrant deux monstres: l’oligopole des Gafam aux États-Unis ; le totalitarisme numérique chinois autour de Baidu, Alibaba, WeChat, Tencent ou Huawei… Les géants numérique ont conquis le monde en marge du droit du travail, du droit de la propriété intellectuelle, du droit de la concurrence, du droit fiscal, du respect des libertés individuelles comme de la souveraineté des États.

L’Union européenne s’est découverte désarmée face à l’annexion de la Crimée par la Russie puis son intervention en Ukraine, à la transformation de la Turquie en démocrature islamique, à l’implosion du Moyen-Orient et de la Libye, à la multiplication des attentats islamistes ou aux vagues de migrants.

L’Europe joue aujourd’hui sa survie… le défi consiste à réinventer l’Union autour de sa souveraineté juridique, fiscale, technologique et monétaire.

Ch. 5 Le spectre des années 1930

Au cours de la décennie 1930… la conjonction du krach le plus dévastateur de l’histoire du capitalisme, de la prise en tenaille par les totalitarismes soviétique, fasciste et nazi et de son dénouement par la Seconde Guerre mondiale reste une tragédie sans équivalent.

Le spectre des années 1930 hante les démocraties. Elles sont en effet confrontées à des forces similaires à celles qui contribuèrent à la tragédie de l’entre-deux-guerres et qui sont précisément celles qui portent les populismes.

Le retournement de la mondialisation va de pair avec l’exacerbation des sentiments identitaires. Or ceux-ci se confondent avec le nationalisme, le fanatisme religieux et le racisme, comme l’avaient annoncé les guerres de l’ex-Yougoslavie.

Les démocraties disposent aujourd’hui de toutes les ressources pour se réinventer. Il ne dépend que d’elles de répondre à la nouvelle lutte des classes par l’éducation, à la paupérisation des classes moyennes par une croissance inclusive, à la violence par un investissement massif dans la sécurité, à la crise de confiance dans les institutions par une démocratie participative et par le renforcement de l’État de droit. Mais pour cela, elles doivent résister au poison populiste qui se diffuse dans toutes les parties de l’économie, de la société, de la vie intellectuelle et politique.

Ch. 6 Le monde d’après l’Occident

Les démocratures… conjuguent le pouvoir d’hommes forts, l’exaltation des sentiments nationalistes et religieux, la manipulation de l’opinion par la propagande, le contrôle de l’économie, de la société et des médias… La dissémination de la puissance va de pair avec la prolifération de la violence, qui se traduit par la multiplication des crises et des conflits hybrides mêlant guerre civile, tribale, religieuse, interétatique et impériale, à l’image des tensions croissantes en mer de Chine, du chantage nucléaire de la Corée du Nord, de l’escalade de la violence au Moyen-Orient, de la poussée djihadiste en Afrique ou des pressions de la Russie sur l’Europe.

Le défi lancé par la Chine à l’Amérique et à l’Occident est sans exemple, car il est à la fois économique et technologique, politique, idéologique et civilisationnel.

Donald Trump accélère formidablement le déclin des États-Unis… Son imprévisibilité et sa diplomatie du chaos ont transformé les États-Unis de garant des démocraties en facteur d’incertitude qui accroît les risques globaux… Aucun des bras de fer engagés avec la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du Nord ou le Venezuela ne s’est dénoué à l’avantage de Washington.

L’Europe ne cesse de se diviser et de se déchirer, du Brexit à la question de l’euro, en passant par les migrants ou la sécurité… Elle possède en revanche la dimension idéale pour répondre aux enjeux globaux de l’ère de l’histoire universelle, qu’il s’agisse de mouvements migratoires, de changement climatique, d’énergie, de révolution numérique, de sécurité face au djihadisme et aux démocratures.

Ch. 7 La démocratie n’est pas morte

Au total, l’islam politique se réduit à une culture de la pauvreté, de l’oppression et de la mort, à l’opposé d’un projet de civilisation.

Le prix de l’impérialisme russe est plus que jamais exorbitant… L’exaltation nationaliste et la dénonciation de l’Occident peinent à convaincre une population paupérisée et surendettée à hauteur de 210 milliards de dollars, exposée à la progression de la violence et excédée par une corruption endémique… Au total, Vladimir Poutine acte un nouvel et tragique échec de la modernisation de la Russie.

La contre-révolution nationaliste, islamique et raciste engagée par Recep Erdogan est promise à l’échec… La Turquie va au-devant d’une crise financière, économique et sociale majeure.

Les dirigeants populistes sont rapidement rattrapés par la réalité quand ils exercent le pouvoir. Leurs mensonges et leur irresponsabilité conduisent inexorablement à l’échec et au chaos, qu’ils tentent de surmonter en surenchérissant dans la démagogie et la violence.

Sous la guerre des civilisations, des cultures et des religions, la liberté politique, en tant qu’elle permet aux individus et aux nations de décider de leur destin, reste une idée neuve au XXIème siècle.

Les nations libres sont certes entrées dans un monde dangereux et volatil, auquel elles ne sont pas préparées. Elles sont vulnérables en raison de leurs faiblesses intérieures, de leur désunion, de la déliquescence du leadership américain. Mais contrairement aux théocraties, aux totalitarismes et aux démocratures, elles disposent de la capacité de se réinventer en tablant sur le travail, la créativité et la volonté de leurs citoyens.

