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Les verbatims de François

Cinquante nuances de guerre de Pierre Servant - Robert Laffont

https://images.epagine.fr/419/9782221193419_1_m.jpg «Les damnés de Mossoul» Tout n’est que chaos : moteur en flammes, camions criblés de balles, façades noircies, bidons éventrés, bennes défoncées, pylônes électriques couchés…La vie tente de s’extraire de cette masse de ferraille hostile…La vie humaine ravalée au rang de détritus, avalée par le grand démon du fanatisme religieux.

Le monde se fractionne et revient à la logique psychologique du duché, du marquisat, de la principauté, du califat.

L’ONU dénombre une trentaine d’Etats faillis (sur 193) et place cent vingt pays sur la liste rouge d’alerte pour cause d’instabilité chronique.

Les manœuvres de déstabilisation des Etats se feront plus fréquentes grâce aux armes de précision à longue portée, aux attaques en ligne (cyberguerre), aux systèmes robotisés permettant d’atteindre des cibles très lointaines et à la facilité croissante avec laquelle il sera possible de se procurer les techniques nécessaires à la création d’armes de destruction massive.

Première partie COMME UNE ENVIE DE BARBARIE

La barbarie monte de toutes parts et la civilisation marque le pas ou recule franchement. Le monde est à nouveau saisi d’une formidable envie de repli barbare, de recherche identitaire par rejet de la tribu des « autres ».

Assécher le terrain de la barbarie, c’est aussi se battre au plus près de soi sur ce terrain du sens, des valeurs, de la spiritualité (comprise dans son acception la plus large).

1. Recherche d’identité

Il y a dans l’air une envie frénétique de club à l’anglaise, fermé, sélectif et barricadé avec sur la porte un panneau subliminal ou explicite : »interdit aux »…ou « autorisé à »…

A travers la planète, des millions de personnes se sentent en voie d’expropriation : de leur terre, de leur culture, de leur maison natale, que cela soit une réalité (crises économiques, guerres, terrorismes, purification ethnique ou religieuse, peuples sans Etat : on pense aux Palestiniens et aux Kurdes) ou juste une crainte (« Je ne suis pas menacé mais je vais l’être à coup sûr »).

La montée de la pulsion identitaire –à travers une quête « religieuse » extrémiste- innerve toute la planète et toutes les religions.

2. Climat religieux tempéré…menacé

L’Indonésie (255 millions d’habitants dont 87% de musulmans) a vu progressivement sa tradition de pays tolérant et du juste milieu en matière religieuse remise en cause.

Ce qui pend au nez du premier pays musulman du monde, c’est une pakistanisation qui créerait des zones de non-droit contrôlées par les islamistes radicaux.

Chaque fois que l’on pose sa loupe sur une des terres du djihad, on trouve inlassablement les mêmes facteurs délétères : corruption des élites, mal-gouvernance locale, effondrement des services publics (notamment les soins ou les infrastructures), abandon d’une partie de la population par le pouvoir central, clanisme exacerbé, refus d’appliquer les accords de réconciliation, religion instrumentalisée, salafisme galopant, éducation faible ou inexistante (en dehors d’un enseignement coranique dévoyé par le wahhabisme), etc.

3. Bombes à fragmentation

Le génocide des yézidis a suscité dans le monde une indignation relativement mesurée.

Au début du XXème siècle, les chrétiens d’Orient représentaient 20% de la population du Moyen-Orient. Ils ne sont guère plus de 2 à 3% aujourd’hui.

L’Orient perd sa richesse humaine et culturelle : la lumière des juifs, des chrétiens, des yézidis s’efface, emportant avec elle dans la tombe ou l’exil la vitalité de cette terre.

La ville de Karakoch (près de Mossoul) est à elle seule un résumé de ce qui se passe dans cette région où ressentiments, haines recuites, guerres des religions, affrontements mafieux se mêlent sous le regard des grands parrains de ce conflit régional.

4. Éradiquer le pluriel

Stupéfaits, les Européens ont assisté en 2017 à la montée en puissance en Espagne d’une détestation de l’autre, devenu étranger à « sa » patrie.

