Boutique en ligne

A Livr'Ouvert

171b bd Voltaire, 75011 Paris Latitute/longitude: 46.75984 1.738281

Tél: 09.52.65.38.67

Du lundi au samedi de 10h à 19h

Mail: contact@alivrouvert.fr

Verbatims et recommandations...

Blizzard de Marie Vingtras - L'Olivier

BlizzardCoup de cœur d’Élodie, librairie De fil en page:

Au cœur d’un violent blizzard en plein Alaska, un petit garçon disparaît. Bess n’a pourtant lâché sa main qu’un bref instant. Elle se lance à sa recherche, tout comme Bénédict et Cole. Alors que chacun lutte contre les éléments, les souvenirs remontent, le passé ressurgit.

Un premier roman captivant au suspens maîtrisé qui nous plonge en plein froid comme dans les tourments de l’âme humaine.

Les gens d’ici vous demandaient jamais d’où vous veniez. Vous pouviez vous être sorti les fesses tout droit de l’enfer ou être descendu du paradis, ça faisait pas de différence. Si vous étiez prêt à vivre au milieu de nulle part, à travailler dur, et à pas vous plaindre, il y avait une place pour vous.

Acheter

Mais laissez-nous vivre ! de Marie de Greef-Madelin et Frédéric Paya - Plon

Émetteur du florilège: François C.

Normes, réglementations et lois mais laissez-nous vivre !La norme, sa vie, son œuvre…Ou comment paver l’enfer de bonnes intentions Au total, il y aurait aujourd’hui en France près de 400 000 normes, 11 500 lois avec leurs 320 000 articles auxquels il convient d’ajouter 130 000 décrets.

Si la France se dope, ou, pourrait-on plutôt dire, se drogue, aux normes, c’est que depuis longtemps elle montre un goût sans limites pour la formalisation tandis que le monde change rapidement.

En 1978, le code du travail comptait 100 pages et pesait 500 grammes : en 2019, ces chiffres sont passés à 3 762 pages et 1 470 grammes !

Notons toutefois qu’être conforme aux innombrables normes existantes coûterait chaque année près de trois points de PIB à la France, soit plus de 60 milliards d’euros !

Le travail, c’est la santé…Arrêtés, lois et normes permettant de la conserver…

L’entreprise (trop) bien encadrée Ou comment gaspiller l’énergie des patrons Pour les entreprises, l’analyse des différents codes, et notamment celui du travail et le respect des normes constituent un véritable chemin de croix…En 2012-2013, la France se classait au 126ème rang sur 144 en termes de complexité administrative selon le World Economic Forum.

La France est désormais le quatrième pays du monde où le taux d’impôt sur les sociétés est le plus élevé (33,3% pour les bénéfices supérieurs à 500 000 euros et 28% pour les bénéfices inférieurs), pour une moyenne mondiale de 24%.

La France pâtit aujourd’hui de la complexité et de l’instabilité de son environnement législatif et réglementaire.

Il faut être motivé pour faire du commerce Difficile de vendre ce que vous voulez, quand vous voulez Pour l’employeur, la moindre méconnaissance du code du travail au sujet du repos hebdomadaire et du repos dominical se voit sanctionnée par une contravention de 5ème classe.

Dans les méandres du RGPD Ou comment être protégés malgré nous ! Toute personne qui a eu ses données personnelles collectées par une entreprise doit pouvoir les consulter « sous un format lisible ».

Pour une entreprise, le RGPD est un cauchemar qui se déroule en six étapes.

Que ce soit à des fins de santé, de sécurité, de lutte contre le terrorisme, de prévention des risques de crédit…tout deviendra bon pour passer à la moulinette les données personnelles.

L’agriculture entre contraintes et contrôles Ou le bien-être animal face à l’enfer agricole Les agriculteurs sont chaque jour un peu plus engloutis par le poids des normes…En moyenne, un agriculteur passe 15% de son temps à remplir des documents administratifs…Cette masse de contraintes et de contrôles entraîne, dans le monde paysan, une pression psychologique sans précédent.

Toutes productions confondues, en 2016, près de 20% des fermes se trouvaient en déficit. Selon les statistiques de la Mutualité Sociale Agricole, 30% des paysans ont même un revenu mensuel inférieur à 350 €. Pris dans une spirale financière infernale, assommés par la réglementation, un quart des éleveurs de bovins ont ainsi mis la clé sous la porte entre 2000 et 2013.

L’environnement ne manque pas d’air Ou quand les normes prennent l’eau Chez nous, 25 millions de bouteilles plastique sont jetées chaque jour, la France faisant partie des cinq pays du monde qui en consomme le plus.

Quant au code de l’environnement, le moins que l’on puisse dire, c’est que sa complexité permet de contourner le droit.

La fièvre normative gagne l’immobilier Quand la réglementation va, tout va (comme les prix…) Si les prix des logements en France ont été multipliés par deux en dix ans, c’est largement imputable à la hausse vertigineuse de la réglementation sur la construction…Entre 2007 et 2017, pas moins de 5000 normes ont vu le jour.

La norme bâtiment basse consommation, créée par un arrêté du 3 mai 2007, a renchéri à elle seule les coûts de construction de 8 à 9%.

Le gouvernement a multiplié la création de dizaines de labels et certifications depuis le Grenelle de l’environnement…Un engouement des organismes publics, semi-publics ou entièrement privés, chacun définissant les principes de son label ou certificat, les conditions d’attribution, de suivi, de contrôle…Qui n’ont généralement pas un caractère obligatoire mais volontaire et incitatif, tout en influant sur les prix de la construction.

Transportons-nous Normes tortues ou normes tordues ? Depuis le 1er septembre 2015, la loi impose que tous les cars transportant des élèves soient équipés de ceintures de sécurité…

Une jolie route touristique connue jusqu’ici pour ses petits villages et ses vins…mais aussi pour détenir le triste record de France des modifications de limitation de vitesse : 42 sur 36 kilomètres.

Le sport (trop) encadré Ou, pour son confort, mieux vaut faire du foot que toute autre activité ! A croire que Courteline a quitté l’administration publique et s’est mis au basket !

Les collectivités locales sont unanimes à dénoncer les excès normatifs des fédérations sportives, excès qui illustrent les « effets pervers » de la séparation « normeur payeur ».

Eau dans les vestiaires, eau dans les douches et eau sur les terrains de sport…Toujours cette obsession pour ne pas dire cette histoire d’eau. Une eau qu’il faut, bien entendu, évacuer.

On ne fera pas avaler n’importe quoi à vos enfants Personnel, qualité, nutrition et gaspillages…la vie rêvée des cantines Le maître mot en restauration scolaire est « sécurité alimentaire ». Pour les enfants (et leurs parents), celle-ci doit être garantie de la réception des produits à la consommation.

En fait, pour chaque denrée sucrée comme pour les produits gras, les portions sont définies au gramme près dans le texte de 2011.

Du vidage des poubelles (à couvercle non manuel) au dépoussiérage du mobilier, à l’aspiration au sol et au lavage, tout est réglementé…

Encore un paradoxe : si le plastique met en danger notre santé -et la planète- pourquoi est-il « urgent » d’attendre 2025 ?

Tant qu’on a la santé ! Et ce n’est pas gagné… Chers vivants, soyez rassurés pour après aussi. La norme, le règlement et la loi vous suivront même une fois votre dernier soupir poussé…

Des jouets sous haute surveillance Ou quand des jouets n’en sont pas Lorsqu’il a décidé de plonger dans l’univers du jouet…cet entrepreneur n’a pas été déçu par la complexité ubuesque de ce monde.

La liste des produits dangereux est longue : pas moins de 55 substances parfumantes allergisantes sont interdites dans les jouets.

On comprend mieux alors pourquoi certains produits fabriqués en Asie portent la mention « Ceci n’est pas un jouet », et échappent à la réglementation européenne. Une technique qui permet au fabricant ou à l’importateur de ne pas se conformer aux normes et d’éviter d’avoir à payer le certificat de conformité.

Drôles de drones ! ça ne vole pas haut… Sans (a priori) le savoir, l’homme a cumulé les infractions : vol de nuit, sans autorisation, en agglomération, au-dessus d’un monument historique…

En France, cette activité est extrêmement réglementée.

Quand la finance tire les leçons de la crise de 2007 Ou comment s’en sortir avec la norme MIFID, mi-raisin Pour gommer l’image du banquier aigrefin, les autorités de tutelle européenne sont passées d’un extrême à un autre. Après avoir péché par négligence, elles se sont attachées à tordre le cou à une profession qui, contrairement au monde industriel, n’a nul besoin de fabriquer de nouveaux produits pour gagner de l’argent.

Au final, pour de nombreux banquiers, les exigences accrues de la réglementation MIFID 2 risquent de réduire l’offre et la demande de produits financiers aux investisseurs.

Le renforcement du cadre prudentiel en Europe avec MIFID 2 pèse sur les coûts de production des banques alors même que l’évolution de leur environnement (taux d’intérêt historiquement bas, émergence de nouveaux acteurs de banques en ligne…) grève leurs résultats financiers.

Seniors sous haute surveillance Prisonnier d’un Ehpad 6 900 maisons de retraite où 43% des établissements sont publics et le reste privé. L’objectif de ce plan « prise en charge de la dépendance » ? Améliorer la prise en charge des 728 000 personnes Ehpad hébergées, lesquelles sont de plus en plus âgées et dépendantes.

Le poids de la norme, l’obsession de la sécurité, le principe de précaution accompagné du risque de menace pénale…ont conduit les Ehpad à illustrer ce que peut être « l’horreur normative », provoquant l’effet inverse de celui recherché.

Entre les réglementations pertinentes et applicables, celles jugées complexes et celles impossibles à appliquer, les directeurs d’Ehpad s’avouent souvent dans une situation précaire. Dans le même temps, les investissements liés à l’empilement de normes à respecter ont un impact sur le prix de la journée des résidents, jusqu’à devenir insupportable pour les foyers modestes.

Vive l’Europe ! Si tatillonne et économe Face aux nombreuses critiques sur sa tendance à tout normaliser, réglementer, notamment dans le domaine alimentaire, la Commission européenne a décidé de riposter : « Les normes européennes sont nombreuses, car elles portent sur des sujets divers tels que les produits de consommation, la sécurité des bâtiments, la qualité de l’environnement…mais elles ne sont pas absurdes ! Elles ont toute leur utilité. »

Ceux qui vivent pour les normes Et surtout aussi des normes… Fort de 158 millions de chiffre d’affaires pour un résultat de 2,6 millions, le groupe Afnor intervient dans : la normalisation ; le Comité européen de normalisation ; l’Organisation internationale de normalisation.

De quoi alimenter la machine puisque le produit tiré des ventes sert « à financer l’élaboration de nouvelles normes dans un contexte neutre et permet de les mettre à jour ». Un peu comme les Shadoks qui passaient leur temps à pomper !

Quand la France lave plus blanc que blanc…L’Europe ordonne, notre pays surtranspose Outre des conséquences sur les entreprises, cette fâcheuse tendance à surinterpréter en a également pour le pays…et, en bout de course, les finances des Français.

