A Livr'Ouvert

171b bd Voltaire, 75011 Paris.
Latitute/longitude: 46.75984 1.738281

Tel: 09.52.65.38.67

Le lundi de 12h à 19h et du mardi au samedi de 10h à 19h30.

Mail: contact@alivrouvert.fr

Les verbatims de François

L'hypercapitalisme mondial d'Alain Cotta - éditions Odile Jacob

hypercapitalisme mondial

Les deux capitalismes

Une coexistence hostile

Le capitalisme d’entreprise doit désormais vivre avec un capitalisme d’Etat dans une cohabitation qui n’est pas sans nuages et qui peut aller d’une indifférence feinte à une franche rivalité, sans exclure une hostilité qui incite les pessimistes à craindre l’explosion d’une troisième guerre mondiale.

La rivalité sur les marchés de biens et de services (la sphère réelle)

La rivalité dans le domaine financier

L’expansion d’une rente financière mondiale, de plus en plus indépendante de la croissance de la production des biens et des services.

Le fait que le capital réel, la richesse « réelle » s’élève à 200 trillions de dollars en 2014 (un trillion = 1000 milliards), et que la richesse financière représentée par la totalité des actifs financiers atteint 300 trillions, soit désormais plus que la première, et 60% du capital total, matériel et financier, de l’espèce humaine…Cette supériorité va s’accroissant, puisque le taux de croissance du produit réel mondial avoisine les 2,5% sur le long terme et celui du capital financier 5%, soit deux fois plus.

De la rivalité à l’hostilité

La rivalité dans les domaines économique et politique entre les deux capitalismes fermement décidés à rester eux-mêmes s’impose avec plus de force que dans l’ «ancienne» coexistence.

Ce sentiment de rivalité vient de connaître une intensité nouvelle, sûrement définitive, avec le couplage de la constitution du groupe de Shanghaï et de l’annonce du grand plan chinois dit « Une route, une ceinture » par le président Xi Jinping.

Faire du yuan –ou renminbi- une monnaie mondiale, coexistant avec le dollar sur une base d’égalité, est à l’évidence le projet permanent de la Banque centrale chinoise, exécutrice de l’ambition d’un parti qui l’affiche avec une discrétion égale à l’intensité de sa volonté.

La guerre ?

L’éventualité d’une guerre préventive

Le crépuscule des guerres traditionnelles

L’aube des guerres nouvelles

L’expression des guerres est en train de se modifier totalement sous l’influence d’une révolution digitale dont on ne peut pas prévoir toute l’étendue.

Les armes d’une guerre cybernétique sont en dehors du champ spatial des affrontements. Elles constituent l’ensemble des éléments définissant la puissance informatique d’une nation, soit la qu     alité de ses ordinateurs, le nombre et la capacité des algorithmes nécessaires au développement de ses stratégies ainsi qu’à la connaissance presque instantanée de celles des éventuels agresseurs, sans omettre l’habileté de leurs utilisateurs.

Le déclenchement d’une guerre cybernétique plonge donc l’agressé dans quatre incertitudes successives : quel agresseur ? Puis, à supposer qu’il soit identifié, comment lui répondre ? La réponse sera-t-elle efficace ? Et, enfin, celle de l’intensité du risque d’une contre-réponse imprévisible.

L’asymétrie de cette guerre traduit l’extension dans le domaine de la violence de la substitution généralisée de l’information à l’énergie, de la pensée au muscle. Terminator perd définitivement sa place au profit d’un virtuose du clavier. Jamais plus d’hommes sur le terrain avec leurs armes légères ou lourdes, plus de blessures ou de morts physiques, plus de gagnant ou de perdant définitif et durable, mais une guerre de robots de plus en plus algorithmiques conçus ou manipulés par des militaires sans uniforme, jouant à la guerre plus qu’en la vivant –ou en en mourant.

Une réconciliation fusionnelle des entreprises et des Etats-nations ?

