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Les verbatims de François

LA COMEDIE (IN)HUMAINE de Nicolas BOUZOU & Julia de FUNES - Ed. de l’Observatoire

La comédie (in)humaine ; comment les entreprises font fuir les meilleursLes collaborateurs… ont besoin de formations utiles, d’autonomie, d’autorité et de sens.

Les entreprises sont passées d’un management paternaliste, vertical et autoritaire, à un management infantilisant, mâtiné de bienveillance et de démagogie.

La complexité à l’intérieur de l’entreprise (la « complication », mesurée par le nombre de procédures, de niveaux hiérarchiques, d’interfaces, d’organes de coordination, de process, de reporting et de contrôle…) croît beaucoup plus vite que la complexité à l’extérieur de l’entreprise.

C’est, par exemple, le cas des mutuelles d’assurances, dont certaines sont rongées par les réunions, les process, les chiffres. La réglementation, qu’elles critiquent, les a en réalité protégées et leur a offert le loisir de développer des gouvernances et des organisations d’une redoutable inefficacité.

Les entreprises doivent valoriser l’intelligence, le courage, alors que les comportements lâches sont légion et que les équipes sont apeurées. Les salariés ont besoin d’autonomie, de franchise et de sens, pas de bons sentiments, de novlangue et de jeux récréatifs.

Le management « adulte », positiviste, adapté, est celui de l’autonomie au service d’un objectif sensé. Les entreprises du XXIème siècle doivent, pour ce faire, valoriser cinq qualités : la capacité à innover, l’audace, l’efficacité, le courage et la réflexion.

Le marketing est au cœur d’une transformation radicale…Demain, l’interprétation du big data par l’intelligence artificielle aura tué le business classique des études marketing… Les compétences clés seront la capacité à formuler une problématique, la créativité, l’audace et le courage de prodiguer des conseils intelligents et de convaincre qu’ils sont pertinents.

L’homme peut s’adapter et il est capable d’embrasser une vision holistique, systémique. Ce sont ces qualités qu’il doit renforcer et valoriser : voir largement, penser globalement.

Malgré ces évolutions technologiques, l’entreprise n’a pas disparu et le travail indépendant n’est pas devenu la règle. En France, 2,8 millions de travailleurs non salariés sont référencés par l’Insee, soit 12% de la population active.

Mais aujourd’hui, la capacité à innover, à être audacieux, à générer des idées intelligentes…n’est plus directement liée à un temps de présence sur un lieu donné. La quantité de travail importe, mais c’est au salarié «autonome» de déterminer quand et où il travaille le mieux.

Les entreprises se gargarisent d’autonomie et d’innovation, mais, au-delà des contraintes légales, elles restent attachées à une idéologie du contrôle et de la surveillance, difficilement compatibles avec l’entreprise efficace du XXIème siècle.

L’entreprise, en proposant tous types de services pour ses collaborateurs, y compris les plus privés, empiète sur leur espace intime…Ces cages dorées sont des injonctions au bonheur et au bien-être, mais servent surtout à «gérer» intégralement le salarié.

Le réalisme consiste à laisser de l’autonomie dans une organisation simple au service d’un projet que tout le monde doit servir.

Les entreprises évoquent en permanence l’audace, l’initiative, la créativité, l’innovation, mais l’obsession du collectif les empêche parfois de les pratiquer. Encore une injonction contradictoire!… Il n’y a rien de plus urgent pour l’entreprise que de laisser ses collaborateurs se concentrer, seuls, dans un bureau, résoudre des problèmes, trouver des solutions, au service du projet commun…

La complexité et la complication sont les symptômes d’un état d’esprit profond, qui émane de la société tout entière, marquée par une prolifération des peurs.

La réglementation au niveau politique et administratif et l’esprit de contrôle et de surveillance au niveau de l’entreprise s’aiment sans le dire et se fécondent tous deux pour donner naissance à des organisations où l’autonomie n’est plus qu’un mot et l’entrepreneuriat un concept.

C’est cette éthique du risque, de responsabilité, qui permet d’entreprendre, d’investir, d’innover et de changer…Le risque tempéré par la prudence est nécessaire à une vie réussie, à une entreprise réussie.

Agir n’est pas appliquer. L’action n’est ni l’agitation, ni l’application. Elle intègre les aléas qui la perturbent.

On ne déplace pas les montagnes en solitaire. Seul un groupe humain emmené par un chef charismatique, habité par le bon sens et une ténacité insubmersible, peut accomplir de grandes choses. Le numérique n’a pas tué l’organisation, il l’oblige à évoluer et à cultiver l’intrapreneuriat, cet «entrepreneuriat de l’intérieur».

