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Verbatims et recommandations...

La nouvelle guerre des étoiles de Vincent Coquaz et Ismaël Halissat

Émetteur du verbatim: François C.

La nouvelle guerre des étoilesPourquoi note-t-on ? D’où vient ce mouvement de fond ? Quelles sont les véritables conséquences pour les notés et pour les noteurs ? Les notes sont-elles aussi neutres et objectives qu’elles le paraissent ? En tant que citoyen, peut-on s’opposer à un tel système ?

1. L’épouvantail chinois

Le point de départ du crédit social chinois est de faire en sorte que les lois et les décisions de justice soient respectées.

Le projet de crédit social…porte évidemment en lui les germes de potentielles pratiques totalitaires très inquiétantes. Mais aujourd’hui, à l’échelle du pays, il n’existe pas de système de notation punitif, connecté et généralisé, que ce soit d’origine gouvernementale ou privée.

En termes de capitalisme de la surveillance, la Chine va sûrement progresser rapidement, mais pour l’instant les Etats-Unis ont plusieurs longueurs d’avance.

2. Depuis 1540, noter pour classer

La solution retenue par les jésuites pour y parvenir ? La compétition permanente et acharnée entre élèves. Les notes sont nées.

Et même si on se pose la question, de toute façon la note est notre langue commune. C’est même la définition du fait social : quelque chose qui s’impose collectivement à nous et dont on ne peut s’émanciper.

3. Les autres étoiles de la restauration

TripAdvisor ne demande pas l’avis des restaurateurs quand il s’agit d’être recensé ou non sur son site. Xavier Denamur…a entamé une procédure judiciaire afin de retirer ses cinq établissements de TripAdvisor quand la plupart de ses concurrents se battent pour y figurer en bonne place.

Dès 2014, l’entreprise australienne Dimmi permettait aux restaurateurs de noter les clients sur la nature de la commande, le montant du pourboire, le temps passé à table ou même le physique de la personne.

Les restaurateurs sont nombreux à appeler de leurs vœux une notation généralisée des clients…Ils pourraient dès lors choisir les clients les plus rentables.

4. Dans la fabrique à fausses notes

Ces trois femmes sont en quelque sorte grossistes en faux commentaires Amazon.

Il ne fait aucun doute que des milliers de faux commentaires et de fausses notes sont déposés chaque jour sur Amazon grâce à ces méthodes frauduleuses. Malgré 20 ans d’expérience, la plate-forme américaine passe à côté.

Si les vendeurs se donnent autant de mal pour obtenir de bonnes notes ou faire supprimer les mauvaises, c’est parce que la note moyenne est l’indicateur déterminant utilisé par les consommateurs pour faire leur choix d’achat en ligne.

Sous un vernis d’authenticité, plusieurs indices incitent à douter qu’il s’agisse de vrais tests, indépendants et rigoureux, qui permettraient de se faire une idée de la qualité du produit.

Dans les faits, le but semble surtout d’inonder les sites marchands et les plates-formes de notes et de commentaires positifs.

5. Le travail à coups d’étoiles

De 1 à 5, de 1 à 4 ou de 0 à 10. Par petites touches, la notation par le consommateur s’est immiscée dans l’industrie des services…Ce système de notation par les clients qui se généralise dans les entreprises françaises a souvent, en bout de chaîne, une conséquence financière ou disciplinaire pour les salariés.

Au fur et à mesure de notre enquête, une question à propos des salariés demeurait : d’où vient cette passion des entreprises pour la notation ? Et pourquoi les formulaires de satisfaction de ces entreprises, d’Orange à SFR en passant par Darty ou Citroën, étaient-ils si semblables ?

6. NPS, le règne du « Bullshit »

Trois lettres pour Net Promoter Score. En français : score net de promoteurs…Dans ce système, défiant toute logique mathématique, un 0 équivaut donc à un 6. Un résultat global est calculé en soustrayant le nombre des promoteurs à celui des détracteurs. D’où l’appellation « score de promoteurs net ».

Dans la foulée de ette première démonstration, le Net Promoter Score va être breveté, décliné, avec toute une série de produits annexes.

7. 360 degrés de notes

Comme pour le client, plusieurs entreprises demandent désormais aux salariés de noter leurs collègues ou leurs supérieurs hiérarchiques.

 (Ernst & Young) Chaque consultant est désormais évalué par « toutes les personnes avec lesquelles il travaille » de façon anonyme : « Son manager. Ses pairs. L’équipe encadrée par le manager. L’assistante. »

 Une autre entreprise, décidément accro à la notation, a totalement intégré le « feed back permanent » à son quotidien : Amazon.

8. Du privé au public

Les données collectées sont regroupées sur le site resultats-services-publics.fr lancé en juin 2019. Parmi les administrations concernées, on retrouve déjà les données des organismes de Sécurité sociale chargées de la famille, de la vieillesse, de la maladie…Mais aussi de Pôle Emploi, des forces de sécurité, des préfectures ou encore des tribunaux.

9. Le chantier de la santé

Cette invasion de la notation touche également la médecine de ville. Et ce n’est pas l’Etat qui est à la manœuvre cette fois, mais un acteur privé incontournable : Google.

 Les étoiles Google sont sûrement ce qui se fait de pire en matière de notation en ligne : modération minimale, aucune vérification d’identité ou de la réalité de la prestation (n’importe qui peut commenter, même sans avoir jamais rencontré le médecin en question) dans l’anonymat le plus total. Un Far West de la notation.

10. Souriez, vous êtes (secrètement) notés

Grâce à un algorithme opaque, Dift propose d’attribuer un score de fiabilité sur une échelle de 1 à 100 à tous les utilisateurs d’Internet, en analysant jusqu’à « 16 000 signaux et données personnelles ». Selon l’entreprise, l’objectif est de déterminer si vous êtes un client ordinaire, un dangereux arnaqueur ou encore un robot…

Experian, une multinationale basée en Irlande et spécialiste de l’analyse de données, a développé un produit nommé « Mosaic ». Cet outil permet la segmentation de la quasi-totalité des consommateurs français.

Bien d’autres entreprises « ont développé des technologies permettant de noter la « valeur » d’une personne en utilisant des informations comme son historique de navigation, de recherche, sa localisation, mais aussi l’utilisation de certaines applications mobiles, son historique d’achat en ligne ou ses amis sur les réseaux sociaux » développe le chercheur autrichien Wolfie Christl, spécialiste de la protection des données personnelles.

« De façon très conservatrice, le calcul algorithmique reconduit l’ordre social en ajoutant ses propres verdicts aux inégalités et aux discriminations de la société : les mal notés seront mal servis et leur note en deviendra plus mauvaise encore. » Dominique Cardon

Epilogue SABOTAGE

Tout système de notation est problématique parce qu’il enfonce les mauvais et les médiocres, alors qu’on pourrait considérer qu’il faut aider ceux qui en ont le plus besoin. C’est un système fait pour désigner les moins bons.

Cette idée de démocratisation par la note est pourtant fallacieuse. Concernant les avis en ligne, toutes les études montrent la « très inégale participation des internautes » : une toute petite fraction des consommateurs note, quand la grande majorité consomme passivement. Fatalement, ceux qui commentent ne sont pas représentatifs de la population.

La notation en ligne a surtout pris une importance démesurée : nous avons accepté que des systèmes opaques ordonnent des pans entiers de notre vie. Les algorithmes utilisent la note pour connaître nos goûts et nos dégoûts, pour classer et trier ce que l’on voit, ce que l’on achète. La facilité avec laquelle ces notes peuvent être manipulées, par des personnes malintentionnées ou par ses concepteurs mêmes qui peuvent modifier critères et pondération à leur guise, devrait nous amener à prendre de la distance.

De toute évidence, cette nouvelle guerre des étoiles ne fait que commencer.

 

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Reset Quel nouveau monde pour demain ? de Marc Touati - Bookelis

Émetteur du verbatim: François C.

ÉPISODE I : Une récession historique

1. Que savons-nous vraiment ?

Tôt ou tard, il faudra payer la facture…avec, au bout du chemin, des risques élevés d’instabilité sociale et sociétale.

Faire des prévisions sur la base des fondamentaux économiques est presque devenu impossible. Pour la bonne et simple raison que tous nos repères ont disparu et que tout devient envisageable.

2. La plus grave récession depuis le krach de 1929.

Le PIB de la zone euro a chuté de 12,1% au deuxième trimestre 2020, enregistrant un glissement annuel de – 15%, qui est évidemment un plus bas historique.

3. Après le plongeon, une reprise en V est-elle possible ?

4. Pas de retour à la normale avant 2025…

. la fin du confinement sera très progressive ;

. de nombreux secteurs d’activité continueront de souffrir fortement et durablement (tourisme, hôtellerie, restauration, transports aériens, aéronautique, automobile, l’événementiel, ou encore le luxe) ;

. le nombre d’entreprises en faillite risque d’être considérable ;

. les taux d’intérêt des obligations d’Etat devraient augmenter significativement ;

. les Etats et les banques centrales ayant déjà utilisé toutes leurs cartouches…n’auront guère de marges de manœuvre pour relancer massivement la machine par la suite ;

. plus la chute est importante, plus la remontée est difficile.

Le redressement de l’économie hexagonale sera particulièrement lent et chaotique…En d’autres termes, nous risquons désormais de payer des décennies d’erreurs stratégiques et de déni de réalité.

5. Etats-Unis, Europe, Chine : Qui sera le grand perdant de la crise ?

Déjà empêtré dans une dette publique bien plus extravagante que celle de la Chine, le bloc USA-Europe risque alors de très vite déposer les armes.

Dans la mesure où l’U.E. est tout sauf unie, il est fort probable que cette dernière soit, comme d’habitude depuis 25 ans, le « dindon de la farce »…En outre, dans la mesure où l’Italie, la Grèce, voire l’Espagne et la France étaient déjà en situation de quasi-faillite avant le drame du Coronavirus, que vont-ils devenir au cours des prochaines années, avec des dettes publiques de plus de 150%, voire 200% du PIB.

6. Chine : le grand bond en arrière ?

Les pays émergents sont bien devenus les nouveaux « maîtres du monde » économique et financier. A leur tête, un leader sans égal ne cesse de surprendre par son dynamisme et sa résistance : la Chine.

La Chine ne veut plus se contenter d’être le leader du monde émergent, elle veut aussi dominer l’ensemble de la planète, tant d’un point de vue économique que financier ou encore politique et militaire.

