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IKIGAI - Le secret des Japonais pour une vie longue et heureuse d'Hector GARCIA et Francesc MIRALLES - Fleuve et Pocket 2017

Émetteur du résumé : François C.

Ikigai ; le secret des japonais pour une vie longue et heureuse PHILOSOPHIE IKIGAI L’art de vieillir en restant jeune

Vocation: Ce dont le monde a besoin.

Mission: Ce que tu aimes.

Passion: Ce dans quoi tu es bon.

Profession: Ce pourquoi tu peux être payé.

Les cinq zones bleues de la plus grande longévité:

Okinawa, Japon

Sardaigne, Italie

Loma Linda, Californie

Péninsule de Nicoya, Costa Rica

Icarie, Grèce

CLÉS ANTI-ÂGE Les facteurs quotidiens qui favorisent un long et plaisant chemin

L’une des règles essentielles pour rester jeune est de conserver un esprit actif, souple et capable de continuer à apprendre.

Le stress favorise le vieillissement cellulaire, car il altère les télomères des cellules… Plus le stress était important, plus grand était l’effet dégénératif produit sur ces cellules.

Côté positif du stress contrôlé. «Ceux qui vivent avec un faible niveau de stress s’efforcent d’avoir des habitudes saines, fument moins et consomment moins d’alcool».

La sédentarité peut favoriser l’apparition de l’hypertension, les déséquilibres de l’alimentation, les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose, voire certains cancers.

Les personnes qui vivent très longtemps partagent deux attitudes déterminantes: la pensée positive et un niveau élevé d’expressivité émotionnelle.

MAÎTRES DE LONGUE VIE Témoignages des centenaires d’Orient et d’Occident

Le sens de la communauté des Japonais et le fait qu’ils s’efforcent de rester occupés jusqu’à leur mort sont fondamentaux pour vivre longtemps.

Pour être toujours actifs, même quand il n’y a pas de nécessité à travailler, il faut avoir un ikigai à l’horizon, un objectif qui guide la personne tout au long de sa vie et la pousse à créer de la beauté et de l’utilité pour la communauté et pour elle-même.

DE LA LOGOTHÉRAPIE À L’IKIGAI De l’importance de trouver un sens à l’existence pour vivre mieux et plus longtemps

La logothérapie (Frankl) pousse le patient à découvrir consciemment le sens de sa vie afin d’affronter sa névrose.

Pour Frankl, l’homme qui affronte ses problèmes et transforme ses objectifs en activités pourra regarder en arrière avec sérénité en vieillissant… Il aura accumulé un ensemble d’expériences de vie qui lui prouveront qu’il a vécu par et pour quelque chose.

ENTRER DANS LE FLOW AVEC CHAQUE TÂCHE Comment transformer le travail et le temps libre en un espace de développement

. Technique 1 pour le flow: choisir un défi suffisamment ardu, mais pas trop.

. Technique 2 du flow: avoir des objectifs concrets et clairs.

. Technique 3 du flow: concentration sur une seule tâche.

Les artistes savent à quel point il est important de protéger son espace personnel, d’être à l’abri des distractions afin de pouvoir se consacrer à son ikigai.

Vacances instantanées: la méditation, une station balnéaire à disposition dans notre esprit, susceptible de nous procurer des vacances instantanées. Il s’agit simplement d’y pénétrer, ce que nous avons tous le pouvoir de faire avec un peu de pratique.

INSPIRATIONS DES CENTENAIRES Traditions et devises de vie d’Ogimi pour une existence longue et heureuse

. Une vie en communauté.

. Célébrer ensemble chaque jour.

. «Le chemin des dieux», religion première des royaumes d’Okinawa, mêle des éléments du taoïsme chinois, du confucianisme, du bouddhisme et du shintoïsme, ainsi que du chamanisme et de l’animisme.

Les interviews: 1. Ne pas s’inquiéter ; 2. Adopter de bonnes habitudes ; 3. Cultiver les amitiés chaque jour ; 4. Vivre sans hâte ; 5. Être optimiste.

LE RÉGIME IKIGAI Ce que mangent et boivent les gens les plus âgés du monde

. Les natifs consomment une grande variété d’aliments, essentiellement d’origine végétale.

. Ils mangent au moins cinq fruits et légumes par jour.

. Les céréales constituent la base du régime alimentaire.

. Ils consomment très peu de sucre sous forme directe.

. «Le ventre rempli à 80%» : la loi des 80%, concept dénommé hara hachi bu.

. Les secrets du thé vert.

BOUGER DOUCEMENT, C’EST VIVRE PLUS LONGTEMPS Exercices orientaux favorisant la santé et la longévité

. Échauffement matinal

. Yoga

. La salutation au soleil

. Taï-chi

. Qi gong

. Shiatsu

. Mieux respirer pour vivre plus longtemps

RÉSILIENCE ET WABI-SABI Comment affronter les problèmes et les changements de la vie en évitant le stress et l’anxiété, sources de vieillissement prématuré

La résilience n’est pas seulement la capacité à persévérer et à continuer à lutter à tout moment… C’est également une attitude que nous pouvons cultiver pour nous concentrer sur ce qui est important plutôt qu’urgent dans la vie, sans nous laisser mener par des émotions négatives.

L’un des mantras les plus employés dans le bouddhisme se concentre sur le contrôle des émotions négatives: Om mani padme hüm où Om est la générosité qui purifie l’ego, Ma l’éthique qui purifie la jalousie, Ni la patience qui purifie les passions et les désirs, Pad la célérité qui purifie les préjugés, Me le renoncement à la convoitise, et Hüm la sagesse qui purifie la haine.

Le wabi-sabi est un concept japonais qui enseigne la beauté de la nature périssable, changeante et imparfaite de tout ce qui nous entoure.

Un concept japonais complémentaire serait l’ichi-go ichi-e, qui pourrait se traduire par: «Ce moment n’existe que maintenant et ne reviendra pas».

L’ichi-go ichi-e nous apprend à nous concentrer sur le présent et à jouir de chaque instant unique que nous offre la vie. Aussi cela vaut-il la peine de découvrir et de suivre notre propre ikigai.

Le wabi-sabi nous apprend à apprécier la beauté de l’imparfait comme opportunité de développement.

La vie est une pure imperfection, d’après le wabi-sabi, et le passage du temps nous prouve que tout est éphémère, mais avec un ikigai défini, chaque moment recèle tant de possibilités qu’il représente une sorte d’éternité.

Épilogue IKIGAI UN ART DE VIVRE

10 lois de l’ikigai:

  1. Restez toujours actif, ne prenez jamais votre retraite.
  2. Prenez les choses calmement.
  3. Ne mangez pas à satiété : « moins, c’est plus ».
  4. Entourez-vous de bons amis.
  5. Soyez en forme pour votre prochain anniversaire.
  6. Souriez. Il est bon de se rendre compte des choses qui vont mal, mais il ne faut pas oublier le privilège d’être ici et maintenant, dans ce monde plein de possibilités.
  7. Reconnectez-vous avec la nature.
  8. Remerciez.
  9. Vivez l’instant. Tout ce que vous avez est aujourd’hui. Faites-en la meilleure utilisation possible pour que cela mérite de s’en souvenir.
  10. Suivez votre Ikigai. En vous, il y a une passion, un talent unique qui donne du sens à vos journées et vous pousse à donner le meilleur de vous-même jusqu’à la fin. Si vous ne l’avez pas encore trouvé, comme le disait Victor Frankl, ce sera votre prochaine mission.
Nous vous souhaitons une vie longue, heureuse et pleine de sens. Merci d’être là.

*

Avec le temps de Jean-Louis Servan-Schreiber - Albin Michel

Émetteur du verbatim: François C.

Avec le temps...Si un ailleurs existe, je ne le saurai qu’à la fin. Mais tant que je suis de ce monde, il vaut mieux que je me prépare à un saut dans le néant.

M’exercer en tous domaines de mon vécu donne un sens à chaque instant que je vis, avec plus d’intensité que jamais auparavant… Désormais il s’agit de se sentir encore vivant. Cet «encore» justifie tous mes efforts.

Mais tant que je ne me réfugie pas dans des souvenirs pour me consoler d’un présent douloureux, c’est que je suis encore bien vivant.

Je me méfie de l’émotion. Je l’associe à des sentiments que je préfère éviter: la colère, la haine, la violence, le désespoir, les décisions instinctives, l’expression bruyante des sentiments. Je les oppose à la rationalité, la tolérance, le calme, la distanciation, la décision réfléchie. Mais je me méfie aussi des émotions généralement recherchées: la passion, l’extase ou la transe.

Réflexion faite, l’âge nous purge efficacement de deux moteurs d’action efficaces mais encombrants: la passion et l’ego… Pourquoi peut-on alors s’en passer sans mal? Du seul fait que la fragilité de sa propre vie devient de plus en plus évidente. Le simple fait de se réveiller, chaque jour, encore présent, est une récompense suffisante pour ne pas en rechercher d’autres, forcément plus compliquées.

La confiance est le socle de l’amour: tout faire pour la préserver et la vivifier constamment. S’il n’y a pas au moins une personne dans ce monde à qui l’on puisse presque tout dire, on est voué à une solitude existentielle.

Je n’ai donc pas d’autre choix que de reprendre de la distance. Le monde s’est à la fois construit et déconstruit sous mes yeux.

Exister se ressent au croisement d’un désir et d’une compétence. Ce que j’aime faire et fais bien me donne le sentiment de jouer un rôle, même minuscule, dans la société où je suis plongé.

Le secret des vieux couples ne serait-il pas qu’ils savent se faire exister mutuellement sans lassitude?

Or ce qui a radicalement changé désormais est que les solutions à trouver sont à l’échelle de la planète. Autant espérer vider la mer avec une louche… Notre vrai déficit est de courage et d’humanisme.

La répétition n’érode pas les plaisirs essentiels, elle les confirme.

Pour autant le désir ne disparaît pas de l’existence, mais il change d’objet et d’intensité. Je valorise désormais ce que je n’aurais naguère considéré que comme des menus plaisirs.

Dans la société d’individualisme technologisé qu’est la nôtre, le réel et les médias traditionnels ne font pas le poids face à la puissance de l’industrie du spectacle, des jeux vidéo et des réseaux sociaux, bref de l’illusion.

Il y a mille manières de mener sa vie, mais j’ai, pour simplifier, classé mes choix entre papillonner agréablement ou creuser un sillon. Même si le second semblait plus austère, je l’ai préféré.

Ce n’est que récemment que sont apparus les fake news et les faits alternatifs, autrement dit les mensonges décomplexés, voire revendiqués.

Smartphone, tablette, ordinateur, télévision, je dispose maintenant d’écrans partout, connectés ensemble et au monde. Incroyable ressource de contacts, de connaissances et de distractions. De mon fauteuil, je suis devenu explorateur de la planète.

Avec le temps je me vois de plus en plus comme un animal parmi les autres.

Si je valorise à ce point la fiabilité pour moi et les autres, c’est que j’ai besoin pour vivre à l’aise de pouvoir faire confiance, de compter sur ceux avec lesquels je suis en rapport.