L’imposture des «coachs» en leadership.

Les dirigeants doivent construire leur autorité sur leur compréhension personnelle des situations, des êtres qu’ils encadrent et sur le courage de décider malgré le cours imprévisible des événements.

Entre les deux, il y a le travail joyeux mais rigoureux, qui ne fait pas de l’entreprise une «pouponnière», ni de ses salariés des bébés. Le management «adulte» et responsable fait moins de l’aménagement de son territoire que de l’autonomie de ses salariés la condition première de son efficacité. Mais aujourd’hui, la mode est au «fun»…

La confrontation avec le réel, l’analyse et l’action, qui supposent un travail, des lectures, une réflexion, est remplacée par ce management juvénile, qui consiste à faire du loisir une loi d’existence, du plaisir un principe de réalité et de l’émotion compassionnelle une bonne conscience.

La morale utilitariste envahit nos sociétés, ce qui se traduit par l’obsession du bien-être…L’entreprise est le lieu de l’effort, du travail, de l’investissement, du risque mais pas du bonheur.

Nous constatons malheureusement que, trop souvent, le baby-foot, les plantes vertes et la méditation express du midi se substituent au projet, au travail et au sens.

C’est quand le sens est absent et que l’amour du travail bien fait s’érode que les entreprises se perdent en objectifs multiples et insignifiants et mobilisent maladroitement des dérivatifs comme le jeu et le bonheur.

Le management doit développer trois notions : la simplicité, l’autonomie et la culture.

La confiance ne saurait se réduire à un contrat. C’est au contraire la défiance qui entraîne un besoin obsessionnel de contrats…Le contrat repose sur une logique de protection réciproque. Les relations de confiance, à l’inverse, acceptent une logique asymétrique: j’accorde ma confiance sans avoir la certitude qu’elle sera payée de retour ; je me place dans une position de dépendance à l’endroit de l’autre ; je suis vulnérable face à autrui…Accepter l’incertitude est donc l’une des premières conditions de la confiance.

Les dirigeants et managers perçoivent mal que le courage n’est pas une vertu sacrificielle. Elle protège l’entreprise. Elle maximise ses chances de survie. Elle est le meilleur outil de régulation…Elle est tout à la fois instrument de leadership et de gouvernance. Elle se diffuse par mimétisme, partant de l’exemplarité des leaders. Le courage est l’outil indispensable au service du sens et de l’avenir.

Le brainstorming fantasme l’horizontalité et l’égalité. C’est la raison pour laquelle il ne donne jamais rien…Le topique est ce à quoi aboutit le brainstorming: un florilège d’opinions diverses souvent sans intérêt.

Dans la réalité de l’entreprise, le brainstorming ressemble davantage à une flatterie démagogique qu’à un discours constructif. C’est la raison pour laquelle il ne donne presque jamais de résultats.

Le mantra de Facebook était « Relier le monde », celui de SpaceX pourrait être «Amener les humains sur Mars». Un laboratoire pharmaceutique afficherait «Tuer le cancer». Le nôtre serait «Des idées pour progresser».

Le rôle explicite des managers ne doit pas être de défendre un silo ou un service mais, au service d’un projet collectif, de faciliter la fluidité de la communication dans la globalité de l’entreprise.

Rédiger un bon narratif de quatre pages est plus difficile qu’écrire un Powerpoint de 20 pages, car concevoir la structure d’un bon texte oblige à une meilleure identification et compréhension de ce qui est important et de la façon dont les choses sont reliées.

Au lieu de faire de la pâte à modeler et des loisirs créatifs, enrichissons la pensée, nuançons les mots, apprenons aux salariés à écrire correctement pour affûter les esprits, les rendre plus performants, plus riches en vocabulaire et donc en idées précises.

Supprimer la charte éthique ou ne conserver que le courage…Dans le cadre de l’entreprise, le mantra + le courage valent tous les engagements éthiques.

Supprimer les activités ludiques des séminaires d’entreprise…Ces derniers doivent être considérés comme des moments de rencontre et d’échange studieux, conviviaux et joyeux.

«Sapere aude» (Ose savoir)…Gardons toujours à l’esprit qu’une collectivité est humaine (et non inhumaine comme peut l’être un système totalitaire) quand elle est composée d’une pluralité d’êtres reconnus comme pensants, quand ses membres visent un sens commun et mènent pour cela des projets.

Au fond, nous plaidons avant tout pour un retour du sens et du bon sens. Pensons, travaillons, innovons dans la joie et la convivialité ! Aimons l’aventure et ayons du courage, condition de la justice, de l’efficacité et de la réalisation de soi.

 

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Emetteur du florilège : François C.