Dons emmaüs

A Livr'Ouvert

171b bd Voltaire, 75011 Paris.
Latitute/longitude: 46.75984 1.738281

Tel: 09.52.65.38.67

Le lundi de 12h à 19h et du mardi au samedi de 10h à 19h30.

Mail: contact@alivrouvert.fr

Verbatims et recommandations...

LE BUG HUMAIN - Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher de Sébastien BOHLER - Ed Robert Laffont 2019

Le bug humain Émetteur du verbatim: François C.

Nous sommes emportés dans une fuite en avant de surconsommation, de surproduction, de surexploitation, de suralimentation, de surendettement et de surchauffe, parce qu’une partie de notre cerveau nous y pousse de manière automatique, sans que nous ayons actuellement les moyens de le freiner.

Première partie Dans la boîte noire du cerveau

Nous sommes passés d’un monde où chaque individu pouvait planifier son avenir et celui des générations futures à une réalité nouvelle, où le futur est impensable.

La plupart des pays industrialisés sont régulièrement en situation de dépassement des ressources sur au moins cinq des sept grands critères que sont l’exploitation de l’eau, du phosphore, de l’azote, le changement agricole, l’empreinte écologique, la consommation matérielle et les émissions de dioxyde de carbone.

Aujourd’hui, face à la rapidité des changements qui interviennent dans notre environnement et qui vont menacer notre propre existence, nous sommes comme les pilotes d’un avion dont les témoins lumineux hurlent à tue-tête pour signaler un crash imminent, et qui se lanceraient: «Il nous reste deux minutes, on a encore le temps de se préparer un bon café».

Quand un comportement se traduit par de meilleures chances de survie ou de transmission des gènes, qu’il s’agisse de recherche de nourriture, de partenaires sexuels, de statut social ou d’exploration de nouveaux territoires, le striatum est inondé de dopamine et le comportement en question est renforcé.

La grande bouffe

Maîtrisant toujours plus de technologies pour assouvir nos besoins, nous sommes incapables de nous modérer dans l’application de ces technologies, qu’elles aient un rapport à la production de denrées alimentaires, d’automobiles véhiculant un statut social, de sexualité sur Internet, de statut social sur les réseaux du même nom ou d’addiction à l’information continue.

L’image que nous avons devant les yeux est folle: c’est celle d’une humanité qui engouffre 300 millions de tonnes de viande par an ; c’est la réalité d’une consommation qui double tous les vingt ans, i.e. à chaque génération d’êtres humains. Et d’une frénésie qui a eu tendance à s’accentuer encore ces dernières années.

Aujourd’hui, plus de 1,9 milliard d’individus de plus de 18 ans sont en surpoids. Parmi eux, plus de 650 millions sont obèses, ce qui représente environ 13% de la population mondiale. Ces chiffres ont triplé en quarante ans et, en 2030, on s’attend à ce que 38% de l’humanité soit en surpoids, et 20% obèses.

Le vrai maître du monde: le circuit de la récompense

La stimulation directe du système de récompense, dont le striatum constitue un pivot essentiel, plonge l’individu dans un état qui réunit les sensations d’un repas délicieux, d’une expérience sexuelle paroxystique et interminable, et d’une domination sur le reste du monde.

Programmés pour le sexe

Aujourd’hui, 35% des vidéos visionnées quotidiennement sur Internet sont des vidéos pornographiques… Chaque année, 136 milliards de vidéos pornographiques sont visionnées par l’humanité.

Le problème n’est plus la quantité. Le problème est de s’arrêter. Mais les structures profondes de notre cerveau qui fonctionnent à grand renfort de dopamine ne possèdent pas de fonction stop.

Les technologies de la communication pourraient représenter plus de la moitié de la consommation globale d’électricité à l’échelle de la planète en 2030.

Nous ne modifions pas l’ordre de nos préoccupations, et nous préférons voir des corps nus s’accoupler sur des écrans ou des chatons trottiner sur des moquettes angoras, quitte à être confrontés plus tard à des problèmes de première urgence, plutôt que de prendre nos destinées en main.

Atteindre le haut de la pyramide

La fascination pour les célébrités est donc un trait caractéristique des primates… Elle révèle une affinité puissante du cerveau pour tout ce qui se passe en termes de hiérarchie et de comparaison sociale au sein d’un groupe.

La comparaison sociale est un ressort puissant de nos comportements, et est profondément ancrée dans nos gènes ainsi que dans notre fonctionnement mental depuis des centaines de millénaires… Les personnes aiguillonnées par une forte comparaison sociale auront, de fait, accès à plus de biens matériels, de pouvoir et de sexe que les autres.