MV Llosa « La passion peut être destructrice et féroce quand l’animent le fanatisme et le racisme. La pire de toutes, celle qui a causé le plus de ravages dans l’histoire, c’est la passion nationaliste. »

5. La chimère de l’ «ère nouvelle»

Le scrutin kurde d’autodétermination du 25 septembre 2017, histoire d’une pitoyable déconfiture kurde lourde de frustrations et de futurs affrontements.

Le résultat des premiers grands référendums sauvages de 2017 est catastrophique. Il laisse des pays déchirés, emplis d’amertume, l’un des camps attendant avec impatience le match retour pour prendre sa revanche. Le vent du sécessionnisme divise les peuples et délite « le vouloir vivre ensemble » cher à Renan. Il est lourd de sombres menaces.

6. La guerre des mémoires

En Pologne, le fossé est désormais infranchissable entre les conservateurs eurosceptiques au pouvoir et les libéraux pro-européens. Parmi les sujets de discorde : l’histoire nationale, devenue enjeu de combats mémoriels furieux.

C’est tellement nul que c’est bien

Réécrire l’histoire…signe en creux une attente : celle de populations qui se sentent menacées dans leur histoire par le poids d’une géographie débridée, sans limite ni frontière. Dans le noir de temps chaotiques, ils veulent pour avoir moins peur qu’on leur raconte des…histoires.

Le monde est devenu « religieux » à la façon des télévangélistes et des adeptes de Daech : incantations, condamnations et diabolisations sont leurs mamelles.

La révolution numérique, en diffusant les messages de la « nouvelle » vérité, en nivelant les discours (le pire est véhiculé plus aisément que le propos des « sachants » et « savants »), facilite la propagation de la sottise érigée en pensée ultime.

Donald Trump a été formidablement servi par la Toile, lieu impavide de propagation mondiale du « mentir-vrai ».

Deuxième partie COMME UNE ENVIE DE TYRANNIE

1. Le Fils du ciel et du dérèglement mondial

Assise sur le dogme d’infaillibilité maoïste, la Chine serait-elle en train de devenir une sorte de « Vatican » marxiste-léniniste, les porte-avions en plus et l’humilité du pape François en moins ?

Xi Jinping ne fait que picorer la pensée de Confucius. Il s’en sert d’abord comme de maximes qui lui sont utiles pour expliquer le sens de son action dans le cadre d’une « dictature éclairée ».

Il est le calme, Trump est l’agité. Cela ferait presque oublier la nature même d’un régime chinois qui reste répressif, ultranationaliste et marxiste, bref structurellement tyrannique, même s’il sait se montrer extrêmement manœuvrier et très entreprenant sur le plan du commerce international.

Pékin considère que l’Occident est devenu une pierre « molle », donc facile à travailler, à pénétrer.

Le PCC devient l’instrument de guerre idéologique du président chinois. La primauté du chef ne peut plus être désolidarisée de celle du Parti.

Le goulag chinois a de beaux jours devant lui, car il est clair que le régime de Xi entend faire mentir l’adage qui veut que le développement économique intérieur d’un pays s’accompagne d’un assouplissement du contrôle politique et d’une extension des libertés publiques.

2. La revanche de l’ «homme malade»

Dans la foulée du coup d’Etat en Turquie de juillet 2015, ce sont cent mille personnes qui ont été limogées, dont trente mille enseignants, avec une brutalité inouïe.

Parmi les marqueurs qui font d’un leader un tyran, celui de l’instabilité et de la réversibilité de ses alliances diplomatiques ou amicales émerge.

La mondialisation de la communication et de l’information a un terrible impact : les mauvais exemples se propagent très vite et font envie à des populations fragiles en quête de mâles dominants. En Serbie comme en Croatie, les idoles internationales ont pour noms : Trump, Orban (Hongrie), Wilders (Pays-Bas), Le Pen (France), Lindner (Allemagne), etc. La mondialisation facilite les effets miroirs et les phénomènes de contagion.