7. Les pays émergents en danger.

Les pays émergents entrent dans un cercle pernicieux effroyable : chute de l’activité mondiale, écroulement des commandes en provenance du reste du monde, assèchement des financements internationaux, effondrement de l’investissement, flambée du chômage, appauvrissement global de l’ensemble de la société, malnutrition, aggravation de la crise sanitaire…

Sur les trente pays les plus pauvres du monde (selon ce critère du PIB par habitant), vingt-cinq sont africains.

EPISODE II : Le nouveau monde sera-t-il meilleur que l’ancien ?

8. Vers la fin de la mondialisation ?

A l’image de la décroissance, la supression du libre-échange n’a aucun sens économique, si ce n’est le désordre social et sociétal.

Oui, la mondialisation doit être repensée, mieux encadrée et certainement freinée pour éviter les excès passés. Dans ce cadre, elle sera améliorée, moins débridée, avec des règles plus claires et généralisées à l’ensemble des pays de la planète. Et ce, en particulier en matière sanitaire, fiscale, mais aussi démocratique.

9. Quid de la relocalisation ?

Ces 115 miliards d’achats stratégiques -actuellement importés- englobent 58 catégories de produits appartenant à cinq secteurs : la santé/pharmaceutique, l’agroalimentaire, l’électronique…et les industries de transformation des matières premières et d’emballage.

La clé de la réussite de l’après-crise réside dans la capacité de la France et de ses entreprises à devenir leaders dans les technologies et les industries du futur.

10. Doit-on craindre le retour de la forte inflation ?

Les risques d’avènement d’une forte inflation et a fortiori à deux chiffres sont extrêmement faibles, voire inexistants…Pour au moins six raisons :

Le vrai danger réside dans la flambée des prix des actions, des obligations ou encore de l’immobilier.

11. La décroissance, non ! La croissance écologique oui !

Sans croissance, il n’y a pas d’emploi…Autrement dit, si la révolution verte doit passer par la décroissance, le chômage et la crise sociale, il y a clairement un problème de durabilité et tout simplement de faisabilité. D’ailleurs, n’oublions pas que dans l’expression « dévelopement durable », il y a « développement ».

12. La fin du roi pétrole…

Ne l’oublions jamais : le véritable moyen de freiner l’augmentation excessive des cours des matières premières réside principalement dans la capacité à innover et à engager le monde dans une double révolution technologique : celle des NTE (Nouvelles Technologies de l’Energie) et celle des NTA (Nouvelles Technologies de l’Agro-alimentaire).

13. Secteurs d’activité : quelques gagnants et beaucoup de perdants.

Les espaces numériques dédiés aux conférences vidéos et webinaires en tous genres ont de très beaux jours devant eux.

Les réactions en chaîne de la pandémie doivent donc vraiment être prises au sérieux : tourisme en chute libre, effondrement du trafic aérien, descente aux enfers des compagnies aériennes, aéroports à l’arrêt ou presque, consommation énergétique en berne, constructeurs aéronautiques en grande difficulté…

Autres perdants de la crise : toutes les industries de l’événementiel, des spectacles, du cinéma, des parcs d’attraction, mais aussi de l’automobile, de la mode, du luxe ou encore de l’immobilier de bureau.

14. GAFAM : trop puissantes, donc trop dangereuses ?

Déjà excessivement puissantes avant cette crise, les entreprises du numérique ont renforcé leur domination qui est d’ailleurs devenue hégémonique.

Au total, la « valeur » boursière des 5 Gafam atteint la « modique somme » de 6818 milliards de dollars, soit 663 milliards de plus que le PIB de la France et de l’Allemagne réunies.

Plus globalement, les Gafam restent particulièrement menacées par toute une série de catastrophes potentielles : encadrement réglementaire contraignant, lois antitrust, cyberattaques…sans oublier leur exposition à la remontée des taux d’intérêt des crédits et à la récession économique…En d’autres termes : Oui à la révolution technologique, non à l’aveuglement.

ÉPISODE III : Une nouvelle Europe?

15. Plan européen : pour 750 milliards t’as plus rien!

Après cet accord à l’arraché, la plus grande prudence doit rester de mise. Et ce, pour au moins six raisons :

  1. Les 750 milliards d’euros promis ne représentent que 5,7% du PIB de l’U.E. ;
  2. Même si, par miracle, ce plan est renouvelé chaque année, cela signifiera que le budget européen sera d’environ 7% du PIB de l’Union, contre un budget fédéral qui représente plus de 20% du budget américain ;
  3. La ratification de ce plan a montré que l’U.E. était loin d’être un havre de coopération et d’entente ;
  4. Les concessions accordées pendant ce sommet sous haute tension risquent de laisser des traces pour les futures décisions européennes ;
  5. Tant que l’U.E. et la zone euro ne seront pas dotées d’une véritable gouvernance économique efficace tant en matière de croissance que de sérieux budgétaire, la crise ne pourra prendre fin ;
  6. Le financement de ces mesures.
En conclusion, si la gouvernance de l’U.E. et a fortiori celle de la zone euro ne sont pas améliorées, les 750 milliards d’euros annoncés ne serviront pas à grand-chose et finiront même par coûter très cher.

16. Le Covid-19 détruira-t-il la zone euro à 19?

La zone euro est, elle aussi, devenue une « bulle », i.e. un fossé entre ses promesses et ses réalisations, constituant par là même une « machine à crises ».

Basée sur des fondations bancales, l’UEM n’a jamais été terminée. En effet, cette dernière ne sera crédible que lorsqu’elle sera devenue une « zone monétaire optimale », i.e. parfaitement unifiée à tous points de vue, comme les Etats-Unis d’Amérique par exemple.

L’UEM telle que nous la connaissons aujourd’hui aura disparu d’ici 2030. Cela signifiera l’avènement d’une zone monétaire plus restreinte, avec une vraie intégration, une véritable union fédérale, des règles strictes et une entraide à toute épreuve.

17. Et si l’euro disparaissait ?

Si la sortie de la zone euro est tout à fait possible, il faut savoir qu’elle se traduirait forcément par une récession aggravée et durable, par une crise sociale sans précédent, mais aussi des guerres civiles, voire un conflit militaire. Bref, l’Europe et le monde s’engageraient dans un « trou noir »

18. Vers une Europe à quatre vitesses…

  1. a) une « zone euro premium », uniquement avec les pays qui respectent les règles d’harmonisation des conditions fiscales et règlementaires, le tout étant consolidé par un budget fédéral et une union politique ;
  2. b) une « zone euro basique » : pays souhaitant garder la monnaie unique, mais n’étant pas encore capables de remplir tous les critères d’adhésion à la « zone euro premium » ;
  3. c) une zone de libre-échange, mais sans monnaie commune ;
  4. d) pays géographiquement européens ne souhaitant pas faire partie de l’U.E., avec néanmoins des relations économiques et commerciales privilégiées, tels que la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni.
19. La France en état d’urgence durable…

La France se paie le luxe d’entretenir des dépenses publiques pharaoniques avec pour seuls résultats : une croissance molle, un chômage élevé, un accroissement des inégalités sociales et de la pauvreté.

Avec plus de 9,3 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, un revenu médian de 1735 euros par mois et une augmentation des inégalités, la France apparaît particulièrement menacée par une crise sociale de grande envergure.

EPISODE IV : Quid des politiques économiques ?

20. Les banques centrales coincées dans leur propre piège.

Les banques centrales ont entraîné le monde dans une dangereuse « trappe à liquidités », se caractérisant par quatre composantes principales : des taux monétaires proches de zéro, une abondance de liquidités, mais une inflation modeste et une croissance économique faible, voire une situation de déflation-récession.

Les récentes décisions et déclarations (depuis un an jusqu’à dernièrement) montrent qu’ils ne semblent pas savoir où ils vont et surtout là où ils veulent nous mener.

21. Covid-19 et dépenses publiques : liaisons dangereuses…

De 2000 à 2019, le poids des dépenses publiques dans le PIB français est passé de 51% à plus de 56%. A titre de comparaison, celui de l’Allemagne a diminué de 48% à 44%.

La France est aussi numéro un mondial des dépenses sociales qui représentent 31,2% de son PIB, contre 25% en Allemagne et une moyenne de 20% pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

En d’autres termes, le drame de la France n’est pas le manque de dépenses publiques, mais la faible efficacité de ces dernières.

22. Relances budgétaires pharaoniques : qui va payer ?

Déjà extrêmement élevées avant la pandémie, les dettes publiques vont encore exploser au cours des prochains mois. De plus, dans la mesure où le PIB baisse fortement, cela signifie que les ratios dette publique/PIB vont mécaniquement atteindre des niveaux démentiels d’ici la fin 2020 : 260% au Japon, 205% en Grèce, 170% en Italie, 125% en France et 110% pour l’ensemble de l’UEM.

23. Et le financement des retraites dans tout ça ?

La durée de vie moyenne à la retraite est actuellement d’environ 22 ans, contre 2 ans dans les années 1950, 10 dans les années 1980 et 15 ans dans les années 1990.

Plus de 320 milliards d’euros, soit environ 14% du PIB, sont consacrés chaque année en France au financement des retraites, contre 10% en Allemagne et une moyenne de 7,5% pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

Si la question du financement des retraites n’est pas résolue au plus vite, la dette publique française flambera encore nettement.

24. Sortie de crise : c’est quoi le bon plan ?

Un plan de relance efficace est celui qui inscrit la France dans une dynamique d’investissement et d’innovation sur le long terme. Cinq mesures à prendre d’urgence pour sauver la France :

  1. Baisser la pression fiscale pour tous, les entreprises et les ménages ;
  2. Optimiser la dépense publique en réduisant considérablement les dépenses de fonctionnement ;
  3. Réduire d’au moins 15% les charges qui pèsent sur les salaires ;
  4. Moderniser le marché du travail ;
  5. Favoriser le financement des entreprises et de l’innovation.
EPISODE V : Marchés financiers : vers moins d’éxubérance ?

25. Les bulles explosent en même temps.

Nous avons commencé à assister au pire des scénarios, en l’occurrence celui du dégonflement de toutes les bulles « en même temps ».

26. Taux d’intérêt de crédits : une remontée inévitable.

Grâce à la cocaïne, puis à la morphine distribuées à profusion par la BCE, les taux d’intérêt des obligations d’Etat n’ont cessé de baisser.

Aujourd’hui, si les primes de risque liées à l’inflation et à l’activité économique sont faibles, celles des déficits publics et de la crédibilité des Etats sont de plus en plus élevées…Il faut se rendre à l’évidence : l’ère des taux d’intérêt excessivement bas va bientôt se terminer.

27. Les marchés boursiers anémiés pour longtemps.

Si la planète tombe en récession, les résultats des entreprises seront négatifs, affectant mécaniquement les valorisations boursières.