Ch. 8 Réinventer la démocratie

Le seul véritable antidote aux démocratures, au fanatisme religieux et au populisme, c’est la liberté politique. Mais elle reste à réinventer dans l‘âge de l’histoire universelle.

Les termes du pacte démocratique doivent être redéfinis en répondant à quatre questions majeures: comment refaire une communauté de citoyens? Quel nouveau contrat économique et social? Comment basculer d’un capitalisme de rente et de prédation à une croissance soutenable? Comment restaurer la sécurité dans le respect de l’État de droit?

Les réseaux sociaux se révèlent de plus en plus comme une arme de destruction massive de la démocratie en favorisant la diffusion d’une information manipulée auprès de chaque citoyen.

La décomposition des classes moyennes sous l’effet de la mondialisation, de l’ubérisation et de la robotisation représente une menace majeure pour la survie de la liberté politique et de l’économie de marché. La violence reste condamnable, mais le désespoir qu’elle exprime doit être entendu.

Trois défis se présentent devant les sociétés libres: évoluer vers une croissance inclusive afin de renouer le tissu social et territorial des nations déchirées ; accompagner la révolution numérique en évitant la brutalité et la misère générée par le passage de l’économie agricole à l’ère industrielle ; accélérer la transition écologique.

Ainsi, l’Europe -qui se voulait exemplaire pour l’écologie- a fait naufrage, conjuguant bulle spéculative autour des énergies renouvelables, explosion des prix pour les consommateurs, affaiblissement de la compétitivité des entreprises, arrêt de la baisse des émissions du fait de la lignite allemande et renforcement de la dépendance énergétique, notamment à l’égard du gaz russe.

L’écologie doit donc cesser d’être une idéologie pour prendre la forme d’une stratégie soutenable… On ne sauvera pas la planète contre l’économie marchande, mais avec elle, en réalignant capital humain, capital économique, capital financier et capital environnemental.

Les démocraties se sont laissé saisir à la gorge par l’histoire du XXIème siècle et les risques qui lui sont propres, qu’il s’agisse de la régulation du capitalisme, de la réponse aux défis de la révolution numérique et de la transition écologique, des menaces nouvelles pour la liberté que représentent les démocratures et le djihadisme… Les démocraties doivent aujourd’hui se réarmer non seulement sur le plan militaire, mais plus encore sur les plans politique, intellectuel et moral.

Ch. 9 Refonder l’Europe comme puissance

Les Européens ne peuvent rester dans le déni des transformations du monde et de la dégradation de leur environnement. Le décrochage actuel de l’activité, venant après une décennie perdue, souligne le risque de japonisation de la zone euro, cumulant stagnation, déflation, sous-investissement chronique et faillite du secteur financier.

L’Union n’a jamais été aussi impuissante et clivée entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest. Et ce d’abord en raison du couple franco-allemand, qui se refuse à trancher le nœud gordien en accélérant l’intégration du continent pour restaurer sa souveraineté. Or ce couple, s’il n’est plus suffisant, reste nécessaire à toute relance de l’Europe.

Le modèle français hérité des Trente Glorieuses qui conjugue croissance atone, chômage de masse et dette publique de 100% du PIB est insoutenable.

Cette vague migratoire représente une arme redoutable entre les mains des djihadistes, mais aussi des démocratures russe et turque, qui se servent des migrants comme d’une arme de déstabilisation et de chantage.

L’Union crée trop de normes et ne produit pas assez de sécurité. Aujourd’hui, la priorité doit aller à l’élaboration et à la déclinaison opérationnelle d’une Europe de la sécurité… Une Union pour la sécurité devrait être fondée, avec pour missions la lutte contre le terrorisme, la protection des infrastructures vitales, la cyberguerre et surtout le contrôle des frontières extérieures de l’Union, qui constitue une demande expresse et légitime des citoyens.

L’Europe doit passer des mots aux actes pour transformer en chances les risques qui découlent des menaces des démocratures et du djihadisme, mais aussi de la fin du leadership américain et du Brexit. Elle doit faire émerger une réponse partagée aux grands enjeux du XXIème siècle: la confrontation entre les États-Unis et la Chine, l’émergence de l’Asie face à l’Occident, le défi des démocratures et de l’islam radical, l’explosion démographique de l’Afrique et les migrations, la démondialisation, la révolution numérique et le dérèglement climatique… Elle doit se réinventer au XXIème siècle autour de la souveraineté et de la sécurité. Non dans l’ambition de dominer le monde du XXIème siècle, mais avec la volonté de défendre, face aux empires, ses valeurs et sa conception modérée, solidaire et humaniste de la liberté.

Conclusion Retrouvons foi dans la liberté !

Le succès n’est pas garanti: tout ou partie des démocraties peuvent disparaître, happées par la violence et le chaos. Les risques de rupture brutale sont très réels, qu’il s’agisse d’un nouveau krach financier, d’une implosion de la zone euro, suivie de près de celle de l’Union européenne, de la perte de tout contrôle des dérèglements climatiques ou bien encore de conflits armés majeurs.

«Se reposer ou être libre, il faut choisir», rappelait Thucydide. Le temps des rentiers est terminé. Dire adieu au travail, à la réforme et aux armes, c’est dire adieu à la liberté. Bienvenue donc aux artisans, aux pédagogues et aux combattants de la liberté du XXIème siècle!

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