Il semble que la surtransposition des règlements européens soit une maladie typiquement française !…La dimension économique et le coût pour l’économie de la réglementation excessive ou d’une « mauvaise » réglementation ne sont pas encore vraiment pris en compte. » Tout est dit !

Et à l’étranger, ça transpose aussi ? Comment la France se retrouve bien seule…


Postface par Guillaume POITRINAL Simplification : la France est pourtant prête ! Notre organisation politique, administrative et juridique est le résultat d’une sédimentation inouïe, qui reflète à la manière d’un gigantesque mille-feuille soixante quinze ans d’idéal de société, de progrès social, d’écologie, de sécurité…mais aussi de protection des intérêts privés les plus indicibles.

Aujourd’hui, avec le temps, la haute fonction publique est devenue l’auteur libéré de la complexité administrative, mais aussi sa première victime…Auteur, car rien ne doit échapper aux mailles du filet réglementaire produit par cette super-élite…Mais aussi victime, car nos élites administratives se sont elles-mêmes embourbées dans leur propre complexité administrative.

La complexité a un coût : elle entretient une dépense publique phénoménale, qu’il serait bien utile de réorienter…Et surtout, elle ralentit les transformations inéluctables du pays, les rendant finalement bien plus douloureuses pour la population.

Aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni, où l’on a pris conscience de l’enjeu de la complexité administrative, des institutions légères, mais pérennes, viennent contrôler le flux de nouvelles obligations et proposent sans discontinuer de simplifier les procédures et les formulaires existants. Tout cela se fait sans heurter les équilibres sociaux ou environnementaux. Tout simplement dans l’intérêt général. Je veux croire que ce serait encore possible dans notre pays.

*

Acheter

L'enfer numérique, voyage au bout d'un like de Guillaume Pitron - Les liens qui libèrent

Émetteur du florilège: François C.

 

L'enfer numérique : voyage au bout d'un likeNous avons structuré un royaume de béton, de fibre et d’acier, hyperdisponible, sommé d’obtempérer à la microseconde près. Un « inframonde », constitué de datacenters, de barrages hydroélectriques, de centrales à charbon et de mines de métaux stratégiques, tous unis dans une triple quête : celle de puissance, de vitesse et…de froid.

La pollution digitale met la transition écologique en péril et sera l’un des grands défis des trente prochaines années.

La « génération climat » sera l’un des principaux acteurs du doublement, annoncé à l’horizon 2025, de la consommation d’électricité du secteur numérique (20% de la production mondiale) ainsi que de ses rejets de gaz à effet de serre (7,5% des émissions globales).

NUMERIQUE ET ECOLOGIE : UN LIEN FANTASMé . Les villes intelligentes au chevet de la planète Défi : articuler et mieux organiser les flux de personnes, de biens et d’énergie, afin de rendre la ville de demain plus agréable à vivre. . Le véritable coût écologique des SMART CITIES En étudiant le « métabolisme urbain » d’une agglomération, les urbanistes entendent recenser les flux de matières, d’énergie et de déchets qui y entrent et en sortent afin d’en apprécier les performances écologiques. . Les mathématiques au service de la nature Tout d’abord, le numérique permet d’acquérir une connaissance inédite de la santé de la planète…Ensuite, il concourt à optimiser nos modes d’organisation…Enfin, il nous encourage à verdir nos modes de consommation. . Quand l’industrie numérique réécrit le futur Les TIC consomment environ 10% de l’électricité mondiale, soit l’équivalent de la production de 100 réacteurs nucléaires. Si le numérique était un pays, il se classerait au troisième rang des consommateurs d’électricité, derrière la Chine et les Etats-Unis. . Géographie d’un LIKE Pour parvenir au destinataire, le Like a voyagé à travers sept couches de fonctionnement d’Internet. . Pollution numérique : une prise de conscience Peut-on vraiment parler de « numérique au service du vert » (« IT for Green ») si ce dernier n’est pas, lui-même, vert (« Green IT ») ?

DE LA ZENITUDE DES SMARTPHONES . Voyage au cœur des mines de graphite La Chine produit près de 70% de ce minerai…L’impact de cette industrie sur les hommes et l’environnement peut s’avérer particulièrement lourd. Internet induit une gigantesque infrastructure qui siphonne une part croissante des ressources terrestres : 12,5% de la production mondiale de cuivre et 7% de celle de l’aluminium. Il est incongru de parler de « dématérialisation » de nos économies dès lors que le virtuel génère des effets colossaux dans le monde réel. . L’Estonie, l’Etat qui fait le pari du tout-numérique Cette petite République détient la palme de l’Etat le plus numérisé et « dématérialisé » du monde…La vie numérique y paraît fluide et douce. Quant aux infrastructures physiques, énergétiques et autres logiciels qui maintiennent tout cet appareil en état de fonctionnement, on ne les voit ni n’en entend jamais parler… « dématérialiser, c’est matérialiser autrement ». . Une ère de purges électroniques Sapiens est logiquement devenu un Homo detritus qui produit, chaque année, l’équivalent de cinq mille tours Eiffel de déchets électroniques…A l’accumulation de ces rebuts hybrides répondront ces quatre injonctions cardinales : récupérez, réparez, réutilisez et recyclez. . Une autre informatique est possible Ces actions concrètes montrent que les consommateurs sont, aux côtés des entreprises de la « tech », coresponsables de la pollution numérique, et peuvent agir pour la réduire.

LA MATIERE NOIRE DE L’IMMATERIEL . Le MIPS = la quantité de ressources nécessaires à la fabrication d’un produit ou d’un service…Concrètement le MIPS (Material input per service unit) évalue l’ensemble des ressources mobilisées et déplacées durant la fabrication, l’utilisation et le recyclage de chaque production…Cette approche se traduit par un chiffre, le « sac à dos écologique », i.e. le coefficient multiplicateur de chacune de nos actions de consommation…En effet, notre sac à dos écologique avoisine 38 tonnes par an par utilisateur. . Le vertigineux coefficient des technologies numériques Le numérique a -insensiblement- fait exploser notre empreinte matière…La théorie du « facteur 4 » : diviser par quatre notre consommation de matière et d’énergie permettrait de produire deux fois plus de biens tout en réduisant par deux l’impact global de cette production. . Le tribut écologique des nanomondes Les 500 étapes de la chaîne de fabrication d’un circuit intégré vont faire intervenir jusqu’à 16 000 sous-traitants, éclatés dans des dizaines de pays à travers le monde…Cette logistique « engendre une consommation d’énergie absolument monstrueuse ». . Une fuite en avant énergétique « Plus on élabore des petits objets, plus il faut de grosses machines qui consomment beaucoup d’énergie pour les fabriquer ». . Dans les vapeurs du numérique Nos modes de vie numériques, pourtant célébrés comme la quintessence de l’abolition de notre empreinte écologique, sont gourmands de substances aux pouvoirs les plus réchauffants et les plus inaltérables qui soient. . Honeywell, recours et verrou de la lutte contre le climat Le prix prohibitif du HFO pratiqué par Honeywell, firme devenue tout à la fois un précieux recours contre le réchauffement du climat…et un obstacle (le prix du HFO pratiqué par cette même firme).

ENQUETE SUR LE NUAGE . DATACENTERS, les usines de l’ère numérique Une douzaine d’années ont ainsi suffi pour que le nuage s’enracine dans le sol, dans tous les hubs de communication majeurs…Il existerait aujourd’hui près de trois millions de datacenters d’une surface de moins de 500 mètres carrés dans le monde, 85 000 de dimension intermédiaire et une petite dizaine de milliers dont la taille peut avoisiner celle de l’Equinix AM4. Le marché mondial de ces infrastructures, qui avoisine 124 milliards d’euros annuels, croît de près de 7% par an. . Les pouvoirs insoupçonnés des trottinettes partagées La data constitue donc un actif stratégique, l’or noir des entreprises de mobilité vouées à nous recommander, demain, des offres de déplacement toujours plus adaptées à nos besoins. . La fin de notre anonymat Plus une entreprise se trouve au centre du cloud, plus elle pourrait devenir riche et puissante…Champion par excellence de ce modèle économique, Facebook est devenu la régie publicitaire la plus performante au monde qui vend beaucoup de renseignements sur qui vous êtes. . Extension du domaine de la DATA Les entreprises stockent tout et n’importe quoi…La collecte systématique mondiale de toutes sortes de données décuple les besoins en datacenters. . L’homme qui a tenté d’assoiffer la NSA Aussi démiurgique fut-elle, une architecture de surveillance globale repose donc toujours sur un sous-jacent matériel qui la régente et la gouverne… » pas d’eau = pas de NSA ».

UNE FANTASTIQUE GABEGIE D’ELECTRICITE . Tempête sur le nuage On doit comprendre qu’Internet s’épanouit au rythme d’un commandement intangible, absolu, sacré : « la continuité de service ». . La continuité numérique à tout prix Les hébergeurs pratiquent d’abord la « redondance » des réseaux de distribution d’énergie ; ils dédoublent également les datacenters eux-mêmes ; enfin ils « surdimensionnent » les infrastructures pour anticiper les pics de trafic. Les datacenters figurent parmi les plus gros consommateurs d’électricité d’une agglomération…Ils figureront « parmi les plus importants postes de consommation électrique du XXIème siècle ». . Amsterdam sous tension Amsterdam et sa région constituent l’un des plus gros carrefours européens de fermes de données…L’agglomération décrète brutalement le premier moratoire du monde sur la construction de nouveaux centres de données. . Pas de selfies sans charbon Il nous semble dès lors exact d’affirmer que nos modes de vie numérique génèrent un impact indélébile sur les paysages les plus sauvages (par ex. : la Virginie Occidentale). . Les GAFAM à genoux devant Dominion Energy ? L’ensemble de l’industrie numérique, qui capte environ 10% de l’électricité produite sur la planète, serait responsable de 3,7% des émissions de gaz à effet de serre – un chiffre qui pourrait doubler d’ici à 2025.

LA BATAILLE DU GRAND NORD . La technologie pour des données plus propres « L’énergie est le premier poste de dépense d’un datacenter ». Comment gérer la faramineuse consommation d’électricité du secteur numérique ? .Le DATACENTER extra-frais En octobre 2011, Facebook annonce avoir fait le choix d’une localité située à 100 kilomètres du cercle arctique…Depuis 2013, toutes les données produites par les Européens dont Facebook a la propriété sont concentrées dans le Grand Nord… .L’esthétique de l’immatérialité Cette stratégie marketing de « profits sans conflits » puise ses sources dans le « capitalisme zonal » : une zone économique spéciale, souvent cloisonnée, « dans laquelle un effort intense a été engagé pour créer un climat favorable aux affaires ». . Le barrage de la discorde « Les barrages hydroélectriques ont un impact sur la biodiversité bien plus lourd que n’importe quelle électricité verte ». . Las Vegas dans le Grand Nord En quelques années, la Scandinavie s’est transmuée en terre promise pour des enseignes telles qu’Amazon Web Services, Google et Microsoft. Imaginez combien le monde serait bouleversé, la géographie des câbles, des fermes de données, des centrales électriques et des hubs digitaux sens dessus dessous si les internautes étaient capables de patienter ne serait-ce qu’une seconde supplémentaire. . Des solutions pour nous mettre à la diète numérique Nous pourrions réfléchir à la manière d’imposer des forfaits dont le prix serait fonction des volumes de données effectivement consommées. Il faudrait nous attaquer aux origines mêmes de notre obésité numérique, puis optimiser les procédés et les réseaux électriques. Faute de quoi les industriels continueront de parler dans la même phrase d’explosion des data et de responsabilité environnementale, de puissance de calcul démultipliée et d’électricité décarbonée puisée dans les fleuves.