3. Nostalgies mémorielles

L’on ne comprend rien à la politique poutinienne sans prendre en compte une sorte de double nostalgie impériale qui a un large écho dans une partie de la population russe qui s’est sentie profondément déclassée après la chute de l’Empire soviétique.

4. Quand les Sassanides dictent à nouveau l’histoire du Moyen-Orient

Les Sassanides : cette civilisation puissante et érudite a régné pendant plus de quatre siècles (224-651 après J.-C.) sur un immense empire englobant l’Iran actuel, les territoires regroupés dans l’Irak d’aujourd’hui, l’Arménie…De défaite en défaite, l’Empire sassanide s’est effondré sous les coups de boutoir de la nouvelle foi armée : l’Islam.

Très investie en Iran et ailleurs dans le monde, la Chine cherche à tout prix à éviter des confrontations militaires directes qui gêneraient son grand projet d’expansion mondiale pour les cinquante ans à venir.

Jérusalem. En choisissant à travers un symbole détonant un camp contre l’autre, Washington abandonne la posture de médiateur de bonne volonté du conflit israélo-palestinien.

Soleimani. Il est l’un des maîtres d’œuvre et d’ouvrage en Iran de la forteresse chiite, développant sur place une activité aussi bien militaire, financière que diplomatique.

5. Traitement de choc pour l’Arabie saoudite, Etat schizophrène

L’écrivain Kamel Daoud parle à son propos d’un « Etat schizophrène », tout sourire en Occident et des plus barbares à la maison, avec décapitations publiques et discours de haine contre Israël, les apostats et les mécréants.

Ce pays qui, depuis les années 1970, a gangrené à coup de pétrodollars le monde sunnite d’un fondamentalisme abrutissant.

Fin 2017, médusés, les observateurs ont assisté à la mise sur pied d’une sorte d’axe anti-Perse : il fédère les Etats-Unis, l’Arabie saoudite (et les pays du Golfe, moins le Qatar) et Israël.

6. Moscow : the place to be

Dans le choc des icebergs nationalistes et la fonte des banquises étatiques, l’ours russe a prouvé que sa corpulence naturelle et sa diète récente ne l’avaient en rien handicapé.

Poutine a fait preuve au Levant d’un sens aigu des opportunités à saisir. Il a magistralement raflé la mise en sauvant Bachar et le clan alaouite d’un effondrement total.

Maestria diplomatique, cynisme politique, brutalité guerrière et sens affiné de la tactique ont permis au dictateur russe de se replacer au centre de la partie en peu de temps alors que son pays traversait une crise économique sévère à cause de l’effondrement du prix du baril de pétrole.

Ce que Poutine veut, c’est assurer la permanence de ses bases syriennes navale et aérienne en Méditerranée pour préserver son débouché vers les mers chaudes et y damer le pion à l’omnipotente Amérique.

7. L’atome des mollahs

Le monde est à la fois fortement fragmenté, sans polarité reconnue, et très relié…Dans ce contexte complexe, de quoi rêvent certains tyrans ? De l’atome ! C’est la garantie suprême, l’assurance-vie, la sanctuarisation garantie et, peut-être, la promesse d’une hégémonie par la terreur sur sa zone de convoitise.

8. Hiroshima mon amour

Kim Jong-un fait jeu égal avec les Etats-Unis, du moins dans l’invective.

Jusqu’où ira Kim Jong-un ? Que fera le président américain ? Que veut la Chine ? Ce sont trois questions majeures pour ce début de siècle.

La prudence commande de ne pas tout miser sur la raison dans un monde drogué à l’hyper-nationalisme. Le suicide collectif peut aussi faire partie de la panoplie d’une dictature ou d’une pensée jusqu’au-boutiste.

La Corée du Sud est la sixième puissance économique mondiale.