Même si une reprise se produit grâce aux soutiens monétaires et budgétaires pharaoniques mondiaux, il faudra de nombreuses années avant de retrouver le niveau du PIB de la fin 2019.

La récession ne fait que commencer…et nous n’avons encore aucune idée précise de l’ampleur des faillites et de la crise sociale à venir. En d’autres termes, les incertitudes sont fortes et la volatilité va rester très élevée.

28. Vers une nouvelle crise bancaire ?

Le système bancaire et financier de la zone euro reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses (600 milliards d’euros fin 2019, dont environ 140 milliards pour les seules banques françaises) qui pourrait voir le jour dans les prochains mois.

Les banques européennes restent fortement menacées par une récession historique, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat.

La probabilité d’une nouvelle crise bancaire majeure demeure plus qu’élevée.

29. Bitcoin : quitte ou double ?

Combien vaut une monnaie qui est basée sur le néant, qui n’est contrôlée par aucune autorité et qui ne dispose d’aucune assurance contre la faillite ?

Une même constante avec les conseillers en investissement en fausses cryptomonnaies : tous les « épargnants » perdent et le créateur de l’arnaque se régale jusqu’à ce que la police l’arrête ou la mafia le « neutralise ».

30. L’immobilier prendra aussi le bouillon.

Au final, les fondamentaux du marché immobilier sont clairs : des prix trop élevés, un resserrement des conditions de crédits, une baisse de la demande et une augmentation de l’offre…J’anticipe une baisse de l’ordre de 20% des prix immobiliers en moyenne sur le territoire français au cours des deux prochaines années. Ensuite, une fois la correction passée, les prix remonteront progressivement.

EPISODE VI : Comment se protéger face à la crise ?

31. Notre épargne est-elle en danger ?

Depuis janvier 2016, les comptes des clients dotés de plus de 100 000 euros de dépôts pourront être prélevés pour contribuer au sauvetage de leur banque, en cas de besoin.

En France et en Europe, les dépôts bancaires ne sont garantis qu’à hauteur de 100 000 euros par personne et par banque…Cependant, l’Etat ne pourra pas puiser dans les livrets A et les contrats d’assurance-vie.

32. Il est l’or de se réveiller…

Pour simplifier, l’or n’est une « valeur refuge » que face à trois dangers majeurs : l’hyperinflation, une récession mondiale et un krach boursier et/ou obligataire international.

Attention, dès qu’il dépassera significativement les 2000 dollars l’once, l’or commencera à devenir trop cher et entrera dans une bulle, il faudra donc éviter d’en acheter.

33. Comment sortir de la crise par le haut ?

En fait, seuls les pays disposant de réserves de changes conséquentes (notamment les pays asiatiques) et/ou d’une marge de manœuvre budgétaire appréciable (principalement l’Allemagne) ont de quoi affronter cette nouvelle crise.

Si nous continuons de broyer du noir, si des pays comme la France refusent de réformer en profondeur leur économie, si les gouvernements de la zone euro ne réussissent pas à se mettre d’accord pour unir leurs forces, si les partenaires sociaux refusent de s’entendre, alors, la zone euro et la France seront les grandes perdantes de cette crise.

34. Quel nouveau monde pour demain ?

La décroissance se traduit immanquablement par des faillites d’entreprises, des destructions d’emplois, du chômage de masse, une augmentation de la pauvreté, voire de la malnutrition, en particulier dans les pays émergents, sans oublier une aggravation des inégalités.

L’écologie doit passer par l’économie au travers des innovations et des progrès technologiques…Plutôt que de rêver à un monde sans avion et sans voiture, il serait ainsi plus efficace de rêver à un monde avec des voitures et des avions propres (électriques ou hydrogènes), des usines peu ou pas polluantes, un développement des nouvelles technologies de l’énergie et de l’agro-alimentaire, mais aussi avec des services à la personne plus performants…

En conclusion, un nouveau monde moins extravagant, plus sûr, plus démocratique, tout en étant plus moderne et plus égalitaire est encore possible. Il suffirait que les dirigeants de la planète aient le courage d’en poser les fondations au plus vite.

La réalité est en train de dépasser les fictions les plus folles…Nous devons tout faire pour que cette réinitialisation (reset) mondiale soit aussi un « upgrade », i.e une amélioration de notre système économique, financier, social et sociétal.

 

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Vivre ! dans un monde imprévisible de Frédéric Lenoir - Fayard

Émetteur du verbatim: François C.

Vivre ! dans un monde imprévisibleI. SE SENTIR EN SECURITE

On peut globalement affirmer que lorsque nos besoins de sécurité sont satisfaits on peut davantage se concentrer sur nos besoins de croissance, lesquels nous apportent les joies les plus profondes: joie de l’amour qui s’épanouit, de nos réalisations professionnelles qui nous permettent de nous accomplir et d’être reconnus, joies créatives, intellectuelles et spirituelles de notre esprit qui progresse…

II. ENTRER EN RESILIENCE

On peut schématiquement évoquer trois étapes principales après le traumatisme: la résistance, l’adaptation et la croissance.

Une personnalité qui est allée jusqu’au bout du processus de résilience ne s’est pas contentée de reconnaître son traumatisme et de faire le dos rond. Elle a su chercher en elle les ressources nécessaires pour se développer et faire de ce choc un tremplin pour grandir.

Toute crise (personnelle ou collective) doit nous conduire à faire des choix et à saisir les nouvelles opportunités qui s’offrent à nous.

III. S’ADAPTER

La doctrine du « non-agir », au cœur de la pensée taoïste, ne stipule pas qu’il faut rester passif, mais qu’il faut savoir lâcher prise et agir au moment opportun.

Montaigne ou les sages taoïstes nous disent que pour vivre bien il faut savoir s’adapter au mouvement permanent et imprévisible de la vie.

Tenons compte de toutes ces évolutions pour repartir d’un bon pied, dans une bonne direction, afin de nous reconstruire en restant dans le mouvement et la fluidité.

IV. CULTIVER LE PLAISIR ET LES EMOTIONS POSITIVES

Le rôle capital des neuromédiateurs (dopamine, sérotonine, acétylcholine, GABA) dans notre équilibre émotionnel.

On ne peut quitter une émotion ou un sentiment de peur, de tristesse, de colère, une dépression, qu’en mobilisant une autre émotion ou sentiment positif : du plaisir, de la gratitude, de l’amour, de la joie.

V. RALENTIR ET SAVOURER L’INSTANT

Montaigne insiste dans ses Essais sur la nécessité de prendre conscience et de savourer les moments heureux de l’existence et d’en jouir pleinement dans l’instant, sans autre souci: « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors. »

Cette pratique de la méditation a évidemment aussi un profond impact spirituel. En développant un silence et un espace intérieur, elle renforce notre esprit, le rend plus disponible aux intuitions, plus ouvert au discernement, davantage capable de distanciation et de détachement.

VI. RESSERRER LES LIENS

Lorsque nous sommes affectés par un trauma, les liens socio-affectifs sont en effet essentiels pour se reconstruire, pour rebondir, pour retrouver la confiance nécessaire afin d’avancer dans la vie.

VII. DONNER DU SENS

Les principaux choix que nous avons à faire dans notre existence sont ceux de la juste orientation de nos désirs.

Frankl a su donner un sens à son existence, malgré l’horreur et l’absurde… Ce qu’il nous enseigne, c’est que celui qui a un « pourquoi » peut vivre avec n’importe quel « comment ».

Toute crise offre des opportunités de changer, de réorienter sa vie, de revoir son échelle de valeurs, d’aller vers l’essentiel.

VIII. DEVENIR LIBRES

Notre plus bel acte de liberté intérieure sera même de savoir utiliser une blessure, une contrainte, une maladie, un échec, un traumatisme de vie pour mobiliser nos ressources intérieures et grandir.

Nous ne naissons pas libres: nous le devenons.

IX. APPRIVOISER LA MORT

Vivre avec l’idée que nous mourrons tous un jour et que la mort fait partie intégrante de la vie…

Si le sage n’a pas peur de la mort, c’est qu’il est dans une profonde acceptation de la vie et de ses lois : la naissance, la croissance, le déclin, la mort.

C’est notre finitude qui peut nous inciter à vivre pleinement chaque instant comme une opportunité de joie, de plaisir, de prise de conscience, de connaissance, de croissance, d’amour partagé.

X. AGIR ET CONSENTIR

L’éthique stoïcienne vise à nous rendre conscients de notre responsabilité envers tout ce qui dépend de nous et conscients qu’il ne sert à rien de se laisser contrarier par ce qui ne dépend pas de nous.

Il relève aussi de notre responsabilité de vivre au mieux avec cette pandémie et ses conséquences, en cultivant nos émotions positives, en nous adaptant, en resserrant nos liens avec les autres, en essayant de saisir de nouvelles opportunités qui s’offrent à nous, et en acceptant, le plus joyeusement possible, ce que nous ne pouvons pas changer.

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LA HAINE EN LIGNE de David DOUCET- Albin Michel

Émetteur du verbatim: François C.

Combien de personnes avaient été humiliées publiquement et condamnées sur la seule foi des médias sociaux? Quels sont les rouages de ces nouveaux mécanismes d’ostracisme en ligne? Comment remonter la pente lorsque votre nom est devenu une injure et que taper votre patronyme sur un moteur de recherche suffit à refroidir le plus téméraire des employeurs? Et enfin, où trouver la force de surmonter cette épreuve quand l’image que vous renvoie Google est un supplice?

  1. Le tribunal des réseaux sociaux

Sur les «autoroutes de l’information», il n’existe pas de meilleur carburant que l’énergie émotionnelle. C’est la loi d’Internet, ce qui choque ou énerve aura plus de chances d’être entendu que ce qui interroge ou pousse à la réflexion.

Les délateurs se retrouvent investis d’une magistrature totale recouvrant à la fois le rôle de l’accusateur, du juge et du bourreau sans aucun égard pour la culpabilité effective, la recherche de preuves, l’étude du contexte ou l’importance du contradictoire… C’est le bruit et la fureur qui règnent sur Internet.

De la notation à la délation, la frontière est parfois ténue… La société numérique a toujours été régie par une forme de surveillance mutuelle.

(Cancel culture) L’objectif est de décrédibiliser et de démonétiser la parole publique de celui ou celle qui était jusqu’ici reconnu(e). Dans les faits, cette volonté de traumatiser les coupables vire souvent au cyberharcèlement… Une fois la personne annulée, l’effacement de l’espace public peut être prompt et brutal.

«Je remarque que la plupart des phénomènes de cancel culture sont fondés sur des accusations morales et non pas sur des faits.» Brett Easton Ellis

C’est une constante, la culture de l’annulation obère la complexité du réel. Le pré-récit de culpabilité balaie notre vigilance rationnelle.

