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Verbatims et recommandations...

Dictionnaire amoureux de la géopolitique d'Hubert Védrine - Fayard

Émetteur du résumé: François C.

Dictionnaire amoureux de la géopolitiqueA

Afrique(s) L’avenir des flux migratoires internes ou externes, gérés et maîtrisés ou non, ou la sauvegarde ou non de la biodiversité.

Algérie L’Algérie a un potentiel considérable si elle arrive un jour à transcender son souverainisme accusateur et vengeur.

Altermondialiste En fait, tous les pays émergents rêvent d’entrer enfin dans l’économie de marché.

Anthropocène Pour moi, c’est évident que nous sommes entrés dans une ère qui bouleverse totalement les conditions physiques de la vie (et donc de la survie !) sur la Terre, quel que soit le nom qu’on lui donne.

Arabe (monde) En fait, il n’y a pas d’unité politique du monde arabe contemporain et de ses 380 millions d’habitants, même pas au Maghreb. Le « monde arabe » reste très prisonnier de ses contradictions et dépendant des décisions prises par les autres ou de l’enchaînement aléatoire des stratégies des acteurs régionaux ou extérieurs.

Armements (course aux) Il faut totalement repenser et relancer la maîtrise et le contrôle des armements, voire le désarmement au XXIème siècle.

Asie centrale Ouzbékistan (Tachkent), Kazakhstan (Astana), Kirghizistan (Bichkek), Tadjikistan (Douchanbé).

B Batailles Comprendre comment on impose la paix, on la rétablit, on la maintient, on la protège.

Bretton Woods (Accords de) Sans cette suprématie du dollar, la scandaleuse politique américaine de sanctions extraterritoriales s’effondrerait. Pour l’avenir, la question est : quelles relations entre le dollar, l’euro, le renminbi et le yen ?

Brexit Et puis, à la longue, nous avons oublié Trafalgar, Fachoda, Mers El Kébir.

C Caucase Trois Etats : la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

La fragilité du Caucase est également frappante en Géorgie.

Chinamerica Par ses rejets géants de CO2 (45% des émissions mondiales !), les deux mastodontes sont devenus les premiers responsables de l’aggravation de la crise du climat et de la biodiversité dans le monde, et enferment celui-ci « dans une trajectoire d’aggravation permanente ».

Chine Projet OBOR (Routes de la soie) est devenu l’équivalent à la puissance 10, de la route des Indes ou de la verticale Le Caire/Le Cap de l’Empire britannique, de la transversale Dakar/Djibouti pour la France, du transsibérien pour la Russie.

La Chine impressionne, captive, influence, mais ne séduit pas.

Chine - Russie 25 millions d’habitants au maximum entre l’Oural et Vladivostok.

Churchill, Winston La lumière solaire churchillienne nous parvient encore. Jusqu’à quand ? Et que nous dit-elle ? Qu’il faut s’arcbouter et résister. A quoi et à qui en priorité ?

CNN (Cable News Network) Il existe au moins 110 chaînes d’information continue dans le monde.

Transformation fébrile de toute la sphère publique par l’information continue qui met tout artificiellement sous tension…

Colonisations Cette approche historique, rationnelle, pluraliste, documentée est impossible. Il faut résister, et attendre.

Commission européenne Il faudra pour cela modifier l’ADN des Européens…tels qu’ils sont devenus après 1945, s’imposer à notre allié américain, résister à nos rivaux asiatiques. C’est une nécessité, sinon l’Europe sera écartelée, neutralisée ou effacée.

« Communauté internationale » La nécessité d’une écologisation généralisée qui aille plus vite que la dégradation des conditions de vie sur la planète.

Covid-19 Les aggravations, les accélérations, qui font que plus rien ne sera exactement comme avant.

D Davos Forum pour tous ceux qui prospèrent dans la mondialisation dérégulée et financiarisée.

Diaspora(s) Les Arméniens (aujourd’hui 3 millions en Arménie, 6,5 à l’extérieur), les Grecs (10 millions à l’intérieur, 6,5 à l’extérieur), les Libanais (5,5 millions environ au Liban, entre 4 et 14 millions à l’extérieur selon les décomptes), les Africains (40 millions aux Etats-Unis descendant d’esclaves importés), les Juifs (6,4 millions en Israël, 8 millions en diaspora dont 5,7 millions aux Etats-Unis)…

Diplomatie L’Union européenne « a les mains propres parce qu’elle n’a pas de mains ».

Dissuasion Aujourd’hui, sur les 16 000 ogives nucléaires mondiales, la Russie et les Etats-Unis en ont entre 6 et 7 000. La France, 300…

Dollar Il devient hégémonique du fait de la suprématie économique américaine qui s’accroît et s’étend avec l’américano-globalisation.

E Eau La perspective de la raréfaction de ces eaux du fait du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers est terrifiante…

Ecologisation La vie sur la planète sera compromise si 7, 8, 9, 10 milliards d’habitants vivent (consomment, polluent, surexploitent, déforestent, artificialisent, rejettent des déchets et dégradent) comme les pays plus « développés » ou « mal » développés aujourd’hui.

Reste la démographie (vers 10 milliards !) qui exponentialise tous les risques.

Les Européens doivent se réveiller, et prendre la tête de l’écologisation raisonnable et scientifique. Ils ont beaucoup d’atouts pour cela.

Emergents Seuls les « pays les moins avancés » (PMA) (selon l’ONU, quarante-huit en 2019, dont trente-trois en Afrique) stagnent et continuent à demander de « l’aide ».

Empires Leur sort final fait méditer Toynbee (et nous avec) : « Les grandes civilisations ne sont pas assassinées ; elles se suicident. »

Energie Alors qu’il faudrait d’urgence accélérer les mutations vers les énergies non carbonées, nucléaire inclus, et réduire toutes les autres, les unes après les autres.

En 2017, en France, l’éolien n’atteint même pas 2%, la biomasse 1% et le solaire 0,7%.

Ere numérique Supériorité américaine écrasante, challenge chinois redoutable, résilience des Japonais, capacités d’Israël, notamment offensives, performances russes réelles, risque de déclassement européen partiel si rien n’est fait.

Esclavages L’ONU considère que l’esclavage touche encore aujourd’hui environ 40 millions de personnes, essentiellement en Afrique.

Espions (de papier, de pellicule) Le vrai espionnage est de plus en plus électronique, numérique et cyber, autre terrain d’affrontements entre puissances et entre entreprises.

Etat voyou Bientôt, l’Etat voyou sera celui qui, n’appliquant pas ses engagements écologiques, mettra en danger d’autres êtres humains…Cela va vite venir.

Etats-Unis L’américanisation de la sphère occidentale est évidente.

Europe L’Europe des lois, des décrets, des directives, des réglementations, du fameux « acquis communautaire » de plus en plus lourd et contraignant de procédures. En construction jusqu’où ? jusqu’à quand ? Avec quelles limites ?

Il n’en reste pas moins que 2021 peut être un vrai moment pour l’Union si elle arrive à donner un contenu concret au bel objectif de « souveraineté européenne ».

Europe de l’Est Ces pays se sont voulus « otaniens » avant d’être européens. La sécurité avant tout.

F Fleuves Mais les fleuves qui vont faire l’actualité demain sont ceux qui seront disputés entre voisins, en amont et en aval, pour le partage de leurs eaux.

Francophonie C’est quand la structure, la syntaxe, la grammaire sont attaquées ou délaissées qu’il faut réagir.

G. GAFAM Oui, ils ont changé nos modes de vie. Et, en 2018, Google plus Amazon équivalaient au PIB de la France.

Gaulle, Charles de De Gaulle est comme un roc qui émerge d’un passé embrumé par l’affaiblissement de la transmission historique, salué même par d’anciens soixante-huitards qui l’avaient conspué comme fasciste !

Génocide Au-delà de la condamnation, les génocides du XXème siècle reconnus comme tels (outre la Shoah, les génocides arménien, cambodgien, rwandais et, dans une moindre mesure, en Namibie) font l’objet de travaux d’historiens…

Géographie Elle redevient essentielle.

Géopolitique Elle consiste tout simplement en l’étude des interactions entre la géographie, l’histoire et la politique internationale.

H Hitler, Adolf Quoi qu’il en soit, le XXème siècle aura été celui des plus grands totalitarismes et des plus grands massacres.

Hyperpuissance Les Etats-Unis, même challengés, gardent en propre plusieurs éléments de puissance : la suprématie militaire, la suprématie technologique, les GAFAM, la pratique scandaleuse de sanctionner unilatéralement pays, entreprises ou industries, hors du cadre de l’ONU et sans crainte de représailles ! Le dollar fait la loi.

I Inde Ce qui m’impressionne le plus en Inde : la mondialisation américano-globale ne l’a pas dissoute. Elle est restée en profondeur un monde différent, comme le Japon.

Indo-Pacifique Il s’agit bien d’établir entre toutes les puissances de ces régions (Japon, Vietnam, Australie, Inde, Indonésie) des liens stratégiques, pour résister à toute hégémonie, c’est-à-dire en clair, celle de la Chine.

Infrastructures Maillage essentiel de la globalisation. Manifestation de modernité, de puissance économique, mais aussi de vulnérabilité.

Intelligence artificielle La diffusion de l’IA va-t-elle donner à la puissance qui la maîtrisera le mieux un pouvoir irrattrapable pour supplanter, connaître, affaiblir, voire asservir tous les autres, par une cybersupériorité, une cybersuprématie ?

Irrealpolitik La realpolitik, qui conduit à des compromis, a fait historiquement moins de ravages que l’irréalisme, l’utopisme, le chimérisme, ce que j’appelle l’irrealpolitik, qui peut elle aussi conduire à un fanatisme.

Islam Conduit une importante minorité des 1,8 milliard de musulmans au fondamentalisme, au wahhabisme, au djihadisme, puis, dans quelques rares cas, au terrorisme. Mais les terroristes n’ont pas besoin d’être nombreux pour terroriser.

Israël Israël sera vraiment en sécurité quand les peuples arabes, et pas seulement leurs dirigeants, l’auront reconnu et admis comme voisin.

J Japon Il est aujourd’hui membre du G7, encore la troisième économie mondiale, quoique stagnant depuis des années, et sa population (126 millions) baisse de 0,16% par an.

Justice internationale Plusieurs Etats très importants n’ont pas ratifié la CPI : Etats-Unis, Israël, Russie, Chine, Inde, plusieurs pays arabes.

L Lieux de pouvoir Jamais rassasiée, la transparence boulimique alimente le complotisme au lieu de l’apaiser.

Et si les vrais lieux de pouvoir étaient ailleurs : à la Bourse de New York, dans la Silicon Valley ou à Shenzen, dans les sièges des entreprises mondiales de toutes nationalités, dans les télévisions d’information continue, ou bien partout et nulle part en même temps, dans l’âge de la démocratie d’opinion et des lyncheurs numériques ?

M Migrations Depuis les années 2000, selon l’ONU, environ 190 millions d’hommes et de femmes bougent chaque année, soit 2 à 3% de la population mondiale. « Bouger » ne veut pas dire émigrer. Cela englobe les mouvements à l’intérieur de chaque pays, mais aussi d’un pays à l’autre, voire d’un continent à l’autre.

Mondialisation/démondialisation La mondialisation à marche forcée telle qu’elle a été menée a été trop brutale, trop dérangeante, trop perturbatrice, trop insécurisante culturellement pour la plupart des peuples. Elle a provoqué en retour de puissants réflexes identitaires défensifs.

Multinationales Les multinationales sont devenues une figure clé de la mondialisation dérégulée et, s’agissant des banques et des fonds de toutes sortes, financiarisée.

Mythes Jamais les êtres humains n’ont été autant formés, informés, connectés. Cela les rend-il plus rationnels et raisonnables ? Visiblement non…Les mythes ont de beaux jours devant eux, à commencer par la croyance dans le complot, plus vivace que jamais.

N Nucléaire En bonne logique, la priorité écologique devrait être de réduire d’abord le charbon, ensuite les schistes bitumineux, puis les autres pétroles, plus tard le gaz, et plus tard encore, le nucléaire, dès que les énergies renouvelables seront compétitives et que l’on pourra stocker durablement l’énergie solaire.

O Océans La pression pour exploiter les océans, leur contenu, leur sous-sol, va s’intensifier…Il faut donc absolument compléter Montego Bay…Ce serait une mise en œuvre utile du « multilatéralisme ».

Opinion publique Les populations réagissent à chaud et sont tentées de se passer de représentants. Péril mortel pour la démocratie représentative.

Demain ? Démocratie d’opinion, bateaux ivres ? Qu’en penser, vu de Pékin ?

Ordre mondial Pendant ce temps-là, le monde continue, dans le désordre de la lutte des puissances, une mêlée, une foire d’empoigne et un système économique fou, secoué d’angoisses périodiques.

P Palestine En 2021, il est visible que Benjamin Netanyahou, au pouvoir avec le Likoud et divers alliés extrémistes depuis juin 1996, a réussi à quasiment éteindre tout soutien extérieur à un Etat palestinien.

Passé « Le passé n’est pas mort, a écrit Faulkner dans Requiem pour une nonne en 1951, il n’est même pas passé. »

Populisme La dénonciation du populisme est d’autant plus vaine que ce dernier n’a pas de définition claire.

C’est peut-être LE problème de l’Europe et des autres démocraties aujourd’hui. Et partout où il y a des peuples !

R Réalisme (Realpolitik, irrealpolitik) Le réalisme est une honnêteté intellectuelle : voir les choses comme elles sont. Il s’oppose donc à l’idéalisme (platonicien ou wilsonien), au chimérisme, à la démagogie…Le réalisme de l’analyse n’empêche pas l’idéalisme des ambitions.

