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Verbatims et recommandations...

COMMENT JE SUIS DEVENU MOI-MÊME d'Irvin D. YALOM - Livre de Poche

Comment je suis devenu moi-même Émetteur du florilège: François C.

La naissance de l’empathie

L’explosion soudaine de cet abcès primitif, cette poche scellée de culpabilité, vieille de soixante-treize ans.

En quête d’un mentor

Ce fantasme de reconnaissance et de délivrance traîne en moi sous différentes formes.

Je veux qu’elle parte

Cette nuit-là, j’ai vu mon père frôler la mort, subi comme jamais encore auparavant la rage de ma mère, et pris la décision auto-protectrice de fermer la porte sur elle. Je devais quitter cette famille. Pendant les deux ou trois années qui suivirent, je lui ai à peine parlé : nous vivions comme des étrangers sous le même toit.

Je vois son visage : jamais apaisé, jamais souriant, jamais heureux.

Retour au point de départ

Il y a eu tant de non-dits entre mes parents et moi. Des faits dont nous n’avons jamais discuté concernant notre vie commune, la tension et la tristesse de notre famille, leur monde et le mien.

Je me rappelle lui avoir demandé s’il croyait en Dieu. « Après la Shoah, m’a-t-il répondu, comment peut-on croire en Dieu ? »

La bibliothèque de A à Z

Avec le recul, j’éprouve de la tendresse pour ce gamin solitaire, effrayé et résolu, une sorte d’admiration respectueuse pour la façon dont il a tracé sa route, en se formant souvent au hasard, sans encouragements, modèles ni guides.

La guerre de religion

Tu es pris entre deux mondes : tu ne connais ni ne respectes l’ancien monde, et tu n’aperçois pas la porte qui t’ouvrira l’accès au nouveau. Ce qui suscite beaucoup d’angoisse. Tu auras besoin d’une longue psychothérapie pour t’aider à en sortir.

Un garçon joueur

Renoncer au tennis, au jogging et à la plongée sous-marine est une chose, renoncer au poker en est une autre. Les trois premiers sont des exercices plutôt solitaires, le poker est une activité sociale : mes partenaires, des types charmants, me manquent beaucoup.

Une brève histoire de colère

Je persiste à croire que ma difficulté à traiter des crises ouvertes de colère, mon refus de la confrontation, même de débats un peu chauds, ma répugnance à accepter des postes administratifs impliquant confrontations et disputes, tout cela aurait été différent si mon père et William ne m’avaient extirpé de la bagarre cette nuit-là, il y a si longtemps.

La table rouge

Et puis un jour, j’avais quatorze ans, ma mère m’a appris, presque par inadvertance, qu’elle avait acheté une maison et que nous allions déménager très prochainement.

Le regard de ma mère est tombé sur une table de jeu néo-baroque, avec dessus de cuir rouge criard et quatre sièges assortis.

Marilyn

Ce fut elle, mon mentor ! Mon inconscient a saisi que cette jeune personne était l’être unique susceptible d’assumer la tâche de me civiliser et de m’élever au-dessus de moi-même.

J’ai toujours eu conscience de la formidable chance qu’a constitué la présence de Marilyn à mes côtés depuis ma quinzième année. Elle a élevé mon esprit, soutenu mon ambition, elle m’a offert un modèle de grâce, de générosité, entraîné dans une vie dédiée à la réflexion.

A l’université

J’habitais chez mes parents et m’imposais une routine féroce : apprentissage, mémorisation, expériences en laboratoire, des nuits passées à préparer les examens, le tout sept jours sur sept.

J’épouse Marilyn

J’avais épousé la femme que j’aimais, j’avais été admis en fac de médecine où tout marchait bien ; mais, en réalité, je n’étais jamais à mon aise, doutant toujours de moi, sans arriver à saisir l’origine de cette anxiété, soupçonnant une blessure profonde remontant à mes jeunes années, et avec l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être aussi méritant que les autres.

Mon premier patient

L’internat : le mystérieux docteur Blackwood

A la fin de mon année d’internat, j’avais endossé l’identité d’un médecin et me sentais maintenant suffisamment à l’aise pour affronter la majorité des cas. L’année n’en avait pas moins été rude, avec de longues heures de travail, peu de sommeil et de nombreuses nuits blanches.

Les années John Hopkins

Comme un adolescent, j’étais grisé par la vitesse, je me sentais absolument invulnérable. Ce n’est que bien plus tard que l’étendue de mon insouciance et de ma stupidité m’est apparue.

Je me suis dit à plusieurs reprises, ce qui n’est pas très aimable, que la chose principale que j’ai apprise de mon analyse, c’est ce qu’un psychanalyste ne doit pas faire.

Dès le départ, je me suis enthousiasmé pour cette méthode de thérapie de groupe : elle offre aux participants une formidable opportunité de donner et de recevoir des informations sur leur moi social. Elle leur permet d’explorer et d’exprimer des parties de leur personnalité, un comportement dont leurs pairs leur renvoient le reflet.

Les travaux de Sullivan m’ont néanmoins aidé à comprendre que la plupart de nos patients tombent dans le désespoir parce qu’ils sont incapables d’établir et de maintenir des relations personnelles enrichissantes. J’en ai conclu que la thérapie de groupe constituait l’arène idéale où pouvoir explorer et corriger des modes inadaptés de relations aux autres.

Maintenant, je crois comprendre pourquoi John Whitehorn m’a fait venir alors qu’il était à l’article de la mort. Il devait voir en moi celui qui poursuivrait son œuvre. Je contemple sa photo accrochée au mur au-dessus de mon bureau, et j’essaie de saisir son regard. J’espère qu’il a été réconforté à la pensée que, à travers moi, il continuera de marquer l’avenir.

Affecté au paradis

En 1960, Hawaï était encore d’une beauté étonnante et authentique.

Impressionné par la personnalité de David Hamburg, je voulais participer à son entreprise. Je comprenais enfin que ce que je désirais vraiment, c’était une vie d’enseignant et de chercheur.

Toucher terre

Durant les quinze années suivantes à Stanford, j’ai continué de prospecter le domaine de la thérapie de groupe, comme clinicien, enseignant, chercheur et auteur de manuels scolaires.

Bien que des confrères aient critiqué cette méthode, je n’ai pas d’exemple en tête qui prouverait que le fait de partager mes pensées et mes sentiments avec mes patients ne les ait pas aidés.

Encore aujourd’hui, après un demi-siècle de pratique, j’attends avec impatience chaque nouvelle séance, qu’elle soit individuelle ou en groupe, et les résultats qui s’ensuivront. Si cet appétit me manque, si l’approche de la séance me laisse indifférent, j’imagine que le patient doit éprouver les mêmes sentiments et je m’efforce d’en comprendre la raison et de la corriger.

Mon père mourut comme il avait vécu, sans bruit et discrètement. Et je n’ai pas cessé de regretter de l’avoir si mal connu.

Une année à Londres

J’ai dû inventer ma méthode, qui consista à puiser autant que possible dans mes trois sources principales : mes notes de lecture des cours que j’avais donnés aux résidents l’année précédente, les centaines de résumés de mes thérapies que j’avais rédigés et offert aux membres des groupes, et la littérature sur la recherche en thérapie de groupe.

Je me sentais émancipé, libre d’écrire pour un public totalement différent : des praticiens s’efforçant d’apprendre comment venir en aide à leurs patients.

La vie brève et agitée des groupes de parole

Théorie et pratique de la psychothérapie de groupe a connu aussitôt un grand succès et figura bientôt comme manuel d’enseignement dans la majorité des programmes de formation en psychothérapie, aux Etats-Unis, puis dans d’autres pays.

Séjour à Vienne

Quand j’ai entrepris d’écrire Psychologie existentielle, j’ai relu de bout en bout Découvrir un sens à sa vie, et compris plus que jamais l’importance des contributions de Frankl, originales et fondamentales, à notre domaine.

Chaque jour on s’en rapproche ou Dans le secret des miroirs

Cela me serre toujours le cœur de retrouver d’anciens carnets de rendez-vous pleins de noms à moitié oubliés de patients avec qui j’ai vécu des expériences si profondes. Tant de gens, tant de moments précieux ! Que leur est-il arrivé ? Mes nombreux classeurs, mes montagnes de cassettes m’évoquent souvent un vaste cimetière : des vies compressées dans des dossiers bien nets, des voix piégées sur bandes magnétiques qui rejouent éternellement leur tragédie. Vivre avec ces monuments m’emplit d’un sentiment aigu d’éphémère.

Oxford et les monnaies enchantées de M. Sfica

« Je ne veux rien. Je ne crains rien. Je suis libre. » Ces mots de Kazantzakis m’ont fait frissonner quand je les ai lus sur sa tombe.

Une semaine plus tard, nous avons reçu le verdict : toutes les pièces étaient fausses sauf les monnaies romaines achetées chez le vieux juif dans son sous-sol ! Ainsi a commencé une vie d’aventures en Grèce.

Thérapie existentielle

Comme le disait un membre du groupe : « Quel dommage d’avoir dû attendre que mon corps soit rongé par le cancer pour apprendre l’art de vivre. » Cette phrase, inscrite à jamais dans mon esprit, m’aida à façonner ma pratique de la thérapie existentielle que j’exprime souvent ainsi : « Si la réalité de la mort peut nous détruire, l’idée de la mort peut nous sauver. » Ainsi parvenons-nous à la prise de conscience que, puisque nous n’avons qu’une seule fois la chance de vivre, nous devrions vivre pleinement et finir avec le moins de regrets possible.

La confrontation avec la mort aux côtés de Rollo May

Adolescent, j’avais appliqué cette tirade de Macbeth à tous les grands personnages qui peuplaient ma vie, qui s’agitaient et se pavanaient et avaient fait l’histoire de mon monde, et qui depuis étaient tous retombés en poussière. Tout disparaît, vraiment tout. Nous ne disposons que d’un instant de soleil, un instant précieux et béni.

Mort, liberté, isolement et absence de sens

Dans chacune des quatre parties du livre -mort, liberté, isolement, absence de sens- j’ai cité mes sources, décrit mes observations cliniques, nommé les philosophes et les écrivains dont je me suis inspiré.

De la thérapie de groupe en milieu hospitalier à la vie parisienne

J’ai choisi d’approfondir ma connaissance de la pensée existentielle et de poursuivre mon éducation philosophique en étudiant la pensée orientale, sur laquelle j’étais d’une ignorance incommensurable.

La route des Indes

Regardez bien la tête de Ganesh, dit-elle. Chaque trait porte un message. La grosse tête nous dit de penser en grand, les longues oreilles nous disent de bien écouter, les petits yeux de bien se concentrer. Et puis, encore une chose, la petite bouche nous dit de moins parler, ce qui fait que je me demande si je ne suis pas en train de trop parler.

Le voyage en Inde m’offrit ma première initiation en profondeur à la culture asiatique. Il ne devait pas être le dernier.

Japon, Chine, Bali et le Bourreau de l’amour

Presque imperceptiblement, une histoire prenait corps et se développait à une telle vitesse qu’il fallait que je l’écrive toutes affaires cessantes. Sans savoir, au début, où elle allait me mener. Un peu comme un spectateur, je la regardais s’enraciner puis faire des pousses qui bientôt s’entrecroiseraient.

Et Nietzsche a pleuré

A la parution, un court article dans le New York Times qualifia Et Nietzsche a pleuré de « petit roman soporifique ». Ce fut la critique la plus négative. Elle fut suivie d’une quantité d’articles, très élogieux, dans divers journaux et magazines, quelques mois plus tard.

Mensonges sur le divan</p

En matière de littérature psychiatrique professionnelle, j’ai beaucoup écrit sur l’importance de l’interrelation en thérapie. La force agissante n’est pas d’origine intellectuelle, ce n’est ni de l’interprétation ni de la catharsis, c’est la rencontre authentique entre deux personnes.

Momma et le sens de la vie ou La Malédiction du chat hongrois

Toute ma vie j’ai cherché à m’échapper de mon passé -le ghetto, l’épicerie- mais se pourrait-il que je n’aie échappé ni à mon passé ni à ma mère ?

J’ai choisi de travailler avec des patients en train de mourir, dans l’espoir qu’ils me rapprochent de l’essence tragique de la vie. Cela s’est effectivement produit et je suis retourné trois ans en thérapie.

Devenir grec

Je ne cesserai de m’émerveiller de m’être vu attribuer le statut de Grec d’honneur.

L’art de la thérapie

Ce livre, je l’ai conçu comme une opposition à la pratique cognitivo-comportementale, rapide, obéissant à des protocoles, obéissant aux pressions d’ordre économique, et un moyen de combattre la confiance excessive des psychiatres en l’efficacité des médicaments. Ce combat se poursuit encore maintenant, malgré les preuves indéniables fournies par la recherche que la réussite d’une psychothérapie repose sur la qualité de la relation entre le patient et son thérapeute, son intensité, sa chaleur, sa sincérité.

Deux ans avec Schopenhauer

Je confesse avoir été si fasciné par l’œuvre, la vie et la psyché de Schopenhauer que je ne pouvais laisser passer l’occasion de spéculer sur ce qui avait forgé un tel caractère. Ni résister à l’envie d’explorer les voies qui avaient fait de lui un ancêtre de Freud et préparé le terrain de la psychothérapie.

Le jardin d’Epicure : Regarder le soleil en face

J’imaginais un livre de huit ou neuf chapitres, chacun commençant par le même paragraphe : le cauchemar, le réveil, la quête du soulagement. Pourtant, chaque chapitre se situerait dans un siècle différent !