EXPANSION DE L’UNIVERS NUMERIQUE Le développement de l’IOT (« the Internet of things ») a connu un essor tel que la planète compterait à ce jour 20 milliards d’objets connectés…Cette interconnexion généralisée ne peut advenir qu’à la condition qu’un réseau ultra-performant puisse faire transiter les fabuleuses quantités de données produites. . Fréquences hautes pour machines émancipées La 5G permettra de transférer dix fois plus de données que sa prédécesseure en un laps de temps dix fois moindre. La facilité d’installation de la 5G par rapport à la fibre et la diminution de la latence pourraient donner vie à une immense variété d’objets et d’infrastructures pilotables à distance, tels que les drones, les navires, les hôpitaux et les véhicules. . 5G : des enjeux écologiques largement ignorés Quel est le coût écologique de cette aventure technologique, sachant que la 5G va faire exploser notre consommation d’Internet et de données ? A nous engager tête baissée dans un monde prétendument éthéré et libre de tout carcan physique, nous fuyons cette évidence qui, inéluctablement, nous rattrapera : un monde dématérialisé sera un monde toujours plus matérialiste. . Vers un « connectedgate » ? Plus de 500 millions de voitures connectées devraient circuler dans le monde en 2025…Une voiture connectée peut concentrer jusqu’à 150 calculateurs et produire, au bas mot, 25 gigaoctets de données par heure. . 16 777 216 teintes de bleu L’ouvrage décrit la « matrice des manipulations » perfectionnées par les développeurs aux fins de nous faire consulter notre téléphone pas moins de 150 fois par jour. . La mécanique du rouge Ce stimulus visuel œuvre comme un déclencheur, induisant l’action d’ouvrir l’application en vue de l’obtention d’une récompense. La pollution intellectuelle et sociale générée par les techniques de la captologie engendre donc une pollution environnementale…Ces trois formes de pollution sont interdépendantes et l’on ne peut donc pas s’attaquer à l’une sans traiter les autres. L’expansion de l’univers numérique, c’est donc la connexion de tout et de tous, tout le temps et en tous lieux.

QUAND LES ROBOTS POLLUERONT DAVANTAGE QUE LES HUMAINS . Les robots : une activité numérique exponentielle En 2023, les connexions entre machines (M2M pour machine to machine) devraient totaliser la moitié des connexions sur le Web. Nous basculons d’un réseau utilisé par et pour les hommes à un Internet exploité par, voire pour les machines…Nous entrons dans une nouvelle dimension de la pollution numérique, un bouleversement de paradigme. . Stratégie d’obsolescence humaine programmée Cette mutation des marchés financiers bouleverse toutes les grandes familles d’acteurs qui s’y rencontrent. . Une multinationale en quête d’investissements passifs Dans le sillage des fonds passifs, c’est l’ensemble de la finance qui devient, de plus en plus, une affaire de lignes de codes, d’algorithmes et d’ordinateurs. A l’évidence, la vague des fonds passifs accélère la crise climatique davantage qu’elle ne la résout, puisqu’elle « pompe des capitaux au profit des entreprises à forte intensité carbone »…Les ordinateurs s’affichent comme les plus constants soutiens des hydrocarbures. . Une super-intelligence au service de la planète Une théorie fascinante et dérangeante à la fois : la principale forme d’intelligence dans l’univers serait déjà de nature électronique…L’éventualité, même théorique, de mettre l’IA au service de la planète pose des problématiques éthiques, philosophiques et démocratiques fascinantes. . Un « Léviathan vert » contre l’homme ? Serons-nous, tout simplement, en mesure de soutenir, techniquement, la hausse exponentielle des données produites, échangées, stockées et traitées ? Notre société surconnectée accouche en effet d’un bouleversement radical de paradigme : les défis d’un monde dopé à l’abondance sont désormais encore plus colossaux que ceux d’un monde asservi à la rareté.

VINGT MILLE TENTACULES SOUS LES MERS Cela fait en effet des décennies que les hommes mettent en place des circuits physiques pour consolider l’architecture d’Internet et soutenir sa formidable montée en puissance. . Des illuminés dans la soute du Net Internet est un gigantesque réseau amphibie : près de 99% du trafic mondial de données transite aujourd’hui, non par les airs, mais via des courroies déployées sous terre et au fond des mers. Environ 450 tentacules « allumés » tapisseraient désormais le fond des océans, totalisant 1,2 million de kilomètres, soit trente fois la circonférence de la Terre. . Câbles, sable fin et serviettes de plage La filière de l’industrie européenne des câbles sous-marins est en ébullition. Son chiffre d’affaires global croît de 11% par an et devrait s’élever à 22 milliards de dollars en 2025. « Le prix du câble au kilomètre n’a pas changé depuis plusieurs décennies, mais leur capacité initiale a été multipliée par un milliard ». . A la recherche du temps gagné Les sociétés de trading sont prêtes à tout pour acheter et vendre plus vite que leur ombre. . Une seconde vie pour les tuyaux du Web Un million de kilomètres de circuits optiques désaffectés reposent aujourd’hui au fond des mers…Cette réalité pose logiquement la question de l’impact environnemental des câbles…Qu’allons-nous faire du nombre croissant de câbles obsolètes ? . Un risque de « pénurie de capacités » ? Du fait de notre addiction aux données, nous ne cessons de repousser un problème que nous contribuons inlassablement à alimenter.

GEOPOLITIQUE DES INFRASTRUCTURES NUMERIQUES Nos vies numérisées sont dupliquées dans une infrastructure de métal, de béton, de verre, dont nous sommes des milliards de colocataires, distraits et indifférents. Sous couvert de tout dématérialiser, le numérique matérialise en fait deux fois ce que nous entreprenons. . Les nouvelles autoroutes de l’Arctique L’itinéraire, qui doit être affiné, relierait le Royaume-Uni à la Chine via la Norvège, la péninsule de Kola (Russie), le passage du Nord-Est et le Japon. . Quand la Chine déploie sa « route de la soie numérique » Internet est un nouvel instrument au service de la quête de pouvoir et d’argent. Pékin a parfaitement compris que les divertissements numériques ne seront, au XXIème siècle, que la continuation de la guerre par d’autres moyens. Les données sont le nouveau carburant de ces éternels moteurs de l’histoire que l’on appelle la quête d’influence, de prestige, et de prospérité -auxquels la Chine et ses rivaux aspirent. . Systèmes optiques contre navires câbliers : la saga Global Marine En une vingtaine d’années, Pékin a donc conduit avec succès une stratégie d’autonomie dans le secteur, ô combien critique, des câbles optiques. . Le jour où des armées protègeront le réseau Nous ne comprenons pas que nous enfantons un monde où les divertissements généreront des tensions, voire des conflits, parce qu’ils ne nous seront offerts qu’au prix d’un impact spatial, matériel, dont nous ne pourrons jamais nous soustraire. Quoi qu’en disent les chantres de la dématérialisation, la matière continuera de nous gouverner aussi assurément que la flèche du temps, la force gravitationnelle et les lois de la thermodynamique. . L’Europe à la recherche d’une souveraineté numérique Jusqu’où ira le contrôle de l’armature du Net par les GAFAM, et dans quelles situations de dépendance aux entreprises les plus puissantes du monde les Occidentaux seront-ils placés ?

RUE DE L’AVENIR Les « rues de l’avenir », ces chemins conduisant le numérique des Lumières, sont pléthore et contradictoires. Nos rues de l’avenir seront probablement une hybridation de ce large éventail de solutions qui fermentent aujourd’hui aux quatre coins du monde. Cette technologie est -et sera- ni plus ni moins écologique que nous le sommes. Si nous nous plaisons à gaspiller les ressources alimentaire et énergétiques, le numérique permettra d’accentuer cette inclination. L’outil œuvre comme un catalyseur de nos initiatives quotidiennes les moins honorables comme les plus nobles…Le numérique nous invite, finalement, à mûrir cette puissante injonction du mahatma Gandhi : « Soyez le changement que vous désirez voir en ce monde. »

Acheter

Apocalypse cognitive de Gérald Bronner - PUF

Émetteur du florilège: François C.

Apocalypse cognitiveLa situation inédite dont nous sommes les témoins est donc celle de la rencontre de notre cerveau ancestral avec la concurrence généralisée des objets de contemplation mentale, associée à une libération inconnue jusqu’alors du temps de cerveau disponible…Ce temps de cerveau libéré, qu’allons-nous en faire ?

Première partie : LE PLUS PRECIEUX DE TOUS LES TRESORS

. Les êtres humains libérés Aujourd’hui, en France, le temps de travail représente 11% du temps éveillé sur toute une vie alors qu’il représentait 48% de ce temps en 1800 !

Chaque Français bénéficierait ainsi de l’équivalent de près de quatre cents esclaves énergétiques tandis qu’en moyenne, chaque humain aurait l’équivalent de deux cents de ces esclaves à son service !

. Une autre histoire de l’humanité Homo sapiens, i.e. l’être humain tel que nous le connaissons aujourd’hui, est apparu il y a environ 300 000 ans.

Au cours des trois derniers siècles, toutes les étapes ont été franchies qui ont conduit l’humanité du stade de la soumission à son environnement à celui de la domination.

. 11 mai 1997 L’attention pour cette revanche entre Kasparov et Deep Blue fut mondiale…La bataille s’acheva sur la défaite historique du champion des humains contre celui des machines.

. La guerre éclair des ordinateurs (loi de Moore) En raison du caractère géométrique du développement de cette technologie, nous avons du mal à anticiper mentalement l’étendue de son arborescence. Une chose est certaine : elle prolonge le grand mouvement d’externalisation de tous nos gestes par les machines entamé par la première révolution industrielle.

. Externalisation Ce ne sont d’ailleurs pas tant des métiers qui vont disparaître qu’un type de tâches exécutées par les humains. Quelles sont-elles ? Endurance, précision, mémoire, gestion de ressources financières, maintenance des technologies, lecture, calcul, contrôle qualité, coordination, monitoring, etc. En somme, toutes les tâches qui ont un caractère répétitif et peuvent être algorithmisées.

Les intelligences artificielles sont des prothèses pour l’humanité, des prothèses essentielles compte tenu des handicaps physiques et cognitifs qui caractérisent notre espèce, mais pas beaucoup plus.

