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Les verbatims de François

MACRON LA VALSE FOLLE DE JUPITER de Jean-Marc DANIEL - L’Archipel 2018

Macron, la valse folle de Jupiter Emmanuel Macron s’est engagé dans un processus où il est conscient de la nécessité du changement, de la transformation selon son expression, mais où il ne fait les choses qu’à moitié, accumulant les retards et comptant sur l’oubli et la fumée répandue par sa communication à la fois institutionnelle et personnelle en vue de masquer son inaction relative.

Au point où nous en sommes, Emmanuel Macron s’est transformé en un libéral américain: il accepte l’économie de marché, mais l’accompagne d’un État intrusif.

I. Ricoeur et rancœur ou la gloire du traître

Cette vie comporte plus de déconvenues et de fragilité que l’on veut bien nous le faire croire…Cela peut se révéler positif pour notre pays si Macron veut, au travers de sa présidence, effacer aux yeux de l’Histoire et de lui-même ces déconvenues et les mesquineries dont il a pu faire preuve.

Notre conviction est en effet que, si la tendance des premiers mois se confirme, Emmanuel Macron prend sérieusement le risque de subir le sort qui fut celui de son lointain homonyme –là encore de façon symbolique et exclusivement politique- c’est-à-dire qu’il ne sera pas réélu.

2. Le macronisme en campagne

Dans sa campagne, Macron a cherché à rompre avec cette approche caractéristique des mouvements issus de la gauche dans laquelle un projet flou et verbeux rassure les militants tandis qu’un programme sans envergure permet d’engranger les électeurs.

Nous proposons donc de classer les gauches en France en une gauche feuillante, au discours et à la pratique réformistes, au projet et au programme réalistes ; une gauche girondine, au discours révolutionnaire et à la pratique réformiste, au projet utopique et au programme démagogique ; et une gauche montagnarde, au discours et à la pratique révolutionnaires, au projet violent et au programme irréaliste.

Dans les pays dits socialistes d’autrefois, l’organisation planifiée de l’économie entretenait un gigantesque marché noir et tous les réformateurs qui proposaient des remèdes pour le faire disparaître arrivaient à la conclusion que le plus sûr moyen d’y parvenir était de réintroduire le marché, c’est-à-dire la liberté de créer des entreprises et d’en assurer la gestion dans le but de réaliser des profits.

Le paradoxe est que les «montagnards»-i.e. la France insoumise et ce qui reste du parti communiste-, qui se disent progressistes, sont en réalité des conservateurs militants… Le monde patronal français reste peuplé de conservateurs foncièrement antilibéraux.

Macron parle en septembre 2015 d’une société française engluée dans la rente, les monopoles et la défense des insiders, i.e. de tous ceux qui réussissent par des statuts ou des dispositifs contraignants dans la gestion de l’emploi à se protéger des aléas économiques.

Entre 2014 et 2016, Emmanuel Macron construit et égraine un projet feuillant, i.e. en langage plus moderne, social-libéral dont la composante libérale est à la fois affirmée et assumée.

3. Le macronisme en action: premiers éléments

L’économie française enchaîne des cycles d’une durée de sept à neuf ans, dont les années les plus défavorables, années de ralentissement, voire même de récession, furent 1975, 1983, 1993, 2001 et 2009. Le problème de la France est que, simultanément, son taux de croissance potentielle n’a pas cessé de reculer. Dans les années 1960, il était de 5%, dans les années 1970 de 4%, dans les années 1980 de 3%, dans les années 1990 de 2% et, depuis 2000, il se situe entre 1,5 et 1%.

C’est à la résolution des problèmes structurels du pays que le président Macron doit se consacrer en priorité: 1. La persistance d’un chômage élevé ; 2. L’absence de maîtrise des finances publiques ; 3. Un important déficit extérieur.

Porter un jugement sur les débuts d’Emmanuel Macron revient à s’interroger sur l’adéquation de la politique qu’il mène face à un héritage où le haut de cycle masque les limites du rebond de l’économie française, d’une économie en sous-emploi et marquée par les déficits jumeaux (budgétaire et commerce extérieur).

4. Le macronisme en action: rétablir la croissance potentielle

Par essence, l’État détourne à son profit une partie de la capacité de dépense du secteur privé. Ce détournement n’a de raison d’être que si la dépense publique a une utilité sociale supérieure à la dépense privée qu’elle empêche.

Cette prolifération morbide d’impôts est devenue une des composantes du « mal français » auquel il est urgent de s’attaquer.