Imaginez un rayon lumineux aussi fin qu’un rayon laser se mouvant inexorablement le long de l’immense règle du temps. Tout ce que le rayon a dépassé disparaît dans les ténèbres du passé ; tout ce qu’il devra éclairer se cache dans les ténèbres de ce qui n’est pas encore. Seul ce qu’il illumine est vivant et conscient. La chance fait que je suis vivant ici et maintenant : cette pensée me réconforte en permanence.

Dernières œuvres

J’ai emprunté le titre à l’une des méditations de Marc Aurèle : « Nous sommes tous les créatures d’un jour : que l’on soit celui qui se souvient ou celui dont on se souvient. »

Beurk ! La textothérapie

Récemment, j’ai tellement insisté sur la nécessité pour le thérapeute de respecter la relation empathique entre lui et son patient que j’ai constaté un résultat paradoxal : pratiquée par des analystes bien formés, la méthode de la textothérapie peut offrir une relation plus personnelle que le face-à-face avec un praticien appliquant à la lettre un manuel.

Ma vie en groupes

J’ai découvert le pouvoir fortifiant de réunions régulières entre intimes ; nous y trouvons la camaraderie, une supervision, un apprentissage postdoctoral, de l’enrichissement personnel et une médiation en cas de crise.

De l’idéalisation

Je ne prends donc pas cette adulation au sérieux. Tout ce que je peux faire, c’est être le meilleur thérapeute possible. Me rappeler que je suis un personnage idéalisé et que nous tous, les êtres humains, nous avons besoin d’un aîné, un savant, un sage aux cheveux blancs. Si j’ai été choisi pour occuper cette place, je l’accepte avec bonheur. Il faut bien que quelqu’un le fasse.

L’apprenti vieillard

Chacun d’entre nous crée, souvent sans le savoir, des cercles concentriques d’influence qui peuvent toucher les gens pendant des années, voire des générations. L’effet agit à la manière dont se propagent les ondulations d’un étang qui, devenues invisibles, continuent néanmoins d’exister à un niveau nanométrique.

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CE SERA MIEUX APRES… Sauf si on est trop cons! de Philippe BLOCH - Ed Ventana

Ce sera mieux après... sauf si on est trop cons ! Émetteur du verbatim: François C.

L’Histoire avec un grand H s’écrit souvent sans que personne n’ait rien vu venir. Et c’est pourtant dans ces moments-là que se révèlent les vrais leaders qui y inscrivent leur nom pour l’éternité.

Afin que tout ce que nous venons de vivre ne l’ait pas été pour rien, il nous faut réfléchir et réévaluer la relation que nous entretenons avec plusieurs thèmes majeurs. La mort en premier lieu. Mais aussi le principe de précaution. Le temps. L’ennui. La consommation. Notre cadre de vie. L’adaptabilité. La mondialisation. L’Europe. L’information. La liberté. Le profit. La volonté. L’unité.

L’essentiel sera à chaque fois de parvenir au meilleur équilibre possible entre des solutions souvent opposées.

1. Mortalité ordinaire vs Mortalité extraordinaire

A partir de combien de décès par jour redevient-il acceptable de privilégier l’économie plutôt que la santé ? Aurait-il mieux valu choisir la sélection naturelle via l’immunité collective, seule réelle solution en l’absence de vaccins ou de traitements, plutôt que la surprotection de tous ?

2. Peur et Précaution vs Raison et Audace

S’il ne doit rester qu’un seul principe, ce doit être celui de la raison et de l’action plutôt que celui de l’inertie et de la peur. Les risques sont inhérents à la recherche scientifique, comme à toute activité humaine. Mais ne trahissons pas la mémoire de celles et ceux qui en ont pris pour nous depuis des siècles, et ont ainsi rendu notre vie infiniment plus supportable. Réapprenons le plaisir qu’il y a à plonger dans l’inconnu, et remplaçons dans notre Constitution l’obsession sécuritaire par la poursuite du bonheur figurant dans la Déclaration d’indépendance américaine.

3. Courir après le temps vs Le temps retrouvé

Quel sera l’impact de ce ralentissement sur notre société de l’immédiateté et du presse-bouton ? Sommes-nous pour autant devenus plus sages en quelques semaines, et serons-nous guéris durablement de nos excès post-confinement ? Rien ne le garantit. Et pourtant, n’est-il pas temps de ralentir pour de bon ? Avons-nous suffisamment réfléchi à la façon dont nous voulons occuper dorénavant le temps de vie trop court qui nous est offert sur cette planète, afin d’en faire le meilleur usage possible ?…La lenteur pourrait-elle devenir un art de vivre ? Avons-nous choisi l’essentiel sur quoi nous voulons désormais nous concentrer ?…Savoir privilégier les sujets qui méritent vraiment que nous y passions du temps utile pourrait bien devenir l’une des clés de notre renouveau.

4. Ennui vs Projet

L’ennui use, alors que les rêves, les projets, les passions n’ont jamais fatigué personne.

Quiconque est incapable de faire des projets, ou arrête de les croire réalisables, se condamne à vivre sans passion. Une vie sans eux, petits ou grands, ne mérite pas d’être vécue.

Quand l’environnement est contraignant et l’avenir incertain, ce qui compte est bien de se lancer, de se fixer un cap puis de faire preuve d’audace, cette attitude qui peut tout changer.

Dans ce monde instable et sans destination que vient de révéler cette crise, quel sera notre projet partagé ? Serons-nous capables d’en imaginer un ou plusieurs susceptibles de tous nous réunir autour de valeurs communes redécouvertes ou renforcées à cette occasion ?

5. Décroissance vs Une autre croissance

Plus que de décroissance et ses inévitables dommages collatéraux sur l’économie, c’est bien d’une autre croissance dont nous avons besoin, et que le « monde d’après » pourrait inventer. Une croissance plus réfléchie, plus raisonnable, plus redistributive et moins consommatrice de ressources.

Nous demander si l’essentiel ne pourrait pas être l’attention que l’on porte aux autres et le temps qu’on leur consacre…Apprendre à reconnaître ce qui est rare et précieux, à savoir le temps et la santé, et à les distinguer de ce qui ne l’est pas, sera assurément l’une des leçons essentielles de cette expérience salutaire.

6. Vie d’avant vs Vie d’après

Ce repos forcé va en outre nous obliger à réfléchir à l’intérêt de l’ubiquité et du mouvement permanent qui rythme nos vies et nous contraint à d’innombrables déplacements, sans que leur utilité soit toujours démontrée.

Mais pourquoi n’arrêterions-nous pas notre bougeotte permanente, et ne réapprendrions-nous pas à nous poser un peu là où nous nous sentons bien ? A la campagne ou ailleurs. Accélérer vs ralentir ? That is the new question.

7. Anticiper vs S’adapter

Il faut réfléchir dès maintenant à la façon dont nous pourrions gérer autrement tous les risques qu’entraînera une nouvelle catastrophe, et utiliser au maximum les possibilités qu’offrent le numérique et la data. Et quand j’écris catastrophe, je pense naturellement aux risques de toute nature, qu’ils soient environnementaux, alimentaires, terroristes ou de type NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques et Chimiques). Les oublier aujourd’hui, au prétexte que nous venons de vivre une crise d’origine purement sanitaire, serait une erreur tragique.

Partons du principe que si l’on n’a pas conscience que le pire est vraisemblable, alors il deviendra certain. Imaginons très vite tous les scénarios les plus sombres et les plus probables, et réunissons des groupes de personnalités aux visions différentes pour confronter leurs idées et imaginer des solutions de rupture.

8. Mondialisation vs Proximité

Il va falloir dessiner une nouvelle géographie de la mondialisation financière, industrielle et numérique en tenant compte de l’intérêt croisé du citoyen client, salarié et contribuable que nous sommes tous devenus.

Pour survivre à son armée de détracteurs et éviter le retour à l’âge de pierre, la mondialisation va désormais devoir être celle de l’intelligence, et être essentiellement mesurée à notre capacité à agir de façon globale, concertée et redistributive. En matière économique, bien sûr, mais aussi sanitaire, alimentaire et environnementale.

9. Moins d’Europe vs Une autre Europe

Santé, migrations, environnement, terrorisme, cyberdélinquance, etc. dans une économie post-Corona qui restera mondialisée qu’on le veuille ou non, un grand nombre de problèmes globaux ne peuvent plus trouver de solutions à l’intérieur des seules frontières nationales.

Commençons par fixer comme priorité à nos voisins de construire une souveraineté sanitaire, incluant l’augmentation de nos capacités industrielles locales à la pointe de la technologie et du digital.

Espérons que l’U.E. rejettera le repli nationaliste, autoritaire et populiste et qu’elle fera le choix de la responsabilité, de la solidarité et d’une nouvelle espérance collective…C’est un projet formidable pour elle, et pour nous une chance à ne pas laisser passer.

10. Fake news vs Real news

Le risque de se tourner vers une consultation plus massive encore des réseaux sociaux de toutes sortes, et leur infini réservoir d’infox, de rumeurs, de deep fakes (hypertrucage, ou synthèse d’images basées sur l’intelligence artificielle), de théories complotistes et de justice expéditive.

En alimentant la défiance à l’égard de tous ceux qui incarnent l’autorité, le pouvoir ou la richesse, ceux qui propagent volontairement de fausses informations sèment la confusion et ajoutent à l’anxiété ambiante.

11. Orwell et Etat de droit vs Vie privée et Liberté

« Notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos propres existences », disait Alexandre Soljenitsyne. Sur ce sujet comme sur tant d’autres qui nous attendent, les choix seront difficiles et demanderont du courage. Nous ne pouvons pas renoncer a priori à bénéficier des possibilités qu’offre la data pour éviter qu’une prochaine épidémie entraîne le même désastre humain et économique. Mais nous ne pouvons pas non plus laisser entre les mains de dirigeants peu scrupuleux la possibilité de mettre en place une société de surveillance totalitaire et d’agir en toute liberté dans tous les domaines.

12. Profit vs People

Il est temps de repenser la place des Seniors dans notre société et de remettre l’altruisme, l’empathie et la bienveillance au cœur de nos valeurs.

Roosevelt « Le bonheur se trouve dans la joie de l’accomplissement, dans l’excitation de l’effort créateur. La joie, stimulation morale du travail, ne doit plus être oubliée dans la folle course aux profits évanescents. Ces jours sombres, mes amis, vaudront tout ce qu’ils nous coûtent s’ils nous enseignent que notre véritable destinée n’est pas d’être secourus, mais de nous secourir nous-mêmes, de secourir nos semblables. »

13. Découragement vs Réinvention

Ce cataclysme a aussi révélé l’ingéniosité des entrepreneurs pour trouver des solutions inédites et leur permettre de poursuivre leurs activités pendant le confinement, malgré l’adversité et la multiplication des obstacles. Mise en réseaux, basculement vers le télétravail, digitalisation accélérée des métiers, adaptation immédiate de leur organisation et de leur process à des contraintes inhabituelles, protection de leurs salariés, communication rassurante auprès de leurs clients et de leurs partenaires, ajustement rapide de leurs offres, ajout éclair de nouvelles fonctionnalités sur leurs outils numériques, création d’applications en mode hackathon, etc.

Je suis convaincu que l’époque qui s’ouvre est idéale pour lancer des projets innovants de toute nature. L’essentiel sera que tous ceux qui auront eu la force de surmonter l’épreuve de cette reconstruction n’oublient pas ceux qui seront restés sur le bord de la route, et mettent tout en œuvre pour les aider à remonter sur le bateau dès qu’ils le pourront.

14. Ressentiment vs Unité

L’After Corona ne sera qu’un champ de ruines, si l’unité ne l’emporte pas sur la défiance. Et si nous oublions le moment venu de rendre un véritable hommage à ces héros d’un combat que nous aurions perdu sans eux.

Pour réussir l’After Corona, jamais l’esprit d’unité et la cohésion sociale n’auront été aussi nécessaires. Sans confiance, rien ne sera possible. Il va donc falloir retrouver rapidement le sens du collectif, si nous voulons faire disparaître les séquelles de ces traumatismes qui vont durer longtemps.

Conclusion Mieux avant vs Mieux après si…

Comme sur bien d’autres sujets à trancher, la difficulté va être de trouver le moins mauvais équilibre possible entre centralisation inefficace et néolibéralisme mondialiste destructeur. Entre liberté et sécurité. Entre responsabilité et contrainte.

Parce que nous sommes tous les entrepreneurs de nos vies, tout est désormais entre nos mains. Nous avons le pouvoir de changer. De revoir la hiérarchie de nos valeurs. Dans un climat de suspicion général, nous avons avant tout besoin de tolérance, d’empathie et de confiance. En l’avenir. Envers les autres. En l’Etat. Mais surtout envers nous-mêmes.

