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Verbatims et recommandations...

LA FRANCE QUI DECLASSE de Pierre VERMEREN - Ed. Tallandier 2019

La France qui déclasse ; les Gilets jaunes, une jacquerie au XXIe siècle Émetteur du verbatim : François C.

Cette victoire aux présidentielles de 2017 de Macron ne pouvait occulter le sentiment de révolte des Français contre des élites jugées incapables de résoudre les problèmes de fond posés au pays depuis des décennies. Le premier scandale est celui du chômage massif, indissociable de la désindustrialisation qui frappe continûment le pays. Le second tient au dispositif financier et fiscal qui conjugue un niveau de fiscalité record dans le monde, avec une dette et des déficits publics considérables. Le troisième tient à la situation sociale intérieure qui se traduit par un haut niveau de délinquance, des violences urbaines et une phase de djihadisme islamique inédite sur fond d’ouverture des frontières mal maîtrisée.

Ch 1 La révolte des Gilets jaunes, une révolte inédite?

Un rond-point coûte entre 500 000 et 1 million d’euros… Avec 30 milliards d’euros d’investissements publics consacrés aux ronds-points en trente ans, on mesure avec quel discernement sont dépensés les deniers publics pour aménager l’espace.

Deux «luttes sociales» paraissent rétrospectivement annoncer la révolte des Gilets jaunes: la révolte des Bonnets rouges, qui a éclaté en Bretagne à l’automne 2013 ; et l’insurrection écologiste et libertaire presque bretonne de Notre-Dame-des-Landes.

Ce cocktail détonnant a produit en 2017 l’implosion d’une classe politique accusée de négligence et d’inefficacité. Emmanuel Macron et La République en Marche ont gagné dans un contexte d’effondrement des partis de gouvernement, faisant suite au recul des corps intermédiaires. Partis, syndicats, Églises et médias se sont peu à peu coupés de la majorité du peuple, qui les tient en peu d’estime et souvent les ignore.

Ch. 2 Désindustrialisation et chômage de masse, une spirale cinquantenaire

La France compte trois millions de jeunes de 15 à 34 ans inactifs, soit un jeune sur cinq: ils ne sont ni en emploi, ni en stage, ni en études… Cette situation inédite résulte de la destruction de 6 millions d’emplois agricoles depuis la guerre de 14-18, suivie par celle de 3,5 millions d’emplois industriels directs et indirects depuis 1984.

De 2009 à l’été 2016, 1974 sites industriels ont été fermés en France (certaines usines ont été créées entre-temps, mais en nombre inférieur) soit 601 fermetures nettes.

Ce tableau ne serait pas complet sans l’économie sociale de redistribution, qui fait de la France le plus grand prestataire mondial de revenus sociaux, avec 15% du total mondial pour 1% de la population du monde.

Mais quitter l’emploi pour un système complexe d’allocations diverses et de petits boulots, voire de combines en tout genre, c’est la porte ouverte à la désagrégation sociale, familiale, morale et culturelle. Aux États-Unis, cela a conduit, en bout de processus, à l’élection de Donald Trump.

Ce grand mythe des années 1980 («Nous vivons la fin du travail et l’avènement d’une société de loisirs») repose sur l’allongement des études et de la retraite, la désindustrialisation, la réduction des indépendants (commerce, artisanat, agriculture), l’avènement des loisirs de masse (festivals et parcs à thème). Trente ans plus tard, la France compte 16 millions de retraités, 6,5 millions de chômeurs, près de 3 millions de personnes au RSA.

Ch. 3 Une nouvelle économie française tertiarisée

L’économie sociale de redistribution repose sur la croissance nominale de la population…Des millions d’inactifs ou d’improductifs pensionnés sont un des moteurs de cette croissance, aussi extensive que poussive…La démographie permet de faire tourner les trois secteurs postindustriels: l’aide sociale et la santé, la grande distribution et le BTP. La France périphérique en partie désindustrialisée est un énorme marché de consommateurs passifs, livrés à une intense marchandisation.

La France est devenue le champion du tertiaire européen avec 76% des emplois dans ce secteur (88% pour les femmes), soit 5% de plus que la moyenne européenne.