Le moment est venu de vivre pour vivre, pour chaque jour qui passe, pour chaque proche qui m’entoure, pour le vent, pour la lumière, pour l’odeur des fleurs, pour la musique, qui m’élargit bien au-delà de moi… Le long terme n’est plus dans mes moyens, je ne vois pas de meilleur emploi de mon temps que de cultiver l’instant.

Avec le temps l’important c’est ce qui plaît, à moi ou à ceux que j’aime.

Leurs modes de vie représentaient trop de sacrifices de ce que je considère comme primordial: prendre le temps d’apprécier tout ce qui, à mes yeux, donne de la saveur à mes jours et qui s’apparente davantage au simple, au naturel, au tendre, au souriant, au délicat, au beau… Avec le temps mieux vaut avoir réussi sa vie privée, car c’est tout ce qui reste.

Je suis conscient de mes trois déficits structurels: le doute, l’ignorance et mes limites biologiques. Je n’y changerai rien, je dois vivre avec.

Pour transcender mes inévitables limites, celles de toujours comme celles dues à mon âge, je jongle entre l’acceptation (c’est comme ça et ça pourrait être pire) et la résilience (je bouge, je m’exerce, j’écris). Et je remercie chaque jour la providence d’être encore en état de le faire.

Vivre français, c’est bénéficier de tolérance, de liberté d’expression, de protections juridiques, de traditions démocratiques solides. C’est utiliser une langue élégante, riche en nuances et façonnée par une tradition littéraire séculaire. C’est bien sûr aussi pouvoir jouir, si l’on a un minimum de moyens, d’une qualité de vie plus qu’enviable: climat, nature et cuisine.

L’appréciation que je porte sur mes jours et mes heures est donc celle de leur justesse, au sens que peut donner à ce terme un accordeur de piano. Mais il ne suffit pas que tel ou tel instant soit juste selon mes valeurs. J’essaie que l’accord que représente chaque journée soit harmonieux quand ses différents éléments se combinent.

Sur les vingt moments décisifs décrits ici, onze ont relevé du hasard plutôt clément. Neuf de décisions mûries et planifiées. Je ne sais pas si c’est une proportion habituelle. Au moins ai-je évité la monotonie et une existence où tout aurait été voulu et organisé. Ca aurait été un long purgatoire.

La mort viendra en son temps, l’accepter revient à me concentrer d’ici là sur ce qui me reste à vivre. La mort aura ma peau, mais avant je peux préserver ma joie de vivre tout en faisant mon possible pour que l’échéance vienne le plus tard possible. Il me semble que je n’en ai plus peur.

*

Il est midi à Pékin, le monde à l'heure chinoise de Eric Chol et Gilles Fontaine - Editions Fayard

Émetteur du verbatim: François C.

Il est midi à Pékin1. Il est midi à THITU, en mer de Chine méridionale. Bataille navale autour de cailloux stratégiques.

En quelques années, une stratégie d’expansionnisme rampant a permis à la Chine de devenir d’une part l’acteur incontournable de mer de Chine méridionale -espace maritime jouant un rôle géopolitique et stratégique de premier plan parce que commandant l’accès au détroit de Malacca par où transitent 80% des importations d’énergie chinoise; d’autre part un géant invincible, en tout cas pour les puissances riveraines (Philippines, Vietnam, Brunei, Indonésie, Malaisie, Taïwan).

2. Il est 11 heures à TOMSK, en Sibérie occidentale. Ces pins sylvestres qu’on abat.

Devenu le premier importateur et le premier exportateur de bois dans le monde, l’Empire du Milieu dévore les forêts de la planète… La Russie, qui abrite un quart des réserves de bois de la planète, fournit désormais presque un tiers du bois chinois.

3. Il est 11 heures à la base de ZHONGSHAN, dans l’Antarctique. Un aéroport en glace pour les avions chinois.

Depuis que la présence chinoise sur le continent glacé a été érigée comme une priorité par Pékin, ses quatre bases scientifiques y déploient une activité intense.

Et si, en plaçant ses nombreux pions un peu partout dans le pôle Sud, Pékin n’était pas tout simplement en train de prendre date pour l’avenir? Car l’Antarctique, avec ses innombrables ressources (poissons, hydrocarbures, minéraux, sciences…) fait figure de nouvelle frontière pour les autorités chinoises.

4. Il est 10 heures à KHORGOS. Le Kazakhstan, épicentre de la route de la soie.

Khorgos est le point de passage obligatoire par rail entre l’Orient et l’Occident… Elle ne constitue qu’une des innombrables étapes d’un colossal projet d’infrastructures derrière lequel cent trente-et-un pays se sont déjà engagés.

Le Kazakhstan tient une position géostratégique unique… Il est devenu le premier producteur mondial d’uranium.

5. Il est 9 h 30 à CHENNAI, dans le Tamil Nadu, en Inde. Le grand retour de l’Hindi Chini bhai-bhai «Indiens et Chinois sont frères»).

Les Chinois semblent avoir gardé le goût de la bougeotte malgré l’essoufflement de la croissance du pays observé en 2018… Les déplacements internationaux ont quant à eux poursuivi leur progression pour atteindre 148 millions contre 10 millions en 2000.

Pour maintenir leur avance, les grands groupes chinois de voyages touristiques se sont lancés dans une véritable course contre la montre pour prendre des parts de marché à l’international hors de Chine.

6. Il est 9 heures à KARACHI, au Pakistan. Un corridor sous haute protection.

Les intérêts chinois dans le pays ont été la cible d’attaques récurrentes.

Depuis, les comptes et les mécomptes de la partie pakistanaise des routes de la soie ont montré que les disputes familiales pouvaient aussi exister entre Pékin et Islamabad mais que face au frère ennemi indien commun, il était indispensable de faire alliance.

7. Il est 8 heures à DUQM, dans le sultanat d’Oman. La future Singapour des sables.

En prenant pied dans le sultanat d’Oman, Pékin voit aussi un moyen d’étendre son influence au Moyen-Orient.

En 2018, Pékin a promis 23 milliards de dollars de prêts à une vingtaine d’Etats du Moyen-Orient et signé pour 28 milliards de contrats d’investissements dans la région.

En prenant pied sur la côte omanaise, la Chine complète un axe naval, qui part de Gwadar, au Pakistan, passe par Duqm, et se termine à Djibouti, où elle a ouvert en 2017 sa première base navale.

8. Il est 7 heures à TEL-AVIV. Les Israéliens confient leurs grands travaux à Pékin.

L’écosystème israélien s’est beaucoup rapproché de la sphère chinoise depuis quelques années.

La reprise en main du port de Haïfa par l’empire du Milieu provoque de violentes polémiques dans le pays et jusqu’aux Etats-Unis.

9. Il est 7 heures à DJIBOUTI. L’acquisition de la caserne du monde.

Situé à la porte d’entrée du continent africain, Djibouti est bordé sur son flanc occidental par l’Ethiopie, et sur son flanc oriental par la mer Rouge et le golfe d’Aden…De Djibouti, on peut contrôler l’accès au canal de Suez comme celui à l’océan Indien.

10. Il est 6 heures à HARARE, au Zimbabwe. Quand la Chine exporte sa vision de la société numérique idéale.

Les entreprises chinoises sont ici chez elles. Le Zimbabwe et ses 14 millions d’habitants sont soutenus à bout de bras par Pékin, politiquement et financièrement, depuis des années.

La Chine, dans la région, cherche à exporter son modèle de société sous surveillance permanente et généralisée… Au Zimbabwe, Pékin développe le volet numérique de son initiative Ceinture et Route. Dans sa version digitale, ce projet prévoit de déployer des dizaines de milliers de fibres optiques à travers le globe pour constituer un vaste réseau de télécommunications sur lequel les données circuleraient à la vitesse de la lumière. Des flux d’informations en tout genre que les autorités chinoises pourraient contrôler à leur gré… Dans le cas du Zimbabwe, aucune loi ne permet d’encadrer l’action des algorithmes chinois ni de protéger les données personnelles des citoyens.

11. Il est 6 heures à DUISBURG. La China Railway Corporation ranime la Ruhr.

A la confluence du Rhin et de la Ruhr, Duisburg relie les ports de Rotterdam, de Zeebruge et d’Anvers. La ville est à la croisée de plusieurs autoroutes et les aéroports de Cologne et Düsseldorf sont à proximité.

12. Il est 6 heures à LYON. Le foot-business enfile les crampons chinois.

Le président Xi Jinping a ordonné de faire du football une grande cause nationale… Avec pour objectif d’organiser prochainement la Coupe du monde… D’ici là, le pays devra compter 50 millions de pratiquants en 2020, se classer parmi les meilleures nations asiatiques en 2030 et surclasser le reste du monde en 2050.

Le modèle chinois du foot-business est pensé et planifié dans les plus hautes sphères du parti communiste. C’est un mélange d’apprentissage empirique et de partenariats stratégiques saupoudré de nouvelles technologies disruptives.

13. Il est 6 heures à COLMAR. Le Chinese Restaurant en version alsacienne.

La France ne pouvait rêver d’une meilleure promotion de son patrimoine touristique en Chine… En 2018, 2,2 millions de touristes chinois ont visité la France, dépensant au total 4 milliards d’euros.

Pékin a parfaitement conscience de disposer avec son levier touristique d’une arme puissante. Et entend s’en servir pour encourager ou punir des pays, en fonction de l’humeur diplomatique du moment.

14. Il est 6 heures à PAUILLAC, dans le Bordelais. La course aux grands crus a commencé.

Cent cinquante-quatre châteaux bordelais sont détenus par des investisseurs chinois, soit environ 3% des surfaces viticoles de la région.

En matière de vins, l’offensive de la Chine sur le patrimoine bordelais ne fait que commencer.

15. Il est 5 heures à TENKE FUNGURUME, en République démocratique du Congo. Les Chinois en tête de la course au cobalt.

L’industrie chinoise a fini par imposer sa suprématie sur toute la chaîne d’approvisionnement, depuis l’extraction du minerai en République démocratique du Congo jusqu’aux usines produisant des batteries devant équiper les nouvelles générations de voitures électriques.

En menant de bout en bout la course pour l’approvisionnement en cobalt et sa transformation, les acteurs chinois se sont mis en position de dicter leur loi au reste de la planète.

16. Il est 5 heures à LONDRES. Sunmi, le tiroir-caisse du futur.

L’ambition de Sunmi est de s’imposer aussi dans les terminaux de paiement, toujours en repoussant les barrières technologiques… Le Naga Saag de Londres n’est qu’au début de sa révolution digitale.

17. Il est 4 heures à ELMINA, au Ghana. Pirogues contre chalutiers.

Troisième port du Ghana… Concurrence déloyale des chalutiers chinois qui raclent les fonds de mer et épuisent les ressources du golfe de Guinée.

Désireuse de calmer les mécontentements, la Chine agit avec le Ghana, comme elle le fait partout ailleurs: en promettant toujours plus d’investissements et en se rendant indispensable.

18. Il est 3 heures dans l’ATLANTIQUE SUD. La prochaine guerre sera celle des câbles sous-marins.

Huawei s’est imposé dans cette industrie de la pose de câbles sous-marins avec la même rapidité et la même efficacité que lorsqu’il s’est lancé sur le marché des équipements télécoms, puis sur celui des smartphones.