. Un trésor inestimable Il y a de plus en plus de temps de cerveau disponible…il représente environ cinq heures quotidiennes.

Les sociétés modernes sont caractérisées par une augmentation géométrique du temps de cerveau disponible.

. Jusqu’ici, tout va bien Entre 1881 et aujourd’hui, l’espérance de scolarisation a plus que doublé, passant de huit ans à plus de dix-huit ans de nos jours.

. A dormir debout Les Français adultes dorment désormais 6 h 42 par nuit les jours de semaine, soit moins que les 7 heures préconisées pour une bonne récupération.

Les perturbations du sommeil entraînent celles des capacités d’apprentissage et d’une façon générale de nos compétences et de nos potentialités intellectuelles dans notre vie de tous les jours.

L’omniprésence des équipements de loisirs : télévision, tablette, smartphone, ordinateur, sollicite de façon de plus en plus envahissante et addictive notre temps de cerveau disponible, et en particulier celui des adolescents.

L’empire de ces sollicitations cognitives s’est progressivement étendu, au point qu’on a créé un néologisme pour désigner cette peur de rater quelque chose : la Fomo (fear of missing out).

. Lorsque tu regardes ton écran, ton écran te regarde Les écrans…sont devenus des monstres attentionnels. Ils dévorent notre temps de cerveau disponible plus que n’importe quel autre objet présent dans notre univers.

La citadelle de notre disponibilité mentale est donc poreuse, elle fuit même de toute part.

Ces limites de notre cerveau permettent d’évaluer la valeur de ce trésor si précieux pour l’humanité mais aussi la façon dont nous risquons d’en user…Allons-nous…flamber ce capital attentionnel au casino de l’attention ?

Deuxième partie : TANT DE CERVEAUX DISPONIBLES !

. Un « effet cocktail » mondial Depuis 2013, la masse d’informations disponibles double tous les deux ans…Autre proportion frappante : 90% des informations disponibles dans le monde ont été rédigées dans les deux dernières années.

. Cacher ce sein… Entre toutes les informations capables de capturer notre attention dans le brouhaha informationnel qu’est devenu notre monde contemporain, la sexualité est une très bonne candidate.

Ces vidéos pornographiques sont celles qui sont le plus consommées sur Internet. On dénombre des dizaines de milliers de sites qui diffusent massivement ce type de films. Plus d’un tiers de vidéos regardées chaque jour sont des produits pornographiques.

. La peur au ventre L’information qui prétend nous alerter d’un danger nous attire irrésistiblement. Or, celle-ci est produite en quantité industrielle dans le monde contemporain.

Les arguments de la peur sont beaucup plus aisés à produire et rapides à diffuser que ceux qui permettent de renouer les fils d’une confiance si nécessaire à la vie démocratique.

Cette cacophonie cognitive nous fait prendre encore un autre risque : celui de la paralysie de l’action…La peur s’est donc emparée d’une partie de ce précieux trésor qu’est notre disponibilité mentale. Elle nous tient au ventre et plonge notre esprit dans des ensembles de données partielles et trompeuses qui font de nous des hypocondriaques permanents et nous font regarder vers l’avenir avec, comme seul horizon parfois, la terreur et la crainte d’une fin du monde prochaine.

. La lutte des clashs Les coalitions sociales et les mécanismes affiliatifs sont profondément inscrits dans notre nature.

De même que le sexe et la peur, la colère sera donc un bon support émotionnel pour conférer une certaine vitalité à un produit cognitif.

(Anonymat) Un sondage réalisé aux USA indique qu’un quart des internautes intervient sur des forums ou sur les réseaux sociaux sous une fausse identité.

L’indignation est un feu et les réseaux sociaux sont comme de l’essence.

L’hyper-conséquentialisme nous met en examen de façon permanente.

Cette sensibilité exacerbée du marché cognitif à la conflictualité crée des attitudes opportunistes, i.e. une tentation pour certains acteurs de jouer de la culture du conflit pour se faire remarquer.

Cette lutte des clashs est donc surtout celle des rendez-vous manqués. De longs moments de vide, mais qui offrent l’avantage, pour chacun des protagonistes, de raconter sa propre histoire.

Dans les espaces sociaux que sont les forums, la demande de conflictualité peut devenir hyperbolique par accoutumance, conduire ainsi à une perte de sens moral ordinaire, accentuant l’intensité des agressions numériques.

. Self sévices Le destin d’un grand nombre de lieux de la planète a été modifié parce que le paysage qu’ils offrent est devenu viral sur les réseaux sociaux.

Il y a dans notre nature profonde une disposition à la compétition généralisée pour attirer l’attention de nos congénères…Notre niveau de satisfaction est donc directement dépendant de processus de comparaison ininterrompue dans notre vie sociale.

La passion pour la micro-notoriété s’est répandue le long des canaux des réseaux sociaux et, avec elle, son cortège de frustrations.

Révélation 59% des personnes qui partagent des articles sur les réseaux sociaux n’ont lu que les titres et rien de leurs contenus.

Le monde contemporain, tel qu’il se dévoile par la dérégulation du marché cognitif, offre une révélation fondamentale -i.e. une apocalypsis- pour comprendre notre situation et ce qu’il risque de nous arriver.

Cette appétence, dont nous avons vu certains des aspects les plus saillants : sexualité, conflictualité, peur, incomplétude cognitive, informations égocentrées, est comme du sucre pour notre cerveau.

Prendre ou ne pas prendre conscience que l’utilisation de notre trésor attentionnel est la question la plus politique et la plus déterminante qui soit.

Editorialiser le monde Editorialiser le monde, i.e. focaliser son attention sur tel élément du réel plutôt que tel autre, proposer un ordre d’importance entre ces éléments : lier ces éléments en leur donnant un sens narratif et éventuellement les interpréter en fonction de la catégorie du bien et du mal, est une dimension incontournable de tout discours sur le monde.

Le fait est que les médias conventionnels ont développé massivement une culture du clic pour survivre…On constate que le marché cognitif est animé par des effets de concentration d’attention brefs, soudains et gigantesques.

La vérité ne se défend pas toute seule La crédulité propose une éditorialisation du monde permettant de relier les faits par des récits favorisant les pentes intuitives et parfois douteuses de notre esprit…le faux se diffuse plus vite, plus largement et plus profondément que le vrai.

L’affirmation envahissante de la crédulité parachève l’apocalypse cognitive que nous connaissons et qui est, encore une fois, la révélation simple et fondamentale de ce que nous sommes et que nous avons souvent cherché à nier.

Troisième partie : L’AVENIR NE DURE PAS SI LONGTEMPS Prendre ses désirs pour des réalités est compréhensible, il s’agit précisément d’un invariant cognitif de l’espèce mais cela ne nous protège que provisoirement de la sanction du réel.

. Le goût des nôtres L’offre télévisuelle a ainsi longtemps été drastiquement régulée. Dès lors que la pression étatique s’est relâchée, on a observé ce que l’on observe toujours : un dévoilement de nos appétits les plus immédiats.

Partout, l’éditorialisation de l’information est contaminée par l’anticipation de la demande dès lors que la pression concurrentielle augmente : moins de traitement de fond, plus de divertissements, mise en scène de conflit de personnalités avec la convocation d’éditorialistes aux positions tranchées et opposées.

La peopolisation du monde politique constitue bien l’une des facettes de l’apocalypse cognitive.

Ce qui impose un produit cognitif…ce n’est pas la qualité de son contenu, c’est qu’il réponde à un certain nombre d’attentes constantes et immédiates de notre esprit…Ce n’est pas la qualité de l’information qui lui assure une bonne diffusion mais plutôt la satisfaction cognitive qu’elle procure.

. L’homme dénaturé La sphère économique s’est emparée des biens culturels pour en faire des produits de marché.

L’idée selon laquelle la concentration capitalistique qui caractérise le milieu médiatique serait la preuve de la subordination des journalistes à ceux qui possèdent les entreprises dans lesquelles ils travaillent est séduisante, mais faible.

. Le prix à payer Cette sanction du réel, toutes les utopies en ont fait les frais.

Les échecs de ces utopies concrètes sont très nombreux et lorsqu’on examine sereinement les arguments de ceux qui les ont vécues, ils se ressemblent toujours.

. Mensonge privé, vérité publique Les individus sont souvent des acteurs stratégiques qui tentent de concilier leurs intérêts matériels et symboliques. Ils affichent parfois dans le discours une vertu qu’ils malmènent au jour le jour…pour le dire plus crûment : en France, les gens affirment adorer Arte mais regardent TF1.

. Les néo-populismes La démagogie cognitive est le processus intellectuel idéal pour conduire un individu de la frustration au populisme.

L’idée est de se servir des réseaux sociaux pour parler directement au « peuple » et enjamber les intermédiaires traditionnels qu’étaient les partis, les syndicats ou encore les médias…Cette volonté de faire disparaître les intermédiaires et la régulation donne sa toute-puissance à la démagogie cognitive.

. La bataille des récits De la nature des récits qui s’imposeront à nos esprits dépendra la façon dont nous userons du plus précieux de tous les trésors, notre temps de cerveau disponible.

Conclusion : LA LUTTE FINALE

En fluidifiant les relations entre l’offre et la demande, la dérégulation du marché cognitif nous abandonne à des boucles addictives profondément enracinées dans notre nature. Et nous ne sommes peut-être qu’au début du processus.

Devrons-nous nous satisfaire de ce que le temps de cerveau libéré par l’externalisation des tâches algorithmiques soit préempté par les plaisirs offerts d’un monde alternatif et chimérique ?

La situation d’apocalypse cognitive correspond logiquement au moment où les systèmes sociaux les plus libres promeuvent la désintermédiation sociale.. Ce faisant, elle voit se reporter par un simple effet de transition les carences individuelles au niveau collectif. La tentation du court-termisme, par exemple, qui pèse si bien sur notre cerveau, peut facilement devenir une caractéristique de la décision collective. Plus symptomatique encore est l’aveuglement fréquent aux conséquences secondaires de nos actions.

Seules les institutions qui savent capitaliser sur leurs erreurs parviennent à survivre et à progresser. C’est vrai aussi pour les entreprises, puisque celles qui se montrent obnubilées par leurs résultats trimestriels connaissent un taux de croissance à long terme beaucoup plus faible que celles qui ont des stratégies de plus long terme.

Nous sommes cependant la seule espèce à être capable de penser notre destin avec une telle profondeur temporelle, la seule à pouvoir prendre en compte les conséquences primaires et secondaires de nos actions. Il nous reste seulement à réaliser toute notre potentialité.

Acheter

Le chemin des estives de Charles Wright - Flammarion

Émetteur du florilège: François C.

Le chemin des estivesEn ces temps d’extinction de la foi, je faisais partie des derniers fidèles du Galiléen. J’appartenais à la réserve d’indiens. L’Occident traversait une nuit mystique, un sommeil de l’âme, moi je restais ébloui par la lumière qui irradiait de ce roi paradoxalement monté non pas sur un destrier mais sur un ânon, cet homme solaire et doux qui bénissait les enfants, s’agenouillait devant les prostituées et donnait le baiser au lépreux.