Nous créons maintenant une société de surveillance où la façon la plus intelligente de survivre est de redevenir sans voix.

2.Une vie sociale à haut risque

Du jour au lendemain, Mennel Ibtissem bascule dans un trou noir médiatique.

Combien de personnes peuvent assumer sans rougir leurs écrits et maladresses adolescentes? Une génération entière a fait ses premiers pas sur le web et vit sous la menace de voir ressurgir un passé qui ne s’effacera jamais.

Le plus grand conflit générationnel depuis des décennies, celui qui oppose la «génération parents», qui protège son intimité jusqu’à l’obsession, à la seconde, celle des «transparents» qui ont été radiographiés avant même d’être nés, puis filmés et pris en photo par leurs parents pendant toute leur enfance.

Rien ne ressemble plus à un tweet d’il y a dix ans qu’un tweet posté la veille. Ils sont d’autant plus facilement manipulables… En France, cette chasse aux vieux messages est tellement rodée qu’elle fait partie intégrante des stratégies des activistes en ligne, qu’ils soient de droite ou de gauche. Passer en revue les réseaux de quelqu’un est même devenu le moyen le plus facile de le détruire.

Sur Twitter, on a tendance à oublier qu’il y a de vraies gens derrière les avatars: cf «l’affaire Mehdi Meklat»

Le moyen le plus rapide pour se débarrasser d’un salarié.

(ProPR Consulting): start-up qui s’est taillé une petite réputation dans le nettoyage sur les réseaux sociaux.

Rien, rien de rien ne peut s’oublier. Et pour cause, les humiliations en ligne sont gravées au fer rouge comme au temps de la Grèce antique. Le sceau de l’infamie est sans cesse rappelé par Google pour ceux qui en sont frappés.

  1. Une honte contagieuse

Julie Graziani fait partie de la longue liste des cloués au pilori en ligne. Aux États-Unis, on parle de online shaming pour désigner cette propension qu’ont les internautes à couvrir de honte la personne qui s’est rendue coupable d’un comportement déviant ou immoral.

L’humiliation publique est d’autant plus dévastatrice qu’Internet fait exploser toutes les contraintes géographiques ou temporelles qui limitaient ce châtiment.

L’humiliation en ligne impose une situation orwellienne où le refoulement et la possibilité de se cacher n’existent plus. Téléporté dans un état de transparence totale, le sujet voit ses mécanismes de défense ébranlés… Google se révèle aussi comme un terrible agent de destitution narcissique.

La honte est un révélateur de la fragilité humaine de chacun… Un lynchage en ligne renvoie souvent la personne qui en est victime à ses failles ou blessures intérieures.

  1. L’engrenage médiatique

Sur Internet, le paysage médiatique s’est uniformisé. Le bâtonnage, i.e. la reprise remaniée d’une info parue ailleurs, est devenu la règle. 64% de ce qui est diffusé sur la Toile ne serait qu’un copié-collé pur et simple de contenus publiés ailleurs.

La course aux clics a remplacé la course aux scoops.

La  Twitter-dépendane ».

Le contrôle social imposé par les communautés militantes de Twitter est aujourd’hui largement sous-estimé.

On a littéralement flingué Philippe Caubère… Il n’y a plus aucun respect de la présomption d’innocence, encore moins du temps judiciaire.

Sur Internet, le train du buzz ne passe qu’une fois et l’écho d’une réhabilitation judiciaire ne recouvre jamais le crépitement initial des accusations.

Sur la Toile, nous vivons quotidiennement les obsèques de la nuance. Le gris est une couleur en voie de disparition. Pour se distinguer sur ce marché marqué par une infobésité galopante, il n’y a guère de place pour les hypothèses décalées, les titres pondérés ou les positions médianes.

Les fausses nouvelles se propagent six fois plus vite que les vraies.

  1. Google n’oublie rien

Amandine n’a commis aucun méfait, elle a juste eu le malheur de diffuser une chanson sur Internet (vidéo improvisée il y a douze ans). Pire qu’un casier judiciaire, elle doit vivre avec un casier Google. Il suffit de taper son prénom pour que le moteur de recherche le plus consulté au monde suggère une profusion d’articles et de vidéos ironiques.

Qui peut encore nier que les résultats brassés par le plus puissant des moteurs de recherche équivalent à une forme de notation sociale déguisée? Dans nos sociétés occidentales pourtant forgées par une culture chrétienne, l’oubli et le pardon sont en voie d’extinction.

  1. Vivre ou survivre

La capacité à surmonter un traumatisme dépend souvent d’un phénomène interpersonnel, celui de pouvoir s’appuyer sur ceux que Boris Cyrulnik désigne sous l’expression «tuteurs de résilience».

(Traumatisme) Ces individus ont alors le sentiment de se connecter à leur personnalité profonde. L’épreuve les a poussés à se remettre en question et à s’interroger sur eux-mêmes.

Survivre à un lynchage en ligne relève souvent d’un parcours sinusoïdal, tant l’impact psycho-traumatique demeure fort et durable.

On dénombre autant de chemins de résilience que l’on compte d’êtres humains.

La population des adolescents est particulièrement vulnérable aux violences en ligne, puisqu’elle est en pleine construction identitaire et affective.

Nous n’en sommes qu’aux prémices de nos vies connectées et tout le monde peut participer à ce changement de paradigme afin que le spectre de la mort sociale qui plane aujourd’hui au-dessus des réseaux se dissipe et que le web redevienne le formidable outil de conversation qu’il était à ses débuts.

 

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QUOI QU’IL EN COÛT€! de François LENGLET Albin Michel 2020

Émetteur du verbatim: François C.

L’épidémie : machine à avancer le temps

Elle nous conduit de façon tortueuse et douloureuse vers une toute autre organisation.

Au-delà du gigantesque accident Covid, et de façon bien plus durable et profonde, la puissance publique est en train de se réinstaller au cœur de l’économie.

Trump, Brexit, et Gilets jaunes sont trois expressions différentes d’une même frustration, grossie et déformée par l’irruption du virus.

Entre 2009 et 2012, la dette publique française avait augmenté de trente points de PIB, passant de 60% à 90% de la richesse nationale. Cette fois-ci, il n’aura fallu que trois mois pour faire grossir nos engagements du même montant faramineux.

Le virus a littéralement asséché le sud de l’Europe, l’Italie et l’Espagne, faisant fuir le capital qui s’est réfugié dans les Etats du Nord, l’Allemagne au premier chef, révélant et aggravant les formidables différences de compétitivité entre les deux moitiés de la zone euro qui menacent de la faire éclater.

Les leçons du passé sont pourtant sans appel : il n’y a pas d’issue paisible à l’hyper-endettement. Pour une raison toute simple : on ne sait pas faire disparaître la dette sans détruire en même temps du capital. Si une créance est annulée, il y a forcément une victime quelque part, celui qui a prêté.

L’argent magique

En mai dernier, l’OCDE estimait que les pays membres de l’organisation s’étaient chargés de 15 000 milliards d’euros de dette avec la crise sanitaire et le coût du confinement. Ce qui fait passer l’endettement moyen de 109% à 137% du PIB. L’épidémie aura donc coûté 12 000 euros de dette par habitant en trois mois.

Une incroyable détérioration des finances publiques. Qui se double d’une montée de la dette privée, tant celle des entreprises que celle des ménages. Le tout financé par la planche à billets, actionnée sans relâche par les grandes banques centrales de la planète.

Au passage, il faut pointer ici l’extraordinaire fragilité du système monétaire international. Tout repose sur la crédibilité des banques centrales. La valeur de l’argent, i.e. celle du travail et de l’épargne, la propriété, l’ordre social, repose sur un simple acte de foi en une poignée d’institutions : la FED aux Etats-Unis, la BCE, à Francfort, pour l’euro, la Banque de Chine, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon.

La certitude qu’ont les investisseurs privés de pouvoir revendre ces titres à la FED quand ils le souhaitent fait qu’ils financent l’Etat américain sans barguigner. Au premier semestre 2020, Trump a ainsi levé 3 000 milliards de dollars. Deux fois plus que sur la totalité de l’année dernière. Et le déficit des USA en 2020 pourrait atteindre 3 800 milliards de dollars, soit 19% du PIB.

Les banques centrale ne se comportent pas comme des investisseurs, qui sélectionnent les valeurs les plus rentables ou les plus solides, mais comme l’assureur en dernier ressort de toute l’économie, qui se substitue à la demande pour maintenir hors de l’eau un appareil productif fragilisé.

On mesure ici à quel point d’absurdité l’économie mondiale en est arrivée. Percluse par les dettes, elle ne peut plus marcher sans antidouleurs. Et le seul qui marche est fabriqué par les banques centrales.

C’est ici le remède -l’argent facile, pour éviter la faillite- qui se trouve être aussi la cause de la crise d’après – l’excès de dette. A chaque fois la secousse est plus forte et demande une dose plus importante pour être calmée. Un cercle vicieux que personne ne sait interrompre, et qui nous met à la merci de krachs de plus en plus dévastateurs.

Les entreprises qui ne survivraient pas sans ces conditions exceptionnelles se multiplient. Ce qui compromet l’émergence de leurs concurrents, plus modestes, plus productifs et moins chers…Ces « zombies », les entreprises mort-vivantes, pourraient représenter jusqu’à 12% des entreprises cotés dans les 14 principales économies mondiales.

La valeur d’une dette n’est jamais fixe, même si elle a été contractée à taux zéro. Elle fluctue en fonction de l’environnement économique, et en particulier de la hausse des prix et de la croissance de l’activité. Deux paramètres qui déterminent les capacités de remboursement.

Pas d’inflation qui permette d’ «euthanasier le rentier», comme le disait Keynes. Pas davantage de croissance, qui aurait permis de gonfler les revenus. Et des impôts déjà très élevés, qu’on ne peut majorer sans faire plonger encore plus bas l’économie…Voilà l’équation.

Cette furie de la dépense aura évidemment une fin regrettable…Elle a toujours la même issue. Une ruine qui peut prendre deux formes différentes. La première est le krach, la perte de confiance brutale et généralisée qui fait vendre tous les titres financiers…L’autre route n’est guère plus réjouissante : une forte inflation, causée progressivement par la méfiance qu’inspirerait la création de flots d’argent déversés dans l’économie.