 

 

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La sirène, le marchand et la courtisane de Imogen Hermes Gowar - Belfond

La sirène, le marchand et la courtisane Coup de cœur de Stéphanie, une amie libraire: Un soir de septembre 1785, on frappe à la porte du logis du marchand Hancock. Sur le seuil, le capitaine d’un de ses navires. L’homme dit avoir vendu son bateau pour un trésor : une créature fabuleuse, pêchée en mer de Chine. Une sirène. Entre effroi et fascination, le Tout-Londres se presse pour voir la chimère. Et ce trésor va permettre à Mr Hancock d’entrer dans un monde de faste et de mondanités qui lui était jusqu’ici inaccessible. Lors d’une de ces fêtes somptueuses, il fait la connaissance d’Angelica Neal, la femme la plus désirable qu’il ait jamais vue… et courtisane de grand talent. Entre le timide marchand et la belle scandaleuse se noue une relation complexe, qui va les précipiter l’un et l’autre dans une spirale dangereuse. Car les pouvoirs de la sirène ne sont pas que légende. Aveuglés par l’orgueil et la convoitise, tous ceux qui s’en approchent pourraient bien basculer dans la folie…

J’ai beaucoup aimé découvrir ce roman. Le Londres du XVIIIème siècle et les différentes classes de la société sont subtilement misent en lumière : domestiques, marchand, nobles, courtisanes… Chacun a une voix propre et des combats différents. La question de la liberté des femmes (quelque soit leur condition) est très présente et j’ai beaucoup aimé. À travers l’apparition de cette sirène c’est le destin de chacun des personnages qui va évoluer entre admiration qui vire à l’obsession, l’envie de s’élever et de sortir de sa condition tout cela jusqu’au drame. En bref un très bon roman historique, bien documenté et passionnant !

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GEOPOLITIQUE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE de Pascal BONIFACE - Ed. Eyrolles

Géopolitique de l'intelligence artificielle Émetteur du verbatim: François C.

Ch. 1. Intelligence artificielle, histoire et définition

Ch. 2. Corne d’abondance ou machine à exclure ?

Cette formidable avancée technologique menace fortement de se traduire par un désastre social et sociétal, surtout si on laisse les forces du marché agir « naturellement ».

Selon la société de conseil Mc Kinsey, entre 400 et 800 millions de personnes pourraient être remplacées dans leur travail d’ici 2030 et devraient se reconvertir pour trouver un nouvel emploi.

La société se polariserait donc entre d’un côté quelques activités à très haute valeur ajoutée, assumées par un petit nombre de personnes, et de l’autre des activités à très faible valeur ajoutée, notamment dans la sphère domestique, effectuées par le reste de la population.

Pour le moment, les gains générés par les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont été empochés par le 1% les plus riches et plus encore par le 1% du 1%, tout en provoquant une stagnation de la classe moyenne et une baisse des revenus des plus pauvres.

A l’avenir, de véritables écarts d’aptitude physique et cognitive risquent de se creuser entre les classes supérieures et le reste de la société.

Les enjeux pour notre société sont aussi importants que ceux relevant de la protection de l’environnement. Ils n’ont pas encore touché les opinions publiques dans leur profondeur, comme la problématique climatique. Il faut accélérer cette prise de conscience. Lancer le débat. Construire un rapport de force avec les géants de l’IA, rapport de force qui aujourd’hui n’a été exclusivement bâti que par eux et pour eux.

Ch. 3. Les GAFAM vont-ils tuer l’Etat ?

Les GAFAM pourraient-elles être les vecteurs de la déterritorialisation des relations internationales ?.Fournir les services de base indispensables aux citoyens de façon plus efficace que les Etats ? Bref, bousculer, ringardiser et rendre obsolètes des structures vieillottes et vermoulues grâce à leur dynamisme, leur réactivité immédiate et leur modernité ?

Les GAFAM sont les championnes olympiques de l’évasion fiscale…Les avoirs des entreprises de la Silicon Valley détenus dans des zones offshore sont estimés à 500 milliards de dollars…L’évasion fiscale au sein de l’U.E. est estimée entre 500 et 1000 milliards d’euros par an.

Le monde entier s’est longtemps préoccupé de la domination de Washington sur le complexe militaro-industriel. Aujourd’hui, personne ne se soucie d’un complexe digitalo-politique infiniment plus puissant.

En fait, l’importance grandissante de ces milliardaires capricieux est problématique, car cela pose la question de savoir qui les contrôle. A l’inverse des Etats.

Ce serait là un monde où l’on pourrait vite passer du rêve digital au cauchemar de l’exclusion et de l’étouffement des libertés. Il est encore temps d’agir.

Ch. 4. Printemps des libertés ou hiver totalitaire ?

Le risque existe de transformer le citoyen en consommateur passif en tuant son libre arbitre et en l’emprisonnant à son insu, ou avec son acceptation non consciente, en une machine à accepter et consommer sans réflexion ni recul. Il sera robotisé et lobotomisé – plus de risque de révolte…

En Chine, au Viernam ou à Cuba, les médias sont étatiques. Bien sûr, les rédactions des pays européens tentent de dresser des barrières d’indépendance vis-à-vis de leur propriétaire. Cela peut fonctionner, mais l’autocensure est parfois plus forte que la censure.

Le contrôle social en Chine.

N’est-il pas urgent de lancer un débat sur l’ensemble des enjeux de l’IA pour la société ? Est-il normal que la quasi-totalité des candidats aux élections présidentielles de 2017 n’ont pratiquement jamais abordé ce sujet, pourtant essentiel, dans leur campagne électorale ?

Ch. 5. Le duel Chine/Etats-Unis

La Chine a décidé de suivre et de dépasser les Etats-Unis dans la course à l’intelligence artificielle parce que c’est ce qui lui permettra d’obtenir une suprématie stratégique vis-à-vis de Washington et en même temps de satisfaire les besoins de la population chinoise.

En 2000, la Chine ne comptait que 22 millions d’internautes, contre près de 850 millions en 2020. En 2017, le Forum économique mondial établissait que la Chine avait 4,6 millions de diplômés en sciences, technologie, mathématiques ingénierie. Les Etats-Unis, dont la population représente le quart de celle de la Chine, atteignaient un huitième de ce chiffre.

Les atouts de la Chine sont une profusion de données, des entrepreneurs insatiables, des chercheurs en intelligence artificielle et un environnement politique favorable à ce secteur.

En Chine, il n’est presque plus possible de payer en liquide, et de moins en moins facile de le faire avec une carte bancaire. Le paiement par smartphone y est en plein essor.

L’UE, la Russie, le Japon, la Corée du Sud, le Canada, l’Australie et d’autres réussiront-ils à s’extraire du piège sino-américain ? Leur retard est-il irrattrapable ou peut-il -à condition d’avoir une solide détermination à le faire- encore être comblé ? Tout peut se jouer très vite avant que la fenêtre d’opportunité ne se referme. On peut encore agir, mais pour combien de temps?

Ch. 6. Quo vadis Europa ?

Si L’Europe rate le virage de l’IA, elle pourrait vivre au XXIème siècle le sort que la Chine a subi au XIXème. Elle deviendrait la colonie digitale d’une autre puissance.

Il y a un déficit de plusieurs centaines de milliers d’experts en numérique. L’Europe n’offre pas assez de cursus spécialisés sur l’IA. Selon Gilles Babinet : « Il faut une coordination sur quatre points : la régulation de toutes les données souveraines hébergées en Europe ; susciter un marché sur les données européennes ; un plan Marshall de la formation numérique, en créant un LMD numérique ; un système d’armes -il faut une coordination européenne intégrée. »

L’Europe peut créer un modèle s’écartant de l’approche verticale chinoise et du laisser-faire américain, concilier performance et respect des droits des individus, mettre le progrès technologique au service de la protection du climat et de la réduction des inégalités. Il est encore temps d’agir.

GALILEO, l’exemple d’un (finalement) succès européen.

Ch. 7. La France dépassée ?

L’objectif assumé de la France est d’être le leader européen en termes d’IA, et d’être dans le top 5 des pays experts en IA.

Sera-t-il réellement question de l’IA, de ses conséquences sociétales, économiques et géopolitiques dans la campagne pour les élections présidentielles de 2022 ? N’est-ce pas un enjeu dont l’impact sur la France sera sans commune mesure, y compris pour sa sécurité, avec nos débats enflammés sur le voile ? La façon dont la question sera abordée constituera un bon test pour marquer la diférence entre une femme ou un homme d’Etat et une femme ou un homme politique.

Conclusion

La révolution numérique et les développements de l’intelligence artificielle…doivent être de bonnes servantes et non de mauvais maîtres. Une régulation est indispensable sauf à déboucher sur un scénario extrême d’une société la plus injuste à l’échelle historique. Les Etats, les sociétés civiles doivent imposer cette régulation. Les débats sur la révolution qui vient ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il est encore temps de mettre les conséquences futures de la révolution numérique pour nos sociétés et pour l’Etat du monde en tête de liste de nos préoccupations.

 

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L’INCONNU DE LA POSTE de Florence AUBENAS - Ed. de l’Olivier

L'inconnu de la poste Émetteur du florilège : François C.

LE CRIME

Une bulle de silence a envahi la pièce. Le mariage a été la grande aventure de leurs vingt ans. Le divorce sera celle de leurs quarante ans. Presque toutes en sont là : le faire ou pas.

L’image lui restera : une scène de crime d’une grande violence, mais sans trace autour. « ç’a été bien fait », dit le pompier aux gendarmes. Il n’habite pas Montréal, mais en connaît la réputation, un village si tranquille, pas le genre d’endroit où se commettent les crimes crapuleux. Lui, en tout cas, n’y croit pas.

Le 26 décembre 2008, on enterre Catherine Burgod.

LA CHASSE

Une instruction judiciaire ressemble à une dévastation.

Au moindre fil, les gendarmes lancent des vérifications, convocations, auditions, écoutes, contrôles qui s’accumulent en dossiers et sous-dossiers.

Une fois le jour tombé, les villages se vident. Les femmes ne veulent plus assurer seules la fermeture des magasins. Elles ne veulent plus recevoir de clients en tête à tête dans leur bureau. Elles ne veulent plus faire leurs courses à Carrefour passé une certaine heure. Elles veulent quitter le travail au plus tôt, rentrer chez elle et fermer la porte à clé.

Maître Nounours ne manie pas l’éloquence raffinée et le revendique. Ce genre de choses, c’est bon pour les grandes villes, Paris ou Lille. Ici, ça ne plaît pas. Pire, ça ne paie pas.

Le Futur Ex sait gré à son beau-père de n’avoir jamais cru en sa culpabilité, même quand il était traité de suspect numéro 1 au début de l’enquête. L’histoire a emporté sa vie comme une boule de feu, brûlant tout sur son passage, y compris lui-même. Il s’est retrouvé seul avec ses enfants, à faire face aux accusations et aux remords.

Le fils se penche pour l’embrasser. Elle est morte. « Une crise cardiaque », ont diagnostiqué les médecins. Thomassin voulait une épitaphe digne d’elle. Il l’a intronisée passeuse internationale de cocaïne pour des millions de dollars, abattue par la Mafia. Il n’en démord jamais. Quand il veut la pleurer, ce n’est pas sur sa tombe qu’il s’agenouille, mais devant celle de Simone Signoret et Yves Montand au Père-Lachaise.

LES LARRONS

Sitôt assis, Burgod commence : « Je vais mourir sans connaître la vérité. » En réalité, il n’y a pas grand-chose à dire sur l’avancée des investigations, c’est bien tout le drame. Le dossier s’est transformé en un chaudron infernal où bouillonnent une multitude de pistes, d’expertises, les vérifications aux bornes d’autoroute, dans les centres pour migrants d’Hauteville ou ceux pour les sans-abris, les hôpitaux, les services psychiatriques, les associations de désintoxication, les déjà condamnés de la région et ceux qui pourraient l’être.

Burgod a fêté ses soixante-dix ans et lui, le dandy de la mairie, ressemble à un vieillard perdu, les traits gonflés, les lunettes de guingois. Son regard seul demeure vivant, noir, tourné vers le dedans, défiant ceux qui le croisent : son malheur jeté à la gueule du monde.

Cette nouvelle piste ne tient pas, ils le savent. Certains enquêteurs y voient pourtant la confirmation d’une ambiance, ou d’un malaise plutôt, l’impression d’être embourbé dans un petit marécage local, imbibé d’alcool, de drogue et d’embrouilles, où tout le monde paraît en savoir long, mais d’où rien ne sort finalement. Si ça se trouve, la solution est là, au bord du lac, à leur portée. Il suffirait qu’un seul d’entre eux se mette à table pour que l’affaire éclate.

Même si les mentalités changent, un verdict d’innocence reste souvent perçu comme un désaveu de toute la machine judiciaire, le juge d’instruction qui a fait l’enquête et renvoyé l’accusé devant la cour, le procureur qui a suivi le dossier, l’avocat général qui a requis devant les assises, le président qui a conduit l’audience. Au moment des mutations et des promotions dans la magistrature, ce sont des choses qui comptent.

A Nantua, tous les gendarmes connaissent Nain, un petit bonhomme aux paupières tombantes, la trentaine, une larme tatouée sur la joue droite et un casier judiciaire haut comme lui, une sorte de bric-à-brac de prétoire : stups, bagarres, outrages, vols de vélos, cambriolages.

LE CHOC

Dix ans d’enquête, des centaines de personnes entendues, deux hommes mis en examen, près de quatre cents prélèvements ADN, la vallée ratissée dans tous les sens : jamais le nom de l’ambulancier n’était apparu dans le dossier. Les gendarmes auraient pu passer à côté définitivement sans un incident dérisoire, au regard du crime de la poste. Les avancées de la police scientifique ont fini par nous habituer à ces accusés, soudain jaillis d’une éprouvette au fond d’un laboratoire, des années parfois après les faits. Il n’empêche. L’effet de vertige reste le même, à tous les coups, face à ces experts-sorciers.

Raymond Burgod a l’impression que sa tête le trahit, des pans de sa mémoire se floutent. Il passe la main dans ses cheveux que le coiffeur à laissés un peu plus longs sur les oreilles, un doigt à peine. « Comme quand j’étais jeune. »

Il a du mal à penser que sa fille a pu être tuée par quelqu’un sans rapport avec elle. Un parfait inconnu.