La marche est un grand dispensateur d’émerveillement…Décidément, le Massif central était la solution. J’ai senti qu’il me serait bon de revoir ce coin de France, et je suis parti sur le chemin des estives.

Vagabonds, mendiants, voyageurs sans bagage, nous allons expérimenter une vie sans appui avec, pour seule fortune, l’heure présente, le bel aujourd’hui.

Je me sens orphelin d’un monde disparu, englouti. Tout ce à quoi je tiens le plus est submergé par l’énorme vague de la modernité en marche : la culture de l’intériorité, le silence, la gratuité, la lenteur, le sens de la nuance, de la mémoire et de la profondeur historique. Le christianisme devient une nostalgie, les familles s’effilochent, l’amour ne dure plus que deux ans…L’époque a besoin d’hommes de silence, de solitude et de prière.

Charles de Foucauld traçait un autre chemin. Je crois qu’il sentait qu’il est impossible à une institution ou à un homme de connaître la gloire sans méfait pour son âme, et que les échecs sont finalement ce qu’il y a de plus intéressant et fécond dans nos vies.

Cette rencontre furtive, je l’ai vécue comme une annonciation. Le frôlement d’une aile d’ange. Dans l’Orient chrétien, les anciens de ce genre, on les appelle des « beaux vieillards ». Arrivés au bout de leur pèlerinage, ils sont en paix, réconciliés avec la mort, et dégagent une joie contagieuse et lumineuse qui semble réverbérer la lumière divine. De tels êtres de bénédiction font surgir la possibilité d’un royaume derrière le voile opaque.

Ce dîner est une félicité. Nos hôtes, que les peines de la vie n’ont pas épargnées, me touchent. Humbles, discrets, prévenants, altruistes, droits, ils incarnent les « vertus communes » chantées par Carlo Ossola, ces vertus d’adoucissement qui mettent de l’huile dans la vie quotidienne, et atténuent, l’air de rien, la dureté de vivre.

Enfin, je respirais, je pouvais aimer. Je découvrais qu’il existait en moi des immensités où il n’y avait pas de limites, un continent où ruisselait l’espérance, une lumière qui ne faiblissait pas et une vie sans déclin.

Je commence à trouver que cette sobriété est féconde, libératrice même, qu’on peut vivre intensément avec peu, qu’au fond, les biens nous ligotent, nous encombrent, et que si elle existe, la joie vient plus par le déblaiement, l’allégement que par l’accumulation.

J’ai compris qu’il s’en fallait de peu pour que nous rejoignions un jour ces hommes en miettes, ces naufragés, ces déchus : un accident, une rupture, et c’est la dégringolade. Personne n’est à l’abri de tomber dans ces lisières de l’humanité.

Le christianisme est joie, jubilation, allégresse, c’est une religion solaire…Comment en serait-il autrement ? Quand on sait que le néant n’a pas le dernier mot, on est gagné par une franche gaieté et une folle envie de danser…

Dans L’Identité de la France, Braudel explique que l’identité d’un pays est le résidu, l’amalgame de ce que le passé a déposé par couches successives. Ici, cette pâte historique est tangible, on respire le temps. Le moindre hameau a sa chapelle du XIIème siècle. On ne peut pas faire un pas sans buter sur un vestige. Le Limousin est une coupe géologique qui met au jour les strates de l’histoire, ses sédimentations, sa profondeur.

En une heure, l’air de rien, Liliane et Jean nous ont confié ce qu’ils ont de plus profond, ce qui les fait vivre. Un concentré de vie. En les embrassant sur le pas de la porte, je me dis que le voyage est un exhausseur d’émotions. Il accroît l’intensité des expériences. Sur la route, joies, tristesses, détresses, tout est haussé d’un ton.

Sans fin, des mots arrivent comme si l’on avait désensablé une source, ils jaillissent dans un véritable chaos. La marche fait venir à l’esprit ces bribes étranges. Les moralistes français ont raison de dire qu’il y a de l’arbitraire à construire des systèmes ordonnés, achevés : le vrai mode de la pensée est le discontinu, le fragmentaire, le non-linéaire.

Le monde s’illumine. On s’aperçoit qu’autour de nous, c’est un festin de lumière, de beauté, une profusion de formes, de saveurs, de couleurs. Tout est là, donné en abondance, il suffit de cultiver une attention aimante, une fraîcheur de regard, et de se servir.

A nous qui sommes empressés de trouver la paix, il est bon de se souvenir que le saint du Sahara, Charles de Foucauld, n’a atteint ces contrées qu’au terme d’un long chemin. Il faut du temps à la grâce pour investir un homme et assouplir son cœur…

Depuis toujours, les forêts attirent les esprits frondeurs. Ces marges végétales sont le refuge des proscrits, des amants, des inadaptés, des fous, des saints. J’ai de la sympathie pour ces adeptes de la fuga mundi, qui disent zut à la société et mettent entre eux et les sommations du moment l’écran d’une futaie.

Le christianisme a peut-être déserté les cœurs, mais il continue de quadriller l’espace : des calvaires en pierre de volcan coiffent chaque carrefour.

Les feux du puy de Sancy et du plomb du Cantal étaient éteints depuis belle lurette lorsque de violentes convulsions soulevèrent le vieux plateau hercynien, qui avait besoin d’un coup de jeune après des millénaires d’érosion. L’activité souterraine piqua la surface d’une multitude de buttes, de cônes, de dômes, de pitons, et de soupiraux. Une suite de quatre-vingts volcans alignés du nord au sud, à l’ouest de Clermont-Ferrand et du plateau de la Limagne, prirent position.

La basilique d’Orcival nous prévient d’emblée : elle ne livrera ses charmes que si l’on accepte d’entrer dans une attitude de dépossession, de renoncement à l’esprit propriétaire. Se dessaisir de soi pour s’ouvrir à autre chose.

On nous a appris qu’il fallait à tout prix laisser une trace, imposer sa présence, conquérir de positions. Ici, nous renouons plutôt avec la sagesse des Indiens, des sages et des ermites : ne pas peser, s’effacer, poser le pied le plus légèrement possible sur la terre. Et puis savoir se retirer, comme le font toutes les majestés dignes de ce nom : la mer, le soleil, la lune.

Le Christ a raison : les oiseaux du ciel et les fleurs des champs sont des maîtres. Comme eux, la seule chose à faire en ces circonstances est de s’abandonner. S’offrir totalement et amoureusement aux événements qui nous adviennent, qu’ils soient heureux ou plus malheureux, comme un petit trou dans une chaussure…

Mais enfin, force est d’admettre que notre pauvreté nous oblige à tirer de nous-mêmes des richesses que nous ne soupçonnions pas : de la créativité, du courage, de la résistance physique et psychique. Les mousquetaires avaient compris cela. « On est brave parce qu’on n’a rien », s’exclamait d’Artagnan dans Le Vicomte de Bragelonne.

Et puis, à l’image de Teilhard de Chardin, de Pierre Ceyrac ou de Michel de Certeau, les jésuites sont des explorateurs de terres vierges. Des arpenteurs des frontières. Ces aventuriers n’ont pas peur de faire le mur, et de frayer dans les périphéries de l’Eglise, là où personne n’a envie d’aller.

Cette chaleur accablante nous rappelle que la Planèze, comme tout le Massif central, est un incendie éteint. Ici, le blé pousse sur la pierre ponce, le foin germe sur le basalte et nous marchons sur de la lave pétrifiée. Les volcans se sont endormis il y a longtemps, mais on a l’impression que les vallées fument encore…

La divine rencontre de ce matin contient un enseignement : les choses arrivent quand on ne les cherche plus. Lorsqu’on se détend, qu’on ouvre la main, tout s’ouvre, on reçoit en abondance !

Une fois encore, l’auteur de L’Imitation a raison : les possessions matérielles ne « sont autre chose qu’une source d’incertitudes, parce qu’on ne les possède jamais sans crainte ni souci. »

Il me plaît que le Christ ait accueilli Marie-Madeleine dans son amitié, et que l’Eglise l’ait élevée à la dignité d’une sainte. Dans le christianisme, quel que soit son passé, chacun garde jusqu’à la fin ses droits à la lumière, rien n’est jamais perdu.

Nous avons été dépossédés du désert. La connexion, la congestion et l’accélération enserrent nos existences jusqu’à l’étouffement et conspirent contre toute vie intérieure. Dans cette France harassée par la vitesse, le bruit, les machineries et les statistiques, le Massif central est l’une des dernières enclaves de silence et de liberté. Un ermitage à ciel ouvert. Une réserve d’intériorité.

Le meilleur dans un voyage, ce n’est pas l’arrivée, c’est le chemin, l’effort, la tension vers le cap. Tout ce qui est réalisé est détruit.

L’existence consiste à accorder les vérités multiples dont nous sommes tissés, non à amputer telle ou telle partie de sa personnalité au profit d’une autre. Il faut sortir de la mentalité cartésienne et de nos catégories qui ont toujours tendance à être rigides : ce qui est blanc ne peut pas être noir. La vérité est plus ample qu’on l’imagine.

On s’imagine que le France est fatiguée, engourdie, appesantie, mais derrière la moindre porte des villages, il y a un réservoir de vie et des ressources à foison. Il faut se méfier de ce qui a l’air éteint ; parfois le feu couve sous la cendre.

La déambulation sous ces toits de verdure est un émerveillement perpétuel de l’œil. L’air est pur. Le vent fait danser les arbres dont le vert vif éclate à la figure. Les hêtres et les sapins se tiennent droit. Leur taille, qui défie l’entendement, est le résultat d’une conquête. Pour jaillir ainsi vers le ciel, il a fallu que ces vieux fûts laissent tomber beaucoup de branches gourmandes. Rien de grand ne s’obtient sans hersage, nous disent ces arbres vénérables.

En notant une pensée, une émotion, une sensation avant que l’oubli ne les submerge, les gâcheurs d’encre tentent de conjurer la fuite du temps. Les contemplatifs, eux, marquent les heures de la journée par leurs prières. C’est une autre façon de lutter contre l’absurdité de cet écoulement. Surtout ne pas laisser le néant avoir le dernier mot…

Alors, oui, le voyage continue. « Jamais arrière », disait Foucauld. « En avant, route ! » répliquait son frérot, Rimbaud. Allons droit devant, tendus vers l’invisible. En continuant d’espérer, malgré le désespoir et les peines, que nous sommes faits pour la fête et la joie sans ombre, et que la terre promise est devant nous.

Acheter

L'art de la niaque d'Angela Duckworth - JC Lattès

Émetteur du florilège: François C.

 

L'art de la niaqueI CE QUE J’ENTENDS PAR « NIAQUE « ET SON IMPACT

 

Répondre présent à l’appel C’est malgré tout la niaque qui explique qu’entre deux individus au profil identique l’un réussira mieux que l’autre. En dehors des dispositions qui favorisent le succès dans tel ou tel domaine, c’est la niaque qui compte le plus.