La réconciliation économique des entreprises et des Etats-nations

La dernière révolution de l’âge digital devrait s’accompagner, comme les deux révolutions précédentes, d’une concentration progressive conduisant à des oligopoles sectoriels devenus stables, après que la concurrence a épuisé ses effets favorables pour les vainqueurs.

La concertation des banques centrales

Une Agence mondiale de réassurance de défauts de paiement d’entreprises réunirait plus facilement les institutions des deux capitalismes que celle qui garantirait le remboursement des dépôts en tout genre, notamment ceux placés en gestion patrimoniale.

La convergence des structures sociales dans les deux capitalismes

Le rôle discriminant de la propriété s’efface lentement au profit du pouvoir dont l’origine est de moins en moins militaire, non plus uniquement liée à la possession età l’usage des armes ou de toute autre richesse matérielle, terre comprise, mais à la nécessité d’assurer un ordre économique, lui-même condition nécessaire de l’ordre social. Et qui dit détention d’un pouvoir dit liberté et récompense. Et absence de pouvoir, dépendance et résignation.

Les hyperriches

Ces hyperriches ne sauraient constituer plus de 2% de la population mondiale. Ce n’est pas une classe…plutôt une caste dont les membres se reconnaissent, s’envient et s’estiment à la mesure de leurs revenus près, de leur patrimoine et surtout à la similitude de leurs références et de leurs objectifs.

L’actuelle phase de la mondialisation favorise bien plus qu’elle ne tolère la constitution de cette nouvelle caste de l’espèce humaine. Et aucune occurrence, même une guerre, ne paraît aujourd’hui devoir ralentir la montée des inégalités de pouvoir et de richesses qu’elle constitue.

La classe moyenne mondiale

Le nombre des individus connectés dans une population donnée deviendra un critère du niveau de développement qui se substituera à celui de la « production par tête ».

La classe moyenne mondialisée acquerra une homogénéité croissante, supérieure sûrement à celle qu’elle manifestait dans les sociétés occidentales. Son resserrement autour d’une moyenne mondiale est une quasi-certitude, d’autant que la nature digitale des activités salariées s’imposera à tous.

De plus en plus d’individus auront un revenu et un mode de vie des plus voisins et « moyens », comparés aux deux autres catégories sociales : les hyperriches et les exclus.

Avec l’âge digital, le capitalisme devenu mondial allait –ce n’est qu’un début- se donner pour objectif de rassasier les envies infinies du cerveau limbique, ceux issus d’un « corps bleu » où tous nos sentiments transitent et naissent dans le cerveau.

L’image, d’autant qu’elle est gratuite, régnera sur la classe moyenne comme l’argent sur les hyperriches, appelant dans son sein des icônes humaines, ballons aux mains, chansons aux lèvres et fesses à l’air.

Les exclus

Pour la première moitié du siècle actuel, à moyen terme, l’exclusion d’un nombre élevé d’individus est inévitable…Plus du tiers de l’humanité ne sait toujours pas lire, plus encore écrire, sans évoquer la toute petite fraction qui parvient à maîtriser les rudiments des mathématiques.

La mondialisation actuelle de toutes les techniques connues provoque la montée des exclusions. Leur poursuite, désormais organisée et programmée, ne pourra que l’accroître encore.

Des accidents de parcours ?

L’instabilité économique

Une crise systémique mondiale paraît désormais fort improbable pour plusieurs raisons concordantes.

L’évolution de ce très probable triopole (Chine, Etats-Unis, Europe) obéira aussi, comme depuis l’invention de la monnaie, à des considérations politiques. Entre tous les états possibles des relations entre ses trois membres, les choix dépendront sûrement des relations politiques entre deux de ces puissances, la Chine –en fait- et les Etats-Unis –en droit-, l’Europe n’ayant guère de « chances » de devenir un Etat fédéral.