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VIVRE AVEC NOS MORTS de Delphine HORVILLEUR - Grasset

Vivre avec nos mortsÉmetteur du florilège: François C.

Tout au long de notre existence, sans que nous en ayons conscience, la vie et la mort se tiennent continuellement la main et dansent.

J’ai dit à la fille d’Elsa Cayat qu’elle ne reviendrait pas, en ajoutant qu’elle était tout autour de nous.

Ce rite (placer près du corps du disparu une bougie qui symbolise la présence de son âme) énonce une vérité profonde : quelque chose de la vie de celui ou celle qui nous quitte est incandescent pendant ces quelques jours.

Ne jamais raconter la vie par sa fin mais par tout ce qui, en elle, s’est cru «sans fin». Savoir dire tout ce qui a été et aurait pu être, avant de dire ce qui ne sera plus.

Pourvu qu’à nos enterrements, il nous soit permis de ne pas nous résumer à nos morts, et de faire sentir combien dans la vie, nous avons été en vie.

Des revenants. C’est comme cela qu’on appelle souvent les fantômes, car c’est exactement ce qu’ils s’acharnent à faire : revenir. Revenir jusqu’à ce qu’on accepte de les voir, et de parler enfin d’eux.

À nouveau, il n’est pas besoin de croire littéralement à une vie après la mort, ou à la présence d’âmes errant dans nos vieilles maisons pour reconnaître très rationnellement que nous vivons tous avec des fantômes.

Impossible de me souvenir du contenu précis des engagements solennels que je pris cette nuit de mes dix ans. Je me souviens simplement avoir eu le sentiment de sceller un pacte avec plus grand que moi. J’ai prié, pleuré et prié encore.

J’écoute ce fils m’évoquer sa mère et je me demande comment je vais pouvoir raconter cette histoire le lendemain au cimetière à ses proches réunis. Que dois-je y faire résonner?

La Shoah a fait dans le panier de Sarah, dans celui de toute sa famille, de la mienne et de tant d’autres, des béances «intissables». Tous ces deuils ont produit des «détricotages» qui se sont raccrochés comme ils pouvaient aux fils arrachés, pour laisser à la corbeille un semblant de forme.

Pour moi, Simone Veil et Marceline sont les visages de ce qu’on désigne aujourd’hui sous le terme un peu galvaudé de «résilience». Pour la petite-fille de survivants mutiques que j’étais, elles incarnaient la possibilité de reprendre la parole, de dire sans gêne non seulement ce qu’elles avaient vécu, mais ce que chacune d’elles avait choisi d’en faire.

(kaddish) D’autres légendes talmudiques lui prêtent d’étranges pouvoirs et affirment qu’elle constitue la plus puissante des liturgies ascensionnelles. Réciter le kaddish à la mémoire d’un disparu contribuerait à l’élévation rapide de son âme, propulsée vers les hauteurs sublimes de sa réunification avec son Créateur.

Dans cette langue, «Abracadabra» signifie littéralement abra «il a fait» cadabra «comme il l’a dit». «Faire comme on a dit» est le propre de la parole performative. Le verbe crée une réalité qui ne lui préexistait pas. Par un mot, le monde change.

J’ai pensé à tous ces récits de la mystique juive qui racontent qu’au jour de la mort, quelqu’un vient nous chercher. Des proches surgiraient pour nous guider vers un ailleurs, des «anges» ou des êtres aimés qui accompagneraient notre sortie de ce monde.

Partout où il surgit, le prophète Elie observe la façon dont malgré tout, et surtout malgré la mort qui a tant rôdé autour d’eux, les juifs continuent de choisir la vie. Il vient en témoigner depuis le siège d’honneur qu’on lui réserve, et où qu’il s’installe, il devient le premier spectateur d’une transmission sacrée.

Un parent endeuillé est raconté en hébreu par une image, celle d’une branche amputée de ses grains, ou d’une grappe dont on a arraché le fruit. La sève coule en elle mais n’a plus où aller, et le bourgeon s’assèche car un bout de sa vie l’a quitté.

L’histoire biblique est un récit de vies et d’engendrements. D’ailleurs, le mot «histoire» en hébreu, toledot, se dit «engendrement». Votre vie se raconte avant tout par ce que vous avez fait naître.

Dans la Thora, l’existence est définie par cette jonction entre la matière terrestre et le souffle divin. Lorsque ce dernier s’évapore, la poussière redevient simplement poussière.

A chaque génération qui part, ces mots résonnent encore. Ils disent que malgré tous les combats qu’il a fallu mener, toutes ces «gémellités qui luttent en nous», tout ce qui nous fait passer à côté les uns des autres ou de nous-mêmes, il existe une possibilité de faire Un. Tel est l’engagement solennel que les juifs prennent à l’heure du passage, faire que quelque chose de celui qui part intègre leur vie pour s’unir à ce qu’ils deviendront.

«Je me suis passionnée pour mes funérailles.» Myriam

Notre mort ne nous appartient pas complètement, pas plus que notre corps après la mort.

Et tel est à mon sens le plus grand respect dû au mort, se soucier de sa volonté mais plus encore de la possibilité pour ceux qui l’ont aimé de lui survivre et d’honorer dignement sa mémoire.

Moïse, l’homme qui ne voulait pas mourir.

Déni, Colère, Négociation, Dépression et Résignation. Pour le dire autrement, la plupart des mourants diraient tout à tour et dans cet ordre : «il doit y avoir une erreur», «c’est tellement injuste», «laissez-moi au moins vivre jusque tel ou tel événement», «à quoi bon?» et «je suis enfin prêt».

Moïse a reçu la Thora au mont Sinaï mais, bien après lui, surgirent des hommes capables d’interpréter ce que lui ignorait.

Dans cette légende, se tient presque tout ce que le judaïsme pourrait enseigner sur la mort. Est-il possible d’apprendre à mourir ? Oui, à condition de ne pas refuser la peur, d’être prêt, comme Moïse, à se retourner pour voir l’avenir.

Les juifs affirment qu’ils ne savent pas ce qu’il y a après notre mort. Mais ils pourraient le formuler autrement: après notre mort, il y a ce que nous ne savons pas. Il y a ce qui ne nous a pas encore été révélé, ce que d’autres en feront, en diront et raconteront mieux que nous, parce que nous avons été.

Peut-être qu’un spécialiste de la pensée juive aurait pu nous avertir. Après tout, dans la Bible, les rois ne font jamais de vieux os, et les royaumes se disloquent. Ils s’effondrent toujours dans la violence et laissent place au chaos. L’un d’entre eux a un jour déclaré, dans un des livres sacrés: «Vanité des Vanités, tout n’est que vanité» et dans ce même texte, il nous a mis en garde: rien ne dure, ni les rêves, ni les empires, ni les amours.

L’affrontement de Caïn et Abel dans la Genèse n’est donc pas simplement celui de deux frères. A travers eux, il oppose toujours et à chaque génération, ce qui dure et ce qui passe, ce que l’on voudrait permanent à ce que l’on sait éphémère, le «il est» au «il aurait pu être».

La tradition juive veut qu’on laisse toujours une petite fissure dans le mur, un pan de cloison non peint, ou un petit carrelage manquant dans un coin du sol. Il s’agit de laisser dans nos vies la trace de l’incomplétude, de savoir habiter un lieu où le manque a sa place.

Tout ce que nous construisons solidement finit par s’user ou par disparaître, tandis que ce qui est fragile, éphémère et faillible, laisse paradoxalement des traces indélébiles dans le monde. La buée des existences passées ne s’évapore pas : elle souffle dans nos vies et nous mène là où nous ne pensions jamais aller.

 

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Ces orages-là de Sandrine Collette - JC Lattès

Coup de cœur d'Élodie, libraire de Fil en page:

«Elle a beau être partie, avoir coupé tous les ponts, elle a beau avoir un regard neuf – effrayé, horrifié, écœuré – sur ce qu’a été leur histoire, elle est en permanence au bord de revenir. Cela ne la quitte pas. Il y a des moments où tout lui paraît préférable à l’insupportable transparence, à la solitude et à la tristesse.»

«Aux autres moments, elle s’épouvante elle même, sa fragilité, sa lâcheté, elle ferait n’importe quoi et personne ne peut la retenir. Au fond, il faudrait quelque chose de total : que l’un d’eux disparaisse. Aucun retour possible. Aucune hésitation, aucune tentation insensée de retourner s’empêtrer dans des filets trop serrés.»

Un roman qui tient en haleine, nous plonge dans la complexité et l’horreur d’une femme qui ose mettre fin a une relation toxique, et lutte pour s’en libérer.

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L'Afrique en 100 questions de Stephen Smith & Jean de la Guerivière - Tallandier

Émetteur du verbatim: François C.

L'Afrique en 100 questions ; 2.5 milliards de voisins en 2050L’AFRIQUE DES ORIGINES

L’Afrique est-elle le berceau de l’humanité ? L’Afrique est la terre natale de l’Homo sapiens, l’espèce humaine qui y est apparue il y a 200 000 ans et qui est sortie du continent pour se répandre à travers le monde, il y a environ 70 000 ans.

Quel est le passé géologique du continent ? Sur le plan géologique, la partie la plus intéressante du continent est le Rift est-africain, une fracture longue de 2900 km et d’une largeur qui varie entre 60 et 100 km. Elle s’étend de l’Ethiopie jusqu’au Mozambique en une succession de hauts plateaux, de dépressions, de lacs et de volcans.

Quelles sont les plus anciennes civilisations africaines ? Celle de l’Egypte antique (trois millénaires) est la mieux documentée. A son apogée, au IIème siècle avant J.-C., le royaume d’Aksoum s’étendait jusqu’en Arabie et au Yémen, constituant ce que nous appellerions aujourd’hui une puissance mondiale, avec l’Empire romain, la Perse et la Chine.

Ne vaudrait-il pas mieux parler « des Afriques » ? La diversité de l’Afrique se décline selon des registres si variés -étatique, linguistique, ethnique, religieux, socio-économique…- qu’aucune monographie ne saurait prétendre en faire le tour. Notons que l’Afrique compte 54 Etats…plus de 3 000 groupes ethniques…et autour de 2 000 langues parlées.

Qu’ont tous les Africains en commun ? Stricto sensu, l’adjectif « africain » ne renvoie qu’à une réalité géographique, un accident tectonique comme il y en eut d’autres ayant produit l’Europe, l’Asie ou l’Amérique…Cependant, « africain » est aussi un terme de mobilisation collective…En ce sens, le mot est peut-être d’autant plus courant et efficace qu’il est flou et protéiforme.

Les « migrations bantoues » ont-elles changé la face du continent ? A partie d’un foyer d’origine, situé dans le nord-ouest de l’actuel Cameroun, les bantouphones -trois millénaires avant notre ère- ont progressivement occupé une large partie de l’Afrique au sud du Sahara.

Pourquoi l’Afrique subsaharienne est-elle restée relativement isolée pendant longtemps ? Trois obstacles majeurs ont longtemps rendu les échanges avec l’Afrique relativement difficiles : 1. Le désert du Sahara ; 2. L’invention du bateau à voile qui a permis, à partir de 1440, de fréquenter les côtes ouest-africaines : 3. Vaincre le paludisme, « tombeau de l’homme blanc ».

Qui étaient les premiers explorateurs européens ? Au XVème siècle, les Portugais règnent en maîtres sur les mers. Lancés eux aussi dans l’exploration du littoral africain, des Hollandais, bientôt rejoints par les huguenots français, sont les premiers à s’enfoncer à l’intérieur de ce qu’ils appellent l’Hottentotie (XVIIème siècle).

Combien d’Africains furent déportés du fait des traites négrières ? Environ 28 millions : nombre des Africains arrachés à leur continent entre le IXème et le XIXème siècle. Nombre d’africains déportés aux Amériques entre 1519 et 1867 : 11 millions. Nombre de déportés par les traites transsaharienne et orientale : 17 millions.

A quoi ressemblait l’Afrique précoloniale ? Les « siècles obscurs » mériteraient plutôt le nom de « siècles d’or »…L’Afrique de cet âge intermédiaire a connu de puissantes et prospères formations politiques…Elle a été l’actrice de l’exploitation de ses propres ressources, parmi lesquelles l’or tenait une place de choix.

Pourquoi l’exploration de l’Afrique a-t-elle tellement passionné l’Europe ? Théodore Mollien ; René Caillié ; Heinrich Barth ; Stanley ; Livingstone ; Savorgnan de Brazza…

Comment des Africains se sont-ils retrouvés dans des « zoos humains » ? L’affiche du musée du Quai Branly, qui leur a consacré une exposition en 2011, disait plus subtilement : « Exhibitions. L’invention du sauvage ».

COLONISATION ET DECOLONISATION

Quel était le but de la conférence de Berlin en 1885 ? En somme, et sans juger de la sincérité de leur « mission civilisatrice », les puissances européennes édictaient des règles de compétition entre elles et cherchaient à éviter que leur rivalité en Afrique ne provoque de guerres. A leurs yeux, du moins jusqu’à preuve du contraire, ce continent périphérique à la marche du monde ne justifiait pas un conflit armé.

Comment l’Afrique a-t-elle été colonisée ? Sur le plan collectif, leur mainmise sur l’Afrique compensait souvent une faiblesse : la perte de l’Amérique dans le cas britannique, l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace et de la Lorraine après la guerre de 1870-1871 dans le cas français, sans parler des « petites » puissances européennes, comme le Portugal et la Belgique.