En introduisant dans la vie des entreprises des obligations floues, voire contradictoires, on les fragilise. Enfin et surtout, le fait qu’à force de contraindre les entreprises, on porte atteinte à cet élément clé de leur fonctionnement et par-delà de la démocratie qu’est le droit de propriété.

Retraites. Le constat est simple, à savoir que la France, qui consacre 14% de son PIB à payer des retraites, est le pays de l’OCDE, après l’Italie, où ce poids est le plus élevé… Si le système accumule les déficits, c’est que l’on donne trop ou que l’on ne prend pas assez.

Toutes les astuces de langage plus ou moins alambiquées n’empêcheront pas que sortir de cet inconcevable déni sur l’âge de départ à la retraite est inévitable.

5. Le macronisme en action: redresser les finances publiques pour gérer le cycle

E. Philippe «La vérité, c’est que quand nos voisins allemands prélèvent 100 euros en impôts et en dépensent 98, nous en prélevons 117 et en dépensons 125. Qui peut penser que cette situation est durable?».

Chaque année, la France dépense 42 milliards d’euros pour rembourser ses intérêts. 42 milliards, c’est plus que l’intégralité du budget de la Défense nationale, c’est cinq fois le budget de la Justice.

Pendant la décennie de 1980 à 1990, les dépenses publiques ont représenté en moyenne 49,8% du PIB, 52,8% entre 1990 et 2000, 53,7% entre 2000 et 2011 ; et le quinquennat de François Hollande s’est terminé par un poids de 56,4% en 2016.

La dette publique représentait 99,2% du PIB au moment de l’élection d’Emmanuel Macron alors que son poids était de 20,7% en 1980.

Le bilan de ces allers et retours, allant de «coups de menton» économiques keynésiens justifiés par des discours sur le «modèle social français» à des corrections libérales inscrites dans le sens des attentes bruxelloises, est l’effritement de la crédibilité européenne de la France.

Redéfinir les missions de l’État, pour passer de la technique dite du rabot à celle dite du sécateur (qui consiste à «couper des branches», i.e. à redéfinir le périmètre de l’action publique).

Pour une nouvelle politique, il faut de nouvelles équipes. Et nous avons plus besoin d’une nouvelle politique budgétaire que d’une nouvelle politique de défense.

Le problème de la gestion de l’État n’est pas celui de la dépense publique, mais celui de la rente publique, i.e. de secteurs de l’administration qui, échappant à la concurrence, en profitent au nom du service public pour garantir à leurs gestionnaires des revenus indus.

Si l’on veut réduire le nombre de fonctionnaires, il faut savoir qu’il faudra affronter les syndicats conservateurs de la fonction publique. Pour l’instant, rien ne bouge.

6. Le macronisme en action: dignité nationale

Du fait de son impéritie budgétaire, Emmanuel Macron va devoir subir le cycle sans être en capacité d’en limiter l’impact…Apparemment, il compte sur le redressement en profondeur de l’économie pour contrebalancer les soubresauts conjoncturels. Son problème est que, malgré la reprise incontestable de l’investissement constatée en 2018, il n’est pas sûr que les mesures prises sur le marché du travail réduisent significativement et surtout rapidement le chômage.

Trois limites du macronisme en action : 1. Sa capacité personnelle à identifier les hommes utiles ; 2. Le peu de fidélité qu’il suscite ; 3. L’inexistence de relais politiques auprès de l’opinion, de militants aguerris prêts à protéger et à défendre sans barguigner le président de la République en cas de coup dur.

L’impression qui se dégage du groupe parlementaire d’En marche ! est qu’il est constitué d’une collectiuon d’hommes et de femmes dont on ne sait pas d’où ils viennent et qui ne savent pas où ils vont.

Dans les commentaires sur la haute fonction publique, on n’évoque guère le fait que Bercy ait été incapable de construire un budget à l’équilibre depuis plus de quarante ans.

Conclusion

Emmanuel Macron engage des procédures qui ne vont pas jusqu’à leur terme, ouvre des chantiers qui s’enlisent sans que personne ne comprenne où tout cela conduit.

Quatre points essentiels. Il lui faut : 1. Renforcer la concurrence ; 2. Faire du marché du travail un vrai marché : passer d’un cadre très contraignant à une logique contractuelle ; 3. «mieux dépenser» : utiliser les dépenses publiques pour améliorer la situation des plus défavorisés ; 4. Respecter nos engagements européens sur le plan budgétaire.

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Émetteur du verbatim : François C