Ressources (Compétition pour l’accès aux) A notre époque, dans le cadre de l’économie de marché mondialisée, dérégulée et (trop) financiarisée, la compétition s’est étendue au monde entier et à toutes les ressources : toujours le pétrole et le gaz, mais aussi uranium, métaux précieux, or, lithium, terres rares indispensables aux technologies numériques, terres cultivables, sable, eau potable et, finalement…espace disponible.

Non seulement cela annonce des catastrophes écologiques cumulatives et exponentielles, mais aussi des compétitions de plus en plus dures, et donc des risques accrus d’affrontement.

S Sanctions Au semi-chaos mondial actuel s’ajoute une bataille de sanctions et de prises d’otages croisées.

Sécurité L’aspiration à la sécurité ne peut que croître dans un monde anxiogène, très peuplé, connecté, interdépendant donc multi-dépendant et instable : chaos géopolitique, foire d’empoigne entre puissances, comptes à rebours démographique et écologique, choc et mutation numérique, flux migratoires, risques sanitaires, etc…Il faut répondre à ces demandes de sécurité en les canalisant pour les apaiser.

Shoah L’horreur de la Shoah (comparable à rien d’autre dans l’histoire connue de l’espèce humaine) a donné naissance, au tribunal de Nuremberg, aux concepts de génocide et de crimes contre l’humanité devenus imprescriptibles.

Souveraineté Mais est-on souverain dans le monde dominé par les Etats-Unis et la Chine, leurs GAFAM et BATX, par le dollar, par les sanctions extraterritoriales américaines, etc. ? Certains sont plus souverains que d’autres…Et il y a l’Union européenne : pot au noir, ou levier ?

Stratégie (stratège) Sun Tzu, Clausewitz sont des penseurs stratégiques, Machiavel un stratège politique. Et il y a des grands capitaines qui sont aussi des stratèges : Napoléon.

T Tiers-Monde Le cyclone de la mondialisation redessine la carte des pays : émergents, réémergents, émergés, toujours en voie de développement ou moins avancés (PMA), stagnants ou faillis.

Traités Il faudra d’autres traités commerciaux, technologiques, écologiques et toujours plus de négociations, et donc de négociateurs aguerris.

U Uchronie L’uchronie, ou alternative history, est la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement passé.

URSS Immense continent englouti qui a marqué au fer rouge le XXème siècle, de 1917 à 1991…Pendant ces décennies, l’URSS a été La Mecque pour des dizaines de millions de communistes, de compagnons de route, de progressistes, d’antifascistes dans le monde qui voyaient en elle le berceau de l’homme nouveau et la révolution comme une épreuve régénératrice.

V Valeurs Pour les Occidentaux, puissances installées, mis sur la défensive face aux émergents, leurs valeurs sont universelles, cela ne se discute pas. Tout « relativisme » est scandaleux et prohibé. Mais si l’univers tout entier ne reconnaît pas leurs valeurs comme étant universelles ? Et si la Chine ose prétendre qu’elle a son propre système de valeurs ? Et que dans des démocraties des peuples votent pour des programmes « illibéraux » ? Révoltant ! Incompréhensible ! Pire que cornélien.

Y Yalta Le mythe de Yalta (surtout en France, par dépit de ne pas y être) est celui d’un partage du monde et d’un abandon cynique de l’Europe de l’Est.

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La vie des morts de Jean-Marie Laclavetine - Gallimard

Émetteur du résumé: François C.

La vie des mortsCertains voient Jésus ou la Vierge, j’ai vu Porthos, je l’ai senti si proche au moment de sa mort qu’il m’a permis d’approcher ce mystère comme je ne l’avais jamais fait auparavant.

Voilà ce qui rend la littérature supérieure à la vie ordinaire : elle offre des territoires sauvages, inviolés, où l’on se promène dans une solitude enivrante ; mais on y est relié à l’humanité entière, tout peut y être partagé, la solitude y est peuplée, traversée par d’innombrables ruisseaux de vie, ce voyage est sans fin.

Tous ces signes me ramenaient non seulement à notre histoire, mais surtout à la puissance mystérieuse de l’écriture, à ce qu’elle rend possible, à ce qu’elle délivre ou dénoue.

A ceux qui m’ont demandé si la rédaction de ce livre avait apaisé la douleur de la perte, j’ai dû répondre que non, bien au contraire ; tu es plus réelle, plus vivante que tu ne l’étais avant que je n’entame ce travail, et tu me manques d’autant plus aujourd’hui. La littérature, décidément, ne soigne rien. Elle se contente de nous rendre vivants.

Et toi aussi, Annie, tu vis de l’étrange vie des morts, qui s’occupent à relier entre eux les vivants, ceux qui l’ont été, ceux qui le seront.

La littérature est bien cette force silencieuse qui relie, qui se ramifie, favorise la propagation d’un réseau complexe d’émotions, de souvenirs, de savoirs. Elle traverse les frontières géographiques, temporelles ou de classe, elle bondit par-dessus les murs et les mers.

Nous sommes agités de souvenirs qui nous transforment tout en se transformant eux-mêmes. Rien ne dure, tout est mouvant, nous ne retrouverons jamais cet instant précieux de tête-à-tête avec un être aimé qui nous a changé…

Ce que nous perdons dans l’absence de l’autre, ce n’est pas seulement un être cher, c’est un moment de nous-mêmes que nous ne retrouverons jamais.

On écrit avec ça : la colère, l’enfance, les beautés perdues, les beautés à venir, l’émerveillement du présent, la rage du manque, le désir inassouvi, la soif de rencontres, le besoin de tout dévorer.

Je pourrais continuer longtemps à dévider la litanie des coïncidences et des rencontres, des témoignages et des confidences.

Il se demande si le souvenir des grands tremblements de terre qui secouent notre existence n’occulte pas les mini-séismes, les secousses presque imperceptibles qui ébranlent l’édifice sans qu’on y prenne garde et lui impriment peu à peu sa forme.

Entre le moment où le signal est donné, à la faveur d’une banale analyse de sang ou de la découverte d’un grain de beauté bizarre, la vie prend des allures de grand huit, accélérations soudaines, pentes à quarante degrés, tête à l’envers, nausée, et déjà c’est la fin du numéro.

Elle serait là dans nos gestes quotidiens, dans nos pensées infimes, parce que rien ne se perd quand on s’aime comme nous nous aimions, comme elle nous aimait, sans faire d’histoires ni de complications.

Elle expliquait dans l’un d’entre eux que l’idéogramme chinois signifiant « écrire » est formé d’un toit, de deux mains et du signe qui veut dire « changer l’ordre des choses ». Comme ses personnages, Lisa tentait de mettre de l’ordre dans un réel mouvant et insaisissable.

Un tome après l’autre, de 1999 à 2015, Siné a déroulé une sorte de tapisserie de Bayeux à l’usage des malpolis et des sans-dents, un petit précis illustré de la colère sociale et des joies toutes simples.

Où que je regarde, l’amitié est partout, essentielle, vitale, elle forme autour de moi un halo bienfaisant, je lui ai consacré beaucoup d’énergie, d’attention. Guy me disait que l’amitié est comme une plante : on doit lui prodiguer des soins constants, l’arroser quand c’est nécessaire, la préserver du soleil ou de l’ombre sous peine de la voir se flétrir. Elle n’est pas donnée une fois pour toutes, pas plus que l’amour ; comme l’amour, elle est le fruit du travail et de la patience.

Que de souvenirs dans ces lieux, que de moments heureux et profonds…A l’abri du jour et de ses tracas, nous passions là des heures sans minutes, délivrés du temps.

Cela n’a rien de délibéré. Cela vient sans doute d’une méfiance instinctive vis-à-vis des chemins tracés, des corps constitués, des cultures de groupe, des milieux hermétiques organisés autour du seul impératif de la reproduction sociale.

L’Orient est compliqué, il sent le poivre et l’opium, les longues expéditions à dos de chameau, le beurre de yack et la soie onéreuse. L’Ouest, c’est l’immensité vert-bleu, les danses du vent en jupe d’écume, le mystère des Sargasses, le fraîchin odorant, les cirés luisants dans les aubes glaciales, le soleil qui éclate soudain sur une mer d’étain, le pressentiment des naufrages et le rire des pirates, le frémissement des élingues dans des ports jamais tranquilles. C’est dans ce rêve occidental que nous avons grandi.

CITATIONS DANS LE TEXTE : S. de Beauvoir “Il y a des jours si beaux qu’on a envie de briller comme le soleil, c’est-à-dire d’éclabousser la terre avec des mots ; il y a des heures si noires qu’il ne reste plus d’autre espoir que ce cri qu’on voudrait pousser…Sans doute les mots universels, éternels, présence de tous à chacun, sont-ils le seul transcendant que je reconnaisse et qui m’émeuve. Ils vibrent dans ma bouche et par eux je communie avec l’humanité. Ils arrachent à l’instant et sa contingence les larmes, la nuit, la mort même, et les transfigurent.”

Kundera Car, d’emblée, tout est clair : “la vie humaine, en tant que telle, est défaite, la seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu’on appelle la vie est d’essayer de la comprendre.”

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L'ami arménien d'Andreï Makine - Grasset

Émetteur du résumé: François C.

L'ami arménienComme si, depuis longtemps, il avait appris ce qui pouvait persister d’essentiel et de sublime au-delà de nos enveloppes charnelles. Comme si, venant parmi nous, il avait gardé en lui le reflet d’un monde infiniment étranger à ce que les hommes vivaient sur cette terre.

La population du Bout comptait bon nombre d’anciens prisonniers, d’aventuriers vieillis et fourbus, de déracinés hagards qui -comme souvent en Sibérie- avaient, pour toute biographie, la seule géographie de leurs errances.

C’était un art commun aux peuples familiers des bannissements et des exodes, forcés de recréer, indéfiniment, leur espace vital -leur patrie transportée dans leurs maigres bagages. Oui, de gravir les tréteaux d’une existence vacillante, d’installer un décor où se joue le drame de leurs exils.

Gulizar était une de ces véritables « filles du Caucase » que chantaient leurs strophes, une nature ardente et hardie.

Après un temps de répit, son mal « arménien » revenait -obstruant ses poumons ou l’atteignant aux articulations et le rendant lent et claudiquant, ou bien, plus fréquemment encore, lui jetant au visage et au corps ces plaques rougeâtres dont nos condisciples n’hésitaient pas à se montrer dégoûtés et moqueurs.

Epoustouflé, je ne parvenais pas à retenir la suite des royaumes qui, sur cette terre antique d’Arménie, se créaient, resplendissaient, s’écroulaient sous les coups de boutoir des envahisseurs.

Le match qui venait de se terminer m’apparut telle la préfiguration de toute une existence, cette guerre d’usure qui ne leur laisserait pas le temps de lever les yeux vers le mouvement des oiseaux éclairés par le soir d’une fin d’été. Je me sentis péniblement muet, ne sachant pas encore que le désir de partager cet instant de beauté était le sens même de la création, l’aspiration véritable des poètes et qui restait le plus souvent incomprise.

Admiration, adoration, coup de foudre, émerveillement, tout cela, dans son abstraction livresque, n’avait aucun rapport avec ce que j’éprouvais. La seule empreinte de ses souliers laissée dans la poussière le long de la voie ferrée abandonnée -cette marque fine et délicatement imprimée- me déplaçait dans un univers où chaque objet espérait recevoir un autre nom.

Je compris que nos vies glissaient tout le temps au bord de l’abîme et que, d’un simple geste, nous pouvions aider l’autre, le retenir d’une chute, le sauver. Presque par jeu, nous étions capables d’être un dieu pour notre prochain.

Bien des années plus tard, j’apprendrais qu’il s’agissait d’un million et demi de personnes anéanties.

L’infériorité que nous éprouvions tous à l’orphelinat nous faisait fantasmer sur les avantages dont les enfants « normaux » pouvaient se prévaloir. Vardan, devenant un sang-mêlé, sans père connu et orphelin de mère, se rapprocha de nous, rompant notre statut de parias et, bien qu’inconsciemment, j’en concevais pour lui une certaine gratitude.

La rapidité avec laquelle ma vie sembla basculer rappelait cet intervalle entre le moment où nous sentons une tasse échapper à nos mains et le bruit d’éclatement.

Un monde régi par une seule règle : la cruauté et le dédain pour la moindre défaillance, une haine bien plus impitoyable que dans les cellules des adultes.

Ainsi, les fous et les poètes échappent-ils parfois à la nasse de cette existence commune, légitimée par nos habitudes, nos peurs, notre incapacité d’aimer.

Non, la vraie leçon était autre : l’invraisemblable rapidité avec laquelle la routine de la vie effaçait les événements qui semblaient d’une si haute importance, les personnes qui, quelques jours auparavant, constituaient la part la plus précieuse de nous-mêmes.

Au milieu des mille souvenirs évanouis et des jours effacés dont mon existence serait faite, la permanence de ces visages d’inconnus ne cesserait de me surprendre.

Je devinais que le seul mystère digne d’être sondé se cachait dans notre capacité à résister à ce flot d’inepties qui nous entraînait loin du passé où nous avions égaré l’essentiel de nous-mêmes.

Et c’est en vieillissant que j’ai pris conscience que je me retrouvais désormais à égalité avec cet enfant et que je vivais comme lui, et comme nous tous, l’épuisement de plus en plus accéléré du risible nombre de jours qui nous séparent de la mort.

Sans s’en rendre pleinement compte, il vivait avec le sentiment de ne plus avoir une minute à perdre en s’engageant dans les jeux de rivalités et de désirs, cette farce humaine qui nous attirait tant. Le peu de jours qui lui restaient à vivre devaient servir à l’essentiel.

