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Les verbatims de François

«Il faut dire que les temps ont changé…» - Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète de Daniel COHEN - Albin Michel

https://images.epagine.fr/440/9782226437440_1_m.jpg L’espérance d’un avenir radieux a laissé place à la nostalgie d’un passé magnifié.

Toute la question est évidemment de savoir si le remède ne sera pas pire que le mal. Les robots vont-ils remplacer les humains et accroître la misère ? Le travail à la chaîne laissera-t-il place à une taylorisation des esprits, via Facebook et Netflix ?

Première partie PARTIR, REVENIR

I. Mythologies modernes

Les sixties marquaient bien davantage que le point culminant d’une phase de croissance. Un bouleversement beaucoup plus fondamental était en train de s’accomplir : la chute de la société industrielle allait vraiment se produire. Les trompettes de Jéricho embouchées en Mai allaient faire tomber, contre toute attente, les murs de l’ancienne forteresse. Les soixante-huitards n’y sont évidemment pour rien. Ils ont davantage flairé sa fragilité qu’ils n’ont été responsables de son effondrement. Un cycle totalement inédit était en train de s’ouvrir, rongé par une perte de sens, et qui allait mettre cinquante ans à se déployer.

Dans son livre Les Contradictions culturelles du capitalisme publié en 1976, le sociologue américain Daniel Bell analyse le capitalisme comme une tension permanente entre la sphère de la production, qui est habitée par un idéal d’ordre et de renoncement, et celle de la consommation, du marketing et de la publicité qui offrent des images de «glamour et de sexe, et font la promotion d’une manière hédoniste de vivre». L’une pousse à l’obéissance, l’autre à l’épanouissement. Vient un moment où elles ne parviennent plus à cohabiter.

II. Illusions perdues

1973 devait être la dernière année faste. A partir du milieu des années soixante-dix, les pays avancés allaient faire l’expérience d’une désillusion amère…La prospérité matérielle qui semblait acquise, voire excessive, devenait soudain incertaine.

L’assassinat de Moro en 1978 marque le paroxysme de la violence politique en Italie. On a appelé «années de plomb» la décennie mortifère des années soixante-dix…Tout au long des années soixante et soixante-dix, le nombre des homicides explose dans la plupart des pays riches, multiplié par un facteur 2,5 aux Etats-Unis et en Europe.

La violence criminelle des années soixante-dix a fini par abîmer la contre-culture des sixties. C’est elle qui allait, pour partie, déclencher la contre-révolution conservatrice, annoncée comme un retour à l’ordre moral tout autant que comme une solution à la crise économique.

III. La révolution conservatrice

La force de Reagan a été de rassembler dans un même programme les classes populaires (blanches) et les élites de Wall Street. Il a fédéré ses partisans autour d’une idée simple : le travail est salvateur.

L’économiste Benjamin Friedmann a montré…qu’il existe un formidable parallélisme entre les phases de croissance économique et l’essor des idées « progressistes ».

 

Deuxième partie LES TEMPS DÉGRADÉS

IV. L’adieu du prolétariat

Les classes populaires ont pris de plein fouet la dissolution de la société industrielle, qui, malgré ses défauts, avait au moins cet avantage de créer un habitat social intégrateur. Le sociologue Max Schuler a élaboré une théorie du ressentiment, dont le populisme a été l’expression parfaite. Il l’analyse comme un phénomène spécifiquement moderne, intrinsèque aux sociétés où l’égalité formelle entre les individus coexiste avec des différences spectaculaires en termes de pouvoir, d’éducation, de statut et de patrimoine, qui deviennent tout à coup insupportables quand on comprend qu’elles ne se réduisent pas.

V. La phobie migratoire

Aujourd’hui, les emplois les moins « flatteurs » de la société contemporaine –restauration, gardien de sécurité, commerce, aide aux personnes âgées- sont ceux qui vont aux immigrés. C’est ce qu’on appelle les bullshit jobs, dont les autochtones ne veulent pas, et que les immigrés de la première génération font partout, et auxquels ceux de la deuxième génération aimeraient échapper…Les immigrés représentent bien davantage qu’un enjeu économique. Boucs émissaires d’une société en crise, ils sont devenus le point de fixation de la violence contemporaine.