Il n’y a pas de suppression de la dette accumulée sans destruction parallèle et symétrique de l’épargne, quelles qu’en soient les modalités…La destruction de l’épargne, c’est aussi celle de l’ordre social et de la démocratie…Le déclencheur sera, comme toujours, un événement contingent, imprévisible, insignifiant en lui-même, qui provoquera l’enchaînement. Ce sera le grain de sable qui fait s’effondrer la pyramide de milliards de grains accumulés peu à peu…Ce peut être l’action ou la déclaration d’un responsable politique, la faillite d’un acteur financier, l’apparition d’un nouveau virus, l’embrasement d’un conflit régional.

Les métamorphoses de tripalium (poussée numérique) Un mouvement qui va se traduire par une baisse du temps de travail humain, une augmentation des salaires, mais aussi par d’importantes destructions d’emplois.

2020 sera l’année du commerce en ligne…et de l’effondrement des ventes dans les magasins physiques…Selon le cabinet Mc Kinsey, un tiers des enseignes physiques pourraient disparaître dans les années qui viennent…Moins de vendeurs, plus de livreurs. Moins de magasins, plus d’entrepôts.

(Gafa) En réalité, ils sont devenus aussi vitaux pour l’économie, grâce aux savoir-faire qu’ils possèdent, aux réseaux qu’ils gèrent et aux informations qu’ils en retirent pour les vendre que le rail et la route au XIXème siècle.

Quatre salariés sur dix, pendant le confinement, ont ainsi exercé à distance leur activité professionnelle, de façon dématérialisée. A l’échelle du monde, ce sont plusieurs centaines de millions de personnes qui ont délocalisé leur lieu de travail pendant plusiurs semaines (suppression des transports) Une, deux, voire trois heures de temps libre éveillé se sont libérées dans nos programmes quotidiens pour la vie personnelle. Sans perte de salaire.

En réalité, la crise sanitaire a obligé les entreprises à tirer le bénéfice maximal des technologies disponibles, ce qu’elles n’avaient pas fait dans les conditions d’activité normales, à cause de l’inertie naturelle des organisations humaines, qui peinent toujours à se transformer…De façon silencieuse, une gigantesque poussée de productivité s’est donc produite dans nos économies avec la très large utilisation des technologies au printemps 2020, dont nous allons voir les dividendes.

Revanche des villes moyennes…Demande de transports qui devrait chuter durablement… Robotisation des emplois dans la livraison à domicile, l’agriculture, le nettoyage et la désinfection…

La seule vraie question de la révolution numérique qui s’est amplifiée en 2020, c’est la répartition des dividendes et des sacrifices. Dans ce cadre, nul doute que la question du revenu universel ne revienne dans les débats politiques, car c’est une forme de redistribution.

«Souveraineté, j’écris ton nom»

Depuis la grande crise de 2009, l’heure est donc à fustiger le libéralisme qui fait progresser les inégalités, qui a soufflé la bulle financière et rendu l’économie vulnérable aux krachs. Insensiblement, le monde se referme donc, et comme toujours, ce sont les pays anglo-saxons qui donnent le ton.. Ils avaient été en pointe pour initier la grande révolution libérale des années 1980, ils le sont encore pour le rétablissement des frontières, avec Trump et avec le Brexit.

C’est fini. L’Etat et la nation reprennent du terrain. Ils veulent prévaloir sur les intérêts purement économiques. Et les multinationales devront s’y soumettre…La fragmentation de l’économie-monde est en marche.

En clair, c’est la quasi-gratuité de la santé en France qui explique en partie les pénuries, via le contrôle draconien des prix par l’Etat. Et qui encourage les délocalisations d’usines de médicaments…

Plus l’Etat taxe, plus il est obligé de compenser avec des plans, programmes et actions ponctuelles. Et plus il dépense avec ces programmes, plus il est obligé de prélever… Un cercle vicieux.

(France) Depuis trente ans, l’argent prélevé avec les impôts les plus élevés de la planète ou presque, les nôtres, ne sert plus majoritairement ni à investir ni à entretenir les services publics. Il est redistribué à la population, massivement, sous la forme d’allocations innombrables. Au point que ces transferts représentaient, avant même la crise sanitaire, plus du tiers du revenu des ménages, pensions comprises.

L’ère de la divergence

(Covid 19) Même si l’on tient compte du nombre d’habitants dans les différents pays, la performance de Séoul est remarquable. Tout comme celle de Taïwan, celle du Japon, celle de Singapour.

Les mêmes disparités ont frappé l’Europe, de façon plus mystérieuse. Le Vieux Continent est coupé depuis toujours en deux moitiés. Au nord les partisans de la rigueur budgétaire et monétaire, adeptes du compromis social. Au sud, des laxistes impénitents en matière de dépense publique, dévaluationnistes à peine repentis, incapables de faire s’accorder syndicats et patronat…

Depuis le 1er janvier 1999, date de la mise en œuvre de l’Union monétaire, le PIB italien n’a progressé que de 9,5%. Trois fois moins que celui de la France et l’Allemagne. Cinq fois moins que celui de l’Espagne.

Dans une démocratie, il doit évidemment y avoir équivalence entre le périmètre de la levée de l’impôt, celui de la dépense publique et celui de la responsabilité politique. Ce n’est pas le cas dans la zone euro.

L’Allemagne est la grande bénéficiaire, sur le plan commercial, du marché unique européen. Elle y réalise près des deux tiers de ses exportations, soit 800 milliards d’euros annuels. Et la monnaie unique lui garantit que ses partenaires ne dévalueront plus. Sans obstacle tarifaire, réglementaire et monétaire, les artères commerciales du marché unique sont comme des autoroutes gratuites pour les exportations de l’industrie allemande.

N’oublions pas que nous sommes en Europe, et que celle-ci est incapable de faire simple. L’Europe est tout aussi incapable de faire vite.

Derrière la récession elle-même, en effet, c’est la divergence qui menace, à cause des différences de morsures qu’a effectuées l’épidémie dans le tissu productif…L’euro renforce les forts et affaiblit les faibles…Tel est l’incroyable bilan de vingt ans d’Union monétaire : l’Europe passe de crise en crise, et lors de chacune des secousses, le Sud et le Nord s’éloignent davantage l’un de l’autre, alors que l’euro était supposé accentuer la convergence.

La France n’a évité le sort dramatique de l‘Italie qu’au prix de sa dérive budgétaire. Sans pour autant parvenir à préserver son industrie.

Le futur de la zone euro devrait donc rester marqué par une croissance très inégale, la persistance du risque de crise financière et des explosions sociales ou politiques dans les pays du Sud, à cause du ressentiment légitime que suscite le marasme économique.

La BCE et ses tombereaux de milliards créés par la planche à billets sont devenus le soutien indispensable sans lequel l’Union monétaire exploserait sous la pression de la spéculation.

Le virus nous rappelle une fois encore la faiblesse intrinsèque de notre Union monétaire. Face à une crise, ne pas disposer de sa propre monnaie est un lourd handicap, qui ne peut être compensé que par une solidarité massive des autres pays. Mais cette solidarité n’est pas praticable sans mutualisation de la responsabilité politique : la fédération.

(Grèce) L’euro a à la fois créé le problème et proscrit la solution (dévaluation de la drachme)… Le choix collectif a donc été de privilégier la valeur du capital au détriment de la croissance et de l’emploi.

Ce scénario de dépendance et de déclin acceptés n’est pas le plus optimiste. Et peut-être vaut-il mieux souhaiter que l’édifice fragile de l’Union monétaire soit mis à terre par une crise financière ou politique.

Bismarck en mer de Chine

On voit les Chinois partout : dans le cyberespace, en Arctique, en Afrique, dans nos infrastructures vitales de télécommunications. La Chine émergente et pacifique avait transformé l’économie mondiale à son profit, grâce à l’ouverture de son marché qui avait déclenché une poussée de la mondialisation. Au contraire, la Chine du présenr, émergée et belliqueuse, va provoquer un reflux de cette mondialisation.

Alors que Pékin ne concède officiellement que 4 000 morts, l’Europe et l’Amérique en auront chacune bien plus de 100 000. Avec ces chiffres élevés, l’une et l’autre auront trahi la faiblesse de leurs Etats, incapables de s’organiser face à l’urgence sanitaire, la médiocrité de leurs équipements et la lourdeur de leurs processus de décision. La démocratie, ça ne marche pas, voilà ce que pensent les Chinois.

Commerce, technologie, finance, l’éonomie mondiale est donc en train de se scinder en deux sphères d’influence, en conflit l’une avec l’autre…Une nouvelle frontière: le Pacifique, qui n’a jamais porté si mal son nom. La mondialisation va évidemment en subir les conséquences, avec la réorganisation des chaînes de production et d’approvisionnement mondiales. Comment faire fabriquer en Chine des composants essentiels dans la pharmacie ou l’électronique dans un tel climat d’hostilité?

La Chine de 2020 illusrte à nouveau cette constante de la géopolitique, qui contraint les périodes de « doux commerce » à ne rester que des parenthèses, scandées par le retour de l’affrontement entre les puissances.

(Berlin 1880) À la fin du XIXème siècle, comme de nos jours, il s’agissait de la compétition entre deux modèles économiques, le système libéral anglais et l’étatisme autoritaire allemand.

(Pékin 2020) Compétition avec les USA pour le réseau téléphonique 5G, mais aussi sur le plan financier, tout aussi stratégique que le commerce et la technologie…Autre champ de bataille : la construction d’infrastructures pour consolider l’influence internationale (nouvelles routes de la soie).

En un mot, devant le conflit du début du siècle Chine – USA, l’Europe est comme à l’habitude désarmée et divisée.

Demain

A chaque cycle son régime de croissance, marqué par un modèle idéologique, une morale et des valeurs.

Une autre génération prend à la fois le relais et le contrepied de celle qui l’a précédée, récusant la liberté pour exalter le besoin de protection, l’ordre et le respect de la nature.

La forte croissance des inégalités de la fin de la période libérale, qui s’est accompagnée d’une concentration extrême du revenu et du patrimoine, touche peut-être à sa fin. Mouvements sociaux, révolutions, transformation de l’offre politique, autant de secousses vraisemblables dans les années qui viennent.

Qui seront les gagnants et les perdants de la période?… Le grand perdant devrait être le gagnant des cinquante dernières années : l’épargnant et le détenteur de capital.

Demain, il faudra mobiliser la Lune, Mars, qui sait, pour suppléer aux garanties affaiblies des Etats vermoulus. Ou bien inventer quelque nouvelle technique, titrisation d’hypothétiques dividendes futurs ou dette perpétuelle. Quel que soit le nom et l’artifice, il s’agira du bon vieux schéma de Ponzi ou de Madoff, l’arnaque la plus vieille du monde.

La destruction du capital est le prix à payer pour effacer la dette. Car dette et épargne ne sont jamais que deux mots pour désigner le même actif, la même transaction, vu tantôt du côté de l’emprunteur, tantôt du côté du prêteur.