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Le Pays des Contes- Cris Colfer

Coup de cœur d’une bébé (NONN!!) stagiaire: Avez-vous déjà voulu rencontrer Boucle d’Or, Le Petit Chaperon Rouge ou encore Blanche neige? Alex et Conner, se retrouvent, par le biais d’un grimoire enchanté, dans un monde où ces personnages de nos contes vivent tous. Mais ce n’est pas comme vous l’imaginez, là-bas, Boucle d’Or est une criminelle recherchée, Blanche Neige dissimule un lourd secret et le Loup ne fait même pas peur au petit Chaperon Rouge! Les frères et sœur n’ont qu’une solution pour quitter cet univers, rassembler huit objets magiques… Une tâche qui aurait été plus aisée si la Méchante Reine n’avait pas dans l’idée de leur mettre des bâtons dans les roues, cette dernière a même l’ambition de les enfermer pour toujours et à jamais dans ce monde qu’ils souhaitent quitter.

Une histoire, qui nous replonge en enfance au milieu des contes de notre jeunesse. Une aventure qui nous fait voir d’une manière nouvelle et moderne tous ces contes qui ont bercé notre enfance. De Blanche-Neige au Petit Chaperon Rouge en passant par Jack et le haricot magique. Tous ces personnages sont là pour nous jouer une histoire nostalgiquement magique.

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La rencontre Une philosophie de Charles Pépin - Allary

Émetteur du résumé: François C.

La rencontre, une philosophieI LES SIGNES DE LA RENCONTRE 1.1 Je suis troublé Quand se fissure ma carapace Grâce à la rencontre de Robert, au cœur même du trouble de la rencontre, elle s’est découverte autre et c’est cette autre devenue véritablement elle-même qui l’accompagnera jusqu’au bout.

La rencontre redonne droit de cité au moi profond. D’où ce sentiment si fort, au cœur du trouble qu’elle provoque, d’exister pleinement, d’exister enfin. Le moi profond ne se laisse plus recouvrir par le moi social ; il le déborde soudain. Le trouble indique le chemin parcouru, parfois en un temps record.

1.2 Je te reconnais Quand le hasard ressemble au destin Nous passons nos vies à douter, mais certaines rencontres ont le pouvoir de nous délivrer, parfois d’un seul geste, « le temps d’un battement de paupières ». Que réveillent-elles en nous, qui ne laisse plus de place à l’incertitude ? Que rencontrons-nous alors ?

1.3 Je suis curieux de toi Quand j’ai envie de découvrir ton monde Rencontrer quelqu’un, c’est se trouver projeté au seuil d’un monde nouveau, happé par l’envie de l’explorer ; c’est une invitation au voyage.

On désire tout un monde, celui qui est associé à l’être rencontré et dont on ne devine d’abord que les reliefs, un monde fait d’habitude, de gestes, d’amis et d’ennemis, d’émotions, de perceptions, de souvenirs…

1.4 J’ai envie de me lancer Quand l’autre me donne des ailes Une rencontre marque parfois aussi la naissance d’un projet…la rencontre crée un désir, ouvre un champ de possibles, il faut s’y engouffrer.

Nous pouvons tous sentir, en rencontrant quelqu’un, que nous allons inventer quelque chose.

Plus tard, lorsque la rencontre aura porté ses fruits, nous nous souviendrons avec émotion de cette excitation initiale, de ce moment où il nous est apparu que tout devenait possible…Nous aurons le cœur plein de la joie d’avoir créé plus grand que soi.

1.5 Je découvre ton point de vue Quand je fais l’expérience de ton altérité Quand cet autre devient mon amour, mon ami, mon partenaire, lorsque je ne peux plus vivre un événement sans le ressentir également à travers lui, alors je sais que je l’ai vraiment rencontré : je fais dans la durée l’expérience de sa différence, de son altérité.

Si l’amour est « construction », c’est en se continuant que la rencontre manifeste toute sa puissance : le véritable émerveillement est moins dans le coup de foudre initial que dans le temps nécessaire pour essayer de « faire le tour de la différence » de l’autre et découvrir, ébloui, qu’il est lui aussi un centre, un sujet, un point d’observation de la richesse du monde.

1.6 J’ai changé Quand l’autre fait de moi quelqu’un d’autre L’expérience de l’altérité finit tôt ou tard par produire des effets : plus encore que découvrir un point de vue, je change à ton contact. J’ai pris une nouvelle voie, modifié quelques-unes de mes habitudes, de mes opinions également, mes goûts ont évolué, et dans certaines situations je ne réagis plus de la même façon -bref j’ai changé. En mieux ou non qu’importe. La preuve la plus tangible que je t’ai rencontré est là : je mène différemment la barque de mon existence.

Telle est la véritable force de la rencontre : une puissance de changement.

1.7 Je me sens responsable de toi Quand l’autre me révèle ma nature morale Le changement provoqué en nous par la rencontre peut être aussi d’ordre moral. Parce que je t’ai rencontré, parce que nous nous sommes retrouvés face à face et que j’ai été touché par ta fragilité, je suis soudain arraché à mon égoïsme naturel ou au moins à mon indifférence ; je me sens responsable d’un autre que moi. Te rencontrer me révèle alors ma nature morale.

1.8 Je suis vivant Quand l’autre me sauve la vie Une de ces personnes de notre entourage que Boris Cyrulnik nomme « tuteurs de résilience » et qui sont capables, par le soin, l’attention ou l’amour qu’elles nous portent, de nous aider à nous relever après un drame.

Le trouble, la curiosité, la reconnaissance et l’envie de se lancer sont les premiers signes de la rencontre en train de se faire. Puis l’expérience de l’altérité, le changement, la responsabilité et le salut sont les signes d’une rencontre se continuant, et produisant ses effets.

II. LES CONDITIONS DE LA RENCONTRE 2.1 Sortir de chez soi Une philosophie de l’action La contingence -ce qui est mais aurait pu ne pas être- s’oppose à l’idée de nécessité, ou de déterminisme -ce qui est et ne pouvait pas ne pas être.

Mais dans un monde contingent, l’action devient un ressort décisif. En me mettant en mouvement, je produis des changements, dont je ne peux mesurer précisément les effets, mais qui influeront sur la chaîne de causalité ; agir reconfigure le monde, rebat les cartes.

Nourrir sa vie intérieure puis s’aventurer à l’extérieur, rentrer en soi puis sortir de chez soi : cette attitude, comme une sorte de pas de deux, favorise les rencontres davantage que l’effort insistant pour entrer en contact avec l’autre.

Nous ne savons pas, avant d’agir, ce que notre action produira dans le monde. Mais nous devons y aller malgré tout ; c’est là toute la beauté de la prise de risque, le sel de l’existence ; c’est l’essence même d’une philosophie de l’action.

Ce mantra « j’y vais-je vois » était une invitation à réunir les deux conditions nécessaires à la survenue d’un événement, à la rencontre : sortir de chez soi, mais aussi être prêt à accueillir ce qui se présente, le bon comme le mauvais. Se lancer, mais moins tendu vers l’objectif que l’esprit ouvert, moins concentré sur le but qu’attentif à tout le reste.

2.2 Ne rien attendre de précis Eloge de la disponibilité D’une certaine manière, moins nos attentes seront précises, plus elles ouvriront le champ de notre vision, de notre rapport au monde et aux autres.

Il avait oublié qu’une rencontre a justement le pouvoir de redistribuer nos attentes, nos désirs, nos idées mêmes des choses et de la vie…savoir que nous pouvons nous tromper sur nos attentes peut nous convaincre de nous ouvrir à ce que nous n’attendons pas.

Le poète peut d’ailleurs être défini comme cet être absolument disponible à l’inattendu, à l’accueil de ce qui vient -mots, idées, images, émotions.

J’accueillais un présent sans rien lui demander d’autre que d’être là, et c’est précisément pour cette raison qu’il a ouvert un avenir.

« Attendus » au sens non d’une attente précise, mais d’une attention pleine, ouverte, partagée, vivante. Une attente oui, mais sans véritable objet.

2.3 Tomber le masque La puissance de la vulnérabilité Avoir confiance, c’est s’élancer malgré le doute, apprendre à accepter et même à embrasser l’incertitude malgré l’appréhension, ne pas chercher à se rassurer en l’évacuant.

Se montrer vulnérable, se mettre « à nu », ne plus avancer masqué, requiert confiance en nous-mêmes et en autrui pour oser dévoiler son intimité à l’inconnu.

III. LA VRAIE VIE EST RENCONTRE 3.1. La rencontre comme propre de l’homme Une lecture anthropologique D’après Aristote, l’homme est un animal inachevé, un être riche de potentialités mais qui restent à accomplir, ses nombreuses dispositions nécessitant une « actualisation ».

Le biologiste néerlandais Louis Bolk caractérisera l’espèce humaine par cette prématuration qu’il appellera « néoténie ».

Suite à la gestation et à la naissance, il nous manque donc encore au bas mot neuf mois pour atteindre une première forme achevée. Nous sommes une espèce de grands prématurés. La cause en est sans doute la bipédie.

3.2. Je te rencontre, donc j’existe Une lecture existentialiste L’existence, c’est être sans cesse jeté « devant » soi, hors de soi. Et la rencontre est cet événement qui, par excellence, me jette devant moi, m’invite à sortir de moi pour m’engager dans l’avenir, dans le monde -pour devenir et non simplement être.

Il serait donc plus juste de dire : exister, c’est dépendre. Et même « aimer dépendre » ; embrasser sans réserve une vie « hors de soi ». Belle leçon de la rencontre, qui est aussi celle de l’amour : notre vérité n’est pas en nous, mais entre nous.

3.3. Rencontrer le mystère Une lecture religieuse « C’est parce qu’il y a un Tu que le Je trouve son sens et vit sa véritable vie », écrit Martin Buber dans Je et Tu.

3.4. Rencontrer son désir Une lecture psychanalytique Nos grandes rencontres nous convoquent doublement : elles nous emportent avec tout notre passé, le font remonter souvent inconsciemment, puis elles nous propulsent vers l’avenir. Elles nous offrent l’opportunité de mieux comprendre notre désir, sa nature toujours composite. Il est en partie le produit de notre passé, en partie l’œuvre de nos rencontres. Il est un héritage, mais également une fondation. Toute véritable rencontre est rencontre de son désir.

3.5. Rencontrer l’autre pour se rencontrer Une lecture dialectique Pour Buber, Freud, Levinas, Sartre, mais aussi Husserl, Merleau-Ponty, Derrida…, c’est au contact de l’autre, tout contre lui, que je peux espérer me découvrir.

Tu m’intéresses parce que tu es autre, et parce qu’à ton contact, je peux devenir autre : comment faire la part des choses ? La vraie vie est ainsi : il est parfois impossible de démêler, au cœur d’une rencontre, la fascination désintéressée pour l’autre et le sentiment que ma vie va changer grâce à lui.

Seuls, nous ne sommes rien, nous ne valons rien, nous ne devenons rien. Mais il suffit que je te rencontre, et tout commence. CITATIONS

R. Char Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes et dans l’orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour nous.

P. Eluard Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.

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Génération surdiplômée de Monique Dagnaud et Jean-Laurent Cassely - Odile Jacob

Émetteur du résumé: François C.

Génération surdiplômée ; les 20% qui transforment la FranceIntroduction – Des 1% (les superriches) aux 20% (les superdiplômés). Changer de regard sur la société

Les 20%, épicentre des sociétés développées. La compétition scolaire, une compétition existentielle. Perspectives d’insertion professionnelle, d’aisance matérielle, de qualité de vie riment avec réussite scolaire. Les anywhere et les somewhere : le partage des sociétés entre les diplômés et les autres. Description d’une polarisation des parcours de vie, des comportements et des représentations.

Le niveau éducatif, maître étalon des disparités. Les 20% Le prolétariat culturel (13% de sans diplôme, 10% de CAP et formation professionnelle courte et 32% de juste bacheliers) ; Les formations techniques dites courtes de niveau bac + 2 et les licences représentent 22% des nouvelles générations ; Les masters universitaires ; Les diplômés des « petites grandes écoles » et des écoles post-bac ; Les diplômés des très grandes écoles post-prépa.

Les 20% : une société dans la société Postulat : les 20% forment une minisociété aux traits composites, avec ses gardiens du temple et ses contestataires Pourquoi étudier les 20% ? Les 1% au cœur des représentations politiques. Entre le 1% qui s’envole et la classe moyenne qui s’étiole : l’émergence des 20% Ces classes moyennes supérieures américaines sont plus riches, plus cultivées, plus compétitives, plus minces, plus sportives, plus décontractées que le reste de la société. Elite dirigeante, sous-élite (impact socio-économique) et alter-élite (impact socioculturel) : l’archipel des 20% les plus diplômés.

1. Un jour, tu seras un « talent » Du bon élève au « talent »

Les 20%, le vivier des talents Les talents sont censés concilier une large palette de savoir-être, de savoir-faire et de savoir-paraître, de connaissances et d’aptitudes émotionnelles, de rapidité mentale et d’intuition et, last but not least, d’endurance à l’effort. « Je savais que je voulais faire du conseil depuis l’âge de 11 ans » Maturation précoce, engagement passionné dans un secteur, talent stratégique pour progresser rapidement, pour construire une expertise, souci de se former continuellement et habileté à saisir toutes les occasions de sociabilité, de rebondissement et de prise de risques. La méritocratie idéalisée, et sans illusions Le fait que le classement scolaire soit biaisé par l’appartenance sociale et surtout l’environnement culturel de l’enfant est un secret de polichinelle. Le nouveau gagnant n’est plus nécessairement un premier de la classe Ces jeunes ambitionnent de tout mener de front, ou successivement, d’avoir plusieurs vies, et de conjuguer avec virtuosité réussite monétaire, bien-être personnel et participation au mieux-être de la société. La consécration de l’étudiant globe-trotter En 2019, 10% des élèves des écoles françaises d’ingénieurs et 18% des étudiants des écoles de management débutent leur carrière à l’étranger, majoritairement dans un autre pays européen. Un « talent » ou une qualité purement différentielle Le « talent » peut être défini comme ce gradient de qualité qui est attribué à un individu à travers des comparaisons dépourvues de repères externes absolus. La difficulté de définir le talent vient de ce qu’il est une qualité purement différentielle. Les « talents », démiurges du capitalisme d’innovation En gros, trois filières professionnelles dominent aujourd’hui l’économie du software : les financiers/managers/commerciaux/communicants ; les technologues ; les artistes, notamment les designers.