Tous les régimes coloniaux se ressemblaient-ils ? En vertu de cette feuille de route (L’indirect rule), le Colonial Office, à Londres, laissait ses agents œuvrer avec empirisme pour le plus grand bien du commerce britannique. (France) Le ministre des Colonies était le chef hiérarchique d’une administration spécialisée mais calquée sur celle de la métropole.

Que s’est-il passé à Fachoda pour en faire un « complexe » ? Kitchener est très correct avec son adversaire Marchand (1898). Cependant, les passions nationalistes s’enflamment en Europe…Les deux pays (Angleterre et France) sont au bord de la guerre.

Quelle a été la contribution de l’Afrique aux deux guerres mondiales ? La « force noire » a joué un rôle important dans les deux guerres mondiales, voire un rôle clé dans la libération de la France. Pendant la Grande Guerre, la France et le Grande-Bretagne ont massivement recruté dans leurs empires : 614 000 et 2,8 millions de soldats, respectivement.

Pourquoi l’entre-deux-guerres a-t-il été un « temps de bascule » ? Le continent -avec quelque 150 millions d’habitants dans les années 1930- entame alors la plus fulgurante croissance dans l’histoire humaine : il passera à environ 300 millions d’habitants en 1960, l’année des indépendances, et aura de nouveau doublé sa population en 1990 avant d’entrer dans le XXIème siècle comme « milliardaire géographique ».

Dans quelles conditions l’Afrique a-t-elle accédé à l’indépendance ? (1960) Pour le meilleur et pour le pire, l’indépendance de l’Afrique interviendra ainsi dans les conditions très particulières de la guerre froide. Si les jeunes Etats africains peuvent tirer avantage de l’ordre géopolitique bipolaire en négociant au mieux leur soutien au « bloc de l’Est » ou au « monde libre », ils sont en même temps minés par la rivalité des grandes puissances.

La décolonisation française se résume-t-elle à « l’indépendance du drapeau » ? Cependant, s’il est incontestable que la décolonisation française revint largement à « partir pour mieux rester », selon sa devise officieuse, la thèse du néocolonialisme français fait l’impasse sur la capacité africaine à codéterminer son destin.

Pourquoi le Portugal s’est-il accroché à ses colonies jusqu’en 1975 ? Dès septembre 1974, le Portugal révolutionnaire reconnaît l’indépendance de la Guinée-Bissau que le PAIVG a unilatéralement proclamée un an plus tôt. Puis, en 1975, Lisbonne accorde la souveraineté internationale au Cap-Vert, à l’Angola et au Mozambique. Quelque 700 000 retornados -rapatriés d’outre-mer- regagnent alors le Portugal.

La colonisation était-elle un crime contre l’humanité ? Ce crime, parmi bien d’autres imputables à plusieurs nations européennes, est répertorié dans Le livre noir du colonialisme. XVIème-XXIème siècle : de l’extermination à la repentance (Coordinateur de cet ouvrage collectif : Marc Ferro).

L’AFRIQUE INDEPENDANTE

Pourquoi l’Afrique a-t-elle accepté les frontières héritées de la colonisation ? Les 83 500 km de frontières terrestres que compte l’Afrique ont été tracés pour plus de 70% par les colonisateurs, entre 1885 et 1909. Plus que de l’arbitraire de ses frontières, l’Afrique souffre des longs délais imposés à ses points de passage. D’où un commerce régional représentant seulement le dixième du commerce total, si l’on ne prend pas en compte l’économie informelle.

L’apartheid était-il le « stade suprême du colonialisme » ? L’apartheid en Afrique du Sud peut paraître la forme jusqu’au-boutiste de l’ordre colonial, notamment du fait de sa hiérarchisation des « races supérieures » et « inférieures », de sa ségrégation résidentielle entre la ville blanche et des cités indigènes…sans parler d’une sorte de droit naturel à l’exploitation économique des premiers sur les derniers.

La guerre froide a-t-elle nui ou bénéficié à l’Afrique ? (Guerre froide entre 1945 et 1989) L’Afrique a payé le prix de cet affrontement géopolitique (« monde libre » vs « bloc de l’Est ») par pions interposés. Mais elle a aussi pu instrumentaliser les superpuissances en s’inscrivant dans la bipolarité Est-Ouest comme alliés des Soviétiques ou, pour la plupart des Etats africains, comme alliés des Occidentaux, sinon en « non-alignés » plus ou moins crédibles. Si bien qu’il n’est pas aisé de déterminer qui, dans le jeu à somme nulle de la guerre froide, a été gagnant ou perdant.

L’aide au développement a-t-elle été efficace en Afrique ? Principaux bénéficiaires de l’aide publique, les gouvernements africains sont régulièrement mis en cause : hier, ils l’ont été pour les « éléphants blancs », ces projets surdimensionnés sans rentabilité qu’ils firent construire ; aujourd’hui, ils le sont pour leur accusation de jouer le rôle de garde-frontières de l’Europe ; et de tout temps on leur a reproché de détourner ou de gaspiller l’APD.

Le « vent de l’Est » a-t-il apporté la démocratie en Afrique ? Sept mois après la chute du mur de Berlin, pour la première fois depuis les indépendances, un président français parle de démocratie en Afrique et, en particulier, dans les anciennes colonies restées sous la tutelle de son pays pendant la guerre froide…Une prime à la démocratie remplace ainsi la prime à la stabilité que Paris avait accordée, du temps de la guerre froide, à « ses » hommes forts au pouvoir en Afrique.

Comment le régime d’apartheid est-il tombé ? La conjugaison de six facteurs aboutit à la fin de l’apartheid sans bain de sang : la décolonisation de l’Afrique subsaharienne ; la lutte des mouvements anti-apartheid en Afrique du Sud ; des sanctions internationales ; la fin de la guerre froide ; des leaders sud-africains hors pair ; enfin, en basse continue, une démographie qui rend intenable la domination d’une minorité blanche toujours plus minoritaire et, de surcroît, divisée.

Pourquoi tant de guerres civiles dans les années 1990 ? Au cours de la décennie 1990, 24 des 54 Etats africains connaîtront une guerre, la plupart du temps une guerre civile -de l’Algérie et de ses années de plomb à la RDC, dont la partie orientale devient une terre à butins, en passant par le Libéria, la Sierra Leone ou la Somalie. Trois hypothèses explicatives : 1. Le réveil de vieilles haines ; 2. La rapacité de warlords qui guerroient pour le contrôle des matières premières contre des Etats trop faibles pour défendre leur monopole de la violence légitime ; 3. La croissance démographique combinée avec le bradage des stocks soviétiques de kalachnikovs (l’enfant soldat devenu la désolante icône des années 1990 en Afrique).

Qu’a été, ou qu’est toujours le Françafrique ? Tour à tour laudateur et péjoratif, le terme marque ainsi le début en fanfare et la fin dans l’opprobre de… » L’Etat franco-africain » issu d’une décolonisation inachevée. L’Etat franco-africain est mort. Les multiples accords de coopération civile et militaire, qui constituaient sa base légale, ont été dénoncés ou sont devenus, de facto, caducs.

Quels sont les enjeux d’une nouvelle politique africaine de la France ? La volonté politique d’assainissement fait naufrage sur le problème qu’est la relève de la France en Afrique : celle-ci est prise, ou n’est pas prise, mais toujours au détriment de Paris. La France est ainsi blâmée qu’elle s’arroge un magistère démocratique ou qu’elle manque de défendre les droits de l’homme, qu’elle agisse ou qu’elle n’agisse pas. Elle est aujourd’hui l’anti-Chine. Pour elle, l’Afrique est une proposition « lose-lose ».

LA POLITIQUE

Quel est aujourd’hui le poids des chefferies traditionnelles ? En particulier au sein des communautés rurales, le rôle des chef traditionnels demeure souvent important dans la vie quotidienne des populations. Cependant, sur le plan juridique et institutionnel, il n’est ni reconnu ni concilié avec les attributions de l’Etat moderne, hérité de la colonisation.

L’Afrique est-elle affligée du syndrome des « hommes forts » ? Le droit d’aînesse et le patriarcat traditionnel sont également invoqués pour expliquer la gérontocratie en Afrique. Nulle part ailleurs dans le monde, la différence entre la moyenne d’âge des gouvernés et celle des gouvernants n’est aussi grande : cette différence est de 43 ans en Afrique, contre 32 en Amérique latine, 30 ans en Asie et 16 ans en Europe et en Amérique du Nord.

L’Etat moderne en Afrique est-il « failli » ? Ces Etats ressemblent à des pavillons de complaisance sur la scène internationale…Ils n’existent que grâce à leur reconnaissance par la communauté internationale. Ils dépendent de l’aide extérieure et de la souveraineté que leur confère l’attribution d’une capacité étatique, dans leur cas, purement théorique.

Pourquoi tant de corruption ? La corruption en Afrique, pourtant omniprésente, est longtemps restée sous-étudiée…D’autant que la corruption pénalise surtout les Africains démunis -un pauvre a deux fois plus de risque de se faire extorquer de l’argent qu’un riche.

Quel est le rôle de la franc-maçonnerie ? Très prisée par les dirigeants africains, la franc-maçonnerie a pour rival l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (AMORC)…La Conférence épiscopale du Cameroun l’a condamné en juillet 2019 en le mettant sur le même plan que la sorcellerie.

L’Afrique est-elle acquise à la démocratie ? Selon l’institut de sondage Afrobarometer, une grande majorité des habitants du continent -68%- sont « en principe » acquis à la démocratie, mais seulement 16% des interrogés se déclarent « démocrates convaincus », prêts à agir pour enrayer la régression démocratique dans leur pays, sans se contenter de la déplorer.

Quels sont les obstacles à une « démocratie durable » ? Toutefois, le principal handicap démocratique de l’Afrique subsaharienne est sa forte croissance démographique en conjonction avec le traditionnel droit d’aînesse ou principe de séniorité qui confère aux vieux -surtout aux hommes- une prime d’autorité du seul fait de leur âge et, donc, un droit de cité plus conséquent que celui des jeunes (et, souvent, des femmes).

Comment expliquer le génocide au Rwanda ? La mort en cent jours de quelque 800 000 Rwandais, dans leur grande majorité des Tutsis, n’était pas une fatalité. Comprendre le génocide rwandais comme un enchaînement de décisions prises et d’actes posés par les parties locales en conflit et, au titre de sa non-assistance à population en danger, par la communauté internationale.

La nouvelle Afrique du Sud tient-elle la promesse d’une « nation arc-en-ciel » ? Depuis 1994, au moins 1,6 million de Sud-Africains, dont une grande majorité de Blancs, ont émigré…Ils ont tourné le dos au pays de l’apartheid économique, le plus inégalitaire du monde. En 2019, les 10% des Sud-Africains les plus fortunés, aujourd’hui des Blancs et des Noirs, concentraient entre leurs mains 93% de la richesse su pays, contre 7% pour les neuf dixièmes de la population.

Le panafricanisme devient-il une réalité ? Mais l’existence d’un vrai marché commun en Afrique présuppose la libre circulation des personnes. On en était loin en 2016 (besoin de 38 visas pour se déplacer sur le continent avec un passeport nigérian).

Pourquoi les coups d’Etat en Afrique sont-ils si nombreux ? Les Etats africains à n’avoir jamais connu de coup de force se comptent sur les doigts d’une main…Le mythe de l’armée comme arbitre impartial, force d’ordre et garant de l’unité nationale s’est singulièrement émoussé en Afrique. Son taux de réussite devrait rester orienté à la baisse malgré des rechutes comme au Mali.

Est-il vrai qu’il y a plus de guerres et de massacres en Afrique qu’ailleurs ? A l’évidence, plus il y a de frontières, plus grande est la probabilité de conflits frontaliers ; et le ratio « nombre de guerres par tête d’habitant » permet des comparaisons plus objectives.

Quels sont les principaux mouvements djihadistes en Afrique ? AQMI Al-Qaïda au Maghreb islamique. GSPC Groupe salafiste pour la prédication et le combat. MUJAO Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest.

LA SOCIETE

Les langues coloniales restent-elles importantes ? La coupure entre le peuple et une élite arrachée à la langue héritée de la colonisation pour tenir son rang dans sa société et sa place dans la mondialisation, entre le pays officiel et le pays réel, est problématique.

L’Afrique est-elle l’avenir de la francophonie ? Le français est la cinquième langue la plus parlée dans le monde après le chinois, l’anglais, l’espagnol et l’arabe. Si elle le reste, ce sera grâce à l’Afrique noire en pleine croissance démographique.

Quelles sont aujourd’hui les grandes inégalités en Afrique ? De nouvelles formes d’esclavage tels le trafic de jeunes femmes comme prostituées ou le travail d’enfants dans les plantations agricoles. Autre inégalité taboue : les castes au sein d’une dizaine d’ethnies dans le Sahel. L’inégalité peut-être désormais la plus structurante, celle des revenus, est insuffisamment prise en compte. Pourtant, parmi les dix pays les plus inégalitaires au monde, sept sont des pays africains. L’immense majorité de la population, en Afrique de l’Ouest, se voit privée des éléments les plus essentiels à une vie digne, tels qu’une éducation de qualité, des soins de santé et un emploi décent.

Quel rôle jouent encore les croyances traditionnelles ? Si bien qu’on en revient souvent au résumé du « fond religieux africain » que l’ethnologue français Marcel Griaule a caractérisé, au début du XXème siècle, comme un « système de relations entre le monde visible des hommes et le monde invisible régi par un Créateur, en général bienveillant, et des puissances qui, sous des noms divers et tout en étant des manifestations de ce Dieu unique, sont spécialisées dans des fonctions de toutes sortes »- une référence aux ancêtres, génies et, plus largement, aux esprits dont l’intermédiation crée la trame et la chaîne de l’univers.