L’économie va profondément changer, avec le retour des frontières et de l’Etat, au détriment du marché, tant pour la production de biens que pour la finance. L’offre politique va elle aussi se transformer pour mieux répondre aux attentes du moment.

La mauvaise nouvelle, c’est que ces crises de transformation durent une vingtaine d’années. La bonne, c’est que nous en avons déjà fait plus de la moitié. Et que le virus a fait tourner plus vite les aiguilles du cadran.

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CELUI QUI NE COMBAT PAS A DÉJÀ PERDU de Thierry MARX - Flammarion

Émetteur du florilège: François C.

Pour moi, une vie réussie est à angle droit. Solitaire est la ligne verticale, le sens de l’engagement, le sens de l’honneur ET solidaire, le souci des autres, l’altruisme… c’est l’horizontalité.

Dans ma vie, j’ai appris à me relever souvent. Et aujourd’hui, il nous faut tous le faire. Parce qu’on n’a jamais vu un match de boxe gagné par le public.

Ce que j’ai appris et aimé dans les sports de combat, c’est qu’on ne gagne pas parce qu’on est meilleur, mais parce qu’on ne peut pas perdre. On ne recherche pas la récompense mais l’accomplissement.

Ma seconde découverte a été la fraternité. Une communauté d’hommes qui, dans la pratique, s’entraidaient dans un seul but: l’excellence. Des ouvriers, et fiers de l’être… Nous étions protecteurs les uns envers les autres et critiques, puisque l’échange nous permettait de progresser.

«Il n’y a que la mort qui est irréversible.» Tant que je pouvais affronter physiquement les choses, je pouvais m’en sortir… Chaque fois qu’il m’arrivait un coup dur, je me sauvais par le sport.

Dans cette classe d’éclopés de la scolarité, chacun avait un projet. Et nous nous encouragions, communiquant aux autres l’énergie de se dépasser. Je me retrouvais dans les mêmes dispositions que chez les Compagnons du devoir. La même fraternité. Dans la vie, beaucoup de choses sont déplaisantes. Si on s’y arrête, elles deviennent toxiques. Il faut les laisser filer ; en faire rapidement son deuil. C’est l’art de la coupe: le tameshigiri.

Ces grands chefs cuisiniers ont en commun de venir du dur. Ils ont fait des apprentissages à quatorze ans, ils arrivaient d’une extraction modeste en général. Ils ont appris très tôt ce qu’était le travail.

À l’école Robuchon, nous apprenions une forme de spiritualité proche de ce que l’on m’a enseigné à l’université de judo de Tenri, au Japon: le shuhari, dont le sens pourrait être «Observe et tais-toi. Apprends et comprends. Comprends et innove.»

Comme les moines du mont Koyasan, je crois que les gens disparaissent physiquement mais restent là comme des éléments de la nature.

Je n’ai jamais cessé de méditer depuis. J’y trouve le moyen de mettre de la distance entre mes émotions et mes actions. Je me pose, je fais le point comme un photographe règle son objectif, j’analyse et je repars. Si je ne le fais pas, je réfléchis moins bien. J’ai pu construire un management efficace: dur avec les faits - les faits sont les faits, ils ne sont pas négociables - et bienveillant avec les gens, bienveillant avec moi-même.

Dans ce monde qui est souvent un miroir aux alouettes, la méditation me permet de fixer une ligne de conduite. Humble quand on est fort et fort quand on est faible.

Je sais que la lumière passe, repasse et s’éteint de temps en temps…Un peu comme l’Ankou, l’ange de la mort en Bretagne qui rôde, donne des frissons et puis un jour s’arrête. Le principal combat est peut-être de ne pas oublier qu’un jour tout va s’arrêter et qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser ses ambitions.

J’ai pris conscience qu’exercer ce métier de cuisinier sans avoir son propre style était une forme d’abandon de poste, un manque de courage, que c’était même plutôt vain. J’ai réalisé qu’il me faudrait prendre des risques, particulièrement de découvrir qui j’étais vraiment.

J’ai vérifié mille fois qu’innover était un combat violent. Il y a des moments d’abattement, l’impression que l’univers se ligue contre toi pour te remettre la tête dans l’eau.

C’est aussi pour cela que j’aime tant le Japon. Dans ce pays, il n’y a pas d’opposition entre innovation et tradition. Seul compte le caractère durable des choses.

Il m’a transmis le virus de la curiosité. Depuis, je suis sans cesse à la recherche de rencontres, de livres et de personnes qui pourraient me mettre en défaut sur mes convictions ou m’apprendre un peu plus. L’attractivité ne pouvait pas être que dans l’enjeu d’obtenir des étoiles ou des macarons, il fallait aussi que les collaborateurs ressentent le plaisir de travailler et d’évoluer ensemble.

Les faits ne sont pas négociables. Je me suis fixé une ligne de conduite: être dur avec les faits et bienveillant avec les gens. Cela m’a permis d’éviter de chercher des coupables.

Il faut savoir regarder devant soi. Ne pas se poser la question, ne pas prévoir, c’est ne pas regarder la ligne d’horizon. Et qu’est-ce qu’être vivant sinon regarder la ligne d’horizon?

J’ai fait le tour des prisons en Europe. J’ai à chaque fois vérifié que pour s’en sortir, un prisonnier avait besoin d’un projet en dehors des murs. Ou sinon, c’est une loterie macabre qui dépend de qui vous attend à la sortie.

Nous apprenons aux élèves le geste, le feu et le temps… Les gamins retrouvent quarante recettes en un instant sur leur téléphone. L‘essentiel de l’enseignement est devenu… le geste.

Petit à petit nous avons trouvé notre rythme et notre devise, un acronyme assez bateau: RER pour Rigueur, Engagement, Régularité. Rigueur: trouver le projet. Engagement: lâcher la main du passé. Régularité: être présent pendant les onze semaines sans aucune absence ni retard.

Je préfère l’altruisme à la bienveillance. L’altruisme, c’est aider l’autre à s’épanouir, c’est voir en l’autre un potentiel, un talent.

Le pourquoi est essentiel pour une société mais aussi pour un individu qui veut aborder le monde du travail en homme libre. Pourquoi dois-je me lever le matin?

Aider les gens, c’est d’abord les remettre en situation d’entrer dans le combat. Leur montrer qu’ils peuvent remonter sur le ring. Je ne suis pas obligé de rester dépendant d’une aumône.

Ce que j’aime avec Cuisine mode d’emploi(s), c’est voir que personne n’est assigné à l’échec.

La confiance ne s’écrit pas. On l’acquiert dans l’action. Dans les prises de judo, dans le sport, il n’y a plus de couleurs, il n’y a que le mouvement

Redonner de son expérience à des jeunes est une respiration formidable. Je l’ai vu avec Cuisine mode d’emploi(s) où les anciens sont venus nous aider.

Je me suis donné dix ans sur chacune de mes entreprises pour avoir le meilleur impact social et environnemental possible.

Le combat intéressant est moins dans la réussite individuelle que dans l’urgence collective d’améliorer notre rapport à l’alimentation.

Dans ce même cours, un bon produit se définissait comme : local, durable, repère (marque qui envoie un message sur l’environnement), recyclable et « self-suffisant ». Être self-suffisant consiste à entretenir le produit que l’on a acheté.

Dans un même lieu, je veux rassembler la culture de la terre, la culture du savoir-faire et la culture de l’esprit.

Je veux faire un lieu culturel pour tous les mangeurs. La cuisine, c’est de la culture, de l’échange, du partage. La gastronomie, c’est la culture. Et ce lieu que j’imagine à Paris doit brasser des artisans, des artistes, des agriculteurs, des peintres, des photographes…

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NO PASARÁN, LE JEU, de Christian Lehmann - EDL (roman adolescents)

Merci à Antoine pour son texte:

Résumé:

Éric Cuvelier a 15 ans, un frère engagé à l’armée en Bosnie, une mère qui reste tous les jours au lit, mais surtout, c’est le gamer le plus passionné de son lycée avec Thierry De Boisdeffre et Andréas Salaun.

Thierry De Boisdeffre a également 15 ans, c’est un gamer passionné, mais surtout un pro de l’informatique et il adore bidouiller son ordinateur.

Andréas Salaun est un gars de 17 ans fort et musclé, qui n’hésite pas à employer ses poings quand il est fâché, et aime les blagues puériles, voire dangereuses.

Tout les trois, ce sont des amis que le gaming lie plus que tout, ils sont fondus de jeu sur PC et en raffolent.

Lors d’un voyage scolaire à Londres, ils échappent à une visite guidée de Westminster Abbey avec leur classe et filent se balader dans Londres. Éric aperçoit alors un panneau pour une boutique  «Frenzy Game!» («la frénésie du jeu»)

Ni une ni deux, les trois gars foncent à la boutique, qui pour eux, gamers confirmés, est un paradis.

Un détail choque Éric et Thierry cependant: lors d’une dispute avec le vendeur, les deux garçons remarquent «une simple insigne» sur le manteau de leur ami: une «décoration ancienne» quelconque, sans doute…

Le vendeur donne alors une boîte à Thierry et Éric avec « e jeu» à l’intérieur.

C’est une simple disquette. Il ne doit pas y avoir beaucoup de contenu dedans. Sauf que lorsque Thierry et Éric ouvrent le jeu, une incroyable surprise les attend: une voix-off très réaliste leur demande «choisissez votre mode de jeu». Le jeu comporte des images très réelles en plus.

Mais les deux garçons vont très vite comprendre que ce n’est pas un jeu dans lequel ils sont embarqués, mais un univers surréaliste dans lequel ils devront se battre pour sauver leur vie. Ils découvriront de sombre vérités sur leur «ami» Andréas…

Son avis:

Ce roman est une pépite, car il mêle cyberculture, surréalisme et histoire véridique, dans une intrigue qui nous emporte et nous réserve des surprises du début jusqu’à la fin!

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Avec le temps de Jean-Louis Servan-Schreiber - Albin Michel

Émetteur du verbatim: François C.

Si un ailleurs existe, je ne le saurai qu’à la fin. Mais tant que je suis de ce monde, il vaut mieux que je me prépare à un saut dans le néant.

M’exercer en tous domaines de mon vécu donne un sens à chaque instant que je vis, avec plus d’intensité que jamais auparavant… Désormais il s’agit de se sentir encore vivant. Cet «encore» justifie tous mes efforts.

Mais tant que je ne me réfugie pas dans des souvenirs pour me consoler d’un présent douloureux, c’est que je suis encore bien vivant.