La psyché du premier de la classe. Ethos des « talents » : une vie à se bonifier et à se choisir Ces itinéraires scolaires façonnés par l’effort, la réflexion stratégique et la capacité à saisir les opportunités forgent une mentalité particulière, « la capacité à être entrepreneur de soi-même » Celle-ci implique une impatience permanente à s’améliorer, à aller de l’avant. L’exigence d’un retour sur investissement De ce marathon, le haut diplômé retire une conviction, celle d’être légitime où qu’il soit, et estime tout naturel de poser ses exigences en matière de contenu et de statut du travail. L’homogamie des couples qui se forment au sein des surdiplômés Depuis le boom de l’enseignement supérieur et son ouverture aux femmes, plus le niveau de diplôme est élevé, plus on se marie, et plus on se marie entre niveaux universitaires équivalents.

L’incubation des « talents ». De la méritocratie à la parentocracy Selon Phillip Brown, l’ère de la parentocracy correspond à la privatisation familiale du système éducatif, et incarne une époque où l’éducation d’un enfant est essentiellement déterminée par le niveau de revenus et les projections de ses parents. La douce matrice éducative des familles privilégiées à l’heure de la globalisation Dans ce système de sélection, le capital culturel de la famille d’origine compte davantage que ses ressources économiques : en témoigne la forte surreprésentation des enfants d’enseignants dans le microcosme des grandes écoles. France/Etats-Unis : la fracture culturelle et la fracture de l’argent Les comportements familiaux de l’aspirational class américaine : parenting intensif dès le premier âge, construction de parcours dans les filières d’excellence, maturation d’un mental tendu vers la confiance en soi et l’éclosion de talents singuliers. Les blessures de la distance culturelle face aux « talents » Ce vaste élan vers l’éducation supérieure accentue le sentiment d’angoisse de l’avenir quand les attentes (symboliques, sociales et financières) contenues dans l’idée de méritocratie scolaire ne sont pas remplies.

2. Les surdiplômés au travail, entre innovation et impact social Elite, sous-élite, alter-élite : une typologie de la classe diplômée

Trois jeunes actifs diplômés, trois salaires, trois choix de vie La plupart des salaires s’étalent entre 3000 et 6000 euros/mois pour ces trentenaires, en fonction de l’âge et de l’ancienneté. Ils figurent déjà dans les 10% les plus riches (on entre dans cette catégorie à partir d’un revenu mensuel de 3 767 euros bruts pour un individu seul). Elite, sous-élite, alter-élite : trois nuances de surdiplômés Capitalisme d’innovation (« nouveaux métiers » et nouvelles structures) : professions du changement économique et technologique pour la sous-élite à impact techno-économique ; professions du changement socioculturel et environnemental pour l’alter-élite à impact socio-culturel. Capitalisme d’organisation (métiers « traditionnels » et bureaucratie : (Petite) bourgeoisie économique traditionnelle pour la sous-élite à impact techno-économique ; (Petite) bourgeoisie culturelle traditionnelle pour l’alter-élite à impact socio-culturel.

Start-upeurs, consultants, écosystème de l’innovation : les nouveaux métiers de la sous-élite. Entrepreneur, le héros de notre temps ? « Ubérisation » et statut d’auto-entrepreneur, d’une part, et essor des petites entreprises innovantes et des consultants, de l’autre, sont les deux faces en miroir d’une même tendance, dont la dynamique séparée renforce les polarisations sociales. Pourtant, l’image idyllique de la petite entreprise est à l’évidence surcotée, car la réalité est contrastée. La start-up : le vertige du milliardaire ou le charme de l’esprit bohème ? La start-up est fondée sur une technologie radicalement nouvelle ou un service innovant. Elle va faire bouger la société, produire de l’inédit, ce qui à sa manière rend à l’auteur du projet sa part de démiurge. Elle est construite avec des valeurs qui sont en premier lieu le sens et le fun. Start-upeurs artisans de solutions technologiques Un espace professionnel prospère autour des start-up, sous l’égide de l’échange d’expériences, des conseils, des études de cas, des préoccupations technologiques, des théories sur le management aux recettes des business models. Autour d’elles s’est organisé un marché fécond pour des experts en tous genres…, au point que l’on peut se demander s’il n’existe pas plus de consultants pour start-upeurs que de start-upeurs. Le master Entrepreneuriat de HEC, fabrique de champions. Parcours type du start-upeur français Ces trois start-upeurs, au moment de se lancer dans l’entrepreneuriat, ont négocié une rupture conventionnelle avec leur employeur précédent et ont bénéficié du dispositif Accre (Aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d’entreprise) dispensé par les Assedic aux chômeurs qui créent leur entreprise. Mais pourquoi donc créer une start-up ? Pondération des motivations des créateurs d’entreprise : a) travailleur indépendant : travailler pour soi ; aller vite ; gagner de l’argent ou en avoir l’espoir. b) start-up : créer quelque chose de nouveau ; avoir un impact sur le monde ; se sentir fier de son image ; côtoyer les élites. c) PME : être maître de son destin ; construire dans la durée ; gagner de l’argent ou en avoir l’espoir ; croire en ce que l’on fait.

L’alter-élite : changer le monde en mode projet. Les nouveaux entrepreneurs sociaux, ou l’innovation solidaire en bandoulière Ces nouveaux entrepreneurs se concentrent sur une finalité solidaire, sociale, environnementale à laquelle ils appliquent les méthodes de l’innovation, amenant dans l’ancien monde de la solidarité et de l’associatif un état d’esprit entrepreneurial.

Les alter-consultants et les nouveaux intermédiaires culturels Ces « communautés », « plateformes », « réseaux », « collectifs » oeuvrent en mode projet, en petites équipes agiles et elles innovent autant par leurs positionnements que par leur fonctionnement interne. Leurs fondateurs sont des millenials, pour la plupart diplômés d’écoles d’ingénieurs et de commerce, tout comme l’écrasante majorité de leurs salariés.

Une génération en recherche de sens…et de process Responsabilité sociale et environnementale, quête de sens des organisations, innovation produit, événementiel alternatif d’entreprise, méthodes innovantes de travail collaboratif… : domaines dans lesquels les alter-consultants et les nouveaux intermédiaires culturels exercent leurs talents.

Tiers-lieux, coworking, fablabs : les lieux de travail de l’alter-élite En étudiant certains de ces nouveaux bureaux qui accueillent free-lances, consultants, petites structures, on découvre une autre branche de l’alter-élite, celle des créateurs de tiers-lieux.

Un cas d’étude : Yes We Camp, entrepreneur de vivre-ensemble Depuis 2013, Yes We Camp met en place des processus de transformation d’espaces définis en microterritoires ouverts, généreux et créatifs. Selon le contexte, ces lieux empruntent les qualités de ce que peuvent être un parc, une école, un centre de soins, un fablab, une place publique ou une plage. Derrière le succès de Yes We Camp, un entrepreneur de la solidarité.

3. Lieux, modes et styles de vie : les choix des 20% Le grand tri français : une géographie des 20%

Les anywhere de la société française sont principalement les enfants des baby-boomers des classes moyennes et supérieures de province. Les nouveaux diplômés de la génération montante correspondent donc plutôt à la catégorie des anywhere, ces individus mobiles géographiquement et socialement selon la terminologie de David Goodhart. 136 000 ingénieurs français travaillent à l’étranger, dont près de 79 000 en Europe, près de 25 000 en Amérique du Nord et environ 17 000 en Asie. Paris et les métropoles TGV : une géographie des 20% Paris, la ville où les 20% pourraient devenir les 80% : une « ville superstar » qui concentre l’essentiel des entreprises innovantes, des compétences et des capitaux nécessaires à leur développement…L’agglomération parisienne regroupe 1,2 million d’emplois de l’économie de la connaissance (sur un total de 2,8 millions de salariés de celle-ci en France). Le XIème arrondissement de Paris ou la vi(ll)e rêvée des diplômés : culture Fooding et tendance healthy, ainsi qu’innombrables espaces de coworking et coffee shops où chaque client est muni d’un MacBook. Le XIème est une sorte de maître étalon de ces quartiers et arrondissements au cœur des richesses immatérielles : bons emplois, bonnes écoles, bons restaurants, haute qualité de vie. Villes d’ »open space » ou villes « qualité de vie » : le dilemme des 20%. Un modèle alternatif : la déconnexion entre le lieu de travail et le lieu de vie.

Culture, consommation et styles de vie : entre bien-vivre et alter-consommation Un marché et une culture de premiers de la classe L’humoriste qui passe à l’antenne est de nos jours plus fréquemment diplômé d’école de commerce ou agrégé ès lettres qu’ancien préposé à l’accueil ou standardiste de Radio France. Humour, culture, alimentation, sport : il existe une version bac + 5 d’à peu près tout. Les nouveaux yuppies ou les métamorphoses de la bourgeoisie française The Socialite Family (site d’une boutique de décoration et de design parisienne) : éloge du bien-vivre et miroir des couches cultivées. Entre bien-être et bien-vivre : le style de vie des nouveaux yuppies. Bien-être : le sport et la discipline au centre de la vie des diplômés. L’alimentation entre bien vivre et bien-être. Décroissance, alter-consommation : l’alter-élite ou la politisation des modes de vie L’alter-élite, une aristocratie de l’alter-consommation. Du flexitarisme au « modèle amish » : jusqu’où va l’alter-consommation des diplômés ? Réduction de la consommation de viande ; utilisation de couches lavables ; achat de vêtements éthiques…Chez la nouvelle bourgeoisie, le confort et l’esthétique priment : le minimalisme chic l’emportera sur le dénuement, la mode éthique sur Emmaüs, le bio sur le jardin potager, le design DIY sur la récup’ et Naturalia sur l’Amap.

4. Les 20% et la politique : le changement sans le peuple ? La démocratie des surdiplômés

La politique, c’est notre affaire L’intérêt pour la politique via les moyens d’information suit la courbe ascendante des diplômes et s’intensifie clairement à partir de bac + 5 (48%), connaissant même un net infléchissement à la hausse pour les individus passés par une classe préparatoire (54%). Les hauts diplômés peuvent-ils à eux seuls gouverner un pays ? Le diplôme n’apparaît pas comme le paramètre décisif de l’efficacité de l’action politique, alors que bien d’autres qualités demandent d’être mobilisées. La sous-élite se pense-t-elle comme une élite ? Un imaginaire élitaire les anime : le souhait d’avoir un impact sur la société, …le désir de participer à l’architecture de l’avenir, mais, pour presque tous, sans pénétrer dans la machinerie du pouvoir. Leur ambition concerne plutôt l’influence culturelle, par l’engagement associatif, par l’exemplarité des choix de mode de vie et par la participation à des innovations sociales ou technologiques. Les couleurs politiques des 20% : du rose pâle aux mille nuances de vert Ce qui frappe, c’est la force des corrélations : plus on a suivi des études longues, plus on est polarisé vers la gauche et vers le mouvement écologique.

Les 20% sont-ils (encore) l’avant-garde du changement culturel ? Alliés des 1%, avant-garde des luttes ou échappée solitaire : les 20% au cœur des représentations politiques Thèse de la convergence des élites : bloc élitaire (élite dirigeante et catégories supérieures) vs bloc populaire (classes moyennes et populaires) ; Thèse de la convergence des luttes (élite dirigeante -les 1%-) vs catégories supérieures, classes moyennes et populaires ; Thèse de l’archipel diplômé, soutenant l’hypothèse d’élites multiples et parfois opposées sur le plan politique (« double libéralisme » vs écologie et « populisme de gauche »).

Les 20% : quel ruissellement culturel ?

La superbe perdue de la Silicon Valley Aux USA, l’image sémillante de la nouvelle élite à la fois milliardaire et anticonformiste, « riche et hip », s’est assombrie, tout comme l’évangélisme technologique émanant des mêmes milieux.

L’alter-élite et le peuple : la divergence des imaginaires L’alter-élite semble de plus en plus acquise à l’idée d’une transition du modèle de production et de consommation de masse. Au même moment, les franges basses de la classe moyenne voient s’éloigner le compromis hérité des Trente Glorieuses, celui d’une intégration par le travail, la consommation et les loisirs. Le risque est que la divergence des imaginaires et des sens vers lesquels chacun se tourne aboutisse à une situation d’éclatement des socles de référence.

Changer le monde…ou changer son propre monde ? La France ne peut se résumer à l’affrontement entre une minorité éclairée, même élargie à un cinquième de sa population, totalement enfermée dans sa propre version du monde, et la masse de celles et ceux qui sont distanciés par la rapidité des transformations à venir. Nous ne ressemblons pas encore au modèle américain. Mais la menace existe.

L’échappée belle des 20% sous la bannière de l’écologie Pris entre l’opportunité de réinventer leur propre trajectoire, par choix ou par contrainte, et celle de s’engager professionnellement et personnellement dans les nouveaux territoires du développement durable et des questions sanitaires, les 20% sont destinés à donner la boussole de la transition écologique. Restant, une fois encore, les premiers ?