Egaré par les prédispositions Notre ambivalence entre les prédispositions et la persévérance. Ce qui compte le plus selon nos dires ne colle pas forcément avec ce que nous tenons en réalité pour le plus important.

A trop se focaliser sur les prédispositions, on oublie l’importance, au moins égale, des efforts.

Les efforts comptent double Talents x efforts = compétences Compétences x efforts = réussite

Beaucoup baissent les bras trop tôt et trop souvent. La résolution à rester dans la course jour après jour compte plus encore que les efforts fournis.

On naît avec ou sans talent. Mais les compétences, on les acquiert en passant des heures et des heures à remettre son ouvrage sur le métier.

Avez-vous la niaque ? L’échelle de la niaque.

La tendance générale des scores de persévérance à dépasser ceux de passion montre que ces deux notions ne se recoupent pas tout à fait.

La pugnacité se caractérise par la poursuite fidèle d’un objectif suprême à long terme…Plus notre hiérarchie d’objectifs est cohérente, mieux cela vaut.

Plus les objectifs s’intègrent à une hiérarchie -plus ils concourent à un but ultime- moins on se disperse.

« Persistance dans la motivation » : ses caractéristiques : La capacité à œuvrer en vue d’objectifs lointains (par opposition à la tendance à vivre au jour le jour), à se préparer activement à l’avenir, à travailler pour atteindre un but précis. La propension à ne pas abandonner une tâche pour le simple plaisir d’en varier, à ne pas rechercher la nouveauté en tant que telle, à ne pas vouloir à tout prix « changer d’air ». Le degré de force de volonté ou de persévérance. La détermination sereine à s’en tenir à une trajectoire établie. La tendance à ne pas renoncer face aux obstacles. La ténacité, la pugnacité.

La niaque, ça se cultive La niaque se consolide au fur et à mesure qu’on se forge une philosophie de la vie et qu’on apprend à rebondir après un échec ou à prioriser ses objectifs.

Avec de la chance, vous avez déjà un centre d’intérêt durable, le goût des défis à relever, la conviction de faire œuvre utile et une confiance sans faille dans votre capacité à rebondir, qu’aucun coup dur ne saurait entamer.

II. DEVELOPPER LA NIAQUE DE L’INTERIEUR

 

L’intérêt Sur l’ensemble de la planète, seuls 13% des adultes s’estiment « impliqués » dans leur travail.

Une passion résulte de la découverte d’un centre d’intérêt qu’on alimente, puis approfondit peu à peu.

On ne définit pas ses centres d’intérêt en méditant, mais en se jetant à l’eau.

Un centre d’intérêt qui prend forme manque de précision et de solidité. Il est impératif de la cultiver énergiquement des années durant.

Des études au long cours confirment que plus on a la niaque, moins on change d’orientation au fil de sa carrière.

La pratique Les meilleurs…substituent à leur incompétence consciente une compétence inconsciente.

Les plus pugnaces consacrent plus de temps à la pratique réflexive et vivent aussi plus d’expériences-flux…La pratique réflexive correspond à une phase de préparation et le flux à la performance.

Le point commun entre tous ces génies du passé : ils s’en tenaient tous à un rituel quotidien et consacraient des heures à la pratique réflexive en solitaire, fidèles à leur routine.

Faire œuvre utile Il est plus facile de convertir en passion une activité qui capte l’intérêt tout en donnant le sentiment de servir les autres, de contribuer à leur bien-être.

Bill Damon ne connaît personne qui se soit affermi dans sa volonté de se rendre utile sans un exemple dont s’inspirer.

L’espoir L’espoir des pugnaces ne tient pas à un destin favorable mais à la faculté de se relever après chaque chute.

D’autres expériences ont montré que souffrir sans rien pouvoir y faire se traduit par des symptômes cliniques de dépression – troubles de l’appétit, du sommeil, de la concentration et de l’activité physique.

Tant qu’on persiste à chercher le moyen d’améliorer son sort, on garde une chance de le trouver. Quand on y renonce en revanche en postulant qu’il n’y en a pas, on peut être sûr de ne jamais le découvrir.

Cultiver la niaque suppose d’admettre que chacun peut s’améliorer -progresser et mûrir.

 

III. DEVELOPPER LA NIAQUE DE L’EXTERIEUR

 

Le rôle d’un parent Soutien et exigences : éducation avisée Soutien et peu d’exigences : éducation permissive Indifférence et exigences : éducation autoritaire Indifférence et peu d’exigences : éducation négligente

Les terrains de jeu de la niaque Les activités extra-scolaires contribuent au succès et à l’épanouissement personnel.

« L’esprit de suivi » dépend de la volonté de s’impliquer à long terme dans certaines activités (par contraste avec des incursions sporadiques dans toute une variété de domaines).

Une attirance réciproque entre traits de caractère et situations. Les penchants qui nous guident vers certaines situations sortent de celles-ci renforcés voire amplifiés -ce qui donne lieu à des cercles aussi bien vicieux que vertueux.

Notre famille s’est imposé la règle de « ce qui donne du fil à retordre ». Chacun à la maison se consacre à quelque chose qui lui donne du fil à retordre (qui fasse l’objet d’une pratique réflexive au quotidien).

La culture de la niaque La culture dans laquelle on évolue et à laquelle on s’identifie façonne consciemment ou non à peu près toutes les facettes de la personnalité.

Si vous voulez devenir plus pugnace, identifiez une culture qui valorise la pugnacité et adoptez-la.

Les Finlandais s’appuient sur ce qu’ils appellent « sisu » : un mélange de bravoure et de courage, de ténacité et de combativité.

Conclusion Notre performance au marathon de la vie dépend en grande partie de notre pugnacité -de notre passion et de notre persévérance à la poursuite d’objectifs à long terme.

J’ai mis en évidence trois facettes de la personnalité où la pugnacité entre en jeu. Je les qualifie de dimensions individuelle, interpersonnelle et intellectuelle de la personnalité. On pourrait aussi parler de force de volonté, de cœur et d’esprit.

CITATIONS

Woody Allen 80% de la réussite dans la vie repose sur le simple fait de répondre présent à l’appel.

Anson Des gens doués, on en trouve à la pelle ; c’est grâce à l’énergie qu’on dépense pour exploiter son potentiel qu’on sort du lot.

Cadet (West Point) Vous devez repousser vos limites à tous les niveaux -mental, physique, militaire et social. Les défis qui surgissent mettent en évidence vos failles mais c’est le but recherché. West Point vous endurcit.

Pete Carroll Une direction claire vous oriente et vous fixe des garde-fous qui vous maintiennent sur la bonne voie.

Il faut savoir où l’on va pour suivre le bon chemin mais c’est encore l’entêtement à poursuivre un objectif qui donne le plus de chances de l’atteindre.

Dan Chambliss Les performances exceptionnelles résultent de dizaines d’actions qui supposent d’appliquer des compétences n’ayant rien d’extraordinaire en elles-mêmes. Seule leur répétition sur le long terme et le soin apporté à leur pratique mènent à l’excellence.

Cody Il n’y a pas que les parents qui influent sur le destin d’un enfant. Pour exercer un impact sur un jeune, il suffit de se soucier de lui et de comprendre ce qui lui arrive pour l’aider à s’en sortir. J’au eu la chance qu’on s’occupe de moi et ça a fait toute la différence.

Bill Damon Projetez-vous dans quinze ans. A votre avis, qu’est-ce qui comptera le plus à vos yeux ? Pourriez-vous citer quelqu’un dont le parcours vous incite à devenir meilleur ? Qui ? Pourquoi ?

Darwin J’ai toujours maintenu que, les imbéciles mis à part, les hommes diffèrent peu par leur intellect mais plus par leur ténacité et leur capacité de travail, or je reste convaincu de l’importance cruciale d’une telle différence.

Jane Je suis comme l’artiste qui, chaque matin, distingue dans le ciel toute une variété de couleurs là où d’autres ne voient que du gris ou du bleu. Je perçois une palette de nuances d’une infinie richesse ; un tableau en évolution constante.

Hester Lacey Leur désir de se surpasser leur interdit la moindre complaisance envers eux-mêmes. Ils cultivent un état d’esprit positif : ils ne reviennent pas sur le passé pour ruminer leur insatisfaction mais se focalisent sur l’avenir, mus par l’ambition de progresser.

Nietzsche Ceux qui accomplissent de grandes choses se concentrent sur leur objectif, font feu de tout bois, prêtent une extrême attention à leur vie intérieure et à celle des autres, voient partout des sources d’inspiration et ne se lassent pas un instant de mobiliser les moyens dont ils disposent.

Ce qui ne me tue pas me rend plus fort.

G B Shaw La véritable joie que nous réserve la vie, c’est d’être une force de la nature plutôt qu’un petit ramassis égoïste de contrariétés occupé à se plaindre que tout le monde ne s’occupe pas de son bonhe.

Acheter

L'Octopus et moi d'Erin Hortle - Dalva

https://bddi.2dcom.fr/libriweb.php?ean=9782492596001 Coup de cœur de Doriane B. : Se plonger dans L’Octopus et moi, c’est être témoin d’une rencontre inattendue entre une femme abîmée et une pieuvre ; c’est embarquer pour la Tasmanie à la découverte de ses paysages envoûtants et de ceux qui les peuplent. C’est un récit polyphonique aux voix insoupçonnées et insoupçonnables. Un «nature writing» au féminin, et même plus, écoféministe. Lucy, en rémission suite à un cancer du sein, tente de reprendre sa vie comme elle peut après sa chirurgie reconstructive. Mais ce n’est pas si simple… Et puis, il y a LA rencontre, cette nuit où tout bascule. Va alors s’entamer pour Lucy un chemin de croix vers la (re)conquête de soi, de son corps et son rapport intime avec celui-ci.

C’est l’histoire de rencontres, l’histoire des bouleversements intimes, des contradictions des humains et leur rapport avec la nature, les animaux. Plus qu’un roman, Erin Hortle nous propose une «expérience». Comme moi, laissez-vous happer par celle-ci, emporter par la vague  jusque dans les profondeurs de cette lecture unique et mémorable. Vous ne le regretterez pas! Ce roman est l’un des premiers publié par la toute jeune maison d’éditions Dalva, qui a la particularité, et pas des moindres, de ne publier que des autrices.

Très bon livre à découvrir à l’occasion de l’octobre rose 2021.

Acheter

TYRANS D’AFRIQUE - Les mystères du despotisme postcolonial de Vincent HUGEUX - Perrin

Émetteur du florilège: François C.  