Je me méfie de l’émotion. Je l’associe à des sentiments que je préfère éviter: la colère, la haine, la violence, le désespoir, les décisions instinctives, l’expression bruyante des sentiments. Je les oppose à la rationalité, la tolérance, le calme, la distanciation, la décision réfléchie. Mais je me méfie aussi des émotions généralement recherchées: la passion, l’extase ou la transe.

Réflexion faite, l’âge nous purge efficacement de deux moteurs d’action efficaces mais encombrants: la passion et l’ego… Pourquoi peut-on alors s’en passer sans mal? Du seul fait que la fragilité de sa propre vie devient de plus en plus évidente. Le simple fait de se réveiller, chaque jour, encore présent, est une récompense suffisante pour ne pas en rechercher d’autres, forcément plus compliquées.

La confiance est le socle de l’amour: tout faire pour la préserver et la vivifier constamment. S’il n’y a pas au moins une personne dans ce monde à qui l’on puisse presque tout dire, on est voué à une solitude existentielle.

Je n’ai donc pas d’autre choix que de reprendre de la distance. Le monde s’est à la fois construit et déconstruit sous mes yeux.

Exister se ressent au croisement d’un désir et d’une compétence. Ce que j’aime faire et fais bien me donne le sentiment de jouer un rôle, même minuscule, dans la société où je suis plongé.

Le secret des vieux couples ne serait-il pas qu’ils savent se faire exister mutuellement sans lassitude?

Or ce qui a radicalement changé désormais est que les solutions à trouver sont à l’échelle de la planète. Autant espérer vider la mer avec une louche… Notre vrai déficit est de courage et d’humanisme.

La répétition n’érode pas les plaisirs essentiels, elle les confirme.

Pour autant le désir ne disparaît pas de l’existence, mais il change d’objet et d’intensité. Je valorise désormais ce que je n’aurais naguère considéré que comme des menus plaisirs.

Dans la société d’individualisme technologisé qu’est la nôtre, le réel et les médias traditionnels ne font pas le poids face à la puissance de l’industrie du spectacle, des jeux vidéo et des réseaux sociaux, bref de l’illusion.

Il y a mille manières de mener sa vie, mais j’ai, pour simplifier, classé mes choix entre papillonner agréablement ou creuser un sillon. Même si le second semblait plus austère, je l’ai préféré.

Ce n’est que récemment que sont apparus les fake news et les faits alternatifs, autrement dit les mensonges décomplexés, voire revendiqués.

Smartphone, tablette, ordinateur, télévision, je dispose maintenant d’écrans partout, connectés ensemble et au monde. Incroyable ressource de contacts, de connaissances et de distractions. De mon fauteuil, je suis devenu explorateur de la planète.

Avec le temps je me vois de plus en plus comme un animal parmi les autres.

Si je valorise à ce point la fiabilité pour moi et les autres, c’est que j’ai besoin pour vivre à l’aise de pouvoir faire confiance, de compter sur ceux avec lesquels je suis en rapport.

Le moment est venu de vivre pour vivre, pour chaque jour qui passe, pour chaque proche qui m’entoure, pour le vent, pour la lumière, pour l’odeur des fleurs, pour la musique, qui m’élargit bien au-delà de moi… Le long terme n’est plus dans mes moyens, je ne vois pas de meilleur emploi de mon temps que de cultiver l’instant.

Avec le temps l’important c’est ce qui plaît, à moi ou à ceux que j’aime.

Leurs modes de vie représentaient trop de sacrifices de ce que je considère comme primordial: prendre le temps d’apprécier tout ce qui, à mes yeux, donne de la saveur à mes jours et qui s’apparente davantage au simple, au naturel, au tendre, au souriant, au délicat, au beau… Avec le temps mieux vaut avoir réussi sa vie privée, car c’est tout ce qui reste.

Je suis conscient de mes trois déficits structurels: le doute, l’ignorance et mes limites biologiques. Je n’y changerai rien, je dois vivre avec. Pour transcender mes inévitables limites, celles de toujours comme celles dues à mon âge, je jongle entre l’acceptation (c’est comme ça et ça pourrait être pire) et la résilience (je bouge, je m’exerce, j’écris). Et je remercie chaque jour la providence d’être encore en état de le faire.

Vivre français, c’est bénéficier de tolérance, de liberté d’expression, de protections juridiques, de traditions démocratiques solides. C’est utiliser une langue élégante, riche en nuances et façonnée par une tradition littéraire séculaire. C’est bien sûr aussi pouvoir jouir, si l’on a un minimum de moyens, d’une qualité de vie plus qu’enviable : climat, nature et cuisine.

L’appréciation que je porte sur mes jours et mes heures est donc celle de leur justesse, au sens que peut donner à ce terme un accordeur de piano. Mais il ne suffit pas que tel ou tel instant soit juste selon mes valeurs. J’essaie que l’accord que représente chaque journée soit harmonieux quand ses différents éléments se combinent.

Sur les vingt moments décisifs décrits ici, onze ont relevé du hasard plutôt clément. Neuf de décisions mûries et planifiées. Je ne sais pas si c’est une proportion habituelle. Au moins ai-je évité la monotonie et une existence où tout aurait été voulu et organisé. ça aurait été un long purgatoire.

La mort viendra en son temps, l’accepter revient à me concentrer d’ici là sur ce qui me reste à vivre. La mort aura ma peau, mais avant je peux préserver ma joie de vivre tout en faisant mon possible pour que l’échéance vienne le plus tard possible. Il me semble que je n’en ai plus peur.

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CE QUI VIENT de Stéphane PAOLI - Ed. Les Liens qui libèrent

Émetteur du verbatim: François C.

 

 

 

 

 

(Covid 19) Elle est un anticorps efficace qui peut produire un changement de temporalité, d’échelle, de partage.

(Smartphone) Il est, et demeure, une prothèse schizoïde. Il fait simultanément de nous des êtres libres et dépendants, reliés et isolés, dans et hors du monde.

D’ici à 2050, 300 millions d’habitants connaîtront des inondations au moins une fois par an. Le pire scénario, en Asie, pourrait aller jusqu’à 640 millions de personnes.

Chacun de nous héberge 100 000 milliards de bactéries. L’univers vit en nous, nous vivons en lui.

Paul Virilio décrit un vidéodrome qui crée une mondialisation des affects, une synchronisation des opinions.

Cette obscure étape -l’ordinateur quantique- pose que l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine sans que soient cependant pris en compte les affects, les émotions, les pulsions et les fantasmes, facteurs de choix et de créativité autant que de déviance et de cruauté. La puissance de calcul ne résout pas encore la chimie du corps ni le mystère des affinités.

 

 

Vinciane DESPRET psychologue, docteur en philosophie et éthologue

« Nous ne sommes pas, nous ne sommes plus, seuls au monde. Ce monde est fait d’être pétris d’intentions qui ne sont pas nécessairement les mêmes que les nôtres, et ces intentions constituent bien des réponses, et non des réactions. »

Depuis l’Antiquité, l’homme a fait de lui le centre du monde…Le renoncement au point d’équilibre humain qui nous est proposé par les animaux nous inscrit dans l’univers infini des interactions qui portent le principe de la vie.

Mark Bekoff : « Chaque animal est une manière de connaître le monde. »

 

 

Michel CASSé astrophysicien

« Il y a plus de possibilités, de configurations, d’états possibles de chaque objet dans le désordre que dans l’ordre. »

« Le secret originel se cache dans les dix puissance quarante-trois premières seconde. Gardons le reste, treize milliards d’années ! »

« L’univers n’a ni centre ni bord. La Terre n’est pas au centre du système solaire, le système solaire n’est pas au centre de la galaxie, la galaxie n’est pas au centre de l’univers, l’univers n’est pas au centre des plurivers. Cela fait cinq révolutions coperniciennes. »

La sonde Euclid va photographier en trois dimensions 12 milliards de galaxies et leurs mouvements.

« Les constantes de l’univers sont millimétrées. Qu’elles soient modifiées d’un iota et tout s’effondre. Edulcorer la gravitation serait empêcher la formation des étoiles, car il y aurait moins d’attraction. Impossible de toucher à la vitesse de la lumière ou à la constante de Planck qui régit les atomes, encore moins aux trois dimensions de l’espace, sinon la catastrophe est assurée. »

 

 

Daniel KAPLAN, créateur de Plurality University

(la friction) Ces maladresses, ces inégalités et instabilités existant à l’échelle des micro-organismes. La friction développe des qualités créatives nées des interconnexions à travers les différences.

La variété de ces multiples imaginaires traduits en fictions et en actions établit une convergence avec l’immunologie. Elle trouve sa robustesse dans la différence.

Nos réels s’entrechoquent, les collisions métissent les imaginaires. Le virtuel n’est pas seulement ce qui n’existe pas, mais aussi ce qui pourrait être…Il y a de la jubilation à exercer l’imaginaire, il est libérateur parce qu’il ouvre à l’infini qui est en nous.

 

 

Nicolas LEVY, médecin généticien

La reprogrammation des milliards de lettres du génome humain vient à peine de commencer, s’ouvrant à l’inconnu.

C’est la diversité qui, du point de vue génétique, fait la richesse de l’humanité. Les migrations, les voyages, les échanges sont autant de variétés proposées au génome.

La puissance des data, les triangulations effectuées entre carte vitale, cartes de crédit et identité numérique forment des rets auxquels il est déjà impossible d’échapper. Mais ils vont s’étendre encore.

 

 

Marie-Laure SALLES-DJELIC, directrice de l’Institut de hautes études internationales et du développement

Il est apparu par la généalogie conceptuelle que responsabilité limitée a fini par aboutir à irresponsabilité illimitée.

L’oligopolisation structurelle des capitalismes a fini par gagner jusqu’à la Russie et la Chine.

(hubris) Ainsi de l’économie, crise après crise, elle se reconstruit sans jamais se réformer, cherchant toujours plus de puissance et de vitesse.

Le changement de paradigme doit être le fait de la jeunesse pour un retour au commun et à sa construction sociale contre l’individualisme, à la solidarité entre les âges, à l’ouverture du marché à des modes d’échange nouveaux, à la réinscription de la nature dans la vie quotidienne.

La prospérité inclusive et durable demande une redéfinition des systèmes de production et de consommation, de nouvelles interactions entre eux. Pour cela, écoles et universités doivent faire passer les enfants par le prisme des transitions écologique, sociopolitique, socio-économique et technologique comme étant totalement interpénétrées.

(Polanyi) Sa définition de l’économie sociale et solidaire, marchande, publique et informelle, fait de l’échange, de la redistribution et de la solidarité le moteur de la réciprocité et de l’entraide mutuelle.