Grâce à des études génétiques de grande ampleur menées sur l’ensemble du continent asiatique, les scientifiques ont par exemple réussi à retracer toute la descendance du chef mongol Gengis Khan, et à établir ainsi que ce général a engendré au cours de ses conquêtes, environ 0,5% de la population mondiale par le biais de milliers de viols perpétrés sur des femmes qui lui étaient réservées, eu égard à son rang.

Les recherches en anthropologie font apparaître que les hommes de statut social élevé ont généralement plus de rapports sexuels et plus de partenaires que les hommes de statut socio-économique moins élevé.

L’affaire Harvey Weinstein a montré ce que produisait un striatum débridé: un sinistre cocktail de pouvoir et de sexe.

Il existe une force profonde qui nous pousse à vouloir disposer d’avantages que les autres n’ont pas… L’envie de se hisser au-dessus des autres constitue à elle seule un aiguillon fantastique.

Au moment où nous achetons une grosse voiture polluante ou un téléphone portable qui l’est tout autant,… nous vivons une bouffée d’euphorie et notre cerveau se reconfigure pour nous faire sentir ce que c’est que d’être plus haut que les autres.

Le striatum est malléable: monter ou descendre d’un cran dans la hiérarchie sociale enrichit ou appauvrit cette structure cérébrale en récepteurs de la dopamine.

La catastrophe consumériste dans laquelle nous sommes engagés n’existerait pas sans ces deux ingrédients: le cerveau d’un primate et la technologie d’un dieu.

Le citoyen des pays industrialisés achète aujourd’hui 60% d’habits en plus qu’en 2000 et les conserve deux fois moins longtemps.

La fabrication des smartphones ainsi que l’usage récréatif quotidien des moteurs de recherche et le visionnage de vidéos sur Internet sont générateurs de plus de gaz à effet de serre que le trafic aérien de la planète, avec plus de 800 millions de tonnes de dioxyde de carbone émis annuellement.

Ce principe de la création des besoins par comparaison sociale a essaimé par la grâce du miracle de la technologie et du confort. Les encouragements à consommer se focalisent aujourd’hui sur l’engouement de masse pour la technologie, qui table largement sur les comportements d’imitation et de mode.

La bénédiction du chômage

La loi du moindre effort est, juste après la loi de l’alimentation maximale, du sexe à gogo et de la domination, un socle fondamental du comportement animal, et même du comportement d’un animal «évolué» comme l’être humain. Elle est inscrite dans le marbre de votre striatum.

Il suffit de regarder autour de nous pour voir la technologie envahir tous les métiers au point de rendre l’emploi humain progressivement obsolète.

Dans nos sociétés modernes et industrielles, travailler est devenu nécessaire à l’individu s’il désire être doté d’une utilité et d’un rang social. Or, comme nous l’avons vu, le statut social est aussi important pour le striatum que la loi du moindre effort… Conclusion: notre striatum est pris entre deux feux.

Facebook, Twitter ou Instagram sont des machines à fabriquer du statut social virtuel… Facebook est un CV cool et informel destiné à tous. Chacun des deux milliards d’Internautes peut indiquer s’il apprécie ou non ce CV… Facebook a instauré la comparaison sociale sans limite. Vous pouvez passer vos journées à essayer de vous situer par rapport à des centaines de personnes, et c’est ce que font bien des gens.

L’envie d’être rassuré sur sa propre valeur est insatiable… Le virtuel est devenu, pour les masses du monde globalisé, un mode d’existence généralisé.

Informé, surinformé

La libération de dopamine dans le putamen et le noyau caudé, provoquée par la présence d’un stimulus saillant, signale toujours une opportunité intéressante… Le cerveau des primates serait ainsi en quête perpétuelle d’information, prêt à déceler dans son environnement tout indice révélant l’imminence d’un des quatre grands renforceurs primaires que sont la nourriture, le sexe, le statut ou l’absence d’effort.

Mais notre comportement est principalement déterminé par le striatum, et non par la raison. Nous sommes devenus des obèses informationnels, un phénomène désigné sous le nom d’infobésité.

Ce moment où l’on ne sait absolument pas si l’issue sera salvatrice ou destructrice détient la clé de l’addiction au jeu… Fait étonnant : l’activité de ces neurones est optimale dans les situations d’incertitude maximale. Autrement dit, des flots de dopamine et d’excitation sont suscités lorsque le joueur est face à une situation de risque total, d’exposition sans filet, avec autant de chances de toucher le jackpot que de perdre l’intégralité de sa mise.

