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Les verbatims de François

COMMENT NOUS PROTÉGER DES PROCHAINES CRISES de Jacques ATTALI - Ed. Fayard

Comment nous protéger des prochaines crises ? Ces crises peuvent prendre huit formes : financière, économique, sociale, politique, géopolitique, idéologique, technologique et écologique.

Aujourd’hui, tous les signes indiquent l’occurrence d’une crise multiforme, prenant tous ces visages à la fois.

On n’a fait depuis la crise financière de 2007 que reporter les échéances de toute nature : financière avec la dette, économique avec le chômage, sociale avec les inégalités, politique avec le populisme, géopolitique avec les affrontements qui s’annoncent, technologique avec l’intelligence artificielle, écologique avec le réchauffement climatique, idéologique avec la remise en cause de la démocratie et la montée des fondamentalismes de toutes sortes.

 

Ch. 1 POURQUOI S’INQUIÈTER ? TOUT VA TRÈS BIEN !

 

Ch. 2 LA FOLIE DU MONDE

Les richesses sont de plus en plus concentrées

Les 1% des plus riches ont perçu 21% du revenu mondial en 2016, contre 16% en 1980…En Chine, le centile supérieur détient, en 2018, 30% du patrimoine contre 15% en 1995. En Russie, les 1% les plus fortunés détiennent 43% du patrimoine contre 22% en 1995.

Les infrastructures ne sont plus maintenues

On prolonge exagérément, faute de moyens, la durée de vie des ponts, des routes, des centrales nucléaires, des barrages.

Le chômage ne décroît pas

Le taux de chômage des jeunes est de 42,3% en Grèce, 34,1% en Espagne et 32,6% en Italie.

Des statuts de plus en plus précaires

Tout devient de plus en plus précaire : le contrat de travail, la résidence, les relations, le mariage, les carrières politiques et artistiques.

La santé mondiale est encore incertaine

115 personnes en Afrique meurent toutes les heures de maladies liées à un mauvais assainissement, à une mauvaise hygiène ou à de l’eau contaminée.

En 2017, le surpoids touchait 2,2 milliards de personnes. Plus de 70% des Américains sont en surpoids et plus de 30% de la population américaine est obèse.

Les matières premières se font rares et incertaines

L’humanité consommait 7 Gt de matières premières en 1900, 50 Gt en 2000 et 85 Gt en 2018. Et quelques-unes de ces matières premières, parmi les plus essentielles, commencent à manquer.

L’air est de plus en plus pollué

La mer est de plus en plus souillée et les poissons de plus en plus rares

20 milliards de tonnes de déchets sont rejetés chaque année dans les mers et les lacs, dont près de 10 millions sont des déchets plastiques.

La planète est de plus en plus abîmée

Sur l’ensemble de la planète, au cours des cinquante dernières années, 60% de milieux naturels ont été dégradés par l’urbanisation, le développement des infrastructures de transport et la surexploitation des ressources.

Le climat se dégrade

L’eau douce manque

Aujourd’hui, plus de 2,7 milliards d’êtres humains manquent d’eau au moins un mois par an.

4,5 milliards de personnes manquent de services d’assainissement gérés de manière sûre ; 80% des eaux usées retournent dans l’écosystème sans traitement.

Les migrations s’accélèrent

Les valeurs de la démocratie sont remises en cause

La globalisation des marchés vide chaque jour davantage les démocraties de leur sens. Les gouvernements démocratiques, empêtrés dans des petits scandales, soucieux d’une popularité vacillante, ne se donnent plus le temps d’être provisoirement impopulaires et d’agir pour le long terme.

Le PIB ne mesure pas la dégradation de l’environnement et le temps passé à des activités de distraction ou de conversation sur les réseaux sociaux. De même, il ne valorise ni l’éducation, ni l’espérance de vie, ni l’état de la nature.

Comme dans d’autres périodes sombres de l’Histoire, on voit glorifiés les hommes forts, les doctrines fanatiques, les idéologies intolérantes.

Remettre ces évolutions dans une perspective longue

Elle s’inscrit, fondamentalement, dans une priorité croissante donnée au présent sur le passé et l’avenir. Dans une volonté tyrannique des vivants de profiter du monde, en détruisant ce qu’il fut et ce qu’il peut devenir. En ne s’occupant que des flux, qui sont l’instant, et pas des stocks, qui sont l’Histoire. En détruisant l’héritage, en ne laissant rien aux générations à venir.