 

 

Pierre-Yves OUDEYER, directeur de recherche à l’INRIA

Spontanément, s’est imposée la nécessité du dialogue avec ces machines dites intelligentes, l’auto-organisation poursuivant inlassablement sa prise en compte des interactions.

Les hybridations, fruit de la sélection des bonnes recombinaisons, ont fait leurs preuves dans l’évolution des espèces. Elles se sont opérées de façon aléatoire, telle la toile d’araignée, créant de nouvelles fonctions biologiques, de nouvelles formes corporelles.

D’une certaine façon, les dieux grecs, accessibles aux humains, préfiguraient les surcapacités de traitement et de calcul des ordinateurs.

 

 

Marc AUGé, anthropologue

Il y a des milliards de systèmes solaires dans notre galaxie, des milliards de galaxies dans notre univers connu…Comment souscrire à l’idée de Dieu veillant au salut de chacun ?

Pour lui, le rapport entre identité et altérité conditionne la construction de chacun, par opposition ou par complémentarité.

Pour penser l’univers mieux que l’appréhender, il y faudra la mise en réseau de toutes les formes possibles d’intelligence, bactériennes, animales, végétales, minérales et humaines.

« Les interactions créent de façon continue des situations aléatoires. »

« Frontière est un beau mot. Il s’oppose à barrière. La frontière est un seuil, linguistique, culturel, il appelle à son franchissement. La frontière est un lieu de passage, la barrière est un empêchement. L’espace est la prochaine frontière. Insensiblement, nous nous préparons à partir. Le voyage vers les exoplanètes, ce sera une sacrée migration ! »

 

 

Claudie HAIGNERé, Conseillère du directeur général de l’Agence spatiale européenne

L’effet de surplomb, l’overview effect, est décrit comme « une épiphanie spirituelle qui change pour toujours la perspective sur l’humanité. »

« Voir d’en haut nous redonne le temps et la distance. Ce dont parlent les spationautes qui ont eu cette expérience, c’est de la prise de distance. »

Pour toutes les agences spatiales, la planète Mars, objectif ultime de l’exploration habitée de l’espace lointain, le deep space, exige une phase d’apprentissage qui est la Lune et sa surface.

Avec aussi Michel Cassé, qui dit des humains qu’ils sont de la poussière d’étoile, un agrégat complexe d’éléments divers venus d’un infini sans bord ni centre.

 

 

Pierre CHOUKROUNE, géologue, professeur à l’université Aix-Marseille

Pour un géologue, demain, c’est quatre milliards d’années, et la Terre est à mi-course. Elle a derrière elle quatre milliards d’années d’existence, devant elle encore quatre milliards et ce sera la fin. Pour le Soleil aussi.

Sur Terre, les basaltes forment le fond des océans, les granits, la partie supérieure des continents. La géologie, c’est très simple, il n’y a que les granits et les basaltes… les continents c’est du granit, les océans du basalte.

Les systèmes vivants sont métastables ou instables, mais jamais stables, leur fonctionnement étant le fait d’un grand nombre de facteurs variants et interdépendants.

Crise ou catastrophe, les cycles sont nombreux, liés à la position du Soleil et à la rotation de la Terre. Ils ne sont pas nécessairement chronologiques. Nul ne peut savoir si les températures décroîtront un jour, ni quand interviendra, ou pas, une nouvelle glaciation.

L’élan pourrait être commun qui mette fin à la misère et à la faim. Il coûterait moins cher que d’aller sur Mars.

 

 

Dominique MARANINCHI, cancérologue

En physiopathologie, la cellule et complexe…ensuite un tissu humain l’est encore plus, puis le tissu qui constitue un organe est d’un degré de raffinement toujours plus important, et enfin l’organisme qui abrite toute la machinerie et qui la fait danser dans le rythme est un univers pour la cellule. L’extraordinaire est que l’environnement modifie ces complexités organiques en permanence à l’échelle des microsecondes comme à celle des années.

Ce qui vient est la puissance de la médecine nucléaire. Le PET scan, pour tomographie par émission de positons, est la dernière avancée de l’imagerie médicale. Il permet de mesurer en trois dimensions l’activité métabolique ou moléculaire d’un organe grâce à des émissions de positons, qui sont des antiparticules de l’électron.

Ce qui vient, dans la continuité de l’amélioration et de la finesse des outils technologiques, est la personnalisation des traitements. Elle implique la révision du dogme de la moyenne statistique. Il n’est plus possible de raisonner par argument de fréquence, car si l’on accepte le principe de la diversité, des cas extrêmes vont obligatoirement se présenter. Ils vont obliger les médecins au pas de côté.

Il veut que la recherche découvre, innove, fabrique et installe partout dans les populations les moyens de guérir…c’est par l’humain qu’on peut tout changer.

 

 

Thierry FABRE, directeur du programme Méditerranée de l’Institut méditerranéen de recherche avancée

Ce qui vient sera le choix politique entre repli identitaire et ouverture, enrichissement mutuel de part et d’autre de la Méditerranée ou guerre.

La Méditerranée est un « entre-monde ». Son histoire sur le plan philosophique, culturel, artistique, s’est construite par la présence de l’Autre, juif, musulman, chrétien. C’est cette fertilité de l’Autre qui est venue à manquer.

Règnent la peur de l’immigration, la thèse du grand remplacement, l’abomination de la mort quotidienne d’humains de tous âges en Méditerranée pour laquelle l’Europe et les médias, qui inscrivent ces tragédies entre deux averses de grêle dans les journaux télévisés, devront un jour rendre des comptes.

Il n’y a qu’une alternative, se conjoindre ou se combattre. Or nous avons une culture et un imaginaire communs, issus de la mémoire profonde du premier grand bassin de civilisation, la Méditerranée. Nous pouvons inventer un humanisme méditerranéen du XXIème siècle face à la digitalisation mondiale

 

 

Jean VIARD, sociologue, directeur de recherche au CNRS et au Cevipof

Les virus peuvent être de grands prédateurs, ils attaquent alors les proies les plus faibles, cette fois la mondialisation.

Ils voyaient dans la crise du Covid-19 le symptôme d’une « mal-organisation du monde » favorisant la prolifération d’événements incontrôlables dans une dimension de déstabilisation systémique.

« Partout, c’est le vivre-ensemble, au sens immédiat et vital du terme qui s’impose…L’altruisme s’impose à la majorité parce que tout le monde connaît plus vulnérable que soi. Avoir pris la décision de couper tous les liens sociaux pour éradiquer le virus a fait prendre conscience de la multiplicité et de la nécessité des interactions sociales. »

« La carte en silos avec laquelle nous avons construit nos sociétés est périmée. Le virus va être un accélérateur de transition, la dimension territoriale des sociétés à venir sera le local, la ré-identification par les lieux. »

« Les lobbies de l’économie ultralibérale ne cèderont rien de leurs emprises, mais le marché des idées et des idéologies nouvelles est ouvert. »

 

 

Laurence DEVILLERS, professeure en informatique appliquée aux sciences sociales à l’université Paris-Sorbonne

« Si le coronavirus profite d’autant plus des interdépendances globales qu’il est invisible, les actions des machines et leurs raisonnements sont invisibles aussi. C’est la raison pour laquelle il faut se préoccuper d’éthique et de transparence, et réveiller les consciences sur l’écosystème entourant le réseau de flux qui quadrille la Toile et finalement en fait un piège. »

Kara Swisher « Les entreprises technologiques, servies par la pandémie planétaire, ont à ce point resserré leur emprise que leur domination va devenir effrayante. »

 

 

Nathalie OBADIA, galeriste d’art contemporain à Paris et Bruxelles

Oui, l’art contemporain a été le courant qui a fait passer le meilleur et le pire, comme Internet aujourd’hui.

Où sont donc les rebelles en peinture ? Chez les Noirs…La force de l’Amérique se trouve dans cette manière de se renouveler grâce aux revendications ethniques et liées au genre, de faire entrer les minorités dans les systèmes de reconnaissance et marchands.

 

 

Thierry de MONTBRIAL, président fondateur de l’IFRI

C’est à partir des années 1970 que les technologies de communication et d’information ont changé le paysage mondial, comme le nucléaire avait métamorphosé le monde de l’armement…La révolution numérique est la cause commune à l’effondrement de l’URSS et à la globalisation-mondialisation.

Au contraire du monde compartimenté de la guerre froide, nous n’avons jamais eu autant besoin de coordination, de réponses systémiques, et nous détruisons les instances de régulation.

Il est impossible de déplier et d’analyser dans le détail la totalité des interdépendances. Les systèmes complexes y opposent une impossibilité radicale.

Se produira un jour une pandémie numérique, elle détruira le système bancaire mondialisé, elle fera tomber les avions. Cela arrivera en raison de la complexité de leurs interdépendances. Mais quand ?

Sans une adaptation drastique de la gouvernance planétaire, de grands drames mondiaux redeviendraient possibles et même probables.

Une étape supplémentaire dans la prise de conscience de l’unité du monde, appelant trois grands chantiers : celui de la gestion de la crise, celui des modèles futurs et celui de la reconfiguration du système international…Plus que jamais, la nécessité s’impose d’une reprise de la coopération.

Faire émerger de nouvelles solidarités s’ouvrant à la vision repensée d’un indispensable multilatéralisme.

 

 

Naissent ainsi des idées nouvelles, des hybridations, des échanges. Ils produisent le fracas silencieux de la connaissance. Elle n’a pas de centralité, son arborescence est elle-même une toile infinie, des milliards de fois retissée par des milliards de milliards d’organismes vivants dans des échelles et des temporalités différentes.

Ces savants observent, acceptent tout « ce qui vient », construisent et déconstruisent, animés de l’envie de comprendre. Ils posent sans crainte la question la plus difficile. Il y a toujours un pourquoi du pourquoi. La vie y trouve sa raison d’être à tâtons, par hasard, par alliances aléatoires plus que par nécessité.

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L'intimité d'Alice Ferney - Actes Sud

Coup de cœur d'Élodie (ancienne collègue et libraire à la librairie De fil en page): Une libraire féministe, célibataire par conviction, qui a décidé de longue date qu’elle ne serait pas mère ; un père architecte qui cherche une nouvelle compagne ; une enseignante fière de son indépendance qui s’est inscrite sur un site de rencontres. À travers leurs aspirations, leurs craintes, leurs choix, l’autrice illustre les différentes manières de former un couple, d’être un parent, de donner (ou non) la vie.

Entre dialogue philosophique et comédie de mœurs contemporaine, le récit ausculte une société qui repousse les limites de la nature et interroge celles de l’éthique pour satisfaire au bonheur individuel et familial.

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