Visée: faire de la Chine l’un des plus importants centres mondiaux de communication par câbles sous-marins d’ici une décennie ou deux. Pour Huawei et ses pairs, la liaison de 6 000 kilomètres, entre Fortaleza au Brésil et Kribi au Cameroun, ne constitue donc qu’un banc d’essai.

19. Il est 2 heures à NARSAQ, à la pointe sud du Groenland. Premiers de cordée dans l’Antarctique.

La Chine n’a de cesse qu’elle n’avance ses pions au Groenland, avec des méthodes parfois étonnantes… Pas encore opérationnelle, la mine de Kvanefjeld prend déjà des allures de jackpot pour ses investisseurs.

20. Il est 1 heure dans la province de NEUQUEN. Une base spatiale dans la pampa argentine.

La China National Space Agency (CNSA) est militaire, soutenue sans restriction par le gouvernement qui a fait de la conquête spatiale l’une de ses priorités absolues… En 2018, la Chine s’est placée devant ses rivaux américains et russes en réalisant le plus grand nombre de lancements de fusées: trente-sept sur un total mondial de cent trois.

21. Il est minuit à CARACAS, au Venezuela. Les mirages de Chavez.

Au total, l’addition des dix-huit prêts octroyés par la Chine à Caracas entre 2007 et 2018 s’élève à 67,2 milliards de dollars; c’est comme si les Chinois avaient prêté à chacun des trente millions de Vénézuéliens 2 240 dollars!

A mesure qu’ils éclatent, ces scandales laissent entrevoir un labyrinthe de ramifications financières bâties au fil du temps entre les ténors du régime chaviste et les entreprises chinoises.

22. Il est minuit à NEW YORK. L’ONU aux caractéristiques chinoises.

Cet activisme onusien de la part de la Chine ne doit rien au hasard… Très vite, Pékin a compris que sa présence à tous les étages de l’ONU pouvait servir à orchestrer une immense opération de lobbying en faveur de son initiative Ceinture et Route.

23. Il est minuit à NEW YORK. Le drapeau rouge flotte sur le Waldorf Astoria.

En 2014, l’annonce du rachat du Waldorf Astoria par l’assureur chinois Anbang auprès du fonds américain Blackstone avait provoqué un mini séisme dans le milieu de l’immobilier new-yorkais et déclenché un vent de panique au plus haut niveau des Etats-Unis.

24. Il est minuit à OAK RIDGE, Tennessee. La bataille des supercalculateurs.

La lutte entre les deux superpuissances dans l’univers des supercalculateurs se règle à coups de dizaines de milliards de dollars d’investissements…Visée: dominer une technologie qui permettrait de multiplier de façon exponentielle la vitesse et la puissance de ces supercalculateurs.

25. Il est 23 heures à AUSTIN, Texas (J-1). Confucius, fer de lance de la propagande du Parti communiste chinois.

Grâce à cette présence sur le terrain, qui constitue une formidable machine de softpower, Pékin espère réussir à imposer sa vision du monde… Ces organisations serviraient de plateforme pour la collecte de renseignements et le programme politique de la Chine.

26. Il est 22 heures à CULIACAN, au Mexique (J-1). Venir à bout de la «China girl».

Sniffé, inhalé ou avalé, le fentanyl, cet opiacé synthétique en partie made in China a un effet cinquante fois plus puissant que l’héroïne.

Le gouvernement central chinois a-t-il les moyens de surveiller l’activité des cent soixante mille usines chimiques et pharmaceutiques du pays ? Si ce n’est pas le cas, la «China girl» n’a sans doute pas fini de faire des ravages, aux Etats-Unis et ailleurs.

27. Il est 21 heures à VANCOUVER, au Canada (J-1). La bombe Huawei vient d’exploser.

Huawei symbolise l’incroyable puissance technologique de la Chine qui a su, en trois décennies, imposer ses champions au meilleur niveau mondial… Au total, Huawei employait, en 2018, une armée de plus de quatre vingt mille chercheurs dans le monde, soit 45% de son effectif total.

En réalité, les opérateurs ont un vrai dilemme : on leur demande de se passer des matériaux les plus performants et les moins onéreux du marché au moment où ils s’apprêtent à déployer leurs nouveaux réseaux mobiles de cinquième génération.

28. Il est 21 heures à HOLLYWOOD (J-1). OPA chinoise sur les studios américains.

La Chine est désormais omniprésente à Hollywood… Entre 1997 et 2013, douze des cent blockbusters américains ont été en partie financés par des capitaux chinois.

Tout comme l’Amérique dans les années 1950, Pékin a compris comment mettre l’industrie cinématographique au service d’une puissante machine de propagande.

29. Il est 20 heures sur l’île CLIPPERTON, dans l’océan pacifique (J-1). Des nodules et des drones à vingt mille lieues sous les mers.

Pékin en est convaincu: la route de la soie du XXIème siècle doit pouvoir cheminer au fond des mers, quelque part dans le Pacifique Nord oriental, entre les îles Clipperton et Clarion.

La Chine, elle, aime tellement ces montagnes de minerais cachées dans les eaux du Pacifique qu’elle est décidée à remporter le plus rapidement possible la triple bataille qui se joue autour de l’exploitation des fonds marins: juridique, technologique et économique.

Un projet fou: construire la première base sous-marine chinoise, entièrement automatisée, à plusieurs milliers de mètres sous l’eau en mer de Chine méridionale.

30. Il est 19 heures entre HAWAÏ et SAN FRANCISCO (J-1). Une mer de plastique made in China.

Huit millions de tonnes de déchets plastiques échouent chaque année dans nos mers.

La Chine déverse chaque année depuis ses côtes entre 1,5 et 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques… La gestion des ordures chinoises est devenue l’un des principaux défis environnementaux du pays.

31. Il est 18 heures à PAPEETE, en Polynésie française (J-1). Mérous chinois dans un lagon polynésien.

Pékin, qui veut étendre sa zone d’influence économique et militaire dans l’ensemble du Pacifique, est à l’affût de toute nouvelle alliance avec les nombreuses îles de la région, surtout quand celles-ci présentent des atouts en termes d’infrastructures ou de ressources minières ou halieutiques.

32. Il est 17 heures sur l’île de NIUE, le rocher du Pacifique (J-1). La diplomatie des raviolis de Mme Wu Xi.

Niue, Etat semi-indépendant qui a opté pour la libre association avec la Nouvelle-Zélande… Située au cœur d’un triangle stratégique composé des îles Tonga, Samoa et Cook, Niue n’est pas seulement un caillou dans l’océan: l’ancienne colonie néo-zélandaise fait aussi partie de ces dominos du Pacifique Sud, riches en ressources naturelles et maritimes, que la Chine voudrait voir tomber dans sa zone d’influence.

33. Il est 16 heures dans le DETROIT DE BERING, le long de la côte russe. Le portillon des raccourcis polaires.

Le premier transporteur chinois…est devenu un familier de ce raccourci maritime, dont la navigation, rendue possible grâce au réchauffement climatique, fait économiser 40% de temps en moyenne.

Entre la Chine et la Russie, les relations économiques ne cessent de se renforcer: le gazoduc sibérien reliant la Russie à la Chine doit être achevé en 2019, et l’équipementier Huawei a obtenu un feu vert pour développer un réseau 5G en Russie.

34. Il est 16 heures dans les îles MARSHALL. Barrage contre le Pacifique chinois.

L’affaire de l’atoll de Rongelap s’inscrit dans la grande ambition de Pékin des Nouvelles Routes de la soie, visant à connecter l’ensemble de la planète par des liaisons ferroviaires, routières et maritimes.

35. Il est 15 heures à HONIARA, îles Salomon. Le domino taïwanais prêt à tomber.

La Chine frappe avec insistance à la porte des îles Salomon. Elle a investi massivement ces dernières années dans l’archipel océanien, pour en devenir un acteur économique incontournable… Pékin absorbe les deux tiers des exportations des îles Salomon (contre seulement 1% pour Taïwan).

36. Il est 14 heures à CANBERRA, en Australie. WeChat s’invite dans la campagne électorale.

Après avoir ouvert grandes ses portes, l’Australie a compris un peu tard que les tentacules chinois s’étaient étendus à tous les secteurs d’activité du pays.

L’influence développée par la Chine en Australie doit être contenue, sous peine de voir s’accroître la dépendance déjà forte du pays océanien vis-à-vis du géant d’Asie.

37. Il est 13 heures à TOKYO. La cyberguerre est déclarée.

Le cyberespace est devenu le cinquième terrain d’opération militaire après la terre, la mer, le ciel et l’espace. La troisième guerre mondiale se déroulera peut-être sur les réseaux; les leaders politiques des grandes puissances en sont convaincus.

38. Il est midi à BENTONG, en Malaisie. La folie durian.

Le durian, ce fruit magique devenu le nouvel or de la Malaisie… Cher et épouvantablement odorant, le fruit s’est transformé en un accessoire chic et indispensable à Pékin ou à Shanghaï.

Epilogue: Il est midi le 1er octobre 2029 sur la base spatiale de WENCHANG. Un petit pas pour les taïkonautes, un grand bond pour la Chine.

La Chine, première puissance économique mondiale, domine de toute sa puissance le business planétaire… Les routes de la soie qui sillonnent désormais la planète sur terre comme sur mer n’ont constitué qu’une première étape. En se projetant vers l’espace et la Voie lactée, Xi Jinping veut placer l’empire du Milieu au centre de l’humanité.

Fiche de lecture sur les carnets d'Allie tome 1 Le déménagement de Meg Cabot - Hachette

Le carnet d'Allie T.1 ; le déménagement Recommandation d’Antoine: Allie Punchie, 9 ans, va devoir déménager loin de sa belle maison, quitter sa chambre rose adorée d’où on peut voir la tour de contrôle allumée, ses «amies», sa collection de geodes, son institutrice et son école, la grande rue, sa proximité avec Mary-Kaï, pour une maison délabrée qui a l’air d’être un manoir non habité depuis cent ans et plein de fissures! Pour se faciliter la vie, Allie invente des règles folles et tire des leçons de ses aventures en relevant les détails.

Ce roman, dont l’héroïne est attachante et plein d’humour, se dévore et montre qu’un déménagement peut être difficile.

LE GRAND ECART, chronique d'une démocratie fragmentée de Pascal PERRINEAU - Ed. Plon

 

 

Le grand écartÉmetteur du verbatim : François C.

C’est incontestablement le portrait d’une France politique changée, troublée, en certains points fracturée, dans un contexte de défiance politique majeure entre gouvernants et gouvernés, entre responsables politiques et citoyens, qui s’impose.

1ère partie Une disruption politique annoncée de longue date

Les vieux clivages (idéologique, social et territorial) ne constituent plus des repères forts à partir desquels les citoyens peuvent construire de manière claire leurs choix politiques et électoraux. Ils sont remplacés par des clivages plus transversaux, à l’œuvre dans de nombreux registres ou dimensions de la vie sociale, culturelle, économique et politique.

Le clivage de la globalisation économique

. La crise économique et financière, et ses effets.

