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Les verbatims de François

Le tour de la France par deux enfants d'aujourd'hui de Pierre ADRIAN & Philibert HUMM - Equateurs

https://images.epagine.fr/722/9782849905722_1_m.jpg Une époque non de vaches maigres, mais de vaches tristes, anémiques.

La route fendait des espaces vides.

Uckange. Des ruines de trente ans d’âge.

Le cœur de la France battait aussi pour les rallyes.

C’ était avant la drague virtuelle, le smartphone et les sites de rencontre. Avant les enceintes portatives et la musique américaine à domicile.

L’état du village. Ses commerces qu’on ne reverrait plus et les deux millions d’euros à trouver pour la rénovation de l’église.

A la campagne, les chambres d’hôtes avaient remplacé les hôtels qui s’abîmaient comme des épaves en centre-ville.

Ainsi, les villages que nous traversions étaient pleins d’histoires en dormance. Il fallait des conteurs et des voyageurs pour les ravir de leur sommeil.

L’histoire, chaque fois, se répétait : la dévitalisation des centres-villes, l’agonie des commerces et l’étalement de leurs concurrents en périphérie.

Tous les matins, levant son rideau de fer, il renouvelait sa promesse d’une nouvelle aube.

La route était vorace en vies humaines. Selon les statistiques, elle les aimait jeunes, entre dix-huit et vingt-quatre ans, insouciants, insolents, alcoolisés de préférence.

Les vieilles enseignes de lingerie, les coiffeurs et les fleuristes étaient les derniers résistants d’une ville qui s’évaporait. Nevers avait la noire inquiétude et la chaleur bourgeoise des films de Chabrol.

Temple vidéo-surveillé de quiétude et de profusion, le Leclerc de Moulins vous accueillait les bras ouverts et le sourire Aquafresh.

L’ensemble du port de Marseille avait été revu, repensé, réhabilité, requalifié, valorisé, re-valorisé, et la promenade « rendue » aux habitants.

Bâtie sur des terrains marécageux, littéralement sortie de vase, la Grande-Motte était une Atlantide à l’envers, née de la société des loisirs.

Tous les Français ont un parent, un grand-parent, un arrière-grand-parent paysan. Et si on laisse ces écoles et ces commerces fermer, c’est un peu de la France qui fermera.

Même en tandem, dans la roue l’un de l’autre, je m’apercevais que nous n’accomplissions pas le même voyage.

Que garderions-nous du territoire ? Notre voyage était-il un dernier inventaire avant liquidation ? Le tour d’une France dézonée, à l’agonie, foutue ? « Tout fout le camp » disaient les uns. « C’était mieux avant » répondaient les autres. Même avec ça, personne n’était d’accord. Mais ce pays râleur tenait. La marge des périphéries, des banlieusards, des ruraux, la marge qui s’infiltrait jusqu’au centre ville des préfectures, elle tenait, ouais. On l’avait vue, de nos yeux.

Le Tour de la France, pensions-nous, devait se lire entre les lignes. Il nous avait offert un modèle à contester, faisant de nous les arrière-petits-fils de la malicieuse Augustine Fouillée.

 

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Émetteur du florilège: François C