La tertiarisation de l’économie française, sur fond de déficits jumeaux, budgétaire et commercial, a trouvé des substituts de croissance dans l’économie sociale et le commerce, dans la banque et la finance, mais aussi dans la croissance démesurée des administrations et des investissements publics.

Le cas ubuesque de la RN 10

Chaque trajet sur la RN 10 est l’occasion de redécouvrir l’état social et environnemental déplorable dans lequel se débat la France périphérique.

L’Etat et les collectivités locales subventionnent entièrement et sans aucun bénéfice le transport privé entre l’Espagne et l’Allemagne.

Ch. 4 L’autre pilier du malaise, la crise de l’école et la stagnation sociale

En pleine période de massification (années 80…), l’école a été délibérément fragilisée dans le cœur de ses missions de transmission, d’instruction et de sélection des meilleurs.

Le consommateur a pris le pas sur l’élève. La société empêche aujourd’hui de penser en comblant tout moment d’intériorité par un trop-plein télévisuel, musical ou technologique, et en proscrivant l’ennui, le silence et la réflexion.

La génération des baby-boomers a bénéficié de la mutation qui a porté les emplois de cadres de 1 million à 4,7 millions en France, cette catégorie passant de 5 à 20% des actifs. Mais cette croissance exceptionnelle ne se reproduit ni ne s’élargit… Ces circonstances produisent de dures et implacables batailles sociales pour l’école et l’accès au diplôme et au logement.

Pour les membres des classes moyennes et populaires, parfois qualifiés de « petits Blancs », qui sont exclus des bonnes filières scolaires, et par la suite des emplois rémunérateurs des métropoles, l’immigration internationale et la société ouverte sont perçues comme des menaces: dans ces catégories déclassées, le vote aux extrêmes se cumule avec un rejet massif de l’immigration. Ce qui favorise le vote populiste à droite.

Ch. 5 L’entre-soi des élites françaises dans la France des métropoles

La fracture est devenue un abyme entre les élites des métropoles mondialisées et le reste du peuple, majoritaire, chassé vers la France périphérique par le cumul de la désindustrialisation et de la hausse des loyers du secteur privé.

L’exemple éloquent de Bordeaux

La rénovation de la ville, les investissements considérables réalisés dans son aménagement et les opérations de communication attenantes y ont multiplié par trois le prix de l’immobilier, qui tutoie parfois les prix parisiens.

Le papy-boom et l’énorme centre hospitalier universitaire, alliés à l’expansion du tourisme, se traduisent par une explosion des emplois peu qualifiés dans la restauration, l’hôtellerie, la santé ou les services à la personne… Lieu de travail et domicile sont donc séparés pour le plus grand nombre, souvent par des dizaines de kilomètres…. C’est la somme de ces inconséquences et de ces incohérences, de cette violente partition sociale et spatiale entre milieux aisés et classes moyennes appauvries, qui constitue le terreau de la situation locale.

Ces classes bourgeoises mènent une existence à mille lieues de leurs concitoyens sans en avoir conscience. Les modes alimentaires, les hobbys et les lubies, les boutiques et les goûts, la culture savoureuse de la «distinction» isolent cette nouvelle bourgeoisie urbaine et mondialisée, qui excite moins la jalousie des exclus qu’elle ne suscite leur totale incompréhension.

Ch. 6 La destructuration de la France périphérique

Il existe donc tout un gradient de population lié à la nature et au prix des logements. Au sommet de la pyramide se trouvent les métropolitains des centres-villes ou des banlieues cossues… Une moitié des Français vivent en effet dans une commune de moins de 10 000 habitants, dont 8 millions en milieu rural isolé.

Ou bien les classes populaires acceptent de travailler pour de bas salaires… ou bien elles renoncent à l’emploi, surtout s’il est rare et précaire, et elles basculent dans le système économique socialisé… Les huit à neuf millions de pauvres sont ainsi économiquement intégrés au système.

En un siècle, la République a échoué à promouvoir dix à vingt millions de Français: déculturés par un système scolaire en panne et une télévision qui a renoncé à instruire, taraudés par le chômage de masse, fragilisés par des familles fracturées et distraits par les nouveaux médias, ces Français demeurent modestes.