9. Le piège de Thucydide

Graham Allison : l’axe de sa réflexion le pousse à considérer que les grands décideurs sont loin de prendre des résolutions majeures d’une façon rationnelle…. » C’est la montée en puissance d’Athènes et la peur que cela a instillée chez Sparte qui ont rendu la guerre inévitable »

La frénésie d’irrationnel qui a saisi notre époque. La raison est balayée quotidiennement, y compris en Europe, au profit de la furie, de l’exclusion, du propos vindicatif, de la malhonnêteté intellectuelle, du sécessionnisme…Nous sommes entrés dans un temps d’hystérisation.

Les virus sectaires, mafieux, idéologiques sont proliférants. Ils s’attaquent aux parties faibles du monde. Elles sont nombreuses, comme on l’a vu.

Troisième partie COMME UNE ENVIE DE France…ET D’EUROPE

1. Discorde chez les « amis »

La France a péché longtemps par aveuglement sur le phénomène salafiste et sur le fait que la victimisation systématique des musulmans ne permettait pas de voir la progression du mal.

Certains courants de pensée se sont faits les alliés objectifs du salafisme, les aidant, par leurs postures idéologiques, à consolider une non-envie de France.

Pour le salafisme de combat, toutes ces fractures sont les bienvenues : c’est « la discorde chez l’ennemi » (titre d’un livre du général de Gaulle).

Tant que la menace du salafisme de combat (religieux, politique et djihadiste) n’aura pas été éradiquée, il continuera son travail de sape des démocraties et de pollution religieuse d’une partie de la planète.

Mais il y a bien une unicité politico-religieuse de référence à tous ces mouvements qui servent une seule cause : la volonté d’imposer à la planète un islam radical régissant tous les aspects de la vie des hommes sans exception (la charia).

2. Influence

« l’effet BTP » joue pour Macron et pour une nouvelle dynamique européenne : BTP pour Brexit, Trump, Poutine. Ce triptyque chaotique a pour effet de stimuler la diplomatie française et met l’Union européenne sous tension positive pour aller de l’avant. Chacun a conscience désormais, à Paris comme à Bruxelles, qu’il faut défendre et renforcer un modèle humaniste, démocratique, libéral et progressiste qui prend eau de toutes parts ailleurs dans le monde.

3. Locataire…contre propriétaire

Corporatisme, conformisme, cloisonnement et clonage des élites ont toujours affaibli le pays et précipité ses défaites. Parmi les pistes possibles pour s’opposer à ces « 4C », il y en a une qui nous semble cardinale : celle que nous appelons le « collaboratif créatif à commandement »…

4. Liberté, Maturité, Fraternité

Miser sur la résilience, la maturité et le courage face aux cinquante nuances de guerre qui assaillent la planète.

5. Europe, le sursaut ou le sursis

La mémoire redevient un vecteur de confrontation. Le nationalisme pointe son nez. Pourtant, la dynamique communautaire reste un miracle à réanimer d’urgence pour lutter contre le retour des tribalismes et des nationalismes.

Le système de valeurs européen, sa capacité à créer des normes (notamment dans le domaine de l’environnement), son souci de marier progrès économique et problématique sociale, sa capacité à partager de la souveraineté pour être plus fort à plusieurs, sa recherche d’entente et de coopération en font un projet alternatif séduisant aux modèles tyranniques qui se pavanent sur la scène internationale.

Il faut jouer à fond cette carte de la maturité européenne pour créer un pôle de réassurance dans un monde qui court à la catastrophe par son incapacité à faire sens et bien commun.

Ce que l’Europe va perdre en poids démographique, elle doit le regagner en influence démocratique.

Conclusion

La frontière des antagonismes passe au milieu des groupes humains et étatiques, grands ou petits. Les ONG et les institutions internationales caritatives en témoignent souvent : sur le terrain, il devient de plus en plus difficile de faire passer le fil de l’humanitaire au milieu de nombreux chas, de plus en plus étroits.

La maturité européenne, la fraternité, la pratique ancienne du collectif, l’équilibre des pouvoirs institutionnels (même s’il est parfois paralysant) sont autant de leviers pour s’opposer à la poussée qui semble irrépressible des ego bellicistes. Conforter ces leviers, c’est se battre, ici et maintenant, contre la barbarie et la tyrannie.

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Émetteur du verbatim : François C