Quelle est la place des grandes religions monothéistes ? L’islam et le christianisme sont à égalité en nombre de fidèles en Afrique, prise dans sa totalité, chacun avec environ 45% de la population…On ne tient pas compte de leur acculturation, côté musulman, à travers des confréries maraboutiques et, côté chrétien, des églises indépendantes africaines, i.e. les nombreux cultes nés du mélange -fait de reprise et de rejet- entre des liturgies chrétiennes et des pratiques religieuses locales. Cette terra incognita n’est quasiment connue que de ses adeptes.

L’Afrique est-elle la terre bénie du prosélytisme religieux ? Oui, pour deux raisons majeures. D’abord, compte tenu de la démographie de l’Afrique, toutes les confessions y sont gagnantes en chiffres absolus. Ensuite, les religions y trouvent un meilleur terreau que dans des pays occidentaux gagnés par l’agnosticisme, au point qu’elles structurent encore profondément les sociétés.

Outre la Covid-19, quels sont les grands défis pour la santé publique ? En Afrique, les grands tueurs reconnus sont le sida, le paludisme, la tuberculose et les hépatites virales. L’urbanisation de l’Afrique à une vitesse sans précédent dans l’histoire humaine aggrave les risques de diarrhées virales et de fièvres typhoïdes. « Produits médicaux de qualité inférieure », tel est l’euphémisme de l’OMS au sujet des pilules, comprimés et sachets douteux qui arrivent clandestinement par bateau en Afrique, ou qui y sont exportés légalement parce que les normes africaines restent moins sévères que sur le marché intérieur des pays fabricants.

Les tradipraticiens et la médecine occidentale rivalisent-ils ou cohabitent-ils ? Le tradipraticien soigne avec des plantes et, parfois, des substances animales ou minérales…Quelque 80% des Africains s’adressent aux tradipraticiens, selon l’OMS. L’obstacle à la médecine moderne vient moins des tradipraticiens que de rumeurs conspirationnistes.

Y a-t-il des politiques de contrôle des naissances ? La réponse à cette question est clairement négative si elle concerne l’action des gouvernements subsahariens depuis les indépendances. En Afrique subsaharienne, le taux de fécondité est actuellement de 5,2 enfants par femme. L’emploi de moyens modernes de contraception n’y atteint pas 20% (par rapport à plus de 70% en Asie). En Afrique de l’Ouest, 40% des jeunes filles sont mariées avant 15 ans.

L’Afrique gagne-t-elle la bataille de l’éducation ? La population, en raison de sa rapide croissance, sera encore pendant plusieurs générations la moins bien formée du monde. Les universités africaines sont peu nombreuses, surpeuplées et mal équipées…Il faut ajouter à ce tableau déjà sombre une pénurie d’enseignants à tous les niveaux. Au sud du Sahara, ceux qui en ont les moyens envoient leurs enfants faire leurs études à l’étranger : dans un pays voisin un peu mieux loti, sinon au Maroc, en Europe ou en Amérique du Nord.

Quels sont les sports les plus populaires en Afrique ? Le foot africain en est désormais à sa troisième génération de rayonnement international. Le basketball. Au total, en 2019, tous les records du monde en 5000, 10 000 et 20 000 mètres masculins et féminins, ainsi que ceux du marathon féminin et masculin, étaient détenus par des Ethiopiens et des Kenyans.

L’Afrique urbaine et l’Afrique rurale sont-elles deux mondes séparés ? Oui, toujours, mais de moins en moins. Car le tissu urbain en Afrique ne cesse de se distendre alors que le monde rural n’y est plus un monde à part du fait qu’il se trouve en conversation constante avec les citadins, grâce à la téléphonie mobile. En raison de l’exode rural, les villes croissent bien plus vite que la population dans son ensemble…Aujourd’hui, une quarantaine de villes subsahariennes comptent un million, voire plusieurs millions d’habitants.

Qu’en est-il aujourd’hui de l’égalité des sexes ? La liste des inégalités est longue et engage aussi la responsabilité des bailleurs de fonds, pourtant les champions déclarés de la cause des femmes en Afrique. Or, ils n’ont jamais mobilisé des financements comparables à ceux consacrés à la lutte contre le sida pour la lutte contre la mortalité maternelle. Pourtant, le risque de mourir en couches reste 500 fois plus élevé au sud du Sahara qu’en Europe de l’Ouest.

L’Afrique est-elle homophobe ? 38 sur 54 des Etats africains criminalisent les relations homosexuelles. Ils les punissent de peines allant de trois mois à deux ans de prison au Burundi et jusqu’à quatorze ans au Kenya et en Angola. Mais d’un bout à l’autre du continent, le jugement porté sur l’homosexualité est devenu un marqueur politique : pour ou contre le pouvoir en place, pour ou contre l’Occident, une certaine forme de modernité ou de tradition.

Quelles sont les principales communautés étrangères en Afrique subsaharienne ? 140 000 Français au sud du Sahara. 900 000 Portugais établis surtout en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud. Présents dans de nombreux pays, tant anglophones que francophones, les Libanais seraient aujourd’hui en Afrique entre 400 000 et 500 000. Aujourd’hui, il y a environ 1,3 million d’Indiens en Afrique du Sud…Ils seraient au total 2,77 millions à l’échelle du continent. Les Chinois seraient aujourd’hui près d’un million en Afrique.

L’Internet et la téléphonie mobile révolutionnent-ils la vie quotidienne ? La proportion des smartphones monte en flèche, de 3% en 2010 à 37% en 2018 (et, selon les prévisions, à 66% en 2025). Malgré toute une série de bémols, la téléphonie mobile et l’Internet changent la face du continent de mille façons. Statistiquement, l’usager africain consacre désormais 10% de ses revenus à la téléphonie, ce qui correspondrait en France à une facture mensuelle de plus de 200 euros.

L’Afrique est-elle devenue une plaque tournante du trafic international de drogues ? La Guinée-Bissau est le premier narco-Etat africain. C’est seulement dans les années 1990 que le trafic de drogues dures a explosé en Afrique. L’Afrique de l’Est est alors devenue le principal carrefour pour le transit de l’héroïne en provenance d’Afghanistan et du Pakistan, et l’Afrique de l’Ouest pour le trafic de la cocaïne venant de l’Amérique du Sud.

L’ECONOMIE

Pourquoi l’Afrique est-elle le continent le plus pauvre du monde ? Il s’agit de deux points de vue poussés à l’extrême mais, en vérité, complémentaires. L’un s’enferme dans une vision de l’Histoire réduite à une martyrologie avec des Africains en éternelles victimes. L‘autre reconnaît à ceux-ci leur capacité à agir et, donc, à peser sur leur destin mais seulement pour mieux leur faire porter la responsabilité de leur sort.

L’Afrique est-elle maintenue dans la dépendance économique ? La théorie de l’échange inégal…réapparaît périodiquement dans quelques domaines bien concrets tels que la soumission de l’Afrique aux injonctions des institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le FMI), son appartenance à des zones monétaires étrangères, sa domination par des multinationales.

Quel est l’état des infrastructures ? Pour pouvoir satisfaire les besoins grandissants en infrastructures -sans compter les écoles, universités, hôpitaux et logements à construire-, il faudrait actuellement investir environ 160 milliards de dollars par an…Le pari semble perdu d’avance mais la marge par laquelle il sera manqué fera toute la différence pour les prochaines générations d’Africains.

Pourquoi l’électrification est-elle un si grand problème ? Le continent…que les barrages, les parcs solaires et les éoliennes dotent potentiellement de toute l’énergie électrique nécessaire à son développement, reste handicapé par l’immensité des territoires à couvrir d’infrastructures pour transporter et distribuer cette énergie.

Que faut-il entendre par « économie informelle » ? Est informel tout ce qui échappe à la régulation et à l’imposition mais contribue au PIB d’un pays…Ce n’est pas pour autant la jungle…Toutefois, le lien civique et le droit de regard sur les affaires de la cité, qui passent par l’argent du contribuable et sa bonne ou mauvaise gestion par l’Etat, font les frais de cette « socialisation » de l’économie.

Pourquoi l’Afrique subit-elle des crises de surendettement à répétition ? En 2010, le service de cette dette des 39 Etats bénéficiaires (Pays pauvres très endettés) avait ainsi été ramené à moins de 5% de leurs exportations de biens et de services. Or, à la fin de 2019, il était revenu à 32,4% -et cette moyenne pour toute l’Afrique subsaharienne masque des disparités flagrantes. L’Afrique subsaharienne est rentrée dans la nuit du surendettement.

Pourquoi, avec un sous-sol aussi riche, l’Afrique n’est-elle pas sortie de la pauvreté ? La richesse du sous-sol coexiste avec la misère sur terre, surtout quand elle nourrit des convoitises. La corrélation entre un Etat rentier vivant de son pétrole et l’accroissement de la pauvreté est solidement établie. Depuis les indépendances des années 1960, les pays africains dépourvus de gisements d’hydrocarbures ont augmenté leur PIB par tête d’habitant plus de deux fois plus vite que ceux exportateurs de pétrole et de gaz.

L’Afrique a-t-elle atteint l’autosuffisance alimentaire ? Non, et elle n’est pas près d’y parvenir. L’Afrique représente près de 16% de la population mondiale, dispose de 24% des terres arables sur la planète, voire d’environ 60% des terres cultivables pas encore mises en exploitation, mais ne génère que 9% des produits agricoles.

Y a-t-il des pôles de développement en Afrique, des modèles pour le reste du continent ? Ce n’est pas pour dire qu’il n’y ait pas de bons exemples à suivre sur le continent. Seulement, avant d’ériger un pays en modèle, quelques garde-fous doivent être installés pour délimiter le périmètre de sa validité exemplaire (exemples de l’île Maurice et du Botswana).

L’intégration économique et l’intensification des échanges intra-africains sont-elles l’avenir ? Ce que les économies du continent peuvent faire ensemble n’est pas évident. En l’absence d’industries de transformation, se renvoyer des matières premières ne crée pas de la valeur ajoutée. Sauf exception -le Rwanda, le Sénégal et le Soudan-, la diversification des économies africaines a stagné depuis 1990, voire reculé en Afrique du Sud. L’intégration régionale et continentale va être d’autant plus difficile.

Le tourisme est-il un atout pour l’Afrique ? Mais la rencontre touristique reste à inventer en Afrique, du moins à grande échelle. Jusqu’à présent, la plupart des touristes viennent pour la faune, la flore ou le folklore local, au sens large, et les Africains leur rendent bien cette cote mal taillée entre indifférence et préjugés.

Quelles sont les principales menaces pour la faune et la flore africaines ? Plusieurs exemples illustrant la mise en danger de la faune et de la flore africaines -les deux menaces étant souvent liées.

Quelles sont les causes du « stress écologique » en Afrique ? D’ores et déjà, l’Afrique est le continent le plus exposé aux dangers, et non pas seulement pour ce qui est du réchauffement climatique. Les pays riverains du golfe de Guinée se trouvent aussi en première ligne pour subir les effets de la montée des eaux.

LA CULTURE

Quelle était la fonction des objets d’art en Afrique ? Aujourd’hui, une dichotomie plus théorique oppose une interprétation formaliste, qui fait des objets cultuels africains des œuvres d’art à part entière, à une interprétation fonctionnaliste, qui ne les différencie guère de simples objets ethnologiques.

Faut-il restituer son patrimoine artistique à l’Afrique ? Sur les 98 000 objets d’Afrique contenus dans les collections publiques françaises, 70 000 se trouvent quai Branly. Chiffre à comparer avec les 69 000 du British Museum et les 180 000 du musée royal de l’Afrique centrale, près de Bruxelles, rebaptisé AfricaMuseum en 2018.

Comment la tradition orale a-t-elle inspiré les débuts de la littérature africaine ? « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». « L’incendie d’un fonds culturel non exploité » : la disparition des conteurs de la tradition orale africaine. Ce fonds n’a été que très partiellement fixé par l’imprimerie mais il imprègne la production littéraire des Africains, du moins à ses débuts.

Quel est l’état actuel de l’édition et de la littérature africaines ? C’est comme si, en passant par Paris et Londres, la littérature africaine avait quitté son continent en réussissant partout, sauf chez elle.

Quels sont les écrivains non africains qui doivent leur renom au continent ? Céline ; Romain Gary ; Karen Blixen ; Ernest Hemingway ; Jean Christophe Rufin ; Antonio Lobo Antunes ; Joseph Kessel ; Doris Lessing…

Quelle est l’importance des arts de la scène en Afrique ? Aujourd’hui, les artistes circulent davantage en gardant, pour la plupart d’entre eux, leur pied d’appui en Afrique.

Quelle image de l’Afrique a véhiculée Hollywood, de Tarzan à Black Panther ? Hollywood part de ce que son public croit savoir de l’Afrique pour lui vendre une distraction -de l’entertainment- sans exigence éducative, certes, mais aussi sans mépris qui pourrait choquer. Au fil du temps, l’Afrique subsaharienne a ainsi cessé d’être cet ailleurs radicalement différent, exotique et souvent inquiétant. Elle est aujourd’hui représentée, de façon moins uniforme, en accord avec les idées contradictoires que le reste du monde se fait d’elle.

Le cinéma africain est-il parvenu à « décoloniser » le regard sur le continent ? Autant dire que la décolonisation du cinéma africain est largement acquise. Pour l’indépendance, c’est moins sûr.