Enfin, cette France périphérique ordinaire, inconnue de nos dirigeants, est aussi le lieu d’une déconstruction physique et architecturale. Aux ronds-points, rocades et infrastructures sans âme, aux cités pavillonnaires uniformes, s’ajoute depuis plus de vingt ans la floraison de millions d’entrepôts métalliques, que l’on retrouve pour tous les usages industriels, agricoles et commerciaux.

Ch. 7 La grande crise de 2008 bloque le pouvoir d’achat et accentue la dislocation culturelle

Le PIB réel par habitant de la France est passé de 45 200 dollars en 2008 à 38 400 en 2017, soit un différentiel d’environ 6 000 euros.

Les structures d’encadrement qui favorisaient l’insertion des ouvriers et employés se sont volatilisées. Églises et cafés ont fermé (90% des 600 000 cafés en France depuis les années 1960 selon France-Boisson ; il en resterait 29 000, essentiellement dans les grandes villes et lieux touristiques), les services publics se sont rétractés, à l’exception des maisons de retraite, rebaptisées EPHAD… Le maillage syndical, politique et associatif, notamment lié à l’Eglise, s’est fortement distendu, tant  à la campagne que dans les vastes zones pavillonnaires.

Depuis 2008, la dette de l’État a augmenté de 800 milliards d’euros, passant d’un peu plus de 60% du PIB à presque 100%.

Sait-on que plus de la moitié des femmes adultes en France vivent seules, qu’elles soient célibataires, divorcées, veuves ou seules avec un ou deux enfants? Contrairement aux femmes jeunes des grandes villes et de la bourgeoisie, l’opportunité de construire ou de reconstruire leur vie est très aléatoire.

Ch. 8 La porte ouverte aux populismes, défi national et européen

La désindustrialisation de l’Occident a sapé ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées: l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société. Fragilisation et paupérisation des classes moyennes d’une part, et enrichissement du décile le plus aisé de l’autre, rapprochent cette société en sablier des sociétés inégalitaires du Sud.

Un effondrement culturel

Les cultures populaires et professionnelles (langues, fêtes) ont été laminées par excès de jacobinisme et par l’exode rural, sauf dans quelques villes ou régions périphériques de l’Hexagone (Bretagne, Vendée, Nord-Pas-de-Calais, Alsace).

Depuis les années 1970, les classes populaires ont vécu la dégradation de l’école, ont été chassées des métropoles, ont assisté à la fuite des élites sociales de leurs villes ou quartiers, à la raréfaction du clergé, à l’effondrement des structures politiques, syndicales et sociales ; seuls les médias devenus omniprésents ont compensé ces vides. Mais les catégories populaires y sont sous-représentées, sous réserve de cas particuliers souvent moqués.

Ch. 9 Quelques réflexions pour rebâtir l’avenir des perdants de la mondialisation

Des choix politiques qui s’offrent à nos dirigeants, et de leur volonté à les mettre en œuvre dépendra notre capacité à maintenir en vie la zone euro si tel est leur but, et à préparer ce pays aux échéances qui l’attendent, sauf à prévoir de nouvelles déconvenues ravageuses, ainsi qu’à faire face à une probable nouvelle crise financière internationale.

Revenir à l’aménagement du territoire?

Rénover les centres-villes pour réparer les fractures sociales

Remédier à la désertification et à l’appauvrissement de la France en marche

Toute ville qui est éloignée des métropoles, des flux d’immigration ou du grand tourisme vivote ou périclite sans beaucoup d’exceptions.

D’autres créations d’emplois et de métiers

Conclusion  Sortir de l’archipel français

La France est devenue un pays segmenté et une société cloisonnée. Les citoyens des divers territoires, des classes sociales et des milieux professionnels se croisent de moins en moins.

La France ne fait plus société. On n’y a jamais autant parlé de «vivre ensemble» depuis que celui-ci est très fortement remis en cause… Cette segmentation est un des pires maux aux origines du malaise français. Ce sera une lourde tâche que d’y remédier car l’entre-soi permet de se décharger de ses responsabilités sociales sur autrui et sur les fonctionnaires. L’individualisme des élites les déresponsabilise de leur rôle social… Il est urgent de se donner les moyens d’y remédier. Ce sera long.

 

 

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