Cela se conclura, après mille soubresauts protectionnistes, populistes et identitaires, mille crises…par une victoire, provisoire en tout cas, des marchés sur les Etats, des objets sur les services, des machines sur les gens, de l’individuel narcissique sur le collectif altruiste.

 

Ch. 3 L’EMBALLEMENT

La démographie restera sans contrôle

En 2050, l’Asie comptera 5,3 milliards d’habitants ; la population en Afrique atteindra 2,5 milliards, dont 85% en Afrique subsaharienne ; et l’Amérique latine 785 millions.

Les richesses seront de plus en plus concentrées

Le travail sera de plus en plus rare

Plus généralement, le progrès technique continuera à organiser une lente et implacable traduction des êtres humains en artefacts, d’abord bourrés de prothèses, puis surveillés par des intelligences artificielles, comme s’ils étaient eux-mêmes des artefacts ; et lentement, le devenant.

Le niveau de vie des retraités baissera

Le taux de dépendance démographique (rapport entre la population de plus de 65 ans et la population de 15 à 64 ans, c’est-à-dire en âge de travailler) va passer en Europe de 30% en 2016 à 51% en 2070.

On ira vers une stagnation séculaire

On assistera alors, selon cette prédiction, à la poursuite de la baisse du niveau de vie des plus pauvres et des classes moyennes, et à la croissance de la fortune des plus riches.

Les pénuries deviendront insupportables

Les deux tiers de la population mondiale seront confrontés à des pénuries d’eau en 2025.

La production agricole pourrait encore baisser, à cause du réchauffement climatique, de la pollution de l’air et de la dégradation des sols.

Une crise de l’offre de graphite, palladium, platine, rhodium –essentiels en particulier pour les batteries- se fera aussi sentir dès 2020.

Les besoins en infrastructures seront de plus en plus énormes

Les besoins d’investissements nombreux dans les transports, l’énergie ou l’eau sont de l’ordre de 8000 milliards de dollars par an, jusqu’en 2030.

Le climat se déréglera bien plus encore

On peut s’attendre en 2050 à 250 millions de réfugiés climatiques. Au total, les migrants internationaux pourraient dépasser les 400 millions.

La nature sera de plus en plus polluée

Si on ne fait rien, dès 2025, il y aura dans les océans une tonne de déchets pour trois tonnes de poissons ; contre une pour cinq aujourd’hui.

Le monde sera de plus en plus dans un chaos politique

On ira vers une économie de marché globale sans Etat de droit, qui conduira à l’aggravation de la concentration des richesses, à un sous-emploi des hommes, à un environnement de plus en plus négligé, au pillage de toutes les matières premières, provoquant une exacerbation des désordres sociaux, idéologiques, politiques, géopolitiques et climatiques.

Les huit crises possibles

Ces huit crises, dont les paramètres s’entremêlent, sont : Financière ; Economique ; Sociale ; Politique ; Géopolitique ; Technologique ; Ecologique ; Idéologique.

 

Ch. 4 PARTOUT, DES MANŒUVRES DE RETARDEMENT

Le monde est noyé sous l’argent des banques centrales

Les banques centrales, supposées indépendantes, créent de la monnaie, qu’elles prêtent aux banques qui la reprêtent aux gouvernements, espérant ainsi donner du temps aux dirigeants pour qu’ils mettent en œuvre les réformes nécessaires.

Dans la zone majeure de l’économie mondiale, la masse monétaire est passée de 64% du PIB en 1980 à 125% en 2016 !

La dette publique continue d’augmenter

La dette publique atteint dans certains pays sept fois le montant des recettes fiscales : aucun particulier ne se risquerait à avoir des emprunts sept fois supérieurs à ses revenus annuels.

Les ménages continuent aussi de vivre aux crochets de l’avenir

Dans les pays développés, la dette des ménages atteint 63% du PIB en 2016, contre 52% en 2008.

La distraction nourrit l’inaction

Aujourd’hui on ne cesse d’inventer des moyens de ne pas penser, de ne pas réfléchir, ni aux enjeux du monde, ni même à sa beauté.