. Le Rassemblement national à l’avant-garde du combat contre la mondialisation…Le passage, au cours des dernières décennies, d’un capitalisme industriel d’assistance à un capitalisme postindustriel plus individualiste s’est accompagné d’un véritable bouleversement du monde marqué par la fragmentation sociale et la désaffiliation vis-à-vis des groupes d’appartenance traditionnels, par l’individualisation des risques, la mobilité croissante et le double mouvement de diversification culturelle et ethnique à l’intérieur des sociétés…Marine Le Pen cherche à arrimer au RN des électeurs se considérant comme des victimes de ce qu’elle appelle « l’européo-mondialisme ».

. Une gauche anti- ou altermondialiste sur la défensive…un discours mêlant anti-libéralisme viscéral, exaltation de l’Etat et des services publics, et nationalisme imprégné de protectionnisme. C’est ce que Léon Blum appelait déjà dans les années 30 un programme « social-nationaliste ».

Le clivage européen

Le défi européen n’a cessé d’accentuer les processus de déliaison idéologique, sociale et territoriale à l’œuvre dans la société et dans le système politique français.

. Du consensus permissif autour de l’Europe au désamour… Aujourd’hui, seuls 35% de Français ont une image positive de l’Union européenne, alors que la moyenne européenne est de 43%.

. Du désamour au rejet? L’Europe incarne tout à la fois un mal bureaucratique, un mal néolibéral, un mal cosmopolite, un mal interventionniste…Le rejet de l’Europe bat ses records dans les milieux sociaux défavorisés: 74% des ouvriers et 66% des agriculteurs exploitants n’ont pas confiance dans l’U.E… Face à ce type de gouvernance européenne, la France est particulièrement mal à l’aise parce que notre bipolarité nationale a été pendant longtemps en complète contradiction avec les coalitions européennes organisées autour d’un «compromis centriste».

Le clivage autour des valeurs

. Le «libéralisme culturel»: «le développement d’un système de valeurs antiautoritaires, valorisant l’autonomie et l’épanouissement individuels, reconnaissant à chacun le droit au libre choix de son mode de vie».

. Liberté privée, ordre public. Le nouvel espace politique qui se dessine oppose, d’un côté, la défense des acquis sociaux associée au nationalisme et, de l’autre, une acceptation relative du libéralisme économique articulée au principe d’universalité.

. La demande d’autorité. Une demande d’appartenance, de communauté, d’autorité et d’identité, dont l’extrême droite et les néo-populismes se sont emparés, s’est peu à peu imposée… Marine Le Pen, héritière de la droite extrême, parviendra à s’enraciner fortement chez les ouvriers (60%), les employés (47%), les chômeurs (51%) et les sans-diplôme (46%), plus rétifs à la mondialisation, à la construction européenne et à la libéralisation culturelle.

La disruption en actes

. Des électeurs qui s’affranchissent. Les hésitations et les changements de choix ne cessent de progresser… Le terrain des mobilisations sociales est touché par une disruption de même ampleur que celle qui avait marqué en 2017 le paysage électoral et politique.

. Un nouvel espace partisan. Une dynamique travaillée par la tendance à la formation de trois pôles partisans (droite conservatrice identitaire, centre libéral mondialisateur et gauche démocrate éco-socialiste) sous l’influence de deux clivages, l’un à dominante culturelle (cosmopolites/identitaires) et l’autre à dominante économico-sociale (altermondialistes/néolibéraux)… Ces mouvements veulent inventer des formes politiques évolutives, mariant à la fois la verticalité de l’autorité du chef et l’horizontalité du réseau numérique et des procédures participatives.

. Le risque de la personnalisation et de l’élitisme. Le poids des catégories supérieures et des élites sociales (élections législatives de 2017) se renforce et constitue l’une des assemblées les plus élitistes de la Vème République.

Le désamour de l’opinion

. Une popularité en chute libre? Le monde nouveau d’Emmanuel Macron est atteint d’un processus de sénescence précoce. La démocratie représentative macronienne vacille sous les coups de boutoir de la démocratie directe des Gilets jaunes.

2ème partie L’irruption des Gilets jaunes : la démocratie directe en action

De quoi s’agit-il?

La relocalisation des enjeux, la quête d’une reconnaissance politique, l’occupation de nouveaux espaces comme les routes et les ponts figurent un nouveau mode de mobilisation sociale…Le mouvement met en scène cet affrontement avec les instruments du populisme : le registre affectif et émotionnel, l’absence de références idéologiques ou le recours au syncrétisme politique mêlant les sources d’inspiration.

L’épicentre du mouvement réside dans le périurbain, là où l’usage de la voiture est indispensable et constitue un trait fédérateur entre les différents groupes sociaux qui le peuplent.

Le désir d’une démocratie directe immédiate

Cette demande de démocratie directe se nourrit des déficits d’une démocratie représentative qui apparaît de plus en plus comme un régime politique d’élites professionnalisées.

Tous ces incidents porteurs d’une violence réelle ou symbolique témoignent de la vigueur de l’antiparlementarisme véhiculé par les Gilets jaunes.

. Une propension référendaire ancienne.

. La haine de la représentation.

. La logique insurrectionnelle.

. La souveraineté du peuple. Toute représentation verticale semble abolie au profit d’une communauté horizontale d’échanges d’informations et de mobilisation au travers des réseaux sociaux et des assemblées générales se tenant dans l’ensemble du territoire.

. La mise en images. Ainsi, tout en étant un mouvement social, les Gilets jaunes sont aussi un phénomène numérique…N’oublions pas que la moitié des Français s’informent désormais uniquement sur Facebook.

Cultures populaires, cultures populistes

. Un populisme sans chef.

. Une défiance généralisée. Cette défiance va de pair avec un incivisme fréquent dont on retrouve des traces dans les mouvements de désobéissance civile qui accompagnent la contestation de l’impôt.

. Ras-le-bol fiscal et sentiment de mépris.

Plus qu’un mouvement social: une volonté de rupture avec le système politique

Le mouvement politise des citoyens dont on voit bien contre quoi ils se mobilisent, mais dont les objectifs de changement social et politique restent plus difficiles à cerner. Cette forme de « politisation négative » exprime d’abord une culture politique du rejet et de la dénonciation.

. Une nouvelle grammaire de l’action. Le registre émotionnel et affectif y est prédominant. S’y expriment un ensemble de « passions tristes » comme la haine, la peur, la colère ou encore la violence… Faute de canalisations idéologiques, le mouvement est porté plus que d’autres par des passions, celles d’une foule en colère et chargée d’émotions.

La violence au rendez-vous

Le mouvement des Gilets jaunes laisse la place à une violence qui va donner du contenu et une liturgie au mouvement : la violence comme exutoire de la colère sociale, la violence comme réponse à la violence d’Etat, la violence comme processus de victimisation, la violence comme instrument de cohésion du groupe…

Le soutien des Français

La vitalité de cette démocratie d’opinion en acte explique le hiatus entre un mouvement qui n’a jamais dépassé 300 000 manifestants, et la force du soutien majoritaire et constant de l’opinion.

Depuis de longues années, des fractures sociales, territoriales et politiques traversant la société française mettent à mal sa cohésion… A ces refoulements historiques s’ajoute un registre plus contemporain marqué par l’horizontalité du Web, les mobilisations réticulaires, la circulation permanente et accélérée d’informations vraies ou fausses.

En février 2019, un cap est franchi, les Français insatisfaits ont la majorité absolue (52%).

3ème partie Le grand débat national : la démocratie participative à grande échelle

L’organisation du grand débat national

Quatre grands sujets : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté.

Sept vecteurs de recueil de la parole des citoyens sont imaginés… Le grand débat réussira à mobiliser environ deux millions de citoyens, soit une proportion équivalant à environ 4% des inscrits sur les listes électorales.

Les paroles de la société française

Ces Français du grand débat ont fait entendre une parole qui concerne tout le pays et qui a une légitimité liée au nombre et à la diversité qu’ils représentent.

Parmi les thèmes importants qui jouent un rôle déterminant dans leur choix, les Français mettent : la santé (61%), la lutte contre le chômage (56%), le relèvement des salaires et du pouvoir d’achat (54%), la maîtrise du niveau des impôts (52%).

« Solidarité », « fraternité », « communauté », « partage » sont des mots que j’ai beaucoup entendus.

Deux univers se côtoyaient, celui de l’affrontement direct de la démocratie manifestante et celui de l’apaisement lié à la lente construction du consensus caractéristique de la démocratie délibérative.

Le grand débat national et ses suites

Emmanuel Macron entend «assumer la clarté, la force d’un investissement dans les grandes transitions pour bâtir la confiance». Il fixe pour cela une feuille de route.

Dès que l’on quitte le seul cercle des proches de La République en marche, l’insatisfaction et au mieux le scepticisme règnent en maître, et cela est encore plus marqué parmi les Français se positionnant à gauche qu’à droite.

Les difficultés sont devant… Le dilemme de la démocratie est de savoir si la crise de la démocratie peut trouver une réponse dans une participation citoyenne accrue ou, au contraire, si l’on va vers une démocratie furtive dans laquelle le rôle du citoyen demeure central, mais où la place des experts et des technocrates est accrue.

4ème partie Les élections européennes : la démocratie représentative à l’épreuve

De nouvelles formes de délibération démocratique se développent et parfois s’institutionnalisent : réunions d’initiative locale dans le cadre du grand débat, conférences citoyennes régionales, conférences de consensus, focus groups, sondages délibératifs, jurys de citoyens, comités de quartier, etc.

La démocratie représentative sous tension

. L’habitude de l’abstention

Cette population d’abstentionnistes protestataires s’accroît tendanciellement et agrandit le fossé qui sépare le monde de la représentation politique et celui de citoyens intéressés par la chose publique mais insatisfaits de l’offre politique.

Les voies de la démocratie directe et de la démocratie participative sont explorées par nombre de déçus de la démocratie représentative et de son moment essentiel qu’est l’élection.

. Des corps intermédiaires affaiblis. Le 26 mai dernier, 44% des électeurs se sont tournés vers des listes de nature protestataire. Déjà, lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, les candidats de ces courants avaient rassemblé 41% des voix.

. Vers un cycle de politisation négative. Le mouvement des Gilets jaunes n’a pas trouvé sa représentation électorale en son sein, mais il a très clairement trouvé un débouché politique au travers des votes pour des forces extrêmes.

. Une déliaison de la représentation politique. Sur de nombreux thèmes, les vieux collectifs d’appartenance idéologique connaissent une vraie crise d’identité. Des clivages pluriels traversent désormais toute la stratification sociale : sécurité et insécurité de l’emploi, ménages à un salaire et ménages à deux salaires, accès différencié aux ressources distribuées par l’Etat-providence.

. Une perte des grands référents. Les organisations politiques sont peu représentatives de la diversité sociale de la population. Elles ne comptent en leur sein que très peu de femmes, de jeunes et de citoyens issus de couches populaires ; ne sont plus en phase avec la population ; représentent de moins en moins les Français dans toute leur diversité.

Les jeunes peuvent se retrouver nombreux dans des organisations plus souples et orientées vers des formes nouvelles de militantisme moral : organisations humanitaires, organisations de défense des minorités, mouvements altermondialistes, mouvements écologiques.

La réponse des élections européennes

Si l’on ajoute la protestation abstentionniste à la protestation des urnes, c’est une majorité absolue de Français qui a choisi la voie protestataire.

