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KAISER KARL de Raphaëlle BACQUE - Ed. Albin Michel 2019

Kaiser karl Émetteur du florilège: François CORNEVIN

Cet homme au carrefour des cercles du pouvoir, de l’argent, des médias et de la mode est resté parfaitement secret.

Il est né le 10 septembre 1933…Ce n’est pas simplement le nazisme que Karl s’efforce d’oublier, depuis. C’est aussi l’anarchie qui a suivi. Les centaines de milliers de réfugiés fuyant l’avancée de l’Armée rouge, à l’Est. Et les ambiguïtés de la fin de la guerre.

Depuis l’hiver 1954, Karl gagne sa vie.

En pénétrant chez Dior et chez Balmain, Saint Laurent et Lagerfeld ont signé leur entrée dans le monde du travail, de l’argent, du succès et aussi du romanesque.

La venue d’Andy Warhol à Paris, au mois d’octobre 1970… Andy Warhol et Karl Lagerfeld, c’est la rencontre d’un monstre médiatique avec un personnage en devenir.

Karl Lagerfeld ne veut autour de lui que la jeunesse, la beauté, le luxe… Il a une obsession du renouvellement permanent, cet aiguillon de la mode.

Le cinéma, la télévision, la rue lui servent pareillement de réservoir à images. Il absorbe, crée et passe au projet suivant . «Je suis une sorte de vampire. Je prends le sang des autres»,explique-t-il.

Karl a ceci de commun avec Jacques: il aime recomposer la réalité à son goût, en adéquation avec son imaginaire et son intérêt… Il montre un talent tout particulier pour dissoudre la réalité dans sa propre légende.

Régulièrement, il fait ainsi place nette entre les différentes périodes de son existence.

Avec ses collaborations pour une trentaine d’autres marques –vêtements, lingerie, chaussures, accessoires, décoration-, il est sans aucun doute le styliste le plus productif de Paris.

Toutes ces fêtes où l’essentiel est de paraître dans ses plus extraordinaires atours paraissent bien loin de la réalité du pays. Mais Karl Lagerfeld y a gagné une réputation d’aristo-punk, de styliste dans l’air du temps, de professionnel rigoureux et de figure de la jet-set.

Chanel est une marque illustre et vieillissante, mais les Wertheimer sont riches. Bien plus que Gabrielle Aghion, la créatrice de Chloé, et les sœurs Fendi réunies… Il a quarante-neuf ans, c’est le moment de changer.

L’ADN de la marque Chanel est un héritage écrasant… Voilà toute la difficulté pour Lagerfeld: on attend de lui à la fois une redite et un changement.

Depuis toutes ces années passées à lire, à collecter des images, à se nourrir de photos et de peinture, il a retenu les ADN de chacun de ses confrères. C’est un homme qui a en mémoire toute l’histoire de la mode depuis les années 20, dit-on.

Désormais, Karl Lagerfeld dessine chaque année huit collections : deux collections de haute couture et deux de prêt-à-porter pour Chanel, deux collections de prêt-à-porter pour Fendi, et enfin deux collections en son nom.

Depuis l’apparition du sida, le monde de la mode et de la nuit –c’est souvent le même- compte ses disparus. Liberté sexuelle, drogue, homosexualité se portaient en étendard dix ans plus tôt, et voilà que les troupes quittent la scène prématurément.

Quel curieux cercle, autour d’un lit d’hôpital! Dans chaque chambre, pourtant, c’est le même assemblage hétéroclite d’anciens fêtards, d’ex-beautiful people et de mères éplorées.

C’est ainsi, l’empereur de la mode entretient autour de lui une cour de fidèles et, à quelques mètres, une file de bannis. Ce sont d’anciennes inspiratrices, des collaborateurs qui ont fini par prendre trop de place, des courtisans d’autrefois qui n’ont pas saisi où se situait la frontière entre la fidélité et la servitude. Maintenant qu’il a perdu l’homme qu’il aimait, sa vie professionnelle lui tient lieu de famille. Et gare à ceux qui cherchent à s’émanciper de sa tutelle.

Chanel, Fendi, KL, Chloé : désormais, il dessine, crée et oriente la communication de quatre maisons, entouré d’une armada de financiers et d’avocats.

Lagerfeld a atteint la soixantaine en 1993, mais, aux yeux de ces nouveaux tycoons de la mode, il est une sorte de modèle préfigurant l’avenir, un athlète complet. Il dessine, crée, communique et, depuis 1987, réalise lui-même les photos de ses modèles pour les press-books et les publicités. Le tout en s’adaptant aux styles des différentes maisons auxquelles il collabore.

C’est peut-être là le premier secret de l’exceptionnelle longévité de Lagerfeld : il a vaincu Saint Laurent à l’endurance.

La jeunesse est une obsession, dans ce monde où, avant même d’atteindre trente ans, un mannequin est jugé fané. Pour Karl Lagerfeld, c’est un défi. Un effort constant pour se tenir aux avant-postes de la modernité.

Le couturier a survécu aux modes, à l’ère de l’industrie, à son rival Saint Laurent et même à Pierre Bergé, mort un an et demi avant lui sans avoir fait la paix. Homme de toutes ses époques, il a surfé sur le superficiel sans se laisser tout à fait entamer par l’acide de la célébrité. C’est dans ce domaine, probablement, qu’il a le mieux réussi. Connu partout, riche et parfaitement seul. Il est, dans le royaume qu’il s’était choisi, le dernier empereur. Kaiser Karl.

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