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Le prophète et la pandémie de Gilles Kepel - Gallimard

Émetteur du résumé: François C.

 

 

Le prophète et la pandémie ; du Moyen-Orient au jihadisme d'atmosphèreExorde L’an 2020 : la pandémie, le pétrole et le Prophète . La réislamisation de Sainte-Sophie Ce geste hautement symbolique, enterrant la laïcité kémaliste et exhumant le califat ottoman, se déroule le jour du 97ème anniversaire du traité de Lausanne…Le coup de force de Sainte-Sophie, tout en pourfendant la laïcité, vise du même coup de yatagan à éradiquer la domination saoudienne sur l’islam sunnite, qu’avait assurée la richesse faramineuse de la plus puissante des dynasties de l’or noir.

La pandémie y porte au paroxysme les contradictions que le gouvernement nationalo-islamiste turc cherche à surmonter par la surenchère militaro-religieuse.

. Le processus d’Astana L’expression désigne le partenariat régional créé entre la Russie, la Turquie et l’Iran (en associé mineur)…Ces trois puissances ont pour objectif commun de profiter du désengagement de Donald Trump du Moyen-Orient pour marginaliser les Etats occidentaux démocratiques, au premier chef l’Europe pourtant riveraine et mitoyenne.

. Le paradoxe libyen Accord du 27/11/2019 entre le gouvernement libyen d’accord national dirigé par Fayez el-Sarraj et Erdogan : 1. Délimitation d’une zone économique exclusive turco-libyenne en Méditerranée ; 2. Soutien militaire d’Ankara à Tripoli (la troupe est faite de rebelles syriens islamistes, devenus les mercenaires d’Ankara en Libye). Eté 2020 : allégeance de Malte à la Turquie, qui par sa présence militaire en Tripolitaine dispose désormais des moyens de contrôler les appareillages de boat people. En contrepartie, La Valette peut fournir à Ankara les pistes qui permettraient à ses avions de contrôler le ciel libyen.

. Apocalypse à Beyrouth Ce cataclysme advient dans un contexte où le pays du Cèdre connaît les pires drames de son siècle d’existence…entre invasions israéliennes et implantations palestiniennes, guerre civile, occupation syrienne, pour finir en tutelle iranienne par Hezbollah interposé. Une corruption endémique et la déliquescence de l’ensemble des services publics…un tiers des quatre millions de Libanais vivent avec moins de 4 dollars par jour…la livre s’effondre.

I. La fracturation du Golfe . Du Grand Jeu au Monopoly : axe fréro-chiite contre entente d’Abraham Cette normalisation (accord entre les Emirats arabes unis et Israël) dessine le Grand Jeu en cours qui place en son centre le devenir des conflits syrien, libyen, voire yéménite, et s’emploie à en anticiper les conséquences en restructurant les rapports de force dans l’ensemble de la région Moyen-Orient Méditerranée.

L’ »accord d’Abraham » (13 août 2020) fait de l’Etat juif la charnière d’une entente opposée à l’axe tripartite fréro-chiite, qui s’est structuré durant la deuxième décennie du XXIème siècle entre Turquie, Qatar et Iran.

. Effets induits et effets pervers de l’entente d’Abraham L’une des clefs de cette stratégie de bascule est l’Irak, libéré de Saddam Hussein à la suite de l’intervention militaire américaine déclenchée en mars 2003, et ultérieurement vassalisée par Téhéran.

Les engagements américains manifestent avec force la volonté d’aider l’Irak à s’émanciper de la suzeraineté iranienne – et de le positionner dans le sillage de l’entente d’Abraham.

Mais le basculement, après celui de l’Irak, de la Syrie et du Liban hors de l’emprise iranienne représenterait une débâcle géostratégique pour le régime de Téhéran qui verrait sapé son principal moyen de chantage sur le système international, à savoir sa capacité militaire de nuisance envers l’Etat juif.

. Les puissances globales au chevet de Mare Nostrum Dans l’affrontement qui s’installe entre axe fréro-chiite d’un côté et accord d’Abraham de l’autre, deux alliances aux frontières évolutives et aux obligations mutuelles informelles, les puissances globales -les Etats-Unis, l’UE, la Russie et la Chine – s’efforcent plus ou moins de ménager la chèvre et le chou en fonction de leurs intérêts propres, évitant un engagement univoque qui pourrait déboucher par voie de suite sur un conflit mondial.

. Le grand bond en avant chinois Pour Pékin, désormais engagé dans une compétition planétaire exacerbée contre Washington, la conclusion avec Téhéran en 2020 d‘accords léonins afin de faire de l’Iran une tête de pont des « nouvelles routes de la soie » au Moyen-Orient s’inscrit dans une logique similaire à son implantation à Djibouti – et en Ethiopie. Mais elle heurte de front également les ambitions d’un puissant acteur régional, Abou Dhabi, avec lequel le conflit dans la corne de l’Afrique joue de la sorte un rôle précurseur…Mohammed Ben Zayed dispose, après la conclusion de l’entente abrahamique, d’un très fort soutien d’Israël et des Etats-Unis.

. Le rancissement du croissant chiite L’assassinat le 3 janvier 2020 de Qassem Solaymani…représente un important tournant, et a mis à mal la stratégie expansionniste de la République islamique jusqu’aux confins méditerranéens (Syrie et Liban).

Retraits tactiques de la République islamique dans deux relais cruciaux du croissant chiite (Irak et Liban).

Téhéran, aux abois, joue sur sa capacité de nuisance - et celle-ci ne saurait être sous-estimée.

. De l’énergie fossile à l’hydrogène vert : la voie étroite de l’Arabie saoudite Le projet futuriste de la ville intelligente Neom -située aux frontières nord-ouest du territoire saoudien à proximité de la Jordanie, de l’Egypte et d’Israël, et bénéficiant de son propre statut juridique…D’une superficie d’environ 25 000 km2, elle a vocation, en tirant parti d’une exposition exceptionnelle au soleil et au vent, à transformer la pétromonarchie, grâce aux énergies combinées solaire et éolienne à très bas coût de revient, en géant mondial de l’hydrogène vert à l’horizon 2025.

. Yémen :la guerre sans issue Au choléra et à la diphtérie s’est ajoutée la Covid-19, qui se répand à une vitesse rapide due à la promiscuité, l’absence d’infrastructures sanitaires et de masques, dans un pays où les hôpitaux ont été la cible de multiples bombardements. 80% environ de la population dépend d’une forme ou d’une autre d’aide humanitaire pour survivre.

Champ de bataille par procuration entre les champions des deux alliances régionales qui se sont cristallisées au Moyen-Orient et en Méditerranée, le Yémen a vocation à demeurer une zone de conflit à moyenne puis basse intensité entre celles-ci, jusqu’à ce que l’une d’entre elles fasse basculer en sa faveur le rapport de forces.

. Qatar : la résilience de l’émirat gazier Le blocus du Qatar (juin 2017) -entraver par asphyxie économique le principal financier des Frères musulmans à travers la région et dans le monde- a constitué en rétrospective l’un des principaux signes annonciateurs de la ligne de faille qui courait entre ces deux camps au Moyen-Orient.

(Coupe du monde de football 2022) Le couronnement triomphal du Qatar attendu à l’occasion de cet événement mondialisé risque ainsi de se transformer en l’acmé de cette maladie caractéristique des pétromonarchies du Golfe, l’hubris.

II. Le Très-Proche-Orient L’expansionnisme de M. Erdogan a interpellé en direct le consensus au parfum munichois de Bruxelles…Les alliances et les ruptures sont soumises en cet automne 2020 à d’incessantes recompositions qui s’accélèrent au gré de la désagrégation du monde multilatéral.

. Populisme islamiste et splendide isolement d’Erdogan En dépit des rodomontades populistes, le gouvernement turc ne peut se permettre un bras de fer contre une Europe qui serait unie et déterminée, dont il est tributaire infiniment plus qu’elle ne dépend de lui.

La coloration spécifique de la politique turque contemporaine qui adjoint cette touche « eurasiste », anti-occidentale et hostile à l’Union européenne à la teinte islamiste dominante, issue des Frères musulmans.

. L’eurasisme, d’Ankara à Moscou (Poutine) D’un côté, son culte de la « terre » l’a rapproché de l’extrême droite européenne. De l’autre, elle a agrégé à sa souche panslaviste de manière croissante une composante « turco-islamique », très opportune pour offrir un cadre inclusif à celles des républiques musulmanes qui restaient dans le giron russe, du Tatarstan à la Tchétchénie, ou maintenir le lien avec celles qui étaient devenues indépendantes, comme l’Ouzbékistan ou l’Azerbaïdjan.

. Entre islamisme et irrédentisme Mais l’équation turque se modifie dans la foulée du putsch manqué de juillet 2016 : l’augmentation de la dose de nationalisme « eurasien » dans la coalition gouvernementale, la méfiance envers Washington soupçonné d’avoir encouragé les conjurés, le rapprochement avec Moscou rebattent les cartes au sud de la frontière (Syrie).

. La réactivation de Hamas Alors qu’en Syrie, Turcs et Iraniens parrainent deux camps ennemis, ils communient dans le patronage du mouvement palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza.

La coordination entre Ankara, Doha et Téhéran par Hezbollah interposé, afin de mettre en orbite le chef du mouvement islamiste palestinien, s’inscrit au cœur de la stratégie de l’axe fréro-chiite face à l’entente abrahamique.

Gaza. Cette enclave côtière de 365 km2 où s’entassent deux millions d’habitants, dont la moitié est âgée de moins de quinze ans, où le taux de fécondité atteint 4,24 enfants par femme et celui du chômage moyen 53%.

L’indépendance de facto de Gaza a érigé ce quasi-Etat en relais par excellence de la stratégie iranienne du croissant chiite.

. Immixtion de Qatar et contradictions d’Israël Ces contradictions qui paraissent défier la logique s’expliquent par le problème insoluble auquel l’Etat hébreu est confronté dans l’enclave côtière palestinienne, en instance permanente de déflagration sociale.

Il est remarquable que les deux rivaux qu’oppose le blocus de Qatar, Doha et Abou Dhabi, se retrouvent en partenaires respectifs de Gaza cerné par l’Etat juif et de ce dernier.

. L’Etat juif entre impasse palestinienne et boulevard arabe La formalisation des relations diplomatiques et le développement des liens économiques entre Israël et les Emirats advient alors même que la situation politique intérieure israélienne connaît une double crise (perspective d’investigations policières contre M. Netanyahou et incapacité -septembre 2020- du gouvernement à faire face à la pandémie de la Covid-19).

. Le surpoids égyptien L’an 2020 est celui où l’Egypte franchit le seuil des 100 millions d’habitants.

Cela a fait de l’Egypte sous la houlette du maréchal Sissi l’un des régimes les plus répressifs du Proche-Orient, en miroir de celui de M. Erdogan (si l’on exclut la Syrie en guerre civile).

. Le Caire dans l’entente d’Abraham La rente militaire venant du Golfe, qui s’inscrit dans le réseau d’alliance de l’entente d’Abraham, permet à celle-ci de s’appuyer sur une armée d’un demi-million de soldats, beaucoup plus nombreuse que celle des pétromonarchies.

. Le contrôle du Nil Ce n’est plus à l’embouchure du fleuve que se joue le conflit, mais à ses sources…L’Ethiopie a entrepris en juillet 2020 le remplissage de son « Grand Barrage de la Renaissance ». Avec un réservoir de 80 milliards de m3 localisé sur le Nil bleu, près de la frontière soudanaise, il est destiné à réguler les crues et à fournir le pays et ses voisins en électricité grâce à la plus grande centrale du continent noir.

III. De l’Afrique du Nord aux banlieues de l’Europe . La Libye entre marteau turc et enclume égyptienne Le Gouvernement d’accord national basé à Tripoli et les Forces armées arabes libyennes de Benghazi (maréchal Haftar).

La ligne de front s’établit à la fin du printemps 2020 dans les environs de Syrte.

L’exploitation rationnelle des immenses réserves de pétrole aurait dû donner à la Libye la prospérité d’une pétromonarchie du golfe Persique. La logique rentière couplée à la dictature erratique de Kadhafi puis aux immenses appétits qu’a ouverts la guerre civile depuis 2011 en ont assuré au contraire la plongée dans une spirale infinie de malheur.

La stabilisation de la Libye et le départ de l’armée turque sont également un enjeu majeur pour l’Union européenne, confrontée à des flux migratoires récurrents en provenance des embarcadères de Tripolitaine.

. Le dilemme migratoire : entre humanitarisme et terrorisme Le nouveau « pacte migratoire européen » (23 septembre 2020)…converge avec la proposition d’Amnesty International en faisant du sauvetage en mer une « obligation légale » et un « devoir moral » à la charge des Etats littoraux.

L’immigration a-t-elle pour aboutissement une intégration culturelle dans les pays d’accueil dont les nouveaux arrivants ont vocation à partager les valeurs, ou au contraire certains de ceux-ci font-ils peser le risque d’un « séparatisme islamiste » ?

. “La misère de la France est un paradis pour nous” La Tunisie est louée à l’unisson pour constituer le seul Etat où le printemps arabe de 2011 a abouti à l’institution d’une véritable démocratie - alors que les cinq autres pays concernés ont basculé dans une guerre civile décennale (la Syrie, le Yémen et la Libye voisine) ou une restauration de l’autoritarisme (l’Egypte et Bahreïn)…L’indéniable progrès des libertés publiques est remis en question par une organisation socio-économique dysfonctionnelle marquée par un népotisme et une corruption qui en constituent le socle profond et dont la rémanence est facilitée par ces libertés mêmes.