. La dispersion de l’offre électorale. Cette crise de la fonction d’intégration et de hiérarchisation des demande politiques, traditionnellement endossée par les partis politiques de gouvernement, favorise les forces protestataires et hors système qui répondent mieux à la demande de prise en compte d’enjeux circonstanciés et circonscrits.

. Les forces protestataires aux portes du pouvoir?

. La concurrence des populismes. En France comme ailleurs, les populismes de droite se portent beaucoup mieux que les populismes de gauche.

La gauche n’a plus la capacité d’exprimer sur la scène politique et électorale la fracture sociale qui traverse l’électorat, et au-delà la société française.

. Protestation des Gilets jaunes et protestation électorale. La difficulté des organisations arrimées à la démocratie directe à entrer de manière durable dans l’univers de la représentation politique.

Conclusion

Le grand défi des années qui viennent est l’articulation des trois démocraties qui se sont exprimées avec vigueur en 2019 : la démocratie directe et immédiate de la manifestation, la démocratie participative et délibérative du grand débat, et la démocratie représentative des élections européennes. Pour l’instant, ces trois démocraties divergent quant au contenu politique dont elles sont porteuses. C’est le grand écart.

Dans nos sociétés postmodernes, la démocratie représentative demeure essentielle pour les citoyens, mais elle doit dorénavant composer avec d’autres demande, avec des usages plus diversifiés, plus expressifs et plus directs. C’est à ce prix que le projet démocratique restera crédible, vivant et par là même porteur d’espérance.

UNE BREVE ÉTERNITÉ - Philosophie de la longévité de Pascal BRUCKNER - Ed. Grasset 2019

Émetteur du florilège: François C.

La condition humaine fuit de partout, nous entrons dans l’ère des générations et des identités liquides. Nous ne voulons pas céder à l’intimidation des grands chiffres, nous réclamons le droit de déplacer le curseur à volonté. Naturalisés de fraîche date dans la tribu des quinquagénaires ou des sexagénaires, nous commençons par en refuser les codes.

Depuis un siècle, en effet, l’espèce humaine joue les prolongations, du moins dans les pays riches, où l’espérance de vie a augmenté de vingt à trente ans.

C’est l’avantage des comptes à rebours: ils nous rendent avides de chaque moment qui passe. Après 50 ans, la vie devrait être requise par l’urgence, habitée d’une variété inépuisable d’appétits.

Prendre de l’âge, c’est entrer dans l’ordre du calcul: tout nous est compté, chaque jour qui passe raréfie les options, nous oblige au discernement.

En vérité, il se pourrait que le secret d’une vieillesse heureuse réside exactement dans la démarche invere : cultiver jusque sur le tard toutes ses passions, toutes ses capacités, ne délaisser aucune volupté, aucune curiosité, se lancer des défis impossibles, continuer jusqu’au dernier jour à aimer, travailler, voyager, rester ouvert sur le monde et sur les autres.

Pour finir, bien sûr, nous serons vaincus. L’essentiel, c’est de ne jamais intérioriser la défaite et ce jusqu’au terme.

La vérité d’une vie épanouie est dans l’épreuve qui fortifie et non dans le repos qui affaiblit.

Nous oscillons en permanence entre la promesse et le programme, l’entrain et l’entropie… Tant que la promesse l’emporte sur le programme, nous tenons debout.

Tel est l’enjeu: ce nouvel âge sera-t-il une maturité transfigurée ou une post-adolescence chevrotante, au bord du gouffre? Il sera très probablement une tension entre ces deux états, une schizophrénie assumée.

Il faut chanter l’habitude. Elle est l’habit dont nous revêtons nos actes, l’habitat qui nous structure, l’étoffe mentale de nos jours… Nous ne sommes jamais que les créatures de nos habitudes, lesquelles sont plus difficiles à déraciner qu’une croyance.

Même si nous restons tentés par la perspective du grand chambardement, nous savons mieux qu’auparavant ce qu’il est précieux de sauvegarder, permis d’espérer et déraisonnable de convoiter.

La vie a la double structure de la rengaine et de la surprise. La répétition fertile nous protège du radotage stérile. Elle est une source de plaisir quand elle produit du nouveau sous le masque du déjà-vu, dynamite la convention pour l’emporter ailleurs.

La vraie vie n’est pas héroïque ou extravagante, elle est d’abord terre à terre, dans le besoin ressenti et assouvi, le quotidien partagé. Nous sommes faits de «petits aujourd’hui»… Il faut donc commencer par s’obstiner: ne pas ralentir, ne pas dételer, ne pas céder. Faire comme si on allait durer des décennies, continuer à prévoir, à projeter.

Jusqu’au bout nous ne sommes qu’ébauchés et nous partons inaccomplis… Il y a des re-départs tardifs dans l’existence qui recèlent toute une épaisseur de destins possibles.

Il y a donc dans le bien vivre, à tout âge, deux propositions complémentaires: celle du carpe diem, l’art de cueillir le jour, l’heure, l’occasion et celle du projet, du temps long dont on ne saurait envisager le terme. Chaque moment est définitif, chaque moment est un passage.

La création ou la récréation de soi jaillit toujours de la lutte entre une forme imitée et une forme nouvelle qui cherche à émerger. Nous commençons par céder aux automatismes, par reproduire des comportements usuels avant de les altérer tant soit peu.

La seule jouvence qui nous attend, passé un certain âge, n’est pas celle du corps comme dans le mythe de Faust mais de l’intelligence et de l’émotion.

Le secret d’une maturité heureuse, c’est d’abord l’indifférence à la maturité en tant qu’assignation. Le dépérissement progressif marche de pair avec la rédemption, nous voulons à tout instant rester sage et fou, cumuler la raison et l’espièglerie, la prudence et la témérité.

Si la vie a souvent été comparée à une échelle, nous réalisons, à mesure que nous montons, que les derniers barreaux ne sont adossés à aucun mur mais reposent sur le vide… Il faut continuer à grimper comme si l’ascension ne devait jamais s’arrêter.

Le sexe, offert en principe à tous en Occident, est un sexe refusé à beaucoup: la liberté affichée est surtout l’intimation faite aux obscurs, aux laiderons de se résigner à la solitude et à la misère.

À tout âge nous avons le choix entre un tourment fécond et un bien-être fade. Telle est la difficulté: la grande maturité est traversée par des appétits sans l’autorisation de les manifester. Le corps devrait s’assagir à mesure que la sève de la jeunesse le quitte. Mais nous ne savons pas tout ce que peut un corps (Spinoza), à quelle démesure il peut atteindre. Il y a plus de ressources en nous que ce que nous croyons.

A vécu celui ou celle qui a croisé l’éternité dans le temps, à travers l’amour et l’amitié et a éprouvé le sentiment d’exister au plus proche de l’Être. La vraie tragédie est de cesser un jour d’aimer et de convoiter, de tarir la double source qui nous rattache au monde et aux autres. Le contraire de la sexualité n’est pas l’abstinence, c’est la fatigue de vivre… Dès qu’Eros et Agapé se taisent, Thanatos a déjà gagné.

Regarde mon visage, mon nom est: Ce qui aurait pu arriver, on m’appelle aussi Jamais plus, Trop tard, Adieu.

Chaque vie s’élève sur le rejet ou l’exclusion d’autres projets. Ou plutôt elle prospère sur un crime: celui des virtualités qu’elle a tuées et qui n’ont pas pu s’épanouir.

La survie biologique n’est pas la valeur ultime: liberté et dignité lui sont supérieures. Quand sont perdues l’autonomie et la capacité de partager le monde avec les autres, quand manger, respirer, dormir sont devenus des quasi-supplices, il est temps de s’éclipser, de tirer sa révérence.

Quand le kairos passe près de nous, trois possibilités se présentent: soit on ne le voit pas, soit on le voit et on ne fait rien, soit on le saisit par les cheveux et on le maîtrise… Seul l’homme ou la femme d’action, aidé par son intuition, sait saisir l’instant et ne plus le lâcher, laissant tous ses rivaux derrière lui, penauds.

Un moment arrive où il faut en finir avec le «Qui suis-je?» pour lui substituer un «Que puis-je?». Que m’est-il permis d’entreprendre à cette période de mon existence?… La richesse d’un destin est toujours liée aux rencontres qui l’ont émaillé et sans lesquelles chacun de nous n’aurait aucune épaisseur. Vieillir, c’est honorer une reconnaissance de dette sans fin, nous sommes faits de tous ces autrui que nous avons croisés, chacun de nous est une œuvre collective qui dit Je.

Bien vivre, à tout âge, pourrait se résumer à un double commandement: ne plus changer, une fois trouvée la bonne formule, mais demeurer disponible aux beautés du monde.

Aux principes de plaisir et de réalité, il faudrait en rajouter un troisième, le principe du Dehors en tant qu’il est le royaume de la diversité, de l’inépuisable saveur des choses. L’ailleurs, l’étranger sont souvent le lieu de la révélation.

Peut-être faut-il, pour éviter la rouille de l’âme, loger en soi son bon ennemi, selon un précepte des Évangiles, le daïmon fécond et non stérile. Apprendre à devenir à soi-même son meilleur adversaire, celui qui vous réveille et vous stimule par son aiguillon.

Il y a une fatigue d’être rivé à soi comme l’huître à son rocher et une beauté de se quitter un peu, d’être mis à l’épreuve de la nouveauté ou de l’altérité. Qui pourrait m’enrichir, me relier à plus vaste que moi?

Tel est l’été indien de la vie: la reconquête des possibles perdus même si le champ des virtualités s’amenuise chaque jour telle une peau de chagrin. Il faut rester une conscience ouverte qui se laisse émouvoir et affecter, sans être jamais rassasiée.

Nous devenons tous, à partir d’un certain âge, des immigrés dans le temps… Chaque génération ne peut remplir qu’un rôle historique précis après quoi elle doit céder la place. Elle est un maillon dans une longue chaîne qui l’a précédée et lui survivra.

La mort n’est pas un ennemi avec lequel nous pourrions négocier mais une loi implacable qui n’a de cesse d’éroder, jour après jour, notre processus vital.

Où Rilke exprime la mélancolie de la caducité, Freud exalte l’allégresse du périssable… Si tout ne sombrait pas, y compris nous-même un jour, la vie serait intolérable, la permanence aussi affreuse que l’éclipse. Il y a une poignante grandeur de ce qui ne dure pas, sinon dans le clignotement de la révélation fugitive, dans la convergence de l’instant et du toujours.

Intensité ou prolongation: telle est l’alternative, évidemment intenable. La platitude de longues années sans saveur ou la plénitude d’un temps véritablement vécu.

La maladie nous enseigne au moins trois choses: la prudence, la résistance et la fragilité.

Reste qu’une maladie… est plus qu’un accident. C’est une aventure, une autre allure de la vie dont chacun est à la fois la victime et le bénéficiaire. Être à la merci de ses boyaux, de ses bronches, de ses articulations est une belle leçon d’humilité.

La maladie est le salaire de la longévité. Certaines vous protègent de maux plus graves: ce sont des pare-feux dont la récurrence vous évite peut-être d’être frappé d’autres troubles.