Comme le dit Pinker, à l’aune de la violence des punks, metal, gothiques, grunge, gangsters, hip-hop, les Rolling Stones feraient aujourd’hui figure de groupe caritatif…Les réseaux sociaux sont eux aussi devenus un réservoir de haine.

Daech a pris, à sa manière, possession d’Internet. Sa filmographie est directement inspirée des jeux vidéo. Ses recrues sont les digital natives du monde occidental, à qui on promet une place au paradis mais aussi et surtout une place dans l’imaginaire numérique.

 

Troisième partie RETOUR VERS LE FUTUR

VI. Le grand espoir du XXIème siècle

Tandis que s’effondraient la société industrielle et les infrastructures sociales qui la soutenaient, l’ascension de la société digitale progressait irrésistiblement.

C’est bien l’homme qui est au cœur de la société postindustrielle, mais un homme qui a besoin d’être préalablement numérisé pour épancher la soif inextinguible de croissance des sociétés modernes.

Le logiciel apprend seul, en jouant contre lui-même, au départ comme un débutant, puis de mieux en mieux, en utilisant ses propres « synapses », sa propre mémoire, pour acquérir de l’expérience, jusqu’à surclasser l’homme, grâce à des stratégies auxquelles aucun humain n’avait pensé auparavant.

La liste des progrès réalisés par les logiciels donne le vertige. On peut désormais tenir une puce, de la taille d’un grain de riz, entre le pouce et l’index, pour suivre à distance les malades atteints d’Alzheimer, ou pour s’identifier soi-même face à un robot…

Quel que soit le secteur considéré, moins la firme emploie de personnels, plus elle réussit…Le modèle de la «firme superstar» s’impose, avec un trait récurrent, celui du «winner takes most»: «le gagnant prend (presque) tout».

Dès qu’un problème est subtil et mêle plusieurs objectifs à la fois, il est inéluctable qu’un programme aveugle privilégie un objectif au détriment de l’autre…C’est lorsque l’ambiguïté est grande que les robots échouent.

VII. Génération Iphone

Il semble que l’effort pour participer au réseau, y trouver sa place, y être reconnu, soit l’annonce d’une servitude nouvelle davantage que la promesse d’une libération. Au grand miroir des réseaux sociaux, chacun cherche à magnifier la construction d’un être visible aux autres.

L’envers du média social est une insécurité sourde, la crainte d’être rejeté, de ne pas être à la hauteur de cette course au awesome, au «génial» ! »

Comme dans le film Matrix, le monde virtuel tend à remplacer le monde réel. Il faut des pannes électriques pour que le vrai cesse d’être «un moment du faux», comme disait Guy Debord dans La Société du spectacle.

Le monde numérique est celui de l’infini indéfini, où tout passe, rendant impossible une réflexion critique. Se présentant comme l’héritière d’une tradition individualiste, la culture numérique a construit un être hybride, de réseaux et d’algorithmes. Les individus passent plus de temps à médiatiser l’événement qu’à le vivre.

De nouvelles régulations, de nouvelles critiques sociales et artistes, doivent être conduites pour éviter que le monde numérique ne nous enveloppe entièrement dans son réseau de surveillance et d’addictions.

Gorz A. «Le capitalisme a ôté le désir ou le pouvoir de réfléchir aux besoins «véritables» de chacun, de débattre avec les autres des meilleurs moyens de les satisfaire et de définir souverainement les options alternatives qui pourraient être explorées.»

 

Conclusion : De Dylan à Deepmind

Schiavone A. « Nous avons besoin d’un nouvel humanisme, constructeur d’une rationalité intégrée et globale, à la mesure de nos responsabilités. Nous ne pouvons laisser la technique, et le réseau de pouvoirs dont elle est traversée, décider sans médiations des formes de la vie qu’il nous est donné de vivre. Il apparaît de plus en plus nécessaire de trouver un point d’équilibre qui, tout en intégrant le lien entre technique et marché, sache se placer en dehors de lui, qui permette d’élaborer ce qui apparaîtra comme un bien commun »

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Emetteur du verbatim : François C