Comment s’explique le succès de Nollywood, l’usine à rêves nigériane ? L’usine à rêves du Nigeria produit désormais, bon an mal an, quelque 1500 nouveaux titres. Elle a ses stars, immensément populaires, mais guère d’autres prétentions artistiques que le « métier bien fait ».

Quel est l’apport africain à la peinture moderne et à la photo ? Des photographes africains figurent maintenant au catalogue de grandes maisons de vente aux enchères.

Quelles sont les grandes tendances de la musique africaine contemporaine ? La tendance commune des musiques d’Afrique étant depuis le milieu du XXème siècle leur ouverture sur l’extérieur -d’abord à l’échelle régionale, puis à celle du continent et, enfin, à l’échelle mondiale-, le meilleur repérage consiste-t-il à retracer les étapes de ce voyage vers de nouveaux publics en y associant les noms d’artistes pionniers.

Existe-t-il une cuisine typiquement africaine ? Il n’y a pas plus de cuisine « africaine » que de cuisine « européenne », eu égard à la variété des mets et à la différence des traditions culinaires sur les deux continents. En revanche, les multiples cuisines africaines ont en commun d’avoir été d’abord conçues pour une consommation collective, sans « parts » individuelles à l’européenne.

Comment la télévision par satellite et le numérique ont-ils changé le paysage audiovisuel africain ? Désormais, la concurrence sur le marché africain est féroce. Il n’y a pas seulement les grandes chaînes d’information internationales…Il y a aussi la Chine, qui a fait de l’Afrique et de ses 1,3 milliards d’habitants la nouvelle frontière de sa géopolitique audiovisuelle.

Qui sont les grands stylistes de la mode africaine ? La plupart des stylistes du continent puisent librement dans des motifs, coupes et formes qui sont « africains » au même titre que, par exemple, la mode « japonaise » l’est en puisant dans sa propre symbolique. Dans les deux cas, cela n’empêche ni des inspirations contemporaines, voire futuristes, ni des moyens de fabrication modernes.

GEOPOLITIQUE

Les anciennes puissances coloniales restent-elles influentes ? Les ex-métropoles continuent-elles de damer le pion aux autres puissances en Afrique et de dicter leur loi au continent ? Sans doute pas. Car même l’ex-métropole la plus engagée au sud du Sahara, la France, est aujourd’hui distancée par la Chine et les Etats-Unis comme partenaire commercial de l’Afrique et son intervention au Mali ne fait peut-être que confirmer son impuissance face aux grands enjeux subsahariens. Au point de nourrir l’idée que la Françafrique se serait muée en une « AfricaFrance » où les dirigeants du continent seraient les maîtres du jeu.

Quels sont les intérêts américains en Afrique ? Relativement peu engagés dans la lutte antiterroriste en Afrique, les Etats-Unis ne sont pas près, non plus, de relever le défi que leur lance la Chine sur le continent – au plan commercial ou en matière d’investissements, notamment dans des infrastructures- pour favoriser l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale.

Comment la Chine est-elle devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique ? La Chine a réussi à faire de l’Afrique son « deuxième continent » en investissant d’abord dans des pays riches en ressources pétrolières et minières, comme le Nigeria, l’Angola ou la Zambie. En exportant ensuite son modèle des zones économiques spéciales, par exemple en Ethiopie et en Sierra Leone. En se dotant, enfin, d’un dispositif bancaire capable de border son implantation en Afrique, à travers la China Development Bank et l’Exim Bank. Aujourd’hui, quelque 10 000 entreprises chinoises sont implantées en Afrique et elles concourent à environ 12% de la production industrielle du continent.

Face aux Occidentaux, la Chine constitue-t-elle une alternative pour l’Afrique ? Mais au fil du temps, la Chine en Afrique s’est banalisée, des frictions entre ses ressortissants et des Africains se sont multipliées et, de manière générale, le clair-obscur de son action a diminué le contraste par rapport à d’autres intervenants extérieurs sur le continent.

L’Union européenne a-t-elle une politique africaine ? Engagée dans plusieurs opérations militaires pour un retour à la stabilité au sud du Sahara, l’UE est surtout devenue l’instrument de ses pays membres pour mieux sécuriser et, de fait, externaliser leurs frontières afin de freiner l’afflux migratoire en provenance de l’Afrique.

L’Afrique et les autres pays du « Sud global », l’ex-tiers-monde, sont-ils solidaires ? Bien qu’elle se pare volontiers de solidarité tiers-mondiste, la coopération économique Sud-Sud échappe rarement à la logique comptable des affaires. La percée des nouveaux acteurs sur la scène africaine depuis la fin de la guerre froide, tels le Brésil, la Turquie ou les pays du Golfe, est commerciale avant d’être charitable.

Quel est le bilan des opérations de maintien de la paix en Afrique ? Depuis 1960, les Nations Unies ont monté une soixantaine d’opérations soit de maintien soit d’imposition de la paix…Plus de la moitié de ces opérations ont été déployées en Afrique…Ces opérations ont aussi été les plus lourdes, les plus coûteuses et les plus meurtrières.

L’Afrique est-elle la cible privilégiée de la justice internationale ? Il est vrai que la première enquête de la CPI (Cour pénale internationale de La Haye) en dehors du continent africain n’a été ouverte qu’en janvier 2016 (crimes contre l’humanité perpétrés en Ossétie du Sud en août 2008). Mais il est vrai aussi que la plupart des poursuites engagées contre des prévenus africains l’ont été à la demande des autorités de leur propre pays.

Quel est le rôle des ONG et des grandes fondations en Afrique ? L’ »ONG-isation » de l’Afrique est un fait ; tout comme est un fait que le continent le plus pauvre est devenu le principal marché de la « philanthropie-risque » (venture philanthropy) pratiquée par de grandes fondations. Quelques constantes : la capacité opérationnelle et financière des organisations caritatives dépasse souvent celle des pouvoirs publics en Afrique ; leur rôle revendiqué de « témoin » contribue à façonner l’image du continent à l’extérieur ; l’un dans l’autre, la souveraineté des Etats africains -notamment leur souveraineté thérapeutique- s’en trouve affectée.

La France peut-elle gagner la guerre au Sahel ? Récemment, les violences déchaînées par ce populisme théocratique ont débordé du Mali au Burkina Faso et au Niger. Elles risquent de gagner toute la région…Si la régionalisation de la menace se confirmait, l’armée française devrait se battre dans un espace en expansion rapide. D’ores et déjà, à l’échelle du G5 Sahel, son théâtre d’opérations est quatre vingt fois grand comme la France métropolitaine.

Quelle est l’importance des migrations intra-africaines ? Pour le moment, la grande majorité des migrations africaines -70%- est intra-africaine. L’exode rural et l’urbanisation de l’Afrique -l’un comme l’autre sans précédent dans l’Histoire- sont les deux faces d’une même réalité migratoire.

Quelle est l’importance des migrations extra-africaines ? Cette proportion (quatre ou cinq ou six africains sur dix migrants en 2050) s’appliquera à un total qui, entre-temps, aura lui-même presque doublé. En effet, dans trente ans, l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants, soit cinq fois plus que l’UE.

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La France peut-elle tenir encore longtemps? d'Agnès Verdier-Molinie - Albin Michel

Émetteur du verbatim: François C.

 

La France peut-elle tenir encore longtemps ?Tout cela car gouvernements, Etat et administrations n’ont pas fait les réformes nécessaires ces dernières années.

Devrions-nous foncer dans le mur de la dette en chantant ?

Une autre voie est possible : désendettement en période de croissance en baissant les dépenses publiques, allongement de la durée du travail, baisse des impôts sur le capital et sur les entreprises pour de la croissance bénéficiant à tous.

1ère partie AUX PORTES DE L’ENFER

1. Le vrai secret : l’Agence France Trésor a notre avenir en main

Une montagne de dettes…En 1978, la dette représentait moins de 10% du PIB, en 2002 moins de 50%, en 2007, 64,5% du PIB avant de s’envoler progressivement pour atteindre 98,1% en 2019 et finalement 120% en 2020.

Avant la crise de 2008, l’Etat plaçait 90 milliards de dettes par an, 180 par an après la crise et maintenant plus de 300 milliards ! la France fait désormais partie des maillons faibles (Italie, Espagne, Grèce…). Qu’on le veuille ou non.

La dette de la France n’est déjà plus que AA. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, le Luxembourg sont toujours classés AAA.

2. BCE, la fuite en avant

Toutes les mesures prises par la BCE ces derniers mois ont pour vocation d’éviter qu’une banque italienne ne vienne entraîner la faillite de la zone euro. Derrière la façade lisse qui veut donner l’impression que l’on maîtrise le cours de l’histoire, c’est l’angoisse qui domine et le court terme qui dicte sa loi.

C’est la première fois que l’Europe émet de la dette…Un endettement qui pourrait à terme enclencher le divorce entre les pays du Nord et ceux du Sud. Tout cela à cause du laxisme des pays du Sud, largement passagers clandestins du nouvel Empire, faute de réformes structurelles suffisantes.

3. Les Français ont peur…de leur gouvernement

Plus la dette française monte, plus on comprend collectivement que nul ne sait où on va, plus les Français épargnent…Car chacun a peur de l’avenir et anticipe une hausse…des impôts.

4. Riche au-dessus de 3 470 euros par mois

Les 17 familles les plus riches représentent déjà, à elles seules, plus de 1,1 million de salariés. Imaginez combien d’emplois représentent les 379 000 foyers que constituent les 1% les plus riches !

5. Combien de milliards sous le tapis ?

Avant la crise de la Covid, nous étions déjà à 124% de dette et nous voguons aujourd’hui vers les 150% de dette publique !

Le chiffre officiel de la dette cache donc en fait un véritable trou noir. Si on fait l’addition, entre la dette et les engagements hors bilan de l’Etat, on est bien à 7000 milliards. C’est trois fois le PIB de la France mais, paraît-il, il ne faut pas le dire !

6.  L’enfer fiscal et sa litanie des 483 taxes

La France est championne du poids des impôts dans la richesse nationale mais elle est aussi championne du monde du nombre des impôts, taxes et cotisations. Il y a, en France, en 2019, 483 impôts, taxes et cotisations, dont 376 impôts et taxes et plus de 100 cotisations.

(« Elephant Man juridique ») En 20 ans, entre le Code général des impôts lui-même et ses annexes, on est passé de 463 314 mots à 967 927 mots, soit presque 1 million de mots, donc, pour réglementer notre fiscalité.

L’inflation de ce Code est moins visible que celle du Code du travail car le nombre d’articles est resté à peu près stable avec environ 2 400 articles quand le Code du travail est passé, lui, de 4 900 à 11 000 articles. Mais cette « stabilité » est un leurre. Les articles n’ont pas été augmentés en nombre mais se sont boursouflés de l’intérieur.

2ème partie DANS LE MUR…DE LA DETTE

1. Le prix à payer de la relance

C’est plus de 85 milliards que l’Etat a dépensés en plus avec la crise. Et cela va continuer en 2021.

En vérité, nos caisses sont vides et nous ne disposons d’aucune marge de manœuvre. A défaut de réformer et de viser une gestion saine des finances publiques, nos gouvernants préfèrent compter (comme d’habitude) sur la planche à billets.

2. Le mur de la dette

Nous entrons dans le club fermé des pays dont la dette dépasse les 100% du PIB, mais qui pour la plupart y sont déjà depuis longtemps : la Belgique (113,8%), l’Espagne (115,6%), l’Italie (158,9%), la Grèce (196,4%).

3. La drogue dure des déficits

Crise ou pas crise, la France a un déficit structurel qui frôle les 50 milliards par an.

Près de 912 milliards d’euros de dette pour le fonctionnement ont été accumulés entre 1995 et 2019 contre 689,6 milliards de dette pour l’investissement. Ce qui peut faire dire que si nous n’étions pas accros aux déficits pour financer les salaires publics, les frais de bouche et l’entretien des bâtiments, nous serions non pas à plus de 120% de dette aujourd’hui mais à 80%…Au même niveau que les Allemands.

4. Nos entreprises sont en danger

Depuis 2008, le taux d’endettement des entreprises françaises n’a pas cessé de progresser chez nous, passant de 117,5% à 143,2% du PIB. C’est près du triple du niveau observé chez nos vertueux voisins allemands (57,2%).

Sur le total des taxes, impôts et cotisations, on décompte 120 milliards d’impôts en plus par rapport à l’Allemagne ; nos entreprises croulent sous les prélèvements de toutes sortes.

La vague des faillites et des délocalisations est donc devant nous !

5. Comment font les autres ?

Première caractéristique récurrente chez nos voisins européens « vertueux » : la mise en place avant tout d’une gestion des finances publiques sans faille…Cela veut dire que l’Etat doit progressivement arrêter, comme il le fait actuellement, de « garantir » les autres administrations publiques par des recettes ou des subventions dédiées.

Anticiper le mur de la dette. On le sait, un mur de 599 milliards d’euros de refinancement va arriver d’ici à 2023 tandis que 706 autres milliards arriveront à échéance entre 2024 et 2030 – et ce, sans même tenir compte du financement des déficits publics liés à la crise actuelle.

3ème partie CE QUI NOUS PLOMBE

1. Les services publics ne sont pas à notre service

Une autorisation spéciale d’absence (ASA) difficile à arrêter.

L’école sans les profs…

Pendant ce temps-là, les obligations de sortie du territoire ne sont pas respectées.

Malgré tous les impôts que nous payons, nos services publics sont-ils toujours à notre service ? A l’évidence, non.