Le seul sens de la maladie c’est de la combattre, même si elle devient avec le temps un double entrelacé à nos vies. On la tient à distance bien que l’on devine la lutte sans issue… Le spectre de la fin nous rend la lumière de chaque jour plus lumineuse.

La certitude de mourir un jour transforme la vie en tragédie et en passion: l’impermanence de toutes choses accroît notre volonté de mordre l’existence à pleines dents.

L’extinction progressive des êtres chers, à mesure que l’on avance en âge, désertifie le monde et fait du survivant un anachronisme dans un univers vide.

La forme suprême de la délicatesse, en matière de consolation, c’est d’être là et d’entourer la personne d’un vaste anneau d’affection jusqu’à ce qu’elle puisse voler à nouveau de ses propres ailes.

Pour comprendre le monde et agir sur lui, il faut entrelacer sans fin les générations par des liens d’amitié, d’intérêts et de conversation afin qu’elles échangent de toutes les façons possibles.

Si grandir, c’est s’affirmer, vieillir c’est chanceler. Le fait d’avoir vécu ne fait pas de moi un possédant mais un dépossédé. Je suis privé de toutes ces années écoulées qui s’additionnent en quelque sorte négativement en se soustrayant à mon être. Je ne puis les thésauriser comme un trésor, au contraire elles me sont comptées à débit. Le temps me dérobe mes certitudes, entame ma résolution.

Pour se prolonger, il faut commencer par se surcharger d’obligations nouvelles. La liberté n’est pas un renoncement, mais un surcroît de responsabilités. Elle ne déleste pas, elle alourdit… La vie n’est pas une maladie dont il faille se remettre. À tout âge, le salut est dans le travail, l’engagement, l’étude.

Jusqu’au bout, il faut demeurer des êtres du oui, de l’adhésion inconditionnelle à ce qui est: célébrer la splendeur du monde, ses éblouissements. Résider sur cette terre est un miracle même si c’est un miracle menacé. Mûrir, c’est entrer dans un exercice d’admiration sans fin, retrouver mille occasions de s’émerveiller devant la grâce d’un animal, d’un paysage, d’une œuvre d’art, d’une musique.

*

LA PUISSANCE DE LA JOIE de Frédéric LENOIR - Ed. Fayard

Émetteur du verbatim : François C.

LE PLAISIR, LE BONHEUR, LA JOIE

Il n’y a pas de bonheur sans plaisir, mais, pour être heureux, nous devons apprendre à discerner et à modérer nos plaisirs.

La «voie du juste milieu», celle de la tempérance et de l’équilibre, qui est aussi source de bonheur. La tradition chinoise donne à cette voie le nom d’ «harmonie», un état d’équilibre permettant la circulation fluide de l’énergie.

On évoque des «moments de bonheur», alors que pour les philosophes et les sages, le bonheur ne peut être fugace, c’est un état durable, l’aboutissement d’un travail, d’une volonté, d’un effort. En fait, nous confondons plaisir et bonheur et nous sommes bien davantage en quête de plaisirs sans cesse renouvelés que d’un bonheur profond et durable.

En même temps que ce sentiment d’euphorie, la joie apporte une force qui augmente notre puissance d’exister. Elle nous rend pleinement vivants.

LES PHILOSOPHES DE LA JOIE

. Michel de Montaigne

. Baruch Spinoza: Permettre une conversion du désir vers les joies les plus actives, donc les plus vraies, les plus profondes et les plus durables.

. Friedrich Nietzsche: Le principe de joie, c’est la puissance et tout ce qui augmente notre force vitale.

. Henri Bergson: La vie existe pour être créatrice. Et la joie est intrinsèquement liée à la création, elle est l’expérience d’aboutissement de la vie: quand la vie réussit, quand elle atteint ce pour quoi elle est faite, on est dans la joie.

LAISSER FLEURIR LA JOIE

Il existe un état d’esprit, un certain nombre d’attitudes, de manières d’être, qui nous permettent de créer ce terreau propice à la venue de la joie:

. L’attention: Il nous faut réapprendre à voir, à toucher, à regarder, à sentir, mais aussi à ressentir intérieurement, à ne pas nous couper de nos émotions.

. La présence: Elle va au-delà du simple fait d’être attentif. Elle est une attention qui engage tout notre être: nos sens, mais aussi notre cœur et notre esprit.

. La méditation: La pleine conscience ne consiste ni à penser ni à réfléchir, mais simplement à être attentif. Je préférerais nommer la mindfulness «pleine attention».

. La confiance et l’ouverture du cœur: Accepter la douleur, c’est le prix à payer pour une vie émotionnelle riche… Pour ouvrir son cœur, il faut avoir confiance dans la vie.

. La bienveillance: La joie est le fruit d’un amour altruiste qui consiste à se réjouir du bonheur de l’autre. Cet amour et la joie qui l’accompagne prennent racine dans la bienveillance, maitri en sanskrit, que ressent le pratiquant envers tout être vivant.

. La gratuité: La joie survient bien souvent quand on n’attend rien, quand on n’a rien à gagner.

. La gratitude: C’est d’abord remercier la vie, ne pas se montrer ingrat envers elle, mais c’est aussi savoir lui rendre ce qu’elle nous a donné. La vie est un échange permanent. Nous recevons, apprenons à donner.

. La persévérance dans l’effort: Ma joie était à la mesure de l’effort consenti et de l’angoisse surmontée. Nous avons tous fait l’expérience de ces belles joies, fruits de la persévérance dans l’effort.

. Le lâcher-prise et le consentement: À partir du moment où l’on n’est plus dans l’obsession de tout maîtriser, nous nous plaçons dans une attitude d’ouverture du cœur, dans une disponibilité d’esprit propice à la joie.

L’expérience taoïste du lâcher-prise nous met dans la joie du flux. En y consentant, on accepte d’accompagner le mouvement de la vie, d’épouser ses formes jaillissantes, parfois surprenantes. On accepte de prendre le risque de vivre en permanence déstabilisé.

. La jouissance du corps: J’adore ressentir et amplifier cette exultation du corps.

DEVENIR SOI

Le premier chemin consiste à aller vers soi: c’est ce que j’appelle la joie de la libération. Le second consiste à aller vers les autres et à s’accorder au monde: c’est la joie de la communion.

Le processus d’individuation est un travail de dé-liaison qui procède d’un double effort d’introspection: prendre conscience de ce qui ne nous convient pas, de ce qui n’est pas nous et, conjointement, prendre conscience de ce que nous sommes vraiment, de nos véritables besoins et de notre nature profonde.

Spinoza nous enseigne que la plus grande servitude, celle qui nous plonge dans la plus grande peine, c’est la servitude à l’égard de nos propres passions. Rien n’est plus important que d’accomplir ce patient travail sur nous-mêmes: nous affranchir de nos tyrans intérieurs, non seulement pour parvenir à la joie mais aussi pour améliorer le monde.

Pour Spinoza, la liberté, c’est l’autonomie. Chaque progrès sur la voie de la libération conduit à la joie…Plus on se libère de ce qui nous aliène, plus on est joyeux.

Un être humain qui est parvenu à surmonter ses passions, à les transformer en joies actives, ne peut plus nuire à autrui. Il a vaincu en lui l’égoïsme, la jalousie, l’envie, le besoin de dominer, la peur de perdre, le manque d’estime de soi ou une trop grande estime de soi, bref tout ce qui crée les conflits entre les individus et les guerres entre les peuples.

S’ACCORDER AU MONDE

. L’amour d’amitié Philia est toujours fondé sur la réciprocité: il ne consiste pas à aimer quelqu’un qui ne nous aime pas, mais une personne avec laquelle nous nous encourageons mutuellement, nous nous aidons réciproquement à nous épanouir, à nous accomplir… Il comporte une dimension sans laquelle aucun amour ne peut être vrai ou épanouissant: la joie de pouvoir être pleinement soi, et d’aider l’autre à être, lui aussi, pleinement lui-même… Il a besoin de gratuité et de réciprocité, faute de quoi, il bascule dans le sacrifice et dans la tristesse.

. De la passion amoureuse à l’amour qui libère Dans sa forme la plus authentique, l’amour relie deux êtres autonomes, indépendants, libres de leurs désirs et de leurs engagements. Un espace doit donc toujours exister entre les deux amants.

Ma vision de l’amour: je le vois comme une relation ouverte et saine, où l’on est heureux que l’autre ait un jardin secret, où il peut déambuler à sa guise, avoir des amis, des relations qui lui sont propres sans que nous vivions pour autant dans une insécurité permanente. J’y vois un état d’esprit où l’on se réjouit profondément de ce qui réjouit l’autre.

. La joie du don Sans la joie que procure le don, qu’en serait-il de l’entraide ou du partage?

. Aimer la nature…et les animaux En respectant la nature et la vie, l’être humain s’accorde au monde, il a une attitude éthique juste. En faisant l’inverse, il se désaccorde de son environnement naturel, le violente, et, tôt ou tard, le paiera cher.

LA JOIE PARFAITE

. Le mental et l’ego  L’ego est le support de nos émotions: peur, colère, tristesse, joie… qui contribuent de manière déterminante à la construction de notre personnalité… Le mental a une fonction vitale: il nous permet de survivre.

. Lâcher le mental, ne plus s’identifier à l’ego  Ego et mental cessent d’être aux commandes. Ils n’ont plus le contrôle de notre vie. La raison et l’intuition -le Soi hindou- prennent alors le pas sur le mental et l’esprit, sur notre construction égocentrique.

Ainsi le travail de libération intérieure (dé-liaison) et de juste communion avec le monde (reliaison) nous permet de ne plus voir l’ego et le mental comme les uniques pilotes de notre existence. Nous cessons de nous identifier à notre ego, et la connaissance rationnelle et intuitive de nous-mêmes et du monde remplace les opinions du mental. Nous devenons alors pleinement nous-mêmes, et cette plénitude, loin de nous renfermer, nous relie avec les autres, le monde, l’univers, le divin.

. Un chemin progressif vers la joie pure  Chaque pas en avant nous libère un peu plus, ouvre davantage notre cœur et agrandit la puissance de notre joie.

. Ne pas vouloir «tuer» l’ego  La joie profonde qui m’habite désormais vient de ce long travail de libération et de communion, de dé-liaison et de reliaison, de lâcher prise et de consentement à la vie que je mène depuis bientôt trente ans… et le chemin est loin d’être fini!

LA JOIE DE VIVRE

. La joie spontanée des enfants  C’est sans doute l’un  des bienfaits de la grande vieillesse, pour ceux qui acceptent d’abandonner le contrôle de leur existence, d’être fragiles, d’avoir besoin d’aide dans leur vie quotidienne. Ils redeviennent souvent comme des enfants et sont dans la joie de vivre.

. La joie d’une vie simple J’ai alors compris ce qu’est la joie de vivre: c’est recevoir la vie comme un cadeau et s’en réjouir. Or, de nos jours, en Occident, nous recevons bien souvent la vie comme un fardeau qu’il faut assumer.

. Libérer la source de joie qui est en nous  Nous voulons vivre plus et souhaiterions être immortels, alors qu’il nous faudrait apprendre à vivre mieux et à toucher à l’éternité dans chaque instant pleinement vécu.