L’on estime que 6% des jeunes Français de 14 à 24 ans seraient aujourd’hui considérés comme accros aux jeux vidéo, pratiquant plus de huit heures par jour.

Aujourd’hui, la technologie confiée aux humains est comme une ogive nucléaire remise entre les mains d’un enfant. Le potentiel destructeur de cette arme lui est totalement inconnu. Il veut s’en amuser. Il ne peut pas faire autrement.

Deuxième partie Le bug humain

Le règne de l’incohérence

Nous sommes figés dans notre structure cérébrale ancienne, confrontés à un monde qui change trop vite car nous l’avons fait changeant, et ce monde nous dépasse. Il y a là une trajectoire inexorable. Nous sommes lancés comme des boulets fous dans l’espace, avec un équipement neuronal qui a fait des merveilles pendant 500 millions d’années mais qui va maintenant tout faire exploser.

Programmés pour vouloir toujours plus

Le striatum est un régulateur de Watt dont le réglage serait susceptible d’augmenter en permanence. Tout se passe comme si la personne maniant ce régulateur déplaçait réguliè-rement les boules vers l’extérieur pour fixer un nouveau point de référence pour sa vitesse de rotation, lui imposant de tourner toujours plus vite.

Il paraît donc très difficile d’enrayer la logique du « toujours plus », qui est au cœur de notre constitution neuronale. Nous en voyons la manifestation la plus flagrante dans les effets du fast-fod et du junk-food qui sont les socles de l’épidémie mondiale de l’obésité. Le fast-food a érigé en principe maître la notion d’anticipation de la récompense.

Nous sommes prisonniers du présent

Le plaisir et la facilité que nous pouvons nous offrir maintenant ont cent fois plus de poids dans nos décisions que la considération d’un avenir lointain… Notre cerveau entrevoit l’avenir par bribes, mais il le perd de vue dès qu’une perspective immédiatement alléchante se présente.

Pour le striatum, le futur ne compte pas… Le système de dévalorisation temporelle est au cœur de nos choix dans de très nombreuses situations de nos vies… La question essentielle qui va se poser est donc de savoir qui, du striatum ou du cortex, a réellement la main sur nos choix et nos décisions.

Le cortex frontal, siège de la volonté et de la planification.

Au terme de ce processus, l’être humain est devenu un danger mortel pour lui-même. Son programme neuronal profond continue aveuglément de poursuivre des buts qui ont été payants pendant une grande partie de son évolution, mais qui ne sont plus du tout adaptés à l’époque où il s’est projeté. Au regard de sa situation actuelle dans un monde globalisé, l’humain est inadapté… L’immense cortex d’Homo sapiens, en lui offrant un pouvoir toujours plus étendu, a mis ce pouvoir au service d’un nain ivre de pouvoir, de sexe, de nourriture, de paresse et d’ego. L’enfant surarmé n’a aujourd’hui plus de limites.

Troisième partie Les voies de la sobriété

Pouvons-nous reprendre le contrôle de notre destin?

La prise de conscience que notre existence est brève et vouée au néant est insupportable et débouche…sur trois types de réactions : soit nous nous identifions à des groupes d’appartenance qui nous donnent l’illusion que nos valeurs continueront à vivre après notre mort (fanatisme, nationalisme ou communautarisme), soit encore nous nous arrangeons pour penser à autre chose, soit enfin nous cherchons à nous percevoir comme plus forts et plus résistants que nous ne sommes (attirance puissante pour tout ce qui peut renforcer notre estime de soi).

D’une certaine façon, tant pis si nos choix sont influencés, du moment que nous avons accès à des stimulateurs de notre striatum à titre gratuit et illimité… Comment faire accepter au striatum une baisse de ses renforceurs primaires, autrement dit une baisse de plaisir?

Faire plus avec moins: la puissance de la conscience

Rééduquer son cerveau pour apprendre la modération.

Retrouver la profondeur du temps… Le cerveau de l’addict accorde une valeur maximale à ce qui se passe ici et maintenant, et une valeur pour ainsi dire inexistante à ce qui arrivera demain ou dans un an.

Croissance matérielle ou croissance mentale? Dans nos tentatives de nous affranchir du déterminisme de notre striatum, l’enjeu de la conscience se révélera central.

Amener notre degré de conscience à un niveau comparable avec notre niveau d’intelligence sera sans doute un enjeu de premier plan pour l’avenir de notre espèce.

Continuer à promouvoir un système économique qui encourage nos grands renforceurs primaires est sans doute la pire des choses à faire, et c’est malheureusement ce que nous faisons depuis maintenant près d’un siècle, ce qui est en train de nous coûter notre planète.

*