Les désordres sociaux

Ces derniers, qu’il s’agisse des inégalités ou du chômage, pourraient être plus difficiles à calmer.

Aux inégalités croissantes devenues considérables, les remèdes sont presque identiques et, ce, dans les deux capitalismes. Ils se réduisent, en fait, à en limiter les effets quotidiens en assurant aux moins bien lotis de quoi les dissuader de manifester violemment la précarité de leur sort.

L’exclusion involontaire, le chômage, constitue le seul danger véritable, d’autant plus inquiétant que les chômeurs sont nombreux, en valeur plus absolue que relative, et que le niveau de vie du reste de la population est élevé.

Plus le niveau de vie moyen d’une nation est élevé, plus les « indemnités » versées au chômeur doivent l’être pour qu’il ne soit pas condamné à la condition de paria.

Avec la mondialisation, l’hypercapitalisme ne saurait demeurer à l’abri des transferts massifs de population naturellement provoqués par les inégalités existantes entre les niveaux de développement des nations et, plus encore, entre celles des continents entiers (ou presque) comme l’Afrique, d’autant que les accroissements de population, plus rapides dans les nations « pauvres » que « riches », augmentent spontanément la pression des émigrations souhaitées.

Dès 2050, la population africaine, hors émigration, devrait atteindre 2 milliards d’individus, soit près de 20% de la population mondiale, et celle de l’Europe moins de 5%. Six fois plus de pauvres que de riches –si proches.

Ainsi les différences de niveaux de vie, en l’occurrence des salaires entre les espaces d’émigration et d’immigration, constituent-elles un facteur de désordre social éventuel presque supérieur à celui du chômage.

Les désordres d’origine démographique seront difficiles, pour ne pas dire impossibles, à prévenir tant ils sont lointains pour les « riches d’accueil » et instantanés pour ceux que la mort d’inanition guette sur leurs lieux de naissance avant qu’ils ne risquent leur vie pour l’éviter…De tous les désordres, ils seront les plus violents et les plus malaisés à traiter lorsqu’ils deviendront très pressants.

Des religions ambiguës

Les religions et l’argent

Un harmonieux concert

Que les religions soient immanentes ou transcendantes, qu’elles aient été parcourues de schismes et d’hétérodoxie durables ou non, qu’elles imprègnent les modes de vie et de pensée de continents différents, elles adoptent à très peu de différences près la même position à l’égard de l’argent, du luxe et des inégalités sociales. Toutes opèrent un compromis entre une réticence morale, garante de l’ordre social, et l’acceptation profane de l’irrépressible volonté de chaque individu de s’enrichir pour mieux vivre et, pour certains, d’acquérir les moyens de gouverner leurs semblables.

Une note discordante : l’islamisme

L’émancipation des femmes qui accompagne l’hypercapitalisme en marche constitue sans aucun doute l’une des raisons de la réserve des dirigeants politiques des nations musulmanes et de la franche opposition de ses religieux, bien qu’elle demeure inexprimée et d’une intensité inégale selon que celles où cette religion prévaut ont plus ou moins connu la pression colonialiste de l’Occident au cours des deux siècles précédents.

L’hypercapitalisme : une nouvelle féodalité

Les nouveaux seigneurs

Le succès durable de cet hypercapitalisme assure la naissance permanente d’hyperriches dont la population s’accroîtra d’autant plus vite que la mondialisation sera totale. Leur fortune issue, à l’origine, du profit, s’alimentant ensuite aux rentes immobilières et surtout financières…fera à ces nouveaux rentiers une place des plus enviables dans la population des nouveaux seigneurs.

La multitude mondiale

Les exclus

Sur la très solide assise du pouvoir de l’argent, cette liberté frappée pour ceux qui le détiennent et ce rêve de la richesse pour les « autres », la nouvelle féodalité de l’hypercapitalisme mondial a de très beaux jours, années, peut-être même siècles devant elle.

*

Verbatim proposé par François C.