. La force du consentement  La joie parfaite réside dans ce grand «oui sacré» à la vie, dans la force du consentement… Ce dernier, l’acceptation de ce qui est, ouvre la porte à la joie de vivre. L’enfant et les gens simples sont dans la joie car ils acceptent la vie comme elle est… Ils prennent la vie telle qu’elle s’offre à eux, savent recevoir ce qui est donné, n’exigent pas que la vie soit autre.

. La joie donne sens à la vie et au monde  Si notre âme, un instant, a, comme une corde, vibré et résonné de joie de vivre, alors toutes les éternités étaient nécessaires pour que cet unique événement ait lieu.

Épilogue: LA SAGESSE DE LA JOIE

La seconde quête de sagesse aspire davantage à la joie parfaite qu’à l’absence de trouble ou à la sérénité. Elle est moins portée sur la répression des passions et des instincts (première quête de sagesse) que sur leur conversion vers un accroissement de la joie. Elle ne prône pas un idéal de renoncement, mais de détachement, c’est-à-dire de vie joyeuse dans le monde, sans asservissement aux plaisirs mondains et aux biens matériels. Elle croit plus en la puissance du désir et de la joie qu’en la force de la volonté pour atteindre la sagesse, i.e. une joie permanente que rien ne peut détruire, ce qui constitue une autre manière de parler du bonheur.

C’est cette sagesse de la joie, inspirée de Spinoza comme des Evangiles, en laquelle je crois, vers laquelle je tends, que j’essaye, avec toutes mes faiblesses et mes fragilités, de vivre un peu mieux chaque jour et de transmettre avec bonheur.

*

Rise! Tout dépend de vous de Laurent Combalbert et Marwan Mery - Editions Dunod

Émetteur du résumé: François C.

Rise ! tout dépend de vous1 LA CONFIANCE EN SOI

Si vous avez une faible perception de vous-même, parce que votre personnalité déprécie vos moyens, acceptez-la. C’est comme une peur. Il faut simplement vivre avec.

Il est nécessaire d’exposer son capital confiance à des défis réalistes, afin de l’apprivoiser et de l’inciter à aller plus loin.

L’ego est un moteur, un facteur motivationnel. Il définit avant tout l’estime de soi.

L’ego a besoin de succès pour pouvoir revendiquer de la fierté. Et la fierté est la meilleure chose qui puisse arriver à la confiance en soi.

L’ego alimente l’assertivité…Votre ego alimente vos convictions, et vos convictions se nourrissent de votre ego.

L’ego et l’humilité doivent faire bon ménage.

Déterminer son niveau de confiance en soi ne peut se faire que dans l’adversité et dans l’épreuve… Oser sortir de sa zone de confort permet de grandir et de découvrir son ou ses seuils de rupture.

Certaines réalisations sont impossibles. Il faut savoir lesquelles et en avoir conscience.

On ne peut pas tous devenir n°1 mondial de tennis, mais on peut tous avoir un destin unique.

2 LE RAYONNEMENT

Le pouvoir que vous avez sur l’autre est relatif. C’est avant tout les autres qui vous donnent du pouvoir.

Il est nécessaire de comprendre l’autre pour présenter le meilleur de soi-même, sans travestir pour autant ce que l’on est.

Le courage est une valeur universellement reconnue. Embrassez-la.

On suscite l’intérêt, voire l’admiration quand on détient un savoir ou une expertise, et quand on sait le/la transmettre.

Votre force intérieure irradie au quotidien malgré vous. Plus vous serez bien dans votre peau, plus les gens le verront, ce qui modifiera positivement le regard qu’ils portent sur vous.

Votre capital personnel s’entretient au quotidien. Cela passe par l’alimentation, la gestion de l’énergie, le sport et le sommeil. Si vous ne faites pas ce qu’il faut, vous vous abîmerez, les gens le verront et vous détruirez malgré vous votre rayonnement.

Une fois les fondamentaux posés, incarnez ce que vous voulez être. L’incarnation n’est que le prolongement de votre rayonnement, ce qui démultipliera sa portée.

3 LE STRESS

Le stress est utile car il assure la survie de l’espèce.

Le débordement, l’imprévu, l’inconfort, l’incompétence représentent à eux seuls tous les agents stressants.

Le stress peut être positif ou négatif.

C’est la perception de l’événement qui génère le stress, pas la situation en elle-même.

Pour réduire l’impact du stress, il est nécessaire de changer sa perception par différentes techniques de distanciation (l’ancrage personnel ; le contre-pied ; la relativisation ; le destinataire réel ; la recontextualisation).

Il est inutile de combattre le stress, il faut simplement l’apprivoiser.

Notre corps peut absorber des phases stressantes, mais il est primordial de lui permettre de récupérer.

4 LA CURIOSITÉ

Les gens les plus intelligents sont les plus curieux.

La curiosité est primordiale pour évoluer dans notre monde complexe.

Les réseaux sociaux annihilent notre curiosité. Ils servent uniquement à combattre l’ennui et à répondre à un besoin de consommation immédiat.

La curiosité développe l’esprit critique, élément fondamental dans un monde où l’information est surabondante et orientée.

La curiosité provoque des opportunités et ouvre des portes insoupçonnées.

Il est cependant difficile d’être curieux, car la curiosité nécessite du temps et un retour sur investissement qui peut être long.

On grandit en comprenant le monde qui nous entoure.

5 LA PRISE DE DÉCISION

Tout choix implique un renoncement.

Les choix sont difficiles à effectuer dès lors que les alternatives possibles sont peu comparables et que les conséquences sont difficilement prévisibles.

L’émotion joue un rôle essentiel dans la prise de décision dès lors que la raison brute est incapable de proposer une décision évidente.

Nous avons toujours le choix, à partir du moment où nous sommes en liberté. Les décisions sont ainsi une question de volonté et non de pouvoir.

Dans la gestion du dilemme, il faut accepter qu’il n’y ait pas de réponse idéale.

Pour faire un bon choix, il faut avant tout savoir ce qui est bon pour vous.

Une bonne décision est une décision assumée.

La capacité à prendre une décision éclairée sera surtout dépendante des bonnes questions que vous saurez vous poser via le questionnement éliminatoire ou la butée.

L’intuition reste le meilleur outil quand le degré de complexité est le plus élevé.

6 LA GESTION DE CONFLIT

Le conflit est positif. Il ne traduit que deux idées divergentes.

Ce qui importe n’est pas le conflit en lui-même mais la façon de le gérer.

L’appétence au conflit est primordiale pour garder ses moyens et sa lucidité quand vous vous opposez à l’autre.

Le premier combat à livrer est celui contre vous-même avant de vouloir changer le monde.

La négociation est de loin le meilleur moyen de gérer un conflit.

Pour négocier efficacement, vous devez faire preuve d’empathie et d’assertivité.

En phase conflictuelle, ne cherchez pas à contre-argumenter. Vous vous opposeriez stérilement aux résistances de l’autre.

Ce que demande votre interlocuteur correspond rarement à ce dont il a besoin.

Ecoutez l’autre pour comprendre et non pour répondre.

Le gain perçu prévaut toujours sur le gain réel.

Ne cédez jamais sans contrepartie.

7 L’OPTIMISME

Pour être optimiste, il faut avant tout être réaliste.

L’optimisme béat est dangereux et très souvent décevant.

C’est en apprenant du passé que l’on prépare sereinement l’avenir.

L’apprentissage d’expériences positives permet de renforcer son capital d’optimisme.

On ne naît pas optimiste, on le devient. Le pessimisme répond à la même règle.

L’éducation et l’environnement déterminent notre capacité à percevoir le monde.

Le manque de compétences ou la mauvaise perception d’une situation nuisent à l’optimisme.

L’optimisme se cultive au quotidien par une pensée positive, une capacité à relativiser et la volonté de bien s’entourer.

 Cendrillon et moi de Danielle Teller - Denoël

Cendrillon et moi ; la belle-mère parle enfinCoup de cœur de Joseph: Agnès, jeune fille de basse condition, a passé quatre ans au service d’une lingère tyrannique. Elle finit par rencontrer Fernan, messager d’une abbaye, dont elle tombe amoureuse. Celui-ci l’emmena avec lui à l’abbaye, où elle devint femme de chambre. Mais les malheurs d’Agnès ne s’arrêtèrent pas là: après avoir perdu son innocence, elle fut expulsée de l’abbaye et vécut toute sorte de mésaventures, avant de devenir la belle-mère d’une fillette peu commune…

J’ai vraiment adoré ce livre car on part sur un conte de fée classique pour créer une histoire riche et intéressante. Ici, le personnage central n’est pas Cendrillon mais bien sa belle-mère, qui est beaucoup moins méchante qu’on ne le croyait. Les personnages du conte de base sont complexifiés et approfondis, ce qui rend l’histoire beaucoup plus réaliste. Indépendamment de l’œuvre originale, ce livre nous montre la persévérance, l’origine de la méchanceté, la position de la femme, la façon dont les apparences sont perçues par la société, etc… C’est vraiment une histoire riche en thèmes.

C’est un livre que je conseille à tous les lecteurs et lectrices qui aiment bien les contes de fée.

S’AIMER ENFIN! - Un chemin initiatique pour retrouver l’essentiel du Dr Christophe FAURÉ - Ed. Le Livre de Poche

S'aimer enfin ! un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel Émetteur du florilège : François C.

Je suis bouleversé de voir la souffrance accumulée dans le cœur de ces personnes qui cachent en elle tant de chagrin, de culpabilité, de regrets, de mots non partagés, d’amour… Je pressens qu’il existe en chacun de nous un immense potentiel de guérison intérieure…

Sur le chemin bouddhiste, chacun est libre et seul face à ses choix… À moi d’assumer mes choix et je ne peux blâmer personne si je me trompe.

Le bouddhisme est une spiritualité de la responsabilité. Le Bouddha n’a-t-il pas dit: «Je ne peux pas vous donner l’Eveil. Il n’y a que vous pour faire le chemin»?

Je lâche prise, sans comprendre que je lâche prise aussi sur mon passé, mes errances, ma fuite en avant. Ce qui se passe à cet instant n’est pas de l’ordre de la raison. Quelque chose d’autre prend le relais mais j’en ignore la nature. Je lâche prise sur cette volonté farouche de contrôler ce qui est… Je fais le choix silencieux d’être pleinement ici. Présent à ce lieu, à ces gens, à cette nouvelle existence. Je choisis de renoncer à ma zone de confort, à mon espace de sécurité où je crois naïvement avoir la maîtrise de ma vie.

Et, plus que tout, avec cette connaissance vient l’apprentissage des méthodes tibétaines de maturation et de transformation de l’esprit : les différentes formes de méditation, les rituels sophistiqués du Vajrayana et leur intense charge symbolique, les pratiques spirituelles transmises de maître à disciple depuis des siècles…

Il vient de me donner un précieux enseignement: la spiritualité passe aussi -et peut-être surtout- par la relation à l’autre. Il est dit que l’autre est notre maître sur le chemin… Cela invite à intégrer, jour après jour, une culture de la vigilance et de l’attention à l’autre. Si je ne suis pas «là», tant je suis focalisé sur moi-même – mon désir, mes peurs, mon mal-être…-je ne peux pas être attentif à l’autre. Je l’oublie. Je ne le vois plus…Vigilance à soi. Vigilance aux autres. Les deux sont liés. Intimement.