 

1 Jean-Bedel BOKASSA (1921-1996), un Ubu bien de chez nous (Centrafrique)

Capitaine énergique, mais piètre intendant, l’impérieux général, entouré de courtisans cupides, tend à gérer le pays comme sa propriété privée. Au fil des mois, son domaine de Bobangui prend d’ailleurs des allures de conglomérat agro-industriel. «Il est malheureusement affligé d’une méfiance maladive et d’une évidente mauvaise foi. Mégalomane, cyclothymique, trop facilement irritable et emporté, violent, tyrannique, autocrate, terrorisant son entourage, ses excès le rendent difficilement supportable.» (1976) le miraculé (il a échappé à un attentat à la grenade) abjure le christianisme et embrasse l’islam. Adieu Jean-Bedel, bienvenue Salah Eddine Ahmed Bokassa, Guide de la révolution centrafricaine. Ministres, parents, enfants, tous sont sommés de lui emboîter le pas, quitte à troquer le costard contre la djellaba. Au jeu de la collecte de fonds, Bokassa ne manque pas de répondant. Il ponctionne les caisses de l’État, assèche les réserves de la Sécurité sociale, rackette les sociétés étrangères, soumises au besoin à un chantage fiscal, ainsi que les commerçants libanais, français ou portugais. Reste enfin à garder son sérieux quand, au terme d’un rituel longuet, le même aboyeur prie l’assemblée de faire place au bonapartolâtre fraîchement couronné, «Empereur du berceau des Bantous, Empereur de Centrafrique, Père incontesté de l’Empire, de la réunification et -sic- de la décomplexation». Sur le trône, les nuages s’amoncellent. Au sommet franco-africain de Kigali, en mai 1979, le président Giscard d’Estaing évite ostensiblement le parent indigne, que snobent à l’unisson ses pairs continentaux, tels le Sénégalais Senghor et l’Ivoirien Houphouët-Boigny. Trois mois plus tard, Paris lui coupe les vivres et le somme d’abdiquer au profit d’un conseil de régence, lui offrant en contrepartie la garantie de lui laisser couler une retraite dorée dans l’un de ses châteaux. Sauf erreur ou omission, le mari jaloux aura convolé avec 17 épouses et reconnu 54 filles et fils. Dont 36 héritiers couchés sur l’acte notarié établi en 2017, quand vient l’heure de partager le reliquat d’un pactole peau de chagrin. (Procès de 1986) Quatorze chefs d’inculpation retenus: assassinats, complicité d’assassinats, anthropophagie, empoisonnements, recel de cadavres, arrestations et séquestrations arbitraires, violences et voies de fait, coups et blessures sur enfants ayant entraîné la mort sans intention de la donner, détournement de deniers publics, de biens meubles et immeubles de l’État, atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État, intelligence avec une puissance étrangère, trahison.

2 IDI AMIN DADA (1925 – 2003), l’ogre de Kampala (Ouganda)

Fût-ce dans sa version expurgée, l’exercice fige à jamais les traits du Janus ougandais, moitié clown tragique, moitié massacreur…Huit années durant, entre 1971 et 1979, le maréchal-président à vie Idi Amin Dada a asservi sa patrie avec une cruauté glaçante. Laissant dans son sinistre sillage, selon les décomptes, de 300 000 à un demi-million de cadavres, 200 000 veuves et 800 000 orphelins. Bilan d’autant plus effarant que l’Ouganda compte alors moins de 10 millions d’habitants. En 1964, le Premier ministre Obote et le chef d’état-major adjoint Amin Dada forment un robuste tandem, soudé jusque dans la transgression. Ils trempent l’un et l’autre dans un juteux trafic, livrant des armes aux insurgés congolais Simba, en contrepartie de cargaisons d’or, d’ivoire ou de café. Ce qui leur vaut le surnom de «jumeaux à la poudre d’or». Bientôt, le catalogue de la barbarie s’enrichit d’une atrocité promise à un grand avenir: contraindre des captifs à battre à mort tel ou tel de leurs codétenus. Un ouvrage entier ne suffirait pas à recenser les rodomontades du Narcisse ventru, mégalomane au dernier degré…Bien avant le Zimbabwéen Robert Mugabe, Big Daddy revendique le surnom infamant de «Hitler noir». Une guerre suicidaire avec la Tanzanie, épilogue de la fuite en avant d’un régime aux abois, dont deux phénomènes concourent à saper l’assise à l’automne 1978: l’effondrement des cours du café et l’éclosion simultanée de plusieurs mutineries. Le banni s’éteint le 16 août 2003, à l’âge de 78 ans.

3 Gnassingbe EYADEMA (1935 – 2005), le tirailleur tiraillé (Togo)

À la tête du Togo trente-huit années durant (1963 à 2001), il fut et restera en terre d’Afrique le premier putschiste galonné de l’ère postcoloniale. Paris s’alarme de la dérive narcissique, voire du caporalisme «fascisant» du Timonier kabiyé, enclin à copier les pompes de la propagande nord-coréenne, embrigadement de masse compris, tout comme le culte de la personnalité dansé et chanté instauré par le grand frère Mobutu Sese Seko. À l’étroit dans son petit Togo, Eyadéma convoite très tôt un statut de «sage» appelé à prévenir ou à résoudre les conflits de voisinage qui déchirent le continent. En guise d’héritage, feu Gnassingbé Eyadéma laisse dans son sillage un pays exsangue, meurtri par des décennies de violence et d’arbitraire, rongé par une vénéneuse polarisation Nord-Sud.

4 MOBUTU (1930 – 1997) : la débâcle du léopard (République démocratique du Congo ex Zaïre)

De son ascension, météorique, à sa chute, vertigineuse, le parcours du «maréchal-président», maître trois décennies durant d’un pays-continent misérable aux richesses prodigieuses, si vaste qu’on pourrait y loger quatre fois la France ou quatre-vingt Belgique, raconte aussi les ambiguïtés et les perversités de l’aventure coloniale. Mobutu a-t-il ordonné l’assassinat de Lumumba ? Rien ne l’atteste. Mais il aurait pu l’empêcher et, en Ponce Pilate tropical, s’en est abstenu. Renvoyant dos à dos le capitalisme et le communisme, il prône le non-alignement et le «neutralisme actif», promettant une «révolution vraiment nationale, qui n’a rien à voir avec celles de Pékin, de Moscou ou de Cuba» et ne saurait être fondée «ni sur des théories toutes faites ni sur des doctrines empruntées». Soit. Mais elle se heurte toutefois à des écueils très prosaïques. À commencer par une inflation démente, estimée à 700% en rythme annuel. Le régime instaure alors un «national-paganisme» mâtiné de «césarisme tropical». Lui règne sans partage, à coups d’oukase et de caprice au besoin. La légende du despote pittoresque et paternel n’abuse guère les initiés. Lesquels se chuchotent des histoires de cadavres largués de nuit par hélico au fleuve ou à la mer et de lettres de dénonciation barrées de cette mention manuscrite: «Faire disparaître.» Dans un Zaïre où règnent le clientélisme, l’achat d’allégeances et le matabiche – pot-de-vin-, la probité est l’autre nom de la niaiserie. Dans la langue ngbandi, Mobutu signifie poussière. Peut-être l’enfant de Lisala doit-il son nom de naissance à la piété de «Mama Yemo», sa mère. «Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière» (Genèse 3 : 19). Amen.

5 Robert MUGABE(1924 – 2019), messie et démon (Zimbabwe)

En dépit de l’âpreté des empoignades postcoloniales, il n’était écrit nulle part que les relations entre Londres et Harare glisseraient au fil des ans de la bienveillance à l’aigreur, puis de l’aigreur aux anathèmes, que Mugabe glapit d’une voix haut perchée en boxant l’air d’un poing hargneux, l’écume aux lèvres.

Une décennie de captivité a durci l’homme et trempé ses convictions : place au révolutionnaire intransigeant, allergique au compromis, adepte de la lutte armée et partisan de l’instauration d’un régime marxiste à parti unique.

Tout en Corée du nord envoûte l’ex-maquisard : la loyauté d’airain due à son parti et à son leader, l’implacable efficacité des instruments de propagande, les défilés militaires, les meetings de masse chorégraphiés avec un soin maniaque. Mais aussi cette aptitude à tuer dans l’œuf le moindre embryon de dissidence, à formater les esprits, à « rectifier », « corriger », « réorienter ».

L’ancien élève des jésuites ressort son lexique de boutefeu : haro sur les « vampires » et les « esclavagistes ». « Allons tuer ces serpents, les écraser jusqu’au dernier », vocifère-t-il.

Entre agriculture moribonde et industrie à l’agonie, chaque mois qui passe enfonce un peu plus le Zimbabwe dans le marasme et la récession.

6 Ahmed SEKOU TOURE (1922 – 1984), l’icône dévoyée (Guinée – Conakry)

La République gaullienne est mauvaise perdante. Sekou Touré nous a défiés ? Il va payer. Et la note sera salée. Au fond, l’insoumis de Conakry ne croit guère aux représailles. Elles seront implacables. Détaillées dans une note qui lui est adressée, les sanctions pleuvent dru. À l’entendre, Ahmed Sékou Touré a survécu à une dizaine de conspirations en treize ans. « Que partout le peuple dépèce, brûle, égorge tous ses ennemis, tous les agents de la cinquième colonne, tous ceux qui bafouent la nation guinéenne. Egorgez l’ennemi, brûlez le mercenaire et rendez compte ensuite.» Les courriers adressés à Son Excellence doivent mentionner explicitement une brochette de titres ronflants : Responsable Suprême de la Révolution, Fidèle et Suprême Serviteur du Peuple, Commandant Suprême des Forces armées révolutionnaires, Secrétaire Général du Parti démocratique de Guinée. Nulle allusion, en revanche, au calvaire des morts vivants de Boiro… Combien de suppliciés ont péri là, de faim, de soif, de maladie, d’épuisement ou sous les coups? La destinée d’une «Guinée où Sékou Touré était apparu comme celui qui entretenait la ferveur d’un messianisme marxisant», avant de se muer en un «pays où le pouvoir invente des complots afin de se consolider», de glisser vers la «prédation népotique», puis vers une «forme de totalitarisme tropical».

 7 Issayas AFEWORKI 1946 - ?): les mythes de l’ermite (Erythrée)

Seul maître à bord de l’Erythrée depuis 1993…l’ancien maquisard ne règne plus que par la terreur sur une principauté de 5,2 millions d’âmes encasernées, nichée sur le flanc est de la Corne de l’Afrique, baignée par la mer Rouge et saignée par la fuite de sa jeunesse et de ses élites. L’échiquier de ce dingue-là n’a ni constitution ni parlement, mais un parti unique, un appareil sécuritaire orwellien et des bagnes à foison. Les dissidents ont le choix entre le silence, l’exil ou le cachot, fût-ce en lisière d’Asmara, une capitale qui donne si bien le change. Au géant communiste asiatique, l’Erythréen empruntera néanmoins le centralisme autoritaire, le caporalisme politique, les implacables séances d’autocritique et l’ultranationalisme ; en revanche, son adhésion au credo collectiviste n’aura qu’un temps. L’embellie perdure jusqu’en 1996. Au-delà, le vernis craque et le régime dévoile sa vraie nature, de purges en procès staliniens, de rafles en séances de tortures, d’exécutions nocturnes en liquidations ciblées d’opposants exilés. Depuis 1996, le régime impose chaque année à 400 000 jeunes un mode de conscription inédit : le service national à durée indéterminée. On sait à peu près quand il commence, jamais quand sonne l’heure de la quille. Longtemps résolu à saper l’Ethiopie, géant fédéral aux prises avec maintes pulsions irrédentistes, le camarade Issayas épaule aussi la plupart des factions rebelles qui, de l’Ogaden au Tigré, vial’Oromia, défient les autorités d’Addis.