Ainsi a-t-on inventé dans les dernières décennies les jeux vidéo, les réseaux sociaux, la réalité virtuelle, des activités qui occupent désormais plus du tiers de la vie des hommes, avec une industrie de plus en plus puissante, dont la fonction majeure est de distraire, de divertir, de légitimer la résignation, de justifier la procrastination, de faire aimer le non-agir.

Les entreprises s’endettent au-delà du raisonnable

Au total, la dette mondiale de l’ensemble des emprunteurs, sans tenir compte des engagements de retraite, s’élève à 327% du PIB mondial.

Les défis des problèmes technologiques sont négligés

Personne ne parle sérieusement de maîtriser l’intelligence artificielle, de contrôler la génomique, les neurosciences ou les nanotechnologies.

Les solutions des problèmes écologiques sont reportées

Le prix du carbone reste très bas.

On ne gère pas non plus correctement les problèmes des déchets, ni dans les pays développés, ni dans les pays en développement.

 

Ch. 5 LE PIÈGE SE REFERME

Les taux d’intérêt commencent à monter

Mais si les taux d’intérêt remontent, dans certains pays particulièrement endettés, si cette hausse n’est pas maîtrisée et s’accélère, le service des dettes publique et privée deviendra vite intolérable, déclenchant une crise financière.

La valeur des entreprises cotées et non cotées commence à être mise en doute

La valorisation des actions cotées aux Etats-Unis est passée de 95% du PIB en 2011 à plus de 155% du PIB en mars 2018 !

Quelques signes annonciateurs

L’extraordinaire fragilité de la firme Facebook qui a perdu près d’un million d’utilisateurs en Europe après la mise en place du nouveau règlement européen sur la protection des données.

Les premiers signes du retour du nationalisme économique

Après une longue période d’ouverture, d’augmentation des échanges, de réduction des barrières douanières et non douanières, les pays en déficit commercial recommencent à se fermer.

Les premiers signes d’une crise écologique majeure

La saison des feux a commencé plus tôt et se termine plus tard.

Face à ces enjeux, d’autres idéologies commencent à s’exprimer

La première rassemble tous les tenants des droites nationalistes et xénophobes ; la deuxième rassemble tous les tenants des gauches les plus radicales ; la troisième rassemble les tenants des pouvoirs religieux…Pour les premiers, l’identité est dans la terre. Pour les deuxièmes, elle est dans la nature. Pour les troisièmes, elle est dans la foi.

 

Ch. 6 DES CRISES MAJEURES ONT EU LIEU DANS DES CIRCONSTANCES COMPARABLES

Des crises analogues ont eu lieu

Depuis 2008, aucune solution sérieuse n’a été mise en place. Encore moins pour les enjeux moins visibles, comme le climat et les pénuries. Rien qu’une procrastination, de la distraction et un report des échéances, par peur de ce qui est à faire.

 

Ch. 7 JUSQU’À QUAND SANS CRISE MAJEURE ?

Jusqu’à quand pourra-t-on retarder la crise?

Le monde n’est plus, dans son ensemble, qu’une gigantesque pyramide de Ponzi, dans laquelle la seule différence entre les gouvernants actuels et M. Madoff est que M. Madoff est en prison. Et que, pour l’instant, la pyramide tient encore debout.

Et beaucoup vont continuer de regarder, sans trop s’inquiéter, les dettes s’accumuler, le chômage augmenter, les inégalités se creuser, les pénuries se multiplier, les tensions et les escarmouches augmenter, les prix des matières premières grimper en flèche, l’eau douce manquer, les migrations s’accélérer, le climat devenir insupportable. Ils n’y penseront pas trop, tant que de nouvelles distractions réussiront à leur faire oublier la peur de l’avenir.

 

Ch. 8 QUEL SCENARIO DE DÉCLENCHEMENT ?

Un effondrement de la valeur des actifs

Les patrimoines boursiers pourraient perdre un tiers de leur valeur en quelques jours.

Une hausse brusque des taux d’intérêt à long terme

L’utilisation d’algorithmes de prédiction exacerberait les comportements panurgiques sur les marchés. En particulier, tous les produits structurés fondés sur la vente d’options ou de stratégies d’investissement complètes et construites avec très peu d’argent et beaucoup d’effet de levier, accéléreront la crise. L’appréciation de leur valeur future deviendrait alors explosive.