2. 84 milliards d’euros de trop

La France a un coût de production des services publics en parts de PIB qui est très élevé : 27% en 2018…quand la moyenne des pays européens (21 pays) est de 23,6%. L’écart est donc de 3,6 points de PIB, ce qui représente nos fameux 84 milliards d’euros…Ce surcoût de production de nos services publics montre à quel point nos n’avons pas transformé notre modèle public et combien nous sommes suradministrés.

En parallèle d’une sur-dépense, étonnamment, beaucoup de missions régaliennes se retrouvent sous-dotées ces dernières années : en particulier la sécurité intérieure (et sa police sous-équipée) ; la défense (et son armée aux matériels de plus en plus vétustes), le pénitentiaire (et ses prisons insalubres et surpeuplées) et la justice.

Avec nos 35 000 communes et 1258 intercommunalités, 101 départements, 18 régions, autant de préfectures que de départements et encore 233 sous-préfectures, on comprend que la France est le pays leader en termes de doublons.

Ce qui nous coûte cher en fonctionnement, c’est avant tout notre système de protection sociale (on compte près de 330 caisses différentes qui sont autant de guichets).

La santé est mal gérée, trop administrée, trop rigide, trop centralisée, les statuts trop corsetés…mais on continue en dépensant plus et mal, en opposant public et privé, médecine de ville et hôpital…

3. Les absurdités administratives nous tirent vers le bas

Alors que nos administrations ont montré leur manque d’agilité dans la crise sanitaire, on croit halluciner en considérant le nombre d’absurdités qu’elles inventent malgré la situation économique dramatique de la France.

Les patrons, forcément fraudeurs…Pour dénicher les fraudeurs, 50 000 contrôles ont été lancés pendant l’été 2020. Les inspecteurs du travail sont à la fête, ils ont pu contrôler tous azimuts ! Nombre d’heures, salaires gonflés, employés fictifs, soupçons de télétravail…

4. L’Etat numérique inexistant

La très lente numérisation à la française…On constate en pratique que le déploiement des outils numériques a été très inégal suivant les ministères.

Cette crise sanitaire est révélatrice du manque de maturité des solutions numériques proposées par la puissance publique. Un retard qu’il faudra d’urgence combler.

4ème partie SAUVONS L’ETAT MALGRE LUI

1. Sortir le Parlement de l’aveuglement

C’est maintenant qu’on aurait le plus besoin de parlementaires qui font leur travail d’évaluation des politiques publiques.

C’est le Parlement allemand qui tient de facto les cordons de sa bourse. Alors que chez nous, c’est clairement Bercy.

(Haut-Commissariat au plan) Le risque est grand qu’il s’agisse d’une administration de plus pour penser l’Etat à l’intérieur de l’Etat, et cela dans une France déjà suradministrée…Penser la France de 2030 sans mobiliser le Parlement pour la baisse des dépenses et des impôts et le contrôle de la dette n’a aucun sens.

2. Baisser enfin les impôts et les dépenses

. Libérer les entreprises (de leur boulet fiscal) ;

. Libérer le patrimoine (et les successions) ;

. Reculer l’âge de départ à la retraite (report de l’âge d’un quadrimestre par an pour tous à partir du 01/01/2021, soit 65 ans en 2028) ;

. Faire respecter les 35 heures dans la fonction publique (et réduire le nombre d’agents) ;

. Rationaliser le « pognon de dingue » des prestations sociales (plus de 200 aides et prestations différents, versées par 330 caisses différentes qui sont présentes sur le territoire via 5 000 guichets) ;

. Réduire le train de vie de l’Etat.

3. Réhabiliter le travail ?

Se rapprocher du modèle allemand impliquerait un changement complet de mentalité de nos syndicats qui ne devraient plus voir les employeurs comme l’ennemi à coincer, mais comme le partenaire principal pour créer des emplois.

Adoptons enfin le pragmatisme qui prime dans le reste de l’Europe ! Sauvons nos emplois, même si cela doit passer par un désaveu pour nos syndicats réfractaires.

4. Sauver ce qui reste de notre industrie

La crise sanitaire a mis en évidence notre dépendance stratégique dans des domaines essentiels de la santé comme les médicaments ou les dispositifs médicaux, mais aussi la fragilité de nos chaînes de production.

D’après l’Insee, de 1970 à 2016, la part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière a baissé dans la richesse nationale de 22,3 à 10,2%.

De 2,2 milliards en 2001, notre déficit commercial est passé à 68 milliards attendus en 2021.

Créer une usine en France ou le parcours du combattant.

Augmenter le temps de travail, baisser le nombre de jours de congé et de RTT, baisser les charges employeurs à tous les niveaux de rémunération, baisser les taxes de production pour une trentaine de milliards. Simplifier les autorisations pour créer des usines. C’est la seule manière de réindustrialiser.

5. Désendetter la France, c’est possible !

Nous sommes tombés en France dans notre propre piège : distribuer de l’argent gratuit tout en dévalorisant l’effort et le travail, tout en dégoûtant les entrepreneurs et les investisseurs.

Chez les pays frugaux (Danemark, Suède, Pays-Bas…), point de statut public.

Déléguer au privé.

Décentraliser, déléguer pour désendetter.

(France) Tout est fait pour dépenser plus et s’endetter plus. Suivons les bons exemples autour de nous : suppression du statut public, délégations de services publics, décentralisation, mise en concurrence et suppression des statuts, tout cela reposant sur la valeur « travail » (temps de travail annuel élevé, âge de départ à la retraite à 65 ans ou plus).

Conclusion

L’avancée gouvernementale en crabe, sans explication, sans pédagogie, assenant des milliards auxquels plus personne ne comprend rien tout en niant un quelconque danger sur la soutenabilité de la dette est devenue insupportable.

Les Français méritent la vérité : la dette est devenue infinançable et il va falloir travailler plus, réformer notre modèle social, dépenser moins pour éviter le naufrage. Nous ne pourrons pas éternellement tenir ce rythme d’emprunt à 1 milliard d’euros par jour. L’argent magique et gratuit n’existe pas. On finit toujours par payer la note. Et là, dans le piège de la dette, ce ne sera pas juste des impôts supplémentaires mais la misère et la ruine pour tous si nous ne réagissons pas très vite.

 

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Dictionnaire humaniste et pacifiste de Théodore Monod - Arthaud Poche

Émetteur du verbatim: François C.

 

 

Dictionnaire humaniste et pacifiste« Pour mes frères les animaux victimes trop souvent de la stupidité et de la cruauté des hommes »

 

Je ne suis pas un aventurier, je suis un chercheur.

 

Naître dans une famille comme la mienne, être le fils de deux parents de grande culture, élevé de la façon dont j’ai été élevé, j’en suis très reconnaissant. C’est une chance incroyable.

 

Bien souvent, dans l’existence, vous découvrez que vous avez fait des choix fondamentaux…après les avoir faits. Ce n’est qu’au-delà de la bifurcation que vous découvrez que vous étiez à la croisée des chemins.

 

L’inventaire de la planète est loin d’être achevé…Il y en a pour des siècles.

 

« La tauromachie est l’art scélérat et vénal de torturer et de mettre à mort des animaux selon des règles, dans la légalité et en public. »

 

Croire, c’est nécessairement agir. La foi chrétienne…est d’abord une volonté d’agir pour faire advenir concrètement en ce monde le royaume de Dieu. Prière et action, lutte et contemplation : il faut tenir ensemble ces deux appels, en apparence contradictoires.

 

Dans le désert, le squelette de la Terre est directement visible. C’est un spectacle presque indécent, et vraiment émouvant. Qui exige un certain état d’esprit, une approche au ras du sol, humaine et intelligente.

 

Nous agissons avec la nature comme si elle était notre propriété. En réalité, c’est un capital dont nous sommes seulement usufruitiers, et que nous devons transmettre aux générations future.

 

« Croire quand même, espérer quand même, aimer quand même ».

 

L’Afrique est littéralement pourrie de vestiges préhistoriques et certains se demandent même depuis peu si elle n’aurait pas, contrairement à l’opinion courante, vu naître l’homme proprement dit.

 

La nature existait avant l’homme, elle existera après. Il faudra recommencer beaucoup de choses à zéro, mais la nature n’est pas pressée. Pour elle, 10, 50, 100 millions d’années, ce n’est rien du tout. Il faudra recommencer, et on recommencera. Il y aura des relais.

 

Je ne pense pas à mon temps, mais à l’origine de la vie venue il y a trois milliards d’années sous une forme très modeste dans une soupe primordiale, la mer.

 

Ce que nous pouvons faire, il faut le faire, si peu que ce soit, c’est indispensable, sinon les choses continueront comme elles sont.

 

Nous savons qu’on s’achemine vers l’asphyxie et l’empoisonnement irréversible des océans.

 

Dès que l’intérêt, le préjugé ou la tradition sont en cause, on découvre que le plus beau texte juridique risque de demeurer très partiellement appliqué, s’il dépasse le niveau moral moyen d’une société.

 

Chaque jour, je récite les Béatitudes, comme on rêve à une utopie, si on définit l’utopie non pas comme « l’irréalisable » mais comme ce qui n’est pas encore advenu.

 

Dans nos structures sociales actuelles, fondées sur la primauté du profit, dans un système politique enlisé au stade de nations faisant encore passer prestige et intérêt avant la justice et la fraternité, peut-on faire mieux ?

 

(Fourrure) Elle est belle sur la bête, elle est bête sur la belle.

 

Le massacre d’Hiroshima est une date dont il faut d’autant plus se souvenir que ce déluge de sang, de feu et de larmes représente une coupure majeure dans l’histoire de l’espèce humaine. Avant ce bombardement, nous vivions dans « l’ère chrétienne ». Depuis le 6 août 1945, nous avons basculé dans « l’ère nucléaire ».

 

Hiroshima était un jeu d’enfant à côté de ce que nous préparent nos stratèges…Est-ce que l’homme saura renoncer à la barbarie et devenir sage avant de céder à la folie, à l’imprévoyance, à la stupidité ? Saura-t-il renoncer à courir à sa perte ?

 

On ne peut pas grand-chose, individuellement, mais le très peu qu’on peut faire, il faut le faire.

 

Le drame est que l’homme a acquis la puissance matérielle et technique sans acquérir simultanément la sagesse qui lui permettrait d’adapter ses technologies à des buts qui servent son développement au lieu de servir la guerre et la mort.

 

Je crois que l’homme, dans ses profondeurs psychologiques, ressent certainement une sorte d’attirance pour tout ce qui peut l’unir à l’infini, l’unir au cosmos.

 

Eh bien, que se passerait-il s’il n’y avait pas de Gulf Stream ? Paris aurait un climat sibérien, il ferait moins quarante en hiver.

 

Tant que nous vivrons dans une société qui repose directement sur le profit et l’argent, la nature sera saccagée. Puisqu’une chose rapporte, elle est tolérée. Cela va loin parce que c’est la société qu’il faut changer, la structure de la société.

 

Le désert, c’est ma paroisse…C’est la nuit bleue piquée d’étoiles. C’est le silence, cette denrée devenue si rare en notre siècle de vitesse et de bruit. On a parlé de sacrement du silence, car le désert porte à la contemplation.

 

Il faut très peu de choses pour vivre, matériellement. Le désert donne cette leçon. Et nous possédons trop de choses aussi. Mon père disait ; « Nous sommes possédés par nos possessions. »

 

Dieu n’est ni homme ni femme. C’est une force d’amour, un esprit qui échappe totalement à notre compréhension. Ce n’est qu’après notre mort que nous saurons enfin. Sans doute ne suis-je plus, à 94 ans, très loin de connaître la réponse.

 

Je demande à ce que l’on calcule le bonheur national brut. C’est très difficile en chiffres, mais ça aurait un sens !

 

Oui, je suis pour le progrès, mais pour moi, il n’y a pas de progrès là où il y a délire technique et sacrifice des valeurs essentielles de la vie. La sauvegarde de la nature me paraît centrale parmi ces valeurs.

 

La civilisation est dépassée par ses excrétions, les déchets que nous accumulons.

 

Ce saccage de la planète, je crois que c’est une très grande imprudence…parce que nous ne connaissons pas les incidences à long terme des erreurs ou des bêtises que nous commettons actuellement.

 

Une civilisation qui est une civilisation du bruit, du gadget bien entendu, du gaspillage et du déchet, ça n’est pas viable indéfiniment.

 

S’opposer à l’inacceptable, c’est toujours se libérer des préjugés de la tradition et de la coutume, c’est être capable d’une attitude novatrice.

 

L’homme moderne a peur du silence car, confusément, il pressent que le silence est une terre d’appel, de confrontation avec l’essentiel, avec ce qui fait -ou devrait faire- notre vocation d’homme. Il faut plonger dans le silence comme on s’aventure dans le désert…

 

Mais les hommes politiques !...Cinq cents ans pour eux, c’est une éternité ! Pour la nature, c’est demain matin, c’est ce soir.

 

L’unité du cosmos, cette idée que tout, à l’intérieur de l’univers, se tient : il n’y a que les poètes qui savent ça, et qui l’ont dit d’ailleurs…C’est une idée merveilleuse, magnifique, cette idée que, à l’intérieur de notre système cosmique, tout agit sur tout.

 

La mer, c’est l’espoir parce que même si la vie disparaissait des continents, la mer resterait probablement un réservoir quasi inépuisable.

 

(Vieillesse) Je reste en tout cas dévoré de curiosité. Je n’ai pas fini d’essayer de rassasier mon désir d’apprendre, de comprendre, et d’explorer au sens large du mot.

 

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