. Yetnahawou ga’a ! (Qu’on les extirpe tous !) La crise des hydrocarbures frappe en effet plus durement en Algérie que chez les autres producteurs à cause d’une population comptant 44 millions de bouches à nourrir, qui a quadruplé depuis l’indépendance en 1962…Le secteur représente 97% des exportations, 2/3 des revenus de l’Etat et 1/3 du produit national brut.

Dans cette situation très préoccupante, les privilèges de l’armée apparaissent d’autant plus exorbitants : avec 28% du budget, et 6% du PIB, elle se classe deuxième du monde en valeur relative, derrière l’Arabie saoudite et devant Israël.

Les jeunes algériens se filment souvent sur les embarcations en chantant Nrouhou ga’a (« nous partons tous ») – abandonnant le pays car, comme le dit cette autre rengaine dialectale : Blastak machi fi l’Algérie (tu n’as pas ta place en Algérie).

. Retour aux Banlieues de l’islam L’usage du terme « islamophobie » a pour objet d’incriminer et de prohiber toute critique du dogme islamique en soi, et notamment de l’interprétation qu’en font les Frères musulmans, les salafistes voire les jihadistes. La stratégie de victimisation a été notamment portée au paroxysme par le CCIF pour retourner la charge de la preuve contre la société française lorsque des crimes ou attaques jihadistes étaient commis.

. Le jihadisme d’atmosphère On est passé du jihad réticulaire dont Daesh représentait l’aboutissement, à un jihadisme d’atmosphère, dont le crime de Conflans fournit le paradigme.

L’idéologie déchirant le tissu social afin de séparer « croyants » et « mécréants », « salafiste » d’un côté et « infidèle »…catégories figées qui commencent par fulminer l’anathème de l’exclusion, au moyen d’un « séparatisme » doctrinaire qui déshumanise l’ennemi désigné et interdit de faire société avec lui jusqu’à ce qu’il se soumette ou soit mis à mort.

Ce triple assassinat de Nice…établit un lien préoccupant entre les dynamiques issues de l’Afrique du Nord - pauvreté portée au paroxysme par la Covid-19 et effondrement des cours du baril, déréliction de l’ordre politique, émigration clandestine, prégnance d’une idéologie islamiste radicalisée par la doctrine salafiste de « l’alliance et la rupture » - et celles qui touchent la cohésion sociale et culturelle de l’Europe.

Epilogue Jihadisme d’atmosphère et séparatisme islamiste au miroir géopolitique . Le retour du jihad à Vienne L’attentat de Vienne du 2 novembre. Cette ville joue plus globalement, dans la Weltanschauung islamiste, un rôle cardinal…Vienne constituait le verrou à l’invasion et l’islamisation du reste du continent, après les Balkans…Dans la mémoire islamique turque, le traumatisme de l’échec à Vienne est aussi tragique qu’est exaltée la prise de Constantinople en 1453.

Des contenus explicites sont mis en ligne sur les réseaux sociaux par des « entrepreneurs de colère », selon l’expression de Bernard Rougier, et deviendront le déclencheur de comportements qui permettent le déport de l’univers virtuel dans le monde réel – sans que la frontière entre l’un et l’autre soit bien claire.

. Témérité et limitations de M. Erdogan Le maître d’Ankara est en conflit, à la fin de 2020, avec presque tous ses voisins et partenaires, sa seule marge de manœuvre consistant à ne pas nourrir l’ensemble de ses inimitiés simultanément, mais à les utiliser les unes contre les autres à tour de rôle, dans une forme de fuite en avant d’autant plus malaisée à gérer que la situation économico-sociale de la Turquie, otage de ces multiples aventures, ne cesse de se dégrader.

. Faillite des études arabes et impéritie occidentale face à l’islamisme La France a chèrement payé son incapacité à communiquer en arabe, et la politique à courte vue faisant vertu de l’ignorance de cet idiome dans la certitude qu’il fallait tenir éloignés les arabisants de toute contribution aux politiques publiques sur le sujet du « séparatisme islamiste ».

Le problème posé à nos sociétés par le terrorisme jihadiste et le terreau du séparatisme islamiste dont il se nourrit est assez grave et complexe pour que ni la sottise ni l’ignorance ne concourent à sa résolution. Tout au contraire, elles l’alimentent. Mais nul n’est prophète en son pays.

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Petites victoires Et si la transformation du monde commençait par vous ? de Philippe Silberzahn - Diateino

Émetteur du résumé: François C.

Petites victoires ; et si la transformation du monde commençait par vous ?Le changement est avant tout social, au sens où il se construit avec d’autres personnes. Les entrepreneurs créent de nouveaux marchés, de nouveaux produits et de nouvelles organisations qui changent le monde en partant de ce qu’ils ont sous la main, en misant seulement ce qu’ils peuvent perdre, en s’associant avec des parties prenantes, et en créant le monde qu’ils veulent, pas celui qui est prédit par d’autres.

Deux principes fondamentaux des petites victoires : elles doivent partir de la réalité qu’elles veulent changer, et donc l’accepter, et elles doivent être coconstruites avec des parties prenantes qui s’engagent en ce sens.

« Viser grand » : les limites d’un modèle mental dominant

. Les limites à « agir grand » : rationalité limitée et problèmes complexes

. Rationalité limitée : étant donné ces limites, que pouvons-nous faire ?

. Problèmes complexes : Un système complexe est constitué d’un grand nombre de sous-systèmes en interaction qui nous empêchent de prévoir son évolution et le comportement de ses acteurs par une analyse préalable.

 . Les croyances erronées qui nous amènent à « viser grand »

  1. La taille des moyens mis en œuvre doit correspondre à l’ampleur des problèmes ;
  2. Il faut une vision pour résoudre un grand problème ;
  3. Résoudre un problème complexe est une question de volonté ;
  4. L’ampleur perçue d’un problème est facteur de mobilisation pour le résoudre ;
  5. La capacité de résolution d’un problème est liée à la position hiérarchique ;
  6. Le changement, c’est faire table rase du passé.
Petites victoires

. Qu’est-ce qu’une petite victoire ?

  1. Elle constitue un résultat tangible. C’est une modification réelle d’une situation qui se traduit dans les faits.
  2. Elle constitue un résultat complet. Le résultat doit avoir une cohérence ; il doit être abouti.
  3. Elle constitue un résultat mis en œuvre de façon collective.
  4. Elle constitue un résultat d’importance modérée.
 . Intérêt d’une petite victoire

Elle réduit l’importance de l’enjeu et le risque pris par son initiateur. Elle réduit les exigences nécessaires pour l’accomplir et elle augmente le niveau de compétence perçu.

Une petite victoire est une initiative miniature qui teste des théories implicites sur la résistance et les opportunités.

 . Petite victoire et opposition

Après chaque victoire, vous avez plus d’ennemis, et toutes choses égales par ailleurs, plus la victoire est grande, plus vos ennemis sont puissants, nombreux et déterminés.

 . Dynamique des petites victoires

Une petite victoire représente un acquis sur lequel on peut capitaliser pour préparer la petite victoire suivante. Les petites victoires sont comme des pierres qu’on empile pour construire un mur.

 Partir de la réalité

. La matière première : les modèles mentaux

Le travail de transformation d’une organisation doit commencer par une remise en question des modèles mentaux qui président à son fonctionnement : croyances, hypothèses, bonnes pratiques, traditions, i.e. tout ce qui concourt à former la vision du monde ou de leur environnement qu’ont les collaborateurs et l’organisation dans son ensemble.

. Agir sur les conflits

Un conflit est simplement une rencontre d’éléments, de sentiments et d’objectifs contraires qui s’opposent. Les conflits peuvent être destructeurs, mais ils peuvent être aussi créatifs.

. Faire avec ce que vous avez

Trois ressources dont vous disposez : 1. Vous-même ; 2. Ce que vous connaissez ; 3. Les gens que vous connaissez et sur lesquels vous allez vous appuyer pour avancer.

. Du grand problème à la petite victoire

Il s’agit d’identifier une ligne où les choses se connectent puis d’agir par petites victoires le long de cette ligne. Celle-ci sera toujours propre au problème posé.

 . Identifier des liens de propagation : quasi-décomposabilité

Ce qui caractérise un système quasi décomposable est donc que si tout interagit avec tout au sein du système, il est néanmoins possible d’isoler certaines parties homogènes qui interagissent faiblement avec le reste. Ainsi isolées, elles peuvent avoir une taille suffisamment réduite pour être l’objet d’une action humaine par petites victoires.

 Coconstruire les petites victoires

Qu’on veuille changer une entreprise, une profession, une administration ou un pays, il s’agit toujours d’un processus social d’intéressement dans lequel ce qu’on développe est l’intérêt des acteurs concernés à faire de la transformation une réussite.

. Articuler l’action individuelle et l’action collective

Lorsque le réseau des parties prenantes intéressées à la réussite de notre projet se développe, on construit une coalition qui pèse de plus en plus, sur des bases solides, car résultant d’actions concrètes.

L’un des intérêts d’ »agir petit » est en effet que l’on obtient plus facilement l’accord des parties prenantes qui ne partagent pas nécessairement vos objectifs généraux : vous visez le plus grand dénominateur commun.

 . Déjouer la rationalisation de l’impuissance

Comme activiste, votre premier travail est donc de redonner aux individus autour de vous le sentiment qu’ils peuvent vraiment faire quelque chose, et obtenir une petite victoire est le meilleur moyen pour y arriver.

Une petite victoire donne le sentiment que le progrès est possible, ce qui augmente la confiance et la motivation pour rechercher d’autres victoires, déplaçant le lieu de contrôle vers l’intérieur.

 . Intéressement et conflits

C’est d’autant plus important que l’on fait plus attention à ce qu’on peut perdre qu’à ce qu’on peut gagner, pour une raison simple : la perte est certaine, massive, immédiate, tandis que le gain est incertain, faible et éloigné dans le temps.

 . Identifier les parties prenantes

Il faut donc voir le réseau des parties prenantes comme un objet en évolution constante en fonction de vos résultats. Ce réseau, qui est votre matière première, doit faire l’objet d’un travail de gestion explicite : recrutement de nouvelles parties prenantes, renforcement des soutiens, neutralisation des oppositions.

 Tactique : allumer le feu

. Critères à respecter pour les victoires visées

Quatre critères pour viser une petite victoire : il faut que le résultat visé soit spécifique, réalisable, immédiat et relié à l’intention générale.

 Les occasions de petites victoires

La question est de prendre conscience qu’un modèle n’est jamais une vérité universelle. Cette prise de conscience permet alors de tester le modèle et de l’ajuster, et c’est là que se construit la petite victoire.

 . Rester dans l’expérience des parties prenantes

Envisager des actions en dehors de l’expérience des parties prenantes est une source d’échec. Cela arrive très souvent lorsqu’un activiste impatient décide une action-choc.

En bref, quand il n’y a pas d’expérience commune, il faut la créer.

 . Les petites victoires sont avant tout humaines

L’ampleur du résultat importe moins que le fait de l’atteindre à deux. En tant qu’activiste, votre stratégie est sociale. Votre véritable cible n’est pas tant le résultat que la création de la relation.

 . Identifier les volontaires

Votre objectif : constituer une société semi-secrète de volontaires qui partagent les mêmes modèles mentaux, et de l’animer pour permettre son développement en dégageant les obstacles sur son passage.

 . Conduire des Post Mortem

Toute initiative, qu’elle se solde en petite victoire ou petit échec, doit faire l’objet d’une analyse de retour d’expérience ou post mortem.

 Stratégique : petite victoire deviendra grande

. Small is big

Le changement disruptif est donc non linéaire, i.e. qu’il commence par une période d’incubation parfois très longue sans effet visible suivie d’une période dans laquelle les effets se cumulent et ont un impact massif.

 . On ne gagne pas forcément en misant gros

Ils deviennent grands par une série de petites victoires qu’ils consolident.

 . Eviter le feu de paille : définir un principe directeur

Le principe directeur est discriminant : il sert à dire non à certaines initiatives, si intéressantes soient-elles par ailleurs. Il sert à économiser l’énergie de l’activiste, mais surtout à donner une cohérence aux initiatives, à les relier entre elles.

 . De la petite victoire à la grande solution : interdépendances

Nous avons proposé qu’au lieu de penser « problème découpé en sous-problèmes de plus petite taille », comme le suggère la pensée analytique, un problème soit plutôt abordé sous l’angle des interdépendances entres ses différents composants, et que l’identification de ces interdépendances soit faite à la lumière des modèles mentaux sous-jacents.

Le système garde une identité globale, mais s’appuie sur un ensemble de sous-systèmes plus ou moins autonomes (aspect local), mais jamais totalement séparés (aspect global).

 Vous comme activiste

. La tragédie d’Ignace Semmelweis

Son échec est aussi celui de son propre modèle mental, qui consiste à penser qu’il suffit d’avoir raison pour que les autres changent d’avis, et qu’il suffit d’avoir les preuves pour les convaincre. C’est la tragédie de la plupart des activistes.

 . Qui êtes-vous ?

L’organisation a besoin d’acteurs qui exposent, testent et ajustent les modèles mentaux en s’incluant dans l’équation, avec humilité, mais aussi avec détermination.

Cinq principes qui peuvent vous guider :

  1. Ne divisez pas le monde en deux ;
  2. Pariez sur la sincérité des autres ;
  3. Examinez le contexte ;
  4. Intégrez-vous à l’équation ; prenez vos responsabilités et demandez-vous ce que vous pouvez faire au lieu d’attribuer la faute à une personne absente ;
  5. Refuser de choisir un camp est le premier pas de l’activiste pour reformuler la question et donner une chance au compromis.
. La posture de l’activiste : colibri ou sanglier ?

En tant qu’activiste, ne soyez pas un colibri ; ne faites pas votre part : inventez-la en fonction de qui vous êtes.