8 Teodoro OBIANG (1942 - ?), l’émir de Malabo (Guinée équatoriale)

L’or noir, jailli en 1995 des entrailles de l’océan, propulse la principauté chétive et miséreuse au rang de pétromonarchie. Le même travers prébendier régit le négoce de bois précieux, autre vache à lait du régime, dont l’un des fistons du Caudillo de Malabo assure la traite. Le félin aux aguets ne tolère que les plumes serves et les micros souples d’échine. S’il est une scène sur laquelle le clan familial accorde aisément ses violons, c’est bien celle de la captation des richesses et du racket institutionnel. En attendant de céder le sceptre et la couronne au fils premier-né, c’est donc à Teodoro Obiang de sortir de l’ornière un pays asphyxié par la dégringolade des cours de l’or noir. Mais voilà: on peut avoir excellé sous l’uniforme dans la conduite des véhicules militaires et mener au fossé le char de l’Etat.

9 Gambie : jamais plus JAMMEH (1965 - ?)

Tant cet ex-officier putschiste hargneux et fantasque, au pouvoir vingt-deux années durant, aura mis d’ardeur à épuiser le catalogue des clichés du despotisme. La cruauté, l’arrogance, la paranoïa bien sûr. Mais ses autres travers lui confèrent en prime une aura aussi sépulcrale que romanesque. Rien ne manque à l‘inventaire. Ni les exécutions sommaires, ni les disparitions inexpliquées, les tortures, les détentions arbitraires et les persécutions de dissidents reels ou fantasmés. Cet autre avatar du seigneur détrôné de State House: le prédateur sexuel. Si Jammeh et les siens régentent à leur profit l’agriculture, l’élevage, l’énergie, la boulangerie, le commerce du bois et les importations de denrées de première nécessité, la Gambie végète dans le peloton de queue des palmarès mondiaux, oscillant entre la 165ème et la 172ème place – sur 187- au classement de l’indice de développement humain des Nations unies. De nombreux témoignages dessinent les contours d’une machinerie kleptocratique bien huilée, puisant allègrement dans les coffres de la Sécurité sociale, de la caisse de retraite, de l’autorité portuaire et des télécoms d’Etat.

 10 Hissène HABRE (1942 - ?) : la méprise et le mépris (Tchad)

Pour rester dans la lumière, l’insurgé est prêt à tous les reniements comme à toutes les alliances. Mais l’agenda d’Hissène Habré, moins soucieux d’ouvrir une ère nouvelle que de régler de vieux comptes, tient en trois verbes: liquider, purger, venger. Il ordonne l’exécution de centaines de prisonniers de guerre avant de s’en prendre aux ethnies du Sud, animistes et chrétiennes, et à quiconque passe, à tort ou à raison, pour réfractaire à son imperium. Hissène Habré ne s’est ni adouci ni assagi. Il reste à cet instant l’ingénieur pointilleux d’une infernale machinerie punitive qui a vocation à broyer le moindre embryon de dissidence. Cette propension démente des pouvoirs totalitaires à consigner méticuleusement leurs atrocités, en livrant ainsi leurs rapports à la postérité. À l’évidence, tout remonte jusqu’au chef. Le 27 avril 2017, la cour d’appel des Chambres africaines extraordinaires confirme le verdict rendu onze mois plus tôt, désormais définitif: la perpétuité pour «crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture.»

* Acheter

Reste à ta place...! de Sébastien Le Fol - Albin Michel

Émetteur du résumé: François C.

 

Loin de bloquer leurs ardeurs, le mépris a exacerbé leur envie de réussir. Il a été leur moteur. Ce n’est pas le moindre des paradoxes du système français : la défiance ne peut être vaincue que par une confiance exceptionnelle en soi. On ne fait tomber ses citadelles qu’au prix d’une agilité et d’une résilience hors norme.

Chateaubriand a résumé avec brio l’histoire de l’aristocratie: l’âge des supériorités a laissé place à l’âge des privilèges, puis à l’âge des vanités. Le sang a juste changé de couleur. Il n’est plus bleu. Mais il irrigue encore nos veines de mille façons différentes.

C’est dans l’adversité que l’on juge des ressources d’un pays. Le corset qui enserre la France nous a privés du plus précieux des anticorps : notre intelligence collective.

Ainsi est né l’esprit de chicane français. On se compare sans cesse. On s’épie, on se jauge et on se jalouse. Un protocole invisible s’immisce dans chaque conversation. Vous rencontrez pour la première fois une personne et elle vous réclame immanquablement vos diplômes avant de s’enquérir de vos origines.

Le modèle français si infantilisant, tellement contraignant, a produit à son insu un formidable système D. En France, on s’épanouit dans l’école buissonnière, les chemins de traverse, les bars clandestins, et dans un autre registre, l’émeute. Cette dernière s’est imposée comme notre sport national. Nous y excellons.

Notre modèle de réussite est si étroit, classique et dissuasif que beaucoup de Français taisent leurs aspirations et renoncent à leurs ambitions. Par crainte de s’entendre dire : « Reste à ta place. »

« Les gens « intelligents » ont pris trop de pouvoir »…Sous la plume de David Goodhart, les «gens intelligents » désignent la nouvelle élite cognitive formée dans les meilleures écoles. Ils se sont arrogé le monopole du mérite. Les autres, moins instruits, travaillant avec leur main et leur cœur, se sentent méprisés. Leurs aptitudes ne sont pas reconnues et les emplois qu’ils occupent sont dévalorisés.

Entre imposture et autodénigrement, le système français prétendument méritocratique assassine chaque jour des milliers de génies en herbe. Au nom d’une vision rabougrie, sectaire et conformiste de la réussite, nous décrétons que des tas de jeunes n’ont aucune chance de devenir Mozart.

« C’est encore un règlement pondu dans un bureau à Paris par un énarque » est l’une des phrases que l’on entend le plus dans les cafés et les fêtes de famille…Les Français se sentent méprisés par ces énarques, nommés et non élus, qui n’ont aucune idée de la manière dont ils vivent.

Seuls 30% des cadres des soixante plus grandes entreprises françaises sont des femmes, alors qu’elles représentent près de la moitié de la population active.

1,1 million de personnes disent avoir été victimes d’au moins une atteinte à caractère raciste, antisémite ou xénophobe en 2019, selon une étude de l’Insee et de l’Ined. Les actes racistes ont augmenté de 38% depuis 2018, selon les chiffres du Service central du renseignement territorial. Cette augmentation est de 27% pour les actes antisémites, 54% pour les actes anti-musulmans et de 130% pour tous les autres actes racistes.

Nous devons multiplier les options méritocratiques plutôt que de les restreindre. Un diplôme ne devrait pas être un titre de noblesse. Le mérite est une affaire de talent et d’opportunités ; il ne s’agit en aucun cas d’une rente viagère conférée à un âge où l’on n’a encore rien entrepris. Le pantouflage qui permet à l’énarque de vagabonder dans le privé, certain de retrouver son corps d’origine en cas d’échec, en est l’illustration la plus frappante.

Ces accidents de vie les ont forgés. Au lieu de les abattre, ils les ont révélés à eux-mêmes. L’échec est fécond. Ces épreuves-là, fondatrices, leur ont beaucoup plus appris sur la vie que celles de l’école. Ils en ont tiré une force extraordinaire : cette « envie d’avoir envie », comme l’appelle Johnny Halliday dans une de ses chansons célèbres.

La France a un problème avec l’échec. Elle n’en comprend pas les vertus…ceux qui échouent sont souvent méprisés dans notre pays. Alors qu’ils devraient être considérés. Leur échec est fécond pour eux-mêmes, mais surtout pour la collectivité.

Si on n’a ni diplôme ni réseau à présenter, on vient forcément de nulle part.

Je pense profondément qu’il n’y a pas d’ascension sociale possible sans qu’un « premier de cordée » vous fasse la courte échelle. Le mur à gravir est trop haut. On a besoin de quelqu’un pour nous hisser au sommet, nous grandir.

Société de statuts, la France cultive le ressentiment et la jalousie niveleuse, maladive.

La chercheuse et entrepreneuse Aurélie Jean déplore que nous ne donnions pas leur chance aux outsiders, « à ceux qui pensent différemment, à ceux qui ne suivent pas le parcours scolaire royal ».

La Révolution française a beau avoir aboli la société d’ordre héritée du Moyen Âge, ceux-ci subsistent encore dans l’imaginaire.

Ce que la vie ne vous donne pas à la naissance, vous devez le conquérir par l’obstination, le travail. Une porte se ferme ? Passez par la fenêtre, la cave, le toit…C’est valable en politique, mais pas seulement.

Bureaucrates, managers, universitaires, intellectuels, publicitaires : ils se sont tous donné le mot pour devenir inintelligibles…Ils apparaissent comme les producteurs d’une fracture sociale qu’ils sont censés réduire. La chasse aux expressions absconses est devenue un sport national.

De manière générale, l’amateur éclairé est regardé avec suspicion par les arbitres des élégances intellectuelles. C’est le diplôme qui valide le savoir. Et l’ordre des « sachants » qui distingue le bon grain élitaire de l’ivraie populiste.

La France est gagnée par certaines obsessions des campus et des médias américains : l’intersectionnalité, l’indigénisme, le racialisme…Cette vision réductrice de l’homme, qui l’enferme dans une identité, est bien la nouvelle forme du mépris. Un mépris sophistiqué, drapé dans la générosité et la défense des victimes.

Un bon « premier de cordée » ne compte pas sur ses seuls neurones pour parvenir au sommet avec toute son équipe. Il « emprunte le cerveau » des « seconds de cordée ». S’il les méprise trop, la corde se tendra et la cordée dévissera…

La liberté et la responsabilité restent les meilleurs remèdes pour dompter le mépris.

Acheter

Sidération de Richard Powers - Actes sud

Coup de cœur d’Élodie, librairie De fil en page:

Robin un enfant différent , ingénu, qui s’inquiète du silence d’une galaxie qui devrait grouiller de civilisations et de la vie qui souffre sur sa propre planète au bord du chaos politique et climatique. Son père, astrobiologiste, fait de son mieux pour le préserver de la violence du monde et palier l’absence de sa mère: il simule d’autres mondes, d’autres formes de vies, ratisse les océans lointains et invente pour nourrir aussi bien les données des télescopes spatiaux que l’imaginaire de son enfant.

Un beau roman questionnant notre place dans le monde et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant.

«Mon fils était un univers de poche dont je n’atteindrai jamais le fond. Chacun de nous est une expérience en soi et nous ne savons même pas ce qu’elle est censée tester

«Un jour nous réapprendrons à nous connecter à ce monde vivant, et l’immobilité sera comme un envol

Acheter