C’est ainsi que je me suis drapé dans cette robe et dans cette vie de moine. Un choix qui peut paraître extrême, incompréhensible. Mais l’expérience de vivre cet habit de l’intérieur a tracé en moi un profond sillon.

J’y ai planté des graines de générosité, de bienveillance, de douceur, d’attention aux autres et à moi-même.

Même si j’ai aujourd’hui renoncé à la porter, je sais que ce que j’y ai semé ne cessera jamais de croître.

En vérité, le bouddhisme est tout sauf « zen »…Il est rude et cru dans les prises de conscience qu’il induit. Il est la voie du guerrier qui a pour motivation la bodhicitta, le souci constant d’alléger la peine, la détresse, la souffrance de l’autre. Un guerrier qui tente, là où il est, avec qui il est, armé des moyens qui sont les siens, de mettre un terme à dukkha (souffrance dans son sens le plus vaste).

Au niveau ultime, le propos de l’enseignement du Bouddha est de nous permettre de nous libérer de la prison de notre propre mental. De déchirer les voiles qui nous maintiennent dans l’ignorance de notre propre grandeur et de reconnaître notre nature fondamentale de paix, d’intelligence et de clarté. Cela est véritablement l’Éveil.

Ainsi, à la lumière de la bodhicitta, trouver sa paix ne suffit pas. Cela n’a de sens que si la paix que l’on installe en soi se met au service d’autrui pour l’aider à la trouver à son tour.

Tel est l’enseignement du Bouddha.

Cette pratique vise à connecter le disciple à l’influence spirituelle du maître: le diapason intérieur du maître accompli entre en résonance avec le diapason intérieur du disciple. Sa « note » éveillée aide le disciple à percevoir et à reconnaître sa propre «note», sa propre dimension de sagesse qui est fondamentalement indifférenciée de celle du maître. C’est une transmission spirituelle de cœur à cœur qui est l’un des fondements du bouddhisme tibétain.

L’expérience spirituelle est du même ordre. Elle échappe aux mots qu’on utilise pour la décrire. Tant qu’on n’a pas été traversé par ce vécu éminemment intime, le récit qu’on en fait peut paraître étrange, exalté, partial, un peu «perché». Peu crédible, finalement… L’expérience qui est faite a néanmoins le pouvoir de profondément changer une vie. Elle installe en soi une évidence. Certes à tout jamais subjective et discutable par autrui. Mais elle n’en reste pas moins présente en soi. Immuable.

Dans le bouddhisme, tout est une question de confiance et de liberté. Confiance dans la parole du maître. Liberté de choisir son chemin.

C’est décidé: je vais revenir à Paris. Je vais redevenir médecin. Prendre le risque d’un bouddhisme dans le monde. J’ai tant à perdre en termes de tranquillité, mais j’espère avoir tant à gagner en termes de sens.

Durant ce temps de solitude affective de mon existence où rien de stable ne s’installera, rien ne se construira, je comprendrai que certaines portes devront, pendant un temps, rester fermées, afin d’apprendre ce que je ne peux pas apprendre autrement. J’ai visiblement encore tant à comprendre.

Il n’y a pas de lumière sans ombre. Cela aussi est le chemin.

Chacun de nous a un chemin. Un destin. Un karma. Comme une sorte de mission de vie. Pour ma part, c’est être médecin.

Quand le psychologique s’est apaisé, le spirituel a enfin pu prendre son essor. Il était jusque-là entravé, bloqué, étouffé sous la quête personnelle d’un mieux-être. Nourri d’une sagesse qui m’a ouvert les yeux, j’ai alors découvert le sens de la bodhicitta. L’invitation à prendre soin de soi pour prendre soin de l’autre. L’aspiration à fonder sa vie sur l’accomplissement du bienfait des autres. Là où on est. Du mieux qu’on le peut.

J’ai compris que mon chemin de vie, le chemin de chacun d’entre nous, est en relation directe avec nos blessures. Elles définissent notre potentiel et nous montrent la voie… J’ai l’intime conviction que, par les épreuves que nous rencontrons, nous sommes inlassablement conduits sur les voies de notre destin…Notre chemin est relié aux peines et souffrances de notre histoire.

Toutes ces personnes que j’ai rencontrées depuis mon retour ont illuminé ma vie. Elles m’ont enseigné la force de l’engagement. Il n’y a pas de meilleure façon d’être présent au monde.

Premier enseignement Nous seuls pouvons choisir ce que nous faisons de notre vie

Il ne tient qu’à nous de donner son plein essor à notre liberté fondamentale de choisir notre vie…Même dans les situations les plus extrêmes, il y a toujours un espace, si restreint soit-il, où notre liberté peut s’exprimer.

Prenez vous-même votre vie en main, sans attendre que quelqu’un d’autre la vive à votre place! Ayez peur -c’est légitime- mais avancez en dépit de tout: cela est la définition même du courage! Et si vous ne savez pas où aller, cherchez avec confiance, encore et encore, animé de cette conviction qu’il y a quelque chose d’essentiel qui vous attend au bout de cette quête… Ne renoncez jamais à être qui vous êtes. Faites cet acte d’amour envers vous-même.

Deuxième enseignement Le bonheur n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une vie fondée sur l’union de la sagesse et de la compassion

«Mène une vie où tu t’efforces d’être bénéfique pour toi-même et autrui»: c’est la dimension d’amour et de compassion. «Pacifie ton esprit»: c’est la dimension de sagesse.

Les boussoles que le Bouddha propose à notre observation se nomment paramitas. Elles sont au nombre de six. Paramita signifie littéralement: «Aller de l’autre côté de la rivière». Aller de l’autre côté de l’illusion et de l’ignorance.

. La générosité est la première paramita. Elle consiste en l’exercice du don, dans toutes ses formes : donner un bien, de l’argent, mais aussi un sourire ou son attention à quelqu’un. Donner de son temps… Ultimement, c’est donner et aimer sans condition, nourrir une volonté sans cesse renouvelée de rester ouvert à l’autre, de ne pas nuire.

. Cette volonté provient de la deuxième paramita: la discipline, encore appelée éthique. La discipline/éthique préconise d’éviter tout comportement négatif: l’agressivité, la jalousie, l’orgueil, la malveillance, la médisance ; tromper l’autre ou lui dérober ses biens. À l’inverse, elle invite aux actes positifs, comme protéger la vie, être fiable et honnête dans ses propos, dire la vérité, parler à bon escient et avec sagesse, chercher à créer l’harmonie dans toutes les circonstances de l’existence.

. Troisième paramita: patience/douceur. C’est la capacité à endurer, à supporter les inévitables lourdeurs, contraintes et frustrations de l’existence. Adopter une attitude de flexibilité, de souplesse, d’acceptation face aux difficultés, sans se laisser emporter par la colère ou l’impatience.

. Quatrième paramita: celle de l’endurance, de «l’effort enthousiaste», une énergie que l’on mobilise pour mener à bien ce qu’on estime être bénéfique ou positif. C’est celle qui permet toutes les avancées, toutes les réalisations, tous les accomplissements. Elle parle de constance dans l’effort. C’est l’antidote à la paresse, à la passivité, au découragement, à la procrastination, à l’auto-sabotage. Elle recèle un secret de la pratique spirituelle : la régularité.

C’est également la paramita de l’engagement, le premier étant vis-à-vis de soi, car il n’y a pas d’engagement solide envers les autres sans engagement résolu envers soi-même.

. Cinquième paramita: celle de la méditation. Elle s’appuie sur le principe de répétition: elle ne portera ses fruits que par une pratique régulière. Ce n’est que par la régularité de la méditation que l’esprit se transforme petit à petit. Il gagne progressivement en clarté, en stabilité. La constance est la condition première pour acquérir de tels résultats.

. Sixième paramita: c’est à la fois la sagesse ultime, où on réalise le non-soi, la vacuité des êtres et des phénomènes, l’expérience directe, immédiate, de l’esprit et de sa réalité. Mais aussi la sagesse dite «conventionnelle»… Cette paramita permet de ne pas se tromper sur la réalité, en l’appréhendant avec discernement et conscience.

Trouvez vos propres boussoles! Des valeurs fiables qui vont faire ressortir le meilleur en vous, des principes qui vous transcenderont et nourriront votre existence de l’intérieur. Prenez réellement soin de vous, avec effort, courage et détermination, en accrochant vigoureusement les wagons de votre vie à une locomotive qui a du sens.

Troisième enseignement La paix qu’on se donne à soi-même n’a de sens que si on l’offre en retour

Si je fais la paix en moi, de quelque manière que ce soit, par la méditation ou tout autre moyen, puis-je moi-même offrir la paix en retour à autrui, afin de le toucher intérieurement de la même manière que cette femme m’a touché?

Il y a de la joie dans cette prise de conscience. La joie de constater qu’on peut spontanément faire du bien à ceux qui nous entourent par le simple fait d’aller à la rencontre de nous-mêmes.

Ne serait-ce pas là le sens des mots du Dalaï-Lama? «Fais la paix en toi et tu feras la paix dans le monde.»

Quatrième enseignement La mort est le bienveillant phare de notre vie

Je suis triste en quittant cette chambre. Cette femme découvre qu’il n’y a pas de plus lourd fardeau en fin de vie que le constat d’une vie non vécue.

Qu’est-ce que la vie attend de chacun d’entre nous? Quelles sont les forces et potentiels qui sommeillent en nous, quelle aptitude au bonheur, à la paix, à l’expression du meilleur de nous-mêmes? Quels trésors de gentillesse, de générosité, de courage, de patience, de créativité attendent d’être révélés au grand jour? Quelles décisions devons-nous prendre aujourd’hui pour rendre cela possible? Quels choix devons-nous faire, au-delà de la peine et de l’inertie? Qu’attendons-nous?…

À chaque instant de notre vie, nous pouvons prendre la courageuse décision d’être à la hauteur de ce que nous sommes, d’être à la hauteur de notre potentiel d’amour, de compassion, d’intelligence et de sagesse. Voilà en quoi la conscience de la mort, loin d’être sinistre et mortifère, aide à être encore plus vivant, car cela permet d’aller à l’essentiel.

Avant de nous dire au revoir…

Plus vous allez aimer, plus vous allez rendre consciente et manifeste votre capacité d’amour et plus vous allez ainsi entrer en lien intime et profond avec vous-même.

C’est en cela que prendre soin de l’autre mène à soi. C’est en cela qu’une vie délibérément placée sur l’axe de la bienveillance, de l’ouverture et de l’amour nous aligne sur ce que nous sommes fondamentalement. Voilà pourquoi donner de l’amour nous fait tant de bien! Aimer prend alors son véritable sens. Bien plus large et bien plus vaste qu’on n’imagine. Cela nous rend plus intelligent et plus juste dans notre rapport à nous-mêmes. Car aimer nous met tout simplement en cohérence, en phase, avec nous-mêmes.

Comme une proposition qui pourrait changer votre vie: l’invitation d’accueillir la spiritualité au cœur de votre vie…La spiritualité est, avant tout, un mouvement, une dynamique, un moyen qui permet d’aller à la recherche de soi. À la recherche de l’amour qui est en nous et qui a besoin de nous pour se révéler à lui-même.

 

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