La question de fond pour tout activiste : que puis-je faire à mon niveau, avec ce que j’ai sous la main, susceptible d’avoir un vrai impact ?

 . Deux points de posture

  1. Le choix des actions, qui doivent avoir un impact.
  2. Il s’agit, pour un activiste qui ne veut pas être toxique pour son environnement, d’être au clair sur ses motivations et ses valeurs.
 . Quelle équipe ?

L’apport de l’équipe est de relier la petite victoire à l’ensemble, car sinon celle-ci resterait locale et sans effet réel. L’ensemble est défini par un ou plusieurs principes directeurs, ainsi que par les modèles mentaux de l’organisation : les modèles actuels et les modèles cibles.

 Petites victoires et transformation : conflits et modèles mentaux

. Modèles mentaux et prise de décision

Une façon très efficace d’aborder la transformation est de voir qu’une collectivité, quelle qu’elle soit, est définie par un ensemble de modèles mentaux et que ce sont ces modèles qui constituent le blocage.

 . Priorités

Plus précisément, les modèles mentaux déterminent ce qui va être important et ce qui va être moins important, i.e. qu’ils vont déterminer les priorités des collaborateurs…Voir le management comme une définition de priorités permet d’expliquer des phénomènes difficilement compréhensibles tels que l’échec face à l’innovation de rupture ou la difficulté de se transformer malgré un objectif très clair.

 . Immunité au changement

En fait le comportement le plus général est de se satisfaire d’une situation acceptable, même si elle n’est pas optimale.

Il faut toujours commencer par identifier et par célébrer ce qui a fait la réussite de votre organisation. Une fois cela fait, on pourra identifier les cas où les modes de fonctionnement peuvent être un obstacle à l’innovation…C’est une approche que nous appelons META : Modèles mentaux – Exposer – Tester – Ajuster. C’est l’essence même de l’idée de petite victoire.

 Gérez votre risque

. Ne célébrez pas l’échec

Les entrepreneurs ne célèbrent pas l’échec pour la simple raison qu’ils ont réduit le risque et le coût de celui-ci au point qu’il n’ait plus grande importance. Ce qu’il faut célébrer n’est donc pas l’échec, mais l’action mesurée et prudente ; c’est le principe même des petites victoires.

 N’adoptez pas une vision romantique

Les principes de contrôle de risque évoqués ici peuvent se résumer ainsi : ne faire que des choses que vous savez faire avec les moyens dont vous disposez, réduire l’ambition de chaque initiative jusqu’au point où la réussite est très probable et où le coût de l’échec est acceptable, et cocréer celle-ci avec une ou plusieurs parties prenantes, chacune misant de façon à ce que la perte soit acceptable pour elle-même, afin de pouvoir recommencer en cas d’échec.

 . Petite victoire ne doit pas forcément devenir grande

Réfléchissez bien à l’intérêt de pousser votre série de petites victoires à un niveau plus élevé.

 . Risque d’impatience des dirigeants

Avoir un plan permet de leur donner le change, a minima. Le rôle politique de l’équipe est d’acheter du temps par tous les moyens pour laisser les petites victoires commencer à produire leurs effets.

Le « monde d’après » ou la bataille des modèles mentaux

. Changement et identité

Le changement disruptif remet en question l’identité des individus et du collectif…Plus le changement est important, plus cette remise en cause est profonde, et plus les individus vont essayer de s’en protéger.

 . L’enjeu : échapper aux modèles tout faits

Chacun avance dans « l’après » en restant bien au pied de son propre lampadaire intellectuel. Alors qu’une crise devrait être l’occasion de revoir ses modèles mentaux, elle est souvent plutôt l’occasion pour chacun de les renforcer et de compter ses troupes.

 . Renforcement des modèles mentaux face à la crise

Dans cette situation, l’approche par petites victoires permet de faire naître des alternatives locales qui seront prêtes à devenir globales lorsque les actuels modèles dominants ne seront plus défendables.

 . Contrôler la narration avec les modèles mentaux

Outre la gestion de l’événement lui-même, la clé dans une période de rupture va donc consister à gagner la bataille de la narration, celle des modèles mentaux, pour faire accepter le sens que l’on va donner à l’événement.

Petites victoires et grands changements

. Trois critiques de l’approche par petites victoires

  1. Une approche limitée dans son impact ?
L’approche incrémentale peut conduire à un grand changement à deux conditions : d’une part, elle doit reposer sur le changement des modèles mentaux ; d’autre part, elle doit être guidée par un principe directeur (modèle mental cible, qui permet de relier les petites victoires à une intention générale).
  1. Une approche contre-indiquée en situation de rupture ?
Le principe même de l’approche par petites victoires est de produire des résultats tangibles dès sa mise en œuvre. L’approche est donc beaucoup plus robuste.
  1. Un biais d’action hostile à l’analyse ?
L’essence de l’approche par petites victoires est l’interaction, i.e. une action avec des parties prenantes engagées, et non l’analyse…Procéder par petites victoires est le meilleur moyen de vraiment résoudre ces problèmes.

 . Les petites victoires permettent de résoudre le dilemme de l’innovateur

Le choix de l’innovateur est entre compromettre son activité actuelle, un risque certain, massif et de court terme, et compromettre son futur marché, un risque moins certain, de moindre importance et d’horizon plus éloigné.

En substance, la rupture correspond à des modèles mentaux alternatifs qui sont toujours considérés comme mineurs au début. D’où l’intérêt de loger l’activité de rupture dans une petite structure et de lui laisser le temps de grandir.

 . Les petites victoires, une stratégie complémentaire à d’autres approches

La stratégie des petites victoires est une stratégie additive ou complémentaire. Elle n’empêche pas les grands projets par ailleurs.

Conclusion

Le changement est coconstruit. Il vient du pouvoir, et le pouvoir vient de l’organisation. En tant qu’activiste, vous devez vous organiser pour créer une coalition autour de vos modèles mentaux alternatifs, et vous le faites par une série de petites victoires que vous déterminez en cours de route selon l’évolution de la situation.

C’est une petite victoire, mais elle est à votre portée, et c’est par elle qu’il faut commencer.

 

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Tout est calme, seules les imaginations travaillent, Chroniques d'histoire de Emmanuel de Waresquiel - Tallandier

Émetteur du résumé: François C.

Tout est calme, seules les imaginations travaillent : chroniquesL’Histoire ne se répète pas et pourtant elle est toute remplie d’échos, de reflets, de réminiscences et de rumeurs.

« M. Gide, où en sommes-nous avec le temps? » Les réseaux, l’Internet, le téléphone portable, la réalité virtuelle, bientôt l’intelligence artificielle et les objets connectés renforcent et renforceront encore un peu plus ces nouveaux rapports au temps dans lesquels nous vivons.

Deux siècles de laïcité Notre laïcité, faute de se sentir assez forte ou faute d’être comprise, n’existe plus que dans les invectives et les interdits…C’est bien grâce à sa diversité et jusque dans ses contradictions que l’Histoire peut parfois nous éclairer.

Coquillages et crustacés A force de ne pas aimer nos représentants, on en oublie qu’en France, la politique et la gastronomie ont toujours fait bon ménage.

Je préférerai toujours la bonne cuisine aux arrière-cuisines nauséeuses de la délation et de l’envie.

La guerre d’Algérie : un drame français La conscience, c’est ce qui reste lorsque le drame est consommé. Personne ne peut nous la ravir. Certains préfèrent celle des vainqueurs, d’autres celle des vaincus.

Parlez! Parlez! La propension propre aux régimes démocratiques à se muer en machines administratives et à produire, comme on aurait la courante, autant de décrets, de directives, de circulaires au nom de l’utilité sociale quand ce n’est pas par calcul politique.

A la vérité, nous sommes mauvais perdants. La gloire et le panache des mots nous font merveilleusement oublier nos erreurs et tout simplement notre incapacité à agir. Nous avons la défaite glorieuse.

Mon bureau des légendes A force de miroirs, nos vies en viennent à disparaître. Après tout, Narcisse n’y a pas survécu. C’est peut-être à cause de cela que le secret nous fascine tant. Comme si nous voulions nous sauver de l’universelle transparence par l’ombre et les mystères, des vies à double fond, la peau des masques et des légendes.

Le ministère de la Morale Nous voilà à l’ère du révisionnisme à tous les étages, comme autrefois le gaz. Cela ne s’appelle pas officiellement de la censure, cela relève d’un absurde principe moral qu’on voudrait appliquer au nom des « minorités humiliées » jusqu’à notre aptitude à comprendre, jusqu’à notre droit à connaître le passé.

Bonaparte et Monsieur Macron Mais ce qui les sépare sans doute le plus radicalement, c’est le jeu et le poids des opinions, celui des institutions, des administrations, des procédures et des lois, sans même parler de la place de la France dans le monde.

Ecrire une vie La recherche, les questions et l’analyse d’un côté, l’écriture et le récit de l’autre avec ce que cela comporte de choix, d’arbitraire, d’effets de surprise, de vitesse et de lenteur.

Le pari biographique passe autant par l’apprentissage du temps que par le plaisir d’écrire. Il constitue pour l’historien et son lecteur le plus beau des paradoxes.

Une foule de morts La guerre de 1914, elle, aura enseveli avec ses morts une société paysanne et bourgeoise séculaire, aristocratique aussi par certains aspects, et qui n’allait pas lui survivre. Un monde d’avant.

« Comment respirer au milieu de tant de haines? » s’interroge déjà Zweig en 1914. Toute l’histoire du XXème siècle se résume presque à cette question, comme si l’on avait dessiné à l’aveugle et pour plus d’un demi-siècle une vertigineuse diagonale du fou.

Solitude du pouvoir On ne comprend plus rien d’un président qui tour à tour se dérobe et s’expose. On lui prête des pouvoirs d’essence quasi monarchique et, en même temps, puisque, par le suffrage universel, il émane de la souveraineté du peuple, on répugne à le voir exercer le pouvoir en solitaire.

C’est peut-être dans ces moments-là que l’un et l’autre ont su que leur fonction les dépassait absolument, au point qu’ils ne s’appartenaient plus. La transparence et les médias n’y changeront rien. Le style et la manière des uns comme des autres non plus. La solitude demeure.

L’ère du soupçon C’était oublier un peu vite qu’il n’est pas d’Etat, fût-il démocratique, sans ombres et sans silence.

C’est que le soupçon a trouvé de nouvelles raisons de s’épanouir grâce à la multiplication des réseaux sociaux et à la tyrannie grandissante de l’émotion, qui sont autant de pièges auxquels nos démocraties se font prendre.

Mélancolie des ronds-points Il y en a près de 50 000 en France…Six fois plus qu’en Allemagne, dix fois plus qu’aux Etats-Unis.

Tout cela respire la mélancolie du vide et de l’inanité. Après tout, les ronds-points sont des no man’s land contrariants où l’on ne fait que passer.

Bref, à eux seuls, les ronds-points dont on a beaucoup entendu parler ces temps-ci sont un symptôme de notre schizophrénie. Ils coûtent cher, ils défigurent le pays et on se surprendrait presque à y voir une métaphore de la France qui tourne en rond.

Du jaune et de quelques autres couleurs A chaque époque, à chaque régime, à chaque révolte ses couleurs. Très bien. Seulement, depuis deux cents ans, la liberté, l’égalité et la fraternité ont bon dos. Je ne sais pas quelle est la couleur de la patience mais on devrait en trouver une. La République a des airs de vieille dame grise. C’est Apollinaire qui a raison : « Comme la vie est lente / Et comme l’Espérance est violente. »

Nos princes ont un visage Des portraits qui nous en disent aussi beaucoup sur la nature du pouvoir monarchique et sur ses légitimités. C’est moins l’homme que sa fonction qui est représentée ici. Les regalia -le sceptre, la main de justice et la couronne- représentent les trois pouvoirs : l’exécutif, le législatif et le judiciaire, confiés par Dieu au roi, qui caractérisent l’unicité de son commandement mais aussi son pouvoir thaumaturgique, son devoir de guide et de protecteur.

En grève ! Il n’y a pas d’autres pays que le nôtre où la politique s’est faite aussi souvent dans la rue et se mesure encore aujourd’hui à la longueur de ses cortèges.

Ce « pays-ci », comme on le disait de la cour sous l’Ancien Régime, demeurera longtemps le pays des songes. Exaltés, contradictoires, meurtris. Et, parfois, ce sont les songes qui l’emportent.

Les extrêmes se touchent En tout cas les deux côtés ont un ennemi commun : le centre modéré, progressiste, social libéral et européen. Décidément, « les extrêmes se touchent ».

En 1783 déjà, la noblesse d’un côté, la bourgeoisie de l’autre, tout à leur haine de ce qu’on appelait alors le « despotisme ministériel », avaient été jusqu’à oublier leurs différences en une improbable alliance qui avait conduit tout droit à la révolution.

Délit de fuite Il y aura désormais le Ghosn de la vie et celui de la légende.

Si Le Comte de Monte-Cristo est si réussi, c’est parce que Alexandre Dumas a su inventer Edmond Dantès quelque part entre le sommeil éternel de la prison et le rêve éveillé de la liberté, entre l’ombre et la lumière, le complot et sa résolution.

Les « mots de la tribu » A force de nous complaire en groupe dans les mêmes idées, les mêmes certitudes, nous finirons par perdre le sens de l’altérité et le goût de la contradiction. Les autres, c’est nous-même, dans une spirale sans fin d’autisme et d’enfermement.