Une crise politique de l’Union européenne

Le plus vraisemblable serait la généralisation de gouvernements populistes en Europe…Ces gouvernements prétendraient nourrir un projet européen. En réalité, leurs politiques seraient, par nature, en conflit les unes avec les autres. Et il faudrait peu de temps pour que leurs conflits fassent exploser l’euro, puis l’ensemble des règles du marché unique et de l’Union européenne.

Une crise du dollar

Hypothèse de la perte de crédibilité globale de la superpuissance…La prise de conscience de ce que le déficit budgétaire américain est définitivement hors de contrôle…puis, un effondrement du dollar…

Une crise dans un pays périphérique majeur

Une crise de l’énergie ou des matières premières

Une crise climatique

Une crise de l’eau

Un grand attentat terroriste

Une crise technologique

Jusqu’à ce que l’intelligence artificielle échappe à ses maîtres et prenne totalement le pouvoir sur les hommes, et même contre les hommes.

Un affrontement militaire des grandes puissances

Et après ?

Au-delà de ces crises, on assisterait alors à une recomposition géopolitique du monde en faveur de l’Asie, à une contestation globale des systèmes démocratiques, à une mise en place de régimes despotiques en Europe et aux Etats-Unis, puis à une victoire des entreprises sur les nations.

Sans masquer ce qui fait l’essentiel de notre drame : notre égoïsme, qui nous fait préférer notre présent, certain, à notre avenir, hypothétique. Oubliant qu’il n’y aura bientôt plus de présent s’il n’y a pas d’avenir.

 

Ch. 9 LA RÉPONSE : TROIS PRINCIPES, SIX ACTIONS

Le capitalisme, le marché et les forces qui l’animent sont des mécanismes ; ils ne se résument pas à des puissants qu’il suffirait de remplacer. Ces mécanismes détruisent les patrimoines de toute nature, en particulier les patrimoines matériels, pour en tirer des flux, de plus en plus immatériels, en abandonnant des déchets de plus en plus importants…Ces mécanismes sont planétaires. Se renfermer ne nous protégera pas.

Trois principes

. Lucidité Etre prêt à comprendre, jusque dans leurs signaux les plus faibles, et le plus à l’avance possible, l’immensité des dangers, financiers, économiques, sociaux, politiques, géopolitiques, idéologiques, technologiques, écologiques ; pour soi, pour sa famille, pour son pays, pour ses contemporains, pour les générations futures.

. Combativité Il ne faut jamais se résigner, ni à souffrir, ni à perdre, ni à subir les conséquences des décisions des autres…Le courage est la clé de tout.

A chacun de nous, aujourd’hui, d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

. Positivité On ne peut échapper à une crise, ici et maintenant, de quelque nature qu’elle soit, qu’en agissant dans l’intérêt des générations futures.

Six actions pour une protection personnelle

. Analyser les risques Evaluer en quoi l’une ou l’autre de ces huit crises remettrait en cause un élément de sa propre situation (son revenu, sa retraite, son patrimoine, son emploi, son statut, son logement, son cadre de vie, sa liberté d’expression, sa liberté d’aller et venir, sa possibilité de devenir soi, son bonheur et celui des siens)

Agir positivement : protéger les acquis des générations suivantes

Trouver des alliés Les alliés peuvent être familiaux, amicaux, professionnels, financiers, associatifs, syndicaux, politiques ; ils peuvent aider à protéger une épargne, un emploi, une retraite. Et plus encore des libertés ou un environnement.

Renverser la table

Danser près de la porte

Partir

Six actions de prévention collective pour une entreprise

C’est en pensant à dix ans au moins qu’une entreprise peut survivre la semaine suivante.

La prévention collective pour un pays

La prévention collective pour le monde

 

 

 

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Surtout : regardez vos enfants, ou vos petits enfants…Demandez-vous si vous pouvez leur laisser, à cette date (2050, 2070) un monde épouvantable ; si vous avez envie qu’ils vous maudissent, comme vous auriez de bonnes raisons de maudire les générations précédentes pour avoir laissé le monde dériver ainsi.

Chacun doit seulement se demander s’il a fait tout tout ce qu’il aurait pu faire, s’il fait tout ce qu’il peut faire, pour que ces cauchemars ne deviennent pas réalité. Oui, on le peut.

 

 

 

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Emetteur du verbatim : François C