Le rire est toujours salutaire. Il est notre politesse du désespoir. Ceux qui le pratiquent savent dire le pire pour mieux conjurer nos peurs. Nous en aurions bien besoin en ce moment. Ionesco le remarquait déjà après la guerre : « Où il n’y a pas d’humour, il y a des camps de concentration. »

Voir et rêver le monde Il n’y a pas de peur ni de morts dans les atlas, seulement du silence et des signes. J’ai toujours été fasciné par les cartes. Elles racontent une histoire et disent des choses oubliées. Ce sont des objets magiques qui permettent en quelques centimètres carrés de voir le monde et de le posséder.

La forêt, la gauche, la droite On ne dit pas assez que les forêts françaises ont doublé de surface depuis cent cinquante ans.

La France comptait 15 000 scieries en 1960, 1500 aujourd’hui. Il nous faut donc mieux produire. C’est là que le bât blesse.

Ce qui reste est toujours ce qui nous échappe, la forêt des songes, des présages et des sortilèges, celle du temps aboli, « la cité des arbres », « le grand large des bois », comme dirait Gracq. La seule chose qui compte vraiment.

Un voyage en Provence Je donnerais bien la moitié de ma vie pour voyager comme autrefois. L’excitation des départs, le plaisir de l’arrachement, les chemins de traverse, les hasards et la surprise ne font plus partie de nos vies.

La lenteur des voyages, les hasards, l’étrangeté ont toujours été pour moi synonymes de sensualité et d’heures abandonnées.

Les plus beaux voyages sont les voyages imaginaires.

Le juge, le censeur et les indics Ce qui différencie le signalement de la dénonciation et la dénonciation de la délation n’a bien souvent que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette et cette épaisseur-là tient tout entière dans notre jugement.

Le problème c’est que toutes nos grandes crises politiques ont charrié avec elles leur lot de haines, d’idéologies, de rancunes et de jalousies.

J’ai toujours eu de l’affection pour ceux qui aux plus détestables moments de notre histoire ont eu le courage de se lever contre la « vertu » surveillante.

Vous avez dit Brexit? Je comprends pourtant les Anglais et je me surprendrais presque à devenir proche d’eux lorsque j’observe de l’autre côté de la Manche, mon pays des gilets jaunes, des normes, de la peur, des blocages et des râleries, tout ce à quoi ils échappent en partie.

Deux cathédrales Notre capitale est pleine de monuments qui nous rappellent nos guerres et nos divisions…Notre-Dame de Paris est le contraire de tout cela. Tout s’est passé dans notre histoire comme si nous avions voulu déposer à ses portes nos haines et nos rancunes.

La bêtise et la négligence ordinaire font parfois plus de ravages que toutes les haines du monde.

Une paix pour rien? Et de Gaulle d’évoquer lui-même « cette flamme d’ambition nationale, ranimée sous la cendre au souffle de la tempête », avant d’interroger sans transition, en visionnaire inspiré, la tragédie de la paix : « Comment la maintenir ardente quand le vent sera tombé? »

Vieux papiers, vieilles affiches Aujourd’hui, nous avons le verre, l’acier, les panneaux JCDecaux et l’affichage électronique sans invention ni superflu. Toutes ces choses anciennes du siècle passé n’existent plus. Elles ont le charme fragile des traces et du temps. Peut-être les aimons-nous parce qu’elles tapissent encore le fond de nos souvenirs.

Le plaisir de l’archive inédite Ouvrir un carton d’archives, défaire le lien de soie ou la ficelle qui tient ensemble la liasse des documents que l’on va lire, tout cela a quelque chose à la fois du rite d’initiation et de l’opération alchimique.

La séparation d’avec le temps, l’amnésie, l’oubli ont des allures de morgue et de charnier.

Champion du monde Heureusement, il nous reste en France les parfums, les vins et la cuisine. Ah! La cuisine! Elle survivra, j’en suis sûr, à tous les virus. Depuis que la gastronomie française a été inscrite par l’Unesco (en 2010) au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, nous ne nous sentons plus d’aise, comme disait La Fontaine de son corbeau.

La France des angles morts Ce genre de moments tient à peu de chose : une porte qu’on ouvre, la pénombre, l’inattention, le choc et la surprise. Quand parfois l’Histoire rencontre la vie, dans la confusion de ses traces et la conviction que dès lors nos questions ne seront plus les mêmes.

Nos « 18 juin » Il y a des dates comme cela, où les événements se télescopent et se bousculent comme s’ils avaient choisi d’advenir le même jour. Le 18 juin est de celles-là, tel un aimant qui attirerait à lui depuis des siècles le meilleur et le pire de nos vieilles querelles.

« L’Histoire, c’est la rencontre d’une volonté et d’un événement », disait encore de Gaulle. Nous savons bien qu’elle est beaucoup plus que cela, mais parfois, à certaines dates, en faisant de nous les héritiers de ce que nous avons de plus précieux et dont nous nous souvenons à peine : la résistance et la liberté, elle prend des allures de parabole : « Qu’as-tu fait de tes talents? »

L’adieu au cavalier Il y aura toujours des « dernières fois ». Il y aura toujours des écuyers noirs à cheval pour hanter nos souvenirs. Je les salue en cavalier. « Calme, en avant, droit. »

La dette et nous (Italie et France) Nous ne partageons pas seulement avec nos amis italiens ce que nous avons de bien : la littérature, les arts et la peinture. Nous sommes si proches que nous avons aussi les mêmes défauts : une certaine désinvolture vis-à-vis de l’argent public et une capacité non moins certaine à nous endetter sans nous en soucier plus que de raison.

Molière parmi nous Les Tartuffe, les Harpagon, les Alceste, les Jourdain sont toujours là. On les croise matin et soir.

Molière est certainement un bon sujet de biographie, mais c’est surtout lui le biographe, et parmi le meilleurs.

Les îles de mon enfance Les métamorphoses ont leurs lieux et ces lieux ont une histoire. L’eau entoure à nouveau le Mont, mais qui se souvient encore des treize longs siècles de résistance de ce rocher héraldique posé tout droit sur la mer? Le temps, comme nos démons, change si souvent de visage!

La République, le pardon et l’oubli Nos démocraties essoufflées, mal protégées des nouveaux pouvoirs théocratiques, de plus en plus interrogées et malmenées par les réseaux sociaux, sont en crise…Nous avons oublié que si, depuis deux cents ans, nous sommes arrivés à résoudre certains de nos conflits, c’est par les voies difficiles et délicates de l’oubli. L’amnistie nous a longtemps tenu lieu d’absolution.

Nos cousins italiens Les Italiens nous doivent peut-être un peu, nous leur devons infiniment plus. Cela tient à l’air qu’ils respirent, à leur facilité d’être avec les autres, au besoin qu’ils ont de vous rendre heureux, au phrasé et au son de leurs voix. Sans eux, nous ne serions pas tout à fait ce que nous sommes. Cela n’a pas d’âge. C’est peut-être cela, la civilisation.

Qui sont les traîtres? Voyez Talleyrand On n’a pas compris que, toute sa vie, Talleyrand a essayé de faire en sorte que la machine de l’Etat verse le plus doucement possible. On n’a pas compris non plus qu’il a œuvré pour sa grandeur une fois passées les crises, mais avec des méthodes et un état d’esprit hérités de l’Ancien Régime, parfaitement étrangers aux hommes du XIXème siècle et, ce faisant, du XXème siècle. La modération, le compromis, la négociation en lieu et place de l’affrontement, la temporisation et, au bout du compte, si cela se révèle vraiment nécessaire, le double jeu.

Virus Quand la mort approche, la littérature n’est jamais loin. Nous n’en sommes plus là, nos victimes sont moins nombreuses, et pourtant les épidémies sont aux hommes ce que l’Histoire est à la folie. La médecine n’y peut rien et la raison s’en fiche. On avait peur en 1348. On aura peur quand cela recommencera.

Une épidémie de mots Avec ça, vous êtes prévenus, nous sommes en guerre. Bref, lavez-vous les mains de toute cette bouillie pour les chats si vous le voulez. Mais franchement, si vous n’avez pas envie de vomir, c’est que vous êtes contaminés.

C’est la rentrée! Notre ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a des airs de général en chef obsédé par le vertige de la défaite et du déclassement. Il n’est plus question que de plans « ultra-volontaristes » contre le décrochage scolaire, d’« aides personnalisées » et « d’évaluations » obligatoires.

Un roi sans divertissement Mais après quarante ans de règne et une abdication (en 2014, en faveur de son fils), le vieux monarque « émérite » Juan Carlos est nu, terrassé par son inconstance et sa cupidité. Peut-être, au fond, avait-il fini par s’ennuyer d’être roi. Les démocraties veulent bien qu’on les sauve. Elles ne tolèrent plus les écarts.

Rêverie dans une librairie Je poussais la porte d’une librairie comme d’autres seraient entrés dans une chapelle. C’était pour moi un acte de foi et presque une communion. Ce l’est encore aujourd’hui.

Fractures françaises Il faut passer par l’histoire si l’on veut saisir toute la complexité des fractures qui nous habitent, jusqu’à nous traverser individuellement de part en part.

Les paradoxes de 1789 sont innombrables : entre les intérêts et la vertu, l’ombre et la lumière, la transparence et le secret, le centre et la périphérie, la rue et la représentation. Ce qui n’est pas visible nous atteint souvent plus que ce qui l’est. Et ce qui est invisible appartient à l’Histoire. Un préfet de la Restauration a tout dit de cela dans l’un de ses rapports en 1821, alors qu’il évoquait Napoléon et sa légende : « Tout est calme. Seules les imaginations travaillent. »

Où sont nos années folles? Les grandes crises ont toujours été suivies de bouleversements sociaux. Elles font des perdants et des gagnants, des pauvres et des riches, ceux qui rattrapent le temps perdu et ceux qui restent au bord du chemin. Elles changent les mœurs et les mentalités.

Le grand vide des périodes d’après-guerre, leur absence de sens, le malaise d’une génération entière ont toujours senti le soufre et le fagot.

L’automne, ma saison mentale Si les saisons avaient une couleur politique, je mettrais volontiers le printemps à gauche et l’automne à droite. Pas la droite du progrès, celle des écrivains, des minutes de sable et des souvenirs. L’automne a toujours eu pour eux des airs d’apocalypse et de fin du monde.

Les héros romantiques meurent presque toujours en automne. C’est la saison des défaites, le chant du cygne des vaincus.

S’il restait aujourd’hui un lieu pour les poètes, ce serait en automne.

L'économie de demain, les 25 grandes tendances du XXIe siècle de Bastien Drut-De Boeck Supérieur (Actualités)

Émetteur du résumé: François C.

L'économie de demain ; les 25 grandes tendances du XXIe siècle1- La population vieillit 42 ans et demi : âge médian des Européens en 2020.

2- La population mondiale croît de moins en moins vite Elle pourrait atteindre son pic en 2064.

3- La croissance économique est plus faible La croissance et quatre « vents contraires » : la démographie, l’éducation, les inégalités et la dette publique.

4- Les taux d’intérêt sont durablement bas

5- Le coût du changement climatique augmente rapidement En 2100, le PIB par habitant sera in fine inférieur de 23% à ce qu’il aurait été sans changement climatique.

6- La transition énergétique commence 26,9% : part des énergies renouvelables dans la génération d’électricité au niveau mondial en 2019.

7- La biodiversité est en danger 25% : part des espèces animales et végétales connues qui sont menacées.

8- Le plastique envahit la Terre 9% : part des 8300 millions de tonnes de plastique vierge produit sur la période 1950 – 2015 qui a été recyclée.

9- La mondialisation s’essouffle 2008 : année où le commerce international a atteint son plus haut niveau.

10- La mondialisation est contestée Cela amène et amènera de plus en plus au rejet d’accords commerciaux, ou à leur renégociation.

11- Les migrations sont plus nombreuses 272 millions ; nombre de migrants internationaux dans le monde en 2019.

12- L’urbanisation se poursuit 55,7% : part de la population mondiale vivant dans les zones urbaines en 2019 (39,3% en 1980).

13- Les inégalités ont augmenté dans les pays riches Fin 2019, la moitié de la population américaine la plus pauvre ne détenait que 1,4% du patrimoine total des Américain. Les 1% les plus riches détenaient à eux seuls 32,7% du patrimoine total.

14- Les inégalités ont reculé au niveau mondial 9,2% : part de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 dollar par jour en 2017. Elle était de 43% en 1980.

15- Le concept de revenu universel émerge lentement

16- Les employés ont perdu de leur pouvoir de négociation 9% : taux de syndicalisation en France en 2018 ; il était de 23% en 1975.

17- Les compétences recherchées changent rapidement 80 millions d’Européens dont les compétences ne sont pas en phase avec leurs emplois (OCDE)/la formation tout au long de la vie pour remédier à l’obsolescence des compétences.

18- La dette est de plus en plus élevée 124% : ratio dette sur PIB des pays développés pris dans leur ensemble en 2020.

19- Les banques centrales « monétisent » la dette publique 1850 milliards d’euros : montant de titres que l’Eurosystème a annoncé qu’il pourrait acheter d’ici mars 2022.

20- La monnaie se digitalise L’ “euro numérique” pour la zone euro.

21- Le dollar, hégémonique, est sans concurrent 61% : part des réserves de change mondiales libellées en dollars en 2019, alors que les USA ne représentaient que 15% du PIB mondial.

22- La digitalisation s’accélère 2 heures et 12 minutes : temps moyen passé chaque jour par les Français sur Internet en 2019.

23- Les géants du numérique sont en position de quasi-monopole Les systèmes d’exploitation Android et iOS sont présents, à eux deux, sur plus de 99% des smartphones dans le monde.

24- La lutte contre l’évasion fiscale se met en place 500 à 600 milliards de dollars : manque à gagner pour les gouvernements chaque année.

25- La finance responsable prend son essor 258 milliards de dollars : montant d’obligations vertes émises au niveau mondial en 2019.

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